Jean-Claude Bousquet, nouveau grand maître de la Grande Loge de France ne veut pas rompre avec les rites initiatiques traditionnels. "Sans initiation, pas de quête de la vérité"

 

Edj: Quelle est votre conception de la franc-maçonnerie?

Jean-Claude Bousquet: Par l'initiation, la franc-maçonnerie incite fortement l'homme à se construire lui-même, à partir des matériaux qui sont en lui et avec l'aide des outils qu'elle lui offre. Mais il n'y a pas de distinction à faire entre la démarche symbolique et l'engagement dans la société. Comme le dit l'un de nos rituels: "Que l'oeuvre commencée dans le temple se poursuive au-dehors." Il est important que le travail soit commencé dans le temple; important aussi qu'il trouve un écho ailleurs.

Edj: Cet engagement n'est-il qu'individuel?

J.-C.B.: Oui. La franc-maçonnerie, selon nous, n'a pas à intervenir dans la vie publique, à une exception près, qui n'est pas d'ordre politique mais éthique: chaque fois que les droits de l'homme sont menacés. Et ils le sont chaque fois que réapparaissent des doctrines préconisant la haine, l'exclusion ou le racisme.

Edj: Est-ce à dire que l'appartenance au FN est incompatible avec la franc-maçonnerie?

J.-C.B.: Absolument. Ce n'est pas une question de tolérance, mais de cohérence.

Edj: Qu'est-ce que le Grand Architecte de l'Univers, à la gloire duquel vous ouvrez vos travaux?

J.-C.B.: C'est un symbole, à la fois de sens et de liberté De sens parce qu'il s'agit d'un architecte, porteur d'un plan. De liberté, car il n'implique aucune doctrine et aucun dogme. La démarche initiatique est une démarche ésotérique: elle ne peut pas partir d'une révélation. Elle suppose que l'initié parte à la recherche de sa propre vérité. Ni un sacrement ni une illumination, l'initiation est, comme son étymologie l'indique, avant tout un commencement. Elle vise à une réconciliation de l'homme avec lui-même et de tous les hommes entre eux.

Edj: Peut-on être catholique pratiquant et franc-maçon?

J.-C.B.: Nous avons parmi nos membres des croyants de toutes les religions. Il y a même eu des prêtres à la Grande Loge de France. Il n'y a plus aucune trace d'hostilité entre nous et l'Église.

Edj: Regrettez-vous, comme certains, que la franc-maçonnerie ait moins d'influence sur la société?

J.-C.B.: Si l'on veut agir directement sur la société, mieux vaut entrer dans un parti politique. En maçonnerie, on travaille d'abord sur soi-même, sans pour autant négliger les problèmes que rencontre l'humanité. Il me semble que cette approche correspond de plus en plus à la demande de nos contemporains.