REGLES
COMMUNES ET DE GOUVERNEMENT, 1905
0001.- Le but des Petits
Frères de Marie est: 1º de travailler à la plus grande gloire de Dieu et à leur
propre sanctification; 2º de procurer le salut des âmes en instruisant les
enfants des vérités de notre sainte religion et en les formant aux vertus
chrétiennes. A cette fin, ils tiendront des écoles où ils donneront avant tout
à leurs élèves l'instruction et l'éducation chrétiennes, et ensuite les
connaissances qui pourront leur être nécessaires plus tard, et qui se
rattachent plus spécialement à l'instruction primaire.
0002.- Les membres de cet
Institut porteront le nom de Frères, afin de se rappeler sans cesse qu'ils ne
forment tous qu'une même famille, qu'ils doivent s'aimer, s'édifier et s'aider
mutuellement à parvenir à la sainteté.
0003.- La perfection d'un
Frère dépendant principalement de sa régularité et de sa manière de vivre selon
l'esprit propre de sa vocation, les Petits Frères de Marie s'appliqueront sur
toute chose à acquérir et à conserver l'esprit de leur Institut, à en étudier
d'abord les Constitutions et ensuite les Règles; et ils travailleront de toutes
leurs forces à s'y conformer le plus parfaitement possible.
0004.- Par amour pour Notre
Seigneur, ils se détacheront de toutes les choses de la terre, et en
particulier de leurs parents et de tout ce qu'ils ont laissé dans le monde, se
rappelant que c'est à eux surtout que s'adressent ces paroles de Jésus-Christ:
Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon
disciple. Et ces autres: Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est
pas digne de moi.
0005.- La vocation de Petit
Frère de Marie étant une des plus grandes grâces que Dieu puisse faire à une
âme, ceux que la divine bonté a retirés du monde pour les faire entrer dans cet
Institut, doivent lui en rendre de continuelles actions de grâces, et prendre
tous les moyens pour persévérer dans leur saint état, malgré les difficultés
qu'ils pourront éprouver dans les commencements; car abandonner sa vocation,
c'est risquer de se perdre. Les exercices de piété et les moyens de
sanctification que procure l'Institut sont ce qu'il y a de plus efficace pour
mériter aux Frères la persévérance dans leur vocation.
0006.- Les Frères se
proposeront encore d'acquérir les vertus solides et parfaites, et devront
toujours se tenir dans la voie de l'humilité, de la simplicité et de la
modestie qui forment le caractère propre de cet Institut; car c'est par la
pratique constante de ces vertus qu'ils travailleront efficacement à leur
perfection et qu'ils se rendront véritablement utiles au prochain.
0007.- Le zèle de la gloire
de Dieu et du salut des âmes, qui doit être une des principales vertus des
Frères, doit les porter à acquérir avec soin les vertus et les connaissances
nécessaires pour instruire solidement les enfants des mystères de notre sainte
foi et des vérités du salut, pour conserver leur innocence, pour former leur
coeur à la vertu et pour leur faire aimer et pratiquer la religion; en un mot,
le zèle demande d'eux qu'ils prennent tous les moyens que leur fournit leur
Institut pour faire connaître Jésus-Christ, et qu'ils fassent en sorte que tous
leurs travaux, leurs forces, leur santé, leur vie entière soit employée à la
sanctification des enfants.
0008.- Les Frères
regarderont les exercices de piété comme le moyen le plus propre et le plus
efficace pour éviter le péché, pour corriger leurs défauts, et pour bien faire
toutes choses, suivant ce mot de l'Apôtre: La piété est utile à tout.
0009.- Ils ne doivent rien
tant désirer que l'esprit de prière et le don d'oraison; car qui sait bien
prier, sait bien vivre, dit saint Augustin. De ce point important dépend la
conduite de leur vie: elle sera bien ou mal réglée selon qu'ils s'acquitteront
bien ou mal de leurs exercices de piété.
0010.- Tous les jours ils
feront une demi-heure d'oraison mentale, non compris la prière vocale. Ceux qui
ne pourront faire l'oraison ou tout autre exercice de piété avec la communauté,
demanderont au Frère Directeur un temps dans la journée pour s'en acquitter.
0011.- La lecture du sujet
de méditation se fera en communauté, le soir, en abrégé seulement, après la
prière; et en entier, le matin, avant l’oraison.
0012.- Les Frères ne
doivent pas se contenter de cette courte méditation du matin; mais ils
tâcheront de la continuer dans les différentes actions de la journée par le
souvenir de la présence de Dieu et par la pratique des oraisons jaculatoires.
0013.- Pour acquérir la
pureté de l'âme et cette solide connaissance de soi-même qui est si nécessaire
pour corriger ses défauts et pour travailler à sa perfection, ils feront tous
les jours dix minutes d'examen particulier.
0014.- Ils feront tous les
jours un quart d'heure de lecture spirituelle; cette lecture se fera en
communauté.
0015.- Ils réciteront tous
les jours l'office de la sainte Vierge pour conjurer cette bonne Mère de bénir
les écoles, de protéger et de conserver l'Institut. L'office doit se dire en
communauté, autant que possible. Les Frères auront soin de le réciter posément,
attentivement et dévotement, de bien prononcer tous les mots et de marque la
mendiante.
0016.- Le chapelet doit
être la prière chérie des Petits Frères de Marie; ils le diront tous les jours
et se feront un devoir d'en inspirer la dévotion à leurs enfants et de leur
apprendre à le bien dire.
0017.- Ils ne s'imposeront
ostensiblement aucune prière ni aucune pratique de piété particulière sans la
permission des Supérieurs; ils ne
s'abrégeront à aucune confrérie sans la même permission; mais ils mettront toute
leur application à s'acquitter parfaitement de leur exercices de piété.
0018.- Si les Frères
peuvent avoir une messe à une heure convenable, ils y conduiront les enfants
tous les jours d'école; si cela n'est pas possible, ils auront soin d'assister eux-mêmes
à une messe avant la classe.
0019.- La sainte messe
étant la plus précieuse et la plus avantageuse de toutes les dévotions, les
Frères se garderont bien de la manquer par leur faute. En voyage même, ils
feront en sorte d'y assister et de faire leurs communions ordinaires, ainsi que
tous les autres exercices de piété.
0020.- Pour entendre la
sainte messe, ils se serviront d'un livre de prières et de préférence du
Paroissien Romain; ils pourront cependant, avec la permission du Frère
Directeur, lire quelques réflexions affectueuses sur la vie et les souffrances
de Jésus-Christ, ou s'occuper de la méditation de ces mystères.
0021.- Les postulants et
les novices communieront les dimanches et les fêtes; ils pourront être admis à
la communion du jeudi, et plus souvent encore, supposé, dans tous ces cas, que
le confesseur le permette et que le Supérieur en soit prévenu.
0022.- Pour rendre leurs
communions plus ferventes et pour en retirer plus de fruits, ils s'y
proposeront une intention particulière, comme de demander une grâce spéciale
pour eux, pour l’Institut, pour les enfants qui leur sont confiés, etc. Le
dimanche, ils offriront leur communion pour tous les besoins de l'Institut,
afin d'obtenir que Dieu le bénisse et le conserve.
0023.- Le temps qui suit la
sainte communion étant le plus propre pour traiter avec Dieu et pour
s'enflammer de son divin amour, les Frères s'entretiendront le plus longtemps
possible avec Jésus-Christ, et ils feront au moins un quart d'heure d'action de
grâces après la messe de communion.
0024.- Les postulants,
avant la vêture, feront tous une confession générale de toute leur vie, à moins
que le confesseur ne le juge pas à propos. Tous les ans, à la retraite, les
Frères feront une revue de l'année, s'attachant surtout à connaître le principe
de leurs fautes et les moyens propres pour s'en corriger.
0025.- Les dimanches et les
jeudis, les Frères, s'ils n'en sont pas empêchés par le soin des élèves
pensionnaires, donneront plus de temps à la prière qu'aux jours ordinaires; ils
liront quelques ouvrages ascétiques propres à les former à la vertu et à les
maintenir dans l'esprit de leur vocation, et ils auront soin de visiter le
Saint-Sacrement, surtout s'ils sont près de l'église.
0026.- Le Frère Provincial
étant chargé de gouverner les Frères de sa province, et devant les corriger de
leurs défauts, les former à la vertu et leur confier des emplois convenables
dans les divers postes ou ils seront placés, il est nécessaire que chacun lui
fasse bien connaître ses aptitudes et ses besoins.
0027.- C'est donc une
obligation pour les Frères de la province de le tenir au courant, en toute
confiance et humilité, de ce qui regarde leur santé, leur travail, leurs
fonctions, la manière dont ils observent extérieurement les Constitutions et
les Règles communes, les difficultés qu'ils rencontrent, etc.
0028.- Ils doivent regarder
ces communications et les avis qui en seront la suite comme un moyen très
efficace d'amender leur caractère, de sanctifier leur vie, de conserver leur
vocation, et de se perfectionner dans la connaissance et l’accomplissement de
leurs devoirs d'état.
0029.- Les Frères rendront
compte de leur conduite, ainsi qu'il vient d'être dit, avec un grand esprit de
foi, se persuadant que c'est à Dieu même qu'ils parlent en la personne du Frère
Provincial, et que c'est Dieu aussi qui leur parle, les instruit et les
corrige.
0030.- Ils ne
s'entretiendront pas entre eux des réponses faites par écrit ou de vive voix à
leurs communications, ne parleront à personne des réprimandes et des avis
reçus, et s'efforceront de conformer leur conduite à ce qui leur sera prescrit
ou conseillé.
0031.- Les Frères
correspondront avec leur Frère Provincial comme il est dit à l'art. 273.
0032.- Dans les visites aux
maisons de sa province, le Frère Provincial recevra aussi le compte de conduite
de chacun des Frères.
0033.- Les Maîtres des
novices auront grand soin de former les postulants et les novices à cette
pratique; ils les verront en particulier, tous les huit jours.
0034.- Dans toutes les
maisons de l'Institut, les Frères rendront compte de leur conduite toutes les
semaines, au Frère Directeur.
0035.- La coulpe est une
satisfaction publique pour les fautes extérieures, particulièrement pour toutes
celles qui sont commises contre l’observance régulière; le but de cet exercice
est donc de maintenir l'ordre et la régularité, la pratique de l’humilité et de
la correction fraternelle.
0036.- La coulpe se fera à
voix haute et distincte, de manière que tous ceux qui sont présents puissent
entendre. Avant l'accusation des fautes et après l'imposition de la pénitence,
les Frères baisseront la terre.
0037.- Le Frère qui fait
l'avertissement fraternel ne doit avoir en vue que l'avantage de l’Institut, le
bien de celui qu'il avertit; celui-ci doit s'humilier, remercier et s'interdire
toute excuse, quand même le reproche ne serait point fondé.
0038.- Les pénitences qui
seront imposées aux Frères à la coulpe, seront de réciter quelque prière, de
lire attentivement le chapitre des constitutions ou des Règles communes qu'on a
transgressées, ou un chapitre d'un autre livre de piété, de baiser la terre une
ou plusieurs fois, de se tenir à genoux pendant un exercice de piété, ou au
réfectoire pendant le repas, de demander pardon à la communauté en général ou à
quelqu'un en particulier, de se servir quelque temps des objets qu'on a gâtés
ou pour lesquels on a témoigné du dégoût, de se rendre des premiers à un
exercice de piété ou de communauté ou l'on a accoutumé de venir tard; de se
tenir à genoux à la porte du réfectoire ou de la salle de communauté, pendant
que les Frères y entrent ou en sortent, d'être occupé à la cuisine ou à balayer
les appartements, de faire un quart d'heure ou quelques minutes de réflexion
sur un point déterminé, ou une visite au Saint-Sacrement.
0039.- Les Frères ne
parleront à personne ni même entre eux de ce qui s'est passé à la coulpe, soit
des fautes dont on s'est accusé, soit des corrections qui ont été faites, soit
des pénitences qui ont été imposées.
0040.- Les Frères s'estimeront
infiniment heureux de porter le nom de Marie, et considéreront le bonheur
d'être agrégés dans sa famille comme une des plus grandes grâces qu'ils aient
reçues de Dieu.
0041.- Ils regarderont et
aimeront Marie comme leur mère, comme leur patronne, comme leur modèle et comme
leur première supérieure. Tout dans cet Institut lui appartient: les biens et
les personnes; tout doit être employé à sa gloire. L'aimer, la servir, répandre
son culte et inspirer sa dévotion aux enfants selon l'esprit de l'Eglise, comme
moyen d'aimer et de servir plus parfaitement et plus facilement Jésus-Christ,
tel est le but, l’esprit de cet Institut.
0042.- Les Frères seront
pénétrés d'un profond respect pour leur auguste et bonne Mère; tout ce qui la
regarde, tout ce qui se rapporte à elle, mérite leur vénération: ses images,
ses sanctuaires, le chapelet, les livres qui traitent de ses grandeurs, et
enfin tout objet qui rappelle son souvenir, doit leur être cher et précieux.
Ils se découvriront et feront une inclination toutes les fois qu'ils passeront
devant ses statues.
0043.- Toutes ses fêtes
seront pour eux des fêtes de famille, c'est-à-dire, qu'elles seront célébrées
par tous les membres de l’Institut avec une sainte joie, un respect, un amour
et une reconnaissance toute filiale. Tout le jour, s'il est possible, sera
consacré à Marie, et on l'emploiera soit à lire quelque livre, soit à faire
quelque instruction aux enfants sur le sujet de la fête et sur les avantages de
la dévotion à la sainte Vierge.
0044.- Les Frères honoreront,
d'une manière spéciale, le glorieux privilège de son Immaculée Conception,
ayant soin d'en bien instruire les enfants et d'en célébrer la fête avec
beaucoup de ferveur et de solennité. Pour obtenir la sainte vertu de pureté, et
la grâce de ne jamais offenser Dieu mortellement, ils auront une grande
dévotion à Marie conçue sans péché; ils l'invoqueront souvent sous ce titre,
particulièrement dans les dangers et dans les tentations contre la sainte vertu
et contre la vocation.
0045.- La confiance toute
filiale et sans borne qu'ils auront en Marie, les portera à recourir à sa
protection dans tous leurs besoins tant spirituels que temporels comme à leur
RESSOURCE ORDINAIRE; à lui confier toutes leurs peines, leurs craintes et leurs
joies; à mettre sous sa protection leurs maisons, leurs écoles, leurs
entreprises et, en général, toutes leurs actions. Enfin, ils iront à elle comme
un enfant va à sa mère, attendant de sa bonté le succès des écoles, et toutes
les grâces qui sont nécessaires pour vivre saintement et mourir en prédestinés.
0046.- L'amour qu'ils
auront pour Marie les portera à s'appliquer sans cesse à l'imiter et à prendre
son esprit; elle est leur modèle et ils doivent tellement s'efforcer de lui
ressembler, que tout dans leur personne, dans leur conduite, dans leurs paroles
et dans leurs actions rappelle la vie de Marie, retrace l'esprit et les vertus
de Marie.
0047.- Les Frères
s'efforceront d'imiter particulièrement l’humilité, la pureté de Marie et son
tendre amour pour Jésus-Christ. A son exemple, ils auront une prédilection
particulière pour la vie humble et cachée, pour les emplois les plus ordinaires
et les plus bas. Comme elle, ils fuiront jusqu'à l'ombre du péché; et, vidant
leur coeur de toute affection aux créatures, ils n’aimeront que Jésus-Christ et
emploieront toutes leurs forces et toute leur vie à le faire aimer.
0048.- Dans l'instruction
et l'éducation des enfants, ils se proposeront l'exemple de la sainte Vierge,
élevant et servant le saint Enfant Jésus; ils se rappelleront que c'est sous sa
conduite et sous ses yeux que cet adorable Enfant a crû en sagesse, en âge et
en grâce devant Dieu et devant les hommes, et s’appliqueront à imiter
l'humilité, la douceur, la charité, le dévouement et les saintes dispositions
avec lesquelles la divine Mère a pris soin du divin Enfant, afin de mériter que
leurs élèves se forment aussi à la vertu sous leur conduite, et qu'en croissant
en âge, ils croissent en même temps en grâce et en piété.
0049.- Les Frères ne se
contenteront pas d’aimer et d'honorer Marie, ils se regarderont encore comme
spécialement obligés de la faire aimer, servir et honorer par tous leurs
enfants. L'esprit de l'Institut est de conduire les âmes à Jésus par Marie: Ils
doivent donc s'efforcer de propager partout la dévotion à cette divine Mère et
prendre tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour inspirer à leurs élèves
une confiance sans borne en sa protection.
0050.- Dans leurs
catéchismes, ils saisiront avec empressement toutes les occasions qui se
présenteront de parler de la sainte Vierge; en outre, ils feront en sorte de
faire chaque semaine, et le samedi, autant que possible, un catéchisme spécial
sur ce sujet. Ils s’attacheront surtout: 1º à inculquer aux enfants cette
consolante vérité, que la dévotion à Marie est une source de grâces et une
marque de prédestination; 2º à les former aux pratiques de piété établies dans
l'Eglise pour l'honorer; 3º à les faire agréger à quelqu'une de ses confréries,
telle que celle du scapulaire ou du saint rosaire; 4º à leur faire prendre
l'heureuse habitude de lui adresser tous les jours quelques prières et de
recourir à elle comme à leur Mère.
0051.- Tous les Frères
prendront à coeur de faire exactement le mois de Marie, et ils feront en sorte
que leurs enfants le fassent pareillement avec goût et dévotion. Pour cela, ils
ne se borneront pas à faire la petite lecture propre à chaque jour; mais ils
auront soin de l'accompagner de solides et pieuses réflexions à la portée des
enfants, et de confirmer toujours leurs instructions par quelques traits
d'histoire bien choisis, et surtout par l'exemple et la pratique des saints.
0052.- Ils s'acquitteront
avec ferveur et exactitude de toutes les pratiques de piété qui leur sont
prescrites pour l'honorer. Ils porteront toujours sur eux leur scapulaire et
leur chapelet. L'image ou la statue de Marie sera dans tous les lieux réguliers
de la maison. Enfin la vie de la sainte Vierge et les exemples de vertu qu'elle
nous a donnés seront la règle de toute leur conduite. C'est dans ce parfait
modèle, comme dans un miroir, qu'ils verront ce qu'ils doivent faire et ce
qu'ils doivent éviter pour plaire à leur divine Mère, pour lui ressembler et
pour être ses véritables enfants.
0053.- Les Frères de cet
Institut s'engagent par voeux à garder la pauvreté, la chasteté et
l'obéissance; d'abord, parce que la vie religieuse consiste essentiellement
dans les voeux, et que sans les voeux, elle ne serait pas un état de
perfection; et, ensuite, parce que les voeux leur assurent de précieux
avantages dont les principaux sont: 1º de détruire en eux les trois grands
obstacles qui s'opposent à la perfection, c'est-à-dire, l'amour des biens
temporels, l'amour des plaisirs charnels et le dérèglement de la volonté; 2º
d'augmenter le mérite de leurs actes de vertu et de toutes leurs oeuvres; 3º de
les appliquer tout entiers et pour toujours au service de Dieu.
0054.- Il est donc très
important que les Frères fassent leurs voeux dans de saintes dispositions,
qu'ils les regardent comme des préceptes qu'ils se sont imposés et auxquels ils
ne peuvent manquer sans offenser Dieu, et qu'ils s'efforcent de les observer
avec la plus grande fidélité.
0055.- Les Frères se
souviendront toujours qu'ils ne sont pas libres de limiter ou d’étendre les
obligations de leurs voeux. Ces obligations sont déterminées par l'Eglise et
les Constitutions de leur Institut.
0056.- Les Frères sont
obligés en conscience d'accomplir leurs voeux, à moins qu'ils n'en soient
légitimement dispensés; mais qu'ils se rappellent que cette dispense serait
sans valeur, s'ils n'ont de justes motifs pour la demander; car, puisqu'il
s'agit d'un engagement pris avec Dieu, N.T.S. Père le Pape ne peut détruire cet
engagement sans que des raisons véritables et suffisantes l'y autorisent.
0057.- Que les Frères soient
bien convaincus que se trompent ceux qui doutent de l’obligation de leurs
voeux, sous prétexte qu'ils étaient jeunes et qu'ils ne connaissaient pas
toutes les difficultés de la vie religieuse quand ils les ont faits; puisque la
Sainte Eglise n'exige, pour que les voeux soient valides, que seize ans
accomplis et une année entière de noviciat, même pour les voeux perpétuels.
0058.- Avant de faire
profession, les Frères auront soin de s’instruire parfaitement des avantages et
des obligations des voeux; pour cela, ils liront et méditeront attentivement
tout ce qui est contenu dans ce chapitre et dans les chapitres VII, VIII, IX, X
et XI de la 1re. partie des Constitutions.
0059.- Pour s'affermir dans
leur vocation, pour ranimer leur ferveur et leur dévotion, pour se renouveler
dans l'esprit de leur état, et pour faire croître en eux l'amour de la
régularité et de l'obéissance, ils renouvelleront souvent leurs voeux. Le temps
le plus propre pour cela est celui qui suit la sainte communion. De plus,
chaque année, à la fin de la retraite, ils feront cette rénovation publiquement
et avec solennité.
0060.- A la mort d'un
Frère, il doit régner dans toute la maison un profond silence, une retenue, une
modestie, un esprit de piété qui édifie tous ceux qui en seront témoins et leur
soit une preuve de l'affection et de l'attachement que les Frères se portent
mutuellement; et l'on fera exactement et le plus tôt possible pour le repos de
son âme ce qui est marqué au chapitre XVIII de la 1re. partie des
Constitutions.
0061.- Pour l'enterrement
d'un Frère à la maison-mère et dans les maisons de noviciat, on se conformera à
ce qui est prescrit et réglé par le coutumier de ces maisons.
0062.- Il est nécessaire
que les Frères pratiquent en toute chose la sainte vertu de pauvreté dont ils
font profession, et qu'ils fassent paraître en toute circonstance la modestie
convenable à leur état; ainsi, pour les Frères qui mourront dans les maisons
particulières, on se réglera, pour la sonnerie des cloches, pour les cierges et
pour toute la pompe funèbre, sur ce qui est usité dans ces paroisses pour les
obsèques des personnes de condition moyenne.
0063.- Les Frères, ayant un
cierge à la main, suivront le corps avec leurs enfants; on pourra inviter les
Frères de deux ou trois maisons, s'il y en a de très rapprochées.
0064.- Les messes dont il
est parlé dans les articles 96, 98, 99, 100, 101 des Constitutions, sont des
messes basses, sauf la messe d'enterrement, qui est néanmoins comprise dans le
nombre indiqué pour chaque Frère.
0065.- Les Frères se
lèveront en tout temps à quatre heures et demie. Au premier coup de cloche,
celui qui sera désigné dira à haute voix: Laudetur Jesus Christus, et les
autres répondront: Et Maria, Mater ejus. Amen. C'est le signal de la
communauté.
0066.- Les Frères auront
vingt minutes pour faire leur lit et pour se mettre en état de propreté; ils
garderont, pendant ce temps, un grand silence, une grande modestie, et ils
éviteront tout ce qui serait de nature à troubler le recueillement.
0067.- A quatre heures
cinquante minutes, le Salve Regina, la prière du matin suivie de la méditation,
qui doit toujours se faire en communauté, comme dans les maisons de noviciat.
Le sujet en sera prévu dès la veille, afin de s'en occuper pendant les
intervalles du sommeil, pour se bien préparer et ne pas tenter le Seigneur. On
lira le sujet de méditation au commencement de l’oraison; mais chacun est libre
d'en prendre un autre, selon son attrait, approuvé par le Frère Directeur.
0068.- A cinq heures et
demie, on dira les petites heures de l’office de la sainte Vierge; après
l'office, on fera une petite lecture dans le Nouveau Testament.
0069.- Après la lecture du
Nouveau Testament, les Frères prépareront leur classe, c'est-à-dire, qu'ils
feront des modèles ou qu'ils étudieront la grammaire, l’arithmétique ou toute
autre branche de l’enseignement, selon les besoins de la classe et ceux du
Frère qui la fait. Les Frères qui n'ont pas à préparer leur classe,
s’occuperont selon les intentions du Frère Directeur, qui aura soin de les
appliquer à ce qui leur sera le plus nécessaire.
0070.- A sept heures, le
déjeuner, puis temps libre.
0071.- Les Frères suivront,
pour l'ordre de la classe, ce qui est prescrit dans le Guide des Ecoles, à
moins de modifications approuvées par les Supérieurs.
0072.- Après la classe,
temps libre jusqu'à dîner.
0073.- A onze heures trois
quarts, le dîner.
0074.- La lecture continue,
pendant les repas, n'est de règle que dans les noviciats, les pensionnats et
les maisons nombreuses. Dans les autres maisons, on lira, à déjeuner, avant et
après le dîner et le souper, un nombre ou deux de l'Imitation de Jésus-Christ.
Pendant le déjeuner, on gardera le silence partout; mais, durant les autres
repas, on pourra s'entretenir doucement, si la lecture ne se fait pas.
0075.- Après le dîner, s'il
y a des enfants à surveiller, les Frères se tiendront avec eux; s'il n'y en a
pas, ils prendront leur récréation ensemble.
0076.- A une heure, les
Frères entrent en classe. Le temps de la classe, le soir, sera depuis une heure
jusqu'à quatre heures et demie, y compris le temps de la prière. Pendant les
mois de décembre et de janvier, on pourra dans les paroisses rurales, commencer
la prière du soir à quatre heures, afin que les enfants aient le temps de se
rendre chez eux avant la nuit.
0077.- Après la classe,
récréation, les Frères étant toujours ensemble, comme après le dîner.
0078.- A cinq heures et
quart, les Frères réciteront vêpres et complies, matines et laudes de l'office
de la sainte Vierge, après quoi, ils feront un quart d'heure de lecture
spirituelle dans les oeuvres de saint Rodriguez, du Père Saint-Jure de saint
Liguori, ou dans tout autre ouvrage ascétique approuvé par le Frère Provincial.
0079.- Après la lecture
spirituelle, les Frères étudieront le catéchisme.
0080.- A sept heures, le
souper, pendant lequel on lira, comme il a été dit pour le dîner. Après le
souper, la récréation, les Frères étant toujours ensemble.
0081.- A huit heures et
demie, l'examen particulier et la prière du soir, suivie du Miserere mei et de
la lecture abrégée du sujet de méditation pour le lendemain.
0082.- Après cette lecture,
les Frères se rendront au dortoir pour le coucher, qui aura lieu immédiatement.
0083.- Depuis le
commencement de septembre jusqu'à la fin d'avril, on pourra, avec la permission
des Supérieurs, avancer d'une demi-heure les exercices ci-dessus et le coucher,
c'est-à-dire, terminer la récréation à huit heures.
0084.- Pour la confession,
les Frères prendront le jour et l'heure du confesseur, autant que possible. Ils
iront se confesser ensemble, et ne manqueront pas de s'y rendre au moment qui
leur aura été désigné.
0085.- Le jeudi, après
l'oraison et l'office, ils assisteront à la sainte messe, s'il y en a une à ce
moment; et, s'il reste quelque temps jusqu'à la messe, ils l'emploieront à
faire une lecture dans un livre de piété, chacun en particulier, afin de se
préparer à la sainte communion, que tous doivent tâcher de faire ce jour-là.
Cependant, s'il y a plus d'une demi-heure d'intervalle, on s'occupera comme à
l'ordinaire.
0086.- Après le déjeuner,
temps libre jusqu'à huit heures, après quoi, les Frères s’occuperont à l'étude
jusqu'à dîner; néanmoins, avec la permission du Frère Directeur, ils pourront
prendre une partie de la matinée pour raccommoder leurs effets et les mettre en
ordre et en état de propreté.
0087.- Le Frère
Sous-Directeur prendra aussi un moment dans la matinée pour visiter la maison,
comme il est marqué dans la règle des Frères Sous-Directeurs.
0088.- A une heure, les
Frères réciteront le chapelet, suivi des litanies de saint Joseph, pour
demander le don d'oraison et une bonne mort. Après le chapelet, ils feront une
sortie ou promenade, ayant soin de faire une visite au Saint-Sacrement en
partant ou en revenant, autant que possible, et d'être de retour à cinq heures;
à moins, pendant l'été, qu'ils ne disent l'office en promenade, et alors ils
pourront n'être de retour qu'à six heures. Lorsque le temps ne permet pas de
sortir, la récréation se prend à la maison.
0089.- A huit heures et
demie, l'examen particulier, la coulpe précédée du Veni Creator, des
commandements religieux et des moyens de perfection, la prière du soir et la
lecture du sujet de méditation, comme à l'ordinaire.
0090.- Les dimanches et les
fêtes commandées, les Frères assisteront à deux messes; ils feront la sainte
communion à la première, et ils conduiront leurs enfants à la seconde. S'ils
n'ont pas le temps de dire leur office avant la première messe, ils pourront le
réciter pendant la seconde. Le soir, ils diront vêpres et complies, matines et
laudes pendant le chant des vêpres.
0091.- Après vêpres,
récréation.
0092.- A cinq heures et
demie, le chapelet et, les dimanches seulement, les litanies de saint Joseph,
comme les jeudis. Après le chapelet, la lecture spirituelle et le reste comme à
l'ordinaire. S'il y a sermon à vêpres, il pourra tenir lieu de la lecture
spirituelle. Quand les Frères auront dit le chapelet avec les enfants ou à
l'église, ils pourront prolonger leur récréation jusqu'à six heures, ou s'occuper
à lire quelque vie de saint.
0093.- Une heure avant la
grand-messe, et, s'ils le peuvent commodément, une heure avant les vêpres, les
Frères entreront en classe avec les enfants, et s'y occuperont comme il est
marqué dans le Guide des Ecoles.
0094.- Dans les maisons où
il y a un conseil, il se tiendra après la lecture spirituelle, pendant une
heure environ.
0095.- Le samedi soir, le
Frère Directeur verra les Frères en particulier pour le compte de conduite
extérieure et leur fera les observations qu'il croira utiles.
0096.- L'heure des
exercices de communauté ne sera jamais dérangée par l'assistance au salut, aux
prières et aux autres exercices de l'église. Les Frères, qui seront obligés d'y
assister, suivront, en arrivant à la maison, l'exercice qui se fait
actuellement. Si tous y vont, l'office de l'église tiendra lieu de l'exercice
qui doit se faire pendant ce temps.
0097.- Il arrivera
quelquefois que MM. les Ecclésiastiques prieront les Frères d’assister au
catéchisme, le dimanche, afin de maintenir la discipline parmi les enfants: les
Frères se feront un plaisir de leur rendre ce petit service, et de contribuer
ainsi, par leur présence, au succès des catéchismes et à l’édification
publique.
0098.- Le jeudi-saint, au
lieu de dire l’office de la sainte Vierge, les Frères feront une heure
d'adoration devant le Saint-Sacrement. Le vendredi-saint, ils remplaceront
l'office par une heure de méditation, qu'ils feront vers les trois heures sur
les souffrances de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le samedi-saint, ils
remplaceront aussi les petites heures par un chapelet, qu'ils réciteront en
méditant sur les douleurs de la sainte Vierge. En outre pendant ces saints
jours, ils assisteront à tous les offices de l'église.
0099.- Les Frères passeront
la semaine sainte, et surtout, les trois derniers jours, dans le plus grand
recueillement. Des saints jours seront pour eux des jours de retraite, de
silence, de prière et de méditation; ils s'occuperont particulièrement à
réfléchir sur les grands mystères que l'Eglise célèbre dans ce saint temps,
faisant quelques lectures sur ce sujet, et s’efforçant de témoigner à
Jésus-Christ tout l'amour et toute la reconnaissance dont ils sont capables.
Pendant cette semaine, ils éviteront de faire des voyages ou toute autre chose
qui pourrait les dissiper; ils ne s'occuperont même qu'avec réserve d'étude et
d'affaires temporelles.
0100.- Au commencement de
chaque mois, on fera tirer aux enfants un saint patron. Les Frères tâcheront
d'en faire entrer l’histoire dans le catéchisme de la classe suivante; et l'on
invoquera ce saint tout le mois, comme il est marqué dans le Guide des Ecoles.
Le mois de mai et le mois d'août étant spécialement consacrés à la sainte
Vierge, on la prendra pour patronne particulière pendant ces deux mois. De
même, on prendra saint Joseph pour patron pendant le mois de mars, et saint
Louis de Gonzague, pendant le mois de juin.
0101.- Chaque année,
pendant les vacances, les Frères consacreront huit jours aux exercices
spirituels de la retraite. Cette retraite se fera en communauté, autant que
possible, et dans une maison de noviciat ou toute autre désignée par le Frère
Supérieur Général.
0102.- Les Frères se
disposeront à la retraite annuelle par une neuvaine à la sainte Vierge. Cette
neuvaine se fera en communauté.
0103.- Ils se proposeront
pour fins dans cette retraite: 1º De se pénétrer et de se convaincre de plus en
plus de l'importance de la fin de l'homme, de la nécessité du salut, du malheur
infini de perdre son Dieu et son âme; 2º De rentrer en eux-mêmes et de
descendre dans le fond de leur conscience, afin de voir devant Dieu et en face
de l'éternité en quel état elle est: si elle est bonne, droite, éclairée, si
elle craint le péché, si elle n'est troublée par aucun doute fondé, si elle
n'est coupable d'aucun péché mortel et s'il n'y a aucune mauvaise habitude
conduisant à des fautes graves; 3º De comprendre l'obligation où ils sont
d’éviter le péché véniel et de travailler à leur perfection; 4º De se
renouveler dans l'esprit de leur état, dans l'esprit de leur Institut et dans
leur première ferveur; 5º D'apprendre à se connaître eux-mêmes, c'est-à-dire,
leurs bonnes, leurs mauvaises inclinations et leur caractère, à connaître
l'attrait de la grâce soit pour la pratique des vertus, soit pour l’oraison,
leurs tentations et quel en est le principe, leur passion dominante, la partie
faible de leur âme, ce qui les fait tomber ou les arrête dans la voie de la
perfection. 6º De faire un retour sérieux sur eux-mêmes pour connaître les
obligations de leur état, de leur emploi et la manière dont ils les
remplissent, pour voir les fautes qu'ils y commettent, pour prendre les moyens
de les éviter; 7º De se renouveler dans l'esprit de zèle propre à leur
vocation, de dresser leurs plans et de voir quels moyens ils ont à prendre pour
gagner les enfants à Dieu et pour étendre le royaume de Jésus-Christ; 8º
D’examiner quels fruits ils retirent des sacrements, des exercices de piété et
des autres moyens de salut et de perfection que leur offre leur sainte
vocation; de voir ce qu'ils doivent faire pour en profiter, et pour se rendre
fidèles aux grâces abondantes que Dieu leur fait chaque jour.
0104.- Les Frères
regarderont la retraite comme une grande grâce et se livreront tout entiers à
ces saints exercices; et, pour ne pas perdre un instant d'un temps si précieux,
comme aussi pour éviter tout ce qui pourrait contrarier l'opération de la
grâce, ils se tiendront dans un profond recueillement; ils garderont le grand
silence, même pendant les récréations, et mettront de côté toute occupation et
même toute pensée qui serait contraire à la retraite.
0105.- Pendant la retraite,
on lira, en communauté, les Constitutions et les Règles communes, et chacun
aura soin de lire, s'il le peut, les règles qui lui sont particulières, à raison
de son emploi et de ses fonctions, afin de voir celles qu'il néglige et en quoi
il manque tant dans les unes que dans les autres.
0106.- Pendant ce même
temps, chacun verra en particulier le Frère Supérieur Général ou le Frère qui
le remplace, et lui rendra compte de sa conduite, de la manière indiquée plus
haut au chap. IV.
0107.- Chacun prendra, de
concert avec le Frère Provincial, les résolutions et les moyens propres pour
conserver, pendant l’année, les fruits de la retraite et pour se maintenir dans
la piété, la régularité, la ferveur, la générosité et les autres saintes
dispositions qu'il aura puisées dans ces saints exercices.
0108.- Ceux qui ne pourront
pas assister à la retraite générale, demanderont au Frère Provincial quelques
jours pour la faire en leur particulier.
0109.- Les principales
fêtes de l'année seront pour les Frères des époques de renouvellement dans les
saintes dispositions de la retraite et dans l'amour de Notre Seigneur. A cette
fin, ils auront soin: 1º de se préparer à ces fêtes par une neuvaine ou par
quelque autre pratique de piété et de vertu; 2º de prendre pour sujet
d'oraison, les jours qui précèdent la fête, ou pendant l’octave, les mystères
et les vérités que la solennité offre à leurs méditations; 3º de redoubler de
vigilance sur eux-mêmes, afin d'éviter les moindres fautes; 4º de s'efforcer de
mieux faire leurs exercices de piété, d'apporter plus de préparation à leurs
communions et de demander à en faire une extraordinaire pendant l'octave de ces
fêtes; 5º de demander à Dieu quelques grâces ou quelques vertus particulières,
à l'occasion de ces fêtes; 6º d'instruire solidement les enfants du mystère et
des vérités que la fête les rappelle, de les préparer à sanctifier ces saints
jours par la réception des sacrements et par l’assistance aux offices de
l'église.
0110.- Tous les ans, les
classes cesseront pendant un mois au moins, afin de donner aux Frères le temps
de faire leur retraite, de fortifier leur santé et de faire à leurs maisons les
réparations qui y seraient nécessaires.
0111.- Le Frère Provincial
fixera l'époque de la cessation des classes et celle de leur rentrée. Aucun
Frère ne pourra, sans la permission du Frère Provincial, donner vacances plus
tôt ni retarder la rentrée des classes.
0112.- Les Frères prendront
le temps de vacances pour passer en revue les effets qui sont à leur usage, les
réparer, s'il en est besoin, et les mettre en état de propreté. Le Frère
Directeur en fera autant pour le mobilier de la maison.
0113.- Pendant les
vacances, on suivra le règlement ordinaire. Le temps des classes sera employé
comme il suit: après le déjeuner, récréation jusqu'à huit heures; puis lecture
spirituelle en communauté pendant un quart d'heure, après quoi étude selon le
besoin, jusqu'à onze heures et quart.
0114.- A une heure, le
lundi, le mercredi et le vendredi, promenade, ou récréation, si l'on ne peut
sortir, jusqu'à cinq heures. Pendant la promenade, on aura soin de dire le
chapelet. Le mardi, le jeudi et le samedi à deux heures, le chapelet, puis étude
ou occupation manuelle jusqu'à quatre heures; à quatre heures, visite au
Saint-Sacrement, et récréation jusqu'à l'office.
0115.- Pour conserver les
fruits de la retraite, pour attirer les bénédictions de Dieu sur leurs travaux
et sur les enfants qui vont leur être confiés, les Frères devront, pendant les
vacances: 1º se tenir dans un grand recueillement; 2º s'efforcer de mieux faire
leurs exercices de piété; 3º se rendre plus fidèles à observer les
Constitutions et les Règles communes et plus ponctuels aux divers exercices de
communauté; 4º éviter tout voyage, toute visite inutile; 5º employer chaque
jour quelque temps à la réflexion, afin de voir devant Dieu quels moyens ils
devront prendre pour se conserver dans la piété et pour faire le bien parmi les
enfants.
0116.- Avec la permission
du Frère Directeur, ils pourront, à la place des études marquées ci-dessus,
lire quelque livre ascétique ou quelque vie de saint.
0117.- L'esprit de foi
consiste à juger de toutes choses d'après les principes de la foi, et non
d'après l'opinion du monde ou les sentiments de la nature; à régler sa conduite
d'après ces principes; à n'estimer, à ne rechercher les créatures que selon
qu’elles peuvent nous porter à Dieu et servir à notre salut; à voir Dieu en
toutes choses, et sa divine Providence dirigeant tous les événements à sa
gloire et au bien de ses élus.
0118.- L'esprit de foi est
absolument nécessaire pour comprendre l'excellence, les avantages et les
obligations de la vie religieuse. Les Frères qui en seront animés, aimeront
leur état et s'efforceront d'en acquérir les vertus; ils trouveront tout leur
bonheur à se renoncer eux-mêmes et à s'immoler à Dieu. Ceux qui ne l'auront
pas, seront des Frères sans vertu et persévéreront difficilement dans leur
vocation.
0119.- La vie des Frères
doit donc être une vie de foi, c'est-à-dire, une application continuelle à
Dieu, une mort perpétuelle à eux-mêmes, aux inclinations de la nature, au monde
et à tous les biens de la terre.
0120.- L'esprit de foi leur
fera aimer la vie cachée, les emplois humbles, la dépendance, la pauvreté, les
souffrances, les humiliations, les mépris du monde, afin d'être plus semblables
à Jésus et à Marie.
0121.- Il leur apprendra à
trouver Dieu partout, à s'élever à lui, à le voir, à l'aimer et à le bénir dans
toutes les créatures; il les portera à se soumettre à sa volonté dans les
divers accidents et afflictions de la vie, tels que les maladies, les
persécutions, les tentations, les événements fâcheux et les besoins pressants,
de quelque nature qu'ils soient; à adorer alors la main de Dieu qui les frappe
et les humilie, et à ne compter que sur sa bonté pour être secourus dans les
maux qui les affligent ou pour en être délivrés.
0122.- Par esprit de foi,
ils ne verront que Jésus-Christ dans la personne de leurs Supérieurs et
regarderont leurs ordres comme ceux de Dieu même; ils s'efforceront de les
accomplir avec joie, quelque difficiles qu'ils leur paraissent.
0123.- Pareillement, ils
regarderont leurs Constitutions et leurs Règles comme l’expression de la
volonté de Dieu sur eux, comme le moyen par lequel il veut leur communiquer ses
grâces et les sanctifier; ces vues de foi les rempliront d'un saint zèle pour
toutes les observances régulières et les porteront à y être fidèles jusque dans
les moindres choses.
0124.- L'esprit de foi leur
fera regarder les enfants confiés à leurs soins comme les membres de
Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit, comme des dépôts sacrés que Dieu
leur a donnés à garder, et dont il leur demandera compte. Ces principes les
dirigeront toujours dans le détail de leur conduite à l'égard des enfants, et
les porteront à les aimer tous également, à donner des soins plus assidus aux
plus ignorants et à avoir une prédilection particulière pour les pauvres, comme
leur représentant, d'une manière plus sensible, Jésus-Christ anéanti et fait
pauvre pour nous.
0125.- Cet esprit de foi
leur apprendra que la fin de leur ministère étant une fin surnaturelle, savoir,
le salut des âmes, ce n'est que par des moyens surnaturelles qu'ils peuvent
l'obtenir: conséquemment, que c'est par la pratique de la vertu, par le bon
exemple et par la prière qu'ils gagneront les enfants à Dieu, et non par les
talents, la science et les autres moyens humains, qui n'y peuvent servir
qu'autant qu'ils sont joints à la grâce et à la sainteté.
0126.- L'esprit de foi doit
être le mobile de toute leur conduite et sanctifier toutes leurs actions; pour
cela les Frères auront soin: 1º de ne jamais agir par des motifs humains, par
coutume et par esprit propre; 2º de faire toutes choses par des motifs de foi,
c'est-à-dire, pour plaire à Dieu, pour glorifier et imiter Notre Seigneur, pour
obtenir son amour et lui gagner des coeurs.
0127.- Comme c'est par la
lecture et la méditation assidues de la parole de Dieu que l’esprit de foi
s'acquiert, se conserve et se fortifie, les Frères liront, tous les jours,
quelques versets de l'Ecriture Sainte avec un profond respect, regardant les
saints préceptes et les conseils de perfection qu'elle contient comme leur
première et principale règle de conduite.
0128.- L'esprit d'oraison,
la fréquente communion, le saint exercice de la présence de Dieu sont aussi des
moyens très propres pour acquérir et conserver l'esprit de foi. Les Frères ne
manqueront pas de les mettre en pratique.
0129.- Les Frères
regarderont l'obéissance comme la principale des vertus qu'ils doivent
pratiquer; et, à l'exemple de Jésus-Christ qui a été obéissant jusqu'à la mort
de la croix, ils s’efforceront d'exceller dans cette vertu et d'y être fidèles
jusque dans les plus petites choses.
0130.- Ils doivent
l'obéissance non seulement au Frère Supérieur Général de l'Institut, mais
encore à tous ceux qui sont préposé pour les conduire et les diriger, quels que
soient leur âge, leurs vertus et leurs autres qualités personnelles.
0131.- Dans quelque maison
ou dans quelque emploi qu'ils se trouvent, ils doivent donc être entièrement
soumis au Frère Directeur et ne rien faire sans sa permission.
0132.- Ils ne sortiront
jamais de la maison, ils ne quitteront pas un exercice de communauté ou le lieu
de réunion, ils ne parleront à aucun étranger, ni même à un Frère pendant le
silence, sans la permission du Frère Directeur.
0133.- Ils demanderont au
Frère Directeur tout ce dont ils auront besoin, tels que papier, plumes, livres,
etc., et ils ne prendront rien dans la maison sans le lui demander et sans
avoir obtenu son consentement.
0134.- Pareillement, pour
ce qui concerne la nourriture et l’habillement, s'ils ont besoin de quoi que ce
soit, ils ne le prendront jamais d'eux-mêmes; mais ils exposeront leurs besoins
au Frère Directeur et se contenteront de ce qu'il leur donnera ou de ce qu'il
leur fera donner.
0135.- Ils ne se livreront
à aucune occupation, à aucune étude, et ne liront aucun ouvrage, de ceux mêmes
qui sont dans la bibliothèque, excepté les catéchismes et les livres de
prières, qui doivent être en commun, sans la permission du Frère Directeur.
0136.- Ils ne se borneront
pas à bien faire extérieurement ce qui leur est commandé; mais, afin de rendre
leur obéissance parfaite, ils s'appliqueront à soumettre leur volonté et leur
jugement à la volonté et au jugement du Frère Supérieur, renonçant à leurs
inclinations, aux lumières de leur raison, se persuadant que ce qui leur est
commandé est toujours ce qu'il y a de mieux pour eux.
0137.- Les Frères devront
aimer la pauvreté comme leur mère, et faire en sorte d'en porter les marques
dans leurs habits, dans leur nourriture et dans tout ce qui est à leur usage.
0138.- Ils n'auront rien en
propre; tout dans l'Institut sera en commun, excepté les habillements dont
l'usage sera personnel. Le Frère Directeur pourra changer ou faire changer les
objets à l'usage des Frères: tels que bureau, livres, etc.
0139.- Les Frères pourront
encore avoir à leur usage une croix en cuivre, un chapelet, un Nouveau
Testament avec l'Imitation de Jésus-Christ, un Manuel de piété ou un Paroissien
romain en reliure ordinaire, un canif, un portefeuille, un rasoir, un sac de
voyage. Ces objets et leurs habillements sont les seuls qu'ils puissent
emporter, quand ils quittent une maison pour aller dans une autre.
0140.- Ils useront, en bons
pères de famille, de tous ces objets; et, considérant qu'ils appartiennent à
l'Institut et qu'ils n'en ont que l'usage, ils les conserveront avec soin, de
manière qu’aucun ne s'use sans nécessité, ne dépérisse et ne se détériore par
leur faute ou leur négligence.
0141.- Ils n'auront rien en
leur particulier qui ferme à clef, excepté le Frère Directeur et le Frère
Econome qui auront un bureau ou un secrétaire où seront l'argent de la maison
et les autres objets qui doivent être retirés.
0142.- Ils ne garderont
jamais de l'argent en leur particulier, de quelque part qu'il vienne; quand ils
arriveront de voyage, s'il leur en reste, ils le remettront au Frère Directeur
ou au Frère Econome.
0143.- Ils ne changeront
pas entre eux, sans permission, les objets qui sont à leur usage; ils se
garderont bien aussi de prendre la plus petite chose, appartenant à la maison
ou étant à quelque autre Frère pour l'appliquer à leur usage, ou pour la porter
dans une autre maison.
0144.- Ils ne recevront
jamais rien pour leur usage particulier, soit de leurs élèves, soit de toute
autre personne, pas même de leurs propres parents; mais si quelqu'un, par un
sentiment de charité, leur fait un don quelconque, ils pourront le recevoir au
nom de la communauté et le remettront au Frère Directeur qui en disposera comme
des biens de la maison.
0145.- Ils vivront dans un
entier esprit de communauté, se contentant toujours d'être traités comme les
autres, soit pour la nourriture, soit pour l'habillement, soit pour toute autre
chose; ils se garderont bien de se distinguer en rien, de se permettre quoi que
ce soit de contraire aux usages et à la manière de vivre de l'Institut.
0146.- Enfin, les Frères
auront toujours devant les yeux l'exemple de Jésus-Christ qui de riche s'est
fait pauvre pour l'amour de nous, jusqu'à n'avoir pas où reposer sa tête, et
l'obligation qu'ils ont contractée de le suivre dans cet entier dépouillement
de toutes choses. L'exemple du Sauveur et le désir de l'imiter dans la pratique
de la pauvreté doivent les porter: 1º à se détacher de leurs parents et à ne
pas s'occuper d'eux, si ce n'est pour les recommander à Dieu; 2º à se
dépouiller de toute affection pour les biens de ce monde et pour tout ce qui
flatte la sensualité, à aimer réellement la pauvreté et avoir une prédilection
particulière pour les lieux, les maisons et les classes pauvres; 3º à se
préserver de toute affection, de toute attache pour les objets qui sont à leur
usage, et à ne retenir que ce qui leur est absolument nécessaire; 4º à prendre
pour eux les choses de moindre prix, les plus incommodes et tout ce qu'il y a
de pire dans la communauté; 5º à supporter avec joie les effets de la pauvreté,
étant bien aises d'avoir une nourriture pauvre, des habits grossiers et usés,
pourvu qu'ils ne soient ni sales ni déchirés; d'être privés de ce qui pourrait
leur apporter du soulagement dans les souffrances et les maladies, de manques
des commodités de la vie, et quelquefois même de ce qui serait nécessaire.
0147.- La chasteté est une
vertu angélique et toute céleste qui rend l'homme semblable aux anges. Une
couronne et une gloire particulières sont réservées à ceux qui auront gardé
cette admirable vertu. Rien n'est plus propre à gagner le coeur de Dieu que la
pureté, car c'est la vertu qui nous approche le plus de lui, dit le Sage.
0148.- Les Petits Frères de
Marie, à l’exemple de leur divine Mère, aimeront la pureté de toute l'affection
de leur âme. Tout en eux doit être chaste: l'âme et le corps, l'esprit et le
coeur, les paroles et les actions. Leur vie entière doit être un travail et un
combat continuels pour perfectionner en eux la vertu de chasteté, et pour la
défendre contre les attaques de la concupiscence et du démon.
0149.- Ils garderont en
tout les règles de la plus sévère modestie. Ils s'habilleront et se
déshabilleront avec toute la décence convenable, et ils ne sortiront jamais du
dortoir ou de leur chambre à coucher sans être entièrement vêtus.
0150.- Ils ne coucheront
jamais deux ensemble, même en voyage.
0151.- Ils auront une
souveraine horreur de tout discours, de toute chanson, de tout geste ou
attitude qui blesserait la modestie ou qui serait trop libre.
0152.- Ils se garderont
bien de lire des ouvrages dangereux. S'il leur en tombe entre les mains, ils
les brûleront ou les remettront à M. le Curé, sans se permettre de les
examiner. Ils s’interdiront aussi toute lecture de livres qui, quoique bons en
eux-mêmes, ne leur conviendraient pas et seraient propres à réveiller leurs
passions.
0153.- Ils se garderont de
toute amitié particulière; car, outre que ces sortes d’amitiés sont nuisibles à
la charité commune, les plus innocentes d'abord dégénèrent souvent en amitiés
sensuelles et criminelles; ils doivent aimer également tous leurs Frères, mais
d'un amour saint et qui n'ait que Dieu pour objet.
0154.- Avec les enfants,
ils seront toujours graves et retenus; ils éviteront de les prendre par la
main, de les toucher au visage et autre chose semblable. Ils ne toléreront
jamais que les enfants manquent au respect qu'ils leur doivent ou se permettent
quelque action à leur égard qui ressente la familiarité.
0155.- Ils auront soin de
veiller sur les affections de leur coeur, afin de le conserver libre de toute
amitié et de toute inclination particulière pour certains élèves; car ces
sortes d'affections sont un des pièges les plus dangereux du démon et ont des
suites très funestes.
0156.- Ils n'auront de
rapport avec le monde, que par nécessité; et, dans les visites qu'ils seront
obligés de faire ou de recevoir, ils seront courts et se tiendront dans la
réserve, la prudence et la gravité que demande leur profession, ayant soin
cependant de se montrer honnêtes et affables.
0157.- Les personnes du
sexe n'entreront pas dans l'intérieur de la maison, à moins qu’elles ne soient
accompagnées de M. le Curé ou de M. le Maire; elles ne seront reçues qu'au
parloir, qui doit rester ouvert tout le temps qu'on aura à leur parler, si la
porte n'est pas vitrée.
0158.- Comme la fuite des
occasions est le plus sûr moyen de conserver sans tache la pureté, s'il
arrivait qu'un Frère se trouvât dans un danger prochain de pécher, soit à
raison de son emploi, du lieu où il serait placé, de certaines liaisons qu'il
aurait eu l'imprudence de former, soit de toute autre manière, il devrait faire
connaître, avec humilité et simplicité son état au Frère Provincial, qui ne
manquera pas de lui fournir les moyens convenables pour sortir de cette
position.
0159.- Tous les Petits
Frères de Marie auront essentiellement à coeur, non seulement de garder
eux-mêmes inviolablement le précieux trésor de la chasteté, mais encore de
maintenir intact l’honneur de l'Institut sous ce rapport. On ne souffrira donc
jamais qu'un sujet, quel qu'il soit, s'écarte des règles ci-dessus, et on
éloignera de l’Institut quiconque se rendrait ostensiblement et gravement
coupable contre la sainte vertu.
0160.- L'humilité, la
simplicité et la modestie doivent être l’esprit propre de cet Institut: les
Frères auront une prédilection particulière pour ces vertus, et ils feront en
sorte que toutes leurs actions et tout ce qui leur appartient en portent le
cachet.
0161.- Ils regarderont
l'humilité comme la vertu particulière de leur vocation; en effet, c'est par la
voie de l'humilité que les Petits Frères de Marie doivent se sanctifier, c'est
par la pratique constante de cette vertu qu'ils acquerront toutes les autres,
qu'ils attireront sur eux et sur leurs travaux les bénédictions de Dieu et
qu'ils se rendront propres à faire le bien dans les paroisses.
0162.- Les Frères n'ont pas
tous les mêmes talents, ni la même aptitude pour les sciences; ils n'ont pas
tous le même degré de force et de santé, ni le même savoir-faire pour remplir
les emplois; ils ne sont pas tous également propres à l'instruction des enfants
ou aux divers offices de l'Institut; mais tous peuvent et doivent être humbles.
Il doit y avoir entre eux une sainte émulation à qui s'abaissera le plus, à qui
exercera les offices les plus pénibles et les plus humbles; en un mot, tous
doivent mettre leur principal soin à exceller dans l'humilité, à devenir
profondément humbles.
0163.- L'esprit d'humilité
leur fera aimer la vie cachée, le mépris du monde, les avertissements, les
réprimandes, les pénitences publiques; il les portera à avouer ingénument leur
fautes, à en demander pardon, à témoigner leur reconnaissance à ceux qui ont la
charité de les reprendre, à ne pas s'excuser, à ne pas se plaindre, quand ils
sont repris, lors même qu'ils n'auraient pas tort.
0164.- S'ils ont
véritablement l'esprit de leur état, tout deviendra pour eux une occasion de
s'humilier. Ainsi, dans les sécheresses, dans les dégoûts, dans les tentations
et dans les chutes mêmes, au lieu de se décourager, ils s'humilieront à la vue
de leurs faiblesses et de leurs défauts.
0165.- De même, s'ils ne
réussissent pas dans les emplois qui leur sont confiés et dans les études, si
on les blâme, si on les méprise, ils s'humilieront aussi, bien convaincus de
leur incapacité et de leur néant. Si, au contraire, ils obtiennent des succès,
si Dieu bénit leurs travaux, si on les approuve, si on les loue, c'est alors
surtout qu'ils doivent s'humilier et dire: Nous sommes des serviteurs inutiles.
0166.- Quand M. le Curé
croira devoir leur faire des observations ou même des reproches, ils devront
d'abord s'humilier et montrer le plus vif désir de profiter de ses avis, sauf à
faire connaître ensuite les raisons à leur décharge, s'ils le croient utile à
la gloire de Dieu et au bien de l'école; mais, en ce cas même, ils ne doivent
le faire qu'avec réserve, qu'avec modestie, et se bien garder de témoigner de
l'humeur, de soutenir leur cause avec opiniâtreté, avec passion et de ne
vouloir pas avoir tort. Un Frère qui s’offenserait d'un mot de blâme, d'une
improbation, d'un reproche adressé même en public, soit aux Frères, soit à
leurs enfants, sur le spécieux prétexte que cela compromet l'école et ôte aux
Frères la confiance publique, montrerait qu'il n'a pas l’esprit de son état,
qu'il est encore plein d'orgueil et qu'il ne connaît pas la sainte voie de
l'humilité.
0167.- Les Frères
s'estimeront heureux d'être occupés à des fonctions qui, n'ayant rien
d'éclatant selon le monde, les mettent davantage à l'abri de la vaine gloire et
de l’orgueil; car ils ne doivent rien tant craindre que les louanges et les
applaudissements des hommes. Quand il sont bien vus dans une paroisse, quand
les enfants les aiment et les respectent, quand les autorités ou le public les
louent et les approuvent, qu'ils se tiennent en garde contre la complaisance,
qu'ils s'humilient alors, qu'ils se cachent dans leur néant et qu'ils méprisent
souverainement les éloges, les compliments et les flatteries du monde.
0168.- Ils se garderont
bien de chercher à se faire remarquer, par ce qu'ils auraient d’avantageux du
côté de l'esprit, de la science, des succès, ou par toute autre chose que le
monde estime, et qui ne serait propre qu'à nourrir l'orgueil. Il n’oublieront
jamais qu'ils ne doivent chercher que la gloire de Dieu, et que l'esprit de
l'Institut est de faire le bien sans bruit et en s'effaçant, que la seule
ambition des Petits Frères de Marie doit être de vivre inconnus et oubliés du
monde dans leurs maisons.
0169.- Ils conserveront
dans leur enseignement la modestie et l’humilité propres de leur Institut;
ainsi, ils auront soin: 1º de borner toujours cet enseignement à l’importance
et aux besoins de la localité; 2º d'en retrancher partout, autant que possible,
les sciences qui n'ont pas une utilité réelle pour les enfants; 3º de
s'attacher particulièrement à former les enfants aux matières essentielles,
telles que la bonne lecture, la belle écriture, la grammaire, le calcul, et
avant tout la religion; 4º de ne donner jamais aux matières accessoires un
temps que l'on doit aux principales; 5º de rendre rares les distributions
solennelles, et d'écarter de ces exercices, quand il y a nécessité de les
faire, tout ce qui serait contraire à l'esprit religieux et à la simplicité
chrétienne.
0170.- Ils doivent être
bien convaincus que c'est à eux que s’adressent ces paroles de Jésus-Christ; Si
vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume
des cieux; et afin d'acquérir l’humilité, la simplicité de cette sainte
enfance, ils s'attacheront continuellement à renoncer à leur volonté, à leur
esprit propre, et se laisseront conduire et diriger en toute chose avec une
docilité parfaite.
0171.- Chacun doit bien se
persuader que tous les autres Frères, sont plus vertueux que lui et qu'il est
le dernier de la communauté; plein de ces sentiments, il doit porter un grand
respect à tous ses Frères, leur parler avec humilité, être toujours prêt à leur
céder, à les obliger et à leur rendre les services les plus pénibles.
0172.- Les mêmes sentiments
d'humilité les porteront à ne parler jamais avantageusement d'eux-mêmes, à se
préserver d'un certain esprit d'orgueil qui fait que l'on n'aime et que l'on
n'estime que ce que l'on a fait ou approuvé. Ils fuiront aussi toute
singularité, et mettront toute leur application à ne rien faire que de conforme
aux Constitutions et aux Règles de leur Institut, ou aux exemples des plus
anciens et des plus parfaits.
0173.- Les Supérieurs
auront grand soin de maintenir parmi les Frères les pratiques d’humilité,
telles que les pénitences publiques, etc. Les Frères anciens, ceux qui
remplissent les emplois les plus élevés, doivent se faire un devoir de s'y
soumettre et d'en donner l'exemple. Il convient aussi d'occuper de temps en
temps aux travaux manuels et même aux emplois les plus bas, tels que balayer, laver
la vaisselle, nettoyer les meubles, etc., les Frères qui sont les plus estimés,
ceux qui ont obtenu des succès, ceux qui ont le plus de talents pour la classe
ou la direction des affaires.
0174.- Enfin, les Petits
Frères de Marie doivent s'humilier devant Dieu et devant les hommes,
extérieurement et surtout intérieurement; mais l'humilité doit leur être
tellement naturelle, et ils doivent la pratiquer avec tant de simplicité et de
sincérité qu'elle ne se fasse jamais remarquer, s'il est possible.
0175.- Le but secondaire de
cet Institut étant de travailler, sous la protection de Marie, au salut des
enfants en les élevant chrétiennement, une des vertus les plus nécessaires aux
Frères pour atteindre ce but, c'est le zèle de la gloire de Dieu et du salut des
âmes.
0176.- Par leur vocation,
les Frères sont les aides et les coopérateurs des Pasteurs de l'Eglise, les
représentants et les suppléants des parents; leur fonctions sont une
participation du ministère apostolique: la plus belle portion du troupeau de
Jésus-Christ leur est confiée, car ils sont chargés d’élever les enfants,
c'est-à-dire de les instruire de la foi chrétienne, de conserver leur
innocence, de les former à la piété et à la vertu; en un mot, d'en faire de bon
chrétiens et de vertueux citoyens.
0177.- Les Frères doivent
beaucoup estimer, beaucoup aimer leur vocation et s'appliquer sans relâche à
acquérir les vertus et les connaissances qui leur sont nécessaires pour remplir
la sainte mission que l'Eglise leur confie.
0178.- Le meilleur moyen de
porter les hommes à la vertu et de les gagner à Dieu étant le bon exemple et la
sainteté de la vie, ils se conduiront de manière à donner aux enfants l'exemple
de toutes les vertus, et ils travailleront tous les jours à devenir plus
parfaits, c'est-à-dire, plus humble, plus mortifiés, plus obéissants, plus
charitables, plus pieux et plus unis à Dieu.
0179.- Ils s'appliqueront à
former leurs élèves à une véritable piété, à les instruire des vérités de la
foi, de commandements de Dieu et de l'Eglise, et des dispositions nécessaires
pour recevoir avec fruit les sacrements; ils s'efforceront surtout de leur
inspirer un grand amour pour Jésus-Christ, revenant fréquemment sur les
mystères, sur les actions et sur les vertus de notre divin Sauveur, sur ce qu'il
a fait et souffert pour nous, et insistant avec force et persévérance sur la
nécessité où nous sommes de l'aimer et de l'imiter.
0180.- Une bonne première
communion étant l'action la plus importante de la vie et le moyen le plus
efficace pour s'établir solidement dans la vertu, les Frères mettront tous les
soins possibles pour y disposer les enfants. A cette fin, ils leur feront des
instructions particulières et leur feront bien comprendre que le meilleur moyen
de se préparer à une bonne première communion est de se corriger de leurs
défauts, d'éviter le péché, de fuir les mauvaises compagnies, de beaucoup
prier, d'être assidus aux offices de l'église, aux catéchismes et à l'école.
Enfin, ils doivent souvent leur parler de cette grand e action, et leur montrer
le moment où ils s'uniront à Jésus-Christ comme le plus heureux de toute leur
vie.
0181.- Ils ne manqueront
pas d'apprendre à leurs élèves les formules ordinaires dont on se sert pour
prier, comment et en quel temps les chrétiens doivent remplir ce devoir
important; et, afin d'habituer les enfants à prier Dieu avec respect, attention
et modestie, ils les exerceront souvent à réciter les prières du matin et du
soir.
0182.- Pareillement, pour
ce qui concerne les offices de l'église, ils feront connaître aux enfants
l'obligation où ils sont d'y assister les jours de dimanche et de fête; ils
leur apprendront à se tenir dans le lieu saint, ainsi que la manière d'entendre
la sainte messe et d'assister aux offices avec piété et avec fruit. Pour cela,
outre les instructions qu'ils leur feront à cette fin, ils les conduiront tous
les dimanches et fêtes aux offices de l'église.
0183.- Ils apprendront
encore aux enfants à sanctifier et à rendre méritoires toutes leurs actions, en
les offrant à Dieu, en lui demandant son secours et en se soumettant avec
résignation à la peine du travail. Ils ne manqueront pas non plus de leur
donner les moyen de profiter des peines, des afflictions, des maladies et de
tous les autres événements fâcheux de la vie, en regardant en tout cela la
volonté de Dieu, et en s'y soumettant sans murmurer et en esprit de pénitence.
0184.- Ils ne se
contenteront pas d'instruire leurs élèves des vérités de la religion, ils
s'attacheront surtout à former leurs coeurs à la vertu, ce qu'ils feront en
leur inspirant de l’éloignement pour les mauvaises compagnies et une grande
horreur pour le péché, en les corrigeant de leurs défauts, en réformant leur
caractère, en réprimant leurs mauvaises inclinations, en leur faisant
contracter l’habitude des vertus contraires, et en leur donnant les moyens de
les acquérir.
0185.- Ils leur inspireront
une solide dévotion à la sainte Vierge, leur enseignant en quoi elle consiste
et ce qu'ils doivent faire pour mériter la protection de cette bonne Mère.
Pareillement, ils leur apprendront à honorer leur Ange gardien et leur saint
Patron, et les exhorteront à prier souvent pour les âmes du purgatoire.
0186.- Rien ne leur
coûtera, rien ne leur paraîtra difficile, lorsqu'il s'agira de donner
l'instruction religieuse aux enfants et de les porter à Dieu; leur zèle ne
s'arrêtera devant aucun sacrifice, et ne sera jamais rebuté par la grossièreté,
l’indocilité et les autres défauts des enfants; il les portera même à avoir une
prédilection particulière pour les plus ignorants, pour les plus pauvres et
pour ceux qui sont d'un caractère difficile ou d'un extérieur rebutant, et à
leur donner des soins plus assidus.
0187.- Ils doivent se
regarder comme les anges gardiens de leurs élèves, et ne jamais perdre de vue
que l'innocence des enfants leur est confiée et que Dieu leur en demandera
compte.
0188.- Comme la prière est
un excellent moyen de travailler au salut des enfants, les Frères ne manqueront
pas de les recommander souvent à Dieu, lui offrant à cette intention leurs exercices
de piété, leurs communions et tous les autres actes de vertu qu'ils pratiquent.
0189.- Ils saisiront
adroitement toutes les occasions d'édifier les enfants, de les former à la
vertu et de les gagner à Dieu. Pour cela, au milieu d'une leçon profane, d'une
récréation, et en mille autres circonstances, ils sauront placer à propos une
sage réflexion, quelques paroles d'édification, qui n'étant pas préparées ne
seront que mieux reçues, et ne feront que plus d’impression sur l'esprit des
enfants. Enfin, ils se feront tout à tous, à l'exemple de l'Apôtre, et ils ne
craindront pas de s’abaisser jusqu'aux plus petits, se conformant à leur
manière d’entendre les choses et de les goûter, et proportionnant leur
instruction à leur faiblesse et au peu d'intelligence de plus bornés.
0190.- Mais le zèle des
Frères, pour être agréable à Dieu, avantageux au prochain et à la religion,
doit être circonscrit dans les oeuvres de leur vocation et réglé par
l’obéissance.
0191.- La vie du chrétien,
et plus encore celle du religieux, doit être une mortification continuelle.
C'est aux religieux surtout que s'adressent ces paroles de l'Apôtre: ont
crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés» (Galat., 5, 24);
et ces autres de notre Sauveur: IF quelqu'un veut "les jours et qu'il me
suive» (Luc, 9, 23);, ajoute-t-il, et il n'y a que ceux qui se font violence
qui le ravissent» (Matth., 11, 12).
0192.- Les Frères de cet
Institut ne seront obligés à aucune pénitence extraordinaire; mais ils
s'efforceront d'exceller dans la mortification des passions et la garde des
sens. La pratique de cette pénitence doit leur être tellement familière que
toutes les puissances de leur âme et tous les sens de leur corps soient immolés
à Dieu par la glaive de cette sorte de mortification.
0193.- Ils s'appliqueront
donc avant tout à la mortification intérieure, c’est-à-dire, à combattre leurs
passions, particulièrement l'orgueil, le désir de paraître et d'être estimé,
l'amour-propre, la sensualité, l’affection déréglée aux créatures, l'envie, la
colère, la curiosité et l'attachement à leur volonté propre.
0194.- L'esprit de
mortification les portera à vider leur imagination des idées et des vanités du
siècle, à arrêter la légèreté de leur esprit, à mépriser et à chasser mille
pensées vagabondes et chimériques qui ne peuvent que faire perdre le
recueillement, porter à la dissipation et distraire pendant les prières, à
oublier même leurs parents, leurs amis, et à éviter soigneusement d'interroger
les séculiers, les enfants ou les Frères pour s’informer de ce qui se fait dans
le monde.
0195.- Chacun trouvera dans
son caractère un sujet bien vaste de mortification. Combattre sa passion
dominante, fixer son inconstance, arrêter les saillies de son humeur, supporter
une imagination vive et fougueuse, un fond d'impatience que l'on a peine à
réprimer, tant de moments de tristesse et d'ennui dont on ne sait la cause, les
craintes, les scrupules et une foule de perplexités souvent si fatigantes: tous
ces combats, toutes ces peines seront un riche trésor d'abnégation, de
pénitence, et conséquemment de mérite pour un Frère pieux qui en saura faire
bon usage.
0196.- Un autre sujet de
mortification, bien méritoire pour les Frères, sera de souffrir avec patience
et charité tout ce qui pourra leur faire de la peine dans la personne et la
conduite des Frères avec lesquels ils auront à vivre; ainsi, l'esprit de
mortification leur fera supporter sans se plaindre les défauts de caractère et
d'éducation, les prévention, les importunités, les indiscrétions, les
railleries, les paroles et les procédés inconvenants, en un mot, tout ce qu'ils
trouveront de pénible dans la personne ou la manière de faire de leurs
confrères.
0197.- Il y a une foule
d'autres pénitences qu'un bon Frère trouvera l'occasion de pratiquer tous les
jours sans que personne s'en aperçoive. Tantôt il se privera d'entendre une
conversation qui lui plaît, de dire un mot qui attirerait l'attention et les
éloges d'une compagnie, de lire un livre ou de faire toute autre chose qui lui
serait fort agréable, de cueillir une fleur et de la flairer; tantôt il se
trouvera dans l'occasion de se gêner, de se faire violence pur rendre à un
confrère, à un enfant, à un malade, un service pénible, de recevoir un reproche
qu'il n'a pas mérité, ou une injure et un outrage au lieu de la reconnaissance
qu'on lui devait, de faire une chose qui lui déplaît, de ne pouvoir obtenir ce
qu'il désire ou ce qui lui serait nécessaire. En profitant ainsi de toutes les
occasions qu'il a de se mortifier, un Frère s'assure un trésor de mérites et de
gloire pour l’éternité.
0198.- Un autre genre de
pénitence qui doit être familier aux Frères, c'est la garde des sens et surtout
des yeux: ils les tiendront modestement baissés, particulièrement dans
l'église, dans les rues et autres lieux publics. Par esprit de mortification,
ils se priveront de regarder par les fenêtres, de voir les choses mêmes
indifférentes, mais qui ne sont propres qu'à dissiper et à faire perdre le
recueillement.
0199.- Ils regarderont leur
corps comme leur plus grand ennemi, et ne cesseront de lui faire la guerre et
de le mortifier. Cependant, ils ne doivent jamais faire de pénitence qui nuise
à leur santé, ils n'en feront même aucune extraordinaire sans permission, ce
qui n'empêche pas qu'ils ne puissent et qu'ils ne doivent s'imposer des
privations et des sacrifices, de manière à dompter leur corps, à l'assujettir à
l'esprit, afin d'accomplir en leur chair ce qui manque aux souffrances de
Jésus-Christ», selon l'expression de l'Apôtre (Coloss., 1, 24).
0200.- Ils seront sobres
dans les repas et ils auront soin de pratiquer à table quelque acte de
mortification, comme de se priver ou de prendre peu de quelque mets qu'ils
aiment beaucoup, de ne jamais se plaindre de la mauvaise qualité ou du défaut
d'apprêt des aliments, de se priver d'un fruit ou de toute autre chose qui
flatte le goût et dont on peut se passer sans inconvénient.
0201.- Les Frères
regarderont comme un sujet de pénitence très méritoire les maladies, les
infirmité et les afflictions qu'ils auront à supporter. Dans cet esprit, ils
les recevront avec résignation et avec joie comme une portion de la croix de
Jésus-Christ, et s'en serviront comme d'un excellent moyen de satisfaire à la
justice de Dieu. Ils ne se plaindront jamais de la violence et de la durée du
mal, de l'amertume des remèdes, des oublis de ceux qui les servent, du bruit
qu'on fait autour d'eux et de beaucoup d'autres choses.
0202.- L'amour de la
mortification et de la pénitence les portera encore à faire un saint usage de
toutes les occasions de souffrir que leur fourniront les lieux qu'ils habitent,
les climats, les saisons, s'estimant heureux d'être mal logés, mal nourris, de
souffrir le froid, la chaleur, les intempéries de l'air, et une infinité
d'autres incommodités.
0203.- Une autre pénitence
bien pénible à la nature, mais infiniment agréable a Dieu, c'est tout ce qu'ils
auront à souffrir dans l'exercice de leurs fonctions. La réserve, la gravité et
la modestie qu'ils devront avoir pour contenir et pour édifier leurs élèves,
les obligeront à s'observer sans cesse et à se faire une continuelle violence.
Que d'actes de mortification n'auront-ils pas l'occasion de pratiquer, étant
toute la journée au milieu d'une foule d'enfants légers, indisciplinés et
souvent malpropre! Que d'actes de patience, d'humilité, de charité et de zèle
ne faudra-t-il pas faire pour se mettre à la portée de tous et pour répéter
sans cesse les mêmes choses! Et après tant de peines, d'abnégation et de
dévouement, ils devront s'attendre et se préparer tous les jours à supporter
l'ignorance, la grossièreté et l'indocilité des enfants; le plaintes, les
murmures et l'ingratitude des parents; les rebuts, les mépris et les
contradictions du public.
0204.- Mais la pénitence
qui plaira le plus à Dieu, qui leur attirera le plus de grâces, celle qui
comprend pour ainsi dire toutes les autres, c'est l'exacte observance de leurs
Constitutions et de leurs Règles. En effet, être fidèle à garder toujours le
silence, à répondre en peu de mots, à tout quitter au premier coup de cloche, à
laisser une occupation qui plaît pour faire toute outre chose, quelque opposée
qu'elle soit aux inclinations de la nature, dès que l'obéissance le veut, à se
respecter mutuellement; être fidèle, en un mot, à observer tous le points des
Constitutions et de Règles dans le temps, dans le lieu et de la manière
prescrite, c'est renoncer sans cesse à sa volonté, pour faire celle de Dieu,
c'est se faire violence et se mortifier continuellement. Les Frères
s'appliqueront surtout à cet exercice de mortification et le préféreront à tous
les autres.
0205.- Pendant le temps du
silence, s'il y a nécessité de parler, on le fera en peu de mots et à voix
basse, autant que possible. On évitera aussi de faire du bruit en marchant, en
ouvrant ou en fermant les portes, et généralement tout ce qui pourrait dissiper
ou déranger les Frères. Les temps libres sont des temps de silence.
0206.- En faisant la classe
les Frères doivent être très exacts à garder le silence, afin de conserver leur
santé et de maintenir la discipline parmi leurs enfants. Les moyens qu'ils
prendront pour cela sont: 1º de se servir toujours du signal; 2º de parler,
quand il y a nécessité de la faire, d'un ton de voix très modéré, et d'être
courts, clairs et précis dans les avis ou les explications qu'ils donnent; 3º
d'éviter de crier, de parler trop haut ou avec trop de chaleur.
0207.- Dans les rapports
avec les étrangers, le Frère Directeur seul entretient la conversation; les
autres Frères gardent le silence avec modestie, à moins qu'on ne leur adresse
directement la parole; en ce cas, ils répondront en peu de mots et seulement
sur ce qui leur a été demandé.
0208.- C'est surtout dans
les voyages que le Frères doivent être retenus et circonspects dans leurs
paroles. Jamais ils ne parleront de politique, et autres nouvelles ou affaires
du monde; ils éviteront même de lier conversation avec qui que ce soit et de
prendre part aux discours qui se tiendront, se contentant d'édifier le prochain
par leur gravité, leur réserve et leur modestie.
0209.- Bien convaincus de
cette parole de saint Grégoire: La solitude du corps sert peu, si l'on n'y
joint la solitude du coeur », les Frères ne se contenteront pas de garder le
silence extérieur ou de paroles, ils s'attacheront surtout à la pratique du
silence intérieur, qui consiste à réprimer ses passions, à oublier le monde, à
chasser les pensées, les affections et le souvenir des choses de la terre et à
ne s'occuper que de Dieu.
0210.- Enfin, pour s'animer
à la pratique du silence, pour en comprendre toute l'importance et la
nécessité, les Frères méditeront souvent ces paroles de la Sainte Ecriture: Le
péché abonde dans la multitude des paroles
(Prov., 10,) qui parlera beaucoup, blessera son âme(Eccles., 20, 8): la
langue mal réglée est un feu qui enflamme tout le cours de la vie, elle est un
monde d'iniquité» (Jacq., 3, 6); celui qui ne met point un frein à sa langue,
séduit lui-même son coeur et n'a qu'une piété vaine» (Jacq., 1, 26); et ces
autres qui nous prouvent le grand bien du silence: La justice et la vertu
s'acquièrent par le silence» (Isaïe, 32, 17); tout le travail de l'homme
consiste à bien régler sa langue» (Eccles., 6, 7); celui qui ne pèche pas par
la langue est un homme parfait» (Jacq., 3, 2).
0211.- Le propre de la
modestie est de composer avec bienséance l'extérieur de l'homme et de régler
ses sens, ses gestes, sa démarche, en un mot, toutes les actions qui ont
rapport au maintien du corps.
0212.- Pour pratiquer la
modestie d'une manière convenable à leur état, les Frères observeront les règles
suivantes: 1º Ils tiendront la tête droite, un peu inclinée sur le devant,
surtout pendant les exercices de piété, évitant de la pencher d'un côté ou de
l'autre, de la tourner légèrement et sans raison. 2º Ils auront pour
l'ordinaire les yeux modestement baissés, se gardant bien de les tourner çà et
là sans nécessité, de les porter sur quelque objet dangereux et de les arrêter
fixement sur les personnes. 3º Le visage étant la partie du corps où se
peignent plus parfaitement les passions de l'âme, ils devront le composer avec
soin et faire en sorte qu'il soit ouvert, grave et gai tout ensemble, qu'il
paraisse content et qu'il porte un air de bonté, de douceur et de piété qui
annonce la paix et le bon état de l'âme.
0213.- Ils se garderont de
toute démonstration de joie trop vive et trop empressée, qui annonce un esprit
léger et peu réfléchi; comme aussi, de tout air triste, morne, inquiet ou
chagrin, qui est ordinairement une marque que l'âme est dominée par quelque
passion.
0214.- Etant debout, ils
tiendront le corps droit, sans gêne ni affectation, sans le pencher sur un
côté, mais le tenant également posé sur les deux pieds, qui ordinairement
doivent être presque joints.
0215.- Ils ne mettront pas
les mains dans les poches de leur habit, ni ne le dégraferont pas pour les
mettre sur la poitrine; mais ils devront les laisser pendre modestement, les
insérer dans les manches de leur habit ou avoir les bras croisés.
0216.- Ils prendront
l'habitude de marcher posément et naturellement, ayant soin pour cela de tenir
le corps droit sans le balancer d'un côté ni de l'autre; d'éviter de traîner
les pieds, d'aller trop vite ou trop lentement de gesticuler ou de faire quoi
que ce soit qui ressente l'affectation ou les manières du monde.
0217.- Quand ils sont
assis, ils doivent tenir le corps droit, les pieds presque joints, et éviter de
mettre les jambes l'une sur l'autre, de se renverser sur le dossier de la
chaise ou sur quelque table, de changer à tout moment de situation, et de faire
toute extension de jambes ou de bras qui dénote l'ennui ou la paresse.
0218.- En parlant, leur ton
de voix doit être modéré, mais soutenu, c’est-à-dire qu'il doit n'être ni trop
haut, ni trop bas, ni trop lent, ni trop précipité, et n'avoir rien de dur ni
d'efféminé.
0219.- Ils s'abstiendront
de bâiller en compagnie, de faire des mouvements précipités et de se porter les
mains à la tête ou au visage sans nécessité.
0220.- Ils feront en sorte
qu'il n'y ait rien dans leur personne, dans leur manière de tousser, de cracher
et de se moucher qui puisse faire de la peine aux autres; ils se surveilleront
avec attention, surtout en compagnie, afin d'éviter tout ce qui pourrait
choquer ou incommoder ceux avec qui ils se trouvent.
0221.- Enfin, ils se
conduiront en toutes choses avec tant de bienséance et de modestie, que tout en
eux édifie le prochain et se ressente de la sainteté de leur état.
0222.- Le respect mutuel
conserve la paix, la charité et l'union si nécessaires dans une communauté.
0223.- Les Frères, selon le
conseil de l'Apôtre, se préviendront les uns les outres par des témoigages
d'honneur et de déférence» (Rom., 12, 10), c’est-à-dire, qu'ils seront exacts à
observer entre eux les règles de la civilité et de la bienséance, qu'ils se
traiteront avec estime et respect, qu'ils se rendront les devoirs qu'ils se
doivent selon le rang et la place qu'ils tiennent dans l'Institut; et qu'ils se
conduiront toujours, dans leurs rapports mutuels, par le principe de l'humilité
et de la charité chrétiennes.
0224.- Ils ne parleront
jamais patois entre eux ni avec les enfants sans nécessité, et ne tutoieront
personne.
0225.- Ils ne se
permettront aucune familiarité, aucun jeu de mains: tels que se pousser, se
frapper ou autre chose semblable. Ils se récréeront avec beaucoup de réserve et
de dignité, évitant toute espèce de facéties, tout geste, toute action
ridicule, en un mot, tout ce qui est contraire à la modestie et à la gravité
religieuses.
0226.- Quand ils se
rencontreront, s'ils ont le chapeau sur la tête, ils se découvriront; s'ils passent
devant le Frère Supérieur ou devant les Frères anciens, ils les salueront de
plus par une légère inclination.
0227.- Ils auront des
attentions et de égards particuliers pour les Frères anciens, quand même ils ne
serraient pas en charge. Tous, et particulièrement les jeunes, s'efforceront de
leur rendre honneur, c’est-à-dire, d'avoir pour eux une grande déférence, de
les écouter quand ils parlent, et de leur rendre tous les services dont ils
auront besoin.
0228.- Les Frères anciens,
à leur tour, se montreront bons et honnêtes à l'égard des jeunes, supportant
leurs défauts, excusant les fautes que l'inexpérience leur fait commettre, les
reprenant, s'il y a lieu, mais avec douceur, évitant soigneusement de dire ou
de faire quoi que ce soit qui puisse les scandaliser, leur faire de la peine ou
les décourager, leur parlant toujours avec bonté, avec retenue et d'une manière
sensée.
0229.- Les Frères formeront
leur enfants à la civilité par leurs instructions et surtout par leurs
exemples, réglant leur maintien, leurs paroles et leurs actions, de manière que
tout, dans leur conduite, soit pour les enfants une leçon de vertu et de
politesse.
0230.- Ils se montreront
aussi très honnêtes à l'égard des personnes du dehors; mais leur politesse doit
être toute religieuse, c’est-à-dire, qu'il faut qu'elle soit fondée sur
l'humilité et la charité, qu'elle ait pour but la gloire de Dieu et
l'édification du prochain.
0231.- Ils doivent
s'instruire de tout ce qui tient aux usages et au cérémonial des lettres et s'y
conformer dans l'occasion. En écrivant au Frère Supérieur Général, ils
commenceront leurs lettres par cette formule: Mon Très Révérend Frère
Supérieur, et la termineront de cette manière: Je suis avec un profond respect
et une entière soumission, Mon Très Révérend Frère Supérieur, Votre très humble
et très obéissant serviteur.» Ils mettront l'adresse de cette manière: Au Très
Révérend Frère Supérieur Général de l'Institut des Petits Frères de Marie, etc.
0232.- Les Frères aimeront
beaucoup l'ordre et la propreté, et les feront régner dans tout ce qui est à
leur usage. Dans chaque maison, un Frère sera spécialement chargé de veiller à
la propreté et à la bonne tenue des appartements, du mobilier et du vestiaire.
0233.- On aura soin de
tenir les appartements bien aérés, surtout les classes et ceux qui sont les
plus fréquentés; de remettre toujours les choses à leur place, après s'en être
servi, et de n'en laisser égarer ni dépérir aucune par sa faute.
0234.- Chacun fera son lit
et aura soin de mettre en ordre et de tenir en état de propreté tout ce qui est
à son usage.
0235.- Les Frères
s'appliqueront à donner à leurs élèves des habitudes d'ordre et de propreté,
les obligeant à se laver et à se peigner tous les jours, à prendre soin de
leurs objets classiques et de tous leurs effets, et à de ménager.
0236.- La vie religieuse
étant par sa nature une vie de pénitence, de mortification et de travail, rien
ne lui est plus opposé que l'oisiveté, qui enseigne tous les vices, combat et
détruit toutes les vertus. Les Frères regarderont donc la vice de paresse comme
un de leurs plus dangereux ennemis, et ils s'en préserveront avec le plus grand
soin.
0237.- L'amour du travail
est une disposition requise pour être reçu dans l'Institut; on ne manquera pas
d'en instruire les postulants, de les éprouver sur ce point et de renvoyer ceux
qui manqueraient de goût et d'aptitude pour l'étude et pour le travail manuel.
0238.- Les Frères auront
tous une occupation déterminée et ils devront rendre compte au Frère
Provincial, tous les quatre mois, et au Frère Directeur, toutes les semaines,
de leur travail et de l'emploi de leur temps.
0239.- L'étude est un
devoir pur les Frères employés dans l'enseignement, elle leur est nécessaire
pour conserver et pour perfectionner leurs connaissances acquises, et ils ne
peuvent la négliger sans faire tort à l'Institut ou à leurs élèves.
0240.- Les matières d'étude
pour les Frères sont: la religion, la lecture, l'écriture, la grammaire,
l'arithmétique, l'histoire, la géographie, le dessin, la géométrie, le chant;
en un mot, tout ce qui fait partie de l'enseignement primaire. Les Frères ne
pourront se livrer à aucune autre espèce d'étude sans la permission du Frère
Provincial.
0241.- Les Frères garderont
cet ordre dans leurs études: 1º ils étudieront les matières de leurs classes
respectives et auront soin chaque jour de préparer les leçons qu'ils sont
obligés de donner; 2º ils travailleront ensuite aux autres parties de
l'enseignement de manière à donner toujours la primauté à celles qui sont le
plus utiles ou qui leur seraient la plus nécessaires.
0242.- Les jours d'école,
les Frères étudieront le catéchisme, pendant une heure; les dimanches et les
jeudis, ils liront quelque ouvrage ascétique ou quelque histoire édifiante.
0243.- Les Frères profès de
voeux temporaires réciteront tous les jours une leçon de catéchisme au Frère
Directeur ou à celui qu'il aura désigné. Le Frère Directeur devra aussi, de
temps en temps, faire réciter à tous les Frères la méthode d'oraison, au jour
qu'il indiquera, et ce sera ordinairement le jeudi.
0244.- Les Frères ne se
contenteront pas d'apprendre ce qu'ils doivent enseigner; ils étudieront avec
soin la méthode d'enseignement, les moyens les plus propres pour faire
comprendre et pour communiquer ce qu'ils savent à leurs élèves, la manière de
discipliner une classe et de donner le goût de l'étude et l'amour du travail
aux enfants.
0245.- Ils se garderont
bien, néanmoins, de se passionner pour l'étude, et de s'y adonner dans des vues
humaines et de manière à préjudicier à leurs exercices de piété et à leur
avancement dans la vertu; ils s'y appliqueront uniquement pour plaire à Dieu et
procurer sa gloire, pour servir plus utilement l'Institut, et pour obéir aux
Constitutions et aux Règles communes, pour édifier les Frères, et pour
s'occuper selon leur état.
0246.- Chacun s'efforcera,
selon sa capacité, de s'acquitter parfaitement de l'emploi qui lui aura été
confié.
0247.- Le Frère Directeur
assignera à chaque Frère ce qu'il doit faire ou ce qu'il doit étudier, et lui
demandera compte de son travail et de l'emploi de son temps, Il ne souffrira
jamais que les Frères restent dans l'oisiveté, surtout les jeunes; mais il les
tiendra constamment et utilement occupés.
0248.- En communauté, le
principal moyen de sanctification est l'observance des Constitutions et des
Règles, et un religieux ne reçoit de grâces et ne fait de progrès dans la vertu
qu'a proportion qu'il est fidèle à les observer.
0249.- Les Frères
regarderont donc les observances régulières, même les plus petites, comme très
importantes: 1º parce qu'elles sont pour eux un moyen de perfection; 2º parce
que Dieu a attaché notre persévérance dans la bien à notre fidélité aux petites
choses: Celui, dit Jésus-Christ, qui est fidèle dans les moindres choses, le sera
aussi dans les grandes» (Luc., 16, 10); 3º parce que la violation d'une seule,
quelque petite qu'elle soit, nuit au bon ordre et à la discipline de la
communauté; 4º parce que la paix, l'union et la ferveur ne règnent parfaitement
que dans les maisons où l'on est fidèle à tous les points de Constitutions et
de Règles.
0250.- Chacun doit bien se
persuader que Dieu veut le sauver et le conduire à la perfection par l'exacte
observance d'abord des Constitutions et ensuite des Règles de son Institut,
conséquemment qu'il ne peut les négliger sans exposer sa perfection et même son
salut; car, dit saint François de Sales, la prédestination des religieux dépend
de cette observance.
0251.- Un des premiers
devoirs de Frères Directeurs et de tous ceux qui sont en charge, c'est
d'obtenir cette observance le plus parfaitement possible. Il est important, il
est nécessaire: 1º que les Frères Directeurs habituent les Frères à la
ponctualité, c’est-à-dire, à tout quitter au premier signal, au premier coup de
cloche pour se rendre aux exercices de la communauté ou à ce que demande
l'obéissance; 2º qu'ils fassent toujours commencer les exercices à l'heure; 3º
qu'ils fassent cas des plus petites choses et qu'ils avertissent les Frères
quand ils y manquent.
0252.- Les Frères anciens
et les plus instruits s'efforceront de se montrer les plus exacts à observer
les Constitutions et toutes les Règles, se rappelant que plus ils sont
supérieurs aux autres par leur âge ou par leurs talents, plus ils sont tenus
d'être leurs modèles et de leur donner l'exemple de la régularité.
0253.- Dans le cas même de
maladie ou d'infirmité, les Frères s'y rendront fidèles autant qu'il dépendra
d'eux, ayant soin pour cela de pratiquer les points qui ne sont pas
incompatibles avec l'état où ils se trouvent et de demander dispense de ceux
qu'ils ne peuvent pas observer.
0254.- Quand les Frères
auront manqué à quelques points des Constitutions ou des Règles communes, ils
devront déclarer leur faute au Frère Directeur et lui en demander pénitence.
0255.- Ils doivent être
bien aises aussi que le Frère Directeur les avertisse, quand ils y manquent, et
ils le prieront même en particulier de temps en temps de leur rendre ce bon
office.
0256.- Le Frères liront
leurs Constitutions et leurs Règles communes en entier au moins deux fois l'an,
dans les premiers jours de janvier et de juillet; cette lecture tiendra lieu de
la lecture spirituelle. Chacun devra lire aux mêmes époques, et plus souvent
s'il est nécessaire, les règles qui lui sont particulières, à raison de son
emploi.
0257.- En outre, tous les
dimanches, on lira en communauté un chapitre des Constitutions ou des Règles
communes sur lequel le Frère Directeur fera une instruction, ou au moins
quelques réflexions.
0258.- Chacun aura soin de
faire souvent son examen sur la manière dont il les observe, s'arrêtant surtout
aux points auxquels il a plus de peine à se soumettre et où il manque plus
souvent, et s'appliquant à découvrir le principe de ses fautes, afin de s'en
corriger.
0259.- Enfin, les Frères se
porteront à l'observance des Constitutions et des Règles par amour et non par
crainte; le désir de plaire à Dieu, de la glorifier, d'imiter Notre Seigneur,
de mériter la protection de la sainte Vierge, de travailler à leur perfection
et de conserver l'Institut: tels sont les motifs qui doivent les porter à y
être constamment fidèles.
0260.- Les Frères auront
une religieuse vénération et un profond respect pour le Frère Supérieur
Général, et, en toute chose, ils lui obéiront comme à Dieu même dont il tient
la place.
0261.- En lui parlant, ils
ne l'appelleront jamais autrement que Mon Révérend Frère Supérieur; et un
s'entretenant de lui entre eux ou avec toute autre personne: Le Révérend Frère
Supérieur.
0262.- Lorsqu'ils lui
parleront, ils se tiendront debout et découverts tout le temps, à moins qu'il
ne leur fasse signe ou ne leur dise de s'asseoir et de se couvrir.
0263.- Ils lui feront une
profonde inclination, chaque foi qu'ils passeront devant lui; et, s'ils se
croisent avec lui à un escalier ou ailleurs, ils ne manqueront pas de
s'arrêter, de lui céder le pas et de s'écarter pour le laisser passer.
0264.- Quand le Frère
Supérieur Général entre dans un appartement quelconque, tous doivent se lever,
se découvrir et se tenir debout jusqu'à ce qu'il dise de s'asseoir ou qu'il se
soit assis lui-même. Au réfectoire, il suffira que le lecteur se lève et
suspendre la lecture, jusqu’à ce que le Frère Supérieur Général se soit mis à
table.
0265.- Ils le regarderont
comme leur père, et ils auront pour lui un attachement, un amour et une
confiance filiale. Ces sentiments, d'autant plus sincères qu'ils sont formés
par la foi et la religion, les porteront à s'adresser à lui, dans tous leurs
besoins, avec la simplicité d'un enfant.
0266.- Lorsqu'un Frère est
repris par le Frère Supérieur Général, il doit l'écouter avec un profond
respect avec humilité, en silence et les yeux baissés. Si le Frère croit devoir
s'excuser, ce qu'il ne doit faire que lorsqu'il juge que la plus grande gloire
de Dieu le demande, il ne le fera qu'avec modestie, en peu de mots et jamais en
contestant avec lui.
0267.- Les Frères doivent
recourir au Frères Supérieur Général en toute confiance, mais ils prendront
garde de ne pas lui faire perdre le temps par des visites importunes ou trop prolongées.
Ils doivent dire sans gêne, mais en moins de paroles possible, ce pourquoi ils
viennent le trouver, et se retirer dès qu'ils ont terminé.
0268.- Les Frères chargé du
temporel ou de la direction d'une maison ou de tout autre emploi, se souviendront
qu'ils n'ont qu'une autorité relative et dépendante, et qu'ils lui doivent
compte de leur gestion selon les Constitutions. Ils se borneront donc, en tout
ce qui concerne leur emploi, à ce qui est déterminé par les Constitutions, les
Règles, ou qui est d'un usage constant et reconnu dans l'Institut.
0269.- Dans la direction de
leur maison et dans tout ce qu'ils entreprendront pour le bien de la religion
et celui de l'Institut, les Frères Directeurs suivront exactement les
instructions qu'ils auront reçues du Frère Supérieur Général et jusqu’à ses
moindre intentions.
0270.- Les Frères ne
parleront du Frère Supérieur Général qu'avec estime et respect; jamais ils ne
se permettront un mot de blâme, ni quoi que ce soit qui puisse affaiblir la
vénération profonde, l'amour et la haute estime que tous les Frères doivent
avoir pour lui; moins encore se permettront-ils de censurer sa conduite, son
administration, ou de trouver à redire ce qu'il a fait ou ordonné. L'esprit de
foi, qui leur fera voir Jésus-Christ en sa personne, les portera à approuver et
à trouver bon tout ce qui vient de lui, à recevoir comme de Dieu même, avec une
parfaite soumission de volonté et de jugement, ses ordres, ses avis, ses
conseils et la moindre de ses paroles.
0271.- Les Frères ne se
contenteront pas d'aimer et de vénérer leur Frère Supérieur Général, de lui
obéir en toute chose et d'avoir en lui une entière confiance; de plus, ils
prieront tous les jours pour lui, en leur particulier et en communauté,
demandant à Dieu qu'il le remplisse de son esprit de lumière et de force, et
lui donne toutes les grâces qui lui sont nécessaires pour conduire avec sagesse
l'Institut, et pour faire avancer sans cesse les Frères dans la voie de la
perfection et de la sainteté.
0272.- Tous les Frères profès,
soit de voeux annuels, soit de voeux perpétuels, écriront au Frère Supérieur
Général ou à ses Assistants, deux fois par an, en janvier et en mai, pour
rendre compte de leur conduite et de la manière dont ils observent les
Constitutions et les Règles communes et remplissent leur emploi. S'il y a
nécessité, ils pourront écrire plus souvent.
0273.- Ils se feront de
plus un devoir d'écrire, dans la même but, au Frère Provincial, deux fois par
an, en novembre et an mars ou à d'autres époques déterminées. Ils pourront
écrire plus souvent en cas de besoin. Dans leur correspondance soit avec le
Frère Supérieur Général, soit avec le Frère Provincial, les Frères Directeurs
rendront compte, non seulement de ce qui leur est personnel, mais encore de
leur conduite comme directeurs, de celle des Frères qui sont avec eux, de la
régularité de la maison et de l'état des classes, comme il est marqué ailleurs,
et ils enverront les arrêtés de comtes.
0274.- Pour rendre compte
de leur conduite aux époques fixées, les Frères écriront tous en même temps et
remettront leurs lettres cachetées au Frère Directeur, qui les joindra à la
sienne pour n'en faire qu'un seul paquet qu'il cachettera en présence des
Frères. Afin de diminuer les frais de correspondance, les Frères auront soin de
se servir d'un papier mince et léger.
0275.- Les lettres
d'affaires, les commissions ou les demandes d'objets doivent être à part, sur
de feuilles volantes, afin qu'on puisse les remettre au Frère Econome
provincial ou à celui qu'elles concernent.
0276.- Les Frères
Directeurs, en rendant compte de leur conduite personnelle au Frère Provincial,
lui feront connaître les lettres de quelque importance qu'ils auraient écrites
aux étrangers.
0277.- Du reste, les Frères
ne doivent écrire aux étrangers que par nécessité, rarement à leurs parents; et
dans les lettres à ces derniers, ils feront en sorte qu'il y ait toujours
quelque chose d'édifiant et qui puisse les porter à Dieu.
0278.- Les Frères ne liront
ni ne communiqueront à personne les lettres qu'ils écriront à leurs Supérieurs
quand même elles ne contiendraient rien de particulier. Le Frère Directeur ne
prendra jamais connaissance des lettres écrites aux Supérieurs par ses Frères
quand même ceux-ci le voudraient. Pareillement, les Frères ne peuvent
communiquer à personne les lettres qu'ils reçoivent des Supérieurs, à moins
qu'elles ne contiennent des choses qui regardent tous les Frères de la maison,
ou que celui qui écrit n'ait manifesté l'intention qu'elles soient
communiquées.
0279.- Les lettres des
Supérieurs ne seront donc décachetées et lues que par ceux à qui elles sont
adressées, et pour que ces sortes de lettres puissent être facilement reconnues
par le Frère Directeur, celui qui écrit mettra au dos de la lettre les
initiales de son nom et son paraphe.
0280.- Quiconque aura lu
une lettre qui n'est point à son adresse, cachetée ou non cachetée, adressée
aux Supérieurs, ou écrite par eux, sera sévèrement corrigé, et le Frère
Supérieur Général devra être informé de cette faute.
0281.- Les Frères sont
subordonnés au Frère Directeur en toutes choses et lui doivent obéissance comme
à Jésus-Christ dont il tient la place.
0282.- Ils auront pour lui
un grand respect, lui parlant toujours en termes pleins de soumission et de
déférence; toutes les fois qu'ils passeront devant lui, ils se découvriront et
le salueront, et, en toute occasion, ils se montreront pour lui pleins d'égards
et de prévenances.
0283.- Les Frères Directeur
est chargé d'administrer de la manière prescrite par les Constitutions; c'est
lui qui répond de tout et qui, par conséquent, doit tout ordonner, tout
conduire et tout diriger; les autres Frères ne peuvent rien faire, rien
permettre ni changer dans leurs classes ou ailleurs sans sa permission.
0284.- Les Frères lui
témoigneront leur obéissance, leur amour et leur attachement de toutes les
manière, chacun s'empressant de l'aider, de le soulager, et de lui rendre
service autant qu'il en est capable; et cela, non seulement en contribuant de
tout leur pouvoir à maintenir l'ordre et la bonne tenue de la maison, et en le
remplaçant dans sa classe ou ailleurs, pour la surveillance des élèves ou pour
toute autre chose; mais surtout en maintenant, par leurs exemples et leur bon
esprit, la soumission et le respect qui lui sont dus.
0285.- Il est important que
tous lui soient très unis et ne fassent qu'un avec lui; il est même nécessaire
que cette union paraisse extérieurement, quand il en est besoin. Ainsi, tous
doivent le soutenir auprès des enfants, des parents ou de toute autre personne
qui serait dans le cas de la blâmer ou de trouver à redire à sa conduite.
0286.- Ils auront en lui
une grande confiance, lui demanderont conseil dans leurs doutes, lui feront
part de leurs peines, des difficultés qu'ils éprouvent dans leur emploi, ayant
soin de se conduire en toutes choses par ses avis et de suivre exactement la
conduite qu'il leur aura tracée.
0287.- Ils suivront dans
leurs études, dans leurs classes ou dans leur emploi, la direction et le
règlement qui leur seront donnés par le Frère Directeur; ils ne manqueront pas
de lui rendre compte de leurs études, de leur conduite dans la classe et de la
manière dont ils remplissent leur emploi.
0288.- Ils s'appliqueront à
prendre sa méthode pour la classe et la direction des enfants, employant les
mêmes moyens d'émulation et d'encouragement, les mêmes récompenses, les mêmes
manières d'attirer les enfants à l'école, de les former à la vertu et de les
discipliner; et, comme le Frère Directeur doit suivre en tout la méthode
d'enseignement développée par le Guide des Ecoles, chacun se formera aux usages
et à la méthode de l'Institut, en se formant sur son Frère Directeur, et de
cette manière il régnera une entière conformité dans toutes nos écoles.
0289.- Ils se garderont
bien de le gêner dans son administration, de s'immiscer dans ce qui ne les
regarde pas, de se donner de l'autorité ou de se mêler du gouvernement de la
maison; ils ne doivent pas non plus le circonvenir, l'influencer, de quelque
manière que ce soit, pour le porter à faire ce qu'ils désirent ou pour se faire
permettre ou commander ce qu'ils souhaitent.
0290.- Le respect et
l'obéissance qu'ils lui doivent, leur feront éviter avec soin de critiquer sa
conduite ou son administration, de s'entretenir entre eux de ses défauts et de
ses fautes, de se plaindre et de murmurer en secret ou en public, de répliquer
quand il commande ou qu'il reprend, de témoigner de la peine ou du ressentiment
pour un avertissement ou pour une réprimande qu'il leur aura donnée, de
recevoir ses ordres avec froideur ou d'un air mécontent, et de n'obéir qu'avec
peine.
0291.- S'il leur arrive
d'être mécontents de la conduite que le Frère Directeur aura tenue à leur égard
en quoi que ce soit, ou d'éprouver quelque antipathie contre lui, au lieu de
murmurer et de se plaindre devant les autres, ils doivent l'aller trouver et
lui faire connaître, avec simplicité et franchise, leur sujet de mécontentement
et tout ce qui les peine. C'est là le vrai moyen de faire tomber toutes les
prévention qui pourraient exister de part et d'autre, de rétablir ou de
maintenir la paix, l'union qui doit régner dans la maison, et de conserver
l'amour, le respect et l'obéissance qu'ils doivent à leur Frère Directeur.
0292.- S'il s'élevait
quelques difficulté entre le Frère Directeur et ses inférieurs (ce qu'à Dieu ne
plaise), on aura, sans contester, recours au Frère Provincial, afin qu'il
concilie tout par ses avis; cependant l'inférieur se soumettra, en attendent
que le Frère Provincial réponde, à moins que la chose ne soit évidemment mauvaise.
0293.- Si le Frère
Directeur tombait dans quelques fautes graves, s'il laissait introduire des
abus dans la maison, s'il négligeait la régularité ou le soin du temporel, s'il
avait des rapports avec les séculiers ou avec les enfants, contrairement aux
Constitutions et aux Règles communes, les Frères, et particulièrement le Frère
Sous-Directeur, devraient l'en avertir avec respect et le prier humblement de
corriger dans sa conduite ou dans son administration ce qui serait
répréhensible et, s'il ne s'amendait pas, il faudrait en prévenir le Frère
Provincial.
0294.- Le premier devoir
des Frères à l'égard de leurs enfants est de les édifier, de les porter à Dieu
par leurs actions et la sainteté de leur vie, et de leur donner l'exemple de
toutes les vertus.
0295.- Ils aimeront
chrétiennement tous leurs enfants, leur parleront avec bonté, les traiteront
avec douceur, et ils se montreront leurs pères plutôt que leurs maîtres
particulièrement dans les correction.
0296.- Ils ne doivent rien
négliger pour s'attirer l'estime, le respect et l'affection des enfants, afin
de les gagner plus facilement à Jésus-Christ. Les moyen pour y parvenir sont:
1º d'être toujours égal, d'avoir un air gai, bon et grave tout ensemble; 2º de
rendre la classe et le travail agréables aux enfants par l'émulation, les
récompenses et les louanges données à propos; 3º de n'être pas trop sévère dans
les punitions, ni trop difficile à contenter pour les devoirs ou les leçons; 4º
de témoigner aux enfants la bonté d'un père, prenant part à leurs peines, les
aidant, les encourageant, leur montrant, par son zèle et son dévouement à les
instruire et à les faire avancer, qu'on ne cherche que leurs intérêts.
0297.- Ils éviteront avec
le plus grand soin de s'attacher aux enfants d'une manière trop humaine, ils
n'auront aucune familiarité avec eux, et bien qu'ils donnent á tous un libre
accès auprès d'eux, ils les tiendront toujours dans les bornes du respect et de
la réserve qui conviennent à des élèves à l'égard de leurs maîtres.
0298.- Ils auront pour tous
leurs élèves la même affection, les mêmes attentions et les mêmes soins. Libres
de tout préjugé, de tout vue humaine, ils n'auront aucun égard à la fortune ni
aux dons de la nature, tels que les talents, les qualités extérieures, etc., et
ils ne verront dans tous les enfants que des membres de Jésus-Christ et des
âmes rachetées au prix de son sang.
0299.- Ils ne tutoieront
jamais les enfants, et se garderont bien de leur donner des sobriquets, ou de
se servir de leur parlant ou en les reprenant de termes durs et offensants,
comme aussi de les humilier, de les mortifier, de leur faire de la peine sans
raison.
0300.- En classe, les
enfants ne sortiront pas de leur place sans permission, et les Frères ne
permettront à aucun de se placer ou de rester à côté d'eux près de la chaire.
0301.- Ils ne souffriront
pas non plus que les enfants se rendent trop familiers dan la maison, qu'ils
s'amusent ou parlent dans l'école avant ou après les classes, qu'ils entrent
dans les appartements des Frères et même dans la cuisine sans frapper et sans
permission, qu'ils prennent quoi que ce soit et s'en servent sans le demander,
qu'ils courent, qu'ils agissent dans la maison sans retenue et se donnent trop
de liberté.
0302.- Pendant les
récréations même, les Frères ne doivent pas se rendre familiers avec les
enfants, ni jouer avec eux, à moins que ce ne soit pour mettre le jeu en train.
Ils éviteront aussi de causer à part avec quelques-uns, de crainte qu'ils ne
soient distraits et que la surveillance générale n'en souffre.
0303.- Ils se garderont
bien de perdre leur temps à parler avec un ou plusieurs élèves dans la classe,
et même dans la cour, ou de s'informer auprès d'eux des nouvelles et de ce qui
se passe dans la paroisse; ils ne permettront jamais aux enfants de les
entretenir de choses semblables.
0304.- Ils ne parleront pas
en particulier aux enfants, à moins d'une grand nécessité, et, en ce cas même,
ils le feront en peu de mots et ordinairement dans la classe.
0305.- Les Frères ne se
feront pas accompagner par les enfants dans les voyages, les sorties ou les
visites.
0306.- Les Frères ne
pendront rien aux enfants, excepté les mauvais livres qu'ils auraient entre les
mains. Si un enfant s'amuse avec un objet quelconque, les Frère se contentera
de lui faire signe de le retirer; et, s'il était obligé de le lui prendre, il
aurait soin de le lui rendre après la classe. Les Frère ne se feront prêter
aucun livre par les enfants, ni autre chose de ce genre.
0307.- Les livres qui
seraient pris entre les mains des enfants comme suspects, seront remis au
Frères Directeur, sans qu'on se permettre de les lire; et le Frère Directeur,
s'il le croit mauvais, ne doit pas les examiner lui-même, mais les remettre à
M. le Curé.
0308.- Les Frères ne
permettront pas que leurs élèves leur fassent des compliments ou leur offrent
des présents à l'occasion de leur fête.
0309.- Un seul Frère sera
chargé de vendre aux enfants les objets classiques; il prendra quelques moments
pour cela pendant la demi-heure d'entrée.
0310.- Un moyen très propre
pour contenir les enfants, pour s'en faire aimer et pour les corriger de leurs
défauts, c'est de leur parler toujours raison, de les traiter avec estime et
respect, et d'observer scrupuleusement à leur égard les règles de la civilité
et de l'honnêteté.
0311.- Les classes des
Frères devront être contiguës et communiquer par une cloison ou par une porte
vitrée. Les sièges seront placés vis-à-vis l'un de l'autre, afin que les Frères
puissent se voir; on ne les changera pas de place sans la permission du Frère
Provincial; et, dans tous les cas, ils devront toujours être placés de manière
que les Frères soient en vue les uns des autres.
0312.- Pendant les classes,
on n'admettra personne dans l'école, excepté les ecclésiastiques, les
bienfaiteurs et les autorités.
0313.- Le Frère Directeur
seul, ou son remplaçant en cas d'absence, rend raison aux parents des élèves et
aux autres personnes qui se présentent à l'école.
0314.- L'école s'ouvrira en
tout temps à sept heures et demie le matin, et les enfants devront tous être
arrivés au moins à huit heures pour assister à la sainte messe, s'il y en a
une, ou pour faire la prière du matin, qui commencera toujours à huit heures
précises, s'il n'y a pas de messe.
0315.- Le soir, l'école
s'ouvrira à une heure; les enfants devront tous être rendus pour réciter le
chapelet, qui commencera toujours à une heure et demie.
0316.- Les Frères seront
eux-mêmes très exacts à entrer en classe à l'heure fixée le matin et le soir.
Pendant la demi-heure d'entrée, s'ils ne sont pas pris par les besoins de la
classe, ils pourront, avec la permission du Frère Directeur, lire quelque livre
de piété ou étudier le catéchisme.
0317.- Les Frères se
tiendront à leur siège pendant toute la classe, excepté pour les maîtres des
écrivains, le temps de l'écriture, et autres cas d'une véritable nécessité.
0318.- Pendant les prières,
ils se tiendront debout sur leur siège, dans un maintien grave et modeste. Ils
répondront aux prières d'un ton médiocrement élevé, mais soutenu et pieux, comme
il convient que les enfants répondent.
0319.- Les Frères doivent à
leur élèves cinq choses: 1º le bon exemple et le secours de leurs prières; 2º
l'instruction religieuse et l'instruction primaire; 3º l'éducation, qui
consiste à former les enfants à la vertu et aux pratiques de la piété
chrétienne; 4º la surveillance, afin de les préserver du mal et de conserver
leur innocence; 5º la correction.
0320.- Tous les enfants
catholiques admis dans l'école, quel que soit leur âge, apprendront et
réciteront le catéchisme; ceux qui n'ont pas fait leur première communion le
réciteront deux fois le jour, c’est-à-dire à la classe du matin et à celle du
soir.
0321.- Chaque jour d'école,
les Frères emploieront une heure au catéchisme, dans les classes ordinaires, soit
pour le faire réciter, soit pour développer ou expliquer une leçon par
sous-demandes. Dans les classes supérieures, le catéchisme sera de demi-heure,
non compris la récitation.
0322.- Les dimanches et les
fêtes, ils feront de la même manière, c’est-à-dire par sous-demandes, pendant
demi-heure, une instruction sur les principaux mystères ou sur la manière
d'assister avec fruit aux offices de l'église, ou même sur l'évangile qu'ils
auront soin de faire réciter.
0323.- Les Frères
exerceront une grande surveillance sur les enfants, particulièrement sur leurs
gestes et leur tenue, exigeant que tous aient les bras croisés ou sur la table,
et qu'ils tiennent leurs livre à la main; que leur jambes et tout leur corps
soient toujours dans une posture convenable.
0324.- Ils ne doivent
jamais perdre de vue les enfants qui sont en groupe ou en cercle autour des
cartes géographiques ou des tableaux d'arithmétique, ou qui récitent leurs
leçons; ils les obligeront à avoir toujours les pieds joints et les bras
croisés ou à tenir leurs livres à la main.
0325.- Les Frères ne
sortiront pas de la classe sans une grande nécessité et sans sa faire
remplacer; ils ne doivent pas s'y promener ni tourner le dos aux enfants.
0326.- Ils parleront aux
enfants par signes et les reprendront avec le signal; ils ne reprendront de
vive voix que lorsque aucun enfant de la même division ne sera capable de la
faire ou de donner l'explication nécessaire.
0327.- Pendant la leçon de
lecture, les Frères auront soin: 1º de reprendre avec le signal toutes les
fautes de lecture; 2º d'exiger que tous les élèves d'une même leçon suivent
exactement pendant tout le temps de la lecture de leur division, à moins qu'ils
n'en soient dispensée pour s'occuper à d'autres devoirs; 3º de les obliger à
tenir leurs livres des deux mains; 4º de demander de temps en temps le mot de
la lecture à ceux qui paraîtraient se dissiper et ne pas suivre.
0328.- Les Frères doivent
tout le temps de la classe à leurs enfants, et ils ne peuvent en employer
aucune partie à l'étude ou à toute autre chose; c'est pourquoi ils n'auront en
classe d'autres livres que les livres classiques qui sont entre les mains de
leurs élèves, et ils ne les liront que pendant le temps qu'ils doivent les
avoir en mains pour suivre la leçon ou la faire réciter. Ils n'écriront pas non
plus en classe, à moins que ce ne soit pour prendre quelques noms de leurs
élèves ou pour marquer quelques notes ou bons points.
0329.- Le Frère Directeur
doit avoir l'oeil sur toutes les classes, afin de voir de quelle manière les
Frères se conduisent à l'égard de leurs élèves et comment ils s'acquittent de
leur emploi. Il est nécessaire, en outre, qu'il visite souvent les classes pour
encourager les enfants et se tenir au courant de leurs progrès, pour faire les
changements de division et pour former et diriger les Frères.
0330.- Le Frères ne
donneront jamais de leçons á domicile, ils ne feront même á l'école aucune
classe particulière sans la permission du Frère Provincial.
0331.- On ne recevra pas
les enfants avant la classe et on ne les gardera pas après, soit par pénitence,
soit pour les faire travailler, soit pour tout autre motif, excepté lorsque les
enfants viennent de loin par un mauvais temps.
0332.- Ils regarderont
l'étude et la pratique du Guide des Ecoles comme un des plus sûrs moyens de
réussir dans leur emploi; ils le liront souvent, afin de le posséder
parfaitement et de l'observer avec fidélité.
0333.- Enfin, les Frères se
tiendront très unis à Dieu pendant toute la classe, ayant soin d'élever leur coeur
à lui, de lui demander son secours, toutes les fois qu'ils rencontreront
quelques difficultés, soit pour contenir les enfants, soit pour les corriger,
soit pour leur expliquer quelques leçons. Pareillement, ils s'adresseront
surtout à la très sainte Vierge, la priant de bénir l'école et de conserver
l'innocence des enfants.
0334.- La correction des
enfants est de tous les devoirs des Frères le plus difficile à remplir et celui
qui demande de leur part le plus de réflexion, de prudence, de charité, de calme
et de patience.
0335.- Les Frères doivent
exercer sur eux-mêmes et sur leurs élèves une vigilance continuelle, afin de
prévenir les fautes; pour cela, ils seront exacts à faire garder le silence et
à le garder fidèlement eux-mêmes; à prendre et à conserver un maintien grave et
toujours égal, qui contienne les enfants dans le devoir; à ne jamais perdre de
vue les élèves; à les avertir à propos par un signe, quand on les voit sur le
point de s'écarter du règlement.
0336.- Ils s'appliqueront à
conserver leur âme en paix et libre de toute influence de passion, se gardant
bien de corriger les enfants dans la colère ou dans un moment de vivacité, de
punir jamais par humeur, par caprice, par vengeance ou par tout autre motif
personnel. Le bien de l'enfant qui s'est écarté de son de voir, ou l'avantage
des autres que l'impunité pourrait scandaliser ou porter à faire la même faute,
sont les seuls motifs qui doivent porter un Frère à corriger ses élèves.
0337.- Avant d'infliger une
pénitence, les Frères élèveront toujours leur coeur à Dieu pour le consulter et
le prier de bénir la correction.
0338.- Ils ne puniront les
fautes graves qu'au commencement de la classe suivante; en général toutes les
fois qu'ils se sentiront émus ou portés à agir par quelque passion, ils
remettront la correction à un autre moment.
0339.- De même, ils ne
puniront jamais un enfant, lorsqu'il est dans son premier moment ou qu'il n'est
pas disposé à recevoir la punition d'une manière convenable, pour ne pas
l'exposer à de nouvelles fautes ou rendre la punition inutile; l'enfant n'ayant
pas l'esprit assez libre pour connaître ses torts, pour vaincre la passion qui
le domine, pour sentir l'importance des avis qu'on lui donne, et pour connaître
la justice et la nécessité de la correction qu'il mérite.
0340.- On ne doit jamais
réprimander un enfant ni le punir publiquement pour une faute secrète, surtout
si elle était de nature à scandaliser les autres enfants.
0341.- Les Frères ne se
permettront jamais de frapper les enfants avec la main, le signal ou la
baguette; de les pousser rudement, de leur donner des soufflets, de leur tirer
les oreilles ou les cheveux: toutes ces manières de corriger les enfants son
opposées à la charité, dénotent la passion et sont défendues aux Frères.
0342.- On ne doit pas
laisser longtemps un enfant à genoux, de crainte de nuire à sa santé; on doit
éviter pareillement de mettre ou de laisser trop longtemps un enfant dans toute
autre posture qui serait dans le cas de le fatiguer de manière à l'indisposer.
0343.- Les Frères ne
corrigeront jamais les enfants dans la rue, à l'église ou dans tout autre lieu
public; ils se contenteront de marquer dans leur carnet ceux qui feront
quelques fautes, afin de les corriger lorsqu'ils seront en classe.
0344.- Ils feront en sorte
de ne point punir les enfants pendant le catéchisme et les prières, à moins
d'une grande nécessité.
0345.- Ils ne puniront les
enfants que pour des fautes certaines, et la punition sera toujours en rapport
avec la faute, c’est-à-dire, plus ou mois forte selon la gravité de la faute.
0346.- Ils ne donneront pas
de pénitences générales, c’est-à-dire qui atteignent toute la classe, á moins
que ce ne soit une simple retenue.
0347.- La pénitence la plus
ordinaire doit être le pensum, qui consiste à apprendre une leçon ou à écrire
un devoir.
0348.- En punissant les
enfants, il faut les traiter avec bonté, estime et respect, et éviter
soigneusement toute parole, toute expression injurieuse, méprisante ou propre à
mortifier, à faire de la peine sans juste raison, à aliéner l'esprit des
coupables.
0349.- Les jeunes Frères
prendront souvent l'avis du Frères Directeur au sujet des pénitences qu'ils
seront dans le cas d'infliger; ils n'en donneront aucune un peu grave sans le
prévenir et sans la lui faire approuver.
0350.- Ils ne pourront,
dans aucun cas, renvoyer un enfant de l'école; cette pénitence, qui est le plus
grand et le dernier des châtiments, est exclusivement réservée au Frère
Directeur.
0351.- Les Frères feront en
sorte de n'infliger aucune pénitence qui, en elle-même ou dans ses
circonstances, puisse être désavouée par la raison. Pour cela ils ont besoin de
l'esprit de prudence, de sagesse et de réflexion qui leur apprendra: 1º à avoir
égard à l'âge, aux forces, au caractère, à l'intelligence de l'enfant et aux
dispositions de ses parents; 2º à apprécier la nature de la faute,
c’est-à-dire, si elle a été faite par malice ou par légèreté, s'il y a
habitude, obstination, ou surprise, ou désir de mieux faire de la part de
coupables; 3º à tenir compte de ces diverses circonstances aggravantes ou
atténuantes.
0352.- Enfin, pour tout ce
qui concerne la correction, comme pour tout les reste, les Frères se
conformeront exactement à ce qui leur est prescrit dans le Guides des Ecoles.
0353.- Les entretiens avec
les séculiers sont un des grands écueils de la vie religieuse; c'est par les
rapports trop fréquents avec ces sortes de personnes que l'esprit religieux
sort des communautés, et que celui du monde y pénètre et y introduit les abus,
les relâchement et les vices. Les Frères ne communiqueront jamais avec les
personnes du dehors sans une véritable nécessité.
0354.- Ils seront honnêtes
envers tout le monde, et se montreront pleins de respect et de prévenance pour
toutes les personnes qu'ils seront obligé de voir; mais ils ne se lieront
d'intimité et n'auront de familiarité avec aucune.
0355.- Ils ne
communiqueront jamais aux personnes du dehors ce qui se fait dans l'Institut,
tels que les ordres ou les défenses qu'ils auront reçus des Supérieurs, les
défauts ou les fautes de leurs Frères, le renvoi d'un sujet, etc; ils pourront
parler seulement de la manière d'instruire les enfants et de la méthode
d'enseignement. Quant à ce qui regarde la conduite personnelle des Frères ou le
gouvernement de l'Institut, ils n'en parleront à qui que ce soit, pas même aux
ecclésiastiques.
0356.- Pareillement, ils ne
communiqueront à personne les Constitutions et les Règles non plus que les
lettres qu'ils recevront des Supérieurs, à moins qu'ils n'y soient autorisés.
Quand ils auront des doutes ou des peines de conscience, autres que celles dont
ils doivent entretenir leur confesseur, sur les Constitutions ou les Règles,
sur les ordres reçus des Supérieurs, ou sur toute autre chose de ce genre, ils
ne prendront jamais conseil des personnes étrangères à l'Institut, et ils
s'adresseront toujours au Frère Directeur ou aux Supérieurs.
0357.- Leur état les
dispense des visites de bienséance; ils se borneront à celles qui sont
nécessaires, et se contenteront de voir de temps en temps, et quand les
intérêts de l'école le demanderont, les autorités et les bienfaiteurs.
0358.- Les Frères ne feront
pas de visite la nuit, excepté à M. le Curé et à M. le Maire et dans le cas
seulement d'une grande nécessité. Ils devront toujours être deux dans ces
visites et rester le moins de temps possible.
0359.- Les Frères recevront
toujours avec honnêteté et affabilité les parents des élèves; et, quelle que
soit la conduite de leurs enfants, ils ne doivent pas leur faire des
réprimandes, de menaces déplacées, moins encore leur dire des choses
humiliantes ou injurieuses. Sans leur cacher les défauts et les fautes de leurs
enfants, ils leur en parleront toujours de manière à ne pas les irriter, leur
faisant entendre que leurs enfants, malgré leurs défauts, donnent beaucoup à
espérer, et qu'avec des soins assidus, en agissant de concert, ils parviendront
à les corriger et à les former.
0360.- Ils ne rendront pas
raison aux parents pendant les classes, ils feront dire à ceux qui les
demanderaient qu'ils ne peuvent quitter les enfants et qu'ils les prient de
revenir à un autre moment.
0361.- Les personnes qui
auront à parler aux Frères, seront introduites au parloir par le portier; on ne
permettra pas qu'elles pénètrent dans l'intérieur de la maison ni dans les
classes.
0362.- Rien n'étant plus
opposé à la perfection chrétienne et à l'esprit de communauté que l'attachement
immodéré pour les parents, les Frères s'efforceront de se dépouiller de toute
affection trop humaine pour leurs proches, et se regarderont comme étrangers à
leurs affaires temporelles.
0363.- Dans le même esprit,
ils ne leur feront aucune visite sans la permission du Frère Provincial et ne
les inviteront pas à venir les voir, soit à la maison du noviciat, soit dans
les autres maisons, sans la même permission.
0364.- Les Frères
n'entretiendront aucun rapport, même par lettres, avec ceux qui sont sortis de
l'Institut; mais ils se montreront toujours honnêtes à leur égard et se
conduiront avec eux comme avec les autres personnes du dehors, pour les offices
de charité qu'ils seront dans le cas de leur rendre.
0365.- Les Frères se
doivent tout entiers à leurs écoles, toutes leurs études, tous leurs soins et
tous leurs travaux doivent avoir pour but la bonne éducation et l'instruction
de leurs enfants; ils ne se chargeront donc d'aucune autre affaire et ne
prendront part à aucune oeuvre de piété et de charité, étrangère aux fonctions
propres de leur état.
0366.- Les visites actives
ou passives, ainsi que tous les autres rapports que les Frères peuvent avoir
avec les séculiers, sont un des points sur lesquels ils doivent se garder en
Jésus-Christ les uns les autres avec le plus de soin; si l'un d'eux s'écartait
de son devoir sur ce sujet, ceux qui en auraient connaissance seraient tenus de
l'en avertir charitablement, et, s'il ne s'amendait pas, d'en informer le Frère
Supérieur.
0367.- Les Frères donneront
au clergé, en toute occasion, des preuves de leur soumission, de leur respect
et de leur attachement, et ils feront tous leurs efforts pour inspirer ces
mêmes sentiments à leurs élèves.
0368.- Ils regarderont M.
le Curé comme leur père, et, à ce titre, ils recevront toujours, avec un
profond respect, ses avis et ses avertissements; le seconderont de tout leur
pouvoir dans tout ce qui a rapport à la bonne éducation des enfants et dans
toutes les oeuvres qui sont selon l'esprit de l'Institut, en un mot, ils ne
doivent faire qu'un avec M. le Curé, se comporter de telle manière que leur
école et leur conduite personnelle soient sa consolation.
0369.- Ce n'est pas assez
pour eux de ne jamais blâmer ni censurer sa conduite non plus que sa manière de
gouverner ou d'administrer la paroisse, ils doivent encore le soutenir auprès
de ceux qui se permettraient de le critiquer et d'en parler désavantageusement
en leur présence.
0370.- Du reste, les Frères
ne doivent s'immiscer en aucune manière dans les affaires d'administration
ecclésiastique ou civile, sous quelque prétexte que ce soit; ils se garderont
bien aussi de parler, surtout avec les séculiers, des dissentiments et des
différends qu'il y aurait dans la paroisse ou de critiquer la conduite des
autorités, se souvenant toujours qu'ils sont appelés uniquement pour
l'instruction et l'édification de la jeunesse.
0371.- Dans le même esprit,
ils s'abstiendront de lire les journaux et autres espèces de papiers publics, á
moins d'une expresse permission des Supérieurs.
0372.- Les Frères auront
soin de voir de temps en temps M. le Curé pour lui faire part de la conduite
des enfants, pour lui communiquer leurs peines et lui parler de leurs petits
succès. Ils ne feront rien d'important dans l'école sans prendre ses avis; ils
ne manqueront pas non plus, dans les difficultés qu'ils auront avec les enfants
ou avec leurs parents, de prendre ses conseils, surtout s'il s'agissait de
l'exclusion d'un élève.
0373.- Il est important
aussi qu'ils s'entendent bien avec lui et MM. les Vicaires au sujet des
catéchismes, soit pour l'heure, soit pour la leçon á apprendre et pour l'ordre
à faire garder aux enfants. C'est en agissant de concert qu'ils donneront une
bonne éducation aux enfants et qu'ils les formeront facilement à la piété.
0374.- Si M. le Curé
demandait aux Frères de services opposés aux Constitutions ou aux Règles s'il
leur proposait quelques changements dans la manière de tenir l'école, ou s'il
voulait leur donner quelque permission extraordinaire, ils devraient lui faire
connaître respectueusement ce qui leur est permis de faire et le prier de
trouver bon qu'ils y conforment leur conduite. Si M. le Curé insiste, ils le
supplieront d'agréer qu'avant d'agir, ils aient recours au Frère Provincial,
pour en obtenir la permission.
0375.- S'il arrivait, ce
qu'à Dieu ne plaise, que les Frères eussent quelques difficultés avec M. le
Curé, ils se garderont bien de lui écrire pour se justifier, et encore moins
pour lui faire de reproches. D'abord, ils ne doivent pas se servir de cette
voie pour s'expliquer avec M. le Curé, ni avec M. le Maire, ni avec toute autre
personne d'autorité, sans la permission du Frère Provincial et sans lui avoir
soumis préalablement leurs lettres; ensuite ce n'est pas dans un moment
d'irritation, ou sous l'influence d'une passion quelconque, qu'il convient de
le faire, de crainte de manquer de respect á des personnes que l'on a tant de
raisons d'honorer et de ménager.
0376.- Il n'est pas permis
aux Frères de manger chez M. le Curé, ni chez M. le Maire, ni, à plus forte
raison, chez aucun autre particulier sans une grande nécessité.
0377.- Les Frères ne feront
à l'église aucune fonction; cependant, à défaut de clerc, ils pourront servir
et chanter la messe, ayant soin toutefois de ne pas quitter les enfants, à
moins qu'un second Frère ne suffise pour les contenir.
0378.- Quand un évêque
visite une maison de l'Institut, le Frère Directeur fait signe aux enfants de
se mettre à genoux pour recevoir la bénédiction; on en fait de même á la visite
d'un grand-vicaire.
0379.- Les Frères auront
soin d'accoutumer les enfants, par leurs exemples et par leurs leçons, à aimer
et à respecter l'autorité civile et à obéir aux magistrats dont le pouvoir
émane de Dieu lui-même.
0380.- Ils auront toutes
sortes de respect et de déférence pour M. le Maire, et pour les autres
personnes d'autorité; ils leur rendront visite de temps en temps, et feront
tout ce qui dépendra d'eux pour les affectionner à l'école. Si l'école est
communale, ils ne l'interrompront point sans en prévenir M. le Maire; ils
s'entendront aussi avec lui dans toutes les choses qui demandent son concours.
0381.- Les Frères ne feront
aucun voyage, ni même aucune visite dans les maisons de leur province
respective, sans une lettre d'obédience de leur Frère Provincial; pour se
rendre dans les autres maisons de l'Institut, ils devront être munis d'une
lettre d'obédience du Frère Supérieur Général.
0382.- Dans les voyages et
en se rendant dans les maisons où ils sont envoyés, les Frères ne pourront pas
s'écarter de l'itinéraire tracé dans la lettre d'obédience, même pour passer
dans une maison de l'Institut, à moins que quelques circonstances imprévues ne
les y obligent.
0383.- On ne recevra nulle
part un Frère qui n'aurait pas de lettre d'obédience.
0384.- On voyagera seul le
moins possible, et jamais sans la permission du Frère Supérieur Général ou du
Frère Provincial.
0385.- Par esprit de
mortification et de pénitence et pour imiter Notre Seigneur Jésus-Christ, quand
le voyage ne sera pas long, les Frères le feront à pied.
0386.- En voyage, les
Frères auront soin de prendre les précautions convenables pour se préserver de
maladies et d'infirmités, évitant de prendre chaud et froid et de boire de
l'eau après avoir sué, de se reposer dans des endroits frais, de rester avec
des habillements ou une chaussure mouillée, et de faire quoi que ce soit qui
puisse compromettre leur santé.
0387.- Dans les voyages,
les Frères se feront servir frugalement et se conformeront, autant qu'il
dépendra d'eux, à la manière de vivre pratiquée dans l'Institut, surtout pour
la boisson. Ils se feront servir seuls, si cela est possible, évitant de se
joindre avec les séculiers, de lier conversation avec eux ou de se rendre trop
libres avec qui que ce soit, particulièrement avec les personnes du sexe.
0388.- Les Frères qui
voyageront ensemble auront soin de ne jamais se quitter, soit en route soit
dans la maison où ils logeront, soit pour parler à des séculiers ou pour faire
quelques commissions; dans tous ces cas, ils feront en sorte d'être toujours
deux. Dans les hôtels ils demanderont une chambre, pour coucher ou pour se
retirer, où ils soient ensemble et séparés des séculiers autant que possible.
0389.- Dans les voyages, il
faut, autant qu'on le peut, entendre la sainte messe, faire la communion de
communauté et ne point omettre les autres exercices de piété. Si l'on ne peut
entendre la sainte messe, il convient d'y suppléer en consacrant quelque temps
de plus à la méditation ou à la prière vocale.
0390.- En voyage et toutes
les fois que les frères se trouveront avec les séculiers, ils auront soin de
leur donner bon exemple en tout. Pour cela, ils doivent: 1º prendre et conserver
un maintien grave, doux et modeste qui annonce un coeur content et heureux de
servir Dieu; 2º parler peu et éviter de prendre part aux conversations
mondaines des séculiers et aux récits de nouvelles politiques ou autres: 3º
être polis avec tout le monde sans pourtant se rendre familiers avec personne;
4º savoir se gêner pour rendre service et accommoder les autres, toutes les
fois qu'ils en auront l'occasion; 5º saisir à propos les moments les plus
convenables pour s'acquitter de leurs exercices de piété, les faisant sans
bruit, sans affectation; mais aussi avec une sainte liberté, n'en laissant
jamais aucun par respect humain; 6º exercer sur eux-mêmes une continuelle
vigilance, particulièrement sur leurs regards, de manière que tout en eux soit
digne, édifiant et puisse porter le prochain à Dieu.
0391.- En partant, ils ne
manqueront pas de dire les prières de l'itinéraire ou d'en faire quelque autre
pour se recommander à Dieu et pour lui offrir le voyage. Ils auront soin de se
mettre, d'une manière particulière, sous la protection de la sainte Vierge et
de leur Ange gardien.
0392.- Partout où il y a
une maison de l'Institut, ils s'y retireront pour prendre leur nourriture et
pour coucher, et ils ne pourront aller chez les étrangers sans la permission du
Frère Supérieur Général ou du Frère Provincial.
0393.- Lorsqu'ils logeront
dans les maisons de l'Institut, ils seront subordonnés au Frère Directeur et
lui demanderont les permissions d'usage. En outre, ils feront en sorte
d'édifier tous les Frères par leur modestie, par leur exactitude à tous les
exercices de communauté, par leur retenue dans les paroles, ne parlant ni
d'affaires, ni de nouvelles, ni de ce qui se fait dans les autres maisons.
0394.- Ils éviteront avec
soin, dans les voyages, de crier, de parler trop fort, d rire aux éclats, de
disputer avec qui que ce soit, de courir, de regarder sans retenue çà et là
pour satisfaire leur curiosité, particulièrement en passant dans les villes; en
un mot, ils ne se permettront aucune action ni aucune parole qui puisse blesser
la modestie convenables à leur état.
0395.- Les Frères, après
leur voyage rendront compte au Frère Directeur, de la manière dont ils s'y sont
comportés. Ils auront soin aussi de remettre l'argent qu'ils auront de reste.
0396.- Dans les voyages,
les Frères seront soumis en tout à celui qui sera désigné pour avoir autorité
sur les autres et rendre compte de leur conduite; qui seul aura l'argent et il
marquera au fur et à mesure tout ce qu'il dépensera; à son arrivée, il en
remettra la note détaillée au Frère Directeur ou au Frère Econome.
0397.- La charité est le
précepte de Jésus-Christ et la marque de ses vrais disciples; c'est elle qui
unit les coeurs et fait le bonheur de la vie religieuse; sans elle, il n'est
pas possible que la paix et l'union règnent dans les communautés, ni qu'elles
se soutiennent; car, dit Notre Seigneur, toute maison divisée contre elle-même,
tombera en ruine (Matth., 12, 25).
0398.- Les Frères seront
donc tous unis par une sincère affection en Jésus-Christ; ils n'auront qu'un
coeur et qu'une âme comme les enfants d'une même famille, se rappelant que
c'est pour s'aimer, s'édifier et s'aider à parvenir à la sainteté qu'ils se
sont réunis en communauté.
0399.- Ils fuiront avec
soin tout genre de contestation et de dispute, se souvenant que la politesse,
l'humilité et la charité chrétiennes exigent qu'ils cèdent à leurs Frères et se
rangent à leur avis en tout ce qui n'est pas contraire au devoir. Cependant, si
un Frère tenait quelque propos contre la vérité, ou contre la charité, ils
devraient l'avertir avec modestie ou lui faire connaître sa faute par leur
silence.
0400.- Dans leurs rapports
avec les étrangers et surtout avec les élèves, ils ne manqueront pas de faire
paraître l'estime, le respect et l'affection qu'ils se portent, et de faire
connaître l'union et le parfait accord qui règnent entre eux. Si quelqu'un
blâmait un Frère ou critiquait sa conduite, en leur présence, ils prendront son
parti, quand même ce Frère aurait tort, donnant adroitement à ce qu'on lui
reproche la tournure la plus favorable sans blesser la vérité.
0401.- Ils éviteront avec
le plus grand soin de se reprendre ou de s'avertir devant les élèves, et devant
les personnes du dehors; jamais ils ne feront ni ne diront rien qui puisse
faire deviner les petites difficultés et les petites misères qu'ils pourront
éprouver entre eux.
0402.- Ils aimeront
également tous leurs Frères, et n'auront pour aucun de ces amitiés
particulières qui sont la ruine de la charité commune.
0403.- C'est en se rendant
service en toute occasion en s'aidant et en se supportant mutuellement que les
Frères se témoigneront l'affection qu'ils se portant; rien ne doit leur coûter
lorsqu'il s'agit d'assister celui qui est dans le besoin. Les jeunes Frères
doivent être l'objet d'attentions particulières; on s'empressera de les aider
dans leur emploi, de les encourager, de leur apprendre à faire la cuisine ou la
classe, et on aura pour eux, particulièrement devant les élèves, toutes sortes
d'égards et de prévenances.
0404.- Ils s'efforceront de
s'édifier et de se porter au bien par leurs discours, par leur application au
travail, par leur dévouement à l'Institut, par leur régularité, par la pratique
continuelle de l'humilité, de la douceur, du recueillement et de la charité
fraternelle.
0405.- Ils se parleront
toujours d'une manière honnête et respectueuse, mais avec simplicité et sans
affectation; ils traiteront entre eux comme en famille, évitant tout ce qui
pourrait choquer ou offenser quelqu'un de leurs Frères et diminuer le respect
qu'ils se doivent.
0406.- Si un Frère venait à
manquer de respect ou faire d la peine à un autre en quoi que ce soit; celui-ci
ne cherchera pas à s'en plaindre et moins encore à s'en venger, mais, oubliant
tout, il agira toujours à son égard avec humilité, avec charité et sans lui
témoigner la moindre froideur.
0407.- Ils s'avertiront
charitablement de leurs défauts, et se feront remarquer avec simplicité tout ce
qui, dans leur conduit, dans leur classe ou dans leur emploi, aurait besoin
d'être réformé, et généralement tout ce qui serait contraire à la régularité et
à l'édification du prochain.
0408.- De plus, ils se
regarderont comme obligés de faire connaître aux Supérieurs les défauts ou les
fautes de leurs Frères qui seraient de nature à scandaliser le public ou à
compromettre l'Institut.
0409.- S'il arrivait qu'un
Frère eût avec les séculiers ou avec les enfants des rapports dangereux, s'il
tenait des discours capables de scandaliser, s'il transgressait les
Constitutions ou les Règles en matière grave, s'il introduisait quelque
changements dans la tenue des classes ou quelques abus dans la maison, ceux qui
seraient témoins de sa conduite devraient d'abord l'en avertir, et s'il ne
s'amendait pas, en donner avis aux Supérieurs.
0410.- Les Frères ne
communiqueront qu'aux Supérieurs de l'Institut ce qu'ils auraient aperçu de
contraire aux Constitutions ou aux Règles dans les maisons et dans la conduite
des Frères. Ils auront soin aussi de ne jamais se communiquer les petites
antipathies qu'ils auraient pu éprouver contre certains Frères et les
difficultés qu'ils auraient eues avec eux.
0411.- Toutes les fois
qu'ils se trouveront dans le cas de porter un jugement sur un de leurs Frères
et de faire connaître sa conduite aux Supérieurs, ils devront: 1º implorer les
lumières du Saint-Esprit et examiner devant Dieu avec calme, ce qu'ils devront
dire; 2º se dépouiller de toute prévention et de tout motif d'intérêt propre;
3º prendre pour règle dans cet examen la charité qui, dans le doute, est
toujours portée à interpréter en bien plutôt qu'en mal et qui est indulgente,
même à l'égard des choses certaines; 4º dire ensuite aux Supérieurs avec
simplicité et sincérité, les faits tels qu'ils se sont passés sans rien
exagérer.
0412.- La fin de la récréation
est: 1º de reposer et de délasser l'esprit et le corps; 2º d'entretenir parmi
les Frères l'esprit de société, d'union et de charité; de leur fournir
l'occasion de s'édifier, de s'encourager et de se donner, comme dit saint Paul,
une mutuelle consolation dans la foi et la vocation qui leur sont communes.
Mais, pour que la récréation serve aux fins pour lesquelles elle a été établie,
il est nécessaire que les Frères soient très exacts à observer ce qui leur est
prescrit dans ce chapitre.
0413.- Ils prendront
toujours leur récréation ensemble et dans le même lieu. La récréation est un
exercice de communauté, tous les Frères sont obligé de s'y trouver, à moins que
l'obéissance ne les retienne ailleurs; encore doivent-ils s'y rendre dès qu'ils
ont terminé ce dont ils étaient chargés.
0414.- Aucun ne quittera la
récréation sans permission, ni ne s'écartera pour être seul, ou pour parler ou
se promener en particulier avec un autre Frère.
0415.- Les Frères ne
prendront pas leur récréation avec les séculiers et ne permettront pas que
ceux-ci la prennent dans la maison ou ses dépendances.
0416.- En récréation, ils
ne s'appliqueront pas à l'étude ni à aucun travail sérieux ou qui empêche
d'être avec les autres et de prendre part aux entretiens; il pourront seulement
se livrer ensemble à la culture ou à quelque autre occupation de ce genre.
0417.- Les Frères se
joindront sans affectation aux premiers qu'ils rencontreront, et ils
s'amuseront ou causeront avec tous indifféremment, de manière à ne laisser jamais
apercevoir aucun germe de sympathie ou d'antipathie pour ou contre quelqu'un.
0418.- En récréation, il
faut être gai, doux, franc et cordial; chacun se fera un devoir de faire passer
le temps saintement et agréablement, de contribuer à la conversation ou aux
amusements innocents, selon qu'il le peut, et d'être pour ses Frères un modèle
de vertus religieuses et sociales.
0419.- Les Frères auront
soin d'y garder fidèlement les règles de la civilité et de traiter tout le
monde avec honneur et respect, de supporter les défauts de leurs confrères, de
souffrir avec joie ou au moins de dissimuler tout ce qui pourrait leur faire de
la peine; comme les manques d'égards, les railleries, etc., et de prendre en
bonne part tout ce qui n'est dit que par jeu ou pour passer le temps.
0420.- Les entretiens des
Frères, pendant la récréation, rouleront ordinairement sur des choses
édifiantes, sur des matières d'étude, sur ce qui concerne les classes ou autres
choses semblables. Du moins, on ne manquera pas de faire entrer quelques mots
d'édification dans les entretiens, afin de ne pas perdre le souvenir de la
présence de Dieu, et de faire toutes ses actions pour sa gloire.
0421.- Les Frères ne
parleront pas dans les récréations des vanités et des divertissements du monde,
des nouvelles politiques, des différends qui existent entre les autorités de la
paroisse, et ne permettront pas aux élèves qu'ils leur rapportent ce qui se
passe dans le pays.
0422.- Ils se garderont de
toute médisance et ne parleront jamais des défauts et des fautes de leurs
Frères.
0423.- Ils éviteront aussi
les paroles de duplicité, de raillerie, de bouffonnerie, de mépris, de vanité,
et toutes celles qui tendraient à blesser l a bienséance, la modestie, ou qui
pourraient faire de la peine à quelqu'un.
0424.- Ils ne
s'entretiendront pas non plus des besoins du corps, tels que le boire, le
manger, etc.
0425.- Pareillement, ils
éviteront de parler plusieurs ensemble, c’est-à-dire, de se couper la parole ou
de s'interrompre, comme aussi de parler trop fort ou trop vite, de rire aux
éclats, de crier ou de chanter de manière à être entendus des voisins et à les
scandaliser; enfin, tout ce qui serait trop bruyant, trop dissipant, comme
contraire à la gravité religieuse.
0426.- Les Frères pourront
se livrer à des jeux innocents, pourvu qu'ils n'aient rien de contraire à la
gravité et à la modestie religieuse, mais ils ne joueront jamais aux cartes ni
à aucun jeu lucratif.
0427.- Ils auront soin de
ne pas trop se dissiper ni s'échauffer au jeu, de ne pas ouvrir leur habit, ni
le relever au-dessus des genoux pour être plus à l'aise. Ils ne doivent pas non
plus se mettre au frais, ni boire de l'eau froide lorsqu'ils sont en sueur, à
cause du danger qu'il y a de prendre quelque maladie.
0428.- Un Frère doit éviter
toute attache au jeu et toute contestation irritante, il doit savoir céder à
propos, et ne rien dire ni ne rien faire qui puisse blesser la modestie et
l'honnêteté.
0429.- Dans leurs
conversations et dans toutes leurs manières, les Frères doivent joindre une
grande simplicité à beaucoup de dignité; ils se souviendront qu'ils sont
Frères, et conséquemment que leurs récréations et tous leurs rapport entre eux
doivent avoir les laisser-aller, le ton et les charmes de la famille.
0430.- En récréation, les
Frères doivent éviter: 1º de se rendre incommodes aux autres par un air triste
et mélancolique ou par un sérieux affecté; 2º de parler trop souvent
d’eux-mêmes, de leurs actions, de leurs parents et de leur pays; 3º de se
moquer de qui que ce soit, de tourner quelqu'un en ridicule ou de lui reprocher
ses défauts; 4º de parler trop de chaleur et de soutenir leurs sentiments avec
opiniâtreté; 5º de faire des jeux de mains, des légèretés, des badineries
contraires à la gravité religieuse; 6º de toucher aux fruits et aux arbres, de
gâter ou de détériores les objets de jeux et autres.
0431.- Dès que la cloche
sonne la fin de la récréation, on cesse les jeux et les conversations, et l'on
se rend promptement à l'exercice qui doit suivre.
0432.- Les Frères ne sortiront
jamais seuls sans la permission des Supérieurs; mais il se feront toujours
accompagner par un Frère.
0433.- Les Frères en second
ne sortiront jamais sans la permission du Frère Directeur; et ce dernier, s'il
est obligé de sortir, désignera au Frère sous-directeur ou à celui qui préside
en son absence le lieu où il va et le Frères qu'il prend pour l'accompagner.
0434.- Toutes les fois
qu'ils sortiront de la maison, ils auront soin de prendre le manteau et le
chapeau; cependant, s'ils ne vont qu'à l'église, ils pourront se dispenser de
prendre le chapeau.
0435.- Tous les jeudis, si
le temps le permet, après le chapelet, les Frères feront une promenade, ayant
soin d'être toujours ensemble. Un Frère n'ira pas seul en promenade.
0436.- Dans les sorties,
les Frères éviteront, autant que possible, de passer par les places ou les
promenades publiques, ou par les rues les plus fréquentées. Ils garderont le
silence dans les rues; et, s'ils sont obligés de parler, ils le feront en peu
de mots et à voix très modérée.
0437.- Ils ne s'arrêteront
avec personne dans les rues ou places publiques; si quelqu'un avait à les
entretenir de quelque chose d'utile, ils le prieront de passer à la maison
d'école, particulièrement s'ils ont avec eux des enfants à surveiller.
0438.- Quand les Frères
conduiront des enfants en promenade, ils les surveilleront exactement, et ils
exigeront qu'ils restent sous leurs yeux, ne leur permettant pas de s'écarter,
d'aller deux à deux ou par peloton à l'écart, de se cacher, de se contrarier,
de faire de dégâts à quoi que ce soit, et, tout en leur permettant de jouer et
de s'amuser, ils auront soin qu'ils ne disent et ne fassent rien qui ne soit
honnête et décent.
0439.- Les Frères
choisiront toujours pour leurs promenades les lieux les plus retiré, et n'iront
pas chez les particuliers sans une véritable nécessité.
0440.- Dans les visites,
les Frères en s'abordant et en se donnant le baiser de paix, diront ces
paroles: Laudetur Jesus Christus: R. Et Maria, Mater ejus. Amen. C'est le Frère
Directeur ou le plus ancien de profession qui commence ce salut.
0441.- Dans ces visites,
les Frères auront soin de d'édifier mutuellement par leur retenue et leur
modestie, leur affabilité, leur charité et leur empressement á se rendre
service, et à se communiquer les moyen qu'ils emploient pour bien faire la
classe.
0442.- Etant ensemble, ils
auront soin de n'omettre aucun de leurs exercices de piété et de les faire tous
en commun, comme à l'ordinaire. Le silence, la régularité et le recueillement
ne doivent jamais souffrir de ces visites; chaque exercice doit se faire à
l'heure. Le lever et le coucher ne seront jamais retardés, et il n'y aura aucun
extraordinaire dans les repas, excepté ce qui est prévu à l'article 640.
0443.- Si c'est une chose
blâmable dans un religieux de prendre un soin trop grand et trop inquiet de son
corps et de sa santé, c'en est une louable, juste et nécessaire d'en prendre un
soin raisonnable et de veiller avec prudence et discrétion à la conservation de
ses forces; c'est même un devoir pour des personnes vouées par état à
l'enseignement.
0444.- L'esprit de
pénitence et de mortification, l'exemple de Jésus-Christ et des saints doivent
inspirer aux Frères une sainte haine pour leur corps et les porter à lui
refuser tout ce qui n'est propre qu'à satisfaire la sensualité. Cette conduite,
sans nuire à leur santé et sans affaiblir leur forces, leur donnera une grande
vigueur dans l'âme et les rendre propres à la vertu.
0445.- D'un autre côté,
comme la santé leur est indispensable pour remplir le but secondaire de leur
vocation, c'est pour eux un devoir d'éviter tout ce qui pourrait l'altérer:
comme toute imprudence dans le travail et dans l'étude, toute pénitence
extraordinaire sans permission. Ils doivent se nourrir selon l'usage de
l'Institut, avoir pour le linge et les habits tout ce que demandent la
nécessité et la propreté, avertir le Frère Directeur ou le Frère Provincial
quand ils sont incommodés ou qu'ils manquent du nécessaire.
0446.- Pareillement, si
dans l'emploi qui leur est confié, il y a des choses qui nuisent gravement à
leur santé, si le climat des lieux où ils sont placés est contraire à leur
tempérament, si leur classe ou le logement n'est pas sain, ils en préviendront
le Frère Provincial. Toutefois, avant d'en venir là, ils devront: 1º consulter
Dieu dans la prière, et examiner si les choses sont telles qu'elles leur
paraissent, si elles sont assez importantes pour être exposées au Frère
Provincial, s'ils ne se recherchent pas eux-mêmes et s'il n'ont en vue que la gloire
de Dieu et le désir de se conformer aux Constitutions et aux Règles communes;
2º exposer leur état et leur besoin avec simplicité, sans insister, sans
presser ni faire presser par d'autres, être également contents, soit qu'on leur
refuse, soit qu'on leur accorde, se persuadant que ce que le Frère Provincial
fera, étant informé, sera toujours le plus agréable à Dieu et le plus utile
pour eux.
0447.- Le Frère Directeur
doit avoir soin que chacun prenne la nourriture qui lui est nécessaire et les
aliments qui conviennent à son état; s'il est infirme, qu'il ne soit pas
surchargé de travail, qu'il prenne le repos convenable; et s'il est malade,
qu'il use des remèdes qui lui sont prescrits.
0448.- Quand un Frère est
malade, quelle que soit son indisposition, il doit la faire connaître. Le Frère
Directeur fera appeler le médecin, s'il y a lieu, ou lui conduira le malade.
Si, d'après l'avis du médecin, il y a du danger, ou si la maladie semble devoir
être longue, il faudra en prévenir le Frère Provincial.
0449.- Les Frères se
garderont bien de calculer sur les dépenses que peuvent occasionner les
malades. On doit les regarder comme les membres crucifiés de Jésus-Christ,
comme un trésor et un sujet de bénédiction pour l'Institut, et, dans ces
sentiments, leur prodiguer tous les soins que réclame leur état.
0450.- D'un autre côté, les
Frères ne doivent jamais, en maladie comme en santé, se départir de l'esprit de
pauvreté et de pénitence dont ils sont fait profession. Ainsi, ils éviteront
soigneusement de porter les malades à des sensualités et à des délicatesses
qui, sans soulager leur corps, nuiraient á leur âme et les priveraient du
mérite de la maladie. Dans le choix des remèdes qui ont à peu prés la même
vertu, les Frères donneront la préférence à ceux qui sont les plus communs et
les moins dispendieux.
0451.- Les Frères ne
prendront des bains qu'avec permission.
0452.- L'infirmier sera
plein de bonté et de charité pour les Frères malades. Quelle que soit la nature
de la maladie ou les défauts du Frère malade, il se gardera bien de laisser
paraître de la répugnance et du dégoût; de même, il saura dissimuler et
supporter, sans aucun reproche les fantaisies, la mauvaise humeur et les
plaintes que le mal pourrait occasionner aux Frères malades. Il ne manquera pas
non plus de leur donner exactement et dans le temps marqué les remèdes et la
nourriture qui leur conviennent, suivant en tout les prescriptions du médecin
ou du Frère Directeur.
0453.- Il aura soin de ne
pas fatiguer les malades par des interrogations hors de propos sur leur état,
sur l'effet des remèdes et sur leurs souffrances, et il fera en sorte que tous
ceux qui les visitent se conduisent de même.
0454.- Il faut parler peu
aux malades et toujours à voix basse ou du moins d'un ton très modéré. Dans le
cas même où le bruit ne les importunerait pas, il vaudrait mieux converser
auprès d'eux avec un autre Frère sur des choses qui leur seraient agréables et
qui les édifieraient, que de les faire parler eux-mêmes.
0455.- Il faut bien se
garder de jeter le trouble dans l'esprit et dans l'âme des malades par des avis
ou des représentation sur leur peu de vertu, à l'occasion de leur répugnance
pour certains remèdes ou des faiblesses qui pourraient leur échapper. Si un
avis paraissait quelquefois nécessaire, il faudrait le donner avec tout le
ménagement et toute la douceur possibles.
0456.- Les Frères malades,
de leur côté, observeront ce qui suit, autant que leur état le leur permettra:
1º ils s'efforceront de sanctifier leurs souffrances par la patience, la
résignation et l'humilité, par la force et le courage avec lesquels ils
tâcheront de supporter leurs maux, et de diminuer, autant qu'il dépend d'eux,
la peine de ceux qui les servent; 2º ils éviteront de rechercher les
soulagements superflus, de porter une attention trop grande sur leur mal et de
s'occuper trop des remèdes et de leur efficacité; 3º ils demanderont avec
confiance et simplicité tout ce dont ils auront besoin ou qui pourrait les
soulager; 4º ils se montreront pleins de respect et de reconnaissance pour ceux
qui les servent ou qui leur rendent visite; 5º ils uniront souvent leur
souffrances à celles de Jésus-Christ, faisant de temps en temps des actes
d'amour , de contrition, de confiance, de résignation, ou, s'ils ne peuvent les
proférer de bouche, regardant du moins l'image du divin Sauveur ou celle de sa
divine Mère, et se jetant affectueusement entre leur bras; 6º enfin, ils
obéiront à l'infirmier et au médecin comme aux Supérieurs, ne faisant rien, ni
ne prenant rien sans avoir obtenu préalablement leur permission.
0457.- L'infirmier et tous
ceux qui rendant visite aux Frères malades, ne manqueront pas de leur suggérer
de saintes pensées, de sentiments pieux, et de leur faire produire des actes de
vertu analogues à leur état.
0458.- Le Frère Directeur
donnera un règlement au Frère cuisinier, lui marquant en détail l'emploi de son
temps pendant toute la journée. Ce règlement sera communiqué au Frère
Provincial.
0459.- Les principales
occupations des Frères chargés de la cuisine sont généralement: 1º de préparer
la nourriture des Frères; 2º de tenir la propreté et l'ordre, non seulement
dans la cuisine, mais dans toute la maison; 3º de prendre soin des provision,
de meubles, des ustensiles qui leur sont confiés, et de veiller à ce que rien ne
se gâte et ne s'use sans nécessité; 4º d'ouvrir la porte et d'appeler le Frère
Directeur, quand il est demandé; 5º d'aider en classe aux Frères qui en auront
besoin, selon que le réglera le Frère Directeur; 6º d'étudier pendant tout le
temps qui leur sera donné, et de faire tous leurs efforts pour acquérir les
connaissances qui sont nécessaires aux Frères; 7º enfin, de faire tout ce que
le Frère Directeur leur commandera.
0460.- Ils feront en sorte
que les repas soient toujours prêts à l'heure. Afin que les mets ne se
refroidissent pas, ils les laisseront près du feu, les tenant toujours dans
l'état où ils doivent être pour être servis.
0461.- Ils auront soin
aussi de préparer d'avance la table et tout ce qui sera nécessaire pour le
repas: tels que le pain, le sel, les huilier, s'il y a une salade, des
fourchettes ou de cuillers pour servir les mets, et enfin un couvert complet
pour chaque Frère. Le tout doit être placé et arrangé avec goût, ordre et
symétrie.
0462.- A moins d'une
dispense du Frère Provincial, ils prendront toujours leur repas avec la
communauté, s'arrangeant de manière à pouvoir se mettre à table avec les autres
Frères et à être dérangés le moins possible pendant le repas, afin d'écouter la
lecture.
0463.- Ils doivent mettre
tous leur soins pour bien assaisonner les mets, et quoiqu'il ne faille pas
rechercher ce qui peut flatter le goût, il est pourtant nécessaire que les
Frères aient une bonne nourriture et qu'elle soit convenablement préparée.
0464.- Ils doivent tenir
particulièrement à la propreté; cette propreté doit régner sur leur personne,
sur leurs habits, dans les ustensiles de la cuisine, dans les apprêts des
aliments, et dans la manière de les servir. Ainsi, jamais ils ne les toucheront
avec les doigts, mais ils se serviront, selon le besoin, de fourchette, de
cuiller ou de couteau pour couper la viande, pour tourner les met, les
transvaser ou les servir.
0465.- Ils veilleront
beaucoup à l'économie et auront soin pour cela: 1º de ménager les choses, ne
mettant que la quantité suffisante pour le nombre de personnes de la maison, et
réglant le volume des plats, de manière qu'il n'y ait point de reste, s'il est
possible, surtout quand ce sont de légumes ou autres choses de ce genre; 2º de
ne jamais laisser perdre ce qui reste, mais de le conserver soigneusement, et
de l'utiliser au repas suivant, particulièrement si ce sont des apprêts de
légume ou de jardinage, car ils sont bientôt gâtés ou aigris, et en cet état,
on ne peut en conscience les servir aux Frères, attendu qu'une telle nourriture
pourrait compromettre gravement leur santé; 3º de n'épargner ni peines ni soins
pour tirer parti des légumes du jardin et pour n'en point laisser perdre; 4º de
ménager le bois, le charbon, l'huile, la chandelle, n'en brûlant que ce qui est
nécessaire; de ne pas prodiguer le beurre, les fruits, etc., mais d'user de
tout avec ménagement; 5º de prendre un grand soin des provisions, les mettant
en lieu sûr, les visitant souvent, afin de les conserver en bon état et
d'écarter tout ce qui pourrait les salir ou les gâter; 6º enfin, de tenir tous
les ustensiles de cuisine et la vaisselle en ordre, retirés et chaque chose à
sa place, de manière que rien ne se perde, ne dépérisse ou s'use mal à propos;
d'avoir soin aussi de se servir de ces objets avec prudence et précaution, afin
de ne rien briser et de ne rien laisser gâter par leur faute.
0466.- Ils feront un
mémoire de tous les ustensiles qui sont à la cuisine et au réfectoire, ainsi
que de tous les autres objets qui leur sont confiés, et le feront signer au
Frère Directeur, afin qu'on sache, au besoin, s'ils ont soin de toute chose, et
si rien ne dépérit par leur faute et par leur négligence.
0467.- Il est important
qu'ils soient actifs et réguliers, afin que les repas soient toujours prêts à
l'heure, que les aliments soient bien cuits, convenablement préparés, que tout
le service de table soit bien fait, et que rien ne manque au repas.
0468.- Ils seront pleins de
charité pour les Frères, ils les serviront avec joie et avec respect, dans la
vue que c'est à Jésus-Christ qu'ils rendent service, dans la personne de leurs
Frères. Ils n'épargneront ni peines ni soins pour leur être utiles, pour les
aider dans l'enseignement des enfants, pour leur procurer ce dont ils auront
besoin et pour les soulager, particulièrement dans les maladies.
0469.- Quoiqu'ils doivent
être pleins de charité pour les Frères, ils ne donneront cependant rien à
personne sans l'avis du Frère Directeur. Si les Frères en second leur donnaient
des conseils ou voulaient marquer ce qu'ils devraient mettre aux repas, ils
feront connaître le tout au Frère Directeur et s'en rapporteront absolument à
ce qu'il leur ordonnera; car lui seul doit les diriger et régler l'ordinaire de
la maison.
0470.- Ils laveront
toujours la vaisselle dans l'eau chaude, et la sécheront après l'avoir fait
égoutter pendant quelques instants. Les casseroles, les marmites et les autres
ustensiles de ce genre doivent être lavés toutes les fois que l'on s'en sert.
0471.- Ils balaieront la
cuisine deux fois le jour, après le déjeuner et après le dîner, et le
réfectoire une fois. Les tables seront lavées deux fois par semaine, et
frottées après chaque repas, ainsi que les buffets et les autres meubles de ce
genre.
0472.- Le linge de table
doit être soigneusement retiré, tenu proprement et changé à propos. Les nappes,
si l'on s'en sert, seront changée tous les huit jours, les serviettes tous les
quinze jours au moins.
0473.- Dans les maisons où
il y a des pensionnaires ou des caméristes, le Frère chargé de la cuisine, visitera
tous les jours leurs provisions de bouche, veillera à ce qu'elles soient bien
tenues, qu'elles ne se gâtent, ni ne s'aigrissent, et que chaque chose soit
consommée en son temps.
0474.- Tout le service de
table des enfants sera tenu dans la plus grande propreté; la vaisselle sera
lavée à chaque repas, et on exigera que leurs serviettes soient changées à
propos.
0475.- Les Frères chargés
de la cuisine doivent prendre leurs précautions et règles tellement leur temps
qu'ils puissent faire tous leurs exercices de piété avec la communauté; pour
cela, ils auront soin de préparer d'avance tout ce qui sera nécessaire pour le
repas, tels que le bois, le charbon, le légumes, et de tenir la vaisselle en
état de propreté.
0476.- Ils garderont le
silence en s'occupant à la cuisine ou à tout autre travail, excepté pendant le
temps de la récréation, et ils auront soin de ne pas se dissiper ni perdre le
temps, soit avec les Frères, soit avec les enfants.
0477.- Ils seront très
soumis au Frère Directeur, ne faisant rien sans sa permission, n'achetant rien
pour la cuisine, ni ne demandant rien aux fournisseurs sans avoir pris ses
ordres. Toutes les semaines, ils lui rendront compte de la manière dont ils
remplissent leur emploi, de l'état des choses de la maison, des provisions,
etc.; ils lui feront connaître en même temps ce qui manque et les provisions
qu'il y aurait à faire.
0478.- Ils auront soin
d'élever souvent leur coeur à Dieu, de lui offrir leurs actions, s'appliquant à
imiter dans leurs travaux l'humilité, le recueillement, la modestie, l'esprit
de pénitence et de prière de Jésus et de Marie travaillant dans la maison de
Nazareth.
0479.- Ils s'efforceront de
contribuer au bon ordre et à l'édification de la communauté, en remplissant
parfaitement leur emploi et en faisant régner la propreté dans toute la maison,
en rendant aux Frères tous les services qui seront en leur pouvoir, en tenant
toujours les repas prêts à l'heure, et en se rendant exactement à tous les
exercices de piété.
0480.- Ils éviteront soigneusement
de se rendre familiers avec les séculiers ou de perdre le temps à parler avec
eux. Jamais ils ne sortiront de la maison sans la permission du Frère
Directeur; et, s'ils sont obligés d'aller au marché ou de faire au dehors
quelques commissions, ils seront modestes, honnêtes, mais courts, terminant en
peu de mots ce qu'ils auront à faire, ne s'arrêtant à causer avec qui que ce
soit dans les rues, dans les maisons, sans une vraie nécessité.
0481.- Les Frères chargés
du temporel, doivent fuir avec soin l'oisiveté et ne jamais rester un moment
sans rien faire. Si le soin de la cuisine, l'entretien de la propreté et la
culture du jardin ne suffisent pas pour les occuper, le Frère Directeur les
emploiera à l'école ou leur donnera des leçons à apprendre et des devoirs à
faire.
0482.- Ils iront en classe
pour réciter le chapelet avec les Frères et les enfants, à moins que le Frère
Directeur ne leur marque un autre moment pour le dire en leur particulier, ce
qu'il ne doit faire que pour de fortes raison et avec la permission du Frère
Provincial.
0483.- Un Frère pieux,
humble et animé de l'esprit de son état ne craindra jamais d'être chargé du
temporel d'une maison; au contraire, il s'en réjouira, parce qu'il trouvera
dans cet office de fréquentes occasions d'être utile à ses Frères, de pratiquer
l'humilité, la mortification, et d'imiter Jésus-Christ, qui est venu sur la
terre, non pour être servi, mais pour servir les autres, et qui disait à ses
Apôtres: Je suis au milieu de vous comme celui qui sert» (Luc, 22, 27).
0484.- Il est extrêmement
important, pour le bien général de l'Institut et pour celui des Frères, que le
Frère Supérieur Général soit doué de qualités éminentes et qu'il possède à un
haut degré toutes les vertus de son état. Les suivantes lui sont surtout
nécessaires.
0485.- 1º Une étroite union
avec Dieu, non seulement dans ses exercices de piété, mais aussi dans toutes
ses actions. Un grand amour pour l'oraison, afin de puiser dans ce saint
exercice une abondante participation de l'esprit de Notre Seigneur; en sorte
que ce divin esprit soit l'unique principe et la seule règle de sa conduite
dans la direction des Frères et le gouvernement de l'Institut.
0486.- 2º Une grande pureté
d'intention dans toutes ses actions, dans toutes ses entreprises, se proposant
en toutes choses la plus grande gloire de Dieu, le bien des âmes, le salut et
la perfection des Frères, et les vrais avantages de l'Institut, c’est-à-dire ce
qui peut le maintenir dans la ferveur, la régularité et l'esprit primitif.
0487.- 3º Une vie
exemplaire en tout et partout, par la pratique de toutes les vertus, de manière
qu'il soit un modèle parfait et continuel pour ses inférieurs, et que chacun
puisse voir dans sa conduite ce qu'il doit faire et ce qu'il doit être pour
devenir un bon religieux.
0488.- 4º Une charité
immense pour ses Frères, qui lui donne pour tous le coeur d'un père et la
tendresse d'une mère; qui embrasse dans sa sollicitude les besoins spirituels
et corporels de chacun, et procure à tous les moyens nécessaires pour
travailler efficacement à leur perfection et pour faire le bien propre à leur
vocation: en un mot, une charité qui le porte à se faire tout à tous, pour les
gagner tous à Jésus-Christ.
0489.- 5º L'humilité, la
simplicité et la modestie doivent faire le fond de son caractère; il doit aimer
ces vertus et les pratiquer avec tant de perfection et de fidélité et d'une
manière si vraie et si naturelle, que l'esprit de l'Institut soit pour ainsi
dire personnifié en lui, qu'il l'ait dans sa plénitude, afin de le communiquer
abondamment à ses inférieurs.
0490.- 6º Un caractère doux
et ferme, alliant de telle sorte, dans son gouvernement, la douceur et la
fermeté, qu'il maintienne l'ordre et la régularité, sans froisser les esprits
ni aigrir les coeurs; qu'il sache compatir aux faiblesses de ses inférieurs,
sans tolérer leurs vices ni les laisser croupir dans leurs défauts, qu'il se
conduise avec tant de bonté, de sagesse et de justice dans ses avertissements
et ses correction, que les coupables, quelque peine que leur fasse la
réprimande ou la punition, reconnaissent que la charité seule et l'amour du
devoir le portent á les reprendre ou à les punir; enfin qu'il ait égard aux
circonstances et aux différents caractères, sans toutefois jamais se relâcher
de ce qu'il jugera être plus agréable à Dieu ou plus avantageux au bien de
l'Institut.
0491.- 7º Un grand esprit
de foi, une confiance en Dieu sans bornes, jointe à une grandeur d'âme et à une
courage qui le rendent supérieur à tous les événements et le mettent en état:
a) d'entreprendre et de poursuivre sans relâche les plus grandes choses pour la
gloire de Dieu et le bien de l'Institut; b) de remplir tous les devoirs de sa
charge, sans jamais se laisser effrayer ni décourager par les difficultés et
les contradictions qu'on pourra lui susciter, de quelque parte qu'elles
viennent; c) de conserver en tout et partout une parfaite égalité d'âme et une
force d'esprit qui ne se laissent ni élever par la prospérité, ni abattre par
l'adversité; d) de supporter les plus grands travaux, de souffrir les
persécutions, les privations et de donner sa vie même, s'il était nécessaire,
plutôt que de manquer à son devoir ou d'abandonner ce que Dieu demande de lui
pour sa gloire et pour le bien de l'Institut.
0492.- 8º Une connaissance profonde
du coeur humain, des voies intérieures et des règles de la perfection, un don
particulier pour diriger les âmes, pour les détacher d'elles mêmes et de toutes
les choses créées, et pour les former aux solides vertus.
0493.- 9º Un sens droit, un
jugement solide, afin: a) de voir toujours les choses sous leur véritable point
de vue, et de les apprécier selon leur importance réelle et non selon les
apparences, b) de saisir avec justesse et facilité tout l'ensemble, toute la
portée d'une action, ou ce qu'il y a d'essentiel et d'important dans une
affaire; c) de ne jamais se laisser tromper ou surprendre par les rapports, la
calomnie, la flatterie ou les prières; d) de connaître, dans les affaires
difficiles et en cas d'événements imprévus, le parti le plus sage et le plus
convenable; e) de prévoir, dans ses entreprises, les bonnes et les mauvaises
suites qu'elles peuvent avoir, les difficultés et les obstacles qu'il pourra
rencontrer et les moyens de les éviter ou de les vaincre.
0494.- 10º Une prudence
consommée. Cette vertu doit être la règle de tout ce qu'il fait. Elle lui
apprendra: a) à délibérer, à réfléchir et à prier toujours avant d'agir; b) à
prendre conseil et à profiter de l'expérience du passé pour régler ce qu'il
doit faire; c) à exécuter avec diligence, sans précipitation toutefois, ce qui
a été mûrement délibéré et résolu; d) á tenir compte dans chaque affaire des
circonstances du temps, du lieu et des personnes; e) à prendre toujours les
moyens les plus propres, ainsi que la voie la plus droite et la plus sûre pour
parvenir aux fins qu'il se propose.
0495.- 11º Une
circonspection et une retenue si grandes dans ses paroles et dans ses actions,
que tout en lui édifie et porte le prochain à Dieu; une rare discrétion et une
judicieuse réserve dans sa manière de traiter les affaires et de se comporter
avec toutes sortes de personnes, afin de ne rien faire ni dire qui puisse
compromettre son autorité ou le succès de ses entreprises; un grand empire sur
ses passions, qu'il doit avoir soumises et mortifiées, de sorte qu'il ne se
conduise jamais par humeur, par esprit propre, mais par l'esprit de Dieu et le
sentiment de son devoir.
0496.- 12º Un discernement
profond, pour conduire et diriger tant d'affaires différentes par les moyens
convenables et les principes propres à chacune d'elles; pour apprécier avec
justesse et exactitude la capacité, les talents et les vertus de ses
inférieurs, et pour les employer tous selon leurs forces et leur mérite; pour
connaître et distinguer le caractère, le goût, l'attrait, les défauts et les
besoins de chaque Frère et leur donner des avis en conséquence.
0497.- 13º Une pénétration
et une perspicacité d'esprit qui saisissent à la fois l'ensemble d'une affaire
et les plus menus détails; qui voient les difficultés, les obstacles et les
moyens à employer pour les vaincre; les avantages, les bons résultat, et les
mesure à prendre pour les obtenir; qui sachent démêler dans les événements,
dans les circonstances et dans les personnes, ce qu'il y a de bon, et ce qui
peut aider au succès d'une entreprise; une étendue de vue qui embrasse, avec
facilité, non seulement toutes les parties de l'administration et donne à
chaque affaire, grande ou petite, l'attention et les soins convenables, mais
encore qui prévoit les développements que peuvent prendre les choses, et les
prépare de loin par des mesures et des dispositions prises en conséquence.
0498.- 14º Une vigilance
continuelle, pour maintenir l'exacte observance des Constitutions et des Règles
et pour conserver l'esprit de l'Institut, pour corriger les abus ou les
empêcher de s'introduire, pour faire avancer les Frères dans la perfection,
pour assurer la prospérité des écoles et l'instruction religieuse des enfants,
et pour conduire à leur fin les oeuvres entreprises pour la gloire de Dieu et
le salut du prochain.
0499.- 15º La science et
l'aptitude nécessaires pour gouverner l'Institut avec justice et honneur, et
pour s'acquitter de ses fonctions avec intelligence, exactitude et facilité; la
connaissance pratique des emplois de l'Institut, une grande expérience dans le
maniement des affaires et le talent de les traiter avec succès.
0500.- 16º Une bonne santé et les forces suffisantes
pour remplir les fonctions de sa charge, de la facilité pour s'exprimer de vive
voix et par écrit, un extérieur qui inspire les respect, et, enfin, un ensemble
de qualités et de manières prévenantes qui lui gagnent la confiance et l'estime
de ses inférieurs et de tous ceux avec lesquels il aura à traiter.
501.- La responsabilité du
Frère Supérieur Général est si grande et ses obligations si étendues, qu'il a
besoin d'une protection particulière de Dieu pour ne pas faillir à ses devoirs.
Son premier soin sera donc de mériter cette protection par la sainteté de sa
vie et par de ferventes prières.
0502.- Après cela, il doit
se dévouer entièrement à son emploi, éviter soigneusement de se mêler
d'affaires séculières, ni même de bonnes oeuvres étrangères à l'Institut afin
d'employer tout son temps, tous ses soins et tout ce qu'il a de forces et de talents
au gouvernement de l'Institut.
0503.- Il ne prendra le
soin particulier d'aucune maison, relativement à sa subsistance et à sa
direction; il y aura même dans celle où il réside, un Frère Directeur qui en
sera chargé. Il se déchargera aussi des fonctions de détails du gouvernement
sur ses Frères Assistants; quant à lui, son occupation sera: 1º de réfléchir
pour voir ce qu'il a à faire et la manière de le faire, 2º de se rendre compte
de son administration, de suivre ses entreprises et tout ce qu'il a ordonné; 3º
de former au gouvernement ses Frères Assistants; de les diriger dans les
fonctions à eux confiées, et de suppléer à ce qu'ils ne pourront pas faire, 4º
de tout prévoir, de tout ordonner, de tout faire, moins par lui-même que par le
moyen de ses officiers, afin de conduire tout à l'unité.
0504.- Il aura des rapports
fréquents avec les Frères Provinciaux, les Frères Directeurs et autres
officiers, et il devra: 1º s'efforcer de les connaître plus particulièrement,
afin de pouvoir leur être plus utile et les diriger plus sûrement; 2º leur
faire rendre compte souvent de leur administration, soit pour ce qui regarde le
spirituel, soit pour ce qui regarde le temporel; 3º leur donner beaucoup
d'autorité sur les Frères, et régler cette autorité de manière qu'elle tourne
toujours au plus grand bien.
0505.- Il est nécessaire
aussi qu'il connaisse l'aptitude et la capacité de tous les Frères employés
dans l'enseignement; à cet effet, il aura un registre qui contiendra le nom de
tous les Frères, leur âge, l'époque de leur admission au postulat et au
noviciat, le jour aussi de leur première émission des voeux annuels et celui de
leur profession perpétuelle, leurs qualités de corps et d'esprit, leur talents,
leur caractère, le degré de leur jugement, de leurs connaissances acquises et
enfin ce à quoi ils sont propres. Toutes ces informations seront écrites au fur
et à mesure qu'elles lui parviendront. De cette manière, il aura comme présent
sous les yeux tout le personnel de l'Institut, ce qui sera pour lui un grand
moyen de bien remplir ses devoirs et de faire tout avec ordre.
0506.- Un autre registre
contenant toutes les maisons de l'Institut, avec l'année de leur fondation, lui
fera connaître leurs revenus assurés, le taux du traitement des Frères, comment
et par qui il doit se faire ou se parfaire, la spécialité de l'école, si elle
est payante ou gratuite et les autres conditions, l'état matériel de la maison,
á qui elle appartient, etc. Il prendra connaissance de tout et tiendra note des
moindres détails, afin de pouvoir plus facilement mettre ordre aux affaire,
empêcher les abus et assurer la prospérité des maisons.
0507.- Il aura soin que la
direction des maisons ne soit confiée qu'à des Frères bien capables,
c’est-à-dire doués d'une solide vertu, d'un bon jugement, d'une capacité
convenable, soit pour administrer le temporel, soit pour diriger les Frères et
les classes, soit pour maintenir leur autorité et faire observer les
Constitutions et les Règles. Ce point est un des plus importantes, et c'est de
là que dépendent la prospérité des maisons et tout l'avenir de l'Institut.
0508.- Il s'appliquera sur
toute chose à maintenir la charité, l'union et la paix parmi les Frères; à cet
effet, il aura soin: 1º que les Frères Directeurs usent de bons procédés à l'égard
de leurs Frères; 2º qu'ils ne les laissent jamais manquer des choses qui leur
sont nécessaires et que leur permettent les Constitutions et les Règles; 3º que
les inférieurs soient très soumis à leurs Frères Directeurs e qu'ils dépendent
d'eux en tout.
0509.- Il fera en sorte que
les Frères aient partout le nécessaire convenable à la simplicité et à la
modestie de leur état.
0510.- Il tiendra à ce
qu'on apporte le plus grand soin pour connaître les Frères qui demandent à
faire les voeux, afin de n'admettre que ceux qui auront donné des preuves
certaines de leur vertu et de leur piété, de leur aptitude pour les fonctions
propres aux Frères et de leur dévouement à l'Institut. Pour n'être pas trompé
sur un point aussi important, il exigera qu'on se conforme exactement à ce qui
est prescrit à ce sujet au chapitre du choix des sujets, article 548 et
suivants.
0511.- Sa vigilance doit
embrasser l'ensemble et toutes les parties de l'administration; elle doit le
rendre prévoient et actif, lui faire poursuivre avec constance ses entreprises,
lui tenir comme présents devant les yeux le personnel de l'Institut et toutes
les oeuvres, le porter à travailler sans cesse à faire avancer les Frères dans
la pratique des solides vertus, à perfectionner le bien commencé, à prévenir ou
à corriger les abus, à maintenir parmi les Frères le zèle, la ferveur, l'amour
de la prière et l'esprit d'humilité, de simplicité et de modestie.
0512.- Il pendra tous les
moyens qui seront en son pouvoir pour assurer la prospérité des écoles, pour
obtenir que les Frères s'acquittent fidèlement de leurs devoirs d'instituteurs,
afin que le public soit content de leurs services, que les enfants soient
exactement surveillés, formés à la piété, solidement instruits des vérités de
la religion, ainsi que des matières d'enseignement qui leur conviennent.
0513.- Il pourra
communiquer aux Frères Provinciaux, selon que le besoin le demandera, ses
pouvoirs, selon les Constitutions, touchant le voeu de pauvreté, pour les
permissions à accorder aux Frères qui auraient des arrangements de famille à
faire; il tiendra une note exacte des permissions et des pouvoirs qu'il aura
donnés à ce sujet, tant aux Frères Provinciaux qu'à tout autre Frère, afin
qu'en son absence les Frères Assistants tiennent la même conduite pour de
pareilles permissions, et aussi pour qu'on puisse s'assurer si les Frères n'ont
pas outrepassé les permissions ou pouvoirs qui leur avaient été donnés.
0514.- Pour rendre son
administration générale méthodique, pour s'aider de l'expérience du passé et
pour pouvoir suivre les actes de son gouvernement, il tiendra note aussi des
délibérations de son Conseil; des nominations, prorogations et révocations de
tous les officiers de l'Institut et des raisons qui y ont donné lieu, s'il y en
a eu de particulières; de l'acceptation ou de l'abandon des maisons; des ventes
ou aliénations, des acquisitions de biens, des constructions et des réparations
importantes, des acceptations ou libérations de charges, soit par rapport à
l'Institut, en général, soit dans l'intérêt des maisons particulières, et des
permissions extraordinaires, quelles qu'elles soient. Enfin, cette exactitude à
prendre note de tout doit être telle qu'il puisse toujours savoir ce qu'il a
fait, promis, permis, accordé, défendu, et ce qu'il doit faire en conséquence.
0515.- Le Frère Supérieur
Général ne pourra, de sa propre autorité, dissoudre ou abandonner les maisons,
une fois fondées, détourner leurs revenus à d'autres usages, entreprendre de
grandes constructions, vendre ou acquérir des rentes, des immeubles; pour tous
ces actes et autres prévus par l'art. 157 des Constitutions, il a besoin du
vote décisif de son Conseil. Il en est de même pour le renvoi des Frères
profès. Il doit aussi consulter ses Frères Assistants dans tout ce qui intéresse
d'une manière grave le gouvernement de l'Institut et les affaires importantes
de maisons.
0516.- La piété étant une
des choses les plus nécessaires aux Frères, il ne négligera rien pour la faire
régner et pour l'augmenter parmi eux, ayant soin pour cela: 1º d'y former et
d'y faire former particulièrement les jeunes Frères; 2º de procurer aux maisons
de noviciat des aumôniers et des Frères Directeurs éminents en piété et en
esprit d'oraison; 3º de veiller à ce que les Frères, dans toutes les maisons,
s'acquittent avec fidélité de toutes les prières prescrites par les
Constitutions et les Règles communes, particulièrement de l'oraison et de
l'assistance à la sainte messe tous les jours; 4º de procurer aux Frères de bon
confesseurs 'est ordinairement et de les engager en toute occasion à la digne
fréquentation des sacrements; 5º de s'entendre avec MM. les Curés et de faire
en sorte d'obtenir d'eux une messe à une heure convenable, afin que les Frères
puissent y conduire les enfants tous les jours d'école.
0517.- Enfin, le plus
important de ses devoirs est de faire observer les Constitutions d'abord et les
Règles ensuite, dans tous leurs points, de conserver les Frères dans l'esprit
de leur état, et de maintenir la discipline et la parfaite uniformité.
0518.- Le Frère Supérieur
Général, comme membre de l'Institut, lui doit être soumis en ce qui est du bien
général du corps entier et du sien en particulier. Ainsi, loin de se croire
dispensé d'accomplir les Constitutions e les Règles, il doit, au contraire,
comme religieux et plus encore comme supérieur, en donner l'exemple le premier,
et se soumettre aux observances communes qui ne sont pas incompatibles avec les
devoirs de sa charge.
0519.- L'Institut doit
veiller à la conservation de la santé de son Frère Supérieur Général, et il a
la faculté de prendre les mesures jugées nécessaires pour cela. En outre, si le
Frère Supérieur Général, par excès de zèle, dépassait les bornes de la
modération dans le travail ou dans les mortifications, les Frères Assistants,
comme représentants de l'Institut, lui feraient connaître respectueusement ce à
quoi il devrait s'en tenir sur ces articles, et le Frère Supérieur Général
serait obligé de se conformer à leur sentiment comme étant celui de l'Institut.
0520.- Le pouvoir et la
prévoyance de l'Institut à l'égard de son Frère Supérieur Général vont jusqu'à
son âme; car les personnes les plus parfaites ont besoin d'être aidées dans la
pratique du bien et d'être averties charitablement de leurs défauts. Les Frères
Assistants, et spécialement le premier, lui feront connaître avec respect,
prudence et humilité, ce qu'il y aurait de répréhensible dans sa conduite
personnelle, dans son gouvernement, dans sa manière d'agir avec les Frères ou
avec les étrangers, et ce qu'il est obligé de faire ou de corriger pour le bien
de l'Institut, celui des Frères et le sien en particulier.
0521.- Le Chapitre général
représente l'Institut, et a autorité sur les Frères et sur le Frère Supérieur
Général lui-même. C'est à lui à maintenir et à conserver la forme, le but et
l'esprit de l'Institut; il peut prendre pour cela toutes les mesures et faire
tous les statuts qu'il jugera nécessaires, soit pour corriger les abus qui
seraient généralement répandus, soit pour prendre les moyens, selon les temps et
les circonstances, pour conserver les Frères dans l'esprit de leur état, pour
atteindre plus parfaitement le but de l'Institut et procurer plus
avantageusement la gloire de Dieu. Il peut aussi revoir le Guide des Ecoles et
modifier la méthode et le programme d'enseignement, suivant que les temps et
les lieux en démontrent l'opportunité.
0522.- Le procès verbal des
élections de chaque Chapitre provincial sera envoyé au Frère Supérieur Général
ou à celui qui convoque le Chapitre général, lequel y appellera, par lettre
d'obédience les Frères élus députés dans chaque province.
0523.- S'il arrivait que
quelques députés vinssent á mourir avant la tenue du Chapitre général, ou
qu'ils ne pussent se rendre pour quelque empêchement légitime, ils seraient
remplacés par les Frères suppléants de leur province. Le suppléant qui, après
les députés, aura été élu le premier, sera le premier suppléant, et ainsi de
suite.
0524.- Le même procès
verbal des élections de chaque Chapitre provincial sera lu à la première séance
du Chapitre général par celui qui convoque l'assemblée.
0525.- Celui qui sera
chargé de convoquer le Chapitre général aura soin de faire connaître à ceux qui
devront y assister, le temps, le lieu et, autant qu'il le jugera convenable, la
cause de l'assemblée; il leur enjoindra aussi d'adresser à Dieu de ferventes
prières pour obtenir qu'il daigne bénir les élections et tout ce qui se fera
dans le Chapitre pour le bien de l'Institut.
0526.- Tous le membres de
l'Institut recommanderont à Dieu, pendant toute la durée du Chapitre, les
Frères capitulants et les affaires qu'ils auront à traiter. Chacun s'efforcera,
par d'ardentes prières et par toutes sortes d'actes de vertu propres à sa
vocation, d'obtenir de la divine bonté, par la protection de Marie, que tout ce
qui sera décidé et fait dans cette assemblée, tourne à la plus grande gloire de
Dieu et à l'avantage de l'Institut.
0527.- Quand le Chapitre
s'assemblera pour élire un Frère Supérieur Général, les capitulants se
prépareront à l'élection par trois jours de retraite, faite en silence. Le
Frère Président, ou un autre par son ordre, ouvrira cette retraite par une
exhortation sur l'importance de faire un bon choix et sur l'obligation
rigoureuse qu'il y a, pour les membres de l'assemblée, d'élire celui qu'ils
croiront devant Dieu le plus digne de cette place, et le plus capable de
gouverner l'Institut. Avant la retraite, il sera donné aux capitulants un jour
libre, au moins, pour s'éclairer mutuellement sur l'élection qu'ils ont à
faire.
0528.- Pour obtenir que
Dieu les dirige dans une affaire aussi importante, et qu'il leur fasse
connaître celui que sa Providence a destiné au gouvernement de l'Institut, ils
lui adresseront de ferventes prières, et ils s'efforceront de se dépouiller de
toute vue humaine, de tout esprit propre et de toute idée d'ambition; mais,
quoiqu'ils doivent examiner soigneusement, pendant ces trois jours, quel est
celui qui est le plus capable de bien remplir la charge de Supérieur Général,
jusqu'à ce qu'ils entrent dans la salle des élections, ils ne détermineront pas
en eux-mêmes à qui ils donneront leur voix.
0529.- Quiconque sera
reconnu avoir brigué la dignité de Supérieur Général, ou celle d'Assistant, en
mendiant les suffrages, en intriguant directement ou indirectement, sera privé
par le Chapitre de voix active et passive, et il ne pourra jamais être admis
dans ce Chapitre ni dans aucun autre. Ceux qui auraient connaissance de
semblables menées, sont obligés d'en avertir le Frère Président; et si ce
dernier était lui-même accusé de pareille faite, il faudrait en faire la
déclaration aux quatre plus anciens capitulants, à qui appartiendra de
soumettre l'affaire au Chapitre.
0530.- Le Frère Supérieur
Général sera toujours pris parmi les Frères qui auront fait le voeu de
stabilité, soit présents, soit absents; et quiconque aura été élu selon les
Constitutions, ne pourra faire aucune réclamation, mais devra reconnaître la
volonté de Dieu dans la volonté et le choix de la majorité du Chapitre, et s'y
soumettre.
0531.- Le jour de l'élection,
c’est-à-dire, le lendemain du troisième jour de retraite, il sera dit une messe
du Saint-Esprit, à laquelle tous les capitulants assisteront et feront la
communion.
0532.- Après la messe, ils
se rendront en silence dans la salle des élections. Aussitôt qu'ils y seront
entrés, la salle sera fermée à clef par un Frère de la maison à qui le Frère
Président en aura donné commission. Ensuite, chacun ayant pris place selon son
rang, le Frère Président, ou un autre par son ordre, lira la première section du
chapitre I des règles du gouvernement qui traite des qualités et des vertus qui
sont nécessaires au Frère Supérieur Général.
0533.- Avant cette lecture,
les capitulants réciteront tous ensemble, à genoux, le Veni Creator et l'Ave
Maris Stella; puis, la lecture finie, ils feront une méditation de demi-heure,
pendant laquelle ils arrêteront leur choix devant Dieu et en conscience.
0534.- Après cette
demi-heure de méditation et de prières, le premier scrutateur remettra, en
présence de tous un billet-scrutin à chacun des vocaux. Ce qui étant fait, ils
donneront leur suffrage de cette sorte: le plus ancien se rendra à la table du
scrutin sur laquelle il écrira son suffrage selon cette formule: Je nomme pour
Supérieur Général de l'Institut des Petits Frères de Marie F. N. Après cela, il
jettera son billet dans l'urne qui sera sur la table, et se retirera. Tous les
Frères donneront leur suffrage de la même manière, passant toujours par rang
d'ancienneté. Le Frère Président et les scrutateurs donneront le leur après
tous les autres, et de la même façon.
0535.- Après que tous
auront donné leur suffrage, les scrutateurs s'approcheront de la table,
renverseront l'urne et compteront à haute voix les billes, pour s'assurer si le
nombre est égal à celui des vocaux, ce qui est rigoureusement requis: car s'il
y en avait plus ou moins, il faudrait recommencer le scrutin sans même ouvrir
les billets. Si le nombre est exact, le premier scrutateur prendra un
billet-scrutin, le dépliera et en fera lecture à haute voix; il présentera le
billet au second scrutateur, qui le lira aussi, et de la même manière. Le
secrétaire, de son côté, écrira sous la dictée des scrutateurs et la
surveillance du Frère Président, le nom de celui qui sera proclamé. Il en sera
de même pour tous les billets-crutins.
0536.- Le
dépouillement du scrutin étant fini, le Frère Président prendra la liste et
comparera les différentes quantités de voix; celui qui en aura obtenu plus de
la moitié, sera Supérieur Général, et le décret en sera publié en ces termes
par le même: "Moi, Frère N., au nom de la Très Sainte Trinité, Père, Fils
et Saint-Esprit, et sous la protection de la bienheureuse Mère de Dieu, en mon
nom et au nom de tous ceux à qui, selon les Constitutions de cet Institut, il
appartient d'élire un Supérieur Général, Frère N., ayant obtenu la majorité
absolue des suffrages du Chapitre, je le nomme et le proclame Supérieur Général
des Petits Frères de Marie”.
0537.- Si le Frère
Président du Chapitre est élu Supérieur Général ou réélu dans cette même charge,
le premier Frère qui siège après lui fera la proclamation comme ci-dessus. Si
ce premier tour ne donnait à personne la majorité absolue, on recommencerait le
scrutin, et on le ferait même jusqu'à trois fois; mais si, après trois tours,
il n'y avait pas encore élection, on aurait recours à la S. Congrégation des
Evêques et Réguliers à laquelle dans ce cas l'élection est dévolue.
0538.- Après que le décret
aura été publié, si le Frère élu est présent, les deux scrutateurs se rendront
auprès de lui, et le conduiront par la main sur le siège préparé. Cela fait,
tous les membres du Chapitre s'approcheront de lui, deux à deux, et, s'étant
mis à genoux, ils lui rendront leurs hommages, lui promettront obéissance, et
recevront sa bénédiction. La formule dont ils se serviront pour cela est
celle-ci: Mon Très Révérend Frère Supérieur Général je vous promet obéissance
entière». Quand tous auront satisfait à ce devoir les portes de la salle
s'ouvriront, et la cloche annoncera à toute la communauté l'heureuse élection
du Frère Supérieur Général de l'Institut. On entonnera le Magnificat, que l'on
chantera, en allant processionnellement à la chapelle, où l'on assistera à une
messe d'action de grâces, ou du moins, si l'Ordinaire a bien voulu le
permettre, à la bénédiction du St-Sacrement, avec chant du Te Deum.
0539.- Après la
promulgation des suffrages, personne ne pourra changer son vote, ni, une fois
l'élection faite, en tenter une autre, et tous les Frères de l'Institut seront
obligés de reconnaître pour vrai et légitime Supérieur Général celui que le
Chapitre aura élu. Les billets-scrutins seront brûlés, en présence de
l'assemblée, avant de sortir de la salle, et aussitôt après la présentation des
hommages au Frère Supérieur Général.
0540.- On gardera un
rigoureux silence dans la salle des élections. Personne ne s'entretiendra avec
son voisin de ce qui regarde l'élection ni de toute autre chose, jusqu'à ce que
le Supérieur Général soit nommé, et dans le cas où il y aurait nécessité de
parler, il faudrait le faire à haute voix et publiquement.
0541.- Lorsque le Chapitre
se réunira pour délibérer sur quelque affaire importante, il sera toujours
nécessaire d'en informer les députés; de bien savoir et de bien préparer ce
qu'on veut leur soumettre, de le mettre même par écrit avec les raisons pour et
contre, et tout ce qui peut donner du jour à l'affaire dont il s'agit, afin de
la faire voir telle qu'elle est et d'en montrer tous les avantages et les
inconvénients.
0542.- Le Chapitre
s'ouvrira toujours par une messe du Saint-Esprit, à laquelle tous les
capitulants assisteront et feront la communion, à moins qu'ils ne l'aient faite
à une autre messe. Chaque séance commencera par le Veni Creator et l'Ave Maris
Stella, et se terminera par le Sub tuum.
0543.- Le Frère Supérieur
Général ou un autre Frère, par son ordre, exposera à l'assemblée les affaires à
traiter et qui doivent être mises en délibération. Il fera même remettre, à
tous les membres, des résumés ou exposés, avec son avis par écrit, afin que
tous, puissent les lire, les examiner et dire ce qu'ils en pensent.
0544.- La question une fois
ainsi exposée, le moyen de la décider ou de prendre un parti sera, dans cette
séance ou dans les suivantes, c’est-à-dire, après qu'on aura pris le temps
nécessaire pour discuter les raisons de part et d'autre, pour balancer les
avantages et les inconvénients, que le Frère Supérieur Général demande si
personne n'a rien à ajouter et, après que tous ceux qui veulent encore parler
auront donné leur sentiment sur la question, qu'il prenne l'avis de la majorité
exprimé par le vote.
0545.- Les votes de
l'assemblée devront s'exprimer au moyen de fèves blanches et de fèves noires. A
chaque tour de scrutin, les capitulants en déposeront une pour désigner leur
opinion personnelle, d'après la signification attachée par le Frère Président à
chaque couleur.
0546.- Les affaires une
fois examinées et décidées comme il vient d'être dit, le secrétaire en écrira
le résultat dans un livre destiné à cet effet. Le Chapitre, avant de se
séparer, aura soin de spécifier les statuts qui devront être promulgués. Tout
ce qui sera fait dans ces assemblées sera constaté par un procès verbal signé
par tous les capitulants, et déposé dans les archives de l'Institut.
0547.- Les statuts du
Chapitre une fois promulgués, tous les membres de l'Institut sont obligés de se
conformer à ce qu'ils prescrivent. Le Frère Supérieur Général lui-même est tenu
d'en procurer l'observance, et ils doivent être gardés partout jusqu'au
prochain Chapitre général, lequel peut encore les confirmer.
0548.- Rien de plus
important que le choix des sujets: de là dépendent l'avenir de l'Institut, le
main tien de la régularité et de l'esprit religieux, la paix, le bonheur des
individus et la prospérité de tout le corps. Ceux qui sont chargés de faire ce
choix, ne peuvent prendre trop de précautions pour n'admettre que des sujets
qui aient les conditions requises; car admettre des sujets qui n'ont pas ces
conditions, c'est introduire une cause de ruine dans l'Institut; c'est exposer
ceux qui sont ainsi admis sans vocation à un péril évident de se perdre. Pour
procéder avec sagesse dans le choix des sujets chaque postulant, novice ou
Frère, sera examiné sur sa vocation, son aptitude pour les emplois, ses
dispositions et ses vertus. Le premier de ces examens se fera avant d'admettre
les postulants, le deuxième avant la vêture, le troisième à la fin du noviciat,
avant la première émission des voeux annuels; les autres avant chaque nouvelle
émission des voeux annuels, et le dernier, enfin, avant la profession
perpétuelle.
0549.- Avant d'admettre un
sujet au postulat, il faut le connaître assez pour avoir au moins quelques
raisons de croire qu'il est appelé à la vie religieuse, et qu'il a les qualités
nécessaires pour remplir le but de l'Institut. Les principaux points sur
lesquels le postulant doit être examiné sont les suivants: 1º Quel est son nom,
son âge, son lieu de naissance et d'habitation? 2º Est-il né d'un mariage
légitime? 3º Quel est l'état de ses parents, y vivent-ils honorablement? Ne sont-ils
pas dans la nécessité, de manière à avoir besoin de lui pour vivre ou pour être
secourus dans leurs infirmités? 4º Quelle est la fortune de ses parents?
Pourront-ils payer la pension de noviciat? 5º A-t-il personnellement des biens?
N'a-t-il pas de dettes? 6º Combien a-t-il de frères et de soeurs? Quel est leur
état? Y vivent-ils honorablement? 7º Est-il robuste ou d'un tempérament faible,
délicat? A-t-il été malade? Quelle maladie a-t-il eue? N'en a-t-il pas encore
quelque ressentiment? 8º Est-il sain de corps et a-t-il aucune infirmité
notable, telles que des humeurs froides, des dartres, des hernies, des
palpitations, etc.? A-t-il une bonne poitrine? Dans sa famille n'y a-t-il aucun
vice héréditaire d'esprit ou de corps, comme l'épilepsie, la folie, les humeurs
froides, la pulmonie? Quels sont ceux de ses parents paternels ou maternels qui
en sont ou qui en ont été atteints?.
9º N’a-t-il aucune
difformité notable et qui pourrait l'empêcher de s'acquitter convenablement des
fonctions propres aux Frères, comme d'être bossu, boiteux, borgne, louche,
bègue, nain, ou n’a-t-il pas la vue trop faible, l'ouïe trop dure? 10ª A-t-il
un extérieur modeste, retenu, une figure honnête, ou n’est-il pas grossier,
rebutant? 11º Quelles ont été ses occupations? Connaît-il un état? Quel est cet
état? N'en a-t-il pas essayé plusieurs, montrant ainsi un fonds de légèreté et
d'inconstance? A-t-il réussi dans son état? 12º Fréquentait-il les sacrements
dans sa paroisse? Etait-il agrégé à quelque pieuse confrérie?. A-t-il de son
curé un certificat de bonne conduite, qui atteste que sa réputation est intacte
sous le rapport moral et religieux? 13º Depuis quel temps pense-t-il à entrer
dans l'Institut? Quels sont les motifs qui le portent à embrasser ce genre de
vie? N'y est-il pas poussé par ses parents ou par quelque autre personne?
N’est-ce pas quelque revers de fortune, quelque événement humiliant, quelque
accident fâcheux pour lui ou pour sa famille? N’est-ce pas pour être plus à son
aise, pour mener une vie plus commode, pour ne pas travailler et pour s'assurer
une existence, qu'il demande à entrer dans l'Institut? 14º N’a-t-il pas été
membre d'un autre Institut? Pourquoi n'y est-il pas resté? 15º Enfin, quelle
instruction a-t-il reçue? Quelles classes a-t-il faites? A-t-il de l'aptitude
pour les sciences et du goût pour l'enseignement?.
0550.- Le Maître des
novices, après avoir examiné le postulant sur les points du précédent examen,
qui auraient besoin de quelques éclaircissements, passera aux suivants: 1º
A-t-il bonne mémoire et retient-il facilement ce qu'il apprend? Est-il
intelligent, saisit-il les explications du catéchisme et des autres leçons
qu'il reçoit? 2º A-t-il du jugement et du bon sens? 3º Quel est son caractère,
est-il souple ou raide, ouvert ou caché, franc ou dissimulé, doux et patient,
ou violent et emporté? 4º Aime-t-il l'étude et le travail, est-il actif et
appliqué, ou bien mou, paresseux et sans goût pour son instruction? 5º A-t-il
l'amour de l'ordre et de la propreté, tant sur sa personne que dans son travail
et dans ce qui est à son usage? 6º Est-il pieux? Sa piété est-elle sage et
éclairée? N’est-il point porté aux scrupules et autres peines d'esprit? 7º
Quelles est sa conduite au postulat, et quels défauts lui reproche-t-on? 8º
Montre-t-il une volonté sincère de se corriger de ses défauts, et
travaille-t-il à se former à la vertu? 9º Remarque-t-on en lui un bon fonds de
religion, c’est-à-dire la crainte de Dieu, une conscience droite et timorée,
une grande réserve pour tout ce qui tient à l'aimable vertu, de l'attrait pour
les exercices de piété et pour les pratiques religieuses? On peut en juger par
ses discours et surtout par l'ensemble de sa conduite. 10º A quelles épreuves
l’a-t-on soumis, comment les a-t-il subies? Quels témoignages rendent de lui
ceux sous lesquels et avec lesquels il a travaillé; à quoi est-il propre?.
11º Enfin, a-t-il été
visité par le médecin? N’a-t-il aucune infirmité, aucun défaut dans ses
principaux sens et dans sa constitution? C'est au Frère Maître des novices et à
ceux qui, avec lui, sont employés au noviciat, à donner tous ces détails au
Conseil; mais, outre ce qui précède, le Frère Maître des novices aura soin de
voir le postulant en particulier et de l'interroger sur ce qui suit: 1º Si,
depuis son entrée dans la maison, il a senti de plus en plus de l'attrait pour
la vie religieuse et un plus grand désir de travailler à son salut et à sa
perfection. 2º S'il a éprouvé des tentations contre sa vocation, et comment il
s'est conduit alors. 3º S'il n'y a pas de choses dans les Constitutions ou les
Règles qu'il ait de la peine à pratiquer ou pour lesquelles il éprouve une
forte répugnance, quelles sont ces choses.
4º S'il n'a pas une trop
grande sensibilité ou une transpiration trop abondante aux pieds, de manière à
être incommodé par la chaussure, et à incommoder les autres par l'odeur. 5º Si,
pendant toute sa vie, il sera bien aise que les Frères fassent connaître aux
Supérieurs ses fautes extérieures, ses défauts et ses manquements aux
Constitutions et aux Règles lorsqu'ils le jugeront nécessaire pour le bien de
son âme et l'avantage de l'Institut, et s'il est disposé à leur rendre ce même
office de charité. 6º Si le comte de conduite dans l'emploi ne lui est pas trop
pénible. 7º S'il est disposé à faire tout ce qui lui sera commandé et à se
livrer avec zèle à l'occupation qui lui sera assignée, selon les Constitutions,
et cela pendant tout sa vie. 8º S'il est déterminé à ne rien recevoir ni
donner, même à l'égard de ses parents, et à ne disposer d'aucun bien ni revenu
sans la permission de ses Supérieurs, comme il est prescrit dans les
Constitutions. C'est d'après les lumières acquises dans cet examen et les
renseignements donnés par le Maître des novices, qu'il sera décidé si le
postulant est admis à la vêture, ou s'il doit être renvoyé, ou ajourné à
quelque temps, afin de l'éprouver encore.
0551.- On pourra, dans cet
examen, revenir sur les points du premier et du second examen qui
présenteraient encore quelques doutes, après quoi on passera à ce qui suit: 1º
Quelle a été sa conduite pendant le temps du noviciat? On peut en juger par les
notes qu'il a obtenues et par le rapport du Frère Maître de novices. 2º
Aime-t-il sa vocation? Est-il attaché à l'Institut? A-t-il travaillé à en
prendre l'esprit? A-t-il un bon fonds de piété? Fait-il ses exercices avec
exactitude, avec édification? 3º A-t-il du goût pour les pratiques de la vie
religieuse, pour l'étude du catéchisme et des ascétiques et pour tout ce qui
tient à son état? 4º Aime-t-il la régularité et la vie commune? Est-il exact à
tous les exercices de communauté? 5º Se plaît-il dans l'enseignement, y
réussit-il? A-t-il du zèle pour l'instruction et l'éducation des enfants?
Pourra-t-il acquérir assez de connaissances et de vertus pour faire un bon
instituteur? A-t-il assez de caractère pour contenir les enfants et s'en faire
obéir? S’est-il conformé aux Constitutions et aux Règles communes dans ses
rapports avec les enfants et les personnes du monde? 6º Est-il propre du moins
aux travaux manuels? A-t-il assez de force et de santé, assez d'ordre,
d'adresse, d'économie, de savoir-faire, pour qu'on puisse lui confier le
temporel d'une maison? Se plairait-il dans cette occupation? 7º Quels
témoignages rend de lui le Frère Maître des novices ou les Frères Directeurs
sous lesquels il a passé? Est-on satisfait de sa conduite? Quels défauts lui
reproche-t-on? 8º A-t-il été obéissant, s’est-il laissé conduire et diriger
dans les emplois qui lui ont été confiés? N’a-t-il pas cherché à se conduire
par son propre sens, à faire sa volonté, ne tenant aucun compte des
avertissements? 9º A-t-il un bon esprit, un bon caractère, s’accorde-t-il avec
les autres Frères? N’a-t-il rien fait qui ait pu les offenser, les scandaliser
et troubles la paix et l'union qui doivent régner dans une communauté?.
0552.- Comme c'est dans cet
examen que l'admission définitive des Frères est prononcée, il est de la
dernière importance, tant pour les sujets que pour l'Institut, que l'on prenne
tous les renseignements nécessaires et tous les moyens possibles pour obtenir
une décision juste et éclairée. Pour qu'il en soit ainsi, on examinera avec le
plus grand soin le récipiendaire sur les points suivants: 1º Quels progrès
a-t-il faits dans la vertu et dans la correction de ses défauts, depuis qu'il
est entré dans l'Institut? 2º A-t-il montré une piété soutenue, une vertu
solide? 3º Son examen sur les Constitutions, les Règles et la Guide des Ecoles
a-t-il démontré qu'il les connaît suffisamment? Les a-t-il observés exactement,
et s’est-il montré fidèle aux petites choses? 4º A-t-il l'esprit de l'Institut,
c’est-à-dire l'esprit d'humilité et de simplicité, l'amour de la retraite, du
silence, de la vie cachée et un grand éloignement pour le monde? 5º A-t-il
passé par les divers emplois, comment y a-t-il réussi? 6º Quels témoignages
rendent de lui les Frères Directeurs sous lesquels il a passé? Ont-ils été
contents de sa conduite? Que lui reprochent-ils? 7º A-t-il un bon esprit, un
bon caractère et un bon jugement? Ces trois points sont essentiels. 8º A-t-il
des talents et de l'aptitude pour l'instruction de la jeunesse, ou du goût et
des forces suffisantes pour les emplois temporels? 9º Est-il ouvert? Fait-il
connaître sa conduite extérieure aux Supérieurs, et suit-il leur direction?.
0553.- La vocation
religieuse venant essentiellement de Dieu, pour s'assurer si chacun des
aspirants ou novices a une véritable vocation, il faudra s'attacher à voir si
Dieu a mis en lui les dons surnaturels et les qualités naturelles qui lui sont
nécessaires pour remplir le but de l'Institut: car Dieu n'appelle personne à un
état sans lui donner les grâces et les talents dont il a besoin pour en remplir
dignement lés obligations. Plus ces qualités et ces dons seront éminents dans
un sujet, plus sa vocation sera certaine, et aucun ne doit être admis s'il ne
les possède à un degré suffisant, ou que ce qui lui manque sous un rapport soit
compensé par d'autres avantages. Les conditions requises pour être admis dans
l'Institut sont: 1º Appartenir á une famille honnête, être né dé légitime
mariage, et jouir d'une bonne réputation sous le rapport des moeurs et de la
probité. 2º N'être pas engagé dans le liens du mariage. 3º Avoir l'âge
convenable, c’est-à-dire quinze ans accomplis, pour être reçus au noviciat,
seize ans pour être admis aux voeux annuels, et au moins vingt et un ans, pour
l'admission aux voeux perpétuels. 4º N'avoir pas émis des voeux perpétuels dans
un autre Institut, ou même des voeux temporaires qui ne sont pas arrivés à leur
terme.5º N'être pas débiteur insolvable. 6º N'avoir pas des obligations qui
seraient une charge pour l'Institut. 7º Avoir une bonne santé, un tempérament
robuste et des forces suffisantes pour soutenir les fatigues de l'enseignement.
Ainsi, ne pourraient pas être admis ceux qui auraient quelques infirmités habituelles,
telles que faiblesse de poitrine, palpitations, épilepsie, dartres, humeurs
scrofuleuses, etc.; ceux qui auraient la vue trop basse, l'ouïe trop dur, etc.;
non plus que ceux qui auraient quelque défectuosité ou difformité naturelle
trop apparente. 8º Avoir un bon jugement, un sens droit: ce point est un des
plus importants. On doit donner une attention particulière pour écarter de
l'Institut ceux qui sont en défaut du côté du jugement: car ces sortes de
sujets ne peuvent que nuire à une communauté et lui être à charge. "Il ne
faut point, dit saint Thérèse, recevoir ceux qui manquent de bon sens; car,
lorsque le jugement manque, je ne vois pas en quoi un sujet peut être utile à
une communauté, mais je vois bien qu'il pourrait lui être très nuisible".9º
Avoir une vraie piété, qui édifie et n'ait rien de singulier. 10º Un bon
esprit, un caractère docile et ferme qui se plie facilement aux volontés des
Supérieurs, ainsi qu'aux observances des Constitutions et des Règles. 11º
L'amour du travail, l'esprit d'ordre et de propreté, tant dans sa personne que
dans la tenue d'une maison; cela est nécessaire à des jeunes gens chargés de
l'éducation des enfants, destinés à prendre eux-mêmes soin de tout de qui
concerne un ménage, sans pouvoir jamais y employer aucune personne du sexe. 12º
L'aptitude et les talents nécessaires pour faire un bon instituteur; ou, du
moins, assez de santé, de force et d'adresse pur pouvoir remplir un emploi
temporel.
0554.- Le Frère Provincial
réunira son Conseil au moins deux mois avant la retraite pour délibérer sur
l'admission aux voeux.
0555.- On doit apporter le
plus grand soin pour connaître ceux qui sont proposés à faire les voeux. A
cette fin, dans leur correspondance avec le Frère Provincial, les Frères profès
de voeux perpétuels lui feront connaître à temps, sur des feuilles volantes,
tous les renseignements qui peuvent éclairer le Conseil provincial sur
l'admissibilité des aspirants de leurs maisons respectives, ou de tous les
autres sur lesquels ils auraient des appréciations à donner.
0556.- On consultera aussi
les examens faits à l'époque de la vêture, ainsi que les notes particulières
que le Conseil provincial pourra avoir sur la conduite des sujets pendant leur
noviciat et le temps qu'ils auront passé dans les écoles. Enfin, on se
conformera, dans cet examen, à ce qui est prescrit au chapitre du choix des
sujets.
0557.- Comme c'est le bon
choix des sujets qui maintient les communautés dans leur esprit primitif, et
qui y conserve la régularité, la ferveur et toutes les vertus de l'état
religieux, le plus grand préjudice que l'on pourrait causer à cet Institut,
serait d'y admettre des jeunes gens sans vocation, irréguliers ou incapables
des fonctions propres aux Frères. Les conseillers se rendraient donc très
coupables si, avec connaissance ou même par négligence de s'enquérir des
qualités et de la conduite des aspirants, ils donnaient leurs voix à des sujets
indignes.
0558.- Pour éviter toute
surprise à cet égard, ils auront soin: 1º de se bien pénétrer de l'importance
de la charge qui leur est confiée, et des obligations qu'elle leur impose; 2º
de se mettre au-dessus de toute considération humaine, de toute inclination ou
aversion naturelles, de tous motifs d'intérêt personnel, et de n'avoir en vue
que la gloire de Dieu, le bien de l'Institut, et, autant que possible, celui
des aspirants; 3º de se conformer en tout point à ce qui est prescrit au
chapitre du choix des sujets; 4º enfin, de prier beaucoup afin d'obtenir de
Dieu les lumières et les grâces qui leur sont nécessaires, pour prendre sur
chaque Frère une décision juste, éclairée et uniquement fondée sur ses bonnes
ou mauvaises qualités.
0559.- En proposant chaque
aspirant, le président du Conseil fera connaître les renseignements qu'auront
donnés sur sa conduite les Frères Directeurs et les Frères profès de voeux
perpétuels, ainsi que les notes particulières qu'il pourrait avoir. Les
conseillers donneront ensuite leur sentiment motivé, et quand ils auront parlé,
la décision se prendra au scrutin secret au moyen de fèves blanches et de fèves
noires. Les vocaux en mettront chacun une dans l'urne; s'il y en a plus de
blanches que de noires l'aspirant sera reçu; si le noires sont en plus grand
nombre, il sera refusé: car, pour être admis aux voeux, il faut avoir la majorité
des suffrages, et en ce cas même l'admission doit être confirmée par le Frère
Supérieur Général.
0560.- Les membres du Conseil sont obligés au secret
sur tout ce qui se dit ou se fait dans le Conseil d'admission; ce secret est
pour eux un devoir de conscience, et si jamais ils venaient à le violer, ils
devraient subir telle pénitence que le Frère Supérieur Général jugera
convenable.
0561.- Quand un aspirant
n'aura pas été admis aux voeux, il faudra lui en faire connaître les raisons,
afin qu'il puisse les faire cesser, si cela dépend de lui, ou se retirer.
0562.- Quand le Frère
Supérieur Général ne pourra être présent à l'émission des voeux, il déléguera
un Frères de quatre voeux pour le remplacer. La lettre de délégation sera
conçue en ces termes: Nous soussigné, Supérieur Général de l'Institut des
Petits Frères de Marie, déléguons notre cher Frère N., pour recevoir, au nom de
l'Institut, les voeux des aspirants qui seront admis à les prononcer à la fin
de la retraite qui aura lieu dans notre maison de (Marquer l'époque et le lieu
de la retraite). A... le...».
0563.- Par la profession de
trois voeux annuels, les Frères se lient temporairement à l'Institut; par la
profession perpétuelle de ces mêmes voeux, ils en deviennent définitivement
membres perpétuels. L'Institut, de son côté, se lie, de la même manière, à
l'égard des sujets qu'il admet à prononcer ces voeux, et s'oblige à les garder
et à pourvoir à leurs besoins en maladie comme en santé; à moins toutefois que
les Frères, par une conduite scandaleuse, ne se mettent dans le cas d'être
retranchés de l'Institut, comme il est dit au chapitre suivant.
0564.- Ainsi, ceux qui
auront été suffisamment éprouvés pendant le noviciat d'abord, puis dans les
écoles ou dans les emplois temporels, et qui auront donné des preuves certaines
de vocation, seront incorporés à l'Institut par la profession, c’est-à-dire,
par l'émission temporaire d'abord et perpétuelle ensuite des trois voeux de
pauvreté, de chasteté et d'obéissance.
0565.- Pour être admis aux
voeux perpétuels, il faudra avoir passé dans l'Institut cinq ans consécutifs de
voeux temporaires et posséder les qualités dont il est parlé au chapitre du
choix des sujets.
0566.- Après une année de
noviciat, les novices seront admis aux voeux annuels de pauvreté, de chasteté
et d'obéissance.
0567.- Les sujets qui
désireront être admis aux voeux devront en faire la demande au Frère
Provincial, six mois avant, afin qu'on ait le temps nécessaire pour prendre les
informations d'usage.
0568.- La demande
d'admission aux voeux doit être écrite sur une feuille volante qui sera
conservée dans les archives; cette feuille ne doit contenir autre chose que la
demande faite selon la formule suivante: Je soussigné, après avoir éprouvé ma
voca-tion, prié et mûrement réfléchir pour connaître la volonté de Dieu,
désirant me donner tout entier à Notre Seigneur, sous la protection de la
bienheureuse Vierge Marie, et me lier à l'Institut des Petits Frères de Marie,
auquel je me crois véritablement appelé, supplie le Très Cher Frère Provincial
de m'admettre aux trois voeux annuels (ou perpétuels) de pauvreté, de chasteté
et d'obéissance. A... le...».
0569.- Il y aura un
registre dans chaque maison provinciale, pour tenir mémoire de tous ces voeux.
On aura soin de marquer l'année et le jour de l'émission des voeux, avec le
nom, prénoms et âge des Frères qui les auront faits. Le Frère Supérieur Général
ou son délégué et le prêtre qui aura fait la cérémonie, signeront, à la suite
des Frères, le procès verbal de l'émission de voeux.
0570.- Les voeux
temporaires se referont et les voeux perpétuels se renouvelleront ordinairement
à la suite de la retraite annuelle.
0571.- Il y aura trois
degrés de Frères dans cet Institut. On comprend dans le premier tous ceux qui
n'ont pas fait les trois voeux perpétuels. Le second degré comprend tous ceux
qui ont fait les trois voeux perpétuels. Le troisième degré se compose de ceux
qui ont fait, en outre, le voeu de stabilité.
0572.- Par le voeu de
stabilité, on s'engage: 1º à maintenir le but, l'esprit et les Constitutions de
l'Institut approuvées par le Saint Siège, 2º à perpétuer l'Institut et à ne pas
en sortir dans le cas même où l'on viendrait à manquer de tout; se résolvant à
vivre d'aumônes et de pain seulement, plutôt que d'abandonner l'Institut et les
écoles.
0573.- Pour être admis à
faire le voeu de stabilité, il faut avoir dix ans de profession perpétuelle et
s'être conduit pendant tout ce temps d'une manière exemplaire. En outre, il est
nécessaire d'exceller dans les vertus de l'état religieux qui sont: l'humilité,
la pauvreté, l'obéissance, la chasteté, le zèle pour l'instruction chrétienne
des enfants, l'amour de Notre Seigneur, la dévotion à Marie, et de s'être
montré non seulement régulier, mais encore plein de zèle pour le maintien de la
régularité et des observances.
0574.- S'il est très
important de prendre tous les moyens nécessaires pour conserver et augmenter le
nombre des Frères propres à procurer la gloire de Dieu et le bien des âmes dans
les fonctions de l'Institut, il ne l'est pas moins de renvoyer ceux qui
manquent des qualités requises pour atteindre ce but: car, comme les devoirs de
la vie religieuse ne peuvent se remplir sans une grâce spéciale, et que Dieu
n'accorde cette grâce qu'à ceux qu'il y appelle, les sujets qui manquent de
vocation, ne peuvent être que nuisibles au bien général d'une communauté et à
celui des particuliers, Mais s'il faut être très réservé, quand il s'agit de
recevoir les sujets dans l'Institut, s'il est nécessaire de ne les y admettre
par les voeux qu'après s'être assuré qu'ils y sont véritablement appelés de
Dieu, il faut être plus réservé et plus prudent encore quand il est question de
les renvoyer, et ne jamais le faire que mûrement, avec réflexion et pour des
causes justes. En autre, les causes de renvoi doivent être d'autant plus graves
que les sujets sont plus étroitement liés à l'Institut; néanmoins, quels que
soient les engagements contractés par un Frère, on pourra et on devra le
renvoyer dans certains cas, comme il sera dit ci-après. Ceux qui sont chargés
du choix des sujets et qui ont la faculté de les admettre, soit à la vêture,
soit aux voeux, doivent bien connaître les règles relatives à ce point
important, et s'être fait une idée juste des qualités et des vertus nécessaires
à un Frère, pour remplir le but de l'Institut.
0575.- Il est nécessaire de
suivre de très près les postulants et les novices, et de s'assurer le plus tôt
possible s'ils conviennent ou non à l'Institut, afin de renvoyer avant l'époque
de la profession, tous ceux qui n'auraient pas à un degré suffisant les
qualités et les vertus nécessaires à un Frère: car, moins un sujet est resté
dans l'Institut, moins il y a d'inconvénients à le renvoyer; comme aussi, plus
est long le laps de temps qu'il y a passé, plus doivent être grandes les
raisons de son renvoi. Ainsi, pendant le postulat et le noviciat on doit être
facile à renvoyer:.
0576.- 1º Ceux qui n'ont
pas de vocation, c’est-à-dire ceux qui n'ont pas le fonds de vertu et de piété
nécessaire à un religieux; qui n'aiment et n'estiment pas leur état; qui n'y
sont venus et qui n'y restent que par des motifs humains; qui, après avoir été
instruits et formés aux pratiques de la vie religieuse, ne s'attachent point à
leur vocation et ne prennent point l'esprit de l'Institut.
0577.- 2º Ceux qui
n'auraient pas l'aptitude nécessaire pour diriger une classe ou pour
s'acquitter convenablement d'un emploi temporel, soit que cela vienne d'un
défaut de jugement, de volonté, d'intelligence, de caractère ou de toute autre
cause, quand d'ailleurs ces sujets seraient pieux.
0578.- 3º Ceux qu'on
découvrirait être mal famés dans le public, pour quelque faute grave qu'ils
auraient commise ou pour quelque profession avilissante qu'ils auraient
exercée, de même que ceux qui seraient chargés de dettes qu'ils n'auraient pas
fait connaître, quand on les a reçus.
0579.- 4º Ceux qui manquent
de santé et de force pour s'acquitter des fonctions propres aux Frères: car,
outre que ces sortes de sujets seraient à charge à l'Institut, leurs infirmités
les rendant incapables d'observer exactement les Constitutions et les Règles et
de suivre le régime ordinaire de la communauté, leurs exemples ne serviraient
qu'à affaiblir la vigueur de la discipline religieuse et à introduire les abus
et le relâchement dans l'Institut. Les maladies ou infirmités suivantes
donneront surtout lieu à l'exclusion, particulièrement si elles sont à l'état
chronique et portées à un certain degré: a) celles qui tiennent à la
constitution des sujets, comme la faiblesse de poitrine ou d'estomac, les
palpitations et autres de ce genre; les infirmités qui affaibliraient la
raison, telles qu'une mélancolie excessive, des maux de tête violents et
habituels; b) celles qui seraient contagieuses au qui rendraient un sujet
dégoûtant et pénible aux autres, comme les scrofules, les dartres, l'épilepsie,
la punaise, surtout si elles sont héréditaires, ou si elles tiennent au
tempérament de l'individu; car alors elles sont pour l'ordinaire incurables
avec une vie sédentaire, et ne peuvent que s'augmenter avec l'âge; c) les
infirmités qui rendraient impropre à l'enseignement, comme l'ouïe dure, la vue
trop basse, etc. Toutefois, si le défaut de santé était composé par quelques
vertus ou qualités éminentes, en sorte que le sujet pût se rendre utile à l'Institut
et y procurer la gloire de Dieu, soit par ses bons exemples et la sainteté de
sa vie, soit par les talents particuliers dont il serait doué, il pourrait être
admis pourvu que sa maladie ou infirmité ne fût ni trop grave, ni contagieuse,
et qu'elle ne le rendrait pas trop pénible aux autres.
0580.- 5º Ceux qui auraient
mauvais esprit et qui le répandraient parmi les autres; qui ne pourraient se
plier au joug de l'obéissance, ni se conformer au genre de vie, ni aux
Constitutions, aux Règles communes et aux usages de l'Institut, soit que cela
vienne d'une impossibilité réelle, soit que cela procède de mauvaise volonté ou
de tout autre obstacle ayant son principe dans la nature ou l'habitude.
0581.- 6º Ceux qui auraient
un caractère inquiet, brouillon, tracassier; qui ne pourraient vivre en repos,
ni y laisser les autres; qui sèmeraient la division parmi les Frères et
troubleraient la paix et l'union qui doivent régner dans une maison religieuse.
De pareils sujets ne doivent pas être ménagés. Il faut d'abord les reprendre
fortement; et, s'ils ne se corrigent pas, après les avertissements et les
épreuves convenables, il faut les renvoyer le plus tôt possible.
0582.- 7º Ceux d'un
caractère dur et emporté qui s'aliéneraient l'esprit des enfants et de leurs
parents, qui compromettraient les succès des écoles et la réputation des
Frères, par une sévérité outrée et des traitements violents envers les enfants.
0583.- 8º Ceux d'un
caractère sournois ou d'un amour-propre outré, auxquels la pratique du compte
de conduite extérieure et la subordination seraient impossibles ou extrêmement
pénibles: car, comme il est très difficile de persévérer dans sa vocation, de
corriger ses défauts, d'acquérir les vertus de son état, de satisfaire aux
obligations de la vie religieuse et de se rendre utile à l'Institut sans
direction, on peut croire que ces sortes de sujets n'ont pas vocation.
0584.- 9º Ceux qui manquent
essentiellement de caractère et qui, par suite, ne pourraient contenir les
enfants dans le devoir, ni maintenir la discipline dans une classe, si
d'ailleurs, ils ne pouvaient se rendre utiles d'autre part.
0585.- 10º Ceux qui
seraient dangereux pour les autres, qui leur donneraient mauvais exemple par
une conduite habituellement irrégulière, ou par des paroles et des conseils
propres à les porter au mal, surtout à l'inconstance dans la vocation, à
l'insubordination et à la révolte contre les Supérieurs ou à toute autre faute
grave, de tels sujets ne doivent pas être ménagés, et le bien commun exige
qu'on les éloigne promptement.
0586.- 11º Ceux d'un
caractère mélancolique, qui aiment à être seuls et évitent la compagnie, qu'on
a peine à réduire à la vie commune, qui se portent à des singularités, à des
pratique de piété, à des actes de vertu ou à des dévotions extraordinaires et
qui ne sont pas dans l'esprit de l'Institut. Ces sortes de gens, dominés par un
fond d’amour-propre et par un orgueil secret, ou dépourvus de jugement, ne
tiennent aucun comte des avis qu'on leur donne, et ne sont pas faits pour vivre
en communauté.
0587.- 12º Ceux d'un
caractère superficiel et inconstant, qui ne savent se fixer à rien et changent
sans cesse, soit dans leurs pratiques de piété, soit dans la manière de faire
la classe ou de remplir leur emploi; qui ne sont fidèles à leur devoir et aux
observances régulières que lorsqu'ils sont sous les yeux de leurs supérieurs;
qui se montrent toujours disposés à mieux faire et à se corriger, quand on les
reprend, quoique, en définitive, ils restent toujours les mêmes et ne se
corrigent pas. Le caractère superficiel, une fois bien connu, surtout si ce
défaut est considérable, ne demande guère d'épreuves, car elles sont inutiles.
0588.- 13º Après des
épreuves convenables, dans le doute si un sujet doit être admis ou non, soit à
cause de son peu de vertu ou d'aptitude pour les fonctions propres aux Frères,
soit à cause de quelques défauts qu'on remarquerait en lui et qui pourraient
nuire à l'édification ou au bien général, on doit le renvoyer: car l'intérêt du
corps doit l'emporter sur celui des particuliers, et nul ne doit être admis
s'il n'a, à un degré suffisant, les qualités requises.
0589.- Les causes de renvoi
pour des Frères profès de voeux perpétuels, et même des Frères profès de voeux
annuels tant que durent leurs voeux, ne peuvent venir que d'une conduite
scandaleuse qui compromettrait gravement les intérêts et la réputation de
l'Institut au dehors ou son repos au dedans: telles seraient des fautes graves
et notoires contre les moeurs, ou de mauvais penchants ou vices habituels,
comme l'ivrognerie, le vol, la révolte contre les Supérieurs, etc. On pourrait
néanmoins renvoyer un profès qui aurait caché une infirmité ou tout autre
empêchement qui le rendrait impropre à l'Institut et qui aurait été un obstacle
à son admission s'il l'eût fait connaître. Répétons encore qu'il ne faut
renvoyer un Frère profès de voeux perpétuels que très difficilement, qu'après
avoir employé sans succès tous les moyens pour le ramener à son devoir, et pris
toutes les mesures pour empêcher que ses exemples ne soient contagieux. En un
mot, on n'en doit venir à cette extrémité qu'à l'égard des incorrigibles ou de
ceux qui seraient dangereux pour les autres et nuisibles à l'Institut, attendu
que le bien général doit être préféré à celui des particuliers.
0590.- Les raisons du
renvoi des Frères profès, qui ne peuvent être que quelques-unes de celles
énumérées ci-dessus, seront portées au Régime à qui il appartiendra de les
peser, de les examiner et de juger si elles sont assez graves pour donner lieu
à l'exclusion, laquelle ne pourra être prononcée qu'à la majorités de voix et
au scrutin secret. Néanmoins l'exclusion des Frères de veux perpétuels ne
pourra avoir effet sans l'approbation de la S. Congrégation des Evêques et
Réguliers; il sera même convenable que les Frère exclu soit de voeux
temporaires soit de voeux perpétuels, attende la dispense de ses voeux,
laquelle sera demandée à la S. C. par lui même ou par le Frère Supérieur
Général.
0591.- Ceux qui sont
chargés de se prononcer sur le renvoi des sujet, doivent prendre tous les
moyens propres à assurer la justice de cette mesure. A cet effet, ils auront
soin; 1º d'implorer les lumières du Saint-Esprit, afin de connaître la volonté
de Dieu; 2º de prendre du temps pour réfléchir, pour apprécier les raisons qui
peuvent porter à en venir à cette extrémité, et pour peser attentivement le
pour et le contre, 3º de se dépouiller de toute affection et de toute
considération humaines, et de n'avoir en vue que la gloire de Dieu, le bien de
l'Institut, et, autant que possible, celui des particuliers sur le sort
desquels ils sont appelés à se prononcer.
0592.- Par rapport à celui
qu'on renvoie, il faut faire en sorte qu'il se retire sans déshonneur aux yeux
du public, qu'il soit content et conserve de l'attachement, de l'estime et de
la bienveillance pour l'Institut; pour cela, on doit le traiter avec justice et
bonté, c’est-à-dire, lui donner tout ce qui lui appartient, et même lui faire
quelque faveur, si sa position le réclame. La charité demande encore qu'on lui
donne de bons conseils, qu'on tâche de le diriger, autant que faire se pourra,
par rapport à l'état qu'il embrassera, afin de lui faire prendre la voie la
plus propre pour servir Dieu et pour faire son salut.
0593.- Les novices qui
seraient sortis par suite d'ennui, ou de quelques difficultés de ce genre
qu'ils auraient éprouvées, pourront être reçus de nouveau, s'ils demandent à
rentrer; de même que ceux qui auraient été renvoyés pour des fautes de
jeunesse, telles que légèreté, inapplication; mais les uns et les autres
doivent recommencer leur noviciat.
0594.- Un Frère qui demande
à rentrer après l'expiration de ses voeux annuels pourra aussi être reçu de
nouveau; mais il devra recommencer son noviciat.
0595.- Les Frères qui
seraient sortis avec des voeux perpétuels et qui demanderaient à rentrer après
avoir obtenu la dispense de leurs voeux, devront subir une pénitence
proportionnée au scandale qu'ils auront donné, et refaire le noviciat. C'est au
Frère Supérieur Général à juger des satisfactions qu'il convient de leur
prescrire.
0596.- Dans tous ces cas,
nul ne sera réadmis, s'il s'est mal conduit dans le monde depuis sa sortie, ou
si l'on a des choses graves à lui reprocher pendant qu'il est resté dans
l'Institut.
0597.- Le logement des
Frères doit être sain, suffisamment vaste, approprié à la vie de communauté;
mais en même temps, il doit être en tout conforme à la simplicité, à la
modestie et à la pauvreté religieuses.
0598.- L'ameublement aussi
sera simple et modeste, il ne doit se composer que des meubles nécessaires aux
Frères et aux enfants. Ces meubles doivent être solides, mais communs et
ordinaires.
0599.- Les appartements des
Frères ne seront pas tapissés. Avec la permission du Frère Supérieur Général,
la salle de réceptions et les parloirs, dans les maisons importantes, pourront
être tapissés et meublés convenablement, c’est-à-dire, avec la modestie et la
simplicité dont l'Institut fait profession. De même, si l'on offrait des
maisons déjà tapissées, on pourrait laisser user la tapisserie. Il n'y aura jamais
de miroir ni de glace exposés dans les chambres; tout ce que est superflu, tout
ce qui est de luxe ou qui ressentirait l'esprit du monde, doit en être banni;
l'ordre et la propreté doivent en faire les seuls ornements.
0600.- Dans toutes les maisons, il y aura un réveil
et une montre pour régler les exercices de communauté; aucun Frère n'en aura de
montre à son usage personnel sans permission.
0601.- Le lit des Frères
doit être en rapport avec l'ameublement de la maison et n'avoir rien qui
ressente la vanité ou la mollesse. Il se composera d'une paillasse ou sommier,
d'un matelas, d'un chevet, d'un nombre suffisant de couvertures ordinaires, en
laine ou en coton, et de rideaux dans les dortoirs communes.
0602.- Il n'y aura pas de
rideaux aux fenêtres, excepté à celle qui donnent sur les rues ou autres lieux
publics, et à celles de la salle d'étude et du dortoir, s'ils étaient exposés
au soleil.
0603.- Pour la vaisselle,
on se servira de celle qui sera le plus en usage dans le pays où les Frères se
trouveront établis; les couverts de table seront en fer battu. Ils n'en auront
jamais en argent.
0604.- Dans tous les lieux
réguliers, c’est-à-dire, la salle d'étude, l'oratoire, le dortoir et le
réfectoire, il y aura un Crucifix, une statue ou un tableau de la sainte
Vierge, et même, si les Frères le désirent, quelques autres tableaux ou images
de dévotion. Comme ces objets ne doivent pas être un ornement, mais un moyen de
rappeler aux Frères le souvenir de la présence de Dieu et les exemples de Notre
Seigneur et des saints, ils n'auront rien de recherché pour la peinture, ni
pour la beauté des cadres, qui ne devront jamais être dorés. On pourra avoir
des cadres dorés dans la chapelle et dans l'oratoire.
0605.- Dans les autres
pièces de la maison, dans les corridors ou lieux de passage, il pourra aussi y
avoir des tableaux ou images de dévotion; mais il n'y en aura jamais de
profanes. Les Frères auront soin que ces images soient toutes bien convenables.
0606.- Les Frères auront
une soutane qui descendra jusqu'aux chevilles. Cette soutane sera doublée en
coton par le haut jusqu’à la ceinture; elle fermera par devant avec des agrafes
en fer jusqu'au milieu; le reste sera cousu jusqu'au bas. Elle sera en étoffe
noire et commune.
0607.- Ils auront un
manteau de même étoffe que la soutane, long de manière à couvrir la main
étendue. Il n'aura aucun pli par le haut, le collet ne sera pas plus large que
celui de la soutane. Ce collet sera doublé de la même étoffe et il fermera par
devant avec deux agrafes.
0608.- Les Frères auront le
manteau sur les épaules et agrafé toutes les fois qu'ils iront à l'église ou
qu'ils feront quelques visites. En promenade et en voyage, ils pourront le
porter sur le bras, le collet du côté du corps. On peut encore, au besoin, le
porter pendant sous le bras.
0609.- Les bas seront en
étoffe de même qualité que celle de la soutane, et conséquemment coupés, non
tricotés, mais cousus. En été, on pourra en avoir en toile bien noire ou en
étoffe légère, mais coupés, c’est-à-dire, faits comme les premiers.
0610.- Les Frères pourront
avoir une calotte qui couvrira la tête jusqu'aux oreilles, mais ils ne la
porteront pas dans l'église sans nécessité. Cette calotte sera en étoffe de
même qualité que celle de la soutane et doublée en coton.
0611.- Ils porteront un
chapeau triangulaire, noir, en poil commun et ordinaire.
0612.- Ils auront des
rabats de toile blanche, long de onze à douze centimètres et larges de douze à
treize; ils seront fendus au milieu, par le bas, de quatre centimètres.
0613.- Les chemises des
Frères seront en toile de fil ou de coton. Le collet n'aura pas plus de cinq
centimètres de largeur, et les manches ne seront ni trop longues ni froncées au
poignet.
0614.- Les mouchoirs de
poche seront en coton, à moins que quelque infirmité à la figure n'oblige d'en
avoir en fil de lin ou de chanvre. Dans tous les cas, ils seront toujours de
couleur sombre.
0615.- Les Frères ne se
serviront pas de gants, à moins qu'ils n'aient quelque infirmité aux mains; et,
en ce cas ils ne pourront se servir que de gants de laine noire et commune.
0616.- Ils ne se serviront
de bonnet que pendant la nuit. Si, par raison d'infirmité, quelqu'un était
obligé d'en porter pendant le jour, il devrait être en laine ou en coton.
0617.- Dans le besoin, les
Frères pourront se servir de parapluies, et, afin qu'ils soient tous uniformes
et qu'ils n'aient rien de contraire à la pauvreté et à la simplicité
religieuses, on les prendra dans les maisons provinciales.
0618.- Les souliers des
Frères seront en cuir de vache, à lacets et couvrant tout le pied, attachés
avec des lacets en fleuret ou en coton, le bout en bec de canne, sans égard aux
modes de temps ni des lieux.
0619.- Les Frères qui
auront fait les voeux annuels, auront un cordon noir en laine pour ceinture.
Ceux qui auront fait les voeux perpétuels, porteront en outre, sur la poitrine,
une croix incrustée d'ébène avec Christ en cuivre. Cette croix attachée à un
cordon noir en fleuret, tombera vers la milieu de l'ouverture de la soutane. Le
cordon des Frères qui auront fait les quatre voeux, aura quatre noeuds, celui
des profès de voeux perpétuels en aura trois, et celui des Frères qui auront
fait les voeux annuels n'en aura qu'un.
0620.- En hiver, les Frères
pourront avoir des chaussons en laine, des sabots ou des galoches communes. On
fera en sorte que chaque Frère ait deux paires de souliers, afin de pouvoir
changer et les faire réparer ou besoin.
0621.- Les culottes des
Frères seront de couleur sombre. En été, elles pourront être en cotonnade ou en
fleuret. En hiver, elles seront en velours et doublées de coton, ou en drap de
même qualité que celui de l'habit.
0622.- Les habits des
Frères seront faits dans les maisons provinciales ou dans toute autre désignée
par le Frère Supérieur Général.
0623.- Dans le besoin, on
pourra se fournir, dans chaque maison, de souliers, de chaussons et de tricots.
Les Frères Directeurs auront soin que ces objets soient conformes aux usages de
l'Institut et aux règles de la simplicité religieuse.
0624.- Le linge pourra se
faire aussi dans chaque maison, Il se compose au maximum des articles suivants,
pour chaque Frère: Vingt chemises, vingt rabats, vingt mouchoirs de poche,
douze essuie-mains, douze serviettes, huit bonnets de nuit en coton, quatre
paires de draps. Les Frères Directeurs sont chargés de s'entendre avec le Frère
Provincial, pour entretenir ce mobilier et pour en remplacer chaque partie à
mesure qu'elle s'usera.
0625.- Toutes les pièces de
lingerie auront le numéro d'ordre de la maison avec le monogramme de Marie, en
sorte qu'elles ne puissent se mêler avec celles des autres maisons, ni
s'égarer, quand on les envoie à la lessive.
0626.- Les habillements et
tous les objets à l'usage personnel de chaque Frère porteront son numéro
d'ordre.
0627.- On fera une soutane
aux Frères tous les dix-huit mois, un manteau tous les cinq ans, trois paires
de bas tous les ans; deux paires de culottes, une d'été, une d'hiver, et un
chapeau, tous les trois ans.
0628.- Les Frères prendront
un grand soin de leurs habillements et de tout ce qui est à leur usage. Ils ne
manqueront pas de les rapiécer, s'il est besoin, de les retirer et de les tenir
dans un grand état de propreté. Ils donneront des soins particuliers à leur
chaussure, la tiendront propre et retirée en lieu sec, afin qu'elle ne soit pas
gâtée par l'humidité.
0629.- Les Frères feront
couper leurs cheveux tous les deux mois, c’est-à-dire, les premiers jours de
février, avril, juin, août, octobre et décembre. Le Frère Directeur aura soin
qu'ils soient faits à tous également, en rond tout autour, courts sur la tête
et non épais sur les côtés, et qu'on ne le laisse pas plus longs de trois
travers de doigt sur les oreilles.
0630.- Quand un Frère changera de maison, il
emportera avec lui les habillements et les autres objets marqués à l'art. 139.-
des Règles communes. S'il change de province, son trousseau lui sera fourni
selon les Règles, et le Directeur de la maison provinciale qu'il quitte en
enverra le bulletin au Frère Directeur de celle où il va.
0631.- La nourriture des
Frères doit être saine, abondante, propre et convenablement préparée, mais
commune et ordinaire.
0632.- A déjeuner, les
Frères auront un potage et une portion de dessert. Cette portion ne pourra être
que du fromage, du beurre, ou quelques fruits de la saison. Le café au lait
pourra remplacer le potage là où cet usage est permis par les Supérieurs.
0633.- A dîner, ils auront
un potage, deux plats dont un de viande et l'autre de légumes assaisonnés, et
un dessert.
0634.- A souper, ils auront
un potage, un plat de viande ou de légumes assaisonnés, et une portion de
dessert ou une salade.
0635.- La quantité de
viande par semaine pour chaque Frère pourra être d'un kilogramme à un
kilogramme et demi.
0636.- Les vendredis et les
samedis, à dîner, à la place de la viande, on donnera à chacun une portion de
deux oeufs ou autre chose, comme du poisson dans les lieux où il y en a à des
prix modéré; le reste comme à l'ordinaire.
0637.- On donnera, autant
que possible, du dessert rafraîchissant, comme des fruits de la saison ou de la
salade.
0638.- Pour boisson, les
Frères auront du vin trempé moitié eau, de la bière ou quelque autre boisson du
pays avec permission des Supérieurs. Quand les Frères seront fatigués et d'une
faible santé, avec la permission du Frères Provincial, ils pourront prendre en
peu de vin pur.
0639.- Il sera aussi
accordé aux jeunes Frères, qui en auront besoin, un petit goûter à quatre
heures et demie; mais comme c'est un soulagement qui ne remplace pas le souper
et ne doit pas l'empêcher, il sera réduit à un morceau de pain et un peu de
boisson.
0640.- Aux grandes fêtes de
l'année, ainsi qu'aux jours de visite de quelques confrères, les Frères
pourront faire un peu d'extraordinaire. Cet extraordinaire consistera dans un
plat et un dessert de plus, avec un peu de vin pur.
0641.- On ne fera usage
d'aucune liqueur ni de café après les repas.
0642.- L'administration du
temporel étant une chose extrêmement importante pour la prospérité de
l'Institut, il sera nécessaire d'y apporter beaucoup de soin et d'exactitude,
d'y mettre beaucoup d'ordre et de méthode. Ceux qui en seront chargés, doivent
être vigilants, prudents fidèles, économes, et ne jamais perdre de vue que les
choses qui leur sont confiées appartiennent à Dieu, et qu'ils se rendraient
très coupables, si, par leur faute, elles dépérissaient ou n'allaient pas à
leur véritable destination.
0643.- L'administration des
biens de l'Institut appartient au Frères Supérieur Général et à son Conseil.
Ils doivent les faire régir conformément aux Constitutions de l'Institut et
avec la soumission due aux Constitutions apostoliques.
0644.- En outre cette
administration doit être une et uniforme, c’est-à-dire, qu'elle doit se faire
de la même manière dans toutes les maisons; que les livres et la tenue des
écritures doivent être partout les mêmes. Ainsi, dans chaque maison, il y aura:
1º un livre-brouillard ou main-courante; 2º un livre de comptes; 3º un livre de
rétributions; 4º dans les maisons de pensions, un livre de pensions; 5º un
livre d’Annales; 6º un livre de délibérations: tous ces livres seront numérotés
et paraphés.
0645.- Les brouillard ou
main-courante servira pour marquer, chaque jour et à l'instant même, tout ce
qui entre dans la maison et tout ce qui en sort, tout ce qui se fait à terme,
toutes les recettes et toutes les dépenses, quelles qu'elles soient. On prendra
ensuite un moment, toutes les semaines, pour porter chaque article dans le
livre qui le concerne.
0646.- Le livre de comptes
est le relevé au net, avec ordre et méthode, des recettes et des dépenses de la
maison. Ce livre sera distribué et tenu selon qu'il est marqué dans les livres
capitulaires.
0647.- Le livre de
rétributions est pour marquer l'entrée, les absences et la sortie des élèves
payant une rétribution scolaire, le taux de cette rétribution, les sommes
reçues, avec la date exacte.
0648.- Le livre de pensions
sera pour marquer l'entrée et la sortie de chaque pensionnaire, le prix de la
pension, tel qu'il a été arrêté avec les parents, la somme des fournitures faites
à l'enfant, les sommes reçues, avec la date.
0649.- Le livre d’Annales
contiendra l'origine de la fondation et l'histoire successive de la maison, les
noms des principaux fondateurs ou bienfaiteurs, avec indication de ce qu'ils
auront fait ou donné, les conditions, les revenus et les charges de la maison
ou de l'Institut, la spécialité de l'école, les extraits des contrats, des
acquisitions ou aliénations, les événements remarquables qui seront survenus,
avec leurs suites bonnes ou mauvaises. Les notes, avant d'être portées sur ce
livre, seront préalablement soumises au Frère Provincial, afin qu'il juge de
choses qui devront être enregistrées et qu'il indique la manière de les
rédiger. Ce livre contiendra encore les ordres, les défenses et les permissions
extraordinaires donnés au accordés par le Frère Supérieur Général, ainsi que
les ordonnances des Frères Provinciaux qui seront confirmées par le Frère
Supérieur Général.
0650.- Le livre de
délibérations doit contenir toutes les délibérations un peu importantes du
Conseil, dans les maisons où il y en a un, et notamment celles qui ont besoin
de la sanction du Frère Supérieur Général ou du Frère Provincial pour êtres
mises à exécution.
0651.- Dans les maisons de
noviciat, il y aura un livre pour écrire l'entrée des postulants et les
conditions financières de leur admission; un second, pour enregistrer les actes
ou procès verbaux des vêtures; un troisième et un quatrième, pour les procès
verbaux de voeux annuels et des voeux perpétuels. Dans ces mêmes maisons, il y
aura aussi tous les autres livres nécessaires à une bonne administration.
0652.- Chaque livre sera
ouvert par un acte conforme à sa destination et conçu en ces termes: Nous,
soussignés, Directeur et Con-seillers de notre maison de_______, ayant reconnu
que le livre coté de ____ pages, qui avait été destiné pour écrire les dépenses
et les recettes (les rétributions ou le pensions) de cette maison, est
entièrement rempli, nous avons choisi, pour servir aux écritures subséquentes
de semblables objets, le présent livre, relié en ________ contenant ____ pages,
chaque feuillet numéroté, et la dernière page paraphée comme celle-ci. En foi
de quoi nous avons signé le présent acte. A.... le....» Pour une maison qui
commence, on dira: Nous, soussignés etc., avons choisi le présent livre coté
"a" ou "b", relié en _________, contenant _____ pages,
chaque feuillet numéroté, et la dernière page paraphée comme celle-ci, pour
écrire les dépenses et les recettes (ou les rétributions ou les pensions ou
toute autre chose) de cette maison. En foi de quoi, etc.».
0653.- Tous ces livres
doivent être tenus avec soin; on fera en sorte qu'il n'y ait ni rature, ni
interlignes; que les écritures soient belles, bien lisibles, que la marge soit
large, afin de contenir des notes, au besoin. Ces livre doivent être écrits de
suite, sans blanc entre les lignes ou les articles.
0654.- Dans
l'administration du temporel de leur maison, les Frères Directeurs doivent se
conformer exactement à ce qui leur est prescrit à ce sujet par les
Constitutions et les Règles de l'Institut.
0655.- Ils se souviendront,
avec tout, qu'ils doivent administrer sous la dépendance du Frère Supérieur
Général, et qu'ils sont obligés de lui rendre un compte exact de leur gestion
selon les Constitutions.
0656.- Ils ne peuvent ni
changer ni modifier les conditions de la maison passées entre les fondateurs et
le Frère Supérieur Général, ni la manière dont le traitement doit être fait, ni
accepter ou refuser, en leur nom propre, un don ou une rente faite à la maison,
ni faire aucun acte d'acquisitions ou d'aliénation d'immeubles. Ce pouvoir
appartient au Frère Supérieur Général et à son Conseil.
0657.- Le taux des
rétributions scolaires sera fixé par le Frère Supérieur Général ou par
l'autorité civile, selon la spécialité de l'école. Dans aucun cas, le Frère
Directeur ne pourra, de son chef, rien changer à ce qui aura été arrêté à ce
sujet.
0658.- Dans les
pensionnats, le prix de la pension sera fixé par le Frère Supérieur Général; il
en sera de même pour le taux de la rétribution mensuelle, si l'école est privée
et à la charge des Frères.
0659.- Il est important que
les Frères Directeurs administrent avec zèle et économie le temporel de leur
maison, qu'ils prennent avec prudence les mesures nécessaires pour faire
rentrer ce qui leur est dû, et qu'ils apportent la plus grande exactitude à la
tenue des écritures de leur comptabilité.
0660.- Ils auront soin de marquer les plus petites
dépenses; cette exactitude est de règle, et d'ailleurs elle est nécessaire pour
justifier, quand ils en seront requis, l'emploi des finances, pour connaître au
juste les dépenses de leur maison, et pour pouvoir se rendre compte de tout.
0661.- Dans les livre de
comptes, il faudra marquer clairement et distinctement la qualité des choses
achetées, la quantité de chacune, comme la valeur du kilogramme de pain, de
viande, etc., du litre de vin, du mètre de toile, etc., et la date.
0662.- Dans ce même livre,
on portera aussi, avec clarté et précision, les articles de la recette, marquant
exactement de qui on a reçu, pourquoi, combien, l'échéance, la date, etc.
0663.- Dans les maisons où
il n'y aura pas un personnel suffisant pour former le Conseil et nommer un
Frère Econome, le Frère sous-directeur sera tenu au courante de l'administration
du temporel, assistera aux arrêtés de comptes et les signera avec le Frère
Directeur.
0664.- L'arrêté de comptes
se fera selon le modèle fourni par le Régime, comme il est marqué dans les
livres capitulaires.
0665.- Dans les maisons
provinciales ou de noviciat et de pensionnats considérables, il y aura un
coffre-fort, à trois clefs dont une clef sera entre les mains du Frère
Directeur, la seconde entre les mains du Frère sous-directeur et la troisième
entre les mains du Frère Econome. Le Frère Directeur aura seulement à sa
disposition l'argent nécessaire pour les dépenses courantes du mois. Le reste
sera enfermé dans le coffre-fort.
0666.- Les Frères
Directeurs entretiendront le mobilier de leur maison. Ils pourront consacrer à
cet objet vingt cinq francs par Frère, annuellement, ayant soin de se conformer
exactement aux prescriptions des Constitutions et des Règles pour la qualité,
le nombre et la confection des divers objets du mobilier, et de marquer le
détail de tous ces achats dans leur livre de comptes.
0667.- Ils pourront aussi,
à mesure qu'ils auront des ressources, acheter les livre contenus dans le
catalogue de la bibliothèque des Frères; mais pour acheter tout autre ouvrage
que ceux portés dans le catalogue, ils auront besoin de la permission du Frère
Provincial.
0668.- Quant au mobilier
des maisons provinciales ou de pensionnat, les Frères Directeurs de ces maisons
pourront les entretenir aussi, lorsqu'il ne s'agira que des objets ordinaires
ou de dépenses peu importantes; mais s'il était question de se procurer des
objets qui ne seraient pas d'un usage général dans ces sortes de maisons, ou de
faire des dépenses considérables, ils devraient demander et obtenir la
permission du Frère Provincial ou du Frère Supérieur Général.
0669.- Tous les ans, à
l'époque des retraites, le Frère Directeur fera l'inventaire du mobilier de sa
maison ayant soin de mettre de côté les pièces qui se trouveront hors de
service. Cet inventaire sera inscrit dans un registre spécialement destiné à
cela. Les objets de mobilier achetés pendant l'année y seront portés à la
suite, avec la date.
0670.- Il aura soin également de faire à propos, à
la maison, les petites réparations qui deviendront nécessaires. Si la maison
appartient à l'Institut, il les fera faire à ses frais, et devra conséquemment
obtenir pour cela du Frère Provincial les pouvoirs qui lui seront nécessaires.
Si la maison appartient à de fondateurs, il les avertira et leur donnera note
des réparations qui seront à faire.
0671.- S'il s'agissait de
grandes réparations ou de constructions, et qu'elles dussent être faites aux
frais de l'Institut, il serait nécessaire d'en faire les plan et devis, de les
envoyer ou Frère Supérieur Général, avec les délibérations du Conseil de la
maison, prises à ce sujet, afin qu'il approuve ou refuse, selon qu'il le jugera
convenable. Dans le cas où ces réparations ou constructions seraient faites par
la commune ou les bienfaiteurs, il faudra également prévenir le Frère
Provincial et le tenir au courant de tout, afin qu'il donne son avis, s'il est
besoin.
0672.- Enfin, s'il survient
aux Frères Directeurs quelques difficultés en fait d'administration, et qu'ils
ne puissent trouver dans les Constitutions ou les Règles la ligne de conduite
qu'ils devront tenir, ils auront recours au Frère Provincial, lui exposant les
choses avec simplicité, et s'en tiendront à ce qu'il leur aura ordonné ou
conseillé.
0673.- L'Institut prend
soin de ses membres, et est chargé de pourvoir à tous leurs besoins, en maladie
comme en santé; il assure aux infirmes et aux vieillards une retraite
honorable, c’est-à-dire, le nécessaire et les soins conformes à la simplicité
religieuse.
0674.- L'Institut viendra
au secours des maisons qui se trouveraient dans le besoin, et prendra les
mesures qui lui paraîtront convenables pour les soutenir, si la gloire de Dieu
le demande, et pour assurer aux Frères le nécessaire, selon les Constitutions
et les Règles.
0675.- Les économies que
les différentes maisons pourront faire annuellement, seront toutes au bénéfice
de l'Institut. Ainsi, aucun individu ne travaillera pour lui seul; aucune
maison ne séparera ses intérêts de ceux du corps entier. Le fruit des travaux
des particuliers, les épargnes de chaque maison, tout devient le bien de
l'Institut, comme l'Institut, à son tour, devient le bien commun de tous.
0676.- Les Frères
Directeurs, en versant une somme à la caisse générale en prendront note,
c’est-à-dire, qu'ils l'inscriront aux dépenses dans leur livre de comptes.
0677.- Le Frère Econome
général tiendra le livre de caisse de l'Institut. Il y ouvrira un compte à
toutes les maisons et y inscrira par DOIT et AVOIR toutes les dettes actives et
passives de chacune d'elles, c’est-à-dire, les sommes versées par chaque maison
dans la caisse générale, et celles que la caisse aurait fournies ou remboursées
à ces mêmes maisons.
0678.- Cependant, l'argent
une fois versé dans la caisse générale ne pourra en sortir que par ordre du
Frère Supérieur Général et d'après une délibération du Régime. Le Frère Econome
général, en comptant une somme, aura soin de marquer la date, la cause et la
fin au crédit du livre de caisse.
0679.- On ne portera dans
ce livre de caisse que les sommes versées comme bénéfice net, après déduction
de toutes les fournitures ou dépenses faites par l'Institut pour la maison qui
fait les versements dans la caisse.
0680.- Le Frère Econome général sera chargé, sous la
dépendance du Frère Supérieur Général, de l'administration du temporel de tout
l'Institut, de la tenue des écritures de toute la comptabilité, de placer et de
faire valoir les deniers de la caisse commune, et de vérifier les livres de
comtes de toutes les maison.
0681.- Ainsi, les livres de
comptes de toutes les maisons de l'Institut seront visés deux fois par an. La
première fois, par le Frère Provincial à l'époque de sa visite; et la seconde,
par le Frère Econome général ou, à son défaut, par le Frère Provincial. A cet
effet, les Frère Directeurs apporteront le susdit livre de comptes de leur
maison respective, en se rendant à la retraite annuelle; et, dans le cas où ils
ne pourraient pas y assister, les Frère sous-directeur, ou tout autre, sera
chargé par le Frère Directeur de l'apporter et de le faire viser.
0682.- Les autres livres,
tels que ceux de rétributions scolaire, de pensions, de délibérations et de
brouillard ou main-courante, seront vus et vérifiés par le Frère Provincial, à
l'époque de sa visite.
0683.- Le Frère Econome
général rendra compte au Régime, tous les six mois, et au Chapitre général,
toutes les fois qu'ils se réunira, de l'état de la caisse, de l'emploi ou des
placements des sommes qui en seront sorties, et de l'état du temporel de chaque
maison de l'Institut.
0684.- Les Frères admis au
Conseil devant aider de leurs avis leur Supérieur ont pour obligation de travailler
sans relâche à acquérir l'esprit de l'Institut, d'étudier d'une manière
particulière les Constitutions et les Règles, afin de donner en toute occasion
des avis et des conseils sages et éclairés.
0685.- Ils sont
particulièrement obligés de faire tout ce qui dépend d'eux pour procurer le
bien général et pour maintenir la régularité, le bon ordre, l'union et la paix
parmi les Frères, Ils devront faire connaître à leur Supérieur les manquements
aux Constitutions et aux Règles, les abus qui pourraient s'introduire, et tout
ce qui serait contraire aux intérêts de l'Institut ou opposé à la volonté de
Dieu.
0686.- Ils ne doivent
jamais s'ingérer, en dehors de leurs attributions, dans le gouvernement. Ils se
garderont bien aussi de se prévaloir de leur position pour demander des
privilèges, ou pour chercher des motifs de se dispenser des observances
régulières. Ils devront, au contraire, y être d'autant plus fidèles qu'ils sont
obligés de veiller sur les autres et de concourir avec leur Supérieur au bien
général. Il est essentiel surtout qu'ils se montrent en toute occasion pleins
de respect, de soumission et d'obéissance envers leur Supérieur.
0687.- Les Frères
conseillers, et spécialement le premier, seront chargés d'avertir leur
Supérieur respectif et de lui donner des avis charitables, soit en ce qui
concerne son emploi, soit en ce qui le regarde personnellement.
0688.- Au Conseil, dans la
discussion des affaires, ils auront soin: 1º de mettre toute considérations
humaine de côté, et de se proposer toujours la gloire de Dieu et le bien de
l'Institut; 2º d'éviter soigneusement de se laisser dominer par leur humeur,
par leur esprit propre ou par quelque inclination naturelle; 3º de donner leur
avis avec modestie, disant avec simplicité et sans prétention ce qu'ils
croiront utile au bien général ou à celui des Frères; 4º de se prévenir
mutuellement par des témoignages d'estime et de déférence, et d'éviter tout ce
qui pourrait faire de la peine à quelqu'un; 5º de donner leur vote en toute
conscience et comme ils croiront le mieux devant Dieu.
0689.- Ils garderont le
secret sur ce qui s'est dit au Conseil, ou qui y a été mis en délibération.
Qu'ils soient encore membre du Conseil ou qu'ils en soient sortis, il ne leur
sera jamais permis de faire connaître à personne les affaires de
l'administration, qui doivent rester secrètes, et moins encore ce qui aurait
été dit touchant la conduite des Frères ou des novices.
0690.- Les délibération
importantes, particulièrement celles qui auront besoin de la sanction du Frère Supérieur
Général ou du Frère Provincial pour être mises à exécution, seront écrites dans
un livre destiné à cet effet. Ce livre sera numéroté et paraphé.
0691.- Un des membres du
Conseil sera désigné pour secrétaire, Il aura soin de rédiger fidèlement les
délibérations qui devront être écrites, et les fera signer par les membres du
Conseil.
0692.- Dans les maisons où
il n'y a pas de Conseil, le Frère Directeur se concertera avec le Frère
sous-directeur, lui demandera son avis dans toutes les affaires importantes,
ainsi que dans celles qui ne sont pas prévues, et il fera ensuite ce qu'il
croira devant Dieu être le plus à propos et le plus avantageux au bien de la
maison.
0693.- Les Frères ne
s'établiront dans aucune paroisse, sans l'autorisation, au moins tacite, de
pouvoir y vivre selon leurs Constitutions et leur Règles et selon l'esprit de
leur Institut.
0694.- Les autorités ou les
bienfaiteurs qui appelleront les Frères, devront leur fournir une maison
convenable et leur assurer le traitement nécessaire à un honnête entretien.
0695.- La maison destinée
aux Frères doit être appropriée à la vie de communauté et comprendre: un
parloir, une cuisine avec cave et évier, un réfectoire, une salle d'étude, un
petit oratoire, une chambre ou deux á disposition et un puits ou fontaine.
L'entretien de cette maison, de même que les impositions de toute nature, sera
à la charge des communes ou des fondateurs.
0696.- Les classes devront
être contiguës, bien éclairées, bien aérées et d'une étendue proportionnée au
nombre d'élèves que peut fournir la localité.
0697.- Le matériel ou
mobilier de l'école, tels que tables, sièges, etc., sera fourni et entretenu, à
perpétuité, par la commune ou par les fondateurs, Le chauffage des classes sera
à la charge des élèves, à moins que les fondateurs ne veuillent en supporter
les frais.
0698.- Les fondateurs d'une
maison donneront une somme convenable et déterminée par le Frère Supérieur
Général, pour le mobilier des Frères; ce mobilier sera entretenu par les Frères
et leur appartiendra.
0699.- Les communes ou les
fondateurs payeront, en outre, à la maison-mère, une fois seulement, pour frais
de formation des jeunes maîtres et pour frais de voyages, une somme déterminée
par le Frère Supérieur Général pour chaque Frère demandé, et cela, soit à
l'époque de la fondation d'une maison, soit lorsqu'il s'agit d'augmenter le
nombre des Frères dans une maison déjà existante.
0700.- Les écoles seront gratuite, autant que
possible; toutefois, il est permis aux fondateurs ou aux Frères de percevoir
une rétribution scolaire des parents aisés, pour couvrir une partie des frais,
s'il n'y a pas d'ailleurs, des ressources suffisantes.
0701.- Si l'école est
gratuite, le traitement annuel des Frères sera assuré par les allocations de la
commune ou par les fondateurs de la maison. Ce traitement sera déterminé par le
Frère Supérieur Général, suivant les localités et la nature des écoles, à
l'époque de la fondation.
0702.- Les pensionnaires,
les demi-pensionnaires, et dans tous les cas, les élèves étrangers à la
commune, sont à la charge et au bénéfice des Frères, à moins, pour les forains,
de conventions contraires.
0703.- Les Frères auront
une entière liberté pour donner à leurs élèves l'instruction religieuse, et
pour les former aux pratiques de la piété chrétienne. Autant que possible, ils
leur feront entendre la sainte messe tous les jours d'école; les dimanches et
les fêtes, ils les conduiront aux offices de la paroisse. Ces mêmes jours, ils
leur feront le catéchisme, de même que tous les jours de classe, suivant les
Constitutions et les Règles de l'Institut. Un Frères ne doit rien tant désirer
que d'être un bon catéchiste, car c'est là sa fonction principale et le but de
sa vocation.
0704.- Les Supérieurs
pourront changer les Frères, quand ils le croiront nécessaire, sauf à les
remplacer par d'autres, capables de maintenir la prospérité des écoles.
0705.- Chaque maison sera
gouvernée par un Frère Directeur local qui, sous la dépendance du Frère
Supérieur Général et du Frère Provincial et en se conformant aux lois sur
l'enseignement, aura toute liberté pour diriger les écoles et pour gouverner la
maison, suivant les Constitutions et le Règles de l'Institut.
0706.- Les Frères suivront
dans leur enseignement la méthode simultanée mutuelle, comme elle est expliquée
dans les Guides des Ecoles de leur Institut. Le Frère Directeur pourra toujours
renvoyer les enfants qui, par leur mauvaise conduite, mériteraient l'exclusion.
0707.- Les Frères
Assistants doivent être des hommes distingués par leurs vertus, par leurs
talents, et par toutes les qualités de l'esprit et du coeur qui font le parfait
religieux et le bon supérieur. Il est nécessaire surtout qu'ils soient doués:.
0708.- 1º D'une piété
solide et éclairée, d'une grande pureté d'intention, ne cherchant en tout que
la gloire de Dieu et le bien de l'Institut; d'un amour tendre et généreux pour
Notre Seigneur, d'une dévotion toute spéciale à la sainte Vierge, et d'un don
particulier pour porter les autres à l'amour de Jésus et de Marie et aux vertus
de leur état.
0709.- 2º D'une grande
union avec Dieu et d'un grand esprit d'oraison: car c'est par la prière et par
les communications fréquentes avec Notre Seigneur qu'ils se dépouilleront
d’eux-mêmes, qu'ils purifieront toutes leurs affections, qu'ils se rendront
utiles aux Frères et qu'ils deviendront des instruments propres à procurer la
gloire de Dieu et le salut des âmes.
0710.- 3º D'une foi vive,
qui les porte à se conduire dans toutes leurs actions par des motifs
surnaturels et divins, à ne jamais compter sur les moyens humains et sur la
protection des hommes pour le succès des affaires dont ils sont chargés, mais à
attendre tout de Notre Seigneur et de la protection de sa sainte Mère; d'une
foi qui leur inspire un profond mépris pour les maximes du monde et un grand
détachement des biens de la terre, qui leur apprenne à ne voir dans les
événements que la volonté de Dieu et les desseins de sa Providence pour le bien
de ses élus.
0711.- 4º D'un sincère
attachement à leur vocation et aux observances régulières, d'un dévouement sans
borne pour l'Institut, d'un zèle ardent et éclairé pour la gloire de Dieu, pour
l'instruction chrétienne des enfants, pour le maintien des Constitutions et des
Règles et pour tout ce qui peut contribuer à la perfection des Frères.
0712.- 5º D'une humilité
profonde, qui les porte à ne jamais perdre de vue leur néant et leurs
infirmités spirituelles et corporelles, qui leur apprenne à se défier
d’eux-mêmes et de leur lumières, et à demander sans cesse celles de
l’Esprit-Saint, à se regarder comme les serviteurs de leurs Frères et à leur
rendre tous les services qui sont en leur pouvoir, à renvoyer à Dieu la gloire
de tous leurs succès, et à ne s'attribuer à eux-mêmes que les défauts et les
imperfections qu'ils apercevront dans leurs actions et dans l'administration
des provinces ou des maison dont ils doivent prendre soin.
0713.- 6º D'une simplicité
toute religieuse, qui se montre dans leurs paroles, dans leurs actions et dans
tout leur extérieur; leur estime et leur affection pour l'humilité et la
simplicité, qui sont le caractère distinctif des Petits Frères de Marie, leur
feront prendre tous les moyens pour corriger dans eux-mêmes et dans leurs
Frères tout ce qui serait opposé à ces belles vertus.
0714.- 7º D'une grande confiance
en Dieu, qui les fortifie dans les épreuves et les rende courageux dans les
circonstances difficiles, qui les empêche de se laisser abattre par l'adversité
ou effrayer par les difficultés qu'ils rencontreront dans l'exercice de leur
emploi; qui les soutienne à la vue de leur faiblesse et des défauts de leurs
Frères, et les porte à recourir à Dieu avec humilité et à ne compter que sur
lui pour le succès de toutes leurs entreprises.
0715.- 8º D'une douceur
toute chrétienne, qui leur fasse juger des choses sans aigreur, sans passion ni
préoccupation; qui les porte à exiger le devoir et ce qui est juste, sans
raideur ni entêtement; qui ôte à leur commandement et à leur correction tout ce
qu'il pourrait y avoir de dur ou d'austère; qui leur inspire des procédés et de
manières propres à gagner l'estime, le respect et la confiance de ceux avec
lesquels ils auront à traiter; qui leur apprenne à diriger leurs subordonnés
plutôt par leur exemple que par leur autorité, et à se montrer moins leurs
supérieurs que leurs modèles et leurs pères.
0716.- 9º D'une sage
fermeté qui leur fasse éviter les défauts où pourraient les faire tomber la
faiblesse, une lâche complaisance ou une molle condescendance; qui leur donne
le courage, la force et la constance nécessaires pour maintenir le bon ordre,
pour exiger le devoir, pour s'opposer aux abus, pour poursuivre, avec
persévérance et malgré les obstacles et les oppositions, ce qu'ils auront
entrepris pour la gloire de Dieu et pour le bien de l'Institut.
0717.- 10º D'une grande
expérience dans les voies intérieures et dans les pratiques de la vie
religieuse, d'une grande connaissance du coeur humain, d'un talent particulier
pour faire le discernement des esprits et pour apprécier le mérite et les
qualités des Frères, afin de donner à chacun, dans l'occasion, les avis
convenables à son caractère, à ses besoins, et de le diriger selon son attrait,
selon les mouvements de la grâce qui opère en lui et selon l'esprit de sa
vocation.
0718.- 11º D'un jugement
droit, d'un esprit bon et solide, pour apprécier chaque chose selon sa juste
valeur, pour discerner dans les affaires ce qu'il y a d'important et
d'essentiel, pour prévoir les inconvénients et les avantages d'une entreprise,
et pour savoir prendre en toute occasion le parti les plus propre à faire le
bien.
0719.- 12º De l'esprit de
sagesse et de prudence, qui les porte à prier, à réfléchir et à consulter avant
d'agir; qui leur découvre les moyens les plus sûrs et les plus convenables pour
conduire chaque chose à bonne fin, qui leur fasse prendre toutes les
précautions pour ne jamais se compromettre, et pour ne rien dire ni ne rien
faire qui soit contraire à la volonté de Dieu ou aux Constitutions et aux
Règles de l'Institut.
0720.- 13º D'un
discernement profond, pour se former une idée juste des dispositions, de
l'aptitude et de la capacité de chacun, pour apprécier la gravité et les suites
d'une faute, pour ne point confondre celles qui ne sont que passagères ou
faites par surprise avec celles qui sont d'habitude et réfléchies, pour
connaître les principe et la cause des abus qui pourraient s'introduire dans
les provinces ou les maisons et pour y apporter remède.
0721.- 14º D'une discrétion
qui leur fasse garder le plus grand secret sur les affaires de l'Institut qui
ne doivent pas être connues; d'une circonspection qui ne leur permette ni
paroles ni démarches susceptibles de mauvaise interprétation; d'une retenue qui
compose leur extérieur et qui les fasse agir avec tant de modération et de
gravité qu'il paraisse dans tout les détail de leurs actions qu'ils se
conduisent par l'esprit de Dieu, par le sentiment du devoir, et jamais par
humeur ni par passion.
0722.- 15º D'une vigilance
continuelle, afin de connaître tout ce qui se passe dans les provinces qui leur
sont confiées, de prévenir les abus, de maintenir la régularité et l'esprit de
l'Institut: de porter à la connaissance du Frère Supérieur Général tout ce
qu'ils apercevront de contraire aux Constitutions et aux Règles parmi les
Frères ou dans les maisons, et de le prier d'y apporter remède. Cette vigilance
et cette application doivent embrasser toute l'administration, le spirituel et
le temporel, de sorte que rien ne soit négligé et que chaque chose se fasse en
son temps.
0723.- 16º D'une aptitude
et d'un talent particulier pour gérer les affaires extérieures, pour diriger
les Frères, pour conduire les écoles et pour traiter avec toutes sortes de
personnes.
0724.- 17º D'une parfaite
connaissance des Constitutions, des Règles tant communes que particulières, et
des usages de l'Institut, afin d'en procurer partout la pratique exacte et
uniforme et de ne rien ordonner, permettre ou conseiller qui ne tende à leur
parfaite observance.
0725.- 18º D'une grande
facilité à s'exprimer de vive voix et par écrit, d'un caractère doux, conciliant
et ferme, d'un âge mûr, d'une figure et d'un extérieur graves et prévenants;
enfin, d'un ensemble de qualités, tant physiques que morales, qui attire
l'attention et le respect et qui gagne l'estime et la confiance.
0726.- Les fonctions des
Frères Assistants sont: d'aider le Frère Supérieur Général dans le gouvernement
de l'Institut, de le suppléer, par ordre d'élection, quand il est absent ou
occupé, et de lui donner conseil dans toutes les affaires importantes.
0727.- Les Frères
Assistants n'ayant qu'une autorité dépendante et n'étant que pour aider le
Frère Supérieur Général et pour diriger sous ses ordres, ils ne doivent jamais
se conduire ni administrer comme chefs, mais agir toujours au nom et sous
l'autorité du Frère Supérieur Général, et suivre en toutes choses ses
intentions.
0728.- Leur premier devoir
est de vivre dans une grande union et une parfaite intelligence avec lui, et
lui témoigner en toute occasion un respect profond, une soumission entière, un
attachement inviolable et une affection toute filiale.
0729.- Appelés par la
divine Providence pour seconder le Frère Supérieur Général dans le gouvernement
de l'Institut et dans tout ce qu'il entreprendra selon les Constitutions pour
la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, il est nécessaire qu'il y ait
entre eux et lui identité parfaite de vues, d'esprit, de sentiments, et qu'ils
aient tous la même manière de diriger les Frères et de faire le bien.
0730.- Pour avoir cette
unité de vues et de direction, et pour obtenir en toutes choses cet ensemble
qui fait la force d'une administration, ils auront soin: 1º de suivre la
direction qui leur sera donnée par le Frère Supérieur Général; 2º de se
concerter, de s'entendre et d'arrêter en Conseil tout ce qu'ils auront à faire
et la manière de le faire; 3º de ne jamais s'écarter de ce qui leur est
prescrit ou de ce qui aura été convenu et arrêté en Conseil; 4º de tenir tous
le même langage et d'agir tous de la même manière dans leurs rapports avec les
Frères et avec les étrangers.
0731.- Afin que tout se
fasse avec plus d'ordre et d'exactitude, le Frère Supérieur Général désignera à
chaque Frère Assistant les affaires qui devront l'occuper ou les provinces dont
il devra prendre soin. Les Frères Assistants s'appliqueront d'une manière
spéciale à connaître l'état et le personnel des provinces dont ils ont à
s'occuper, à cette fin, ils devront visiter, en certains cas, les maisons
particulières, si les besoins le demandent et s'il y a des affaires graves à
traiter.
0732.- C'est pour eux un
devoir rigoureux de s'occuper continuellement des affaires de l'administration,
de celles qui sont particulières aux provinces, et de veiller avec soin sur
toutes les affaires pour lesquelles le Frère Supérieur Général aura trouvé bon
de se reposer sur eux, de sorte qu'aucune ne soit négligée. En outre, ils
doivent suivre exactement, dans l'expédition des affaires, les instructions
qu'il leur aura données, ne déterminant rien qui soit un peu important et que
le Frère Supérieur Général n'aurait pas prévu, sans s'informer de ses
intentions.
0733.- Ils ne manqueront
pas non plus de proposer au Frère Supérieur Général tout ce qu'ils croiront
pouvoir contribuer au bien de l'Institut ou à celui des Frères; et, comme ils
sont chargés par l'Institut et par le Frère Supérieur Général lui-même, de
veiller à ce que les affaires soient administrées avec ordre et méthode, ils
devront presser la présentation au Conseil de celles dont la conclusion demande
célérité, et avoir soin que chaque chose se fasse en son temps.
0734.- Dans leur rapports
avec les Frères, de vive voix ou par écrit, ils auront soin de maintenir
l'autorité du Frère Supérieur Général, d'agir toujours de manière à lui gagner
l'estime et la confiance des Frères, et de les porter à avoir pour lui un
respect profond, et une soumission entière. Les lettres adressées au Frère
Supérieur Général avec ces mots: à lui seul, ne seront ouvertes que par lui;
mais il reste juge s'il doit y répondre lui-même ou y faire répondre par un
Frère Assistant.
0735.- S'il arrive que
quelque Frères se plaignent à eux pour quelques corrections ou réprimandes
qu'ils auraient reçues de quelque Supérieur, ou pour toute autre chose qui leur
aurait déplu dans sa conduite à leur égard, ils se feront un devoir de soutenir
le Frère Supérieur, de justifier tout ce qu'il a dit ou fait, de détruire les
préventions de ces Frères et de leur inspirer des sentiments plus justes, plus
humbles et plus religieux.
0736.- Au Conseil, ils
doivent donner leur avis avec modestie, mais en même temps avec liberté: car,
étant responsables devant Dieu de leur voix, aucune considération humaine ne
doit les empêcher de faire connaître leur vrai sentiment, et de se déclarer
pour le parti qu'ils croient en conscience le meilleur.
0737.- Leur avis et leur
vote, dans le Conseil et toutes les fois que le Frère Supérieur Général les
consultera, pouvant avoir les plus grandes résultats en bien ou en mal, ils ne
doivent jamais les donner à la légère, sans réflexion ni sans bien connaître
l'affaire au sujet de laquelle ils sont consultés. Ils feront bien, quand ils
ne se croiront pas en état de donner un avis ou un vote sage et éclairé, de
demander du temps pour réfléchir et pour implorer les lumières du Saint-Esprit,
surtout si l'affaire était importante ou difficile.
0738.- La décision d'une
affaire une fois prise par le Frère Supérieur Général, ou dans le Conseil à la
pluralité de voix, ceux dont l'opinion n'aura pas été suivie, doivent être sans
inquiétude à ce sujet, l'événement devant être laissé au soin de la Providence.
0739.- De même, ils ne
doivent pas trouver mauvais que le Frère Supérieur Général traite plusieurs
affaires sans leur en parler; cependant, quoiqu'il ne leur demande pas leur
avis sur certaines affaires, s'il leur revient à ce sujet quelque pensée qui
aille au plus grand bien, ils pourront la lui proposer, afin qu'il voie s'il
est à propos d'en délibérer ou non.
0740.- Leur estime et leur
affection réciproques, leur union d'esprit et de coeur ne doivent jamais
éprouver la moindre altération pour les contrariétés et les oppositions qui
pourraient se rencontrer dans leur opinions; il ne faut pas qu'ils s'attachent
à leur sentiment ni qu'ils s'offensent et se fassent de la peine quand il n'est
pas suivi. Leur devoir est de donner leur avis avec une honnête liberté,
suivant les lumières de leur conscience, et de conserver la charité, qui est le
plus précieux de tous le biens.
0741.- Ils se garderont
bien aussi de censurer ou de blâmer la conduite et le gouvernement du Frère
Supérieur Général; s'il leur paraît qu'il y a dans son administration certaines
choses qui ont besoin d'être reformées ou d'être faites autrement, ils l'en
préviendront avec modestie, et le supplieront de corriger ce qui n'est pas
selon les Constitutions, les Règles ou la volonté de Dieu.
0742.- Si le Frère
Supérieur Général n'avait pas assez soin de sa santé, s'il se livrait à de trop
grandes mortifications ou à un travail trop prolongé, s'il était malade, ils
devraient observer à son égard ce qui est prescrit au chapitre I, troisième section,
de la première partie des Règles du gouvernement.
0743.- S'ils remarquaient
quelque chose de répréhensible dans la conduite du Frère Supérieur Général, ou
si quelques Frères le leur faisaient remarquer, ils l'en avertiraient avec
respect, évitant dans le second cas, de nommer ceux qui leur auraient fait
connaître les choses qu'on lui reproche. Dans ces circonstances et autres
semblables, ils ne croiront pas facilement ce qu'on pourra leur dire contre le
Frère Supérieur Général, et, quoiqu'il soit nécessaire d'examiner si ces
rapports sont fondés, ils ne doivent le faire qu'avec prudence et ne rien
laisser paraître au dehors.
0744.- Quoique les Frères
Assistants soient nommés pour douze ans, on pourra toutefois, avec
l'approbation du Régime et du Saint Siège, les remplacer pour cause de maladie,
vieillesse ou infirmités habituelles, qui les mettraient dans le cas de ne
pouvoir remplir leurs fonctions. Un Frère Assistant qui a véritablement
l'esprit de son état et qui aime son Institut, n'attendra pas qu'on le
remplace; il se démettra lui-même, dès qu'il verra qu'il ne peut plus, soit
pour cause de maladie, d'infirmités, ou pour toute autre raison, remplir les
fonctions de sa charge.
0745.- Les causes pour
lesquelles un Frère Assistant pourrait être déposé sont: s'il était reconnu
coupable de fautes graves et extérieures contre les moeurs ou la probité, de
graves conspirations contre le Frère Supérieur Général, ou l'Institut, ou s'il
professait des sentiments hétérodoxes. Si quelqu'une de ces causes existait et
que la culpabilité du Frère Assistant fût constatée et reconnue grave, le Frère
Supérieur Général avec son Conseil, au scrutin secret, pourrait le déposer. Il
en serait de même si un Frère Assistant se trouvait hors d'état de remplir ses
fonctions pour cause de faiblesse d'esprit ou infirmité grave et qu'il refusât
de donner sa démission. La déposition d'un Frère Assistant doit être confirmée
par le Saint Siège.
0746.- En cas de mort ou de
démission volontaire d'un Frère Assistant, il ne sera pas nécessaire de
convoquer un Chapitre général pour élire son successeur. Il suffira que le
Conseil général, en réunion plénière, au scrutin secret et à la majorité
absolue des suffrages, élise un nouvel Assistant. L'Assistant nommé par le
Conseil général durera en charge jusqu'au prochain Chapitre général.
0747.- Leurs fonction [Des
Frères Provinciaux] étant des plus importantes et des plus difficiles, ceux qui
en sont chargés ont besoin, pour les bien remplir, de posséder éminemment
l'esprit de leur état et d'exceller dans les vertus suivantes: 1º L'esprit de
prière, donnant à l'oraison le plus de temps qu'il leur sera possible,
recommandant à Notre Seigneur et à la sainte Vierge leurs Frères, leurs
visites, les affaires qu'ils auront à régler, soit avec les Frères, soit avec
les autorités, n'entreprenant rien sans avoir consulté Dieu et sans avoir pour
ainsi dire, tout arrangé, tout arrêté avec lui.
0748.- 2º Le recueillement
dans les voyages, au milieu des occupations les plus dissipantes, la pratique
de la sainte présence de Dieu, l'union avec Notre Seigneur par l'imitation de
ses vertus et de sa manière de converser avec les hommes, par la sainte
habitude des oraisons jaculatoires, l'amour du silence et le détachement des
créatures, ne s'entretenant avec les hommes que par nécessité et par devoir.
0749.- 3º Une grande pureté
d'intention, ne cherchant et ne se proposant en toutes choses que la gloire de
Dieu, l'accomplissement de sa sainte volonté, le bien des âmes et l'avantage de
l'Institut.
0750.- 4º Une grande confiance en Dieu, surtout dans
les circonstances difficiles; attendant les succès de leurs entreprises et des
affaires qui leur sont confiées, non de leurs talents et des mesures qu'ils
auront prises pour les faire réussir, mais uniquement de la bonté de Dieu, de
la protection de notre divine Mère.
0751.- 5º L'humilité et
l'abnégation, qui les portent à ne voir que leurs défauts, leur néant, à se
défier d’eux-mêmes et de leurs propres lumières, à se regarder comme les
serviteurs de leurs Frères, à les traiter tous avec bonté, à ne jamais
s'offenser de leur manque de respect ou d'égards, à s'estimer indignes des
honneurs et des attentions qu'on aura pour eux, à souffrir avec patience et
même avec joie les mépris des hommes, les plaintes et les reproches que
pourraient leur adresser les personnes avec lesquelles ils auront à traiter.
0752.- 6º Un zèle sage et
éclairé pour la perfection des Frères, pour le maintien uniforme des
observances régulières et de l'esprit de l'Institut, pour tout ce qui, selon
les Constitutions et les Règles, peut procurer la gloire de Dieu, l'avantage de
l'Institut, l'instruction chrétienne des enfants et le salut des âmes.
0753.- 7º Une grande
douceur, particulièrement dans leurs rapports avec les Frères, les accueillant
toujours avec affabilité et aménité, quels que soient le lieu, le moment ou les
circonstances dans lesquelles ils s'adressent à eux; les reprenant de leurs
défauts ou de leurs manquements avec bonté et cordialité, ayant soin toutefois
d'allier de telle sorte la douceur avec la fermeté et la miséricorde avec la
justice, qu'ils ménagent les coupables sans autoriser leurs défauts.
0754.- 8º Un grand amour,
un grand dévouement pour l'Institut, qui leur fasse prendre tous les moyens qui
sont en leur pouvoir pour assurer le succès des écoles, la prospérité et la
bonne administration des maisons de leur province, et qui les mettent dans la
disposition de sacrifier leurs forces, leur santé, leur vie même pour le bien
de l'Institut.
0755.- 9º Une parfaite
connaissance des Constitutions, des Règles de l'Institut et du Guide des
Ecoles, pour en procurer l'exacte observance dans toutes leurs maisons; une
grande expérience dans la manière de diriger les écoles, et un talent
particulier pour y établir la discipline, pour communiquer la science aux
enfants et pour leur inspirer l'amour de la vertu.
0756.- 10º La modestie des
yeux, surtout en voyage et lorsqu'ils seront obligés de traiter avec les
personnes du monde, afin d'édifier le prochain; de se conserver dans le recueillement,
dans la crainte de Dieu et la fuite du péché, dans les sentiments de piété et
de vertu convenables à leur état.
0757.- 11º La retenue et la
circonspection dans les paroles, ne disant jamais rien qui puisse offenser
personne, ne prenant aucune part aux conversations des séculiers et aux récits
des nouvelles politiques, évitant soigneusement toute discussion, toute dispute
avec les personnes du monde, même en matière de religion, et gardant le secret
sur les affaires de l'Institut, la manière de vivre des Frères et
l'administration des Supérieurs.
0758.- 12º L'honnêteté et
l'attention à obliger les personnes avec lesquelles ils se trouveront dans les
voyages, dans la vue de les porter à Dieu et de leur faire aimer la vertu; les
bons procédés à l'égard de tout le monde, sans cependant se rendre familiers
avec qui que ce soit, ni se permettre aucune parole ni aucune action qui puisse
blesser la modestie et la gravité religieuses.
0759.- 13º L'exactitude et
la fidélité à tous leurs devoirs religieux, même dans les voyages, saisissant
les moments les plus convenables pour satisfaire à leurs exercices de piété,
les faisant sans bruit ni affectation, mais aussi avec une honnête et sainte
liberté, et n'en laissant jamais aucun par respect humain ou pour tout autre
motif frivole.
0760.- 14º L'assiduité,
autant que possible, à toutes les observances de communauté, quand ils sont
dans les maison de l'Institut, afin de porter les Frères à la régularité,
autant par leur exemple que par leurs paroles. Ainsi, ils auront soin de ne
voir les Frères que dans les moments libres, et ne permettront pas qu'on
retarde les exercices ou le coucher, sous prétexte de les entretenir.
0761.- 15º Une conduite
exemplaire en tout et partout, en sorte qu'ils soient pour tous les Frères un
modèle de vertu et de perfection, une règle vivante où chacun puisse lire la
manière dont il doit se conduire pour imiter Jésus-Christ et pour vivre en
véritable Petit Frère de Marie.
0762.- 16º Une bonté toute
paternelle pour les Frères, prenant intérêt à tout ce qui les touche, les
assistant dans tous leur besoins spirituels et temporels, leur rendant tous les
services qui seront en leur pouvoir, et leur témoignant en toute occasion la
sollicitude et la tendresse d'un père.
0763.- 17º L'esprit de
sagesse et discernement, pour distinguer les différents caractères, les défauts
et les besoins de chaque Frère, et lui donner des avis en conséquence; pour
découvrir le principe et la cause des abus qui régneraient dans les maisons, ou
des difficultés qui s'élèveraient entre les Frères, et pour y apporter les
remèdes convenables.
0764.- 18º La modération,
ne donnant aucun avertissement ni aucune correction sans avoir entendu les
excuses du coupable, et surtout sans s'être bien assurés de la faute et de
toutes les circonstances qui peuvent l'atténuer ou l'aggraver.
0765.- 19º Un caractère
conciliant, pour unir les esprits divisés et pour établir l'union et la paix
parmi les Frères; un don particulier pour s'insinuer doucement dans les
esprits, pour les reprendre à propos et sans les aigrir, pour leur faire
reconnaître et avouer leurs fautes, et pour les porter à s'en corriger.
0766.- 20º La vigilance sur
eux-mêmes, non seulement pour ne rien se permettre qui ne soit édifiant, mais
encore pour ne porter aucun jugement, pour ne rien blâmer, condamner, approuver
ou promettre sans une parfaite connaissance des choses, pour ne pas se laisser
circonvenir ou surprendre par les prières, les flatteries, les faux rapports,
et pour ne jamais faire connaître ce qu'ils ont appris sur la conduite des
Frères ou sur l'état des choses dont on leur parle, ni ce qu'ils en pensent.
0767.- 21º La prudence,
pour ne rien dire et ne rien faire de mal à propos et dont ils auraient à se
repentir; à cette fin, ils auront soin: a) de consulter Dieu dans la prière
avant d'agir et de lui demander son esprit et ses lumières; b) d'examiner avec
attention et de préparer avec soin les moyens et les mesures qui peuvent faire
réussir leurs projets et leurs entreprises; c) d'éviter en toutes choses les
extrêmes, et de prendre toujours le juste milieu; d) de se prémunir contre la
précipitation, la passion, l'opiniâtreté et l'inconstance, qui sont les ennemis
mortels de la prudence; e) de ne juger jamais des choses d'après les
apparences, mais de les estimer d'après ce qu'elles sont en elles-mêmes et
selon leurs qualités réelles.
0768.- 22º La prévoyance,
réfléchissant d'avance sur ce qui peut arriver selon le cours naturel des
choses, se servant du passé pour régler l'avenir: car il n'y a pas de meilleur
maître que l'expérience, attendu que ce qui sera, dit le Sage, est ce qui a
été» (Ecclésiast., I, 9); faisant attention aux personnes, au temps, au lieu et
aux autres circonstances qui peuvent être contraires ou favorables au succès
des affaires, afin de prendre leurs mesures en conséquence.
0769.- 23º L'expérience des
affaires avec le talent de les traiter; un esprit judicieux qui saisisse
facilement les choses et toujours sous leur véritable point de vue; un sens
droit qui, dans les affaires et les cas litigieux, tienne compte des raisons de
chacun, les apprécie à leur juste valeur et porte un jugement propre à
concilier les intérêts divers.
0770.- 24º Une grande
simplicité dans leur manière de traiter avec les hommes, et dans toute leur conduite,
se montrant toujours humbles, modestes et sans prétentions, évitant tout air de
suffisance et de hauteur, tout déguisement et toute dissimulation, agissant en
toute occasion avec droiture et loyauté, sans oublier que la simplicité doit
toujours avoir pour compagne la prudence et la circonspection.
0771.- 25º La
mortification, pour supporter avec un saint courage les fatigues et les
incommodités des voyages, les peines, les contradictions et les privations
attachées à leur emploi; pour réprimer les inclinations de la nature, la
convoitise des sens, la curiosité et l'envie de voir et d'entendre une foule de
choses qui pourraient les exposer à offenser Dieu, ou du moins leur faire
perdre l'esprit intérieur, et pour se conserver dans l'esprit de leur vocation
au milieu des mauvais exemples et des dangers du monde.
0772.- 26º Enfin, une
entière soumission envers le Frère Supérieur Général.
0773.- Le Frère Provincial
visite chaque année les maisons de sa province au point de vue du maintien des
Constitutions et des Règles, de la formation des jeunes Frères comme religieux
et comme instituteurs, de la surveillance des études tant religieuses que
profanes pour tous les Frères des classes et du temporel, comme il est dit aux
sections 4º et 5º ci-après.
0774.- Le premier des
Frères conseillers provinciaux aide au besoin le Frère Provincial, et le
remplace quand il ne peut remplir sa charge; et si le Frère premier conseiller
était empêché ce serait au second et ainsi de suite.
0775.- Le but des visites
est: 1º de pourvoir au bien général et au bon gouvernement de l'Institut; 2º de
prévenir ou d'arrêter les abus et les infractions aux Constitutions et aux
Règles; 3º d'établir et de maintenir dans chaque maison la régularité,
l'uniformité de conduite et l'esprit de l'Institut; 4º de veiller à la
conservation de la gravité et de la modestie religieuses, de l'ordre et de
l'esprit de pauvreté dans l'administration et l'usage du temporel des maisons;
5º de resserrer les liens de la charité qui unissent entre eux les membres
d'une même famille; 6º de conserver dans la vertu et d'exciter à la perfection
chaque religieux en particulier; 7º de fournir à chaque Frère l'occasion de
s'ouvrir confidentiellement sur ses peines, ses difficultés, ses besoins, et de
recevoir les avis propres à son état et tous les autres secours qui lui sont
nécessaires; 8º d'établir et de conserver l'uniformité dans la méthode, dans
les procédés d'enseignement et les moyens disciplinaires; 9º d'assurer
l'éducation chrétienne des enfants, et leur instruction en rapport avec leur
état et leur condition; 10º enfin, de tenir le Frère Supérieur Général
parfaitement au courant de l'état des maisons, des écoles, de la capacité de
chacun, et de son aptitude, soit pour les classes, soit pour les emplois.
0776.- Mais, pour que les
visites produisent tous ces bons effets, il faut: 1º qu'elles aient lieu dans
toutes les maisons au moins une fois chaque année; 2º que le Frère Provincial
soit un homme bien propre à cet emploi difficile; 3º qu'il prenne une connaissance
suffisante de toutes choses, et pour cela qu'il passe plusieurs jours dans
chaque maison, afin de voir par lui-même les Frères dans le détail de leur
conduite personnelle et avec les enfants, et de pouvoir leur donner des avis,
des conseils, des réprimandes et des encouragements parfaitement en rapport
avec leurs besoins et leur état actuel.
0777.- Arrivé dans une
maison, le Frère Provincial conviendra avec le Frère Directeur de l'heure à
laquelle s'ouvrira la visite. La communauté, étant réunie à l'oratoire ou à la
salle des exercices, au moment convenu, on récitera le Veni Creator et l'Ave
Maris Stella; ensuite le Frère Provincial adressera un mot aux Frères, s'il le
juge à propos.
0778.- Le Frère Provincial
verra d'abord en particulier le Frère Directeur, pour s'informer de la conduite
des Frères qui sont sous sa direction. Il prendra note des renseignements qui
lui seront donnés, tant par le Frère Directeur que par d'autres, sur le compte
de chaque Frère, afin de leur donner ensuite des avis en rapport avec leurs
besoins.
0779.- S'il lui est fait
des plaintes sur certains Frères, il examinera prudemment si elles sont
fondées, ne laissera rien apercevoir ni ne donnera aucune réprimande aux Frères
accusés, sans les avoir entendus eux-mêmes, sans s'être parfaitement assuré de
l'exactitude des rapports faits contre eux, et sans avoir pris toutes les
précautions pour connaître à fond la gravité de leurs torts et toutes les
circonstances qui peuvent les augmenter ou les diminuer.
0780.- Il ne croira pas
facilement ce qu'on lui dira contre le Frère Directeur; cependant il
s'informera adroitement, auprès des Frères les plus pieux et les plus prudents,
de la vérité des choses; s'il les trouve fondée, il en parlera au Frère
Directeur, lui prescrivant ce qu'il aura à faire pour corriger ce qu'on lui
reproche ou pour faire cesser les plaintes portées contre lui, sans toutefois
lui faire connaître ceux qui l'auront mis au courant de ces choses.
0781.- Il verra les Frères
en particulier et pour gagner leur confiance, il agira avec eux avec une grande
cordialité et leur témoignera un vrai désir de leur être utile.
0782.- Il les engagera
ensuite à lui faire connaître, avec simplicité et sincérité, les abus qui
pourraient s'être introduits dans la maison ou dans les classes, les
manquements aux Constitutions et aux Règles et tout ce qui serait contraire à
l'esprit de l'Institut. Il leur fera comprendre qu'ils se rendraient coupables,
s'ils lui cachaient ce qu'ils sauraient de répréhensible dans la conduite des Frères
et dans la maison, ou s'ils se laissaient aller à la passion, à la prévention
et à l'exagération dans leurs rapports.
0783.- Il fera tous ses
efforts pour porter les Frères à la régularité et à la pratique des vertus de
leur état, telles que l'amour de Note Seigneur, la dévotion à la sainte Vierge,
l'humilité, la simplicité, l'obéissance, la modestie, le zèle pour
l'instruction chrétienne des enfants, la charité et le support des défauts du
prochain.
0784.- Il aura soin
d'inspirer aux Frères un grand amour pour la prière et surtout pour la
méditation et l'examen de conscience, leur recommandant de donner à ces saints
exercices tout le temps marqué par les Constitutions, de bien employer ce
temps, d'être exacts à se confesser chaque semaine et de ne pas manquer leurs
communions.
0785.- Il portera les
Frères à l'obéissance, au respect et à la confiance envers le Frère Directeur,
leur recommandant de recevoir toujours avec docilité ses avis et de s'y
conformer exactement, de ne rien faire sans sa permission, de suivre fidèlement
dans l'exercice de leur emploi la direction qu'il leur donnera.
0786.- Il doit se montrer
ferme à l'égard de ceux qui auraient mauvais esprit, et réprimander fortement
ceux qui troubleraient la paix, qui mettraient la division parmi les Frères ou
qui les porteraient à l'insubordination; il leur fera sentir combien leur
conduite est opposée à l'esprit de communauté qui est un esprit de charité, de
paix et d'union; la nécessité où ils sont de se corriger, s'ils veulent rester
dans l'Institut, et leur donnera pour cela les avis convenables.
0787.- Il aura soin de
s'assurer de quelle manière le Frère Directeur se conduit envers ses Frères,
s'il ne les laisse manquer de rien, s'il les voit en particulier toutes les
semaines, s'il les dirige dans leur emploi et dans leurs études, si sa conduite
à leur égard est charitable, honnête, retenue et toujours digne; en un mot,
s'il a pour eux les bontés et la tendresse d'un père. Le Frère Provincial ne
manquera pas de lui faire sur cet article toutes les observations qu'il croira
nécessaires.
0788.- Après avoir vu
chaque Frère en particulier, il parlera au Frère Directeur; pour lui faire
rendre compte de sa conduite comme directeur; il l'engagera à suivre exactement
les Constitutions, les Règles communes et celles qui lui sont particulières,
lui faisant comprendre que de là dépendant le bon ordre de la maison, le
maintien de la régularité, l'affermissement de ses inférieurs dans leur
vocation, le succès et la réputation de l'école.
0789.- Quelle que soit la
conduite du Frère Directeur, il se montrera plein d'égards pour lui, ne
permettra et n'ordonnera rien d'important dans la maison ou dans les classes,
sans l'en avoir prévenu et sans s'être concerté avec lui. Il prendra toujours
son parti devant les Frères; mais, en particulier, il lui dira franchement ce
qui ne va pas dans la maison, ce qu'il devra corriger dans sa conduite ou dans
son administration.
0790.- Dans sa visite à
Monsieur le Curé, il le priera respectueusement de lui faire les observations
qu'il croira utiles au bien de l'école, et de lui dire tout ce qu'il aurait
aperçu de répréhensible dans la conduit des Frères; il se concertera aussi avec
lui et avec les fondateurs, s'il y a lieu, pour régler les affaires relatives
au temporel de la maison.
0791.- Le Frère Provincial
passera, autant que possible, une moitié du jour dans chaque classe, afin de
voir tous les exercices qui s'y font, d'être à même de juger de la capacité des
maîtres, de la force des élèves, de la discipline et de l'ordre qu'il y a dans
les classes.
0792.- Il aura soin de
remarquer si les classes sont contiguës et communiquent par une cloison ou au
moins par une porte vitrés, si les sièges des maîtres sont placés de manière
qu'ils puissent se voir d'une classe à l'autre; s'il y a assez de cases aux
lieux d'aisances pour les enfants, une au moins pour chaque classe, si elles
ferment bien, si elles n'ont entre elles aucune communication, si elles sont
placées de manière que les Frères puissent les voir, les surveiller, et s'il y
a un signe a la porte de chaque classe, pour indiquer la sortie et la rentrées
des enfants.
0793.- Il commencera la
visite par la petite classe, et s'assurera si les petits enfants savent faire
le signe de la croix, et s'ils connaissent les principaux mystères et les
autres vérités les plus nécessaires au salut, ainsi que les prières les plus
ordinaires. Il verra ensuite si le Frère fait lire la carte selon les
principes, et s'il suit exactement la méthode du Guide des Ecoles, soit en
faisant lire, soit en apprenant le catéchisme et les prières.
0794.- Dans les autres
classes, il examinera si tous les enfants savent les prières du matin et du
soir, ainsi que celles en usage dans l'Institut; si on leur fait journellement
le catéchisme, si tous le récitent et le savent suffisamment, et si on a soin
de leur expliquer la lettre de celui du diocèse, suivant le degré de leur
intelligence; si les prières se font posément, avec modestie et piété, d'un ton
modérément haut et uniforme, par tous les écoliers.
0795.- Le Frère Provincial
ne manquera pas de s'assurer si le règlement des classes est observé et si les
programmes sont bien suivis; si les élèves étudient avec application; si leurs
livres et leurs cahiers sont bien tenus et les devoirs corrigés avec soin.
0796.- Il prendra les
moyens qu'il jugera convenables pour connaître parfaitement le degré
d'instruction des élèves et leur progrès.
0797.- Il se rendra compte
si les Frères observent exactement, en classe, dans leurs rapports avec les
élèves, les prescriptions des Règles communes et du Guide des Ecoles.
0798.- Il examinera s'il y
a une bonne discipline dans les classes, si les élèves gardent les silence,
s'ils sont polis et respectueux, s'ils viennent régulièrement en classe et
s'ils y arrivent toujours à l'heure précise. Il demandera si tous sont assidus
aux offices le dimanche, et enfin, il prendra en note le nombre d'élèves de
chaque classe.
0799.- Il fera en sorte de
savoir si les enfants aiment l'école, s'ils y viennent avec goût, si les Frères
font tout ce qui dépend d'eux pour les y attirer, quelles pénitences ils
imposent le plus ordinairement, quels moyens d'émulation ils emploient, quelles
sont les récompenses qu'ils donnent, qui en fait les frais. Tous ces détails
conviennent à la visite des classes des pensionnaires.
0800.- Il observera avec beaucoup d'attention la
conduite des Frères pendant la classe, afin de connaître leurs talents pour
l'école et l'instruction des enfants; s'ils ne sont pas trop vifs, ou trop
sévères, ou trop mous et trop indulgents; s'ils sont silencieux et dévoués à
leur classe; s'ils remplissent tous leurs devoirs d'instituteur, s'ils n'ont
pas de prédilection pour quelques-uns de leurs élèves, et s'ils suivent
exactement le Guide des Ecoles.
0801.- Pour s'assurer de la
capacité des Frères, et pour nourrir en eux le goût de l'étude, il peut les
examiner sur les diverses branches de l'enseignement, particulièrement sur la
religion, et il se fera rendre compte de leurs études et de leur travail.
0802.- Les rapports que le
Frère Provincial enverra au Frère Supérieur Général, doivent être exacts,
clairs et précis, de manière à pouvoir lui donner la facilité de connaître la
capacité, la vertu, le caractère, les dispositions de chaque Frère.
0803.- Le Frère Provincial
suivra en détail le mobilier des Frères, le linge, les habits, la chaussure,
pour voir si tout est fait selon les Constitutions et les Règles et tenu en
état de propreté. Il verra aussi la bibliothèque, et s'assurera s'il n'y a pas
des livre achetés sans permission et dont l'usage ne soit pas autorisé dans
l'Institut.
0804.- Il ne manquera pas
de visiter les provisions de bouche, et remarquera si elles sont bien tenues,
si elles sont faites à propos, si rien ne se gâte, si les Frères chargés du
temporel sont économes, et si l'ordinaire de Frères est selon les Constitutions
et les Règles.
0805.- Dans les maison où
il y a des pensionnaires, il visitera leurs provisions de bouche, leurs
couverts, leurs malles, leurs lits, afin de s'assurer si l'ordre et la propreté
règnent dans le réfectoire et le dortoir, et dans tout ce qui est à l'usage des
Frères et des enfants.
0806.- Il suivra toute la
maison, ainsi que les classes, afin de voir s'il y a quelques réparations à
faire; et, dans sa visite aux autorités ou aux bienfaiteurs de l'école, il leur
exposera l'état des choses et les priera de faire les réparations qu'il aura
jugées nécessaires.
0807.- Il visitera le livre
d’Annales contenant l'historique de la maison; il verra s'il est bien tenu, si
on a soin d'y écrire tout ce qui est prescrit à l'article 649. S'il était
arrivé quelque chose dans l'année qui dût y être porté, il indiquerait la
manière de l'y écrire.
0808.- Il exigera du Frère
Directeur le compte de la dépense et de la recette de la maison. Il examinera
si les livres sont bien tenus, si les arrêtés de comptes sont faits et envoyés
régulièrement et s'ils sont signés par qui de droit; si la quantité, la qualité
et le prix des denrées et des marchandises sont énoncés, si les articles de la
recette sont portés avec clarté, s'il est marqué de qui, pourquoi, combien,
l'échéance, la date, etc.
0809.- Si dans une maison,
il y avait eu placement, remboursement ou emprunt d'argent, le Frère Provincial
observerait s'il est exprimé en dépense ou en recette, et en ferait mention
dans son acte de visite.
0810.- S'il arrivait que la
dépense d'une maison surpassât la recette et qu'il n'y eût point de dettes
actives, il examinerait si le revenu de la maison peut suffire à la dépense,
et, dans le cas affirmatif, si l'on n'a pas omis de porter en recette des
deniers reçus, s'il n'y a pas double emploi dans les articles de la dépense,
ou, enfin, si l'on n'a point écrit en dépense des sommes qui n'auraient pas été
déboursées. Dans les cas où la dépense et la recette balancées, la somme qui
resterait en caisse surpasserait l'excès de la recette sur la dépense, le Frère
Provincial examinerait d'où vient cette différence, si c'est de quelques
bénéfices sur les classiques ou pour n'avoir pas écrit de l'argent reçu ou de toute
autre cause, et en tout cas, il en ferait mention dans l'acte de visite.
0811.- Dans les maisons où
il y a des pensionnaires, le Frère Provincial verra la recette des pensions, ce
qui est dû aux Frères pour pension, les déboursés faits pour fournitures ou
pour toute autre cause; ce que les Frères doivent aux pensionnaires pour
pension payée d'avance, ou à d'autres personnes pour marchandises reçues ou
pour tout autre objet, et il en fera mention dans son acte de visite.
0812.- Le Frère Provincial
écrira dans le livre de dépenses l'acte de la visite du temporel, selon le
modèle qui suit: Je soussigné, en acte de visite, dans notre maison de
..........., après avoir vérifié le livre de comptes de la dite maison, ai
arrêté ainsi qu'il suit l'état des recettes et des dépenses, à partir du
............. jusqu'au ...» Le reste, comme aux livres capitulaires.
0813.- Chaque année, à
l'époque de la retraite, les Frères Directeurs des maisons de la province lui
rendront compte de l'état du temporel de leur maison et lui feront viser leurs
livres de recettes et de dépenses.
0814.- A la même époque, il
enverra au Frère Econome général le relevé de l'état financier des maisons de
sa province, tel qu'il l'aura arrêté avec les Frères Directeurs, faisant
connaître exactement le taux du traitement des Frères, celui de leur recette
générale, celui des dépenses, soit mobilières, soit alimentaires; et la somme
que chaque établissement aura versée dans la caisse commune, comme bénéfice net
de l'année. Enfin, il veillera à l'exécution de ce qui est prescrit par les
articles 167.- et 168.- des Constitutions.
0815.- Le Frère Provincial
a toute autorité pour avertir les Frères et pour corriger les abus. C'est un
devoir et un acte de charité qu'il remplit dans ses visites. Les membres de
chaque maison le recevront donc, quel qu'il soit, comme l'envoyé de Dieu, avec
le respect et la soumission qui sont dus à un Supérieur.
0816.- Pendant tout le
temps de la visite, les Frères adresseront à Dieu de ferventes prières, pour
obtenir qu'il éclaire le Frère Provincial, lui fasse connaître les abus qui
pourraient s'être introduit dans la maison, et lui donne l'esprit de sagesse
pour y apporter remède. Ils demanderont aussi pour eux-mêmes la grâce de bien
profiter de la visite, la docilité et la soumission pour suivre tous les avis
qui leur seront donnés.
0817.- Tous les Frères sont
obligés de faire connaître en particulier au Frère Provincial: 1º s'il y a
quelques articles des Constitutions ou des Règles qui ne s'observent pas et
quelle en est la cause; 2º s'il y a des abus dans la maison et qui sont ceux
des Frères qui les fomentent ou qui y donnent lieu; 3º si dans la tenue de
l'école on s'écarte de la méthode suivie par l'Institut, en quel point et
pourquoi. Chaque Frère fera un sérieux examen sur ces trois articles, et s'il
reconnaît que, dans la maison, dans les classes ou parmi les Frères, il y a des
choses qui ont besoin d'être réformées, il en avertira le Frère Provincial,
sans s'arrêter à l'inclination qu'il pourrait avoir pour certains Frères ni à
la qualité des personnes.
0818.- Pour se conduire
chrétiennement et religieusement en pareil cas, ils éviteront: 1º de concevoir
de la prévention contre quelqu'un de leurs Frères, surtout s'ils sentaient
quelque antipathie pour quelqu'un d'eux; car alors ils auraient raison de
craindre de voir en lui des défauts qui n'y sont pas; 2º de ne dire leur
sentiment à aucun Frère touchant les abus qu'ils auraient remarqués dans la
maison, et de ne se concerter avec qui que soit pour savoir ce qu'ils doivent
dire au Frère Provincial; 3º de se laisser vaincre par un esprit de timidité
qui leur fermerait la bouche sur les défauts de leurs Frères, ou par une fausse
charité qui les empêcherait de les faire connaître au Frère Provincial.
D'ailleurs, ils doivent se persuader que ce n'est pas par esprit de critique ou
de censure qu'ils ont à les examiner, mais par obéissance, pour procurer le
bien de la maison, et pour y établir le bon ordre, s'il y était déchu.
0819.- Mais si les Frères
ne doivent être retenus par aucun motif humain, ils ne doivent pas non plus se
laisser conduire par la passion, la prévention ou par toute autre mauvaise
intention; leurs déclarations doivent être faites simplement, sans détours ni
équivoques, avec prudence et discrétion, disant les choses telles qu'elles sont
sans les augmenter ni les diminuer; faisant connaître principalement les
manquements aux Constitutions et aux Règles qui pourraient avoir des suites
fâcheuses, et les abus concernant les rapports avec les séculiers ou avec les
enfants.
0820.- Tous les Frères
rendront compte de leur conduite au Frère Provincial et auront soin: 1º de lui
parler avec simplicité et sincérité; 2º de se regarder comme obligés au secret
sur tout ce qu'ils lui auront fait connaître, quand même tout autre les
interrogerait, répondant qu'ils ne peuvent rien dire là-dessus; 3º de garder
également le silence sur les observations spéciales que le Frère Provincial
leur aura faites; 4º de faire tous leur efforts pour mettre en pratique les
avis qu'il leur aura donnés.
0821.- Quand le Frère
Provincial ira dans quelque appartement de la maison pour le visiter, celui qui
y aura un office s'y rendra aussi, et s'il a quelques représentations à faire
pour le bien de la maison, il les fera avec humilité. Le Frère Provincial verra
tout ce qui concerne les emplois et examinera s'ils sont remplis conformément
aux Constitutions, aux Règles et au Guide des Ecoles.
0822.- On lira, pour
lecture spirituelle, les jours mêmes de la visite, la règle du Frère Directeur
et celle du Frère Provincial. Les Frères auront soin de prendre quelque temps
pour réfléchir sur la présente section qui traite des moyens de profiter de la
visite.
0823.- Le Frère Provincial
fera faire la coulpe à tous les Frères, et, avant la clôture de sa visite, en
présence de la communauté assemblée, il fera lecture de son procès verbal sur
les choses qu'il aura à régler et sur tous les abus qu'il pourra y avoir à
réformer. Il enverra ensuite son rapport au Frère Supérieur Général.
0824.- Les observations et
ordonnances auxquelles donneront lieu les rapports des Frères Provinciaux,
resteront écrites dans les registres du Régime, ainsi que dans le livre
d’Annales des maisons; dans celles où il n'y aura eu aucun abus à réformer, le
Frère Provincial écrira dans la même registre que la visite n'a donné lieu à
aucune observation.
0825.- Le Frère Provincial
fera en sorte que son rapport donne au Frère Supérieur Général une parfaite
connaissance de tout ce qui se sera fait et passé d'important dans les maisons
depuis la dernière visite; des dispositions des Frères, de l'état des écoles,
ainsi que des maisons, de leurs biens meubles et immeubles, des contrats
passés, des revenus, etc.
0826.- Le Frère Directeur
de la maison provinciale devant avoir la direction générale de la maison
provinciale et continuer ainsi la formation des jeunes Frères qui ont terminé
leur noviciat, il est nécessaire qu'il soit un homme plein de l'esprit de Dieu,
entièrement dévoué à l'Institut parfaitement instruit des Constitutions et des
Règles et qu'il possède à un haut degré les qualités et les vertus énumérées à
la première section des deux chapitres suivants.
0827.- Le Frère Directeur
se donnera tout entier à la direction et à l'administration de sa maison.
0828.- Il s'efforcera de
porter tous les Frères à la régularité et à la pratique de toutes les vertus,
plus par son exemple que par ses paroles; sa conduite doit être tellement
réglée et édifiante, qu'elle puisse servir de modèle à tous ses inférieurs.
0829.- Dans la direction
des Frères et dans les instructions qu'il leur fera, il doit s'attacher surtout
à les former aux vertus solides, à leur donner l'esprit de l'Institut, à leur
inspirer une grande horreur et une grande crainte du péché, quelque petit qu'il
soit, un grand amour pour Notre Seigneur, et un zèle ardent et généreux pour le
salut des âmes.
0830.- Toutes les semaines,
il verra en particulier les Frères de sa maison et recevra le compte de leur
conduite selon qu'il est marqué au chapitre IV, première partie des Règles
communes.
0831.- Il aura soin de
vivre dans une grande union avec les Frères qui sont préposés pour l'aider dans
la direction de sa maison, tels que le Frère maître des novices, le Frère
sous-directeur, le Frère second conseiller et le Frère Econome, leur témoignant
une grande confiance et leur faisant part de tout ce qu'il convient qu'ils
sachent, pour les mettre en état de lui donner dans l'occasion un conseil
prudent, sage et éclairé.
0832.- Il veillera à ce que
les objets de vestiaire et autres à fournir aux maisons de la province soient
de bonne qualité et confectionnés selon l'usage et la forme prescrite par les
Constitutions et les Règles; de sorte qu'il y ait partout une entière
uniformité dans le costume, dans le mobilier des Frères et dans l'ameublement
de toutes les maisons de l'Institut.
0833.- Il aura des rapports
fréquents avec le Frère Provincial soit pour lui faire connaître tout ce qui se
passe dans sa maison soit aussi pour lui demander ses avis; car il ne doit rien
faire d'important sans le consulter et sans connaître ses intentions. Tous les
quatre mois, il lui rendra compte de sa conduite personnelle, de quelle manière
il remplit son emploi et de quelle façon il se conduit avec ses Frères et avec
les étrangers.
0834.- Il rendra compte
ensuite de tous ceux qui lui sont associés dans l'administration de sa maison,
faisant connaître leurs vertus, leurs défauts, leur caractère, leurs talents,
leur santé et de quelle manière chacun rempli l'emploi qui lui est confié.
0835.- Il donnera l'état de
sa maison tous les quatre mois, en s'entendant avec le Frère Maître des
novices. Cet état devra faire connaître: 1º le chiffre du personnel de toute la
maison; 2º le nombre de postulants reçus depuis le dernier compte-rendu, leur
âge, le lieu de leur naissance, les conditions financières de leur admission;
3º ceux qui auront été renvoyés dans leur famille; 4º ceux qui auront été
envoyés dans les maisons et leur emploi; 5º les malades, la nature de leur
maladie et ses progrès; 6º ceux qui, ayant fini leur noviciat, se trouveront en
état d'être employés dans les écoles ou à un office temporel; 7º l'état de la
conduite que ces derniers auront tenue pendant leur noviciat, et les notes
qu'ils auront obtenues dans les examens; 8º le Frère Directeur ajoutera à tout
cela les observations qu'il jugera nécessaires pour donner au Frère Provincial
une connaissance parfaite de sa maison et des sujets qui la composent.
0836.- Les points les plus
importantes pour les progrès et la conservation de cet Institut sont le bon
choix des sujets et le soin de les bien élever, c’est-à-dire, de les former aux
solides vertus et à l'esprit de leur vocation pendant le noviciat. Pour cela,
il est nécessaire que le Frère Maître des novices soit un homme plein de
l'esprit de Dieu, entièrement dévoué à l'Institut, parfaitement instruit dans
la pratique des Constitutions et des Règles et qu'il possède à un haut degré
les vertus et les qualités suivantes:.
0837.- 1º Une foi vive, non
seulement pour les mystère de la religion dont il doit instruire les novices,
mais encore d'un esprit de foi pratique qui le vide de lui-même, du monde et de
ses maximes, pour ne voir que Dieu dans tout ce qu'il fera, et sa divine
volonté dans les observances régulières; qui lui découvre toute l'importance de
son emploi, l'excellence de la vocation et de la perfection religieuses et le
prix des âmes qui lui sont confiées; qui le fasse agir en toute chose par des
motifs surnaturels, dans l'intention de plaire à Dieu et de glorifier Notre
Seigneur; qui le porte à ne jamais s'arrêter aux qualités extérieures et aux
talents naturels de ses disciples, mais à ne considérer en eux que la vertu, le
bien de leur âme, à les aimer tous en Jésus-Christ et à n'avoir de préférence
pour aucun.
0838.- 2º L'esprit d'oraison,
afin de puiser dans ce saint exercice les grâces et les lumières dont il a
besoin, pour se conduire lui-même et conduire les novices par l'esprit de Dieu.
Qu'il se persuade bien que c'est principalement par la sainteté de sa vie, par
son union avec Dieu, par l'attention à marcher en sa sainte présence, par des
prières humbles, ferventes et continuelles qu'il travaillera efficacement à la
sanctification et à la perfection de ceux qu'il dirige et qu'il instruit.
0839.- 3º Un grand amour
pour Notre Seigneur, qui le porte à méditer fréquemment ses mystères et ses
souffrances, à se remplir de son esprit et à imiter ses vertus, à le visiter et
à le recevoir souvent dans le Saint Sacrement de l'autel: car la communion est
une source de grâces et de lumières pour ceux qui sont chargés de conduire les
âmes dans les voies de la perfection; un zèle ardent pour faire connaître ce
divin Sauver, pour le faire aimer et lui gagner les âmes.
0840.- 4º Une tendre et
solide dévotion pour la sainte Vierge, une confiance sans bornes en sa
protection, faisant toutes ses actions en union avec cette divine Mère,
attendant tout d'elle et recourant à sa bonté, avec la simplicité d'un enfant,
dans tous ses besoins personnels, dans ceux de sa communauté, dans toutes les
difficultés qu'il rencontrera dans l'exercice de son emploi, lui confiant ses
peines et ses joies, travaillent à l'imiter, à la faire servir et à répandre sa
dévotion et son esprit parmi les Frères et les novices.
0841.- 5º Une humilité
sincère, car sans cette vertu il ne pourrait faire aucun bien; en effet, ce qui
assure le succès d'un Frère Maître des novices, ce ne sont, à proprement
parler, ni les talents, ni la science, ni l'expérience même, quoique tout cela
soit fort utile, mais la vertu, et en particulier l'humilité; parce que c'est
aux humbles que Dieu se plaît à communiquer son esprit, sa sagesse et ses
grâces. Le Frère Maître des novices aura donc soin: a) de mettre toute sa
confiance en Dieu et de ne jamais se laisser aller au découragement à la vue de
son impuissance, de ses défauts et de ceux de ses inférieurs; b) de se défier
beaucoup de lui-même et de ses lumières, de ne jamais compter sur ses talents,
son habileté et sa prudence, mais sur la grâce de Dieu, et la protection de
Marie; c) de bien se convaincre qu'il réussira d'autant mieux dans son emploi
et se rendra d'autant plus propre à aider les âmes, qu'il parviendra à une
humilité plus profonde.
0842.- 6º Une piété sage et
éclairée, qui puisse servir de modèle à ses disciples; une dévotion solide qui
le porte à s'acquitter avec exactitude, empressement, amour et édification de
toutes les observances régulières; un extérieur grave, sans gêne ni
affectation, accompagné d'une modestie douce et aimable qui décèle un coeur
content et heureux de servir Dieu.
0843.- 7º Un zèle ardent
pour le salut et la perfection de ses novices; un zèle universel qui s'étende à
tous sans exception; un zèle charitable et ingénieux qui le fasse compatir à
leur faiblesse, qui sache s'accommoder à leur humeur et profiter de toutes les
circonstances pour leur inspirer l'amour de la vertu, pour former leur jugement
et pour les porter à Dieu, un zèle sage et ferme qui n'impose pas à tous les
mêmes sacrifices, mais conduise chacun selon son attrait, son tempérament et
ses besoins, qui, tout en ménageant les faibles, ne se relâche en rien de ce
qui est du devoir; un zèle enfin qui soit réglé par la prudence, éclairé par la
science et modéré par la douceur.
0844.- 8º Une tendre
charité pour tous ses disciples, qui le porte à les aimer et à les chérir,
malgré leurs défauts et leurs imperfections, comme ses enfants, à leur tenir
lieu de père et de mère, et à leur faire trouver le centuple de l'amour et de
la tendresse de leurs proches; qui lui fasse deviner et prévenir leurs besoins,
compatir à leurs maux, prendre part à leurs peines, à leurs inquiétudes et le
trouve toujours prêt à leur rendre service, à les assister, à les consoler, à
les aider à surmonter les difficultés qu'ils rencontrent dans les pratiques de
la vie religieuse.
0845.- 9º La patience et la
mortification, pour se mettre à la portée de chacun, pour répéter sans dégoût
les mêmes instructions et les mêmes avis, pour supporter les grossièretés, les
procédés inconvenants, les importunités, l'ignorance et les imperfections de
plusieurs, pour ne rien précipiter et ne point prévenir la grâce, mais la
seconder et agir de concert avec elle, pour se faire tout à tous et pour
souffrir avec résignation les peines et les ennuis attachés à ses fonctions.
0846.- 10º La douceur et
une grande égalité d'âme dans ses paroles, dans ses actions, dans ses
représentions et dans toute sa conduite, ménageant les novices dans leurs
faiblesses, sans autoriser leurs défauts; les reprenant à propos, sans les
rebuter; proportionnant la correction et les avis aux dispositions, aux
caractères et à la vertu de chacun; alliant la douceur avec la fermeté, de
manière à ne donner dans aucun des inconvénients de l'une ni de l'autre,
c’est-à-dire, à ne jamais irriter ou rebuter les novices par trop de fermeté,
ni à les laisser trop libres et trop indépendants par trop de douceur.
0847.- 11º L'affabilité,
des procédés honnêtes, des manières engageantes, qui attirent les coeurs et
gagnent l'estime des novices; qui les portent à aimer leur Maître, à le consulter
dans leurs doutes, à lui exposer leurs besoins et leurs peines, et avoir en lui
une entière confiance.
0848.- 12º Une conduite
exemplaire, afin qu'il confirme par ses exemples ce qu'il enseigne par ses
paroles; et que les novices trouvent en lui un modèle accompli des vertus
qu'ils doivent acquérir.
0849.- 13º Une grande
rectitude de jugement, un naturel qui ait du tact, un discernement profond,
pour apprécier avec justesse les actions, les paroles, la conduite, le
caractère, les dispositions et l'aptitude des novices; pour connaître le degré
et la solidité de leur vertu, les motifs et les marques de leur vocation, et
juger s'ils conviennent à l'Institut et s'ils possèdent les qualités
nécessaires pour en remplir le but.
0850.- 14º La prudence,
pour se conduire en toutes choses avec sagesse, pour ne rien dire et ne rien
faire qui ne puisse édifier et porter à Dieu, pour chercher et trouver les
moyens les plus convenables pour assurer le succès d'une entreprise, pour
s'insinuer dans l'esprit des jeunes gens et les diriger tout à la fois d'une
manière douce et ferme. Cette vertu doit être éminente dans un Frère Maître des
novices; c'est elle qui doit régler toutes ses actions, modérer et diriger sa
vigilance, tempérer son zèle, adoucir ses corrections, rendre efficace sa
fermeté, en un mot, lui montrer et lui faire suivre ce juste milieu dans lequel
réside la sagesse.
0851.- 15º Une vigilance et
une application continuelles, pour connaître tout ce qui se passe dans son
noviciat, pour y maintenir la piété, le recueillement, le silence, l'esprit de
charité et l'exacte observance des moindres points des Constitutions et des
Règles communes; une attention particulière sur chacun de ses inférieurs, pour
connaître leurs inclinations, leur défauts, leurs vertus, leurs besoins tant
spirituels que corporels et tout le détail de leur conduite, afin de leur
procurer tout ce dont ils ont besoin et d'être toujours en état de pouvoir
rendre un compte exact de chacun au Frère Supérieur Général et au Frère
Provincial.
0852.- 16º une haute idée
de l'emploi qui lui est confié, se rappelant sans cesse qu'il est appelé à
coopérer avec Dieu au salut et à la perfection des âmes; que c'est
principalement de la manière dont il les formera à la vertu et de l'éducation
qu'il leur donnera, que dépendent la stabilité de leur vocation et leur
avancement dans la vertu; que le sort et l'avenir de l'Institut sont en partie
dans ses mains, attendu que c'est par les soins des Frères Maîtres des novices
que l'Institut se renouvelle et se perpétue, que l'esprit religieux se conserve
et se transmet de génération en génération.
0853.- 17º Une connaissance
approfondie des Constitutions es des Règles afin d'en instruire solidement ses
disciples, de leur faire bien connaître le caractère distinctif et le but de
l'Institut, de les former aux vertus propres de leur vocation et de leur donner
le véritable esprit de l'Institut.
0854.- 18º Une instruction
suffisante sur les sciences propres aux Frères et particulièrement sur ce qui
regarde la religion, la connaissance du coeur humain, les vois intérieures, les
règles de la spiritualité, les moyens de combattre les passions, de déraciner
les vices et d'acquérir les vertus, un talent particulier pour diriger les
jeunes gens, pour les détacher du monde et d’eux-mêmes, pour leur faire aimer
la vertu et les attacher à leur vocation.
0855.- Le Frère Maître des
novices s'appliquera particulièrement à connaître quels motifs dirigent les
postulants dans la demande qu'ils font d'entrer dans l'Institut; s'ils aiment
le travail, s'ils ont de l'aptitude pour les sciences et une volonté bien
prononcée pour se donner tout à Dieu.
0856.- Il fera moins
attention à la vertu de postulants qu'à leur caractère et à la trempe de leur
esprit; car s'ils ne sont pas encore vertueux, ils pourront le devenir, pourvu
qu'ils en aient un vrai désir et une sincère volonté; au lieu que s'ils ont un
caractère difficile, insociable, ils ne le changeront ordinairement pas; la
piété s'acquiert dans les communautés, mais la vie religieuse réforme rarement
les mauvais caractères, et ne donne jamais le bon jugement à ceux qui ne l'ont
pas.
0857.- Encore moins doit-il
se laisser prévenir par les apparences extérieures ou par des considérations
humaines, toute son attention doit se porter à rechercher si les postulants ont
les qualités requises pour être utiles à l'Institut, c’est-à-dire, un bon
jugement, un caractère gai, ouvert, ferme, doux, un esprit docile, souple,
intelligent et une bonne santé.
0858.- Les postulants
passeront leur temps du postulat dans les maisons de noviciat avec leurs habits
séculiers; on leur fera lire les Constitutions et les Règles communes et on les
exercera aux pratiques de la vie religieuse, afin de voir s'ils peuvent s'y
habituer et se conformer aux observances régulières.
0859.- A la fin du
postulat, on leur fera subir un examen; ensuite, le Frère Maître des novices
les verra en particulier pour connaître leurs dispositions par rapport à leur
vocation, comme il est marqué au chapitre du choix des sujets, deuxième
section. C'est d'après les notes de cet examen, le témoignage que le Frère
Sous-Maître rendra de leur conduite et les dispositions qu'ils auront
manifestées au Frère Maître des novices, que le Frère Provincial, après avis de
son Conseil, décidera si l'on doit les admettre à la vêture.
0860.- Ceux qui auront été
admis, feront ensuite leur noviciat, s'appliquant avec une nouvelle ardeur à
acquérir l'esprit de l'Institut, les vertus religieuses, particulièrement
l'humilité, l'obéissance, la mortification, l'esprit de prière, le détachement
des créatures et la régularité.
0861.- C'est
particulièrement après la vêture qu'on fera subir aux novices les épreuves dont
il est parlé dans la huitième section de ce chapitre; le Frère Maître aura soin
de proportionner ces épreuves à la vertu, à la force et au caractère de chacun,
s'attachant à exercer aux plus pénibles ceux qui auront fait la plus grande
partie de leur noviciat.
0862.- Tous les trois mois
les novices subiront un examen sur le catéchisme, sur les prières, sur la
méthode d'oraison et la manière de faire avec fruit les exercices de piété, sur
les Constitutions, les Règles communes et les pratique de l'Institut. Le
résultat de cet examen sera porté sur un registre, afin d'y avoir recours au
besoin, et sur l'état que l'on doit envoyer au Frère Supérieur Général à la fin
du noviciat de chaque sujet.
0863.- Le premier de ces
moyens est de s'efforcer de gagner la confiance des novices et de s'en faire
aimer. Le Frère Maître doit pour cela: 1º vivre en saint au milieu de ses
disciples et leur donner l'exemple de toutes les vertus; 2º avoir pour tous les
bontés et la tendresse d'un père; 3º être toujours pour eux d'un accès facile,
d'un abord gracieux, d'une humeur égale; 4º user de beaucoup de patience à les
écouter, de douceur à leur répondre, de compassion pour entrer dans leurs
peines, de charité pour les soulager et pour leur rendre service; 5º éviter
avec soin toute partialité, toute prédilection; témoigner à tous la même
affection, les mêmes égards, les mêmes attentions; si certains sujets à raison
de leurs vertus ou de leurs talents, méritent plus de confiance et d'affection,
ces sentiments doivent rester dans le fond du coeur et dans le secret, le Frère
Maître des novices ne doit jamais les laisser paraître au dehors; 6º n'avoir et
ne garder aucune prévention contre personne, n'agir jamais en conséquence de
celles qu'il aurait peine à détruire, parce que ces sortes d'influences sont
presque toujours l'effet de l'humeur et de l'esprit propre, parce qu'elles sont
ordinairement fausses dans leurs principes, injustes et dangereuses dans leurs
suites; 7º se prémunir contre la sympathie, n'aimant personne précisément pour
ses qualités naturelles, pour ses attentions à obliger, à rendre service ou
pour tout autre motif humain; 8º se prémunir aussi contre les antipathies, ne
souffrant aucune froideur, aucune aliénation de coeur contre ceux qui auraient
des défauts naturels, un caractère difficile ou toute autre chose pénible à la
nature; 9º éviter avec soin de recevoir les novices avec froideur, de les
écouter avec indifférence, de leur parler avec hauteur et de les congédier avec
dédain, ce croire trop facilement les rapports faits sur leur compte.
0864.- Le deuxième moyen
est de s'appliquer à connaître le caractère de chacun, ainsi que ses bonnes
qualités pour les développer, ses défauts pour les corriger, ses inclinations
et ses mauvais penchants pour les redresser, le mal dont il est capable pour le
tourner en bien, l'attrait de la grâce qui le conduit pour le seconder.
0865.- Le troisième est
d'user d'une grande discrétion dans les questions qu'il leur fera dans le
compte de conduite et de s'en tenir à ce qui est prescrit dans le directoire.
0866.- Le quatrième est de
garder le secret sur ce qu'il apprend par le compte de conduite extérieure. Si
un novice lui confie quelque chose qui lui donne lieu de gémir et de
s'affliger, le Frère Maître doit se garder de rien manifester aux autres qui
puisse faire connaître sa peine; il ne doit en témoigner aucune affliction à
celui-là même qui en est l'objet, ayant soin partout d'agir comme s'il ne
savait rien et de lui témoigner même une bienveillance particulière. Bien plus,
il ne doit jamais reprendre, même en général et sans nommer personne, les
fautes dont on lui aurait fait l'aveu en secret, car les novices intéressés
n'en seraient guère moins blessés, et cela leur fermerait pour la suite la voie
à toute ouverture de confiance. Enfin, le Frère Maître des novices doit être
d'une réserve extrême sur ce point important.
0867.- Le cinquième est de
ne jamais se laisser aller au trouble et au découragement pour le peu de succès
de ses travaux, se souvenant: 1º que le salut et la perfection, que la
correction des vices et l'acquisition des vertus ne sont pas l'ouvrage d'un jour,
mais de toute la vie; 2º qu'il est des sujets dont la conduite paraît d'abord
ingrate par le peu de profit qu'ils paraissent tirer des soins qu'on leur
donne, et dont cependant à la fin, on obtient de très grands fruits, quand on
persévère à les suivre, à les reprendre et à les former; 3º que pourvu qu'un
sujet soit sincère, ouvert, docile dans sa conduite et plein de bonne volonté,
il peut, aidé de beaucoup de soins, parvenir à une grande vertu et acquérir
parfaitement l'esprit de son état, quand il aurait d'ailleurs beaucoup de
défauts; 4º que souvent les fautes mêmes et les défauts d'un sujet, dans les
desseins miséricordieux de Dieu, contribuent, autant que tout le reste, à ses
progrès et à sa perfection; 5º qu'un Frère Maître des novices n'est pas tant
pour les forts que pour les faibles, bien qu'il doive avoir soin de tous, afin
que les plus avancés ne retournent pas en arrière; 6º que ceux qui ont le plus
de mauvaises inclinations, sont ceux qui peuvent parvenir à une plus grande
perfection; qu'enfin, souvent il est arrivé que c'est de la part de ceux qui
ont le plus e défauts et qui ont coûté le plus de peines et de soins que l'on
reçoit le plus de consolations.
0868.- Après avoir gagné la
confiance de ses disciples par les moyens que nous venons d'indiquer, le Frère
Maître des novices s'appliquera de toute ses forces à leur apprendre à
triompher de leurs passions et à corriger leurs défauts.
0869.- Il leur enseignera
ce que c'est que combattre ses passions, la méthode qu'ils devront suivre pour
réussir dans ce combat, le temps qu'ils devront employer pour vaincre chacune
d'elles; il leur fera bien comprendre que dompter ses passions, c'est les
soumettre à la raison, à la volonté supérieure, et que pour y parvenir, il
faut: 1º se mettre en garde contre elles, comme nous le ferions contre un
ennemi qui méditerait notre perte; 2º veiller avec soin sur tous leurs
mouvements; 3º les réprimer avec promptitude et vigueur, dès qu'elles nous
attaquent, et nous accoutumer à leur commander comme le maître commande à
l'esclave.
0870.- Il leur apprendra
surtout à connaître leur passion dominante, leur fera bien comprendre
l'obligation où ils sont de la combattre tous les jours de leur vie, et il leur
en donnera les moyens.
0871.- Il les rassurera
contre la violence et l'importunité des tentations, leur en fera connaître les
avantages, les moyens d'en triompher, leur apprendra à distinguer le sentiment
du consentement, l'instabilité du coeur de l'instabilité de la volonté, et la
soustraction de la grâce sensible de la soustraction de la grâce actuelle
nécessaire pour vaincre les ennemis du salut.
0872.- Les postulants qui
viennent jeunes dans l'Institut, ont ordinairement plus de facilité à se
laisser conduire, plus de simplicité et d'innocence; mais ils ont aussi plus
d'enfance et de légèreté. Si l'on se contente de les former aux pratique de la
vie religieuse, sans leur donner de solides instructions et de soins
particuliers, leur piété s'affaiblira à mesure qu'ils avanceront en âge, et
leur docilité disparaîtra avec leur enfance. Ils ne connaîtront ni le monde ni
les raisons de le fuir; ils se trouveront religieux sans savoir pourquoi ils le
sont devenus; les moindre difficultés, les moindres dégoûts de leur état seront
capables de les faire repentir de l'avoir embrassé, et de les porter à se jeter
dans le monde. Pour leur éviter un pareil malheur, il faut leur donner une
direction conforme à leur faiblesse, appropriée à leur besoins et en rapport
avec leur inexpérience; s'appliquer d'abord à en faire de bons chrétiens et les
instruire solidement sur les grandes vérités de la religion; exercer sur eux
une vigilance continuelle, afin d'étouffer dans leur coeur le germe des
passions, dès qu'il s'y montrera, et d'y jeter celui des vertus contraires;
leur faire comprendre toutes les amabilités de la vertu, la paix et le bonheur
qu'elle procure à ceux qui la pratiquent; leur faire connaître les avantages de
la vie religieuse et la facilité d'y faire son salut, les vanités du monde, les
dangers que l'innocence et la vertu y courent, et les difficultés sans nombre
d'y sauver son âme.
0873.- Ceux qui quittent le
monde un peu tard, ont plus de maturité et de solidité d'esprit, plus
d'expérience de leur faiblesse, plus de conviction que la retraite leur est
nécessaire, et un plus grand désir de sauver leur âme; mais ces bonnes
dispositions sont ordinairement balancées par les défauts suivants: ils sont
attachés à leur volonté et à leurs idées; l'amour de la liberté et de
l'indépendance leur rend le joug de l'obéissance très pénible; il leur en coûte
beaucoup pour réformer leur caractère, pour se plier aux petites observances
régulières pour prendre l'esprit d'une communauté et pour se laisser conduire.
Pour les corriger, il faut leur bien faire comprendre combien leur défauts sont
opposés à l'esprit religieux, qui est un esprit de simplicité, d'humilité,
d'obéissance et de renoncement à soi-même, les exercer beaucoup à l'obéissance
dans les choses où ils ont de la peine à se plier, contrarier leurs goûts, les
essayer à différentes choses et tenir à ce qu'ils les fassent comme on le leur
a prescrit, et non selon leur manière de voir et de juger.
0874.- Il est nécessaire de
voir souvent en particulier ceux qui s'ennuient, de les faire parler et de les
égayer. On doit leur demander ce qui les fatigue, ce qu'ils trouvent de plus
pénibles dans la maison, les encourager, les porter à prier et à prendre du
temps pour examiner leur vocation. Il ne faudra pas leur laisser ignorer
qu'ordinairement ce sont ceux qui ont le plus de dispositions pour la vie
religieuse, qui éprouvent les plus grandes tentations dans les commencements;
que le démon fait tous ses efforts pour dégoûter ceux qui sont le mieux
appelés. Il convient aussi de ne pas les laisser seuls, et encore moins dans la
compagnie de ceux qui auraient la même tentation; mais il faudra les confier à
un novice gai et bien attaché à sa vocation, ou bien leur donner une occupation
qui leur plaise, jusqu'à ce que la tentation soit dissipée.
0875.- Ceux qui se laissent
abattre et effrayer par les difficultés, doivent être encouragés. Il faut leur
faire entendre que les commencements sont pénibles à tous, que l'habitude rend
facile les choses qui semblaient d'abord les plus difficiles, que Dieu vient au
secours des coeurs généreux, qu'il n'est point de difficulté dont on ne puisse
triompher, de tentation qu'on ne puisse vaincre avec le secours de la grâce qui
ne manque jamais à ceux qui la demandent avec foi, qu'il faut se faire violence
pour aller au ciel, que le temps du combat sera court et la récompense
éternelle. On devra aussi être indulgent à leur égard, les aider ou diminuer ce
qu'ils auront à faire.
0876.- Ceux qui sont d'un
caractère flegmatique, mous et irrésolus, sont les moins propres à la vie
religieuse, les plus lents à former et les plus difficiles à corriger. Le moyen
de tirer parti de ces sujets et de gagner leur affection, de les pousser peu à
peu, de ne jamais leur donner trop de choses à faire, de s'appliquer à leur
retrancher mille bagatelles dont ils s'occupent, de leur faire rendre compte
souvent des avis qu'on leur donne, de l'emploi de leur temps; s'ils se laissent
aller à des négligences considérables ou à quelques fautes un peu graves, une
correction donnée avec fermeté, ou une forte pénitence pourra les effrayer, les
piquer et les remettre dans le devoir.
0877.- Il faut aiguillonner
les paresseux, les appliquer à des travaux pénibles, ne jamais les laisser un
moment oisifs, ne souffrir en eux aucune posture lâche ou même trop commode
lorsqu'ils sont assis, debout ou à genoux; les obliger à faire parfaitement et
diligemment ce qui leur est commandé, leur bien faire comprendre que la vie
religieuse est une vie de travail et de dévouement, et qu'il n'y a que ceux qui
sont actifs et laborieux qui sont propres à l'Institut.
0878.- Il faut être
toujours grave et sérieux avec ceux qui sont volages. Il est bon de les
reprendre quelquefois fortement, dans le cas surtout où ils commettraient
quelques légèretés pendant les exercices de piété; car quoique ces fautes
n'annoncent pas toujours un mauvais fond, elles ont pour l'ordinaire de
mauvaises suites, la gravité et le recueillement étant essentiels à l'état
religieux, surtout pendant les exercices de piété.
0879.- Il faut humilier les
orgueilleux, les appliquer aux emplois les plus bas, leur faire sentir combien
l'orgueil est opposé à l'esprit de Jésus-Christ, que ce vice est le principe de
tout mal, qu'il corrompt les meilleures actions, que Dieu n'a que du mépris
pour les superbes, qu'il les humilie tôt ou tard, et que les hommes mêmes ne
peuvent les souffrir.
0880.- Les sujets à prétentions sont peu propres à
l'Institut, on doit les humilier, les occuper à des emplois bas, leur faire
comprendre qu'on fait peu de cas de tous les avantages dont ils se glorifient
et qu'ils ne persévéreront dans leur vocation qu'autant qu'ils se dépouilleront
de ces ridicules prétentions.
0881.- Le Frère Maître des
novices fera comprendre aux scrupuleux que leur salut dépend de la soumission
de leur volonté à celle de leur confesseur et de leur Supérieur, qu'ils ne
trouveront de paix et de bonheur que dans l'obéissance, que les scrupules sont
des tentations du démon, qu'ils causent de grands désordres et perdent même
ceux qui manquent d'humilité et d'obéissance. On aura soin aussi de les tenir
toujours occupés, de ne jamais les laisser seuls, de les exercer par de
fréquentes humiliations, surtout s'ils sont entêtés; s'ils persistent dans leur
opiniâtreté, on doit les renvoyer.
0882.- Les amitiés
particulières étant le fléau des communautés et la ruine de la charité commune,
le Frère Maître des novices doit veiller avec soin à ce qu'il ne s'en forme
aucune entre ses disciples. Pour cet effet, il évitera d'employer ensemble dans
un office, séparés des autres, deux novices d'un même pays, en qui il aurait
remarqué quelque inclination à se communiquer leur pensées, leur peines, ou à
se familiariser. Il usera aussi de beaucoup de précautions à l'égard des
nouveaux venus, ayant soin qu'ils soient toujours dans la compagnie des novices
les plus sages et les plus fidèles.
0883.- Quant à ceux qui ont
de la peine à se plier à l'obéissance, il faut leur montrer la nécessité de
cette vertu pour un religieux, les reprendre avec force et vigueur toutes les
fois qu'ils y manquent, les obliger à faire les choses les plus pénibles,
celles mêmes qui leur répugnent le plus, les confier à quelqu'un qui les
surveille, qui les occupe et qui s'applique à rompre leur volonté propre en
leur commandant différentes choses. Si après ces épreuves, ces sujets ne se
forment pas à l'obéissance, on doit conclure qu'ils ne sont pas appelés à la
vie religieuse, et les renvoyer.
0884.- Le Frère Maître des
novices mettra tout en usage pour corriger les défauts de ses disciples, et
pour régler leur intérieur et leur extérieur. Pour cela il aura soin: 1º de
leur faire prendre un maintien plein de douceur, de simplicité, de gravité, de
modestie et de dignité; 2º de corriger dans eux tout ce qui aurait l'air de
grossièreté, de rusticité, de suffisance, de légèreté et de niaiserie; 3º de les
accoutumer à user de manières douces, honnêtes, et à se conduire en toute chose
selon les règles de la civilité chrétienne; 4º de leur faire perdre certaines
habitudes pénibles aux autres et que l'âge et la négligence peuvent augmenter;
de les habituer à faire attention à tout ce qui peut incommoder leurs Frères et
à l'éviter avec soin; 5º de leur apprendre à supporter dans les autres tout ce
qui est pénible à la nature et à se montrer toujours prêts à excuser les
défauts de leurs confrères.
0885.- Pour réformer les
défauts de l'âme, un Frère Maître prudent y réussira admirablement, en louant à
propos et avec beaucoup de tact les qualités contraires aux vices qu'il veut
corriger, en témoignant une grande estime pour un caractère gai, franc, ouvert,
doux, pour un esprit droit, juste, docile, simple, sincère et ennemi de toute
exagération et de toute fausseté, pour un coeur bon, sensible, charitable et
porté à obliger et à rendre service; parce que les louanges qu'on donne à ces
bonnes qualités, portent à les estimer, à les désirer et disposent les coeurs à
les acquérir.
0886.- Le Frère Maître des
novices instruira ses disciples sur les grandes vérités de la religion: 1º
parce que la plupart des jeunes gens qui viennent en communauté, n'en sont pas
suffisamment instruits, et n'ont qu'une connaissance superficielle du dogme et
de la morale; 2º parce la connaissance de ces vérités et indispensable au
salut; 3º parce qu'elle est la base de la sainteté et de la perfection.
0887.- Il leur apprendra ce
que c'est que le péché, ses tristes effets, combien nous devons le haïr et le
craindre, ce qu'il faut faire pour l'éviter, l'excellence et le prix de l'âme,
l'importance du salut et de la fin de l'homme; car ce sont ces vérités et
autres semblables telles que la mort, le paradis et l'enfer qui affermissent la
vocation qui enracinent la piété et qui préparent à toutes les vertus
religieuses.
0888.- Il s'appliquera à
leur bien faire connaître Jésus-Christ comme Dieu et comme homme, ses mystères,
sa vie toute sainte, ses vertus, ses travaux, ses souffrances, sa doctrine sur
la pauvreté, l'obéissance et l'abnégation, tout ce qu'il a fait pour le salut
de l'homme, leur répétant sans cesse que toutes nos richesses et toute notre
espérance sont en Notre Seigneur et que le sûr moyen d'arriver à la sainteté
est de s'attacher à ce divin Maître.
0889.- Il ne se contentera
pas de leur donner la connaissance de Jésus-Christ, il s'efforcera en outre de
faire de tous ses disciples des copies vivantes de ce divin original, leur apprenant
qu'il est le modèle de tous les chrétiens, et particulièrement des religieux,
leur faisant bien sentir l'obligation où nous sommes de l'étudier, de l'imiter
dans toutes nos actions, et de prendre son esprit; leur faisant comprendre
qu'avoir l'esprit de Jésus-Christ, c'est avoir les mêmes sentiments que ce
divin Sauveur, c'est juger des choses comme il en a jugé, c'est estimer, aimer,
embrasser tout ce qu'il a estimé, aimé, embrassé, c'est mépriser, haïr et
éviter tout ce qu'il a méprisé, haï et évité, c'est agir en toute chose comme
Jésus-Christ, par des motifs surnaturels, pour faire la volonté de Dieu et
procurer sa gloire, c'est enfin avoir les mêmes vertus que Jésus-Christ,
c’est-à-dire, l'humilité, la patience, la douceur, le mépris du monde, l'obéissance,
la pauvreté, la charité, le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes.
0890.- Il leur fera des instructions particulières
sur la sainte messe et s'efforcera de leur bien faire comprendre: 1º qu'elle
est la plus précieuse de toutes les dévotions; 2º que la facilité de pouvoir
l'entendre tous les jours est un des plus grands avantages de la vie
religieuse; 3º que, selon saint Jean-Chrysostôme, il n'y a point de temps plus
propre pour négocier avec Dieu, que le temps de ce divin sacrifice, et leur
apprendra les diverses méthodes pour y assister avec piété et avec fruit.
0891.- Il les instruira à
fond de ce qui regarde la sainte communion, des dispositions nécessaires pour
la recevoir avec fruit, des effets qu'elle produit en nous, et fera tout ce qui
sera en lui pour faire naître dans le coeur de ses disciples le désir d'en
approcher souvent et dignement.
0892.- Il leur apprendra
dans le plus grand détail tout ce qui regarde le sacrement de pénitence, la
manière de faire l'examen de conscience, la nécessité de la contrition,
l'intégrité de la confession, la méthode à suivre pour accuser ses péchés au
saint tribunal, les actes qu'il est nécessaire de faire avant et après la
confession.
0893.- Il leur enseignera
la manière de sanctifier leurs actions par une grande pureté d'intention, leur
apprenant comment on peut rendre agréables à Dieu et méritoires pour le ciel
celles qui sont les plus communes, telles que le lever, le coucher, le sommeil,
les repas, le récréations, le travail manuel.
0894.- Il les formera à une
vraie et solide dévotion pour la sainte Vierge, leur inspirant un respect
profond, une confiance sans bornes et un amour ardent pour cette divine Mère;
et, leur montrant que le vrai moyen de lui témoigner notre vénération, notre confiance
et notre amour, c'est d'imiter ses vertus, de prendre son esprit et de propager
de tout notre pouvoir son culte et sa dévotion.
0895.- Il leur donnera des
idées justes de la piété et de la dévotion, de la vertu et de la sainteté, leur
faisant comprendre que la véritable dévotion consiste dans une volonté prompte
et une fidélité constante à faire, malgré les répugnances de la nature, ce que
Dieu demande de nous, et non dans l'amour sensible, les goûts et les
consolations; que la vertu et la sainteté consistent dans la pratique de
l'humilité, de la mortification, de l'obéissance, de la charité, etc.; et non
dans les exercices de piété qui ne sont que des moyens de l'acquérir.
0896.- Après avoir instruit
ses disciples sur les vérités de la religion comme il vient d'être dit, le
Frère Maître des novices les instruira sur les pratiques de la vie religieuse
et les formera aux vertus de leur état.
0897.- Il s'efforcera de
faire de tous ses novices des hommes de prière, ayant soin pour cela: 1º de les
instruire à fond de la nécessité, des avantages et des qualités de la prière,
soit vocale, soit mentale; 2º de leur faire apprendre la méthode d'oraison, de
la leur expliquer et de leur donner sur ce sujet, en particulier et en public,
toutes les instructions qu'il jugera nécessaires; 3º de leur faire rendre
compte suivent de leur méditation, afin de les aider à vaincre les difficultés
qu'ils y rencontreront, et à suivre l'attrait de la grâce qu'il remarquera en
chacun d'eux; 4º de les instruire sur les résolutions qu'ils devront y prendre,
et sur la manière de les mettre en pratique; 5º de les former de même à faire
l'examen de conscience, et de leur faire prendre l'habitude de s'acquitter avec
attention, respect et dévotion de tous leurs exercices de piété.
0898.- Il les formera â
faire avec fruit la lecture spirituelle, leur faisant comprendre la différence
qu'il y a entre une lecture de piété et une lecture d'étude, et leur
recommandant: 1º de lire peu et de réfléchir beaucoup; 2º de lire non par
curiosité, mais pour s'instruire de leurs devoirs, pour devenir meilleurs en
s'appliquant à eux-mêmes leur réflexions; 3º de lui rendre compte de leurs
lectures et du profit qu'ils en retirent.
0899.- Il les exercera
d'une manière particulière à l'observance des Constitutions et des Règles
communes; et, afin de leur en donner une haute estime et de leur inspirer
l'amour de la régularité et la fidélité aux plus petites choses, il
s'appliquera à les leur faire regarder comme l'expression de la volonté de Dieu
sur eux et comme le moyen par lequel il veut les sauver et les conduire à la
perfection.
0900.- Il s'attachera à diriger la volonté de ses
novices, à détruire en eux l'esprit propre, à leur donner l'amour de
l'obéissance, ayant soin pour cela de les exercer sans cesse à cette vertu, de
leur en faire connaître la nécessité, la mérite, les avantages, les conditions
qu'elle doit avoir pour être agréable à Dieu, les moyens de l'acquérir, et il
leur proposera souvent les exemples que Jésus et Marie nous en ont donnés.
0901.- Il s'appliquera à
établir parmi ses disciples une cordialité sincère et une grande union, leur
faisant quelques instructions solides sur la charité et le support mutuel, les
accoutumant à s'aimer en Dieu et pour Dieu, à s'aider dans leurs besoins, à se
consoler dans leur peines, à s'encourager dans la pratique de la vertu, à se
supporter avec patience, avec charité, à se rendre service en toute occasion.
0902.- La vie religieuse
étant une vie d'abnégation et de sacrifices, il est nécessaire: 1º de leur
inspirer une grande estime et un grand amour pour la mortification; 2º de leur
en montrer souvent la nécessité et les avantages pour un religieux qui désire
imiter Jésus-Christ et acquérir la perfection de son état; 3º de leur bien
faire comprendre que pour un Petit Frère de Marie la pratique de cette vertu
consiste avant tout à mortifier ses sens, particulièrement les yeux et la
langue, l'esprit, en éloignant les idées vaines et inutiles, l'orgueil, l'envie
de plaire aux hommes, la volonté propre, en les combattant sans cesse et en
travaillant sans relâche à devenir doux, humble, patient et obéissant.
0903.- Comme la modestie
est le rempart de la chasteté et le plus bel ornement d'un religieux, le Frère
Maître des novices les formera d'une manière spéciale à la pratique de cette
vertu, et aura soin: 1º de leur en bien faire sentir la nécessité pour un Frère
qui est obligé par sa vocation de porter le prochain à Dieu et d'être partout
la bonne odeur de Jésus-Christ; 2º de leur apprendre comment ils devront la
pratiquer dans les paroles, dans la démarche, dans le maintien du corps, dans
les regards et dans tout le détail de leur conduite; 3º de leur faire remarquer
que la modestie est autant ennemie des manière recherchées, d'une tenue et
d'une propreté affectées que de la malhonnêteté et de la négligence.
0904.- Il s'attachera
pardessus tout à leur donner l'esprit de l'Institut, c’est-à-dire, à les former
à l'esprit d'humilité et de simplicité, ayant soin: 1º de corriger en eux tout
ce qui ressentirait la vanité, la mondanité, l'esprit séculier, la suffisance,
la prétention, l'affectation, la hauteur, la singularité, l'envie de paraître,
l'attachement à leur propre sens, à leur propre volonté et l'estime
d’eux-mêmes; 2º de leur faire bien comprendre que l'humilité et la simplicité
doivent être les vertus chéries des Petits Frères de Marie; que c'est par elles
qu'ils se rendront agréables à Dieu, utiles au prochain; que la vie des Frères
doit être une vie humble, pauvre, cachée, inconnue au monde; qu'ils doivent
faire le bien sans bruit, sans éclat, afin d'imiter la sainte Vierge et de
faire reluire en leur personne et dans toutes leurs actions les exemples
admirables d'humilité et de simplicité qu'elle nous a donnés. Il est de la
dernière importance de revenir souvent sur ce point qui est capital.
0905.- Enfin, il
s'appliquera à leur inspirer un grand zèle pour l'instruction chrétienne des
enfants et une haute idée de leur vocation.
0906.- Rien n'est plus
nécessaire aux Frères que l'esprit de sagesse et de réflexion. Obligés, par
leur état, d'être en spectacle au monde et d'avoir souvent des rapports avec le
public, ils seront exposés à commettre une foule de fautes, d'imprudences et de
gaucheries, s'ils ne se sont pas formé un jugement droit, et s'ils n'ont pas
une idée juste de leurs obligations et de la manière dont ils doivent les
remplir.
0907.- Pour faire acquérir
à ses disciples cette rectitude de jugement, le Frère Maître des novices aura
soin: 1º de fixer leur attention sur ce point important dans toutes les
instructions et dans tous les avis particuliers qu'il leur donnera; 2º de les
habituer à réfléchir, car l'esprit de réflexion, d'après saint Augustin, est le
principe de tout bien; 3º de leur apprendre à parler peu et à ne jamais
répondre sans avoir bien compris ce qu'on leur demande.
0908.- Quand il leur fera
rendre compte d'une lecture, d'une instruction, il les accoutumera à arrêter
leur attention sur les choses essentielles, afin de bien les saisir. S'il
s'agit d'un trait d'histoire, il les ramènera à ce qu'il y a d'utile,
d'instructif, et les empêchera de s'occuper des circonstances insignifiantes.
0909.- Au catéchisme, il aura soin qu'ils énoncent
les dogmes de la foi et les devoirs de la vie chrétienne avec clarté, justesse
et précision, que les développements soient courts et exacts. Il ne manquera
pas non plus de leur faire écarter toute question au-dessus de leur portée,
toutes celles qui sont oiseuses, de pure curiosité, ou dont il ne convient pas
qu'un Frère instituteur s'occupe.
0910.- En leur expliquant
les Constitutions et les Règles communes de l'Institut, il en montrera le vrai
sens et leur apprendra à garder ce juste milieu entre le relâchement et
l'arbitraire, qui s'éloignent du devoir et l'attachement servile aux mots, qui
tient de la raideur et s'écarte même des règles les plus sages.
0911.- Dans ce qui tient à
la politesse, il leur fera comprendre où ils doivent s'arrêter pour ne pas se
rendre ridicules, pour ne choquer personne et pour ne blesser en rien la
modestie et la simplicité dont ils doivent faire profession. Il leur apprendra
aussi à distinguer ce qui est de devoir d'avec ce qui n'est que de convenance,
de bienséance, et dans ces sortes de devoirs quels sont ceux qui doivent tenir
le premier rang.
0912.- Les personnes peu
judicieuses et les esprits frivoles vont facilement d'une extrémité à l'autre;
les capricieux font souvent de même, si on les reprend sur un défaut, ils
tombent dans le vice opposé, c'est sur quoi le Frère Maître des novices
surveillera avec soin ses disciples, afin de les prémunir contre de pareils
écarts, et de réformer en eux tout ce qui tendrait à les y conduire. Voici
quelques exemples de ce juste milieu que l'on doit garder en toute chose: en
récréation, il ne faut être ni dissipé ou trop sérieux ni trop bruyant ou
taciturne; en marchant, il ne faut aller ni trop vite ni à pas comptés; avec
ses Frères, n'être ni trop familier, ni avoir un air de contrainte; sur sa
personne, n'être ni recherché et mondain, ni malpropre ou en désordre; dans les
rapports avec les Supérieurs, aller prendre leurs conseils souvent, mais éviter
de leur faire perdre le temps par des longueurs et des inutilités; dans la
dévotion, n'être ni scrupuleux ou minutieux, ni insouciant, sans zèle pour son
avancement et sans ferveur.
0913.- Il fera tous ses
efforts pour leur donner un bon esprit; et, afin de leur faire comprendre en
quoi il consiste, il ne laissera échapper aucune occasion de leur inculquer les
maximes suivantes: 1º le bon esprit estime ses devoirs et son emploi, quels
qu'ils soient et met toute sa gloire et toute son application à les bien
remplir; sans oublier l'accessoire, il s'attache à ce qui est essentiel et
principal. L'esprit frivole n'aime que ce qui flatte les sens, ce qui peut
satisfaire l’amour-propre, il met facilement l'accessoire à la place du
principal et préfère l'agréable à l'utile, le brillant au solide.
0914.- 2º Le bon esprit est
docile, il cède ou recule à propos, se rend facilement à la raison, à
l'autorité, avoue ses torts avec simplicité, ne craint pas de se rétracter et
de convenir qu'il se trompait. Le mauvais esprit est opiniâtre et attaché à son
propre sens; il soutient avec chaleur ses opinions, ne se rend pas à la vérité
connue, et son orgueil l'empêche d'avouer ses torts, même quand il les
reconnaît.
0915.- 3º Le bon esprit est
tout dévoué à son Institut; il en prend les intérêts aux dépens des siens, il
se sacrifie volontiers pour le bien commun, pour procurer le maintien des
Constitutions et des Règles et pour assurer la prospérité de la communauté.
Plein de soumission pour tout ce que l'obéissance demande de lui, il prend
toujours le parti de l'autorité et fait tout ce qui dépend de lui pour porter
les autres au respect et à l'obéissance qui sont dus aux Supérieurs. Le mauvais
esprit est égoïste, il ne s'occupe que de lui, préfère son intérêt à celui de
l'Institut et au bien public, il trouve mille prétextes pour se soustraire à la
direction de ses Supérieurs, critique et censure leur conduite, se plaint et
murmure dès qu'on lui ordonne quelque chose qui ne lui va pas ou qui blesse son
amour-propre, se joint aux mécontents, accueille leurs plaintes, approuve leurs
intrigues et entretient ainsi le mauvais esprit et l'insubordination dans la
maison.
0916.- 4º Le bon esprit se
soutient partout, il est toujours le même, ce qu'il veut aujourd'hui il le
voudra demain, à moins que les circonstances ne soient plus les mêmes. Juste
envers tout le monde il ne fait acception de personne, approuve dans tous ce
qui est bon et vertueux, condamne et reprend dans tous se subordonnés et dans
ses égaux ce qui est vraiment répréhensible; appliqué à ses devoirs par son
esprit de foi, il les remplit tous et toujours avec fidélité, évitant avec un
égal soin le relâchement et une trop grande rigidité. L'esprit frivole et
inconstant, abandonne facilement ses projets, entreprend tout et ne se fixe à
rien; capricieux, il change de sentiment et de manière d'agir, selon la
mobilité de son caractère; aujourd'hui il ne fait attention à rien ou permet
tout, demain il reprend tout avec rigueur et ne pardonne rien; inconséquent, il
ne se conduit que par lui-même, dissimule, ou approuve même dans un confrère ce
qu'il reprend et ne peut supporter dans un autre; régulier et fidèle à ses
devoirs dans certains moments de ferveur, ou dans les choses qui flattent ses
inclinations, le plus souvent il abandonne tout ou ne fait les choses qu'avec
négligence et de travers; libéral et prodigue tant qu'il est simple
particulier, il blâme et condamne l'esprit d'ordre et d'économie de ses
Supérieurs; avare et parcimonieux dès qu'il est en place, il refuse les choses
les plus justes et épargne même le nécessaire, ou il dilapide tout et ne donne
aucun soin à l'administration du temporel de la maison.
0917.- 5º Le bon esprit est
content partout et dans toutes les situations où l'obéissance le veut; il sait
que la terre est un lieu de souffrance, qu'il est impossible d'y trouver un
poste où il n'y ait rien à souffrir et un emploi qui n'ait ses difficultés et
ses embarra; convaincu de ces vérités, il prend son mal en patience, porte sa
croix avec résignation et se garde bien de l'augmenter en se faisant des peines
chimériques. L'esprit faux, l'esprit frivole est rarement content de son sort
et de son emploi, il trouve partout des difficultés, de nouvelles peines, de
nouveaux obstacles, des choses qui ne lui reviennent pas, des personnes qui lui
déplaisent, parce qu'il porte partout son caractère difficile, inconstant et
son défaut de jugement qui sont cause de toutes ses peines.
0918.- 6º Le bon esprit a
toujours les yeux ouverts sur ses défauts, et ne fait pas attention à ceux des
autres, à moins qu'il ne soit chargé de leur conduite; si quelquefois il les
voit, il sait les dissimuler et les supporter; indulgent envers les autres et
sévère pour lui seul, il prend pour lui ce qu'il y a de moindre et de plus
pénible; toujours prêt à rendre service et à obliger tout le monde, il ne
contredit personne et évite avec soin tout ce qui pourrait faire la moindre
peine à ses confrères. L'esprit frivole ne connaît pas ses défauts, il ne
rentre jamais en lui-même, agit et parle sans réflexion, il aperçoit et
condamne avec sévérité les moindre défauts de ses Frères, tandis qu'il se
pardonne tout à lui-même; enfin, il ne peut rien supporter des autres; il se
fâche, se répand en reproches et en injures à la moindre chose qui lui déplaît,
ce qui ne manque pas de troubler la paix et de mettre la division parmi les
Frères.
0919.- 7º Le bon esprit ne
se permet jamais ce que tous les autres ne peuvent se permettre; seul ou
abandonné à sa propre conduite, il agit comme s'il était sous les yeux de ses
Supérieurs, et ne se permet jamais rien de ce qu'il n'oserait faire en leur
présence ou avouer publiquement. Le mauvais esprit, l'esprit frivole cherche
les privilèges, demande des exemptions sans raison, et souvent il se permet des
choses et se donne des licences contraires aux observances régulières, à la
discipline et à l'esprit de communauté; caché et dissimulé, il se contraint
sous les yeux de ses Supérieurs, ne fait rien qui soit répréhensible, en leur
présence qu'il craint et qu'il évite, tandis qu'il se permet, qu'il dit et
fait, quand il est seul ou avec ceux qui pensent comme lui, mille choses qu'il
rougirait d'avouer et qu'il n'oserait se permettre devant ses Supérieurs.
0920.- C'est surtout dans les avis particuliers et
intimes, et dans les corrections que le Frère Maître des novices s'attachera à
donner le bon esprit à ses disciples, et qu'il s'appliquera à leur faire
prendre l'habitude de ne se point conduire par humeur, par inclination,
aversion ou répugnance, mais toujours par des motifs raisonnables et religieux;
leur faisant bien saisir le vrai caractère de la piété, de la dévotion, et
remarquer les illusions où l'on tombe le plus souvent, quand on suit son propre
esprit.
0921.- Pour éprouver la
vocation des postulants et des novices, les corriger de leurs défauts, les
former aux vertus religieuses et leur donner le véritable esprit de l'Institut,
il est nécessaire de les faire passer par diverses épreuves; on pourra les y
laisser plus ou moins longtemps, selon le besoin de chacun, les modérer et même
les commuer dans certains cas; le Frère Maître des novices aura égard pour cela
aux personnes, au temps, au lieu et aux autres circonstances.
0922.- La première épreuve
sera de réfléchir sur leur vocation pour s'assurer si elle vient de Dieu, et de
faire part de leur réflexions au Frère Maître des novices; de s'instruire des
vérités de la religion, dans le cas surtout où ils manqueraient de
l'instruction nécessaire à tout chrétien; de faire la coulpe et de souffrir
d'être repris par les Frères, de se conformer aux Constitutions et aux Règles
communes, de s'habituer aux exercices du noviciat et à la vie de communauté.
0923.- La seconde épreuve
sera de les reprendre en particulier et en public, et de travailler à les
corriger de tous leurs défauts par les bons avis, les réprimandes et les
correction. On commencera par leur faire connaître les défauts les plus graves,
surtout ceux qui seraient extérieurs et pourraient scandaliser, de même que
ceux qui tiennent au caractère ou à un manque d'éducation, comme la grossièreté
et autres qui les rendraient incommodes et pénibles aux autres. Il est
nécessaire aussi de les reprendre pour des fautes légères, et quelquefois même
sans qu'ils soient coupables, afin de les habituer à pratiquer l'humilité, la
mortification et à renoncer à leur volonté.
0924.- La troisième épreuve
consistera à leur donner des pénitences soit publiques, soit particulières. Les
pénitences publiques seront: de se mettre à genoux dans la salle d'exercices,
dans le réfectoire, dans les corridors et même dans le lieu de la récréation;
de baiser la terre, de demander pardon à la communauté, ou aux Frères auxquels
on aurait manqué, de demander son pain au commencement du repas, de balayer les
appartements, d'aller aider à laver la vaisselle et autres ustensiles de
cuisine, d'aller avouer ses manquements extérieurs au Frère Directeur ou à tout
autre Frère ancien que le Frère Maître des novices aura désigné et de leur
demander une pénitence, d'apprendre par coeur quelques chapitres de catéchisme,
de garder le silence pendant les récréations. Les pénitences particulières
seront: de faire quelque acte de vertu ou quelques prières, comme visite au
Saint Sacrement, chemin de la croix, chapelet, etc., des lectures spirituelles
dans un livre désigné, et autres semblables. On pourrait quelquefois retrancher
une partie de la nourriture â un repas, mais on ne doit user de cette pénitence
qu'avec beaucoup de discrétion. Dans tous les cas, il fait éviter d'imposer des
pénitences ou des pratiques ridicules qui seraient plus propres à faire rire ou
irriter, qu'à inspirer l'amour de la vertu.
0925.- La quatrième épreuve
sera de les employer aux travaux manuels dans le jardin ou dans l'enclos, à
balayer les appartements, à servir au réfectoire ou à la cuisine, à laver les
ustensiles, à nettoyer les meubles, les lampes, la chaussure, etc. Le Frère
Maître des novices les emploiera tantôt seuls, tantôt associés à un ou à plusieurs
autres, soit novices, soit anciens dans ces différents offices, où il les
suivra de près. Il est même à propos que, pour mieux étudier leur caractère et
les motifs qui les font agir, il les fasse aussi exercer et observer, avec
autant de soin que de prudence, par quelques Frères fidèles avec lesquels il
leur laissera une certaine liberté.
0926.- Les novices doivent
se soumettre avec humilité et même avec plaisir à toutes ces épreuves. Toutes
les fois que leur Maître leur donnera des avis, ou qu'il leur fera des
réprimandes, ils l'écouteront avec un grand respect, et jamais ils ne diront
rien pour se justifier, même dans le cas où ils se croiraient innocents. Quand
quelque pénitence leur sera imposée, ils seront exacts à l'accomplir
fidèlement, pieusement et de bonne volonté, se gardant bien de témoigner de
l'humeur ou de la peine.
0927.- Mais pour toutes ces
épreuves, le Frère Maître des novices devra mesurer les forces de chacun, faire
attention aux divers caractères et à la santé de ses disciples, ménager les
commençants, et ne rien exiger au-dessus de leur vertu. En ces occasions et
dans les avis particuliers qu'il donnera, il doit se souvenir: 1º que rarement
il s'en rencontrera deux qu'il faille conduire en tout de la même manière; 2º
que le besoins et les maladies spirituelles varient en chaque sujet; 3º que
Dieu a ses voies et ses desseins particuliers sur chacun; 4º que le grand art
de conduire les hommes, c'est d'étudier ces voies, ces attraits particuliers de
Dieu, en sorte que l'on ne fasse que suivre la direction divine. C'est à cela
que le Frère Maître des novices s'appliquera avec un grand esprit de foi et une
grande défiance de lui-même; car on est naturellement porté à vouloir conduire
les autres selon son caractère et selon ce que l'on aime.
0928.- Il aura, le plus
souvent possible, avec chaque novice des entretiens particuliers. Il
s'informera, dans ces occasions, de leur santé et de leur besoins, et il
demandera s'ils sont contents.
0929.- Il n'attendra pas
toujours qu'ils viennent d’eux-mêmes: s'il les voit tristes, rêveurs, il les
fera appeler pour les interroger et savoir la cause de leurs peines, ayant soin
dans ces occasions de les encourager et de leur donner tous les conseils et les
avis propres à dissiper leurs ennuis. Il se montrera disposé en tout temps à
les écouter, quand il viendront d’eux-mêmes exposer leurs doutes sur leur
vocation et les difficultés qu'ils éprouveront dans les service de Dieu. Dans
ces occasions, il doit tout quitter pour les entendre et les consoler.
0930.- Le Frère Maître de
novices se donnera tout entier à la direction de son noviciat; il ne s'occupera
d'aucune autre affaire, quelque bonne qu'elle soit, mais qui n'aurait pas
rapport à ses attributions, à moins que l'obéissance ne lui en fasse un devoir et
qu'elle n'empêche pas l'accomplissement parfait de la charge de Maître des
novices.
0931.- Toutes les semaines,
il verra en particulier les postulants et les novices et recevra leur compte de
conduite. Afin que cet exercice produise tous les fruits qu'on a lieu d'en
attendre, il observera exactement ce qui est marqué à la troisième section de
ce chapitre. Il se fera tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ,
proportionnant ses avis à l'âge, au caractère, aux forces et aux besoins de
chacun, donnant le lait de la dévotion aux faibles et aux commençants, et une
nourriture plus substantielle à ceux d'une vertu plus solide et plus forte.
0932.- Avant de voir les
novices en particulier et avant de les reprendre, il aura soin de demander à
Notre Seigneur son esprit de charité et de force, ses grâces et ses lumières,
le priant de le diriger, de bénir ses paroles et de lui donner la prudence et
le discernement qui lui sont nécessaires en pareils cas.
0933.- Il formera avec soin
les novices au compte de conduite extérieure, leur en fera comprendre les
avantages et la nécessité, leur apprendra la méthode à suivre pour le bien
faire.
0934.- Il pourra renvoyer,
après des épreuves convenables les postulants et les novices qui n'auront pas
les qualités requises pour devenir de bons religieux, de même que ceux qui se
seraient rendus coupables de quelque faute qui mériterait l'exclusion.
0935.- Avant de remettre
aux novices les lettres qui leur sont adressées et que lui aura remises le
Frère Directeur, il a le droit de les lire; il verra aussi celles qu'ils
écriront, et les préviendra qu'ils ne doivent en écrire aucune à leur parents
ou à toute autre personne sans en avoir obtenu la permission.
0936.- Si quelque personne
du dehors, parents ou autres, excepté le père et la mère, demandent à parler à
un novice, il le fera toujours accompagner au parloir par un Frère, qui restera
avec lui tout le temps de l'entretien.
0937.- Enfin, il n'oubliera
pas que le temps du noviciat doit être exclusivement employé ainsi qu'il est
marqué à l'article 35.- des Constitutions; et que par conséquent les novices ne
doivent vaquer à aucune étude profane; ils ne seront pas occupés non plus à des
travaux qui pourraient nuire à leur formation religieuse et rompre la durée
intégrale de l'année de noviciat.
0938.- Le principal devoir
des Frères Directeurs et de tous ceux qui sont en charge est de maintenir les
Constitutions et les Règles, de perfectionner dans les vertus religieuses et
dans l'esprit de l'Institut ceux dont ils sont chargés, et de travailler à
combattre et à détruire dans eux-mêmes et dans leurs inférieurs tout ce qui y
serait opposé.
0939.- Le Frère Directeur
est l'âme de la maison, le modèle sur lequel tous les autres se forment; s'il
ne donne pas bon exemple et ne pratique pas le premier ce qu'il commande aux
autres, ses paroles seront sans effet, et il peut croire avec raison qu'il est
la cause de la plupart de fautes que commettent les Frères qui sont avec lui,
et qu'il en rendra compte à Dieu. Le plus important de ses devoirs est donc de
travailler de toutes ses forces à sa sanctification, et de vivre de telle sorte
que sa conduite serve de lumière et de flambeau à tous ceux qu'il dirige et
qu'il instruit. Il faut que sa vie soit comme la règle vivante où chacun puisse
lire la manière dont il doit se conduire pour remplir les devoirs de son état,
pour imiter Jésus-Christ et pour être un religieux selon le coeur de Dieu.
0940.- La première vertu d'un Frère Directeur doit
être un amour tendre pour Notre Seigneur Jésus-Christ. Cet amour doit le porter
à étudier sans cesse la vie, les vertus, les sentiments et l'esprit de ce divin
Sauveur, à méditer fréquemment ses souffrances et l'amour immense qu'il nous a
témoigné dans sa passion, à le visiter et à le recevoir souvent dans le Saint
Sacrement de l'autel, à assister toujours à la sainte messe avec une dévotion
pleine d'amour, et à faire tous ses efforts pour faire connaître et pour faire
aimer ce Dieu fait homme pour nous.
0941.- Membre d'un Institut
tout dévoué à Marie, il doit s'appliquer particulièrement à prendre l'esprit de
cette divine Mère et à imiter ses vertus. Sa dévotion à cette Vierge puissante
le portera à recourir à elle dans tous ses besoins, avec une confiance toute
filiale, à lui consacrer et à mettre sous sa protection sa personne, sa
communauté, l'école, toutes ses entreprises, à répandre son culte et sa
dévotion parmi les Frères et parmi les enfants.
0942.- Il a besoin d'une
foi vive qui anime toutes ses actions par des intentions pures et droites; qui lui
fasse chercher en toutes choses la gloire de Dieu, le bien des âmes, les
avantages de l'Institut, et non ses propres intérêts, ses satisfactions
personnelles ou l'approbation des hommes; qui lui découvre toute l'excellence
de sa vocation, tout le bonheur et tous les avantages spirituels et temporels
qu'elle lui procure; qui lui fasse connaître toute l'importance, toute la
sainteté de ses fonctions, et tout le bien qu'il est appelé à faire, soit
auprès des Frères, soit auprès des enfants; qui le porte à s'estimer heureux
dans les souffrances, les contradictions, les humiliations et les privations.
0943.- Il doit être un
homme d'oraison. Il ne suffit pas qu'il s'acquitte avec exactitude et dévotion
des exercices de piété communs à tous les Frères; il faut de plus que l'esprit
de prière précède, accompagne et suive toutes ses actions; car c'est dans la
prière qu'il puisera, comme dans sa source, cet esprit de réflexion et de
sagesse qui lui est si nécessaire pour bien diriger sa maison. C'est dans la
prière que Dieu lui communiquera les moyens et le secret de plaire et de se
faire aimer, tout en faisant une guerre continuelle aux défauts et aux
imperfections de ses inférieurs. Enfin, c'est par une prière continuelle,
humble et fervente qu'il obtiendra que Dieu bénisse ses travaux, les avis qu'il
donnera aux Frères et les instructions qu'il fera aux enfants.
0944.- A l'esprit de foi et
à l'esprit de prière, il doit joindre un amour et un attrait particulier pour
le silence et le recueillement; cet amour du recueillement, de la vie
intérieure et cachée, doit le rendre exact à faire observer le silence dans la
maison tout le temps prescrit par les Constitutions, à tenir toujours les
Frères occupés et à ne jamais permettre qu'ils se dissipent ou se rendent familiers
avec les séculiers, à éviter tout rapport inutile avec les gens du dehors,
ainsi que toutes les visites et tous les voyages qui ne seraient pas absolument
nécessaires.
0945.- Comme le bon
Pasteur, il doit toujours marcher à la tête de ses Frères, et se trouver
exactement à tous les exercices de communauté; il sera le premier à se rendre à
l'oraison, à l'étude, à l'office, en récréation, en classe, au réfectoire,
etc.; le premier à garder le silence, à pratiquer la modestie, la pauvreté et
l'humilité, donnant ainsi à ses Frères, par sa ponctualité à toutes les
observances régulières, l'exemple d'une régularité parfaite.
0946.- Ceux qui sont
chargés des autres, ont besoin d'être solidement humbles; car, dit le
Saint-Esprit, plus vous êtes élevé, plus vous devez vous humilier. Le caractère
propre et le plus bel ornement d'un Frère Directeur est l'humilité, c'est le
premier exemple qu'il doit donner à ses Frères, se tenant au milieu d'eux comme
un d'entre eux, ou plutôt comme le serviteur de tous. Cependant l'humilité et
la vue de son néant ne doivent point l'empêcher de conserver son autorité et de
l'exercer, quand il est besoin; mais il doit le faire sans hauteur, sans
fierté, ni dureté, sans esprit de domination; se montrant toujours bon,
prévenant, et le premier à mettre la main à l'ouvrage, ou à rendre service aux
autres.
0947.- A l'humilité il doit
joindre une simplicité toute religieuse, qui se montre dans ses paroles, disant
les choses comme il les pense, et se servant toujours d'expressions communes et
ordinaires; dans sa personne, ayant un maintien humble, naturel et plein de
modestie; dans sa maison, tenant tout dans l'ordre et la propreté, mais sans
aucune recherche et sans se procurer jamais rien qui ressente le luxe ou la
mondanité.
0948.- Pour bien remplir
tous ses devoirs de Directeur, il lui faut un grand dévouement pour l'Institut;
ce dévouement doit le mettre dans la disposition de tout faire, de tout
souffrir et de sacrifier ses forces, sa santé et sa vie même, pour procurer le
bien de l'Institut, il doit le porter à se donner tout entier à la direction de
sa maison pour y maintenir la régularité et la pratique des vertus religieuses,
pour faire avancer les Frères dans la science et dans la perfection de leur
état, pour obtenir les succès et la prospérité des écoles, et pour administrer
le temporel de la maison avec ordre et économie.
0949.- C'est surtout par sa
charité qu'il se rendra aimable et cher à ses Frères; il les aimera tous,
malgré leurs imperfections et leurs défauts, et s'oubliera lui-même pour ne
penser qu'à leurs besoins, pour leur procurer tout ce qui leur est nécessaire,
selon les Constitutions et les Règles, et pour les consoler dans leurs peines.
Non content de ne les laisser jamais souffrir, quand il peut les soulager, de les
diriger et de les aider dans leurs emplois, de les soutenir auprès des autres
Frères, des enfants, des parents et des autorités, il adressera pour eux de
ferventes prières à Dieu, et leur témoignera en toute occasion toute la
tendresse d'un père.
0950.- Plein de zèle pour
la perfection de ses Frères et pour leur avancement dans la vertu, il ne
négligera rien pour les corriger de leurs défauts; et, comme la perfection et
le salut ne sont pas l'ouvrage d'un jour, mais de toute la vie, il ne se
découragera pas de leur peu de progrès, et se montrera content pourvu qu'ils
fassent des efforts pour mieux faire, se gardant bien de se dépiter et de les
abandonner à eux-mêmes, s'ils ne se corrigent pas tout de suite, ou s'ils
reçoivent mal ses avis.
0951.- La douceur doit
assaisonner toutes ses paroles, toutes ses actions et ses réprimandes; elle
doit bannir de son coeur tout ce qui ressentirait le trouble et l'émotion, le
tenir toujours calme et paisible, lui faire éviter toute inégalité de
caractère, quelles que soient ses peines ou ses occupations. Cette vertu bien
pratiquée lui gagnera le coeur de ses Frères et les portera à aller à lui en
toute confiance, pour lui exposer leurs besoins, leurs peines et toutes les
difficultés qu'ils éprouvent dans la pratique de la vertu ou dans l'exercice de
leur emploi.
0952.- Une sage et prudente
fermeté doit toujours accompagner sa douceur, afin qu'elle ne dégénère pas en
faiblesse. Comme ce ne serait pas aimer les Frères que de les laisser croupir
dans leurs défauts, ou de leur permettre de manquer aux observances régulières,
le Frère Directeur mêlera tellement la douceur à la fermeté, selon l'expression
de saint Grégoire, que jamais il n'irrite ses Frère par trop de sévérité, ni
les rende trop libres et indépendants par trop de douceur.
0953.- Pour faire le bien
et pour maintenir l'ordre dans sa maison il a besoin de tenir son rang,
c’est-à-dire, de ne rien faire qui puisse le rendre méprisable, et lui faire
perdre l'estime et la confiance de ses Frères et du public. Pour cela, il doit
être grave dans ses actions, ne se laissant jamais aller à la légèreté ou à
l'emportement; sérieux et discret dans ses paroles, ne se vantant jamais,
prenant toujours le parti des Supérieurs et ne disant rien, pas même une parole
de plaisanterie, qui puisse offenser quelqu'un; poli et honnête dans son
maintien et dans tout ce qu'il fait, se montrant toujours plein d'estime et de
respect pour ses Frères et leur témoignant toutes sortes d'égards, de
prévenances, sans cependant être familier avec eux, ni faire rien de puéril;
calme et toujours le même dans l'adversité comme dans la prospérité, sachant
cacher ses peines et ses embarras, pour ne pas troubles et fatiguer ses Frères.
C'est ainsi que, par son égalité d'âme et son attention à veiller sur lui-même,
il maintiendra son autorité, se fera aimer et respecter de ses inférieurs, et
les conservera dans la paix, la joie et le contentement.
0954.- L'inconstance étant
l'ennemie capitale de la régularité et la première cause du relâchement dans
les communautés, le Frère Directeur aura soin de se prémunir contre ce défaut,
et d'observer pour cela les règles suivantes: 1º suivre dans l'administration
de la maison une marche uniforme et agir toujours de même; 2º exiger des Frères
la fidélité aux petites choses, une grande ponctualité aux observances
régulières et en donner lui-même l'exemple; 3º tenir aussi dans les classes une
conduite toujours égale, soit en ce qui concerne les devoirs classiques, soit
pour ce qui regarde la discipline, la méthode et les procédés d'enseignement,
évitant en cela, comme en tout le reste, toute innovation et tout changement;
4º habituer les Frères à se fixer, à faire toutes choses avec constance, à
poursuivre les mêmes études, à pratiquer les mêmes moyens pour avancer dans la
vertu, leur faisant bien comprendre que c'est de cette constance que dépendent
leur succès dans les emplois qui leur sont confiés et leur progrès dans la
perfection.
0955.- Une des qualités les
plus nécessaires à un Frère Directeur est l'esprit de sagesse, de prudence et
de réflexion. Sans cette qualité, il est impossible qu'il puisse bien remplir
les devoirs de sa charge, fût-il d'ailleurs pieux et instruit; la piété et
encore moins la science ne peuvent pas suppléer à l'esprit de discernement, de prudence
et de réflexion, ou à l'art de gouverner.
0956.- C'est par cet esprit
de prudence et de discrétion qu'un Frère Directeur parlera peu, qu'il sera
toujours plein de réserve et de retenue dans ses rapports avec les gens du
dehors, et surtout avec les autorités, qu'il ne dira rien, ne permettra rien,
ne décidera rien sans avoir prié, pour connaître la volonté de Dieu, sans avoir
réfléchi et consulté les Constitution et les Règles ou ses Supérieurs.
0957.- Le discernement lui
est nécessaire pour donner à chaque Frère les avis conformes à son caractère, à
son attrait, à ses vertus et à ses dispositions, pour discerner les besoins
spirituels, les défauts, le principe des faute de chacun, et pour y apporté le
remède convenable.
0958.- Une autre qualité
indispensable à un Frère Directeur est la vigilance. Cette vertu lui fera
prendre tous les moyens pour prévenir, pour empêcher et pour corriger les abus,
pour obtenir que les Constitutions et les Règles soient observées et que tout
se fasse avec exactitude, au son de la cloche, et en conformité avec les autres
maisons.
0959.- Il lui faut encore
un grande modestie, afin d'édifier tous ceux avec lesquels il aura à traiter,
et de s'en faire estimer et aimer en Notre Seigneur. Avec les séculiers, il
sera court, évitant toute conversation vaine et inutile; il se gardera bien
aussi de leur faire des confidences ou de leur parler soit de ce qui se passe
dans sa maison, soit des Frères, soit de Constitutions ou des Règles.
0960.- Enfin, le Frère
Directeur ne doit pas compter du tout sur lui-même, sur sa science, sur ses
talents, non plus que sur le secours des hommes; mais sur la bonté de Dieu et
la protection de Marie, notre divine Mère; toutefois, il ne doit rien négliger
de ce qui est en son pourvoir pour assurer la prospérité de la maison qui lui
est confiée. La défiance de lui-même, le renoncement à son propre esprit et aux
vues humaines, la confiance en Dieu jointe à l'emploi modéré des moyens
humains, avec des intentions pures: voilà en deux mots ce qui lui assurera
toujours le succès, ce que attirera sur sa maison les grâces et les
bénédictions de Dieu.
0961.- Quand un Frère
Directeur sera arrivé dans une maison pour la diriger, il présentera son
obédience à son prédécesseur, ou, s'il n'y est pas, au Frère sous-directeur,
qui en fera lecture à la communauté assemblée. Il vérifiera, avec son
prédécesseur, l'inventaire du mobilier fera l'arrêté de comptes, comme il est
marqué au chapitre de l'administration du temporel, et écrira l'acte de son
entrée sur le livre d’Annales, lequel acte il signera avec le Frère
sous-directeur et le Frère second Conseiller, s'il y en a un. Cet acte sera
conçu en ces termes: "Je soussigné, Frère N., m'étant rendu a notre maison
de N., pour la diriger, en vertu de l'obédience de notre Révérend Frère
Supérieur Général, en date du..., lecture faite de ladite obédience à la
communauté par le cher Frère N., j'ai signé l'inventaire ci-dessus, après
l'avoir vérifié, et je déclare par le présent acte que je prends la direction
de cette maison. En foi de qui j'ai signé ledit acte, ainsi que les chers
Frères NN.".
0962.- Le Frère Directeur
ne peut gouverner sa maison et diriger les Frères que d'après ce qui est marqué
dans les Constitutions et les Règles; et, s'il n'y trouve pas la conduite qu'il
doit tenir dans certains cas particuliers, il aura recours au Frère Provincial
ou au Frère Supérieur Général pour lui proposer ses difficultés, et se
conformera exactement à ce qui lui sera répondu.
0963.- Si l'affaire est
pressante et grave en même temps, il consultera le Frère Sous Directeur ou son
Conseil, s'il en a un; il fera ensuite ce qu'il jugera plus à propos, ayant
soin d'informer de tout le Frère Provincial et de lui faire connaître l'avis
que lui a donné son Conseil, ou le Frère sous-directeur.
0964.- Loin d'être dispensé
de l'observance des Constitutions et des Règles, le Frère Directeur doit au
contraire en donner l'exemple le premier; il ne doit se distinguer des autres
Frères ni pour la nourriture, ni pour l'habillement, ni pour le lit, mais
suivre en tout la vie commune.
0965.- Il aura soin
d'arrêter ses comptes régulièrement et d'en envoyer l'état au Frère Supérieur
Général et à son Conseil, comme il est marqué à l'article 168. des
Constitutions. Il ne fera aucun emprunt, il ne prêtera pas de l'argent, et il
se conformera pour l'administration du temporel de sa maison à ce qui est
prescrit dans le chapitre IV, deuxième partie des Constitutions, et le chapitre
IX, première partie de Règles du gouvernement.
0966.- Quand il fera faire
quelque objet de mobilier, des souliers, ou tout autre objet qui regarde le
trousseau des Frères, il fera confectionner le tout selon l'usage et la forme
prescrite par les Constitutions et les Règles, et il aura soin de s'y conformer
jusque dans les plus petits détails, tant pour lui que pour les autres,
persuadé que Dieu demande de lui cette exactitude et qu'il lui en fera rendre
compte.
0967.- Dans les repas, il
écartera tout ce qui ressentirait l'extraordinaire, la profusion, la
superfluité dans la nourriture, en quelque temps, jours ou circonstances que ce
soit, les Petits Frères de Marie ne devant jamais sortir de la simplicité qui
est le caractère distinctif de leur Institut.
0968.- Il écrira au Frère
Supérieur Général et au Frère Provincial, selon qu'il est dit aux articles 272.
et 273. des Règles communes, pour leur rendre compte de sa maison, de ses
Frères et de sa conduite personnelle, ses rapports concernant la conduite des
Frères doivent être exempts de toute exagération, et faire connaître les torts
de ceux qui en son l'objet, sans les augmenter ni les diminuer. Il aura soin
que le Frères écrivent régulièrement aux Supérieurs aux époques fixées.
0969.- Il ne pourra donner
ni faire donner des leçons, soit aux enfants qui fréquentent l'école, soit à d'autres,
hors les temps des classes, non plus que pendant les vacances, sans une
permission signée du Frère Provincial; et, dans le cas où il aurait obtenu
pareille permission, il aurait soin de la transcrire dans le livre de
délibérations ou d’Annales, avec les raisons qui y ont donné lieu. Les Frères
ne donneront jamais de leçons à domicile.
0970.- Il ne peut recevoir
des pensionnaires, ni même se charger des enfants externes après les classes,
sans permission.
0971.- Il ne fera imprimer
ou lithographier aucun écrit, aucun programme de distribution de prix, ni aucun
autre objet, quel qu'il soit, pas même des bons points, sans en avoir obtenu la
permission du Frère Provincial. Il lui soumettra aussi, ou à quelqu'un de ses
délégués, les compliments, les dialogues, les rôles et tout ce qu'il devra
faire débiter aux enfants, à l'époque des vacances ou dans d'autres
circonstances.
0972.- Un des principaux
devoirs du Frère Directeur est de veiller à ce que les exercices de piété ses
fassent bien dans la maison. Pour cela il aura soin: 1º de les présider
lui-même; 2º de les faire sonner tous à l'heure, lors même que tous les Frères
seraient ensemble dans le lieu où on les fait; 3º de s'y trouver des premiers
et d'exiger que les Frères quittent tout au premier coup de cloche, pour s'y
rendre; 4º de les faire commencer exactement au temps marqué, de faire
attention que tous les Frères y soient, qu'ils s'y tiennent avec respect et
modestie, et qu'ils répondent posément, distinctement et dévotement. Cet
article est un des plus importants pour maintenir les Frères dans l'esprit de
leur état, et des plus propres à attirer les bénédictions de Dieu sur la
maison. Si les exercices de piété sont bien faits, les Frères seront réguliers,
fervents, unis entre eux, contents dans leur vocation, pleins de zèle pour
l'instruction religieuse des enfants; toutes les vertus fleuriront parmi eux;
comme, au contraire, il suffit de manquer les exercices de piété ou de les mal
faire, pour mettre le désordre dans la maison et ouvrir la porte à tous les
abus.
0973.- Dans les maisons où
il y a de pensionnaires, le Frère Directeur marquera les exercices auxquels les
Frères qui sont avec les pensionnaires seront tenus d'assister, soit ensemble,
soit alternativement; il arrangera les choses de manière à donner à tous le
temps de s'acquitter de leurs exercices de piété.
0974.- Il aura soin que les
Frères se confessent régulièrement, et s'il arrivait qu'un Frère négligeât de
se confesser pendant quelques semaines, ou si quelqu'un s'adressait habituellement
à un confesseur autre que celui des Frères, il devrait en prévenir le Frère
Provincial.
0975.- Etant chargé des
Frères qui sont avec lui et devant répondre à Dieu et aux Supérieurs de leur
conduite extérieure, de la manière dont ils observent les Constitutions et les
Règles communes, et s'acquittent de leur emploi, c'est pour lui un devoir
rigoureux de veiller sans cesse sur eux, de les obliger à vivre selon l'esprit
de leur état, de les reprendre, quand ils manquent aux observances régulières ou
à tout autre devoir, d'étudier sans cesse et de prendre les moyens les plus
propres pour les perfectionner dans la vertu et pour faire régner le bon esprit
dans la communauté, c’est-à-dire, l'humilité, la charité, l'obéissance et le
recueillement.
0976.- En fait de
régularité, il doit faire cas des moindres choses, ne permettant jamais qu'on
viole les Constitutions et les Règles sous prétexte qu'elles sont peu
importantes. Il ne souffrira pas non plus que les Frères fassent quoi que ce
soit sans sa permission, les obligeant à se faire autoriser pour les plus
petites choses.
0977.- Le Frère Directeur
doit former à la science et à la vertu les Frère qui sont sous sa conduite;
c'est à lui à les affermir dans leur vocation, à leur donner l'esprit de
l'Institut, à continuer et à perfectionner l'éducation qu'ils ont reçue au
noviciat, à les former à l'oraison, aux pratiques de la vie religieuse et à les
diriger dans leurs études et dans leur emploi.
0978.- Il les verra, chacun
en particulier, toutes les semaines, pour le compte de leur conduite
extérieure, et, afin de rendre profitables les avis qu'il leur donnera, il
s'efforcera de gagner leur confiance par une grande cordialité, par des
manières honnêtes et engageantes; mais principalement par une conduite toujours
digne et toujours juste, par une attention soutenue à les prévenir, à les
assister dans leurs besoins, à les consoler dans leurs peines, et à se montrer
en toute occasion plutôt leur père que leur Supérieur.
0979.- L'obéissance étant
la principale vertu du religieux, il s'appliquera particulièrement à leur en
faire comprendre l'excellence, la nécessité et les avantages, á leur en
inspirer l'amour, et à leur en faire prendre l'habitude, exigeant pour cela
qu'ils fassent exactement et sans délai ce qui leur est commandé, qu'ils se
conduissent en toute chose selon ses intentions et les avis qu'il leur a
donnés, qu'ils ne prennent aucun objet dans la maison sans avoir sa permission.
0980.- Il les formera à la
méthode des écoles, il leur donnera les moyens d'établir ou de maintenir
l'ordre et la discipline dans une classe, de donner de l'émulation aux enfants,
de les attirer à l'école, de s'en faire aimer et respecter, et leur apprendra
la manière de bien faire le catéchisme, d'inspirer la piété et l'amour de la
vertu aux enfants et de leur faire aimer la religion.
0981.- Il les formera aussi
à la civilité, à l'ordre et à la propreté, exigeant qu'ils aient toujours un
maintien modeste, décent et religieux, qu'ils observent habituellement les
règles de la politesse, qu'ils se montrent honnêtes et charitables envers tout
le monde, et particulièrement à l'égard de leurs confrères et des enfants,
qu'ils se tiennent propres sans affectation, et qu'ils mettent de l'ordre et de
l'arrangement dans tout ce qui leur est confié et dans tout ce qui est à leur
usage.
0982.- S'il rencontre des
sujets difficiles à former, il ne doit pas pour cela se décourager, ni cesser
de leur donner des avis et des leçons; mais plutôt redoubler de zèle et de soin
à leur égard, leur faire rendre compte plus souvent de leur conduite et de la
manière dont ils s'acquittent de l'emploi qui leur est confié; leur donner peu
d'avis à la fois, mais leur bien faire connaître ce qu'il désire d'eux; leur
montrer ou leur faire montrer ce qu'ils ne savent pas faire; les encourager
s'ils se laissent aller à l'abattement, et leur témoigner une grande bonté. Par
ces moyens et autres semblables, il arrivera souvent que ceux qui avaient paru
d'abord peu propres à quelques fonctions, et même à la vie religieuse,
deviendront des sujets très capables, et lui donneront autant de consolations
qu'ils lui auront coûté de peines et de soins pour les former.
0983.- Il fera tous ses
efforts pour inspirer au public et aux enfants de la confiance pour les Frères
qui sont avec lui, et pour y parvenir, il aura soin d'en parler toujours avec
estime, de les traiter avec honneur et respect, de ne jamais les reprendre
devant les élèves, d'excuser, autant que possible, les fautes et les
manquements qu'ils pourraient faire en présence des étrangers.
0984.- Etant obligé de
pourvoir à tous les besoins des Frères qui sont avec lui, il doit procurer à
chacun ce qui lui est nécessaire, et avoir soin qu'aucun ne souffre ou manque
de quelque chose, sous le rapport de la nourriture et de l'habillement. Quand
les Frères lui exposent eux-mêmes leurs besoins ou lui demandent quelques
permissions qui ne sont pas contraires aux Constitutions et aux Règles il doit
les écouter avec bonté et leur accorder ce qui est juste et raisonnable, sans
le leur faire solliciter plusieurs fois.
0985.- Le silence étant le
soutien de la piété et de la discipline religieuse, il sera exact à le faire
garder tout le temps prescrit par les Constitutions; il ne permettra pas que
les Frères y manquent et fassent quoi que ce soit qui puisse les dissiper et
troubler le recueillement. Quand il sera nécessaire de parler, il exigera qu'on
le fasse en peu de mots et à voix basse, autant que possible; il portera même
son attention à faire éviter toute espèce de bruit, en marchant, en ouvrant et
en fermant les portes, et il aura soin en cela, comme dans tout le reste, de se
montrer le modèle des Frères, et de ne rien exiger d'eux sans le faire le
premier.
0986.- Un des points les
plus importants pour conserver les Frères dans l'esprit de leur vocation, c'est
de les tenir toujours occupés, soit à l'étude, soit à un emploi manuel; pendant
les études, les Frère Directeur les obligera à étudier tout le temps et ne
souffrira jamais qu'ils restent oisifs, ou qu'ils s'occupent d'autre chose sans
permission et sans une véritable nécessité. Il aura soin aussi de voir et
d'examiner leur travail, de diriger leurs études et de leur donner ou de leur
faire donner des leçons, au moins de temps en temps. Il fera réciter aux Frères
la méthode d'oraison toutes les semaines, et une leçon de catéchisme tous les
jours aux Frères de voeux temporaires.
0987.- Les Frères ne
doivent lire aucun livre sans la permission du Frère Directeur, lequel
désignera à chacun ceux qui lui conviennent et qu'il pourra lire. S'il
surprenait un Frère à lire un livre dangereux, il le lui ôterait et en
préviendrait le Frère Provincial, si la chose lui paraissait grave.
0988.- Il exigera que les
Frères soient toujours ensemble pendant les récréations, et si quelqu'un
manque, il doit savoir où il est, et l'obliger à être avec les autres, à moins
qu'il ne juge à propos, pour de bonnes raisons, de l'autoriser à s'absenter.
Son devoir pendant ce temps et d'être avec les Frères et d'avoir soin que tout
se passe bien.
0989.- Les amitiés
particulières étant le fléau des communautés, il aura soin qu'il ne s'en forme
jamais entre ses Frères; s'il s'aperçoit que quelques-uns y sont portés, il
devra les prendre en particulier pour leur faire comprendre les dangers
auxquels ils s'exposent, combien ces amitiés sont opposées à l'esprit de
communauté, et les conséquences qu'elles peuvent avoir; il leur défendra toute
communication particulière, évitera de les laisser seuls ou de les employer
ensemble dans un même office. Si ces moyens ne suffisent pas pour les corriger,
il en préviendra les Frère Provincial.
0990.- Le Frère Directeur exiger des Frères qu'ils
soient graves et retenus avec les enfants, qu'ils ne les tutoient jamais et ne
se permettent aucune familiarité avec eux; il ne souffrira pas non plus que les
enfants externes, de quelque classe qu'ils soient, restent dans la maison avant
ou après les classes, sous quelque prétexte que ce soit.
0991.- Quand il y a des
enfants qui couchent à la maison, c'est pour le Frère Directeur une obligation
rigoureuse de les surveiller ou de les faire surveiller par un Frère, de
manière qu'ils ne soient seuls ni le jour ni la nuit, ni en classe ni en
récréation.
0992.- Le Frère Directeur
rend seul raison aux parents des enfants et aux autres personnes.
0993.- Persuadé que moins
il aura des rapports avec le monde, plus il en sera estimé, que les entretiens
avec les séculiers ne peuvent qu'affaiblir sa piété, lui faire perdre l'esprit
religieux et l'exposer à de grands dangers, il ne communiquera avec les
personnes du monde que par nécessité, et il sera court dans ses entretiens avec
elles.
0994.- Il ne fera de
visites que le moins possible et seulement aux personnes d'autorité et aux
principaux bienfaiteurs de la maison; il n'en fera jamais la nuit, à moins que
ce ne fût à M. le Curé ou à M. le Maire, pour des choses indispensables et qui
ne peuvent pas se renvoyer. Dans toutes ses visites ou sorties il se fera
accompagner par un Frère.
0995.- Il ne fera aucune
lettre ou billet, ni toute autre chose de ce genre pour les personnes du monde,
il ne prendra part sans une spéciale permission du Frère Provincial ou du Frère
Supérieur Général, à aucune oeuvre de piété ou de charité étrangère aux
fonctions de l'Institut. Ainsi, il ne se prêtera, ni lui ni ses Frères, pour
faire des reposoirs, des décorations, à l'occasion des processions ou autres
cérémonies extérieures.
0996.- Il aura un très
grand soin qu'on ne laisse jamais entrer les personnes du sexe dans la maison,
si ce n'est dans le parloir. Dans les maisons où il y a des pensionnaires, on
préviendra les parents de cette règle afin de n'éprouver plus tard aucune
difficulté pour la faire observer. A l'occasion de l'entrée et de la sortie des
élèves dans les pensionnats, il peut être toléré que les personnes du sexe
entrent dans les appartements destinés aux pensionnaires.
0997.- Il ne fera jamais
manger ni boire les séculiers; s'il en reçoit quelques services, il les payera
ce qu'il convient, sans leur offrir à manger, à moins d'une grande nécessité,
et en ce cas il en prendra note chaque fois, et en fera part au Frère
Provincial.
0998.- Il n'écrira que les
lettres nécessaires pour les besoins de la maison, et il n'aura pas de
correspondance avec les autres Frères, sans un réel besoin.
0999.- Il n'introduira
aucune pratique dans la maison, même sous prétexte de piété, sans la permission
par écrit du Frère Provincial ou du Frère Supérieur Général, qui ne la donnera
qu'après avoir examiné la chose et pour des raisons graves.
1000.- Il aura soin de visiter souvent sa maison
pour s'assurer si tout est en ordre, s'il n'y a point de meubles cassés, si les
provisions sont bien retirées, bien tenues et ne se gâtent pas, si chaque chose
est à sa place, si le Frère qu'il a chargé de balayer les appartements, fait
son devoir et tient tout en état de propreté.
1001.- Il aura soin que le
linge sale soit retiré dans un endroit où il ne soit pas à le vue des étrangers
ni des enfants, et qu'il soit placé de manière qu'il n'ait rien à craindre de
l'humidité ni des animaux.
1002.- Il veillera à ce que
le linge ne soit pas prodigué; mais il évitera aussi de tomber dans l'extrémité
opposée, et fera changer de linge à propos, afin que la propreté règne dans la
maison et sur la personne des Frères.
1003.- Il exigera que
chaque Frère ait soin de ses habillements, ainsi que de tout ce qui est à son
usage, et que personne ne laisse traîner, à côté de son lit, ou ailleurs,
aucune partie de ses vêtements, ni quoi que ce soit de ce qui lui est confié.
1004.-
Toutes les fois qu'il donnera le linge à laver, il prendra note de toutes les
pièces qu'il enverra à la lessive, ayant soin de remettre cette note à la
blanchisseuse, après avoir compté le linge en sa présence, s'il est nécessaire,
et de conserver par devers lui le double de cette note, pour servir au besoin.
Quand le linge rentrera, on le comptera de nouveau, pour voir s'il ne manque
aucune pièce et pour reconnaître si rien n'a été changé ou perdu.
1005.- Il ne laissera
jamais les clefs aux armoires du linge, des classiques, et surtout au bureau où
se tient l'argent; mais il les aura toujours avec lui.
1006.- Quand il donnera de
l'argent au Frère chargé du temporel ou à tout autre Frère, pour faire quelque
achat, il aura soin de s'en faire rendre un compte exact, et ne permettra
jamais qu'un Frère achète la moindre chose sans sa permission.
1007.- Il veillera
particulièrement sur le Frère chargé du temporel et lui apprendra à bien faire
la cuisine, à avoir soin du ménage, à tenir toute chose en état de propreté; il
le formera aussi à l'économie et l'obligera à donner à la préparation des
aliments tout le temps nécessaire, à prendre soin des provisions, des
ustensiles de cuisine, et à tirer parti du jardinage; il ne souffrira pas non
plus qu'il s'écarte de l'ordinaire en usage dans l'Institut et prescrit par les
Constitutions et les Règles.
1008.- Il est nécessaire
que son attention se porte sur tout, afin d'empêcher toute prodigalité, toute
superfluité, toute dépense inutile et tout abus, dans la nourriture, l'ameublement,
le vêtement, la chauffage, l'éclairage, les frais de bureau, ainsi que dans une
foule d'objets dont on peut se passer.
1009.- Il tiendra à ce que
les provisions d'huile, de beurre, de fruits et autres soient toujours fermées
à clef, afin de prévenir tout accident.
1010.- Il sera exact à marquer l'entrée et la sortie
des élèves qui paient une rétribution, ainsi que le taux de cette rétribution
pour chacun d'eux. Il n'est pas moins important qu'il marque fidèlement les
recettes de ces rétributions, quand les élèves ou les parents les apportent; à
cette fin, il aura en classe, dans le tiroir de son siège, un cahier ou
main-courante dans lequel il inscrira à l'instant même, tout ce qu'il recevra
pour cet objet, prenant ensuite un moment dans le jour ou au moins toutes les
semaines pour porter ces recettes dans les livres destinés à cette fin.
1011.- Il aura soin que la
porte d'entrée soit toujours fermée par derrière avec un verrou ou avec une
forte serrure, et qu'il y ait un marteau ou une clochette pour avertir le
portier.
1012.- Tous les jours,
avant de se coucher, il s'assurera par lui-même ou par un Frère prudent, si
toutes les portes extérieures sont fermées, ainsi que les fenêtres basses et
les volets, si elles en ont, si le feu est couvert et ne présente aucun danger,
il exigera aussi que les Frères soient couchés à l'heure marquée par les Règles
Communes.
1013.- En quittant
l'administration d'une maison, le Frère Directeur rendra compte de tout à son
successeur; et, dans le cas où il ne serait pas arrivé, il le rendrait au Frère
sous-directeur et même à son Conseil, s'il y en avait un dans la maison. Il
fera l'inventaire général de sa maison, tant du mobilier que des dettes actives
et passives, de l'argent en caisse, des provisions, des titres et contrats,
etc; une copie de cet inventaire, sera remise au Frère Provincial à son premier
passage.
1014.- Le Frère Sous-Maître
des novices soit être un Frère pieux, mais d'une piété sage, éclairée, qui
édifie, qui soit propre à inspirer la dévotion et le goût de la prière, qui
fasse aimer ce saint exercice aux novices, qui leur en donne une haute idée et
les porte à prendre tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour devenir
eux-mêmes des Frères véritablement pieux.
1015.- Il doit avoir
mortifié ses passions et corrigé dans son caractère tout ce qui pourrait le
rendre pénible à ceux qu'il instruit, ce qui demande de lui une solide vertu,
ou du moins un grand désir de l'acquérir et des efforts continuels pour y
parvenir.
1016.- Il est nécessaire
qu'il soit d'un caractère gai, ouvert, doux et affable, qu'il soit très
honnête, qu'il ait des manières simples, mais nobles et religieuses.
1017.- Quoiqu'il doive être
toujours d'un abord très facile, il faut pourtant qu'il soit grave, réservé et
discret, qu'il n'ait aucune familiarité avec aucun Frère ou novice, qu'il ne
parle jamais des défauts de ses élèves à personne, excepté au Frère Maître de
novices, qu'il ne dise et ne fasse rien qui soit de nature à faire mauvaise
impression au à scandaliser.
1018.- Il doit avoir un bon
esprit, c’est-à-dire, qu'il doit aimer sa vocation, son emploi, son Institut,
ses Supérieurs, et qu'il doit être dans la disposition de faire tout ce qui
dépend de lui pour être fidèle à sa vocation, pour acquérir les vertus de son état,
pour remplir parfaitement son emploi, pour servir son Institut, pour profiter
des avis, des instructions, des réprimandes de ses Supérieurs et pour suivre en
tout leur direction.
1019.- Il doit beaucoup
aimer la régularité et la vie de communauté, d'abord pour se plaire dans son
emploi, ensuite pour pouvoir inspirer aux novices un grand amour des
Constitutions et des Règles, et pour leur faire prendre l'habitude d'une
ponctualité et d'une régularité aussi parfaite que possible.
1020.- Un bon jugement et
un sens droit lui sont indispensables, soit pour se conduire avec sagesse,
prudence et discrétion en toute chose, soit pour connaître le caractère, les
défauts, les bonnes dispositions des novices et pour rendre compte de leur
conduite au Frère Directeur, soit pour former, pour développer les facultés de
leur âme, particulièrement le jugement, chose si nécessaire à des religieux
chargés de l'éducation des enfants et obligés par leur état à traiter avec
toutes sortes de personnes.
1021.- Il doit exceller
dans la charité, la douceur, la patience, la mortification et la vigilance,
afin 1º de gagner le coeur des novices, de leur rendre tous les services qu'ils
ont le droit d'attendre de lui, et de se faire, pour ainsi dire, le serviteur
de tous; 2º de supporter, sans se plaindre, ni même sans témoigner, la moindre
peine, les défauts, les manquements, les imperfections de ces mêmes novices, et
de leur répéter sans cesse et sans se décourager, les mêmes avis et les mêmes
leçons; 3º de voir et de connaître tout ce qui se passe dans le noviciat et
d'être parfaitement au courant de la conduite de chacun de ses disciples.
1022.- Il se tiendra très
uni avec le Frère Maître, lui fera part des difficultés qu'il rencontre dans
son emploi, et il se conduira en toutes choses par ses avis et ses conseils.
1023.- Il ne suffit pas
qu'il ait intérieurement un grand respect et un profonde soumission pour le
Frère Maître, il faut de plus qu'il ait soin d'en donner des marques toutes les
fois qu'il en aura l'occasion, afin que son exemple inspire ces mêmes
sentiments aux novices, est les porte à respecter le Frère Maître et à lui être
très soumis.
1024.- Avec les novices, il
suivra la même conduite que le Frère Maître, ne permettant rien, ni n'exigeant
rien de contraire à ce que ce dernier aura refusé, défendu ou permis.
1025.- Il doit faire en
sorte de voir souvent les nouveaux arrivés, afin de les encourager et de les
habituer, il devra aussi les mettre au courant des observances et du règlement
du noviciat, leur faire connaître la manière dont ils devront se conduire
pendant les exercices de piété, les études, les récréations, et leur faire
remarquer avec beaucoup de charité, de ménagements, ce qu'il devront réformer
dans leur extérieur et dans toute leur conduite.
1026.- Il assistera à tous
les exercices de piété, et, autant que possible, à toutes les instructions qui
se feront au noviciat, et il fera en sorte que sa conduite édifie toujours les
novices et leur serve de modèle.
1027.- Pendant les
récréations, il sera toujours avec les novices, et il ne s'absentera pas sans
la permission du Frère Maître et sans s'être fait remplacer.
1028.- Il doit suivre aussi
les novices dans les différents travaux auxquels il les occupera; et, s'il est
obligé de les diviser en plusieurs groupes pour les envoyer travailler en
divers endroits, il aura soin qu'à chaque bande il y ait un novice sur lequel
il puisse compter, et qui devra lui faire connaître la conduite que chacun aura
tenue.
1029.- En occupant les
novices aux ouvrages manuels et à l'entretien de la propreté, il aura soin
d'observer, à l'égard de chacun d'eux, s'il aime le travail, s'il s'y livre
avec goût, s'il a du savoir-faire, s'il met tous ses soins pour s'acquitter
parfaitement de l'office qui lui est confié, s'il a de l'ordre, s'il sait user
des choses avec économie, s'il ne laisse rien gâter, s'il fait preuve de
dévouement et de zèle pour les intérêts de l'Institut, et il aura soin de faire
connaître au Frère Maître tout ce qu'il aura remarqué en bien ou en mal sur ces
divers points et autres semblables.
1030.- Il ne permettra pas
que les novices s'isolent deux à deux, ni en récréation, ni au travail; il
prendra garde aussi qu'il ne se forme point entre quelques-uns des amitiés
particulières, ou qu'ils aient des familiarités défendues; il leur recommandera
de s'aimer tous également, de se traiter comme des frères et comme les enfants
d'une même famille. Il ne manquera pas de donner lui-même l'exemple de cette
conduite, en témoignant à tous la même affection, en ayant pour tous les mêmes
soins, les mêmes attentions, en évitant de parler plus souvent, plus facilement
avec quelques-uns ou de montrer plus de sympathie pour eux.
1031.- Il doit être très
honnête et observer exactement, dans ses rapports avec les novices et dans
toute sa conduite, les règles de la civilité: c'est le moyen de gagner leur
estime et leur confiance, et la voie la plus courte pour les former
parfaitement à la politesse et aux manières honnêtes.
1032.- Il tiendra beaucoup
à l'ordre et à la propreté, il ne négligera rien pour en inspirer l'amour et
pour en faire prendre l'habitude aux novices: car ses deux qualités sont
extrêmement nécessaires aux Frères, parce qu'ils sont obligés d'y former les
enfants, et qu'ils doivent prendre soin eux-mêmes de leur ménage.
1033.- Il donnera ou fera
donner aux postulants tout ce qui leur sera nécessaire, et il les préviendra
qu'ils ne doivent pas garder de l'argent, mais le remettre, s'ils en ont, au
Frère Maître, qui en prendra note.
1034.- Il rendra souvent
compte au Frère Maître de la conduite des novices, faisant connaître fidèlement
leurs bonnes et leur mauvaises qualités, leur caractère, leurs défauts, leurs
talents, les progrès qu'ils ont faits dans la vertu, et ce à quoi ils sont
propres.
1035.- Il donnera une
attention particulière à la santé des novices, prenant garde qu'ils ne fassent
aucune imprudence qui puisse l'altérer, les avertissant d'éviter les courants
d'air, particulièrement quand ils ont chaud, ayant soin en hiver qu'ils ne
souffrent pas trop du froid, et qu'ils soient suffisamment vêtus. S'il
s'apercevait que quelqu'un est indisposé, il devrait le prendre en particulier
pour connaître les causes et la nature de son indisposition, et pour y apporter
les remèdes convenables.
1036.- Il fera tout ce qui
est en lui pour former les novices à la piété, et à la vertu. Les principales
choses qu'il doit s'attacher à leur apprendre, sont: 1º le catéchisme, qu'il
doit leur expliquer avec soin et de façon à leur donner un grand amour pour
l'étude de la religion; 2º les prières en usage dans l'Institut; 3º la méthode
d'oraison et la manière de faire l'examen de conscience.
1037.- Quand un postulant
est admis, il doit s'assurer d'abord s'il connaît suffisamment les mystères et
les vérités essentielles de la religion; s'il le trouve faible sur ce point
important, il lui donnera des leçons particulières, lui apprenant avant tout
les vérités fondamentales de la religion, et lui faisant connaître les
dispositions nécessaires pour recevoir avec fruit les sacrements de Pénitence
et d'Eucharistie.
1038.- Il est nécessaire
aussi que, chaque semaine, il prenne au moins demi-heure pour les former aux
règles de la modestie et de la civilité; il ne manquera pas de les habituer à
la pratique de ces règles, leur faisant observer tout ce qui est prescrit à ce
sujet dans les chapitres IX et X des Règles communes 2º partie.
1039.- Il aura aussi chaque
semaine un moment déterminé pour les exercer à servir la messe, et pour les
former aux cérémonies de l'église, afin que plus tard ils puissent eux-mêmes
donner de semblables leçons aux enfants.
1040.- Tous les jours, il
offrira à Dieu de ferventes prières pour ses novices, demandant à Notre
Seigneur qu'il les conserve dans leur vocation, qu'il leur donne l'esprit de
l'Institut, le don de piété et toutes les vertus de leur état. Il n'oubliera
pas non plus de les consacrer tous les jours à la sainte Vierge.
1041.- Dans toutes les
maisons de l'Institut, il y aura un Frère Sous Directeur, nommé par le Frère
Provincial. Sa charge principale sera de suppléer le Frère Directeur, quand il
sera absent ou malade. Les Frères devront s'adresser à lui comme au Frère
Directeur, qui d'ailleurs lui aura donné ses ordres et fait connaître ses
intentions.
1042.- Les Frères
sous-directeurs doivent être liés à l'Institut par les voeux perpétuels, et
posséder les qualités énoncées aux articles 1042, 1043, 1044 et 1045 du présent
chapitre.
1043.- Il est nécessaire
que le Frère sous-directeur soit un religieux d'une vertu éprouvée, d'un bon
esprit, d'une conduite toujours édifiante, afin que par ses exemples il porte
tous les autres à la soumission envers le Frère Directeur, à la fidélité aux
Constitutions et aux Règles et à la pratique des vertus propres aux Petits
Frères de Marie.
1044.- Comme conseiller du
Frère Directeur, le bon sens et la prudence lui sont nécessaires pour bien
juger des choses et pour donner un bon conseil; il a besoin aussi de bien
posséder l'esprit de son état, d'être tout dévoué à l'Institut et de donner
toute son application aux affaires dont il sera chargé ou sur lesquelles le
Frère Directeur lui demandera son avis.
1045.- Il doit être discret
et circonspect dans ses paroles, gardant le plus grand secret sur toutes les
affaires de la maison et particulièrement sur ce que le Frère Directeur lui
aurait communiqué des autres Frères, réservé dans toute sa conduite, se
montrant bon, honnête et affable envers tous les Frères, mais sans se
familiariser avec aucun et sans faire aucune confidence à personne.
1046.- Il doit être très uni
au Frère Directeur, mais d'une union toute sainte, qui ne tende qu'à procurer
la prospérité de la maison, l'exacte observance des Constitutions et des
Règles; il s'efforcera par ses discours et plus encore par ses exemples, de
maintenir le bon ordre, la paix et l'union parmi les Frères.
1047.- Ce sera
ordinairement lui qui sera réglementaire, c’est-à-dire, qu'il aura soin de
réveiller les Frères le matin, et de sonner la cloche pour les appeler aux
divers exercices de communauté. Il doit être très exact à s'acquitter de cette
fonction et ne jamais retarder les exercices d'un seul moment, car c'est ici un
des premiers principes en fait de régularité et un grand moyen de maintenir le
bon esprit dans une maison religieuse et d'y attirer les bénédictions de Dieu.
1048.- Le Frère
sous-directeur aura connaissance du temporel de la maison, des recettes et des
dépenses de chaque mois, il sera toujours aux arrêtés de comptes et les signera
avec le Frère Directeur. Enfin, il doit être tellement au courant des affaires,
qu'il en puisse rendre comte aux Supérieurs toutes les fois qu'il en sera
requis.
1049.- Il pourra être
chargé de vendre les objets classiques et de rendre raison aux parents des
élèves, si le Frère Directeur ne peut pas remplir ces fonctions par lui-même;
mais avant de les lui confier, on doit avoir l'agrément du Frère Provincial.
1050.- C'est lui ordinairement que le Frère
Directeur chargera de faire tenir la maison propre. A cet effet, une fois
toutes les semaines, le jeudi comme ayant plus de temps, il suivra tous les
appartements, pour voir s'ils sont balayés et si tout est en ordre; il visitera
avec soin la cuisine, les placards, pour s'assurer si les aliments sont tenus
proprement et ne se gâtent pas; il rendra toujours compte du résultat de sa
visite au Frère Directeur, et s'il avait trouvé dans la maison quelque objet
qui ne fût pas bien soigné, ou quelque chose qui eût besoin de réparation, il
lui en parlerait.
1051.- En toute occasion,
il prendra le parti du Frère Directeur, soutenant son autorité, excusant ou
justifiant sa conduite, dans le cas où elle serait blâmée par quelqu'un. S'il
entendait des Frères se plaindre ou murmurer contre le Frère Directeur, s'il en
remarquait qui fussent prévenus contre lui, il devrait leur faire comprendre
combien leurs plaintes et leurs murmures déplaisent à Dieu, qui regarde comme
fait à lui-même tout ce qui est dit ou fait contre les Supérieurs, et les
porterait à se défaire de leurs préventions et à prendre les sentiments
d'équité et de confiance qu'on doit à ses Supérieurs.
1052.- Il fera connaître au
Frère Directeur les plaintes qu'on pourrait faire contre lui, il l'avertira
aussi, avec respect et en secret, de ce qu'il y aurait dans sa conduite, dans
son administration ou dans sa manière de traiter avec les personnes, qui
donnerait lieu à de justes mécontentements ou à des murmures, soit de la part
de Frères, soit de la part des élèves ou de leurs parents.
1053.- S'il remarquait
quelque désordre dans la maison, s'il voyait des abus s'introduire, surtout au
sujet des sorties et des rapports avec les personnes du monde, il devrait en
prévenir le Frère Directeur et le prier avec humilité d'y apporter remède; et
si ce dernier négligeait de la faire, et plus encore s'il en était l'auteur, il
faudrait en prévenir le Frère Provincial ou le Frère Supérieur Général.
1054.- S'il s'aperçoit que
quelque Frère ne fait pas son devoir, qu'il n'est pas régulier, pieux, discret
et retenu dans ses paroles, qu'il ne s'acquitte pas bien de son emploi ou fait
quelque chose contre les Constitutions ou les Règles à l'insu du Frère
Directeur, il en avertira ce dernier.
1055.- Du reste, il doit
être toujours prêt à rendre service aux autres Frères, à les aider dans leur
emploi, à leur montrer ce qu'ils ne savent pas faire et à les assister dans
leurs besoins. Si le Frère Directeur le juge à propos, il fera réciter le
catéchisme aux jeunes Frères, leur apprendra la manière de faire le catéchisme
aux enfants et leur donnera des leçons.
1056.- En l'absence du
Frère Directeur, il présidera les exercices de piété et aura soin de les faire
commencer à l'heure précise, de veiller à ce que tous les Frères y soient,
qu'ils s'y tiennent bien, qu'ils y répondent posément et qu'ils prient avec
attention et piété.
1057.- Si le Frère Directeur
était absent ou malade, le jour où doit se faire la coulpe, il la présiderait,
ayant soin de ne reprendre les Frères qu'avec beaucoup de ménagement et de
douceur.
1058.- Quand il remplace le
Frère Directeur, il ne doit rien faire d'extraordinaire, rien permettre, ni
rien changer sans sa permission; il doit même avoir pris ses ordres sur ce qui
est à faire, et se conformer en tout à ses intentions.
1059.- Enfin il
contribuera, autant qu'il dépendra de lui, à la bonne administration du
temporel, à la tenue des comptes, au maintien de Constitutions, des Règles et
des vertus de l'état, et surtout il s'efforcera de donner aux Frères l'exemple
de la soumission la plus entière envers le Frère Directeur.
1060.- Le Frère Econome est sous la dépendance du
Frère Directeur, comme les autres Frères de la maison.
1061.- Le Frère Econome
soigne le temporel de la maison. S'il y a des domestiques, comme dans certains
pensionnats, c'est lui qui les surveille et les occupe, leur fait une
instruction religieuse chaque semaine, les dimanches et fêtes, autant que
possible; il préside leurs exercices de piété, à moins que le Frère Directeur
ne désigne un autre Frère pour cela; il tient les comptes, fait les recettes et
les dépenses, vend les classiques aux élèves reçoit les pensions des internes
et les rétributions scolaires.
1062.- C'est le Frère
Directeur qui reçoit les élèves et arrête les conditions de leur admission. Ces
conditions sont consignées dans un registre spécial et remises au Frère Econome
le jour même, autant que possible. Il est entendu que le prix de la pension es
fixé par le Frère Supérieur Général.
1063.- Les recettes et les
dépenses seront inscrites au fur et à mesure qu'elles auront lieu, dans le
livre Brouillard-Journal, et reportées ensuite dans les livres auxiliaires.
1064.- Chaque pensionnaire
aura dans le grand-livre son comte établi par Doit et Avoir, en tête duquel
seront inscrites les conditions de son admission. Il y aura également dans les
pensionnats un livre de quittances à souche.
1065.- Le premier et le
troisième lundi de chaque mois, le Frère Econome fait, avec le Frère Directeur,
la balance de la caisse; cette balance fait, il prend l'argent nécessaire aux
dépenses courantes de la quinzaine qui suit, et dépose le reste dans la caisse
à trois serrures. Cependant, si l'on effectuait des recettes importantes, on
les encaisserait immédiatement. Le Frère Econome fait aussi la balance de la
caisse à la visite du Frère Econome général et du Frère Provincial.
1066.- Outre les livres de
comptabilité déjà en usage, il tiendra un livre du Carnet du Coffrefort», dans
lequel il inscrira, au fur et à mesure, toutes les sommes déposées dans la
caisse à trois serrures et toutes celles qui en sortiront. Ce carnet, coté,
folioté et paraphé par le Frère Econome général ou par le Frère Provincial
restera dans la caisse même.
1067.- Il tiendra une clef
de la caisse à trois serrures; les deux autres clefs resteront respectivement
entre le mains du Frère Directeur et du Frère sous-directeur. Si l'un des trois
devait faire une absence prolongée, il remettrait sa clef à un autre Frère
désigné par le Frère Provincial. Le Frère Econome ne quittera pas la maison
sans l'agrément du Frère Directeur, et quand il sort il lui laissera la clef de
la caisse courante.
1068.- Pour les
approvisionnements un peu considérables, pour le changement de fournisseurs et
pour les réparations ordinaires de la maison et de ses dépendances, il
s'entendra avec le Frère Directeur et son Conseil. S'il s'agissait de grosses
réparations ou de constructions, on se conformerait à ce qui est prescrit à
l'article 184 des Constitutions et l'art. 671 des Règles du gouvernement.
1069.- Dans les maison où
l'économat n'occupera pas suffisamment le Frère Econome, le Frère Directeur,
après s'être entendu avec le Frère Provincial, lui désignera les choses
auxquelles il devra s'employer.
1070.- Ces règles sont applicables aux Frères
Economes provinciaux, en ce qui concerne l'économat de la maison provinciale.
1071.- Généralement, dans
toutes les maisons de l'Institut, il n'y aura qu'une seule caisse, et tout
l'argent de la maison, de quelque part qu'il vienne, y sera déposé chaque jour.
1072.- Dans tous les
noviciats, comme dans tous les pensionnats où il y aura un Frère Econome et où
l'argent est déposé dans deux caisses, la caisse à trois serrures et la caisse
courante, le dépôt de l'argent se fait comme il est dit dans la règle des
Frères Economes. Cependant, le Frère Directeur de ces maisons pourra avoir à sa
disposition une somme de trente à quarante francs, pour les besoins imprévus
qui pourraient se présenter; dans ce cas, il remettra au Frère Econome la note
détaillée des dépenses qu'il aura faites.
1073.- Sur un billet du
Frère Directeur, le Frère Econome fournira aux Frères les objets dont ils
auront besoin, suivant les règles et l'usage.
1074.- Dans les noviciats
et pensionnats, comme dans les autres maisons, l'argent, de quelque part qu'il
vienne, doit être versé dans la caisse courante. L'argent provenant de la vente
des classiques et autres objets y sera versé en totalité, tous les jours, ou au
moins deux fois par semaine.
1075.- Le fonds du dernier
de Saint-Pierre et autres oeuvres, les fonds provenant des amendes, locations
de jeux, etc., tous les fonds quelconques, provenant de quelque part que ce
soit, doivent également être remis, chaque jour, au Frère Directeur ou au Frère
Econome.
1076.- Les Frères Economes
rendront compte de leur administration conformément aux articles 167 et 168 des
Constitutions.
1077.- Les Frères sont
tenus de prendre, autant que possible, toutes les fournitures classiques et les
livres de prix aux maisons provinciales.