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ZURÜCK
MIT CAMPARI ! sur le Dictateur |
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Trois couleurs 1 est « le magazine culturel des salles MK2 ». Rengainons notre revolver… J’ai trouvé ce journalicule au format bâtard abandonné lâchement sur un siège du métropolitain. Je m’en emparai aussitôt, flairant la prise de guerre sur l’ennemi. C’était pas compliqué, il y avait en couverture, sur fond d’un Chaplin-Hynkel regardant sa mappemonde, le titre : « Le Dictateur – parce que l’histoire se répète ». L’histoire se répète, elle ne se répète pas, rien de bien nouveau dans ces question philo light de baccalauréat déprécié pour rappeur casquettu sortit de sa ZEP2. M. Bertrand Roger signe un éditorial curieux d’où il ressort que quand on parle à voix haute et claire comme Chaplin « alors le pays apparaît, le jardin est sauvé par le rire. » Cela ne veut strictement rien dire d’identifiable, ne nous y arrêtons donc pas, sans doute est-ce de la poésie de publicitaire. Ensuite vient sur le même sujet un article de M. Bertrand Campari. Que nous dit cet aimable folliculaire au nom d’apéritif italien (seule chose qui le rend d’abord vaguement sympathique, mais ça ne va pas durer) ? « Redécouvrir aujourd’hui le dictateur revêt l’importance d’un acte citoyen. » Si. Vous n’irez donc pas voir un film de Chaplin pour vous divertir, encore moins pour rire : à l’instar de Brecht et du réalisme socialiste, l’art selon M. Campari ne saurait trouver de justification que politique au sens péjoratif du terme, dans une sorte de vaguissime utilité sociale d’autant mieux affirmée qu’elle est moins prouvée. Résumons la pensée de M. Campari : la propagande pour les idées qu’il partage est la seule chose qui puisse justifier que l’on fasse un film. Conception absurde, peu artistique et extraordinairement prétentieuse dont on a le droit de se gausser bruyamment.. Et pourquoi donc serait-ce un « acte citoyen » ? « Car ce n’est pas seulement un fascisme particulier, celui du troisième Reich, qui est ici la cible, mais bel et bien toutes les dictatures, tous les extrémismes, et les mécanismes – médiatiques notamment – qui les engendrent et les font proliférer » Oui, vous avez bien lu M. Campari : à l’entendre, il faut dénoncer tous les mécanismes d’influence – médiatiques notamment – par lesquels on cherche à influencer les gens afin de les manipuler et de les faire voter dans le sens que l’on veut plutôt que de les laisser se déterminer librement. Sans rire, car M. Campari n’est pas du genre à se foutre du monde, c’est d’ailleurs pour cela qu’il s’associe courageusement six mois après à la délirante campagne de bourrage de crâne qui a eu lieu entre les deux tours des élections présidentielles pour dénoncer le danger fasciste, xénophobe, nazi et quelques autres à s’en faire péter la sous-ventière encore féconde. Vous vous demandiez si M. Campari était un haltérophile de la bien-pensance ou un lâche intégral, il semble vous répondre par cet article que le cumul n’est pas interdit. Passons avec indulgence sur un flou chronologique certainement voulu qui laisse penser que se tenaient en 1940 les commissions anti-communistes du mac-carthysme. On ne s’attendait pas à ce que M. Campari, avec un si brillant début, fût en plus d’une probité intellectuelle à toute épreuve. Et buvons le Campari jusqu’à la lie, ça vaut son pesant de pastilles pour la toux : « Tout concourt en effet à nous amener à l’usurpation d’identité qui permet au cinéaste de transmettre un vibrant plaidoyer humaniste et pacifiste (…) finalement le discours pacifiste que prononce le barbier pris pour le dictateur fonctionne, dans ses indications comme dans sa gestuelle, d’une manière proche de celle du discours antisémite et guerrier d’un Hynkel au début du film. Voilà qui vaut toutes les leçons de l’histoire. » Alors là, il faut décrypter, parce qu’un lecteur peu prévenu pourrait arriver aux conclusions exactement inverses de celles que M. Campari veut lui suggérer. On pourrait croire en effet que si le discours humaniste fonctionne comme le discours antisémite, c’est que les deux jouent sur les mêmes ressorts, utilisent des procédés proches, et que finalement, ils font tous les deux partie des « mécanismes – médiatiques notamment – qui engendrent et font proliférer les dictatures ». On serait alors tenté de dire à M. Campari, avec un accent bavarois prononcé : « Berci de brébarer ainsi notre grand retour ! ». Car quoi ? voilà enfin un homme qui nous dit que les grands discours pacifistes et humanistes sont comparables aux pires discours antisémites et furieux, utilisent les mêmes procédés et « fonctionnent finalement d’une manière proche ». Hélas à quelques indices on remarque que ce n’est certainement pas ce qu’a voulu dire M. Campari. Il y a quelques mots tels que « haine » ou « citoyen » qui tendent à indiquer que M. Campari a précisément voulu dire le contraire et glorifier le discours humaniste contre le discours antisémite et guerrier. De deux choses l’une : ou M. Campari ne sait pas écrire et ce qu’il couche sur le papier a une forme à peu près exacte de bouillie pour chat régurgitée sur le carrelage de la cuisine, ou il sert sous des dehors citoyens des intérêts que nous partageons et se revèle un propagandiste aussi hypocrite qu’efficace de la bête immonde. Dans les deux cas, nous transmettons nos félicitations empressées à M. Campari et le remercions en camarade de faire preuve de tant de zèle à servir notre cause, que ce soit par conviction bien ou par bêtise. Nous penchons pour la deuxième hypothèse.
1 - Trois couleurs, n°7, octobre 2002, éditeur MK2 vision SA, 55 rue Traversière, 75012 Paris. 2 - Zone d’Education Prioritaire, soit si l’on traduit le langage administratif français : ghetto remplis de nègres et d’arabes où l’état investit avec une touchante persévérance des sommes considérables dans l’espoir régulièrement déçu d’y éduquer les habitants à autre chose qu’au vol, au viol, au meurtre et au trafic de drogue. |
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