REGLES COMMUNES DE 1923

 

1. Le but des Petits Frères de Marie est: 1º de travailler à la plus grande gloire de Dieu, à l'honneur de la Très Sainte Vierge Marie et à leur propre sanctification; 2º de procurer le salut des âmes en instruisant les enfants des vérités de notre sainte religion et en les formant aux vertus chrétiennes. A cette fin, ils tiendront des écoles où ils donneront avant tout à leurs élèves l'instruction et l'éducation chrétiennes, et ensuite les connaissances qui pourront leur être nécessaires plus tard

 

2. Les membres de cet Institut porteront le nom de Frères, afin de se rappeler sans cesse qu'ils ne forment tous qu'une même famille, qu'ils doivent s'aimer, s'édifier et s'aider mutuellement à parvenir à la sainteté

 

3. La perfection d'un Frère dépendant principalement de sa régularité et de sa manière de vivre selon l'esprit propre de sa vocation, les Petits Frères de Marie s'appliqueront par-dessus tout à acquérir et à conserver l'esprit de leur Institut, à en étudier d'abord les Constitutions et ensuite les Règles; et ils travailleront de toutes leurs forces à s'y conformer le plus parfaitement possible

 

4. Par amour pour Notre Seigneur, ils se détacheront de toutes les choses de la terre, et en particulier de leurs parents et de tout ce qu'ils ont laissé dans le monde, se rappelant que c'est à eux surtout que s'adressent ces paroles de Jésus-Christ: Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple (Luc,XIV,33). Et ces autres: Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi (Matth.,X,37) 5. La vocation à la vie religieuse étant une des plus grandes grâces que Dieu puisse faire à une âme, ceux que la divine bonté a retirés du monde pour les faire entrer dans l'Institut des Petits Frères de Marie, doivent lui en rendre de continuelles actions de grâces, et prendre tous les moyens pour persévérer dans leur saint état, malgré les difficultés qu'ils pourront éprouver; car abandonner sa vocation, c'est risquer de se perdre

 

6. Les Frères se proposeront d'acquérir les vertus solides et parfaites, telles qu'une humilité profonde, une obéissance entière, une abnégation continuelle d'eux-mêmes, un amour tendre et généreux pour Jésus-Christ et pour sa divine Mère, et un zèle ardent pour les salut des âmes. Ils s'efforceront de se tenir dans la voie de l'humilité, de la simplicité et de la modestie qui forment le caractère propre de cet Institut. C'est par la pratique constante de ces vertus qu'ils travailleront efficacement à leur perfection et qu'ils se rendront véritablement utiles au prochain

 

7. Le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, qui doit être une des principales vertus des Frères, doit les porter à acquérir les vertus et les connaissances nécessaires pour instruire solidement les enfants des mystères de notre sainte foi et des vérités du salut, pour conserver leur innocence, pour former leur coeur à la vertu et pour leur faire aimer et pratiquer la religion; en un mot, le zèle demande s'eux qu'ils prennent tous les moyens que leur fournit leur Institut pour faire connaître Jésus-Christ, et qu'ils consacrent leurs travaux, leurs forces, leur santé, leur vie entière à la sanctification des enfants

 

8. Les Frères regarderont les exercices de piété comme le moyen le plus propre et le plus efficace pour éviter le péché, pour corriger leurs défauts, et pour bien faire toutes choses, suivant ce mot de l'Apôtre: La piété est utile à tout (Tim., IV,8)

 

9. Ils ne doivent rien tant désirer que l'esprit de prière et le don d'oraison; car qui sait bien prier, sait bien vivre, dit saint Augustin. De ce point important dépend la conduite de leur vie: elle sera bien ou mal réglée selon qu'ils s'acquitteront bien ou mal de leurs exercices de piété

 

10. Tous les jours ils feront une demi-heure d'oraison mentale. Si quelqu'un ne pouvait faire l'oraison ou tout autre exercice de piété avec la communauté, le Frère Directeur lui indiquerait un temps dans la journée pour s'en acquitter

 

11. Le sujet de méditation se lira en abrégé seulement, après la prière du soir; et en entier, le matin, au commencement de l'oraison

 

12. Les Frères ne doivent pas se contenter de cette courte méditation du matin; mais ils tâcheront de la continuer dans les différentes actions de la journée par le souvenir de la présence de Dieu et par la pratique des oraisons jaculatoires

 

13. Afin d'acquérir la pureté de l'âme et cette solide connaissance de soi-même qui est si nécessaire pour corriger ses défauts et travailler à sa perfection, ils feront tous les jours dix minutes d'examen de conscience

 

14. Ils feront tous les jours un quart d'heure de lecture spirituelle; cette lecture se fera en communauté

 

15. Ils réciteront tous les jours l'office de la sainte Vierge pour conjurer cette bonne Mère de bénir les écoles, de protéger et de conserver l'Institut. L'office doit se dire en communauté, autant que possible. Les Frères auront soin de le réciter posément, attentivement et dévotement, de bien prononcer tous les mots et de marque la médiante

 

16. Le chapelet doit être la prière chérie des Petits Frères de Marie; ils le diront tous les jours et se feront un devoir d'en inspirer la dévotion à leurs enfants et de leur apprendre à le bien dire

 

17. Ils ne s'imposeront ostensiblement aucune pratique de piété particulière sans la permission des Supérieurs; ils ne s'agrégeront à aucune confrérie sans la même permission; mais ils mettront toute leur application à s'acquitter parfaitement des exercices de piété prescrits par leurs Règles

 

18. Dans les maisons provinciales, de retraite et de formation, on fera en communauté le Chemin de la Croix le vendredi, excepté pendant le temps pascal et depuis Noël jusqu'après l'octave de l'Epiphanie

 

19. La sainte messe étant la plus précieuse et la plus avantageuse de toutes les dévotions, les Frères y assisteront chaque jour et ils se garderont bien de la manquer par leur faute. S'il peuvent l'avoir à une heure convenable, ils y conduiront leurs élèves

 

20. Pour entendre la sainte messe, ils se serviront autant que possible d'un livre de prières et de préférence du Paroissien Romain

 

21. La divine Eucharistie étant la source de tous les biens, le moyen le plus puissant de sanctification, les Frères auront une dévotion spéciale à Jésus dans le Sacrement de son amour, et selon le désir de l'Eglise, ils communieront autant que possible chaque jour, avec de saintes dispositions

 

22. Pour rendre leurs communions plus ferventes et pour en retirer plus de fruits, ils s'y proposeront une intention particulière, comme de demander une grâce spéciale pour eux, pour l'Institut, pour les enfants qui leur sont confiés, etc. Le dimanche, ils offriront leur communion pour les besoins de l'Institut, afin d'obtenir que Dieu le bénisse et le conserve

 

23. Le temps qui suit la sainte communion étant le plus propre pour traiter avec Dieu et pour s'enflammer de son divin amour, les Frères s'entretiendront le plus longtemps possible avec Jésus-Christ, et ils feront une action de grâces convenable

 

24. Les Frères se confesseront chaque semaine; ils s'adresseront autant que possible au confesseur ordinaire. Les postulants, avant la vêture, feront tous une confession générale de toute leur vie, à moins que le confesseur ne le juge pas à propos. Quatre fois par an, on donnera aux Novices un confesseur extraordinaire auquel tous devront se présenter, au moins pour recevoir sa bénédiction. Tous les ans, à la retraite, les Frères feront une revue de l'année, s'attachant surtout à connaître le principe de leurs fautes et les moyens propres pour s'en corriger

 

25. Le Frère Provincial étant chargé de gouverner les Frères de sa province, et devant les corriger de leurs défauts, les former à la vertu et leur confier des emplois convenables dans les divers postes ou ils seront placés , il est nécessaire que chacun lui fasse bien connaître ses aptitudes et ses besoins

 

26. C'est donc une obligation pour les Frères de la province de le tenir au courant, en toute confiance et humilité, de ce qui regarde leur santé, leur travail, leurs fonctions, la manière dont ils observent extérieurement les Constitutions et les Règles communes, les difficultés qu'ils rencontrent, etc

 

27. Ils doivent regarder ces communications et les avis qui en seront la suite comme un moyen très efficace d'amender leur caractère, de sanctifier leur vie, de conserver leur vocation, et de se perfectionner dans la connaissance et l'accomplissement de leurs devoirs d'état

 

28. Les Frères rendront compte de leur conduite, ainsi qu'il vient d'être dit, avec un grand esprit de foi, se persuadant que c'est à Dieu même qu'ils parlent en la personne du Frère Provincial, et que c'est Dieu aussi qui leur parle, les instruit et les corrige par son intermédiaire

 

29. Ils ne s'entretiendront pas entre eux des réponses faites par écrit ou de vive voix à leurs communications, ne parleront à personne des réprimandes et des avis reçus, et s'efforceront de conformer leur conduite à ce qui leur sera prescrit ou conseillé

 

30. Les Frères correspondront avec leur Frère Provincial comme il est dit à l'art. 285 et suivants

 

31. Dans les visites aux maisons de sa province, le Frère Provincial recevra aussi le compte de conduite de chacun des Frères

 

32. Les Maîtres des novices auront grand soin de former les postulants et les novices à cette pratique; ils les verront en particulier, tous les huit jours, autant que possible

 

33. Dans toutes les maisons de l'Institut, les Frères rendront compte de leur conduite chaque semaine, au Frère Directeur

 

34. La coulpe est une satisfaction publique pour les fautes extérieures, particulièrement pour toutes celles qui sont commises contre l'observance régulière; le but de cet exercice est donc de maintenir l'ordre et la régularité, la pratique de l'humilité et de la correction fraternelle

 

35. La coulpe se fera à voix haute et distincte, de manière que tous ceux qui sont présents puissent entendre. Avant l'accusation des fautes et après l'imposition de la pénitence, les Frères baiseront la terre

 

36. L'avertissement fraternel se fait en même temps que la coulpe. Il consiste à faire remarquer à celui qui vient de s'accuser, les fautes qu'il aurait omis de dire ou les défauts auxquels il serait sujet

 

37. L'avertissement n'a lieu que pour les choses extérieures et connues; il doit se faire en peu de mots, avec un grand esprit de charité et de manière à ne blesser personne. Celui qui le fait ne doit avoir en vue que l'avantage de l'Institut, le bien de celui qu'il avertit; celui-ci doit s'humilier, remercier et s'interdire toute excuse, quand même le reproche ne serait point fondé

 

38. Les pénitences qui seront imposées aux Frères à la coulpe, seront de réciter quelque prière, de lire attentivement le chapitre des constitutions ou des Règles communes qu'on a transgressées, ou un chapitre d'un autre livre de piété; de baiser la terre une ou plusieurs fois, de se tenir à genoux pendant un exercice de piété, ou au réfectoire pendant le repas, de demander pardon à la communauté en général ou à quelqu'un en particulier, de se servir quelque temps des objets qu'on a gâtés ou pour lesquels on a témoigné du dégoût, de se rendre des premiers à un exercice de piété ou de communauté ou l'on a accoutumé de venir tard; de tenir à genoux à la porte du réfectoire ou de la salle de communauté, pendant que les Frères y entrent ou en sortent, d'être occupé à la cuisine ou à balayer les appartements, de faire un quart d'heure ou quelques minutes de réflexion sur un point déterminé, ou une visite au Saint-Sacrement

 

39. Les Frères ne parleront à personne ni même entre eux de ce qui s'est passé à la coulpe, soit des fautes dont on s'est accusé, soit des corrections qui ont été faites, soit des pénitences qui ont été imposées

 

40. Les Frères s'estimeront infiniment heureux de porter le nom de Marie, et considéreront le bonheur d'être agrégés dans sa famille comme une des plus grandes grâces qu'ils aient reçues de Dieu

 

41. Ils regarderont et aimeront Marie comme leur mère, comme leur patronne, comme leur modèle et comme leur première supérieure. Tout dans cet Institut lui appartient: les biens et les personnes; tout doit être employé à sa gloire. L'aimer, la servir, répandre son culte et inspirer sa dévotion aux enfants selon l'esprit de l'Eglise, comme moyen d'aimer et de servir plus parfaitement et plus facilement Jésus-Christ, tel est le but, l'esprit de cet Institut

 

42. Les Frères seront pénétrés d'un profond respect pour leur auguste et bonne Mère; tout ce qui la regarde, tout ce qui se rapporte à elle, mérite leur vénération: ses images, ses sanctuaires, le chapelet, les livres qui traitent de ses grandeurs, et enfin tout objet qui rappelle son souvenir, doit leur être cher et précieux. Ils se découvriront et feront une inclination toutes les fois qu'ils passeront devant ses statues

 

43. Toutes ses fêtes seront pour eux des fêtes de famille, c'est-à-dire, qu'elles seront célébrées par tous les membres de l'Institut avec une sainte joie, un respect, un amour et une reconnaissance toute filiale. Tout le jour, s'il est possible, sera consacré à Marie, et on l'emploiera soit à lire quelque livre, soit à faire quelque instruction aux enfants sur le sujet de la fête et sur les avantages de la dévotion à la sainte Vierge

 

44. Les Frères honoreront, d'une manière spéciale, le glorieux privilège de son Immaculée Conception, ayant soin d'en bien instruire les enfants et d'en célébrer la fête avec beaucoup de ferveur et de solennité. Pour obtenir la sainte vertu de pureté, et la grâce de ne jamais offenser Dieu mortellement, ils auront une grande dévotion à Marie conçue sans péché; ils l'invoqueront souvent sous ce titre, particulièrement dans les dangers et dans les tentations contre la sainte vertu et contre la vocation

 

45. La confiance toute filiale et sans borne qu'ils auront en Marie, les portera à recourir à sa protection dans tous leurs besoins tant spirituels que temporels comme à leur RESSOURCE ORDINAIRE; à lui confier toutes leurs peines, leurs craintes et leurs joies; à mettre sous sa protection leurs maisons, leurs écoles, leurs entreprises et, en général, toutes leurs actions. Enfin, ils iront à elle comme un enfant va à sa mère, attendant de sa bonté le succès des écoles, et toutes les grâces qui sont nécessaires pour vivre saintement et mourir en prédestinés

 

46. L'amour qu'ils auront pour Marie les portera à s'appliquer sans cesse à l'imiter et à prendre son esprit; elle est leur modèle et ils doivent tellement s'efforcer de lui ressembler, que tout dans leur personne, dans leur conduite, dans leurs paroles et dans leurs actions rappelle la vie de Marie, retrace l'esprit et les vertus de Marie

 

47. Les Frères s'efforceront d'imiter particulièrement l'humilité, la pureté de Marie et son tendre amour pour Jésus-Christ. A son exemple, ils auront une prédilection particulière pour la vie humble et cachée, pour les emplois les plus ordinaires et les plus bas. Comme elle, ils chériront par-dessus toutes choses l'aimable vertu et prendront tous les moyens pour la conserver. Comme elle, ils fuiront jusqu'à l'ombre du péché; et, vidant leur coeur de toute affection aux créatures, ils n'aimeront que Jésus-Christ et emploieront toutes leurs forces et toute leur vie à le faire aimer

 

48. Dans l'instruction et l'éducation des enfants, ils se proposeront l'exemple de la sainte Vierge, élevant et servant le saint Enfant Jésus; ils se rappelleront que c'est sous sa conduite et sous ses yeux que cet adorable Enfant a crû en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes, et s'appliqueront à imiter l'humilité, la douceur, la charité, le dévouement et les saintes dispositions avec lesquelles la divine Mère a pris soin du divin Enfant, afin de mériter que leurs élèves se forment aussi à la vertu sous leur conduite, et qu'en croissant en âge, ils croissent en même temps en grâce et en piété

 

49. Les Frères ne se contenteront pas d'aimer et d'honorer Marie, ils se regarderont encore comme spécialement obligés de la faire aimer, servir et honorer par tous leurs enfants. L'esprit de l'Institut est de conduire les âmes à Jésus par Marie: ils doivent donc s'efforcer de propager partout la dévotion à cette divine Mère et prendre tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour inspirer à leurs élèves une confiance sans borne en sa protection

 

50. Dans leurs catéchismes, ils saisiront avec empressement toutes les occasions qui se présenteront de parler de la sainte Vierge; en outre, ils feront en sorte de faire chaque semaine, et le samedi, autant que possible, un catéchisme spécial sur ce sujet. Ils s'attacheront surtout: 1º à inculquer aux enfants cette consolante vérité, que la dévotion à Marie est une source de grâces et une marque de prédestination; 2º à les former aux pratiques de piété établies dans l'Eglise pour l'honorer; 3º à les faire agréger à quelqu'une de ses confréries, telle que celle du scapulaire ou du saint Rosaire; 4º à leur faire prendre l'heureuse habitude de lui adresser tous les jours quelques prières et de recourir à elle comme à leur Mère

 

51. Tous les Frères auront à coeur de faire pieusement le mois de Marie, et ils engageront leurs enfants à le faire pareillement avec goût et dévotion. Pour cela, ils ne se borneront pas à faire la petite lecture propre à chaque jour; mais ils auront soin de l'accompagner de solides et pieuses réflexions à la portée des enfants, et de confirmer toujours leurs instructions par quelques traits d'histoire bien choisis, et surtout par l'exemple et la pratique des saints

 

52. Ils s'acquitteront avec ferveur et exactitude de toutes les pratiques de piété qui leur sont prescrites pour l'honorer. Ils porteront toujours sur eux leur scapulaire et leur chapelet. L'image ou la statue de Marie sera dans tous les lieux réguliers de la maison. Enfin la vie de la sainte Vierge et les exemples de vertu qu'elle nous a donnés seront la règle de toute leur conduite. C'est dans ce parfait modèle, comme dans un miroir, qu'ils verront ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils doivent éviter pour plaire à leur divine Mère, pour lui ressembler et pour être ses véritables enfants

 

53. Les Frères de cet Institut s'engagent par voeu à garder la pauvreté, la chasteté et l'obéissance; d'abord, parce que la vie religieuse consiste essentiellement dans les voeux, et que sans les voeux, elle ne serait pas un état de perfection; et, ensuite, parce que les voeux leur assurent de précieux avantages dont les principaux sont: 1º de détruire en eux les trois grands obstacles qui s'opposent à la perfection, c'est-à-dire, l'amour des biens temporels, l'amour des plaisirs charnels et le dérèglement de la volonté; 2º d'augmenter le mérite de leurs actes de vertu et de toutes leurs oeuvres; 3º de les appliquer tout entiers et pour toujours au service de Dieu

 

54. Il est donc très important que les Frères fassent leurs voeux dans de saintes dispositions, qu'ils les regardent comme des préceptes qu'ils se sont imposés et auxquels ils ne peuvent manquer sans offenser Dieu, et qu'ils s'efforcent de les observer avec la plus grande fidélité

 

55. Les Frères se souviendront toujours qu'ils ne sont pas libres de limiter ou d'étendre les obligations de leurs voeux. Ces obligations sont déterminées par l'Eglise et les Constitutions de leur Institut

 

56. Les Frères sont obligés en conscience d'accomplir leurs voeux, à moins qu'ils n'en soient légitimement dispensés; mais qu'ils se rappellent que cette dispense serait sans valeur, s'ils n'ont de justes motifs pour la demander; car, puisqu'il s'agit d'un engagement pris avec Dieu, N. T. S. Père le Pape ne peut détruire cet engagement sans que des raisons véritables et suffisantes l'y autorisent

 

57. Les Frères doivent être bien convaincus que ce serait une grave erreur de douter de l'obligation de leurs voeux, sous prétexte qu'ils étaient jeunes et qu'ils ne connaissaient pas toutes les difficultés de la vie religieuse quand ils les ont faits; puisque la Sainte Eglise n'exige, pour la validité des voeux, que seize ans accomplis et une année entière de noviciat, s'il s'agit de voeux temporaires, et vingt-et-un ans s'il s'agit de voeux perpétuels

 

58. Avant de faire profession, les Frères auront soin de s'instruire parfaitement des avantages et des obligations des voeux; pour cela, ils liront et méditeront attentivement tout ce qui est contenu dans ce chapitre et dans les chapitres VII, VIII, IX, X, XI et XII de la 1re. partie des Constitutions

 

59. Pour s'affermir dans leur vocation, pour ranimer leur ferveur et leur dévotion, pour se renouveler dans l'esprit de leur état, et pour augmenter en eux l'amour de la régularité et de l'obéissance, ils renouvelleront souvent leurs voeux. Le temps le plus convenable pour cela est celui qui suit la sainte communion. De plus, chaque année, à la fin de la retraite, ils feront cette rénovation publiquement et avec solennité 60. A la mort d'un Frère, il doit régner dans toute la maison un profond silence, une retenue, une modestie, un esprit de piété qui édifie tous ceux qui en seront témoins et leur soient une preuve de l'affection et de l'affection et de l'attachement que les Frères se portent mutuellement; et l'on fera exactement et le plus tôt possible pour le repos de son âme ce qui est marqué au chapitre XVIII de la 1re. partie des Constitutions. Une lettre mortuaire, du modèle ci-après, sera envoyée par les soins du secrétariat provincial, pour annoncer le décès de chaque Frère aux communautés de la Province. "Le C.F. Provincial des Frères Maristes, et la communauté de..... ont le regret de vous faire part de la mort de notre cher Frère... né (nom de famille)... décédé le .... dans la ....année de son âge, et la .... année de sa profession religieuse. Ils vous prient d'offrir vos pieux suffrages pour l'éternel repos de l'âme du cher défunt. Les funérailles auront lieu à .... le ..... " R.I.P

 

61. Pour l'enterrement d'un Frère à la maison-mère et dans les maisons provinciales et les maisons de formation, on se conformera à ce qui est prescrit et réglé par le coutumier de ces maisons

 

62. Les Frères accompagneront le corps avec leurs enfants; on pourra inviter les Frères de deux ou trois maisons, s'il y en a de très rapprochées

 

63. Les messes dont il est parlé dans les suffrages pour les défunts, sont des messes basses, sauf la messe d'enterrement, qui est néanmoins comprise dans le nombre indiqué pour chaque Frère

 

64. Dans le but de rappeler à tous le souvenir de nos Frères défunts, et de provoquer en leur faveur des suffrages et des actes satisfactoires, un tableau portant le nom des défunts de la Province sera placé à l'entrée de la Chapelle ou de l'Oratoire, dans chaque maison

 

65. Les Frères se lèveront en tout temps à quatre heures et demie. Au premier coup de cloche, celui qui sera désigné dira à haute voix: Laudetur Jesus Christus, et les autres répondront: Et Maria, Mater ejus. Amen. C'est le signal de la communauté

 

66. Les Frères auront vingt minutes pour faire leur lit et pour se mettre en état de propreté; ils garderont, pendant ce temps, un grand silence, une grande modestie, et ils éviteront tout ce qui serait de nature à troubler le recueillement

 

67. A quatre heures cinquante, le Salve Regina, la prière du matin suivie de la méditation de demi-heure qui doit toujours se faire en communauté

 

68. Après la méditation ou après la sainte Messe, on dira les Petites heures de l'office de la sainte Vierge, qu'on fera suivre d'une courte lecture dans le Nouveau Testament

 

69. En dehors des exercices de piété, les Frères s'occuperont à l'étude ou selon les intentions du Frère Directeur

 

70. A sept heures, le déjeuner, puis temps libre

 

71. A cause des différences de climat et de latitude, et des coutumes locales de chaque pays, il n'est pas possible de fixer un horaire uniforme pour l'ordre de la classe. Les Frères se conformeront au tableau de l'emploi du temps approuvé par le Frère Provincial et son Conseil

 

72. Après la classe du matin, temps libre jusqu'à dîner

 

73. A onze heures trois quarts, le dîner

 

74. La lecture continue, pendant les repas, n'est de règle que dans les maisons de formation, les pensionnats et les communautés nombreuses. Dans les autres maisons, on lira, à déjeuner, avant et après le dîner et le souper, un nombre ou deux de l'Imitation de Jésus-Christ. Pendant le déjeuner, on gardera le silence et on lira autant que possible, la Vie des Saints. Durant les autres repas, on pourra s'entretenir doucement, si la lecture ne se fait pas

 

75. Après le dîner, récréation. Les Frères la prendront ensemble, sauf ceux qui sont chargés de la surveillance des enfants

 

76. La classe de l'après-midi sera suivie d'une récréation, comme après le dîner

 

77. A cinq heures et quart, vêpres et complies, matines et laudes de l'office de la sainte Vierge, puis lecture spirituelle d'un quart d'heure

 

78. Après la lecture spirituelle, les Frères feront une heure d'étude religieuse. Le Frère Directeur se fera un devoir de la présider

 

79. A sept heures, le souper, pendant lequel on lira, comme il a été dit pour le dîner. Après le souper, récréation

 

80. A huit heures et demie, examen de conscience et prière du soir, suivie du Miserere mei, de la lecture du calendrier religieux et du sommaire du sujet de méditation pour le lendemain

 

81. Les Frères se rendront ensuite au dortoir pour le coucher, qui aura lieu immédiatement

 

82. Pendant la partie de l'année où les jours sont plus courts, on pourra terminer la récréation à huit heures

 

83. Si pour de sérieux motifs, il n'était pas possible de se conformer à l'horaire fixé par les articles ci-dessus, il faudrait soumettre les modifications jugées nécessaires au Frère Supérieur Général et à son Conseil et les insérer dans le coutumier de la maison après approbation

 

84. Pour la confession, les Frères prendront le jour et l'heure du confesseur, autant que possible

 

Ils iront ensemble se confesser, et ne manqueront pas de s'y rendre au moment qui leur aura été désigné

 

85. Ils profiteront du jour de congé pour passer en revue leurs effets, pour les raccommoder, les mettre en ordre et en état de propreté

 

86. Le Frère Sous-Directeur prendra aussi un mo ment le même jour, pour visiter la maison, comme il est marqué dans la règle des Frères Sous-Directeurs

 

87. Dans la soirée, après le chapelet et à l'heure marquée par le coutumier approuvé, ils feront une sortie ou promenade de trois heures environ, ayant soin de faire une visite au Saint-Sacrement en partant ou en revenant, autant que possible. Pendant la saison des chaleurs, on pourra dire l'office en promenade et prolonger celle-ci d'une heure. Lorsque le temps ne permet pas de sortir, la récréation se prend à la maison

 

88. Le jeudi, a huit heures et demie, l'examen de conscience, la coulpe précédée du Veni Creator, des commandements religieux et des moyens de perfection, la prière du soir et la lecture du sujet de méditation, comme à l'ordinaire

 

89. Les dimanches et les fêtes commandées, les Frères assisteront à deux messes, autant que possible, et conduiront les enfants à l'une d'elles. La seconde messe pourra tenir lieu des petites heures, et le chant des Vêpres, de l'office du soir. Avant ou après la grand'messe, récréation de trois quarts d'heure le dimanche, et d'une heure les jours de fête

 

90. A ces mêmes jours, les Frères auront soin de réunir les élèves pour leur expliquer l'Evangile, leur indiquer de quelle manière ils doivent assister aux offices, leur rappelant en même temps les fêtes de la semaine et le profit spirituel qu'ils peuvent en retirer

 

91. Après dîner, récréation pendant une heure et demie, puis chapelet, à moins qu'on ne le dise avec les enfants; pour le reste de la soirée, on se conformera à ce qui est réglé par le coutumier approuvé pour la province ou la maison

 

92. Les mercredis et dimanches, les Frères réciteront les litanies de saint Joseph après le chapelet, pour demander le don d'oraison et une bonne mort

 

93. Dans les maisons où il y a un conseil, il se tiendra le dimanche avant ou après la lecture du chapitre de la Règle

 

94. Les dimanches et les jours de congé, les Frères, s'ils n'en sont pas empêchés par le soin des élèves pensionnaires, donneront plus de temps à la prière que les jours ordinaires; ils liront quelques ouvrages ascétiques propres à les former à la vertu et à les maintenir dans l'esprit de leur vocation, et ils auront soin de visiter le Saint-Sacrement, surtout s'ils sont près de l'église

 

95. L'heure des exercices de communauté ne sera jamais dérangée par l'assistance au salut, aux prières et aux autres exercices de l'église. Les Frères, qui seront obligés d'y assister, suivront, en arrivant à la maison, l'exercice qui se fait actuellement. Si tous y vont, l'office de l'église tiendra lieu de l'exercice qui doit se faire pendant ce temps

 

96. Il arrivera quelquefois que MM. les Ecclésiastiques prieront les Frères d'assister au catéchisme, le dimanche, afin de maintenir la discipline parmi les enfants: les Frères se feront un plaisir de leur rendre ce petit service, et de contribuer ainsi, par leur présence, au succès des catéchismes et à l'édification publique

 

97. Le jeudi-saint, au lieu de dire l'office de la sainte Vierge, les Frères feront une heure d'adoration devant le Saint-Sacrement. Le vendredi-saint, ils remplaceront l'office par un Chemin de Croix ou une heure de méditation sur les souffrances de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le samedi-saint, ils remplaceront aussi les petites heures par un chapelet, qu'ils réciteront en méditant sur les douleurs de la sainte Vierge. En outre pendant ces saints jours, ils assisteront à tous les offices de l'église

 

98. Les Frères passeront la semaine sainte, et surtout les trois derniers jours, dans le plus grand recueillement. Ces saints jours seront pour eux des jours de retraite, de silence, de prière et de méditation; ils s'occuperont particulièrement à réfléchir sur les grands mystères que l'Eglise célèbre dans ce saint temps, faisant quelques lectures sur ce sujet, et s'efforçant de témoigner à Jésus-Christ tout l'amour et toute la reconnaissance dont ils sont capables. Pendant cette semaine, ils éviteront de faire des voyages ou toute autre chose qui pourrait les dissiper; ils ne s'occuperont même qu'avec réserve d'étude et d'affaires temporelles

 

99. Au commencement de chaque mois, on choisira un saint patron. Les Frères tâcheront d'en faire entrer l'histoire dans le catéchisme de la classe suivante, et l'on invoquera ce saint tout le mois

 

Les mois de mai, d'août, d'octobre et de décembre étant spécialement consacrés à la sainte Vierge, on la prendra pour patronne particulière pendant ces quatre mois. De même, on prendra saint Joseph pour patron pendant le mois de mars, et saint Louis de Gonzague, pendant le mois de juin

 

100. Chaque année, pendant les vacances, les Frères consacreront huit jours aux exercices spirituels de la retraite. Cette retraite se fera en communauté, autant que possible, à la date et dans une maison désignée par le Frère Provincial et son Conseil

 

101. Les Frères se disposeront à la retraite annuelle par une neuvaine à la sainte Vierge. Cette neuvaine se fera en communauté

 

102. Ils se proposeront pour fins dans cette retraite: 1º De se pénétrer et de se convaincre de plus en plus de l'importance de la fin de l'homme, de la nécessité du salut, du malheur infini de perdre son Dieu et son âme; 2º De rentrer en eux-mêmes et de descendre dans le fond de leur conscience, afin de voir devant Dieu et en face de l'éternité en quel état elle est: si elle est bonne, droite, éclairée, si elle craint le péché, si elle n'est troublée par aucun doute fondé, si elle n'est coupable d'aucun péché mortel et s'il n'y a aucune mauvaise habitude conduisant à des fautes graves; 3º De comprendre l'obligation où ils sont d'éviter le péché véniel et de travailler à leur perfection; 4º De se renouveler dans l'esprit de leur état, dans l'esprit de leur Institut et dans leur première ferveur; 5º D'apprendre à se connaître eux-mêmes, c'est-à-dire, leurs bonnes, leurs mauvaises inclinations et leur caractère, à discerner l'attrait de la grâce soit pour la pratique des vertus, soit pour l'oraison, à découvrir le principe de leurs tentations, leur passion dominante, la partie faible de leur âme, ce qui les fait tomber ou les arrête dans la voie de la perfection; 6º De faire un examen sérieux sur la manière dont ils les remplissent les obligations de leur état et de leur emploi; pour voir les fautes qu'ils y commettent, et prendre les moyens de les éviter; 7º De se renouveler dans l'esprit de zèle propre à leur vocation; d'étudier les meilleurs procédés pour gagner les enfants à Dieu et pour étendre le royaume de Jésus-Christ; 8º D'examiner quels fruits ils retirent des sacrements, des exercices de piété et des autres moyens de salut et de perfection que leur offre leur sainte vocation; de voir ce qu'ils doivent faire pour en profiter, et se rendre fidèles aux grâces abondantes que Dieu leur fait chaque jour

 

103. Les Frères regarderont la retraite comme une grande grâce et se livreront tout entiers à ces saints exercices; et, pour ne rien perdre d'un temps si précieux, comme aussi pour éviter tout ce qui pourrait contrarier l'opération de la grâce, ils se tiendront dans un profond recueillement; ils garderont le grand silence, même pendant les récréations, et mettront de côté toute occupation et même toute pensée contraire à la retraite

 

104. Pendant la retraite, on fera, en communauté, la lecture des Constitutions et des Règles communes; de plus, chacun lira les règles qui lui sont particulières, à raison de son emploi et de ses fonctions

 

105. Pendant ce même temps, les Frères verront en particulier le Frère Supérieur Général ou le Frère qui le remplace, et lui rendront compte de leur conduite, de la manière indiquée plus haut au chapitre IV

 

106. Chacun prendra, de concert avec le Frère Provincial, les résolutions et les moyens propres pour conserver, pendant l'année, les fruits de la retraite et pour se maintenir dans la piété, la régularité, la ferveur, la générosité et les autres saintes dispositions qu'il aura puisées dans ces saints exercices

 

107. Si quelque Frère ne peut assister à la retraite générale, le Frère Provincial lui désignera un temps pour la faire en son particulier

 

108. En outre de cette retraite, pour se maintenir dans la ferveur, les Frères feront chaque mois une récollection spirituelle suivant les instructions que donnera le Frère Provincial

 

109. Les principales fêtes de l'année seront pour les Frères des époques de renouvellement dans les saintes dispositions de la retraite et dans l'amour de Notre Seigneur. A cette fin, ils auront soin: 1º de se préparer à ces fêtes par une neuvaine ou par quelque autre pratique de piété et de vertu; 2º de prendre pour sujet d'oraison, les jours qui précèdent la fête, ou pendant l'octave, les mystères et les vérités que la solennité offre à leurs méditations; 3º de redoubler de vigilance sur eux-mêmes, afin d'éviter les moindres fautes; 4º de s'efforcer de mieux faire leurs exercices de piété, d'apporter plus de préparation à leurs communions; 5º de demander à Dieu quelques grâces ou quelques vertus particulières, à l'occasion de ces fêtes; 6º d'instruire solidement les enfants du mystère et des vérités que la fête les rappelle, de les préparer à sanctifier ces saints jours par la réception des sacrements et par l'assistance aux offices de l'église

 

110. Tous les ans, les classes cesseront pendant un mois au moins, afin de donner aux Frères le temps de faire leur retraite, de fortifier leur santé et de faire à leurs maisons les réparations nécessaires

 

111. Le Frère Provincial fixera l'époque de la cessation des classes et celle de leur rentrée. Aucun Frère ne pourra, sans la permission du Frère Provincial, donner vacances plus tôt ni retarder la rentrée des classes

 

112. Les Frères profiteront du temps de vacances pour passer en revue les effets qui sont à leur usage, les réparer, s'il en est besoin, et les mettre en état de propreté. Le Frère Directeur en fera autant pour le mobilier de la maison

 

113. Chaque jour après le déjeuner, récréation de trois quarts d'heure, puis lecture spirituelle d'un quart d'heure; après quoi étude selon le besoin

 

Avant le dîner, temps libre pendant une demi-heure

 

114. Le soir, après le chapelet, les lundi, mercredi et vendredi, promenade ou récréation si l'on ne peut sortir. Les mardi, jeudi et samedi, après dîner, récréation pendant une heure et demie, ensuite chapelet, étude ou travail manuel. Une heure avant l'office, visite au Saint-Sacrement et récréation

 

115. Pour conserver les fruits de la retraite, pour attirer les bénédictions de Dieu sur leurs travaux et sur les enfants qui vont leur être confiés, les Frères devront, pendant les vacances: 1º se tenir dans un grand recueillement; 2º s'efforcer de mieux faire leurs exercices de piété; 3º se rendre plus fidèles à observer les Constitutions et les Règles communes et plus ponctuels aux divers exercices de communauté; 4º éviter les voyages et les visites inutiles; 5º employer chaque jour quelque temps à la réflexion, afin de voir devant Dieu quels moyens ils devront prendre pour se conserver dans la piété et pour faire le bien parmi les enfants

 

116. L'esprit de foi consiste à juger de toutes choses d'après les principes de la foi, et non d'après l'opinion du monde ou les sentiments de la nature; à régler sa conduite d'après ces principes; à n'estimer, à ne rechercher les créatures que selon qu'elles peuvent nous porter à Dieu et servir à notre salut; à voir Dieu en toutes choses, et sa divine Providence dirigeant tous les événements à sa gloire et au bien de ses élus

 

117. L'esprit de foi est absolument nécessaire pour comprendre l'excellence, les avantages et les obligations de la vie religieuse. Les Frères qui en seront animés, aimeront leur état et s'efforceront d'en acquérir les vertus; ils trouveront tout leur bonheur à se renoncer eux-mêmes et à s'immoler à Dieu. Ceux qui ne l'auront pas, seront des religieux sans vertu et persévéreront difficilement dans leur vocation

 

118. La vie des Frères doit donc être une vie de foi, c'est-à-dire , une application continuelle à Dieu, une mort perpétuelle à eux-mêmes, aux inclinations de la nature, au monde et à tous les biens de la terre

 

119. L'esprit de foi leur fera aimer la vie cachée, les emplois humbles, la dépendance, la pauvreté, les souffrances, les humiliations, les mépris du monde, afin d'être plus semblables à Jésus et à Marie

 

120. Il leur apprendra à trouver Dieu partout, à s'élever à lui, à le voir, à l'aimer et à le bénir dans toutes les créatures; il les portera à se soumettre à sa volonté dans les divers accidents et afflictions de la vie, tels que les maladies, les persécutions, les tentations, les événements fâcheux et les besoins pressants, de quelque nature qu'ils soient; à adorer alors la main de Dieu qui les frappe et les humilie, et à ne compter que sur sa bonté pour être secourus dans les maux qui les affligent ou pour en être délivrés

 

121. Par esprit de foi, ils ne verront que Jésus-Christ dans la personne de leurs Supérieurs et regarderont leurs ordres comme ceux de Dieu même; ils s'efforceront de les accomplir avec joie, quelque difficiles qu'ils leur paraissent

 

122. Pareillement, ils regarderont leurs Constitutions et leurs Règles comme l'expression de la volonté de Dieu sur eux, comme le moyen par lequel il veut leur communiquer ses grâces et les sanctifier; ces vues de foi les rempliront d'un saint zèle pour toutes les observances régulières et les porteront à y être fidèles jusque dans les moindres choses

 

123. L'esprit de foi leur fera regarder les enfants confiés à leurs soins comme les membres de Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit, comme des dépôts sacrés que Dieu leur a donnés à garder, et dont il leur demandera compte. Ces principes les dirigeront toujours dans le détail de leur conduite à l'égard des enfants, et les porteront à les aimer tous également, à donner des soins plus assidus aux plus ignorants et à avoir une prédilection particulière pour les pauvres, comme leur représentant, d'une manière plus sensible, Jésus-Christ anéanti et fait pauvre pour nous

 

124. Cet esprit de foi leur apprendra que la fin de leur ministère étant une fin surnaturelle, savoir, le salut des âmes, ce n'est que par des moyens surnaturelles qu'ils peuvent l'obtenir: conséquemment, que c'est par la pratique de la vertu, par le bon exemple et par la prière qu'ils gagneront les enfants à Dieu, plutôt que par les talents, la science et les autres moyens humains, qui n'y peuvent servir qu'autant qu'ils sont joints à la grâce et à la sainteté

 

125. L'esprit de foi doit être le mobile de toute leur conduite et sanctifier toutes leurs actions; pour cela les Frères auront soin: 1º de ne jamais agir par des motifs humains, par coutume et par esprit propre; 2º de faire toutes choses par des motifs de foi, c'est-à-dire, pour plaire à Dieu, pour glorifier et imiter Notre Seigneur, pour obtenir son amour et lui gagner des coeurs

 

126. Comme c'est par la lecture et la méditation assidues de la parole de Dieu que l'esprit de foi s'acquiert, se conserve et se fortifie, les Frères liront, tous les jours, quelques versets de l'Ecriture Sainte avec un profond respect, regardant les saints préceptes et les conseils de perfection qu'elle contient comme leur première et principale règle de conduite

 

127. L'esprit d'oraison, la fréquente communion, le saint exercice de la présence de Dieu sont aussi des moyens très efficaces pour acquérir et conserver l'esprit de foi. Les Frères ne manqueront pas de les mettre en pratique

 

128. Les Frères regarderont l'obéissance comme la principale des vertus qu'ils doivent pratiquer; et, à l'exemple de Jésus-Christ qui a été obéissant jusqu'à la mort de la croix, ils s'efforceront d'exceller dans cette vertu et d'y être fidèles jusque dans les plus petites choses

 

129. Ils doivent l'obéissance non seulement au Frère Supérieur Général de l'Institut, mais encore à tous ceux qui sont préposé pour les conduire et les diriger, quels que soient leur âge, leurs vertus et leurs autres qualités personnelles

 

130. Dans quelque maison ou dans quelque emploi qu'ils se trouvent , ils doivent donc être entièrement soumis au Frère Directeur

 

131. Ils ne sortiront jamais de la maison, ils ne quitteront pas un exercice de communauté ou le lieu de réunion, sans la permission du Frère Directeur

 

132. Ils demanderont au Frère Directeur tout ce dont ils auront besoin, tels que papier, plumes, livres, etc., et ils ne prendront rien dans la maison sans le lui demander et sans avoir obtenu son consentement

 

133. Pareillement, pour ce qui concerne la nourriture et l'habillement, s'ils ont besoin de quoi que ce soit, ils ne le prendront jamais d'eux-mêmes; mais ils exposeront leurs besoins au Frère Directeur et se contenteront de ce qu'il leur donnera ou leur fera donner

 

134. Ils ne se livreront à aucune occupation extraordinaire, à aucune étude spéciale, et ne liront aucun ouvrage, en dehors de ceux mêmes qui sont dans la bibliothèque commune, sans la permission du Frère Directeur

 

135. Ils ne se borneront pas à bien faire extérieurement ce qui leur est commandé; mais, afin de rendre leur obéissance parfaite, ils s'appliqueront à soumettre leur volonté et leur jugement à la volonté et au jugement du leurs Supérieurs, renonçant à leurs inclinations, aux lumières de leur raison, se persuadant que ce qui leur est commandé est toujours ce qu'il y a de mieux pour eux

 

136. Les Frères doivent aimer la pauvreté comme leur mère, et faire en sorte d'en porter les marques dans leurs habits, dans leur nourriture et dans tout ce qui est à leur usage

 

137. Ils n'auront rien en propre; tout dans l'Institut sera en commun, excepté les habillements et le linge de corps dont l'usage sera personnel. Le Frère Directeur pourra changer ou faire changer les objets à l'usage des Frères: tels que bureau, livres, etc

 

138. Les Frères pourront encore avoir à leur usage, outre un exemplaire de Constitutions, une croix en cuivre, un chapelet, un Nouveau Testament avec l'Imitation de Jésus-Christ, un Manuel de piété, un Paroissien romain, un canif, un portefeuille, un rasoir, les objets de toilette indispensables et un sac de voyage. Avec leurs habillements et le linge de corps, ces objets sont les seuls qu'ils puissent emporter, quand ils quittent une maison pour aller dans une autre

 

139. Considérant que ces objets appartiennent à l'Institut, ils en useront, en bons pères de famille, et les conserveront avec soin, de manière qu'aucun ne s'use sans nécessité, ne dépérisse et ne se détériore par leur faute ou leur négligence

 

140. Ils n'auront rien en leur particulier qui ferme à clef, excepté le Frère Directeur et le Frère Econome qui auront un bureau ou un secrétaire où seront l'argent de la maison et les autres objets qui doivent être retirés

 

141. Les Frères ne garderont jamais de l'argent en leur particulier, de quelque part qu'il vienne. L'argent reçu pour les jeux et les oeuvres, par ceux qui sont chargés sera remis au Frère Directeur ou au Frère Econome. Quand ils arriveront de voyage, ils leur remettront aussi fidèlement ce qu'ils auraient de reste

 

142. Ils ne changeront pas entre eux, sans permission, les objets qui sont à leur usage; ils se garderont bien aussi de prendre la plus petite chose, appartenant à la maison ou étant à quelque autre Frère pour l'appliquer à leur usage, ou pour la porter dans une autre maison

 

143. Ils ne recevront jamais rien pour leur usage particulier, soit de leurs élèves, soit de toute autre personne, pas même de leurs propres parents; mais si quelqu'un, par un sentiment de charité, leur fait un don quelconque, ils le recevront au nom de la communauté et le remettront au Frère Directeur qui en disposera comme des biens de la maison

 

144. Ils vivront dans un entier esprit de communauté, se contentant toujours d'être traités comme les autres, soit pour la nourriture, soit pour l'habillement, soit pour toute autre chose; ils se garderont bien de se distinguer en rien, de se permettre quoi que ce soit de contraire aux usages et à la manière de vivre de l'Institut

 

145. Enfin, les Frères auront toujours devant les yeux l'exemple de Jésus-Christ qui de riche s'est fait pauvre pour l'amour de nous, jusqu'à n'avoir pas où reposer sa tête, et l'obligation qu'ils ont contractée de le suivre dans cet entier dépouillement de toutes choses. L'exemple du Sauveur et le désir de l'imiter dans la pratique de la pauvreté doivent les porter: 1º à se détacher de leurs parents et à ne pas s'occuper d'eux, si ce n'est pour les recommander à Dieu; 2º à se dépouiller de toute affection pour les biens de ce monde et pour tout ce qui flatte la sensualité, à aimer réellement la pauvreté et avoir une prédilection particulière pour les lieux, les maisons et les classes pauvres ; 3º à se préserver de toute affection, de toute attache pour les objets qui sont à leur usage, et à ne retenir que ce qui leur est absolument nécessaire; 4º à prendre pour eux les choses de moindre prix, les plus incommodes et tout ce qu'il y a de pire dans la communauté; 5º à supporter avec joie les effets de la pauvreté, étant bien aises d'avoir une nourriture pauvre, des habits grossiers et usés, pourvu qu'ils ne soient ni sales ni déchirés; d'être privés de ce qui pourrait leur apporter du soulagement dans les souffrances et les maladies, de manquer des commodités de la vie, et quelquefois même de ce qui serait nécessaire

 

146. La chasteté est une vertu angélique et toute céleste qui rend l'homme semblable aux anges. Une couronne et une gloire particulières sont réservées à ceux qui auront gardé cette admirable vertu. Rien n'est plus propre à gagner le coeur de Dieu que la pureté, car c'est la vertu qui nous approche le plus de lui, dit le Sage 147. Les Petits Frères de Marie, à l'exemple de leur divine Mère, aimeront la pureté de toute l'affection de leur âme. Tout en eux doit être chaste: l'âme et le corps, l'esprit et le coeur, les paroles et les actions. Leur vie entière doit être un travail et un combat continuels pour perfectionner en eux la vertu de chasteté, et pour la défendre contre les attaques de la concupiscence et du démon

 

148. Ils garderont en tout les règles de la plus sévère modestie. Ils s'habilleront et se déshabilleront avec toute la décence convenable, et ils ne sortiront pas du dortoir ou de leur chambre à coucher sans être entièrement vêtus

 

149. Ils auront une souveraine horreur de tout discours, de toute chanson, de tout geste ou attitude qui blesserait la modestie ou qui serait trop libre

 

150. Ils se garderont bien de lire des ouvrages dangereux. S'il leur en tombe entre les mains, ils les brûleront, sans se permettre de les examiner

 

Ils s'interdiront aussi toute lecture de livres qui, quoique bons en eux-mêmes, ne leur conviendraient pas et seraient propres à réveiller leurs passions

 

151. Ils se garderont de toute amitié particulière; car, outre que ces sortes d'amitiés sont nuisibles à la charité commune, les plus innocentes d'abord dégénèrent souvent en amitiés sensuelles et criminelles; ils doivent aimer également tous leurs Frères, mais d'un amour saint et qui n'ait que Dieu pour objet

 

152. Avec les enfants, ils seront toujours graves et retenus; ils éviteront de les prendre par la main, de les toucher au visage et autre chose semblable. Ils ne toléreront jamais que les enfants manquent au respect qu'ils leur doivent ou se permettent quelque action à leur égard qui ressente la familiarité

 

153. Ils auront soin de veiller sur les affections de leur coeur, afin de le conserver libre de toute amitié et de toute inclination particulière pour certains élèves; car ces sortes d'affections sont un des pièges les plus dangereux du démon et ont des suites très funestes

 

154. Ils n'auront de rapport avec le monde, que par nécessité; et, dans les visites qu'ils seront obligés de faire ou de recevoir, ils seront courts et se tiendront dans la réserve, la prudence et la gravité que demande leur profession, ayant soin cependant de se montrer polis et affables

 

155. Les personnes du sexe n'entreront pas dans l'intérieur de la maison, à moins qu'elles ne soient accompagnées quelque personne d'autorité; elles ne seront reçues qu'au parloir, qui doit rester ouvert tout le temps qu'on aura à leur parler, si la porte n'est pas vitrée

 

156. Comme la fuite des occasions est le plus sûr moyen de conserver sans tache la pureté, s'il arrivait qu'un Frère se trouvât dans un danger prochain de pécher, soit à raison de son emploi, du lieu où il serait placé, de certaines liaisons qu'il aurait eu l'imprudence de former, soit de toute autre manière, il devrait faire connaître, avec humilité et simplicité son état au Frère Provincial, qui ne manquera pas de lui fournir les moyens convenables pour sortir de cette position

 

157. Tous les Petits Frères de Marie auront essentiellement à coeur, non seulement de garder eux-mêmes inviolablement le précieux trésor de la chasteté, mais encore de maintenir intact l'honneur de l'Institut sous ce rapport. On ne souffrira donc jamais qu'un sujet, quel qu'il soit, s'écarte des règles ci-dessus, et on éloignera de l'Institut quiconque se rendrait ostensiblement et gravement coupable contre la sainte vertu

 

158. L'humilité, la simplicité et la modestie doivent être l'esprit propre de cet Institut: les Frères auront une prédilection particulière pour ces vertus, et ils feront en sorte que toutes leurs actions et tout ce qui leur appartient en portent le cachet

 

159. Ils regarderont l'humilité comme la vertu particulière de leur vocation; en effet, c'est par la voie de l'humilité que les Petits Frères de Marie doivent se sanctifier, c'est par la pratique constante de cette vertu qu'ils acquerront toutes les autres, qu'ils attireront sur eux et sur leurs travaux les bénédictions de Dieu et qu'ils se rendront propres à faire le bien

 

160. Les Frères n'ont pas tous les mêmes talents, ni la même aptitude pour les sciences; ils n'ont pas tous le même degré de force et de santé, ni le même savoir-faire pour remplir les emplois; ils ne sont pas tous également propres à l'instruction des enfants ou aux divers offices de l'Institut; mais tous peuvent et doivent être humbles. Il doit y avoir entre eux une sainte émulation à qui s'abaissera le plus, à qui exercera les offices les plus pénibles et les plus humbles; en un mot, tous doivent mettre leur principal soin à exceller dans l'humilité, à devenir profondément humbles

 

161. L'esprit d'humilité leur fera aimer la vie cachée, le mépris du monde, les avertissements, les réprimandes, les pénitences publiques; il les portera à avouer ingénument leur fautes, à en demander pardon, à témoigner leur reconnaissance à ceux qui ont la charité de les reprendre, à ne pas s'excuser, à ne pas se plaindre, quand ils sont repris, lors même qu'ils n'auraient pas tort

 

162. S'ils ont véritablement l'esprit de leur état, tout deviendra pour eux une occasion de s'humilier. Ainsi, dans les sécheresses, dans les dégoûts, dans les tentations et dans les chutes mêmes, au lieu de se décourager, ils s'humilieront à la vue de leurs faiblesses et de leurs défauts

 

163. De même, s'ils ne réussissent pas dans les emplois qui leur sont confiés et dans les études, si on les blâme, si on les méprise, ils s'humilieront aussi, bien convaincus de leur incapacité et de leur néant. Si, au contraire, ils obtiennent des succès, si Dieu bénit leurs travaux, si on les approuve, si on les loue, c'est alors surtout qu'ils doivent s'humilier et dire: Nous sommes des serviteurs inutiles (Luc, XVII, 10)

 

164. Quand M. le Curé croira devoir leur faire des observations ou même des reproches, ils devront d'abord s'humilier et montrer le plus vif désir de profiter de ses avis, sauf à faire connaître ensuite les raisons à leur décharge, s'ils le croient utile à la gloire de Dieu et au bien de l'école; mais, en ce cas même, ils ne doivent le faire qu'avec réserve et modestie, et se bien garder de témoigner de l'humeur, de soutenir leur cause avec opiniâtreté, avec passion et de ne vouloir pas avoir tort. Un Frère qui s'offenserait d'un mot de blâme, d'une improbation, d'un reproche adressé même en public, soit aux Frères, soit à leurs enfants, sous le spécieux prétexte que cela compromet l'école et ôte aux Frères la confiance publique, montrerait qu'il n'a pas l'esprit de son état, qu'il est encore plein d'orgueil et qu'il ne connaît pas la sainte voie de l'humilité

 

165. Les Frères s'estimeront heureux d'être occupés à des fonctions qui, n'ayant rien d'éclatant selon le monde, les mettent davantage à l'abri de la vaine gloire et de l'orgueil; car ils ne doivent rien tant craindre que les louanges et les applaudissements des hommes. Quand il sont bien vus dans une paroisse, quand les enfants les aiment et les respectent, quand les autorités ou le public les louent et les approuvent, qu'ils se tiennent en garde contre la complaisance, qu'ils méprisent les éloges, les compliments et les flatteries du monde

 

166. Ils se garderont bien de chercher à se faire remarquer, par ce qu'ils auraient d'avantageux du côté de l'esprit, de la science, des succès, ou par toute autre chose que le monde estime, et qui ne serait propre qu'à nourrir l'orgueil. Il n'oublieront jamais qu'ils ne doivent chercher que la gloire de Dieu, et que l'esprit de l'Institut est de faire le bien sans bruit et en s'effaçant, que les Petits Frères de Marie doivent ambitionner de vivre inconnus et oubliés du monde dans leurs maisons

 

167. Ils conserveront dans leur enseignement la modestie et l'humilité propres de leur Institut; ainsi, ils auront soin: 1º de borner cet enseignement à l'importance et aux besoins de la localité; 2º d'en retrancher partout, autant que possible, les sciences qui n'ont pas une utilité réelle pour les enfants; 3º de s'attacher particulièrement à former les enfants aux matières essentielles, telles que la bonne lecture, la belle écriture, la grammaire, le calcul, et avant tout la religion; 4º de ne donner jamais aux matières accessoires un temps que l'on doit aux principales; 5º de rendre rares les séances publiques, et d'en écarter, quand elles sont nécessaires, tout ce qui serait contraire à l'esprit religieux et à la simplicité chrétienne

 

168. Ils doivent être bien convaincus que c'est à eux que s'adressent ces paroles de Jésus-Christ; Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez 6pas dans le royaume des cieux (Matth., XVIII, 3); et afin d'acquérir l'humilité, la simplicité de cette sainte enfance, ils s'attacheront continuellement à renoncer à leur volonté, à leur esprit propre, et se laisseront conduire et diriger en toute chose avec une docilité parfaite

 

169. Chacun doit bien se persuader que tous les autres Frères, sont plus vertueux que lui et qu'il est le dernier de la communauté; plein de ces sentiments, il doit porter un grand respect à tous ses Frères, leur parler avec humilité, être toujours prêt à leur céder, à les obliger et à leur rendre les services les plus pénibles

 

170. Les mêmes sentiments d'humilité les porteront à ne parler jamais avantageusement d'eux-mêmes, à se préserver d'un certain esprit d'orgueil qui fait que l'on n'aime et que l'on n'estime que ce que l'on a fait ou approuvé. Ils fuiront aussi toute singularité, et mettront toute leur application à ne rien faire que de conforme aux Constitutions et aux Règles de leur Institut, ou aux exemples des plus anciens et des plus parfaits

 

171. Les Supérieurs auront grand soin de maintenir parmi les Frères les pratiques d'humilité, telles que les pénitences publiques, etc. Les Frères anciens, ceux qui remplissent les emplois les plus élevés, doivent se faire un devoir de s'y soumettre et d'en donner l'exemple. Il convient aussi d'occuper de temps en temps aux travaux manuels et même aux emplois les plus humbles, tels que balayer, laver la vaisselle, nettoyer les meubles, etc., les Frères qui sont les plus estimés, ceux qui ont obtenu des succès, ceux qui ont le plus de talents pour la classe ou la direction des affaires

 

172. Enfin, les Petits Frères de Marie doivent s'humilier devant Dieu et devant les hommes, extérieurement et surtout intérieurement; mais l'humilité doit leur être tellement naturelle, et ils doivent la pratiquer avec tant de simplicité et de sincérité qu'elle ne se fasse jamais remarquer, s'il est possible

 

173. La simplicité chrétienne consiste dans une parfaite droiture d'esprit et de coeur qui porte à agir uniquement en vue de plaire à Dieu. Elle est synonyme de sincérité et de candeur, bannit toute subtilité dans les pensées et toute perversité dans les affections

 

174. Celui qui en est animé ne connaît pas les détours, la feinte, la prétention, l'affectation ni le respect humain; il va simplement où Dieu le conduit; il dit et fait ce qui est de son devoir, de la règle, de l'obéissance, sans se mettre en peine de ce que l'on pensera ou de ce que l'on dira

 

175. En élevant l'âme au-dessus des considérations humaines et des convoitises de la nature, pour la remettre entre les mains paternelles de Dieu, l'humble et innocente simplicité chrétienne devient une source constante de liberté pour l'esprit, de force pour la volonté, de paix et de joie pour le coeur, en même temps qu'elle communique une douceur et une égalité de caractère qui charment et attirent

 

176. La simplicité repose sur les vertus solides dont elle est le fruit et le reflet. Il n'y a pas de simplicité véritable sans humilité sincère, sans pureté de coeur, sans abnégation entière de soi-même. Ennemie de toute duplicité et de toute malice, elle règle l'extérieur sur l'intérieur, se montre au dehors telle qu'elle est au dedans, et met en parfaite harmonie, les sentiments, les paroles et les actes

 

177. Suivant le conseil de Jésus-Christ, les Frères joindront la simplicité de la colombe à la prudence du serpent, c'est-à-dire qu'à la réserve, à la circonspection, qui écarte le danger et prévient les fautes, ils doivent allier a franchise et le laisser-aller qui gagnent les coeurs

 

178. Ils seront simples d'esprit comme des enfants, sans prétention ni suffisance, évitant de se comparer aux autres, de se prévaloir d'aucun avantage, de rechercher l'estime des hommes, pour ne s'appliquer qu'a plaire à Dieu

 

179. Ils seront simple de coeur: a) envers Dieu, par une crainte filiale sans trouble ni inquiétude, par une confiance amoureuse sans présomption et une fidélité exacte sans raffinement; b) envers les Supérieurs, les honorant sans les flatter; leur exposant ingénument leurs besoins et leurs peines, agissant avec eux sans contrainte ni déguisement; c) avec le prochain, par une affection sincère et cordiale, toujours selon Dieu; une charité douce, prévenante, compatissante; gages de paix et d'union; d) avec eux-mêmes, supportant avec patience leurs misères et leurs défauts sans s'abattre ni se flatter; ne se laissant dominer ni par le travail et les écarts de l'imagination, ni par les illusions de l'amour propre

 

180. La simplicité de caractère demande qu'ils évitent également l'humeur et le caprice, l'empressement et l'indifférence; qu'ils cèdent facilement, sacrifiant leur sentiment et leur volonté sans qu'il paraisse ni effort ni contrainte, s'accommodant de tout sans s'attribuer aucun mérite

 

181. L'esprit de simplicité doit paraître surtout: dans l'habillement qui doit être convenable sans être recherché ni négligé; dans les manières qui doivent être naturelles, honnêtes et sans apprêt; dans le parler sans malice ni finesse; dans toute la conduite extérieure aimant la vie commune, fuyant la singularité et la recherche de soi

 

182. Il doit se manifester jusque dans la piété. Ainsi, les Frères se garderont de la singularité qui la déshonore, des petitesses serviles du scrupule et de la routine; ils se défieront d'un zèle désordonné qui aspire aux voies extraordinaires et met la nature et l'amour propre à la place de la grâce et de l'humilité. Une âme simple craint ce qui pourrait la faire remarquer

 

183. Pour s'animer à la pratique de la simplicité, les Frères se rappelleront souvent la présence de Dieu et les exemples de la sainte Famille à Nazareth; ils s'appliqueront à agir avec cette pureté d'intention qui ne tend qu'à Dieu seul et méditeront ces paroles de la Sainte Ecriture: "Le Seigneur donne la sagesse à ceux qui ont le coeur simple et droit (Ps. XVI, 8). "Il a en abomination tous les trompeurs et ses communications intimes sont avec les simple" (Prov. I, 32). "Soyez donc des enfants de Dieu, simples et irrépréhensibles" (Philip. II, 13) 184. Le propre de la modestie est de composer avec bienséance l'extérieur de l'homme et de régler ses sens, ses gestes, sa démarche, en un mot, toutes les actions qui ont rapport au maintien du corps

 

185. Pour pratiquer la modestie d'une manière convenable à leur état, les Frères observeront les règles suivantes: 1º Ils tiendront la tête droite, un peu inclinée sur le devant, surtout pendant les exercices de piété évitant de la pencher d'un côté ou de l'autre, de la tourner légèrement et sans raison. 2º Ils auront pour l'ordinaire les yeux modestement baissés, se gardant bien de les tourner çà et là sans nécessité, de les porter sur quelque objet dangereux et de les arrêter fixement sur les personnes. 3º Le visage étant la partie du corps où se peignent plus parfaitement les passions de l'âme, ils devront le composer avec soin et faire en sorte qu'il soit ouvert, grave et gain tout ensemble, qu'il paraisse content et qu'il porte un air de bonté, de douceur et de piété qui annonce la paix et le bon état de l'âme

 

186. Ils se garderont de toute démonstration de joie trop vive et trop empressée, qui annonce un esprit léger et peu réfléchi; comme aussi, de tout air triste, morne, inquiet ou chagrin, qui est ordinairement une marque que l'âme est dominée par quelque passion

 

187. Etant debout, ils tiendront le corps droit, sans gêne ni affectation, sans le pencher sur un côté, mais le tenant également posé sur les deux pieds, qui ordinairement doivent être presque joints

 

188. Ils ne tiendront pas les mains dans les poches de leur habit, ni ne le dégraferont pas pour les mettre sur la poitrine; mais ils pourront les laisser pendre modestement ou avoir les bras croisés

 

189. Ils prendront l'habitude de marcher posément et naturellement, ayant soin pour cela de tenir le corps droit sans le balancer d'un côté ni de l'autre; d'éviter de traîner les pieds, d'aller trop vite ou trop lentement, de gesticuler ou de faire quoi que ce soit qui ressente l'affectation ou les manières du monde

 

190. Quand ils sont assis, ils doivent tenir le corps droit, les pieds presque joints, et éviter de mettre les jambes l'une sur l'autre, de se renverser sur le dossier de la chaise ou sur quelque table, de changer à tout moment de situation, et de faire toute extension de jambes ou de bras qui dénote l'ennui ou la paresse

 

191. En parlant, leur ton de voix doit être modéré, mais soutenu, c'est-à-dire qu'il doit être ni trop haut, ni trop bas, ni trop lent, ni trop précipité, et n'avoir rien de dur ni d'efféminé

 

192. Ils s'abstiendront de bâiller en compagnie, de faire des mouvements précipités et de porter les mains à la tête ou au visage sans nécessité

 

193. Ils feront en sorte qu'il n'y ait rien dans leur personne, dans leur manière de tousser, de cracher et de se moucher qui puisse faire de la peine aux autres; ils se surveilleront avec attention, surtout en compagnie, afin d'éviter tout ce qui pourrait choquer ou incommoder ceux avec qui ils se trouvent

 

194. Enfin, ils se conduiront en toutes choses avec tant de bienséance et de modestie, que tout en eux édifie le prochain et se ressente de la sainteté de leur état

 

195. Le but secondaire de cet Institut étant de travailler, sous la protection de Marie, au salut des enfants en les élevant chrétiennement, une des vertus les plus nécessaires aux Frères pour atteindre ce but, c'est le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes

 

196. Par leur vocation, les Frères sont les aides et les coopérateurs des Pasteurs de l'Eglise, les représentants et les suppléants des parents; leurs fonctions sont une participation du ministère apostolique: la plus belle portion du troupeau de Jésus-Christ leur est confiée, car ils sont chargés d'élever les enfants, c'est-à-dire de les instruire de la foi chrétienne , de conserver leur innocence, de les former à la piété et à la vertu; en un mot , d'en faire de bon chrétiens et de vertueux citoyens

 

197. Les Frères doivent beaucoup estimer, beaucoup aimer leur vocation et s'appliquer sans relâche à acquérir les vertus et les connaissances qui leur sont nécessaires pour remplir la sainte mission que l'Eglise leur confie

 

198. Le meilleur moyen de porter les hommes à la vertu et de les gagner à Dieu étant le bon exemple et la sainteté de la vie, ils se conduiront de manière à donner aux enfants l'exemple de toutes les vertus, et ils travailleront tous les jours à devenir plus parfaits, c'est-à-dire, plus humble, plus mortifiés, plus obéissants, plus charitables, plus pieux et plus unis à Dieu

 

199. Ils s'appliqueront à former leurs élèves à une véritable piété, à les instruire des vérités de la foi, de commandements de Dieu et de l'Eglise, et des dispositions nécessaires pour recevoir avec fruit les sacrements; ils s'efforceront surtout de leur inspirer un grand amour pour Jésus-Christ, revenant fréquemment sur les mystères, sur les actions et sur les vertus de notre divin Sauveur, sur ce qu'il a fait et souffert pour nous, et insistant avec force et persévérance sur la nécessité où nous sommes de l'aimer et de l'imiter

 

200. Ils les formeront encore à la dévotion à Jésus dans l'Eucharistie et à son Sacré-Coeur. Ils leur en feront connaître l'objet, les avantages et la pratique, les engageant à s'agréger à l'Apostolat de la Prière ou à toute autre association propre à les porter à la communion fréquente

 

201. Une bonne première communion étant l'action la plus importante de la vie et le moyen le plus efficace pour s'établir solidement dans la vertu, les Frères mettront tous leurs soins pour y disposer dignement les enfants le plus tôt possible. A cette fin, ils leur donneront des instructions particulières et leur feront bien comprendre que le meilleur moyen de se préparer à une bonne première communion est de se corriger de leurs défauts, d'éviter le péché, de fuir les mauvaises compagnies, de beaucoup prier, d'être assidus aux offices de l'église, aux catéchismes et à l'école. Enfin, ils doivent souvent leur parler de cette grande action, et leur montrer le moment où ils s'uniront à Jésus-Christ comme le plus heureux de toute leur vie

 

202. Ils ne manqueront pas d'apprendre à leurs élèves formules ordinaires pour prier, comment et en quel temps les chrétiens doivent remplir ce devoir important; et, afin d'habituer les enfants à prier Dieu avec respect, attention et modestie, ils les exerceront de temps en temps à bien réciter les prières ordinaires

 

203. Pareillement, pour ce qui concerne les offices de l'église, ils feront connaître aux enfants l'obligation où ils sont d'y assister les jours de dimanche et de fête; ils leur apprendront à se tenir dans le lieu saint, ainsi que la manière d'entendre la sainte messe et d'assister aux offices avec piété et avec fruit. Pour cela, outre les instructions qu'ils leur feront à cette fin, ils les conduiront tous les dimanches et fêtes aux offices de l'église

 

204. Ils apprendront encore aux enfants à sanctifier et à rendre méritoires toutes leurs actions, en les offrant à Dieu, en lui demandant son secours et en se soumettant avec résignation à la peine du travail. Ils ne manqueront pas non plus de leur donner les moyen de profiter des peines, des afflictions, des maladies et de tous les autres événements fâcheux de la vie, regardant en tout cela la volonté de Dieu, et en s'y soumettant sans murmurer et en esprit de pénitence

 

205. Ils ne se contenteront pas d'instruire leurs élèves des vérités de la religion, ils s'attacheront surtout à former leurs coeurs à la vertu, ce qu'ils feront en leur inspirant de l'éloignement pour les mauvaises compagnies et une grande horreur pour le péché, en les corrigeant de leurs défauts, en réformant leur caractère, en réprimant leurs mauvaises inclinations, en leur faisant contracter l'habitude des vertus contraires, et en leur donnant les moyens de les acquérir

 

206. Ils leur inspireront une solide dévotion à la sainte Vierge, leur enseignant en quoi elle consiste et ce qu'ils doivent faire pour mériter la protection de cette bonne Mère. Pareillement, ils leur apprendront à honorer saint Joseph, leur Ange gardien et leur saint Patron, et les exhorteront à prier souvent pour les âmes du purgatoire

 

207. Dans le but de rendre leur zèle plus fructueux, en multipliant les ouvriers apostoliques, ils ne manqueront pas de parler à leurs élèves de l'importance du choix d'un état de vie, s'efforçant de faire germer et de cultiver les vocations sacerdotales et religieuses

 

208. Rien ne leur coûtera, rien ne leur paraîtra difficile, lorsqu'il s'agira de donner l'instruction religieuse aux enfants et de les porter à Dieu; leur zèle ne s'arrêtera devant aucun sacrifice, et ne sera jamais rebuté par la grossièreté, l'indocilité et les autres défauts des enfants; il les portera même à avoir une prédilection particulière pour les plus ignorants, pour les plus pauvres et pour ceux qui sont d'un caractère difficile ou d'un extérieur rebutant, et à leur donner des soins plus assidus

 

209. Ils doivent se regarder comme les anges gardiens de leurs élèves, et ne jamais perdre de vue que l'innocence des enfants leur est confiée et que Dieu leur en demandera compte

 

210. Comme la prière est un excellent moyen de travailler au salut des enfants, les Frères ne manqueront pas de les recommander souvent à Dieu, lui offrant à cette intention leurs exercices de piété, leurs communions et tous les autres actes de vertu qu'ils pratiquent

 

211. Ils saisiront adroitement toutes les occasions d'édifier les enfants, de les former à la vertu et de les gagner à Dieu. Pour cela, au milieu d'une leçon profane, d'une récréation, et en mille autres circonstances, ils sauront placer à propos une sage réflexion, quelques paroles d'édification, qui n'étant pas attendues ne seront que mieux reçues, et ne feront que plus d'impression sur l'esprit des enfants. Enfin, ils se feront tout à tous, à l'exemple de l'Apôtre, et ils ne craindront pas de s'abaisser jusqu'aux plus petits, se conformant à leur manière d'entendre les choses et de les goûter, et proportionnant leur instruction à leur faiblesse et au peu d'intelligence de plus bornés

 

212. En vue de conserver les anciens élèves dans de bons principes, on favorisera les patronages dans les paroisses où ils peuvent être établis. Les Frères s'emploieront avec zèle au développement et à la bonne marche des oeuvres de persévérance, complément nécessaire à l'école chrétienne

 

213. Mais le zèle des Frères, pour être agréable à Dieu, avantageux au prochain et à la religion, doit être circonscrit dans les oeuvres de leur vocation et réglé par l'obéissance

 

214. La vie du chrétien, et plus encore celle du religieux, doit être une mortification continuelle. C'est aux religieux surtout que s'adressent ces paroles de l'Apôtre: Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés» (Galat., 5, 24); et ces autres de notre Sauveur: Si quelqu'un veut venir à ma suite qu’il prenne sa croix tous les jours et qu'il me suive (Luc, 9, 23); car, ajoute-t-il, le royaume du ciel souffre violence,et il n'y a que ceux qui se font violence qui le ravissent (Matth., 11, 12)

 

215. Les Frères de cet Institut ne seront obligés à aucune pénitence extraordinaire; mais ils s'efforceront d'exceller dans la mortification des passions et la garde des sens. La pratique de cette pénitence doit leur être tellement familière que toutes les puissances de leur âme et tous les sens de leur corps soient immolés à Dieu par le glaive de cette sorte de mortification

 

216. Ils s'appliqueront donc avant tout à la mortification intérieure, c'est-à-dire, à combattre leurs passions, particulièrement l'orgueil, le désir de paraître et d'être estimés, l'amour propre, la sensualité, l'affection déréglée aux créatures, l'envie, la colère, la curiosité et l'attachement à leur volonté propre

 

217. L'esprit de mortification les portera à vider leur imagination des idées et des vanités du siècle, à arrêter la légèreté de leur esprit, à mépriser et à chasser mille pensées vagabondes et chimériques qui ne peuvent que faire perdre le recueillement, porter à la dissipation et distraire pendant les prières, à oublier même leurs parents, leurs amis, et à éviter soigneusement d'interroger les séculiers, les enfants ou les Frères pour s'informer de ce qui se fait dans le monde

 

218. Chacun trouvera dans son caractère un sujet bien vaste de mortification. Combattre sa passion dominante, fixer son inconstance, arrêter les saillies de son humeur, supporter une imagination vive et fougueuse, un fond d'impatience que l'on a peine à réprimer, tant de moments de tristesse et d'ennui dont on ne sait la cause, les craintes, les scrupules et une foule de perplexités souvent si fatigantes: tous ces combats, toutes ces peines seront un riche trésor d'abnégation, de pénitence, et conséquemment de mérite pour un Frère pieux qui en saura faire bon usage

 

219. Un autre sujet de mortification, bien méritoire pour les Frères, sera de souffrir avec patience et charité tout ce qui pourra leur faire de la peine dans la personne et la conduite des Frères avec lesquels ils auront à vivre; ainsi, l'esprit de mortification leur fera supporter sans se plaindre les défauts de caractère et d'éducation, les préventions, les importunités, les indiscrétions, les railleries, les paroles et les procédés inconvenants, en un mot, tout ce qu'ils trouveront de pénible dans la personne ou la manière de faire de leurs confrères

 

220. Il y a une foule d'autres pénitences qu'un bon Frère trouvera l'occasion de pratiquer tous les jours sans que personne s'en aperçoive. Tantôt il se privera d'entendre une conversation qui lui plaît, de dire un mot qui attirerait l'attention et les éloges d'une compagnie, de lire un livre ou de faire toute autre chose qui lui serait fort agréable, de cueillir une fleur et de la flairer; tantôt il se trouvera dans l'occasion de se gêner, de se faire violence pour rendre à un confrère, à un enfant, à un malade, un service pénible , de recevoir un reproche qu'il n'a pas mérité, ou une injure et un outrage au lieu de la reconnaissance qu'on lui devait, de faire une chose qui lui déplaît, de ne pouvoir obtenir ce qu'il désire ou ce qui lui serait nécessaire. En profitant ainsi de toutes les occasions qu'il a de se mortifier, un Frère s'assure un trésor de mérites et de gloire pour l'éternité

 

221. Un autre genre de pénitence qui doit être familier aux Frères , c'est la garde des sens et surtout des yeux: ils les tiendront modestement baissés, particulièrement dans l'église, dans les rues et autres lieux publics. Par esprit de mortification, ils se priveront de regarder par les fenêtres, de voir les choses mêmes indifférentes, mais qui ne sont propres qu'à dissiper et à faire perdre le recueillement

 

222. Ils regarderont leur corps comme leur plus grand ennemi, et ne cesseront de lui faire la guerre et de le mortifier. Cependant, ils ne doivent jamais faire de pénitence qui nuise à leur santé, ils n'en feront même aucune extraordinaire sans permission, ce qui n'empêche pas qu'ils ne puissent et qu'ils ne doivent s'imposer des privations et des sacrifices, de manière à dompter leur corps, à l'assujettir à l'esprit, afin d'accomplir en leur chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, selon l'expression de l'Apôtre (Coloss., 1, 24)

 

223. Ils seront sobres dans les repas et ils auront soin de pratiquer à table quelque acte de mortification, comme de se priver ou de prendre peu de quelque mets qu'ils aiment beaucoup, de ne jamais se plaindre de la mauvaise qualité ou du défaut d'apprêt des aliments, de se priver d'un fruit ou de toute autre chose qui flatte le goût et dont on peut se passer sans inconvénient

 

224. Les Frères regarderont comme un sujet de pénitence très méritoire, les maladies, les infirmité et les afflictions qu'ils auront à supporter. Dans cet esprit, ils les recevront avec résignation et avec joie comme une portion de la croix de Jésus-Christ, et s'en serviront comme d'un excellent moyen de satisfaire à la justice de Dieu. Ils ne se plaindront jamais de la violence et de la durée du mal, de l'amertume des remèdes, des oublis de ceux qui les servent, du bruit qu'on fait autour d'eux et de beaucoup d'autres choses

 

225. L'amour de la mortification et de la pénitence les portera encore à faire un saint usage de toutes les occasions de souffrir que leur fourniront les lieux qu'ils habitent, les climats, les saisons, s'estimant heureux d'être mal logés, mal nourris, de souffrir le froid, la chaleur, les intempéries de l'air, et une infinité d'autres incommodités

 

226. Une autre pénitence bien pénible à la nature, mais infiniment agréable a Dieu, c'est tout ce qu'ils auront à souffrir dans l'exercice de leurs fonctions. La réserve, la gravité et la modestie qu'ils devront avoir pour contenir et pour édifier leurs élèves, les obligeront à s'observer sans cesse et à se faire une continuelle violence. Que d'actes de mortification n'auront-ils pas l'occasion de pratiquer, étant toute la journée au milieu d'une foule d'enfants légers, indisciplinés et souvent malpropres! Que d'actes de patience, d'humilité, de charité et de zèle ne faudra-t-il pas faire pour se mettre à la portée de tous et pour répéter sans cesse les mêmes choses! Et après tant de peines, d'abnégation et de dévouement, ils devront s'attendre et se préparer tous les jours à supporter l'ignorance, la grossièreté et l'indocilité des enfants; le plaintes, les murmures et l'ingratitude des parents; les rebuts, les mépris et les contradictions du public

 

227. Mais la pénitence qui plaira le plus à Dieu, qui leur attirera le plus de grâces, celle qui comprend pour ainsi dire toutes les autres, c'est l'exacte observance de leurs Constitutions et de leurs Règles. En effet, être fidèle à garder toujours le silence, à répondre en peu de mots, à tout quitter au premier coup de cloche, à laisser une occupation qui plaît pour faire toute outre chose, quelque opposée qu'elle soit aux inclinations de la nature, dès que l'obéissance le veut, à se respecter mutuellement; être fidèle, en un mot, à observer tous le points des Constitutions et de Règles dans le temps, dans le lieu et de la manière prescrite, c'est renoncer sans cesse à sa volonté, pour faire celle de Dieu, c'est se faire violence et se mortifier continuellement. Les Frères s'appliqueront surtout à cet exercice de mortification et le préféreront à tous les autres

 

228. Pendant le temps du silence, s'il y a nécessité de parler, on le fera en peu de mots et à voix basse, autant que possible. On évitera aussi de faire du bruit en marchant, en ouvrant ou en fermant les portes, et généralement tout ce qui pourrait dissiper ou déranger les Frères. Les temps libres sont des temps de silence

 

229. Pour favoriser le bon emploi du temps, les études sérieuses et s'édifier mutuellement, on veillera particulièrement à l'observation du silence dans a salle d'étude

 

230. En faisant la classe les Frères doivent être très exacts à garder le silence, afin de conserver leur santé et de maintenir la discipline parmi leurs élèves

 

231. Dans les rapports avec les étrangers, c'est particulièrement le Frère Directeur qui entretient la conversation; les autres Frères écoutent avec modestie, ou interviennent seulement quand la bienséance le demande. En ce cas, ils répondront en peu de mots et seulement sur ce qui leur a été demandé

 

232. C'est surtout dans les voyages que le Frères doivent être retenus et circonspects dans leurs paroles. Jamais ils ne parleront de politique, ni d'autres nouvelles ou affaires du monde; ils éviteront même de lier conversation avec qui que ce soit et de prendre part aux discours qui se tiendront, se contentant d'édifier le prochain par leur gravité, leur réserve et leur modestie

 

233. Bien convaincus de cette parole de saint Grégoire: La solitude du corps sert peu, si l'on n'y joint la solitude du coeur les Frères ne se contenteront pas de garder le silence extérieur ou de paroles, ils s'attacheront surtout à la pratique du silence intérieur, qui consiste à réprimer ses passions, à oublier le monde, à chasser les pensées, les affections et le souvenir des choses de la terre et à ne s'occuper que de Dieu

 

234. Enfin, pour s'animer à la pratique du silence, pour en comprendre toute l'importance et la nécessité, les Frères méditeront souvent ces paroles de la Sainte Ecriture: Le péché abonde dans la multitude des paroles  (Prov., 10, 19); celui qui parlera beaucoup, blessera son âme (Eccles., 20, 8) ; la langue mal réglée est un feu qui enflamme tout le cours de la vie, elle est un monde d'iniquité» (Jacq., 3, 6); celui qui ne met point un frein à sa langue, séduit lui-même son coeur et n'a qu'une piété vaine (Jacq., 1, 26); et ces autres qui nous prouvent le grand bien du silence: La justice et la vertu s'acquièrent par le si-lence» (Isaïe, 32, 17); tout le travail de l'homme consiste à bien régler sa langue (Eccles., 6, 7); celui qui ne pèche pas par la langue est un homme parfait (Jacq., 3, 2)

 

235. Le respect mutuel conserve la paix, la charité et l'union si nécessaires dans une communauté

 

236. Les Frères, selon le conseil de l'Apôtre, se préviendront les uns les outres par des témoignages d'honneur et de déférence (Rom., 12, 10) , c'est-à-dire, qu'ils seront exacts à observer entre eux les règles de la civilité et de la bienséance, qu'ils se traiteront avec estime et respect, qu'ils se rendront les devoirs qu'ils se doivent selon le rang et la place qu'ils tiennent dans l'Institut; et qu'ils se conduiront toujours, dans leurs rapports mutuels, par le principe de l'humilité et de la charité chrétiennes

 

237. Ils ne tutoieront personne et, en se dénommant, ils feront toujours précéder le nom de religion ou le titre, du mot Frère

 

238. Ils ne se permettront aucune familiarité, aucun jeu de mains: tels que se pousser, se frapper ou autre chose semblable. Ils se récréeront avec beaucoup de réserve et de dignité, évitant toute espèce de facéties, tout geste, toute action ridicule, en un mot, tout ce qui est contraire à la modestie et à la gravité religieuses

 

239. Quand ils se rencontreront, s'ils ont le chapeau sur la tête, ils se découvriront; s'ils passent devant le Frère Supérieur ou devant les Frères anciens, ils les salueront de plus par une légère inclination

 

240. Ils auront des attentions et de égards particuliers pour les Frères anciens, quand même ils ne seraient pas en charge. Tous, et particulièrement les jeunes, s'efforceront de leur rendre honneur, c'est-à-dire, d'avoir pour eux une grande déférence, de les écouter quand ils parlent, et de leur rendre tous les services dont ils auront besoin

 

241. Les Frères anciens, à leur tour, se montreront bons et affables à l'égard des jeunes, supportant leurs défauts, excusant les fautes que l'inexpérience leur fait commettre, les reprenant, s'il y a lieu, mais avec douceur, évitant soigneusement de dire ou de faire quoi que ce soit qui puisse les scandaliser, leur faire de la peine ou les décourager, leur parlant toujours avec bonté, avec retenue et d'une manière sensée

 

242. Les Frères formeront leur enfants à la civilité par leurs à la civilité par leurs instructions et surtout par leurs exemples, réglant leur maintien, leurs paroles et leurs actions, de manière que tout, dans leur conduite, soit pour les enfants une leçon de vertu et de politesse

 

243. Ils se montreront aussi très honnêtes à l'égard des personnes du dehors; mais leur politesse doit être toute religieuse, c'est-à-dire, qu'il faut qu'elle soit fondée sur l'humilité et la charité, qu'elle ait pour but la gloire de Dieu et l'édification du prochain

 

244. Ils doivent s'instruire de tout ce qui tient aux usages et au cérémonial des lettres et s'y conformer dans l'occasion. En écrivant au Frère Supérieur Général, ils commenceront leurs lettres par cette formule: Mon Très Révérend Frère Supérieur, et la termineront de cette manière: Je suis avec un profond respect et une entière soumission, Mon Très Révérend Frère Supérieur, Votre très humble et très obéissant serviteur. Ils mettront l'adresse de cette manière: Au Très Révérend Frère Supérieur Général de l'Institut des Petits Frères de Marie, etc

 

245. Les Frères aimeront beaucoup l'ordre et la propreté, et les feront régner dans tout ce qui est à leur usage. Dans chaque maison, un Frère sera spécialement chargé de veiller à la propreté et à la bonne tenue des appartements, du mobilier et du vestiaire

 

246. On aura soin de tenir les appartements bien aérés, surtout les classes et ceux qui sont les plus fréquentés; de remettre toujours les choses à leur place, après s'en être servi, et de n'en laisser égarer ni dépérir aucune par sa faute

 

247. Chacun fera son lit et aura soin de mettre en ordre et de tenir en état de propreté tout ce qui est à son usage

 

248. Les Frères s'appliqueront à donner à leurs élèves des habitudes d'ordre et de propreté, les obligeant à se laver et à se peigner tous les jours, à prendre soin de leurs objets classiques et de tous leurs effets, et à les ménager

 

249. La vie religieuse étant par sa nature une vie de pénitence, de mortification et de travail, rien ne lui est plus opposé que l'oisiveté, qui enseigne tous les vices, combat et détruit toutes les vertus. Les Frères regarderont donc la vice de paresse comme un de leurs plus dangereux ennemis, et ils s'en préserveront avec le plus grand soin

 

250. L'amour du travail est une disposition requise pour être reçu dans l'Institut; on ne manquera pas d'en instruire les postulants, de les éprouver sur ce point et de renvoyer ceux qui manqueraient de goût et d'aptitude pour l'étude et pour le travail manuel

 

251. Les Frères auront tous une occupation déterminée et ils devront rendre compte au Frère Provincial, tous les quatre mois, et au Frère Directeur, toutes les semaines, de leur travail et de l'emploi de leur temps

 

252. Le savoir étant un auxiliaire précieux de la vertu et du dévouement dans l'apostolat de l'éducation, les Frères s'efforceront d'acquérir toutes les connaissances utiles à leur profession. L'étude est un devoir pour ceux qui sont employés dans l'enseignement; ils aspireront même aux titres professionnels nécessaires au succès de leur mission. Mais tant pour leurs études que pour les examens à subir, ils se conformeront exactement aux programmes arrêtés par le Conseil Provincial, et approuvés par le Conseil Général

 

253. Les matières d'étude pour les Frères sont tout d'abord la religion, puis les connaissances qui font partie des programmes de leur enseignement. Les Frères ne pourront se livrer à aucune étude spéciale sans la permission du Frère Provincial

 

254. Les Frères garderont cet ordre dans leurs études: 1º ils étudieront les matières de leurs classes respectives et auront soin chaque jour de préparer les leçons qu'ils sont obligés de donner; 2º ils travailleront ensuite aux autres parties de l'enseignement de manière à donner toujours la primauté à celles qui sont le plus utiles ou qui leur seraient la plus nécessaires

 

255. L'étude religieuse étant d'une importance capitales tant pour le profit spirituel des Frères que pour la formation chrétienne des élèves, on emploiera soigneusement l'heure qui lui est consacrée, à la préparation du catéchisme, à une étude ascétique personnelle, ou selon les indications des Supérieurs

 

256. Les Frères profès de voeux temporaires réciteront tous les jours une leçon de catéchisme au Frère Directeur ou à celui qu'il aura désigné. Le Frère Directeur devra aussi, de temps en temps, faire réciter à tous les Frères la méthode d'oraison, au jour qu'il indiquera, et ce sera ordinairement le jeudi

 

257. Les Frères ne se contenteront pas d'apprendre ce qu'ils doivent enseigner; ils étudieront avec soin la méthode d'enseignement, les moyens les plus propres pour faire comprendre et pour communiquer ce qu'ils savent à leurs élèves, la manière de discipliner une classe et de donner le goût de l'étude et l'amour du travail aux élèves

 

258. Ils se garderont bien, néanmoins, de se passionner pour l'étude, et de s'y adonner dans des vues humaines et de manière à préjudicier à leurs exercices de piété et à leur avancement dans la vertu; ils s'y appliqueront surtout pour plaire à Dieu et procurer sa gloire, pour servir plus utilement l'Institut, et pour obéir aux Constitutions et aux Règles communes, pour édifier les Frères, et pour s'occuper selon leur état

 

259. Chacun s'efforcera, selon sa capacité, de s'acquitter parfaitement de l'emploi qui lui aura été confié

 

260. Le Frère Directeur ne souffrira jamais que les Frères restent dans l'oisiveté, surtout les jeunes; mais il les tiendra constamment et utilement occupés, et leur demandera compte de leur travail et de l'emploi de leur temps

 

261. En communauté, le principal moyen de sanctification est l'observance des Constitutions et des Règles, et un religieux ne reçoit de grâces et ne fait de progrès dans la vertu qu'a proportion qu'il est fidèle à les observer

 

262. Les Frères regarderont donc les observances régulières, même les plus petites, comme très importantes: 1º parce qu'elles sont pour eux un moyen de perfection; 2º parce que Dieu a attaché notre persévérance dans la bien à notre fidélité aux petites choses: Celui, dit Jésus-Christ, qui est fidèle dans les moindres choses, le sera aussi dans le grandes» (Luc., 16, 10); 3º parce que la violation d'une seule, quelque petite qu'elle soit, nuit au bon ordre et à la discipline de la communauté; 4º parce que la paix, l'union et la ferveur ne règnent parfaitement que dans les maisons où l'on est fidèle à tous les points de Constitutions et de Règles

 

263. Chacun doit bien se persuader que Dieu veut le sauver et le conduire à la perfection par l'exacte observance d'abord des Constitutions et ensuite des Règles de son Institut, conséquemment qu'il ne peut les négliger sans exposer sa perfection et même son salut; car, dit saint François de Sales, la prédestination des religieux dépend de cette observance

 

264. Un des premiers devoirs de Frères Directeurs et de tous ceux qui sont en charge, c'est d'obtenir cette observance le plus parfaitement possible. Il est important, il est nécessaire: 1º que les Frères Directeurs habituent les Frères à la ponctualité, c'est-à-dire, à tout quitter au premier signal, au premier coup de cloche pour se rendre aux exercices de la communauté ou à ce que demande l'obéissance; 2º qu'ils fassent toujours commencer les exercices à l'heure; 3º qu'ils fassent cas des plus petites choses et qu'ils avertissent les Frères quand ils y manquent

 

265. Les Frères anciens et les plus instruits s'efforceront de se montrer les plus exacts à observer les Constitutions et toutes les Règles, se rappelant que plus ils sont supérieurs aux autres par leur âge ou par leurs talents, plus ils sont tenus d'être leurs modèles et de leur donner l'exemple de la régularité

 

266. Dans le cas même de maladie ou d'infirmité, les Frères s'y rendront fidèles autant qu'il dépendra d'eux, ayant soin pour cela de pratiquer les points qui ne sont pas incompatibles avec l'état où ils se trouvent et de demander dispense de ceux qu'ils ne peuvent pas observer

 

267. Quand les Frères auront manqué à quelques points des Constitutions ou des Règles communes, ils déclareront leur faute au Frère Directeur et lui en demanderont pénitence

 

268. Ils doivent être bien aises aussi que le Frère Directeur les avertisse, quand ils y manquent, et ils le prieront même en particulier de temps en temps de leur rendre ce bon office

 

269. Le Frères liront leurs Constitutions et leurs Règles communes en entier au moins deux fois l'an, dans les premiers jours de janvier et de juillet; cette lecture tiendra lieu de la lecture spirituelle. Chacun devra lire aux mêmes époques, et plus souvent s'il est nécessaire, les règles qui lui sont particulières, à raison de son emploi

 

270. En outre, tous les dimanches, on lira en communauté un chapitre des Constitutions ou des Règles communes sur lequel le Frère Directeur fera une instruction, ou au moins quelques réflexions

 

271. Chacun aura soin de faire souvent son examen sur la manière dont il observe les Constitutions et les Règles s'arrêtant surtout aux points auxquels il a plus de peine à se soumettre et où il manque plus souvent, et s'appliquant à découvrir le principe de ses fautes, afin de s'en corriger

 

272. Enfin, les Frères se porteront à l'observance des Constitution et des Règles par amour et non par crainte; le désir de plaire à Dieu, de la glorifier, d'imiter Notre Seigneur, de mériter la protection de la sainte Vierge, de travailler à leur perfection et de conserver l'Institut: tels sont les motifs qui doivent les porter à y être constamment fidèles

 

273. Les Frères auront une religieuse vénération et un profond respect pour le Frère Supérieur Général, et, en toute chose, ils lui obéiront comme à Dieu même dont il tient la place

 

274. En lui parlant, ils ne l'appelleront jamais autrement que "Mon Révérend Frère Supérieur"; et en s'entretenant de lui entre eux ou avec toute autre personne: "Le Révérend Frère Supérieur"

 

275. Lorsqu'ils lui parleront, ils se tiendront debout et découverts tout le temps, à moins qu'il ne leur fasse signe ou ne leur dise de s'asseoir et de se couvrir

 

276. Ils lui feront une profonde inclination, chaque fois qu'ils passeront devant lui; et, s'ils se croisent avec lui à un escalier ou ailleurs, ils ne manqueront pas de s'arrêter, de lui céder le pas et de s'écarter pour le laisser passer

 

277. Quand le Frère Supérieur Général entre dans un appartement quelconque, tous doivent se lever, se découvrir et se tenir debout jusqu'à ce qu'il dise de s'asseoir ou qu'il se soit assis lui-même

 

Au réfectoire, il suffira que le lecteur se lève et suspendre la lecture, jusqu'a ce que le Frère Supérieur Général se soit mis à table

 

278. Ils le regarderont comme leur père, et ils auront pour lui un attachement, un amour et une confiance filiale. Ces sentiments, d'autant plus sincères qu'ils sont formés par la foi et la religion, les porteront à s'adresser à lui, dans tous leurs besoins, avec la simplicité d'un enfant

 

279. Lorsqu'un Frère est repris par le Frère Supérieur Général, il doit l'écouter avec un profond respect, avec humilité, en silence et les yeux baissés. Si le Frère croit devoir s'excuser, ce qu'il ne doit faire que lorsqu'il juge que la plus grande gloire de Dieu le demande, il ne le fera qu'avec modestie, en peu de mots et jamais en contestant avec lui

 

280. Les Frères doivent recourir au Frères Supérieur Général en toute confiance, mais ils prendront garde de ne pas lui faire perdre le temps par des visites importunes ou trop prolongées. Ils doivent dire sans gêne, mais avec le moins de paroles possible, ce pourquoi ils viennent le trouver, et se retirer dès qu'ils ont terminé

 

281. Les Frères chargés du temporel ou de la direction d'une maison ou de tout autre emploi, se souviendront qu'ils n'ont qu'une autorité relative et dépendante, et qu'ils lui doivent compte de leur gestion selon les Constitutions. Ils se borneront donc, en tout ce qui concerne leur emploi, à ce qui est déterminé par les Constitutions, les Règles, ou qui est d'un usage constant et reconnu dans l'Institut

 

282. Dans la direction de leur maison et dans tout ce qu'ils entreprendront pour le bien de la religion et celui de l'Institut, les Frères Directeurs suivront exactement les instructions qu'ils auront reçues du Frère Supérieur Général et jusqu'a ses moindre intentions

 

283. Les Frères ne parleront du Frère Supérieur Général qu'avec estime et respect; jamais ils ne se permettront un mot de blâme, ni quoi que ce soit qui puisse affaiblir la vénération profonde, l'amour et la haute estime que tous les Frères doivent avoir pour lui; moins encore se permettrontils de censurer sa conduite, son administration, ou de trouver à redire ce qu'il a fait ou ordonné. L'esprit de foi, qui leur fera voir Jésus-Christ en sa personne, les portera à approuver et à trouver bon tout ce qui vient de lui, à recevoir comme de Dieu même, avec une parfaite soumission de volonté et de jugement, ses ordres, ses avis, ses conseils et la moindre de ses paroles

 

284. Les Frères ne se contenteront pas d'aimer et de vénérer leur Frère Supérieur Général, de lui obéir en toute chose et d'avoir en lui une entière confiance; de plus, ils prieront tous les jours pour lui, en leur particulier et en communauté, demandant à Dieu qu'il le remplisse de son esprit de lumière et de force, et lui donne toutes les grâces qui lui sont nécessaires pour conduire avec sagesse l'Institut, et pour faire avancer sans cesse les Frères dans la voie de la perfection et de la sainteté

 

285. Les Frères Directeurs écriront deux fois par au Frère Supérieur Général ou à ses Assistants; les autres Frères une fois, aux époques qui auront été fixées. Tous les Frères écriront deux fois au Frère Provincial, en mars et novembre, ou autres époques déterminées. La visite du Supérieur tient lieu de correspondance

 

286. Dans leur correspondance, les Frères rendront compte de leur conduite, de la manière dont ils observent les Constitutions et les Règles, et remplissent leur emploi. Les Frères Directeur rendront aussi compte de leur conduite comme directeurs, de celle des Frères de leur communauté, de la régularité de la maison et de l'état des classes

 

287. Pour rendre compte de leur conduite aux époques fixées, les Frères écriront tous en même temps et remettront leurs lettres cachetées au Frère Directeur, qui les joindra à la sienne pour n'en faire qu'un seul paquet qu'il cachettera en présence des Frères. Afin de diminuer les frais de correspondance, les Frères auront soin de se servir d'un papier léger

 

288. Les lettres d'affaires, les commissions ou les demandes d'objets doivent être à part, sur de feuilles volantes, afin qu'on puisse les remettre au Frère Econome provincial ou à celui qu'elles concernent

 

289. Les Frères Directeurs, en rendant compte de leur conduite personnelle au Frère Provincial, lui feront connaître les lettres de quelque importance qu'ils auraient écrites aux étrangers

 

290. Du reste, les Frères ne doivent écrire aux étrangers que par nécessité, rarement à leurs parents; et dans les lettres à ces derniers, ils feront en sorte qu'il y ait toujours quelque chose d'édifiant et qui puisse les porter à Dieu

 

291. Les Frères ne liront ni ne communiqueront à personne les lettres qu'ils écriront à leurs Supérieurs quand même elles ne contiendraient rien de particulier. Le Frère Directeur ne prendra jamais connaissance des lettres écrites aux Supérieurs par ses Frères quand même ceux-ci le voudraient. Pareillement, les Frères ne peuvent communiquer à personne les lettres qu'ils reçoivent des Supérieurs, à moins qu'elles ne contiennent des choses qui regardent tous les Frères de la maison, ou que celui qui écrit n'ait manifesté l'intention qu'elles soient communiquées

 

292. Les lettres des Supérieurs ne seront donc décachetées et lues que par ceux à qui elles sont adressées, et pour que ces sortes de lettres puissent être facilement reconnues par le Frère Directeur, celui qui écrit mettra au dos de la lettre les initiales de son nom et son paraphe

 

293. Quiconque aura lu une lettre qui n'est point à son adresse, cachetée ou non cachetée, adressée aux Supérieurs, ou écrite par eux, sera sévèrement corrigé, et le Frère Supérieur Général devra être informé de cette faute

 

294. Les Frères sont subordonnés au Frère Directeur en toutes choses et lui doivent obéissance comme à Jésus-Christ dont il tient la place

 

295. Ils auront pour lui un grand respect, lui parlant toujours en termes pleins de soumission et de déférence; toutes les fois qu'ils passeront devant lui, ils se découvriront et le salueront, et, en toute occasion, ils se montreront pour lui pleins d'égards et de prévenances

 

296. Les Frères Directeur est chargé d'administrer de la manière prescrite par les Constitutions; c'est lui qui répond de tout et qui, par conséquent, doit tout ordonner, tout conduire et tout diriger; les autres Frères ne peuvent rien faire, rien permettre ni changer dans leurs classes ou ailleurs sans sa permission

 

297. Les Frères lui témoigneront leur obéissance, leur amour et leur attachement de toutes les manières, chacun s'empressant de l'aider, de le soulager, et de lui rendre service autant qu'il en est capable; et cela, non seulement en contribuant de tout leur pouvoir à maintenir l'ordre et la bonne tenue de la maison, et en le remplaçant dans sa classe ou ailleurs, pour la surveillance des élèves ou pour toute autre chose; mais surtout en maintenant, par leurs exemples et leur bon esprit, la soumission et le respect qui lui sont dus

 

298. Il est important que tous lui soient très unis et ne fassent qu'un avec lui; il est même nécessaire que cette union paraisse extérieurement, quand il en est besoin. Ainsi, tous doivent le soutenir auprès des enfants, des parents ou de toute autre personne qui serait dans le cas de la blâmer ou de trouver à redire à sa conduite

 

299. Ils auront en lui une grande confiance, lui demanderont conseil dans leurs doutes, lui feront part de leurs peines, des difficultés qu'ils éprouvent dans leur emploi, ayant soin de suivre en toutes choses la conduite qu'il leur aura tracée

 

300. Dans leurs études, dans leurs classes ou dans leur emploi, ils se conformeront à la direction et au règlement qui leur seront donnés par le Frère Directeur

 

301. Ils s'appliqueront à prendre sa méthode pour la classe et la direction des enfants, employant les mêmes moyens d'émulation et d'encouragement , les mêmes récompenses, les mêmes manières d'attirer les enfants à l'école, de les former à la vertu et de les discipliner; et, comme le Frère Directeur doit suivre en tout la méthode d'enseignement développée par le Guide des Ecoles, chacun se formera ainsi aux usages de l'Institut

 

302. Ils se garderont bien de le gêner dans son administration, de s'immiscer dans ce qui ne les regarde pas, de se donner de l'autorité ou de se mêler du gouvernement de la maison; ils ne doivent pas non plus le circonvenir, l'influencer, de quelque manière que ce soit, pour le porter à faire ce qu'ils désirent ou pour se faire permettre ou commander ce qu'ils souhaitent

 

303. Le respect et l'obéissance qu'ils lui doivent, leur feront éviter avec soin de critiquer sa conduite ou son administration, de s'entretenir entre eux de ses défauts et de ses fautes, de se plaindre et de murmurer en secret ou en public, de répliquer quand il commande ou qu'il reprend, de témoigner de la peine ou du ressentiment pour un avertissement ou pour une réprimande qu'il leur aura donnée, de recevoir ses ordres avec froideur ou d'un air mécontent, et de n'obéir qu'avec peine

 

304. S'il leur arrive d'être mécontents de la conduite que le Frère Directeur aura tenue à leur égard en quoi que ce soit, ou d'éprouver quelque antipathie contre lui, au lieu de murmurer et de se plaindre devant les autres, ils doivent l'aller trouver et lui faire connaître, avec simplicité et franchise, leur sujet de mécontentement et tout ce qui les peine. C'est là le vrai moyen de faire tomber toutes les prévention qui pourraient exister de part et d'autre, de rétablir ou de maintenir la paix, l'union qui doit régner dans la maison, et de conserver l'amour, le respect et l'obéissance qu'ils doivent à leur Frère Directeur

 

305. S'il s'élevait quelques difficultés entre le Frère Directeur et ses inférieurs (ce qu'à Dieu ne plaise), on aura, sans contester, recours au Frère Provincial, afin qu'il concilie tout par ses avis; cependant l'inférieur se soumettra, en attendant que le Frère Provincial réponde, à moins que la chose ne soit évidemment mauvaise

 

306. Si le Frère Directeur tombait dans quelques fautes graves, s'il laissait introduire des abus dans la maison, s'il négligeait la régularité ou le soin du temporel, s'il avait des rapports avec les séculiers ou avec les enfants, contrairement aux Constitutions et aux Règles communes, les Frères, et particulièrement le Frère Sous-Directeur, devraient l'en avertir avec respect et le prier humblement de corriger dans sa conduite ou dans son administration ce qui serait répréhensible et, s'il ne s'amendait pas, il faudrait en prévenir le Frère Provincial

 

307. Le premier devoir des Frères à l'égard de leurs élèves est de les édifier, de les porter à Dieu par leurs actions et la sainteté de leur vie, et de leur donner l'exemple de toutes les vertus

 

308. Ils aimeront chrétiennement tous leurs élèves, leur parleront avec bonté, les traiteront avec douceur, et ils se montreront leurs pères plutôt que leurs maîtres particulièrement dans les corrections

 

309. Ils ne doivent rien négliger pour mériter l'estime, le respect et l'affection des élèves, afin de les gagner plus facilement à Jésus-Christ

 

Les moyen pour y parvenir sont: 1º d'être toujours égal, d'avoir un air gai, bon et grave tout ensemble; 2º de rendre la classe et le travail agréables aux enfants par l'émulation, les récompenses et les louanges données à propos; 3º de n'être pas trop sévère dans les punitions, ni trop difficile à contenter pour les devoirs ou les leçons; 4º de témoigner aux enfants la bonté d'un père, prenant part à leurs peines, les aidant, les encourageant, leur montrant, par son zèle et son dévouement à les instruire et à les faire avancer, qu'on ne cherche que leurs intérêts

 

310. Ils éviteront avec le plus grand soin de s'attacher aux élèves d'une manière trop humaine, ils n'auront aucune familiarité avec eux, et bien qu'ils donnent à tous un libre accès auprès d'eux, ils les tiendront toujours dans les bornes du respect et de la réserve qui conviennent à des élèves à l'égard de leurs maîtres

 

311. Ils auront pour tous leurs élèves la même affection, les mêmes attentions et les mêmes soins. Libres de tout préjugé, de tout vue humaine , ils n'auront aucun égard à la fortune ni aux dons de la nature, tels que les talents, les qualités extérieures, etc., et ils ne verront dans tous les enfants que des membres de Jésus-Christ et des âmes rachetées au prix de son sang

 

312. Ils ne tutoieront jamais les enfants, et se garderont bien de leur donner des sobriquets, ou de se servir de leur parlant ou en les reprenant de termes durs et offensants, comme aussi de les humilier, de les mortifier, de leur faire de la peine sans raison

 

313. En classe, les enfants ne sortiront pas de leur place sans permission, et les Frères ne permettront à aucun de se placer ou de rester à côté d'eux près de la chaire

 

314. Ils ne souffriront pas non plus que les élèves se rendent trop familiers dans la maison, qu'ils entrent dans les appartements des Frères et même dans la cuisine sans frapper et sans permission, qu'ils prennent quoi que ce soit et s'en servent sans le demander, qu'ils courent, qu'ils agissent dans la maison sans retenue et se donnent trop de liberté

 

315. Pendant les récréations même, les Frères ne doivent pas se rendre familiers avec les enfants, ni jouer avec eux, à moins que ce ne soit pour mettre le jeu en train. Ils éviteront aussi de causer à part avec quelquesuns, de crainte qu'ils ne soient distraits et que la surveillance générale n'en souffre

 

316. Ils se garderont bien de perdre leur temps à parler avec un ou plusieurs élèves dans la classe, et même dans la cour, ou de s'informer auprès d'eux des nouvelles et de ce qui se passe dans la localité; ils ne permettront pas aux enfants de les entretenir de choses semblables

 

317. Ils ne parleront pas en particulier aux enfants, à moins d'une grande nécessité, et, en ce cas même, ils le feront en peu de mots et ordinairement dans la classe

 

318. Les Frères ne se feront pas accompagner par les enfants dans les voyages, les sorties ou les visites

 

319. Les Frères ne pendront rien aux enfants, excepté les mauvais livres qu'ils auraient entre les mains. Si un élève s'amuse avec un objet quelconque, le Frère se contentera de lui faire signe de le retirer; et, s'il était obligé de le lui prendre, il aurait soin de le lui rendre après la classe. Les Frères ne se feront prêter par les élèves aucun livre, ni autre chose de ce genre

 

320. Les livres qui sériant pris entre les mains des enfants comme suspects, seront remis au Frère Directeur, sans qu'on se permette de les lire; et le Frère Directeur, s'il les croit mauvais, ne doit pas les lire-même, mais, selon le cas, les détruire ou les remettre aux familles

 

321. Les Frères ne permettront pas que leurs élèves leur fassent des compliments ou leur offrent des présents à l'occasion de leur fête

 

322. Un seul Frère sera chargé de vendre aux enfants les objets classiques

 

323. Un moyen très propre pour maintenir la discipline parmi les élèves, pour s'en faire aimer et pour les corriger de leurs défauts, c'est de leur parler toujours raison, de les traiter avec estime et respect, et d'observer scrupuleusement à leur égard les règles de la civilité et de la bienséance

 

324. Les classes des Frères devront être contiguës et séparées par une cloison vitrée. Les sièges seront placés vis-à-vis l'un de l'autre, afin que les Frères puissent se voir; on ne les changera pas de place sans la permission du Frère Provincial; et, dans tous les cas, ils devront toujours être placés de manière que les Frères soient en vue les uns des autres

 

325. Pendant les classes, on n'admettra personne dans l'école, excepté les ecclésiastiques, les bienfaiteurs et les autorités

 

326. Le Frère Directeur seul, ou son remplaçant en cas d'absence, rend raison aux parents des élèves et aux autres personnes qui se présentent à l'école

 

327. L'école s'ouvrira le matin à l'heure approuvée par le Frère Provincial, et les enfants devront tous être arrivés pour assister à la sainte messe, s'il y en a une, ou pour faire la prière

 

328. Le soir, l'école s'ouvrira également à l'heure approuvée par le Frère Provincial, et les enfants devront tous être rendus pour réciter le chapelet

 

329. Les Frères seront eux-mêmes très exacts à entrer en classe à l'heure fixée le matin et le soir

 

330. Les Frères se tiendront à leur siège pendant toute la classe, excepté pendant le temps de l'écriture, et autres cas d'une véritable nécessité

 

331. Pendant les prières, ils se tiendront debout sur leur siège, dans un maintien grave et modeste

 

Ils répondront aux prières d'un ton modérément élevé, mais soutenu et pieux, comme il convient que les enfants répondent

 

332. Les Frères doivent à leur élèves cinq choses: 1º le bon exemple et le secours de leurs prières; 2º l'instruction religieuse et l'instruction profane; 3º l'éducation chrétienne; 4º la surveillance, afin de les préserver du mal et de conserver leur innocence; 5º la correction

 

333. Tous les enfants catholiques admis dans l'école, quel que soit leur âge, apprendront et réciteront le catéchisme; ceux qui n'ont pas fait leur première communion le réciteront deux fois le jour, c'est-à-dire à la classe du matin et à celle du soir

 

334. Chaque jour d'école, les Frères emploieront une heure au catéchisme, dans les classes élémentaires, soit pour le faire réciter, soit pour développer ou expliquer une leçon par sous-demandes

 

Dans les classes supérieures, le catéchisme sera d'une demi-heure, non compris la récitation

 

335. Les dimanches et les fêtes, ils feront de la même manière, c'est-à-dire par sous-demandes, pendant une demi-heure, une instruction sur les principaux mystères ou sur la manière d'assister avec fruit aux offices de l'église, ou même sur l'évangile qu'ils auront soin de faire réciter

 

336. Les Frères exerceront une grande surveillance sur les enfants, particulièrement sur leurs gestes et leur tenue, exigeant que tous aient les bras croisés ou sur la table, et qu'ils tiennent leurs livre à la main; que leur jambes et tout leur corps soient toujours dans une posture convenable

 

337. Ils ne doivent jamais perdre de vue les élèves qui sont en groupe ou en cercle autour des cartes géographiques ou des tableaux d'arithmétique, ou qui récitent leurs leçons

 

338. Les Frères ne sortiront pas de la classe sans une grande nécessité et sans sa faire remplacer; ils ne doivent pas s'y promener ni tourner le dos aux élèves

 

339. Pour obtenir le silence, ils auront soin: 1º de se servir habituellement du signal; 2º de parler, quand il y nécessité de le faire, d'un ton de voix modéré, et d'être courts, clairs et précis dans les avis ou explications qu'ils donnent; d'éviter de crier, de parler trop haut ou avec trop de chaleur

 

340. Les Frères doivent tout le temps de la classe à leurs élèves, et ils ne peuvent en employer aucune partie à l'étude ou à toute autre chose; c'est pourquoi ils n'auront en classe d'autres livres que les livres nécessaires à leur enseignement, et ils ne s'en serviront que pour suivre la leçon ou la faire réciter. Ils n'écriront pas non plus en classe, à moins que ce ne soit pour prendre quelques noms de leurs élèves ou pour marquer quelques notes ou bons points

 

341. Le Frère Directeur doit avoir l'oeil sur toutes les classes, afin de voir de quelle manière les Frères se conduisent à l'égard de leurs élèves et comment ils s'acquittent de leur emploi. Il est nécessaire, en outre, qu'il visite souvent les classes pour encourager les enfants et se tenir au courant de leurs progrès, pour faire les changements de division et pour former et diriger les Frères

 

342. Le Frères ne donneront jamais de leçons á domicile, ils ne feront même á l'école aucune classe particulière sans la permission du Frère Provincial

 

343. On ne recevra pas les élèves dans la classe avant l'heure réglementaire, excepté lorsqu'ils viennent de loin par un mauvais temps et on ne les gardera et on ne les gardera pas après, soit par pénitence, soit pour les faire travailler, soit pour tout autre motif. S'il y a nécessité d'en retenir quelquesuns, on les réunira dans une même salle

 

344. Ils regarderont l'étude et la pratique du Guide des Ecoles comme un des plus sûrs moyens de réussir dans leur emploi; ils le liront souvent, afin de le posséder parfaitement et de l'observer avec fidélité

 

345. Enfin, les Frères se tiendront très unis à Dieu pendant toute la classe, ayant soin d'élever leur coeur à lui, de lui demander son secours, toutes les fois qu'ils rencontreront quelques difficultés, soit pour contenir les enfants, soit pour les corriger, soit pour leur expliquer quelques leçons. Ils s'adresseront spécialement à la très sainte Vierge, la priant de bénir l'école et de conserver l'innocence des enfants

 

346. La correction des enfants est de tous les devoirs des Frères le plus difficile à remplir et celui qui demande de leur part le plus de réflexion, de prudence, de charité, de calme et de patience

 

347. Les Frères doivent exercer sur eux-mêmes et sur leurs élèves une vigilance continuelle, afin de maintenir l'ordre et de prévenir les fautes; pour cela, ils auront soin de prendre et de conserver un maintien grave et toujours égal, qui contienne les enfants dans le devoir; de ne jamais perdre de vue les élèves; de les avertir à propos, quand ils les voient sur le point de s'écarter du règlement

 

348. Ils s'appliqueront à conserver leur âme en paix et libre de toute influence de passion, se gardant bien de corriger les élèves dans la colère ou dans un moment de vivacité, de punir jamais par humeur, par caprice, par vengeance ou par tout autre motif personnel. Le bien de l'élève qui s'est écarté de son devoir, ou l'avantage des autres que l'impunité pourrait scandaliser ou porter à faire la même faute, sont les seuls motifs qui doivent porter un Frère à corriger ses élèves

 

349. Avant d'infliger une pénitence, les Frères élèveront leur coeur à Dieu pour le consulter et le prier de bénir la correction

 

350. Ils ne puniront les fautes graves qu'au commencement de la classe suivante; en général toutes les fois qu'ils se sentiront émus ou portés à agir par quelque passion, ils remettront la correction à un autre moment

 

351. De même, ils éviteront de punir un élève, lorsqu'il est dans son premier moment ou qu'il n'est pas disposé à recevoir la punition d'une manière convenable, pour ne pas l'exposer à de nouvelles fautes ou rendre la punition inutile; l'enfant n'ayant pas l'esprit assez libre pour reconnaître ses torts, pour vaincre la passion qui le domine, pour sentir l'importance des avis qu'on lui donne, et pour comprendre la justice et la nécessité de la correction qu'il mérite

 

352. On ne doit jamais réprimander un élève ni le punir publiquement pour une faute secrète, surtout si elle était de nature à scandaliser les autres élèves

 

353. Il est absolument défendu aux Frères de frapper les élèves avec la main, le signal ou la baguette; de les pousser rudement, de leur donner des soufflets, de leur tirer les oreilles ou les cheveux: toutes ces manières de corriger les enfants son opposées à la charité et dénotent la passion

 

354. On ne mettra pas les enfants à genoux par pénitence; on évitera aussi de les laisser longtemps dans toute autre posture qui serait de nature à les fatiguer de manière à les indisposer

 

355. Les Frères ne corrigeront jamais les enfants dans la rue, à l'église ou dans tout autre lieu public; ils se contenteront de noter ceux qui feront quelques fautes, afin de les corriger lorsqu'ils seront à l'école

 

356. Ils feront en sorte de ne point punir les enfants pendant le catéchisme et les prières, à moins d'une grande nécessité

 

357. Ils ne puniront les enfants que pour des fautes certaines, et la punition sera toujours proportionnée à la gravité de la faute

 

358. Ils ne donneront pas de pénitences générales, c'est-à-dire qui atteignent toute la classe, á moins que ce ne soit une simple retenue

 

359. La pénitence la plus ordinaire doit être le pensum, qui consiste à apprendre une leçon ou à écrire un devoir

 

360. En punissant les élèves, il faut les traiter avec bonté, est respect, et éviter soigneusement toute parole, toute expression injurieuse, méprisante ou propre à mortifier, à faire de la peine sans juste raison, à aliéner l'esprit des coupables

 

361. Les jeunes Frères prendront souvent l'avis du Frère Directeur au sujet des pénitences qu'ils seront dans le cas d'infliger; ils n'en donneront aucune un peu grave sans le prévenir et sans la lui faire approuver

 

362. Ils ne pourront, dans aucun cas, renvoyer un enfant de l'école; cette pénitence, qui est le plus grand et le dernier des châtiments, est exclusivement réservée au Frère Directeur

 

363. Les Frères feront en sorte de n'infliger aucune pénitence qui en elle-même ou dans ses circonstances, puisse être désavouée par la raison

 

Pour cela ils ont besoin de l'esprit de prudence, de sagesse et de réflexion qui leur apprendra: 1º à avoir égard à l'âge, aux forces, au caractère, à l'intelligence de l'enfant et aux dispositions de ses parents; 2º à apprécier la nature de la faute, c'est-à-dire, si elle a été faite par malice ou par légèreté, s'il y a habitude, obstination, ou surprise, ou désir de mieux faire de la part de coupables; 3º à tenir compte de ces diverses circonstances aggravantes ou atténuantes

 

364. Enfin, pour tout ce qui concerne la correction, comme pour tout le reste, les Frères se conformeront exactement à ce qui leur est prescrit dans le Guide des Ecoles

 

365. Les entretiens avec les séculiers sont un des grands écueils de la vie religieuse; c'est par les rapports trop fréquents avec ces sortes de personnes que l'esprit religieux sort des communautés, et que celui du monde y pénètre et y introduit les abus, le relâchement et les vices. Les Frères n'auront avec les personnes du dehors que les rapports indispensables

 

366. Ils seront polis envers tout le monde, et se montreront respectueux et prévenants pour toutes les personnes qu'ils seront obligés de voir; mais ils ne se lieront d'intimité et n'auront de familiarité avec aucune

 

367. Ils ne communiqueront pas sans nécessité aux personnes du dehors ce qui se fait dans l'Institut, tels que les ordres ou les défenses qu'ils auront reçus des Supérieurs, les défauts ou les fautes de leurs Frères, le renvoi d'un sujet, etc

 

368. Pareillement, ils ne communiqueront à personne les Constitutions et les Règles non plus que les lettres qu'ils recevront des Supérieurs, à moins qu'ils n'y soient autorisés. Quand ils auront des doutes ou des peines de conscience, autres que celles dont ils doivent entretenir leur confesseur, sur les Constitutions ou les Règles, sur les ordres reçus des Supérieurs, ou sur toute autre chose de ce genre, ils ne prendront jamais conseil des personnes étrangères à l'Institut, et ils s'adresseront au Frère Directeur ou aux Supérieurs

 

369. Leur état les dispense des visites de bienséance; ils se borneront à celles qui sont nécessaires, et se contenteront de voir de temps en temps, et quand les intérêts de l'école le demanderont, les autorités et les bienfaiteurs

 

370. Les Frères ne feront pas de visite la nuit, excepté à autorités, et dans les cas d'une grande nécessité. Ils devront toujours être deux dans ces visites et rester le moins de temps possible

 

371. Les Frères recevront toujours avec politesse et affabilité les parents des élèves; et, quelle que soit la conduite de leurs enfants, ils ne doivent pas leur faire des réprimandes, de menaces déplacées, moins encore leur dire des choses humiliantes ou injurieuses. Sans leur cacher les défauts et les fautes de leurs enfants, ils leur en parleront toujours de manière à ne pas les irriter, leur faisant entendre que leurs enfants, malgré leurs défauts, donnent beaucoup à espérer, et qu'avec des soins assidus, en agissant de concert, ils parviendront à les corriger et à les former

 

372. Ils éviteront le plus possible de rendre raison aux parents pendant les classes, ils feront dire à ceux qui les demanderaient qu'ils ne peuvent quitter les enfants et qu'ils les prient de revenir à un autre moment

 

373. Les personnes qui auront à parler aux Frères, seront introduites au parloir par le portier qui en avisera d'abord le Frère Directeur; on ne permettra pas qu'elles pénètrent dans l'intérieur de la maison ni dans les classes

 

374. Rien n'étant plus opposé à la perfection chrétienne et à l'esprit de communauté que l'attachement immodéré pour les parents, les Frères s'efforceront de se dépouiller de toute affection trop humaine pour leurs proches, et se regarderont comme étrangers à leurs affaires temporelles

 

375. Dans le même esprit, ils ne leur feront aucune visite sans la permission du Frère Provincial et ne les inviteront pas à venir les voir, soit à la maison du noviciat, soit dans les autres maisons, sans la même permission

 

376. Les Frères n'entretiendront aucun rapport, même par lettres, avec ceux qui sont sortis de l'Institut; mais ils se montreront toujours polis à à leur égard et se conduiront avec eux comme avec les autres personnes du dehors, pour les offices de charité qu'ils seront dans le cas de leur rendre

 

377. Les Frères se doivent tout entiers à leurs écoles, toutes leurs études, tous leurs soins et tous leurs travaux doivent avoir pour but la bonne éducation et l'instruction de leurs élèves; ils ne se chargeront donc d'aucune autre affaire et ne prendront part à aucune oeuvre de piété et de charité, étrangère aux fonctions propres de leur état

 

378. Les visites actives ou passives, ainsi que tous les autres rapports des Frères avec les séculiers, sont un des points sur lesquels ils doivent se garder en Jésus-Christ les uns les autres avec le plus de soin; si l'un d'eux s'écartait de son devoir sur ce sujet, ceux qui en auraient connaissance seraient tenus de l'en avertir charitablement, et, s'il ne s'amendait pas, d'en informer le Frère Supérieur

 

379. Les Frères donneront au clergé, en toute occasion, des preuves de leur soumission, de leur respect et de leur attachement, et ils feront tous leurs efforts pour inspirer ces mêmes sentiments à leurs élèves

 

380. Ils regarderont M. le Curé comme leur père, et, à ce titre, ils recevront toujours, avec un profond respect, ses avis et ses avertissements; ils le seconderont de tout leur pouvoir dans tout ce qui a rapport à la bonne éducation des enfants et dans toutes les oeuvres qui sont selon l'esprit de l'Institut, en un mot, ils ne doivent faire qu'un avec M. le Curé, se comportant de telle manière que leur école et leur conduite personnelle soient sa consolation

 

381. Ce n'est pas assez pour eux de ne jamais blâmer ni censurer sa conduite non plus que sa manière de gouverner ou d'administrer la paroisse, ils doivent encore le soutenir auprès de ceux qui se permettraient de le critiquer et d'en parler désavantageusement en leur présence

 

382. Du reste, les Frères ne doivent s'immiscer en aucune manière dans les affaires d'administration ecclésiastique ou civile, sous quelque prétexte que ce soit; ils se garderont bien aussi de parler, surtout avec les séculiers, des dissentiments et des différends qu'il y aurait dans la paroisse ou de critiquer la conduite des autorités, se souvenant toujours qu'ils sont appelés uniquement pour l'instruction et l'édification de la jeunesse

 

383. Dans le même esprit, ils s'abstiendront de lire les journaux et autres espèces de papiers publics, sans permission des Supérieurs

 

384. Ils se montreront respectueux à l'égard des personnes d'autorité, et feront tout ce qui dépendra d'eux pour les intéresser à l'école

 

385. Il est important aussi qu'ils s'entendent bien avec les prêtres chargés du service religieux. C'est en agissant de concert qu'ils donneront une bonne éducation aux enfants et qu'ils les formeront facilement à la piété

 

386. Si quelque autorité ecclésiastique ou civile demandait aux Frères des services opposés aux Constitutions ou aux Règles si elle leur proposait quelques changements dans la manière de tenir l'école, ou si elle voulait leur donner quelque permission extraordinaire, ils devraient lui faire connaître respectueusement ce qui leur est permis de faire et la prier de trouver bon qu'ils y conforment leur conduite. Si elle insiste, ils la supplieront d'agréer qu'avant d'agir, ils aient recours au Frère Provincial, pour en obtenir la permission

 

387. S'il arrivait, que les Frères eussent quelques difficultés avec les autorités, ils se garderont bien d'écrire pour se justifier, et encore moins pour faire des reproches. D'abord, ils ne doivent pas se servir de cette voie pour s'expliquer avec ces personnes, sans la permission du Frère Provincial et sans lui avoir soumis préalablement leurs lettres; ensuite ce n'est pas dans un moment d'irritation, ou sous l'influence d'une passion quelconque, qu'il convient de le faire, de crainte de manquer de respect à des personnes que l'on a tant de raisons d'honorer et de ménager

 

388. Il n'est pas permis aux Frères de manger chez M. le Curé, ni, à plus forte raison, chez aucun autre particulier sans une grande nécessité

 

389. Les Frères ne feront à l'église aucune fonction; cependant, à défaut de clerc, ils pourront servir et chanter la messe, ayant soin toutefois de ne pas quitter les enfants, à moins qu'un second Frère ne suffise pour les contenir

 

390. Quand un évêque visite une maison de l'Institut, le Frère Directeur fait signe aux enfants de se mettre à genoux pour recevoir sa bénédiction

 

391. Les Frères auront soin d'accoutumer les enfants, par leurs exemples et par leurs leçons, à aimer et à respecter l'autorité civile et à obéir aux magistrats dont le pouvoir émane de Dieu lui-même

 

392. Les Frères ne feront aucun voyage, ni même aucune visite dans les maisons de leur province respective, sans une autorisation régulière du Frère Provincial. Pour tout voyage extraordinaire, ils devront être munis d'une permission du Frère Supérieur Général

 

393. Dans les voyages et en se rendant dans les maisons où ils sont envoyés, les Frères ne pourront pas s'écarter de l'itinéraire tracé, à moins que quelques circonstances imprévues ne les y obligent

 

394. On ne recevra pas dans la communauté un Frère que l'on ne connaît pas et qui n'aurait pas de lettre d'obédience

 

395. On voyagera seul le moins possible, et jamais sans permission. Les Frères qui voyageront ensemble auront soin de ne pas se quitter

 

396. Par esprit de mortification et de pénitence et pour imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ, quand le voyage ne sera pas long, les Frères le feront à pied

 

397. En voyage, les Frères auront soin de prendre les précautions convenables pour se préserver de maladies et d'infirmités, évitant de faire quoi que ce soit qui puisse compromettre leur santé

 

398. Dans les voyages, les Frères se feront servir frugalement et se conformeront, autant qu'il dépendra d'eux, à la manière de vivre pratiquée dans l'Institut, surtout pour la boisson. Ils se feront servir seuls, si cela est possible, évitant de se joindre aux séculiers, de lier conversation avec eux ou de se rendre trop libres avec qui que ce soit, particulièrement avec les personnes du sexe

 

399. Dans les voyages, il faut, autant qu'on le peut, entendre la sainte Messe, faire la communion et ne point omettre les autres exercices de piété

 

Si l'on ne peut entendre la sainte messe, il convient d'y suppléer en consacrant quelque temps de plus à la méditation ou à la prière vocale

 

400. En voyage et toutes les fois que les frères se trouveront avec les séculiers, ils auront soin de leur donner bon exemple en tout. Pour cela, ils doivent: 1º prendre et conserver un maintien grave, doux et modeste qui annonce un coeur content et heureux de servir Dieu; 2º parler peu et éviter de prendre part aux conversations mondaines des séculiers et aux récits de nouvelles politiques ou autres; 3º être polis avec tout le monde sans pourtant se rendre familiers avec personne; 4º savoir se gêner pour rendre service et accommoder les autres, toutes les fois qu'ils en auront l'occasion; 5º saisir à propos les moments les plus convenables pour s'acquitter de leurs exercices de piété, les faisant sans bruit, sans affectation; mais aussi avec une sainte liberté, n'en laissant jamais aucun par respect humain; 6º exercer sur eux-mêmes une continuelle vigilance, particulièrement sur leurs regards, de manière que tout en eux soit digne, édifiant et puisse porter le prochain à Dieu

 

401. En partant, ils ne manqueront pas de dire les prières de l'itinéraire ou d'en faire quelque autre pour se recommander à Dieu et pour lui offrir le voyage. Ils auront soin de se mettre, d'une manière particulière, sous la protection de la sainte Vierge et de leur ange gardien

 

402. Partout où il y a une maison de l'Institut, ils s'y retireront pour prendre leur nourriture et pour coucher, et ils ne pourront aller chez les étrangers sans la permission du Frère Supérieur Général ou du Frère Provincial

 

403. Lorsqu'ils logeront dans les maisons de l'Institut, ils seront subordonnés au Frère Directeur et lui demanderont les permissions d'usage. En outre, ils feront en sorte d'édifier tous les Frères par leur modestie, par leur exactitude aux exercices de communauté, par leur retenue dans les paroles

 

404. Ils éviteront avec soin, dans les voyages, de crier, de parler trop fort, de rire aux éclats, de disputer avec qui que ce soit, de courir, de regarder sans retenue çà et là pour satisfaire leur curiosité, particulièrement en passant dans les villes; en un mot, ils ne se permettront aucune action ni aucune parole qui puisse blesser la modestie convenable à leur état

 

405. A leur retour, les Frères rendront compte au Frère Directeur, de la manière dont ils se sont comportés pendant le voyage

 

406. Dans les voyages, les Frères seront soumis en tout à celui qui sera désigné pour avoir autorité sur les autres et rendre compte de leur conduite

 

407. La charité est le précepte de Jésus-Christ et la marque de ses vrais disciples; c'est elle qui unit les coeurs et fait le bonheur de la vie religieuse; sans elle, il n'est pas possible que la paix et l'union règnent dans les communautés, ni qu'elles se soutiennent; car dit Notre Seigneur, toute maison divisée contre elle-même, tombera en ruine (Matth., 12, 25)

 

408. Les Frères seront donc tous unis par une sincère affection en Jésus-Christ; ils n'auront qu'un coeur et qu'une âme comme les enfants d'une même famille, se rappelant que c'est pour s'aimer, s'édifier et s'aider à parvenir à la sainteté qu'ils se sont réunis en communauté

 

409. Ils fuiront avec soin tout genre de contestation et de dispute, se souvenant que la politesse, l'humilité et la charité chrétiennes exigent qu'ils cèdent à leurs Frères et se rangent à leur avis en tout ce qui n'est pas contraire au devoir. Cependant, si un Frère tenait quelque propos contre la vérité, ou contre la charité, ils devraient l'avertir avec modestie ou lui faire connaître sa faute par leur silence

 

410. Dans leurs rapports avec les étrangers et surtout avec les élèves, ils ne manqueront pas de faire paraître l'estime, le respect et l'affection qu'ils se portent, et de faire connaître l'union et le parfait accord qui règnent entre eux. Si quelqu'un blâmait un Frère ou critiquait sa conduite, en leur présence, ils prendront son parti, donnant adroitement à ce qu'on lui reproche la tournure la plus favorable sans blesser la vérité

 

411. Ils éviteront avec le plus grand soin de se reprendre ou de s'avertir devant les élèves, et devant les personnes du dehors; jamais ils ne feront ni ne diront rien qui puisse faire deviner les petites difficultés et les petites misères qu'ils pourront éprouver entre eux, ou diminuer l'estime de ces personnes pour la Congrégation

 

412. Ils aimeront également tous leurs Frères, et n'auront pour aucun de ces amitiés particulières qui sont la ruine de la charité commune

 

413. C'est en se rendant service en toute occasion, en s'aidant et en se supportant mutuellement que les Frères se témoigneront l'affection qu'ils se portent; rien ne doit leur coûter lorsqu'il s'agit d'assister ceux qui sont dans le besoin, en particulier les Frères anciens. Les jeunes Frères doivent être aussi l'objet d'attentions spéciales; on s'empressera de les aider dans leur emploi, de les encourager, de leur apprendre à faire la cuisine ou la classe, et on aura pour eux, particulièrement devant les élèves, toutes sortes d'égards et de prévenances

 

414. Ils s'efforceront de s'édifier et de se porter au bien par leurs discours, par leur application au travail, par leur dévouement à l'Institut, par leur régularité, par la pratique continuelle de l'humilité, de la douceur, du recueillement et de la charité fraternelle

 

415. Ils se parleront toujours d'une manière respectueuse, mais avec simplicité et sans affectation; ils traiteront entre eux comme en famille, évitant tout ce qui pourrait choquer ou offenser quelqu'un de leurs Frères et diminuer le respect qu'ils se doivent

 

416. Si un Frère venait à manquer de respect ou faire de la peine à un autre en quoi que ce soit; celui-ci ne cherchera pas à s'en plaindre et moins encore à s'en venger; mais, oubliant tout, il agira toujours à son égard avec humilité, avec charité et sans lui témoigner la moindre froideur

 

417. Ils s'avertiront charitablement de leurs défauts, et se feront remarquer avec simplicité tout ce qui, dans leur conduit, dans leur classe ou dans leur emploi, aurait besoin d'être réformé, et généralement tout ce qui serait contraire à la régularité et à l'édification du prochain

 

418. De plus, ils se regarderont comme obligés de faire connaître aux Supérieurs les défauts ou les fautes de leurs Frères qui seraient de nature à scandaliser le public ou à compromettre l'Institut

 

419. S'il arrivait qu'un Frère eût avec les séculiers ou avec les enfants des rapports dangereux, s'il tenait des discours capables de scandaliser, s'il transgressait les Constitutions ou les Règles en matière grave, s'il introduisait quelque changements dans la tenue des classes ou quelques abus dans la maison, ceux qui seraient témoins de sa conduite devraient d'abord l'en avertir, et s'il ne s'amendait pas, en donner avis aux Supérieurs

 

420. Les Frères ne communiqueront qu'aux Supérieurs de l'Institut ce qu'ils auraient aperçu de contraire aux Constitutions ou aux Règles dans les maisons et dans la conduite des Frères. Ils auront soin aussi de ne jamais se communiquer les petites antipathies qu'ils auraient pu éprouver contre certains Frères et les difficultés qu'ils auraient eues avec eux

 

421. Toutes les fois qu'ils se trouveront dans le cas de porter un jugement sur un de leurs Frères et de faire connaître sa conduite aux Supérieurs, ils devront: 1º implorer les lumières du Saint-Esprit et examiner devant Dieu avec calme, ce qu'ils devront dire; 2º se dépouiller de toute prévention et de tout motif d'intérêt propre; 3º prendre pour règle dans cet examen la charité qui, dans le doute, est toujours portée à interpréter en bien plutôt qu'en mal et qui est indulgente, même s'il s'agit des choses certaines; 4º dire ensuite aux Supérieurs avec simplicité et sincérité, les faits tels qu'ils se sont passés sans rien exagérer

 

422. La fin de la récréation est: 1º de reposer et de délasser l'esprit et le corps; 2º d'entretenir parmi les Frères l'esprit de société, d'union et de charité; de leur fournir l'occasion de s'édifier, de s'encourager et de se donner, comme dit saint Paul, une mutuelle consolation dans la foi et la vocation qui leur sont communes. Mais, pour que la récréation serve aux fins pour lesquelles elle a été établie, il est nécessaire que les Frères soient très exacts à observer ce qui leur est prescrit dans ce chapitre

 

423. Ils prendront toujours leur récréation ensemble. La récréation est un exercice de communauté, tous les Frères sont obligés de s'y trouver, à moins que l'obéissance ne les retienne ailleurs; encore doivent-ils s'y rendre dès qu'ils ont terminé ce dont ils étaient chargés

 

424. Aucun ne quittera la récréation sans permission, ni ne s'écartera pour être seul, ou pour parler ou se promener en particulier avec un autre Frère

 

425. Les Frères ne prendront pas leur récréation avec les séculiers et ne permettront pas que ceux-ci la prennent dans la maison ou ses dépendances

 

426. En récréation, ils ne s'appliqueront pas à l'étude ni à aucun travail sérieux ou qui empêche d'être avec les autres et de prendre part aux entretiens; ils pourront seulement se livrer ensemble à la culture ou à quelque autre occupation de ce genre

 

427. Les Frères se joindront sans affectation aux premiers qu'ils rencontreront, et ils s'amuseront ou causeront avec tous indifféremment, de manière à ne laisser apercevoir aucun germe de sympathie ou d'antipathie pour ou contre quelqu'un

 

428. En récréation, il faut être gai, doux, franc et cordial; chacun se fera un devoir de faire passer le temps saintement et agréablement, de contribuer à la conversation ou aux amusements innocents, selon qu'il le peut, et d'être pour ses Frères un modèle de vertus religieuses et sociales

 

429. Les Frères auront soin d'y garder fidèlement les règles de la civilité et de traiter tout le monde avec déférence, de supporter les défauts de leurs confrères, de souffrir avec joie ou au moins de dissimuler tout ce qui pourrait leur faire de la peine, comme les manques d'égards, les railleries, etc., et de prendre en bonne part tout ce qui n'est dit que par jeu ou pour passer le temps

 

430. Les Frères s'entretiendront ordinairement de sujets édifiants, des matières d'étude, de ce qui concerne les classes ou autres choses semblables

 

Du moins, on ne manquera pas de faire entrer quelques mots d'édification dans les entretiens, afin de ne pas perdre le souvenir de la présence de Dieu, et de faire toutes ses actions pour sa gloire

 

431. Les Frères ne parleront pas, dans les récréations des vanités et des divertissements du monde, des différends qui pourraient exister entre les autorités locales, et ne permettront pas aux élèves qu'ils leur rapportent ce qui se passe dans le pays

 

432. Ils se garderont de toute médisance et ne parleront jamais, même entre eux, des défauts et des fautes de leurs confrères ou de leurs élèves, se rappelant que la médisance est en horreur à Dieu selon cette parole de l'Ecriture: "Celui qui médit, est maudit de Dieu" (Ecc., XXVIII, 15) 433. Ils éviteront aussi les paroles de duplicité, de raillerie, de bouffonnerie, de mépris, de vanité, et toutes celles qui tendraient à blesser la bienséance, la modestie, ou qui pourraient faire de la peine à quelqu'un

 

434. Ils ne s'entretiendront pas sans nécessité des besoins du corps, tels que le boire, le manger, etc. Les entretiens de cette nature ne conviennent pas à des religieux et peuvent porter atteinte au bon esprit

 

435. Pareillement, ils éviteront de parler plusieurs ensemble, c'est-à-dire, de se couper la parole ou de s'interrompre, comme aussi de parler trop fort ou trop vite, de rire aux éclats, de crier ou de chanter de manière à être entendus des voisins et à les scandaliser; enfin, tout ce qui serait trop bruyant, trop dissipant

 

436. Les Frères pourront se livrer à des jeux innocents, pourvu qu'ils n'aient rien de contraire à la gravité et à la modestie religieuse, mais ils ne joueront à aucun jeu lucratif

 

437. Ils auront soin de ne pas trop se dissiper ni s'échauffer au jeu, de ne pas ouvrir leur habit, ni le relever au-dessus des genoux pour être plus à l'aise

 

438. Un Frère doit éviter toute attache au jeu et toute contestation irritante; il doit savoir céder à propos, et ne rien dire ni ne rien faire qui puisse blesser les convenances

 

439. Dans leurs conversations et dans toutes leurs manières, les Frères doivent joindre une grande simplicité à beaucoup de dignité; ils se souviendront qu'ils sont Frères, et conséquemment que leurs récréations et tous leurs rapport entres eux doivent avoir le laisser-aller, le ton et les charmes de la famille

 

440. En récréation, les Frères doivent éviter: 1º de se rendre incommodes aux autres par un air triste et mélancolique ou par un sérieux affecté; 2º de parler trop souvent d'eux-mêmes, de leurs actions, de leurs parents et de leur pays; 3º de se moquer de qui que ce soit, de tourner quelqu'un en ridicule ou de lui reprocher ses défauts; 4º de parler trop de chaleur et de soutenir leurs sentiments avec opiniâtreté; 5º de faire des jeux de mains, des légèretés, des badineries contraires à la gravité religieuse; 6º de toucher aux fruits et aux arbres, de gâter ou de détériorer les objets de jeux et autres

 

441. Dès que la cloche sonne la fin de la récréation, on cesse les jeux et les conversations, et l'on se rend promptement à l'exercice qui doit suivre

 

442. Un Frère ne sortira pas seul sans la permission des Supérieurs; il devra être accompagné par un confrère

 

443. Les Frères en second ne sortiront sans la permission du Frère Directeur; et ce dernier, s'il est obligé de sortir, désignera au Frère Sous-Directeur ou à celui qui préside en son absence le lieu où il va et le Frère qu'il prend pour l'accompagner

 

444. Toutes les fois qu'ils sortiront de la maison, ils auront soin de prendre le manteau et le chapeau

 

445. Les jours de congé hebdomadaire, si le temps le permet, après le chapelet, les Frères feront une promenade, ayant soin d'être toujours ensemble

 

446. Dans les sorties, les Frères éviteront, autant que possible, de passer par les places ou les promenades publiques et de s'arrêter dans les rues

 

Si quelqu'un avait à les entretenir, ils le prieront de venir les voir à la maison, particulièrement s'ils ont avec eux des élèves à surveiller

 

447. Quand les Frères conduiront des enfants en promenade, ils les surveilleront exactement, ils exigeront qu'ils restent sous leurs yeux, ne leur permettant pas de s'écarter, de se cacher, de se contrarier, de faire de dégâts à quoi que ce soit, et, si on les autorise à jouer et à s'amuser, ont aura soin qu'ils ne disent et ne fassent rien qui ne soit honnête et décent

 

448. Les Frères choisiront de préférence pour leurs promenades les lieux les moins fréquentés, et n'iront pas chez les particuliers sans une véritable nécessité, et sans permission du Frère Directeur

 

449. Dans les visites, les Frères en s'abordant et en se donnant le baiser de paix, diront ces paroles: Laudetur Jesus Christus: R. Et Maria, Mater ejus. Amen». C'est le Frère Directeur ou le plus ancien de profession qui commence ce salut

 

450. Dans ces visites, les Frères auront soin de d'édifier mutuellement par leur retenue et leur modestie, leur affabilité, leur charité et leur empressement á se rendre service, et à se communiquer les moyen qu'ils emploient pour bien faire la classe

 

451. Ils auront soin de n'omettre aucun de leurs exercices de piété et de les faire tous en commun, comme à l'ordinaire. La régularité ne doit pas souffrir de ces visites. Le lever et le coucher ne seront jamais retardés, et il n'y aura d'extraordinaire dans les repas, que ce qui est prévu par la règle

 

452. On doit se montrer difficile pour accorder aux Frères la permission de visiter leurs parents, surtout avant la profession perpétuelle. Les seules raisons qui peuvent justifier ces visites sont les arrangements de famille ou l'avantage de l'Institut

 

453. Si c'est une chose blâmable dans un religieux de prendre un soin trop grand et trop inquiet de son corps et de sa santé, c'en est une louable, juste et nécessaire d'en prendre un soin raisonnable et de veiller avec prudence et discrétion à la conservation de ses forces; c'est même un devoir pour des personnes vouées par état à l'enseignement

 

454. L'esprit de pénitence et de mortification, l'exemple de Jésus-Christ et des saints doivent inspirer aux Frères une sainte haine pour leur corps et les porter à lui refuser tout ce qui n'est propre qu'à satisfaire la sensualité. Cette conduite, sans nuire à leur santé et sans affaiblir leurs forces, leur donnera une grande vigueur dans d'âme et leur facilitera la vertu

 

455. D'un autre côté, comme la santé leur est indispensable pour remplir le but secondaire de leur vocation, c'est pour eux un devoir d'éviter tout ce qui pourrait l'altérer: comme toute imprudence dans le travail et dans l'étude, toute pénitence extraordinaire sans permission. Ils doivent se nourrir selon l'usage de l'Institut, avoir pour le linge et les habits tout ce que demandent la nécessité et la propreté, avertir le Frère Directeur ou le Frère Provincial quand ils sont incommodés ou qu'ils manquent du nécessaire

 

456. Pareillement, si dans l'emploi qui leur est confié, il y a des choses qui nuisent gravement à leur santé, si le climat des lieux où ils sont placés est contraire à leur tempérament, si leur classe ou le logement n'est pas sain, ils en préviendront le Frère Provincial. Toutefois, avant d'en venir là, ils devront: 1º consulter Dieu dans la prière, et examiner si les choses sont telles qu'elles leur paraissent, si elles sont assez importantes pour être exposées au Frère Provincial, s'ils ne se recherchent pas eux-mêmes et s'ils n'ont en vue que la gloire de Dieu et le désir de se conformer aux Constitutions et aux Règles; 2º exposer leur état et leur besoin avec simplicité, sans insister, sans presser ni faire presser d'autres, être également contents, soit qu'on leur refuse, soit qu'on leur accorde, se persuadant que ce que le Frère Provincial fera, étant informé, sera toujours le plus agréable à Dieu et le plus utile pour eux

 

457. Le Frère Directeur doit avoir soin que chacun prenne la nourriture qui lui est nécessaire et les aliments qui conviennent à son état; s'il est ancien ou infirme, qu'il ne soit pas surchargé de travail, qu'il prenne le repos convenable; et s'il est malade, qu'il use des remèdes qui lui sont prescrits

 

458. Quand un Frère est malade, quelle que soit son indisposition, il doit la faire connaître. Le Frère Directeur fera appeler le médecin, s'il y a lieu, ou lui conduira le malade. Si, d'après l'avis du médecin, il y a du danger, ou si la maladie semble devoir être longue, il faudra en prévenir le Frère Provincial

 

459. Pour se conformer aux exemples du Vénérable Fondateur, on ne calculera pas sur les dépenses que peuvent occasionner les malades et les infirmes. On doit les regarder comme les membres crucifiés de Jésus-Christ, comme un trésor et un sujet de bénédiction pour l'Institut, et, dans ces sentiments, leur prodiguer tous les soins que réclame leur état

 

460. D'un autre côté, les Frères ne doivent jamais, en maladie comme en santé, se départir de l'esprit de pauvreté et de pénitence dont ils ont fait profession. Ainsi, on évitera de porter les malades à des sensualités et à des délicatesses qui, sans soulager leur corps, nuiraient á leur âme et les priveraient du mérite de la maladie. Dans le choix des remèdes qui ont à peu près la même vertu, on donnera la préférence à ceux qui sont les plus communs et les moins dispendieux

 

461. On devra se montrer très difficile pour permettre aux Frères d'aller aux eaux, attendu qu'ils peuvent courir de grands dangers pour la vertu et l'esprit religieux pendant leur séjour aux stations balnéaires

 

462. Le Frère infirmier sera plein de bonté et de charité pour les Frères malades. Quelle que soit la nature de la maladie ou les défauts du Frère malade, il se gardera bien de laisser paraître de la répugnance et du dégoût; de même, il saura dissimuler et supporter, sans aucun reproche les fantaisies, la mauvaise humeur et les plaintes que le mal pourrait occasionner aux Frères malades. Il ne manquera pas non plus de leur donner exactement et dans le temps marqué les remèdes et la nourriture qui leur conviennent, suivant en tout les prescriptions du médecin ou du Frère Directeur

 

463. Il aura soin de ne pas fatiguer les malades par des interrogations hors de propos sur leur état, sur l'effet des remèdes et sur leurs souffrances, et il fera en sorte que tous ceux qui les visitent se conduisent de même

 

464. Il faut parler peu aux malades et toujours à voix basse ou du moins d'un ton très modéré. Dans le cas même où le bruit ne les importunerait pas, il vaudrait mieux converser auprès d'eux avec un autre Frère sur des choses qui leur seraient agréables et qui les édifieraient, que de les faire parler eux-mêmes

 

465. Il faut bien se garder de jeter le trouble dans l'esprit et dans l'âme des malades par des avis ou des représentation sur leur peu de vertu, à l'occasion de leur répugnance pour certains remèdes ou des faiblesses qui pourraient leur échapper. Si un avis paraissait quelquefois nécessaire, il faudrait le donner avec tout le ménagement et toute la douceur possibles

 

466. Les Frères malades, de leur côté, observeront ce qui suit, autant que leur état le leur permettra: 1º ils s'efforceront de sanctifier leurs souffrances par la patience, la résignation et l'humilité, par la force et le courage avec lesquels ils tâcheront de supporter leurs maux, diminuant, autant qu'il dépend d'eux, la peine de ceux qui les servent; 2º ils éviteront de rechercher les soulagements superflus, de porter une attention trop grande sur leur mal et de s'occuper trop des remèdes et de leur efficacité; 3º ils demanderont avec confiance et simplicité tout ce dont ils auront besoin ou qui pourrait les soulager; 4º ils se montreront pleins de respect et de reconnaissance pour ceux qui les servent ou qui leur rendent visite; 5º ils uniront souvent leur souffrances à celles de Jésus-Christ, faisant de temps en temps des actes d'amour, de contrition, de confiance, de résignation, ou, s'ils ne peuvent les proférer de bouche, regardant du moins l'image du divin Sauveur ou celle de sa divine Mère, et se jetant affectueusement entre leurs bras; 6º enfin, ils obéiront au Frère infirmier et au médecin comme aux Supérieurs, ne faisant rien, ni ne prenant rien sans avoir obtenu préalablement leur permission

 

467. Le Frère infirmier et tous ceux qui rendent visite aux Frères malades, ne manqueront pas de leur suggérer de saintes pensées, de sentiments pieux, et de leur faire produire des actes de vertu en rapport avec leur état

 

468.. Les Frères anciens ont aussi droit à des attentions spéciales en raison des services qu'ils ont rendus à l'Institut ou de leurs infirmités. On les entourera de tous les soins et prévenances qu'inspirent la charité religieuse et l'esprit de famille

 

469. Le Frère Directeur donnera un règlement aux Frères employés leur marquant en détail l'emploi de leur temps pendant toute la journée. Ce règlement sera communiqué au Frère Provincial

 

470. Les principales occupations des Frères chargés de la cuisine sont généralement: 1º de préparer la nourriture des Frères; 2º de tenir la propreté et l'ordre; 3º de prendre soin des provision, des meubles, des ustensiles qui leur sont confiés, et de veiller à ce que rien ne se gâte et ne s'use sans nécessité; En outre, ils doivent aider en classe ou s'occuper à l'étude, selon les indications du Frère Directeur

 

471. Ils feront en sorte que les repas soient toujours prêts à l'heure. Afin que les mets ne se refroidissent pas, ils les laisseront près du feu, les tenant toujours dans l'état où ils doivent être servis

 

472. Ils auront soin aussi de préparer d'avance la table avec un couvert complet pour chaque Frère, et tout ce qui est nécessaire pour le repas. Le tout doit être placé et arrangé avec goût, ordre et symétrie

 

473. A moins d'une dispense du Frère Provincial, ils prendront toujours leur repas avec la communauté, s'arrangeant de manière à pouvoir se mettre à table avec les autres Frères et à être dérangés le moins possible pendant le repas, afin d'écouter la lecture

 

474. Ils doivent mettre tous leurs soins pour bien assaisonner les et quoiqu'il ne faille pas rechercher ce qui peut flatter le goût, il est pourtant nécessaire que les Frères aient une bonne nourriture et qu'elle soit convenablement préparée

 

475. Ils doivent tenir particulièrement à la propreté; cette propreté doit régner sur leur personne, sur leurs habits, dans les ustensiles de la cuisine, dans les apprêts des aliments, et dans la manière de les servir

 

476. Ils veilleront beaucoup à l'économie et auront soin pour cela: 1º de ménager les choses, ne mettant que la quantité suffisante pour le nombre de personnes de la maison, de manière qu'il y ait le moins de reste possible; 2º de le conserver soigneusement, et de les utiliser au plus tôt; 3º de n'épargner ni peines ni soins pour tirer parti des légumes du jardin et pour n'en point laisser perdre; 4º de ménager le bois, le charbon, l'huile, le beurre, les fruits, etc., évitant de rien prodiguer; 5º de tenir tous les ustensiles de cuisine et la vaisselle en ordre, retirés et chaque chose à sa place; 6º d'avoir soin aussi de se servir de ces objets avec prudence et précaution, afin de ne rien briser et de ne rien laisser gâter par leur faute

 

477. Ils feront un mémoire de tous les ustensiles qui sont à la cuisine et au réfectoire, ainsi que de tous les autres objets qui leur sont confiés, et le feront viser par le Frère Directeur, afin qu'on sache, au besoin, s'ils ont soin de toute chose

 

478. Ils seront pleins de charité pour les Frères, ils les serviront avec joie et avec respect, dans la vue que c'est à Jésus-Christ qu'ils rendent service, dans la personne de leurs Frères. Ils n'épargneront ni peines ni soins pour leur être utiles, pour les aider, pour leur procurer ce dont ils auront besoin et pour les soulager, particulièrement dans les maladies

 

479. Quoiqu'ils doivent être pleins de charité pour les Frères, ils ne donneront cependant rien à personne sans l'avis du Frère Directeur. Si les Frères en second leur donnaient des conseils ou voulaient marquer ce qu'ils devraient mettre aux repas, ils feront connaître le tout au Frère Directeur et s'en rapporteront absolument à ce qu'il leur ordonnera; car lui seul doit les diriger et régler l'ordinaire de la maison

 

480. Ils balaieront la cuisine deux fois le jour, après le déjeuner et après le dîner, et le réfectoire une fois. Les tables, les buffets et les autres meubles seront toujours tenus en état de propreté

 

481. Le linge de table doit être soigneusement retiré, tenu proprement et changé à propos. Les nappes, si l'on s'en sert, et les serviettes, seront changées tous les huit jours

 

482. Dans les pensionnats, le service de table des élèves sera tenu dans la plus grande propreté; la vaisselle sera lavée à chaque repas, et on exigera que leurs serviettes soient changées à propos

 

483. Les Frères employés doivent prendre leurs précautions et régler tellement leur temps qu'ils puissent faire tous leurs exercices de piété avec la communauté

 

484. Ils garderont le silence en s'occupant à la cuisine ou à tout autre travail, excepté pendant le temps de la récréation, et ils auront soin de ne pas se dissiper ni perdre le temps, soit avec les Frères, soit avec les enfants

 

485. Ils seront très soumis au Frère Directeur, ne faisant rien sa permission, n'achetant rien, ni ne demandant rien aux fournisseurs sans avoir pris ses ordres. Toutes les semaines, ils lui rendront compte de la manière dont ils remplissent leur emploi, de l'état des choses qui leur sont confiées et ils lui feront connaître en même temps ce qui manque et les provisions qu'il y aurait à faire

 

486. Ils auront soin d'élever souvent leur coeur à Dieu, de lui offrir leurs actions, s'appliquant à imiter dans leurs travaux l'humilité, le recueillement, la modestie, l'esprit de pénitence et de prière de Jésus, de Marie et de Joseph travaillant dans la maison de Nazareth

 

487. Ils s'efforceront de contribuer au bon ordre et à l'édification de la communauté, en remplissant parfaitement leur emploi et en rendant aux Frères tous les services qui seront en leur pouvoir, et en assistant fidèlement aux exercices de piété

 

488. Ils éviteront soigneusement de se rendre familiers avec les séculiers ou de perdre le temps à parler avec eux. Jamais ils ne sortiront de la maison sans la permission du Frère Directeur; et, s'ils sont obligés d'aller au marché ou de faire au dehors quelques commissions, ils seront modestes, polis, mais réserves, terminant rapidement ce qu'ils auront à faire, ne s'arrêtant à causer avec qui que ce soit dans les rues, dans les maisons, sans une vraie nécessité

 

489. Les Frères occupés à un travail manuel, doivent fuir avec soin l'oisiveté et ne pas rester sans rien faire. Dans les temps libres laissés par leur emploi, ils feront quelques lectures pieuses, ou s'occuperont selon les intentions su Frère Directeur

 

490. Ils diront le chapelet en classe ou avec la communauté; pour le dire en particulier, il faut une permission spéciale du Frère Provincial

 

491. Un Frère pieux, humble et animé de l'esprit de son état ne craindra jamais d'être chargé d'un emploi manuel; au contraire, il s'en réjouira, parce qu'il trouvera dans cet office de fréquentes occasions d'être utile à ses Frères, de pratiquer l'humilité, la mortification, et d'imiter Jésus-Christ, qui est venu sur la terre, non pour être servi, mais pour servir les autres, et qui disait à ses Apô-tres: Je suis au milieu de vous comme celui qui sert» (Luc, 22, 27)

 

492.. Pour se conformer au canon 596, ainsi conçu: "Tous les religieux porteront l'habit de leur religion, soit dans la maison soit au dehors, à moins qu'une grave raison n'en excuse, au jugement du Supérieur majeur, ou, s'il y a urgence, du Supérieur local", les Frères employés aux travaux manuels ne quitteront pas leur costume religieux sans nécessité, ni sans permission, et le reprendront toujours pour assister aux exercices de communauté