REGLES
COMMUNES DE 1923
1. Le
but des Petits Frères de Marie est: 1º de travailler à la plus grande gloire de
Dieu, à l'honneur de la Très Sainte Vierge Marie et à leur propre
sanctification; 2º de procurer le salut des âmes en instruisant les enfants des
vérités de notre sainte religion et en les formant aux vertus chrétiennes. A
cette fin, ils tiendront des écoles où ils donneront avant tout à leurs élèves
l'instruction et l'éducation chrétiennes, et ensuite les connaissances qui
pourront leur être nécessaires plus tard
2. Les
membres de cet Institut porteront le nom de Frères, afin de se rappeler sans
cesse qu'ils ne forment tous qu'une même famille, qu'ils doivent s'aimer,
s'édifier et s'aider mutuellement à parvenir à la sainteté
3. La
perfection d'un Frère dépendant principalement de sa régularité et de sa
manière de vivre selon l'esprit propre de sa vocation, les Petits Frères de
Marie s'appliqueront par-dessus tout à acquérir et à conserver l'esprit de leur
Institut, à en étudier d'abord les Constitutions et ensuite les Règles; et ils
travailleront de toutes leurs forces à s'y conformer le plus parfaitement
possible
4. Par
amour pour Notre Seigneur, ils se détacheront de toutes les choses de la terre,
et en particulier de leurs parents et de tout ce qu'ils ont laissé dans le
monde, se rappelant que c'est à eux surtout que s'adressent ces paroles de
Jésus-Christ: Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne
peut être mon disciple (Luc,XIV,33). Et ces autres: Celui qui aime son père ou
sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi (Matth.,X,37) 5. La vocation à la
vie religieuse étant une des plus grandes grâces que Dieu puisse faire à une
âme, ceux que la divine bonté a retirés du monde pour les faire entrer dans
l'Institut des Petits Frères de Marie, doivent lui en rendre de continuelles
actions de grâces, et prendre tous les moyens pour persévérer dans leur saint
état, malgré les difficultés qu'ils pourront éprouver; car abandonner sa
vocation, c'est risquer de se perdre
6. Les
Frères se proposeront d'acquérir les vertus solides et parfaites, telles qu'une
humilité profonde, une obéissance entière, une abnégation continuelle
d'eux-mêmes, un amour tendre et généreux pour Jésus-Christ et pour sa divine
Mère, et un zèle ardent pour les salut des âmes. Ils s'efforceront de se tenir
dans la voie de l'humilité, de la simplicité et de la modestie qui forment le
caractère propre de cet Institut. C'est par la pratique constante de ces vertus
qu'ils travailleront efficacement à leur perfection et qu'ils se rendront
véritablement utiles au prochain
7. Le
zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, qui doit être une des
principales vertus des Frères, doit les porter à acquérir les vertus et les
connaissances nécessaires pour instruire solidement les enfants des mystères de
notre sainte foi et des vérités du salut, pour conserver leur innocence, pour
former leur coeur à la vertu et pour leur faire aimer et pratiquer la religion;
en un mot, le zèle demande s'eux qu'ils prennent tous les moyens que leur
fournit leur Institut pour faire connaître Jésus-Christ, et qu'ils consacrent
leurs travaux, leurs forces, leur santé, leur vie entière à la sanctification
des enfants
8. Les
Frères regarderont les exercices de piété comme le moyen le plus propre et le
plus efficace pour éviter le péché, pour corriger leurs défauts, et pour bien
faire toutes choses, suivant ce mot de l'Apôtre: La piété est utile à tout
(Tim., IV,8)
9. Ils
ne doivent rien tant désirer que l'esprit de prière et le don d'oraison; car
qui sait bien prier, sait bien vivre, dit saint Augustin. De ce point important
dépend la conduite de leur vie: elle sera bien ou mal réglée selon qu'ils
s'acquitteront bien ou mal de leurs exercices de piété
10.
Tous les jours ils feront une demi-heure d'oraison mentale. Si quelqu'un ne
pouvait faire l'oraison ou tout autre exercice de piété avec la communauté, le
Frère Directeur lui indiquerait un temps dans la journée pour s'en acquitter
11. Le
sujet de méditation se lira en abrégé seulement, après la prière du soir; et en
entier, le matin, au commencement de l'oraison
12.
Les Frères ne doivent pas se contenter de cette courte méditation du matin;
mais ils tâcheront de la continuer dans les différentes actions de la journée
par le souvenir de la présence de Dieu et par la pratique des oraisons
jaculatoires
13.
Afin d'acquérir la pureté de l'âme et cette solide connaissance de soi-même qui
est si nécessaire pour corriger ses défauts et travailler à sa perfection, ils
feront tous les jours dix minutes d'examen de conscience
14.
Ils feront tous les jours un quart d'heure de lecture spirituelle; cette
lecture se fera en communauté
15.
Ils réciteront tous les jours l'office de la sainte Vierge pour conjurer cette
bonne Mère de bénir les écoles, de protéger et de conserver l'Institut. L'office
doit se dire en communauté, autant que possible. Les Frères auront soin de le
réciter posément, attentivement et dévotement, de bien prononcer tous les mots
et de marque la médiante
16. Le
chapelet doit être la prière chérie des Petits Frères de Marie; ils le diront
tous les jours et se feront un devoir d'en inspirer la dévotion à leurs enfants
et de leur apprendre à le bien dire
17.
Ils ne s'imposeront ostensiblement aucune pratique de piété particulière sans
la permission des Supérieurs; ils ne s'agrégeront à aucune confrérie sans la
même permission; mais ils mettront toute leur application à s'acquitter
parfaitement des exercices de piété prescrits par leurs Règles
18.
Dans les maisons provinciales, de retraite et de formation, on fera en
communauté le Chemin de la Croix le vendredi, excepté pendant le temps pascal
et depuis Noël jusqu'après l'octave de l'Epiphanie
19. La
sainte messe étant la plus précieuse et la plus avantageuse de toutes les
dévotions, les Frères y assisteront chaque jour et ils se garderont bien de la
manquer par leur faute. S'il peuvent l'avoir à une heure convenable, ils y
conduiront leurs élèves
20.
Pour entendre la sainte messe, ils se serviront autant que possible d'un livre
de prières et de préférence du Paroissien Romain
21. La
divine Eucharistie étant la source de tous les biens, le moyen le plus puissant
de sanctification, les Frères auront une dévotion spéciale à Jésus dans le
Sacrement de son amour, et selon le désir de l'Eglise, ils communieront autant
que possible chaque jour, avec de saintes dispositions
22.
Pour rendre leurs communions plus ferventes et pour en retirer plus de fruits,
ils s'y proposeront une intention particulière, comme de demander une grâce
spéciale pour eux, pour l'Institut, pour les enfants qui leur sont confiés,
etc. Le dimanche, ils offriront leur communion pour les besoins de l'Institut,
afin d'obtenir que Dieu le bénisse et le conserve
23. Le
temps qui suit la sainte communion étant le plus propre pour traiter avec Dieu
et pour s'enflammer de son divin amour, les Frères s'entretiendront le plus
longtemps possible avec Jésus-Christ, et ils feront une action de grâces
convenable
24.
Les Frères se confesseront chaque semaine; ils s'adresseront autant que
possible au confesseur ordinaire. Les postulants, avant la vêture, feront tous
une confession générale de toute leur vie, à moins que le confesseur ne le juge
pas à propos. Quatre fois par an, on donnera aux Novices un confesseur
extraordinaire auquel tous devront se présenter, au moins pour recevoir sa
bénédiction. Tous les ans, à la retraite, les Frères feront une revue de
l'année, s'attachant surtout à connaître le principe de leurs fautes et les
moyens propres pour s'en corriger
25. Le
Frère Provincial étant chargé de gouverner les Frères de sa province, et devant
les corriger de leurs défauts, les former à la vertu et leur confier des
emplois convenables dans les divers postes ou ils seront placés , il est
nécessaire que chacun lui fasse bien connaître ses aptitudes et ses besoins
26.
C'est donc une obligation pour les Frères de la province de le tenir au
courant, en toute confiance et humilité, de ce qui regarde leur santé, leur
travail, leurs fonctions, la manière dont ils observent extérieurement les
Constitutions et les Règles communes, les difficultés qu'ils rencontrent, etc
27.
Ils doivent regarder ces communications et les avis qui en seront la suite
comme un moyen très efficace d'amender leur caractère, de sanctifier leur vie,
de conserver leur vocation, et de se perfectionner dans la connaissance et
l'accomplissement de leurs devoirs d'état
28.
Les Frères rendront compte de leur conduite, ainsi qu'il vient d'être dit, avec
un grand esprit de foi, se persuadant que c'est à Dieu même qu'ils parlent en
la personne du Frère Provincial, et que c'est Dieu aussi qui leur parle, les
instruit et les corrige par son intermédiaire
29.
Ils ne s'entretiendront pas entre eux des réponses faites par écrit ou de vive
voix à leurs communications, ne parleront à personne des réprimandes et des
avis reçus, et s'efforceront de conformer leur conduite à ce qui leur sera
prescrit ou conseillé
30.
Les Frères correspondront avec leur Frère Provincial comme il est dit à l'art. 285
et suivants
31.
Dans les visites aux maisons de sa province, le Frère Provincial recevra aussi
le compte de conduite de chacun des Frères
32.
Les Maîtres des novices auront grand soin de former les postulants et les
novices à cette pratique; ils les verront en particulier, tous les huit jours,
autant que possible
33.
Dans toutes les maisons de l'Institut, les Frères rendront compte de leur
conduite chaque semaine, au Frère Directeur
34. La
coulpe est une satisfaction publique pour les fautes extérieures,
particulièrement pour toutes celles qui sont commises contre l'observance
régulière; le but de cet exercice est donc de maintenir l'ordre et la
régularité, la pratique de l'humilité et de la correction fraternelle
35. La
coulpe se fera à voix haute et distincte, de manière que tous ceux qui sont
présents puissent entendre. Avant l'accusation des fautes et après l'imposition
de la pénitence, les Frères baiseront la terre
36.
L'avertissement fraternel se fait en même temps que la coulpe. Il consiste à
faire remarquer à celui qui vient de s'accuser, les fautes qu'il aurait omis de
dire ou les défauts auxquels il serait sujet
37.
L'avertissement n'a lieu que pour les choses extérieures et connues; il doit se
faire en peu de mots, avec un grand esprit de charité et de manière à ne
blesser personne. Celui qui le fait ne doit avoir en vue que l'avantage de
l'Institut, le bien de celui qu'il avertit; celui-ci doit s'humilier, remercier
et s'interdire toute excuse, quand même le reproche ne serait point fondé
38.
Les pénitences qui seront imposées aux Frères à la coulpe, seront de réciter
quelque prière, de lire attentivement le chapitre des constitutions ou des
Règles communes qu'on a transgressées, ou un chapitre d'un autre livre de
piété; de baiser la terre une ou plusieurs fois, de se tenir à genoux pendant
un exercice de piété, ou au réfectoire pendant le repas, de demander pardon à
la communauté en général ou à quelqu'un en particulier, de se servir quelque
temps des objets qu'on a gâtés ou pour lesquels on a témoigné du dégoût, de se
rendre des premiers à un exercice de piété ou de communauté ou l'on a accoutumé
de venir tard; de tenir à genoux à la porte du réfectoire ou de la salle de
communauté, pendant que les Frères y entrent ou en sortent, d'être occupé à la
cuisine ou à balayer les appartements, de faire un quart d'heure ou quelques
minutes de réflexion sur un point déterminé, ou une visite au Saint-Sacrement
39.
Les Frères ne parleront à personne ni même entre eux de ce qui s'est passé à la
coulpe, soit des fautes dont on s'est accusé, soit des corrections qui ont été
faites, soit des pénitences qui ont été imposées
40.
Les Frères s'estimeront infiniment heureux de porter le nom de Marie, et
considéreront le bonheur d'être agrégés dans sa famille comme une des plus
grandes grâces qu'ils aient reçues de Dieu
41.
Ils regarderont et aimeront Marie comme leur mère, comme leur patronne, comme
leur modèle et comme leur première supérieure. Tout dans cet Institut lui
appartient: les biens et les personnes; tout doit être employé à sa gloire. L'aimer,
la servir, répandre son culte et inspirer sa dévotion aux enfants selon
l'esprit de l'Eglise, comme moyen d'aimer et de servir plus parfaitement et
plus facilement Jésus-Christ, tel est le but, l'esprit de cet Institut
42.
Les Frères seront pénétrés d'un profond respect pour leur auguste et bonne
Mère; tout ce qui la regarde, tout ce qui se rapporte à elle, mérite leur
vénération: ses images, ses sanctuaires, le chapelet, les livres qui traitent
de ses grandeurs, et enfin tout objet qui rappelle son souvenir, doit leur être
cher et précieux. Ils se découvriront et feront une inclination toutes les fois
qu'ils passeront devant ses statues
43.
Toutes ses fêtes seront pour eux des fêtes de famille, c'est-à-dire, qu'elles
seront célébrées par tous les membres de l'Institut avec une sainte joie, un
respect, un amour et une reconnaissance toute filiale. Tout le jour, s'il est
possible, sera consacré à Marie, et on l'emploiera soit à lire quelque livre,
soit à faire quelque instruction aux enfants sur le sujet de la fête et sur les
avantages de la dévotion à la sainte Vierge
44.
Les Frères honoreront, d'une manière spéciale, le glorieux privilège de son
Immaculée Conception, ayant soin d'en bien instruire les enfants et d'en
célébrer la fête avec beaucoup de ferveur et de solennité. Pour obtenir la
sainte vertu de pureté, et la grâce de ne jamais offenser Dieu mortellement,
ils auront une grande dévotion à Marie conçue sans péché; ils l'invoqueront
souvent sous ce titre, particulièrement dans les dangers et dans les tentations
contre la sainte vertu et contre la vocation
45. La
confiance toute filiale et sans borne qu'ils auront en Marie, les portera à
recourir à sa protection dans tous leurs besoins tant spirituels que temporels
comme à leur RESSOURCE ORDINAIRE; à lui confier toutes leurs peines, leurs
craintes et leurs joies; à mettre sous sa protection leurs maisons, leurs
écoles, leurs entreprises et, en général, toutes leurs actions. Enfin, ils
iront à elle comme un enfant va à sa mère, attendant de sa bonté le succès des
écoles, et toutes les grâces qui sont nécessaires pour vivre saintement et
mourir en prédestinés
46.
L'amour qu'ils auront pour Marie les portera à s'appliquer sans cesse à
l'imiter et à prendre son esprit; elle est leur modèle et ils doivent tellement
s'efforcer de lui ressembler, que tout dans leur personne, dans leur conduite,
dans leurs paroles et dans leurs actions rappelle la vie de Marie, retrace
l'esprit et les vertus de Marie
47.
Les Frères s'efforceront d'imiter particulièrement l'humilité, la pureté de
Marie et son tendre amour pour Jésus-Christ. A son exemple, ils auront une
prédilection particulière pour la vie humble et cachée, pour les emplois les
plus ordinaires et les plus bas. Comme elle, ils chériront par-dessus toutes
choses l'aimable vertu et prendront tous les moyens pour la conserver. Comme
elle, ils fuiront jusqu'à l'ombre du péché; et, vidant leur coeur de toute
affection aux créatures, ils n'aimeront que Jésus-Christ et emploieront toutes
leurs forces et toute leur vie à le faire aimer
48.
Dans l'instruction et l'éducation des enfants, ils se proposeront l'exemple de
la sainte Vierge, élevant et servant le saint Enfant Jésus; ils se rappelleront
que c'est sous sa conduite et sous ses yeux que cet adorable Enfant a crû en
sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes, et s'appliqueront
à imiter l'humilité, la douceur, la charité, le dévouement et les saintes
dispositions avec lesquelles la divine Mère a pris soin du divin Enfant, afin
de mériter que leurs élèves se forment aussi à la vertu sous leur conduite, et
qu'en croissant en âge, ils croissent en même temps en grâce et en piété
49.
Les Frères ne se contenteront pas d'aimer et d'honorer Marie, ils se
regarderont encore comme spécialement obligés de la faire aimer, servir et
honorer par tous leurs enfants. L'esprit de l'Institut est de conduire les âmes
à Jésus par Marie: ils doivent donc s'efforcer de propager partout la dévotion
à cette divine Mère et prendre tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour
inspirer à leurs élèves une confiance sans borne en sa protection
50.
Dans leurs catéchismes, ils saisiront avec empressement toutes les occasions
qui se présenteront de parler de la sainte Vierge; en outre, ils feront en
sorte de faire chaque semaine, et le samedi, autant que possible, un catéchisme
spécial sur ce sujet. Ils s'attacheront surtout: 1º à inculquer aux enfants
cette consolante vérité, que la dévotion à Marie est une source de grâces et
une marque de prédestination; 2º à les former aux pratiques de piété établies
dans l'Eglise pour l'honorer; 3º à les faire agréger à quelqu'une de ses
confréries, telle que celle du scapulaire ou du saint Rosaire; 4º à leur faire
prendre l'heureuse habitude de lui adresser tous les jours quelques prières et
de recourir à elle comme à leur Mère
51.
Tous les Frères auront à coeur de faire pieusement le mois de Marie, et ils
engageront leurs enfants à le faire pareillement avec goût et dévotion. Pour
cela, ils ne se borneront pas à faire la petite lecture propre à chaque jour;
mais ils auront soin de l'accompagner de solides et pieuses réflexions à la
portée des enfants, et de confirmer toujours leurs instructions par quelques
traits d'histoire bien choisis, et surtout par l'exemple et la pratique des saints
52.
Ils s'acquitteront avec ferveur et exactitude de toutes les pratiques de piété
qui leur sont prescrites pour l'honorer. Ils porteront toujours sur eux leur
scapulaire et leur chapelet. L'image ou la statue de Marie sera dans tous les
lieux réguliers de la maison. Enfin la vie de la sainte Vierge et les exemples
de vertu qu'elle nous a donnés seront la règle de toute leur conduite. C'est
dans ce parfait modèle, comme dans un miroir, qu'ils verront ce qu'ils doivent
faire et ce qu'ils doivent éviter pour plaire à leur divine Mère, pour lui
ressembler et pour être ses véritables enfants
53.
Les Frères de cet Institut s'engagent par voeu à garder la pauvreté, la
chasteté et l'obéissance; d'abord, parce que la vie religieuse consiste
essentiellement dans les voeux, et que sans les voeux, elle ne serait pas un
état de perfection; et, ensuite, parce que les voeux leur assurent de précieux
avantages dont les principaux sont: 1º de détruire en eux les trois grands
obstacles qui s'opposent à la perfection, c'est-à-dire, l'amour des biens
temporels, l'amour des plaisirs charnels et le dérèglement de la volonté; 2º
d'augmenter le mérite de leurs actes de vertu et de toutes leurs oeuvres; 3º de
les appliquer tout entiers et pour toujours au service de Dieu
54. Il
est donc très important que les Frères fassent leurs voeux dans de saintes
dispositions, qu'ils les regardent comme des préceptes qu'ils se sont imposés
et auxquels ils ne peuvent manquer sans offenser Dieu, et qu'ils s'efforcent de
les observer avec la plus grande fidélité
55.
Les Frères se souviendront toujours qu'ils ne sont pas libres de limiter ou
d'étendre les obligations de leurs voeux. Ces obligations sont déterminées par
l'Eglise et les Constitutions de leur Institut
56.
Les Frères sont obligés en conscience d'accomplir leurs voeux, à moins qu'ils
n'en soient légitimement dispensés; mais qu'ils se rappellent que cette
dispense serait sans valeur, s'ils n'ont de justes motifs pour la demander;
car, puisqu'il s'agit d'un engagement pris avec Dieu, N. T. S. Père le Pape ne
peut détruire cet engagement sans que des raisons véritables et suffisantes l'y
autorisent
57.
Les Frères doivent être bien convaincus que ce serait une grave erreur de
douter de l'obligation de leurs voeux, sous prétexte qu'ils étaient jeunes et
qu'ils ne connaissaient pas toutes les difficultés de la vie religieuse quand
ils les ont faits; puisque la Sainte Eglise n'exige, pour la validité des
voeux, que seize ans accomplis et une année entière de noviciat, s'il s'agit de
voeux temporaires, et vingt-et-un ans s'il s'agit de voeux perpétuels
58.
Avant de faire profession, les Frères auront soin de s'instruire parfaitement
des avantages et des obligations des voeux; pour cela, ils liront et méditeront
attentivement tout ce qui est contenu dans ce chapitre et dans les chapitres
VII, VIII, IX, X, XI et XII de la 1re. partie des Constitutions
59.
Pour s'affermir dans leur vocation, pour ranimer leur ferveur et leur dévotion,
pour se renouveler dans l'esprit de leur état, et pour augmenter en eux l'amour
de la régularité et de l'obéissance, ils renouvelleront souvent leurs voeux. Le
temps le plus convenable pour cela est celui qui suit la sainte communion. De
plus, chaque année, à la fin de la retraite, ils feront cette rénovation
publiquement et avec solennité 60. A la mort d'un Frère, il doit régner dans
toute la maison un profond silence, une retenue, une modestie, un esprit de
piété qui édifie tous ceux qui en seront témoins et leur soient une preuve de
l'affection et de l'affection et de l'attachement que les Frères se portent
mutuellement; et l'on fera exactement et le plus tôt possible pour le repos de
son âme ce qui est marqué au chapitre XVIII de la 1re. partie des
Constitutions. Une lettre mortuaire, du modèle ci-après, sera envoyée par les
soins du secrétariat provincial, pour annoncer le décès de chaque Frère aux
communautés de la Province. "Le C.F. Provincial des Frères Maristes, et la
communauté de..... ont le regret de vous faire part de la mort de notre cher
Frère... né (nom de famille)... décédé le .... dans la ....année de son âge, et
la .... année de sa profession religieuse. Ils vous prient d'offrir vos pieux
suffrages pour l'éternel repos de l'âme du cher défunt. Les funérailles auront
lieu à .... le ..... " R.I.P
61.
Pour l'enterrement d'un Frère à la maison-mère et dans les maisons provinciales
et les maisons de formation, on se conformera à ce qui est prescrit et réglé
par le coutumier de ces maisons
62.
Les Frères accompagneront le corps avec leurs enfants; on pourra inviter les
Frères de deux ou trois maisons, s'il y en a de très rapprochées
63.
Les messes dont il est parlé dans les suffrages pour les défunts, sont des
messes basses, sauf la messe d'enterrement, qui est néanmoins comprise dans le
nombre indiqué pour chaque Frère
64.
Dans le but de rappeler à tous le souvenir de nos Frères défunts, et de
provoquer en leur faveur des suffrages et des actes satisfactoires, un tableau
portant le nom des défunts de la Province sera placé à l'entrée de la Chapelle
ou de l'Oratoire, dans chaque maison
65.
Les Frères se lèveront en tout temps à quatre heures et demie. Au premier coup
de cloche, celui qui sera désigné dira à haute voix: Laudetur Jesus Christus,
et les autres répondront: Et Maria, Mater ejus. Amen. C'est le signal de la
communauté
66.
Les Frères auront vingt minutes pour faire leur lit et pour se mettre en état
de propreté; ils garderont, pendant ce temps, un grand silence, une grande
modestie, et ils éviteront tout ce qui serait de nature à troubler le
recueillement
67. A
quatre heures cinquante, le Salve Regina, la prière du matin suivie de la
méditation de demi-heure qui doit toujours se faire en communauté
68.
Après la méditation ou après la sainte Messe, on dira les Petites heures de
l'office de la sainte Vierge, qu'on fera suivre d'une courte lecture dans le
Nouveau Testament
69. En
dehors des exercices de piété, les Frères s'occuperont à l'étude ou selon les
intentions du Frère Directeur
70. A
sept heures, le déjeuner, puis temps libre
71. A cause
des différences de climat et de latitude, et des coutumes locales de chaque
pays, il n'est pas possible de fixer un horaire uniforme pour l'ordre de la
classe. Les Frères se conformeront au tableau de l'emploi du temps approuvé par
le Frère Provincial et son Conseil
72.
Après la classe du matin, temps libre jusqu'à dîner
73. A
onze heures trois quarts, le dîner
74. La
lecture continue, pendant les repas, n'est de règle que dans les maisons de
formation, les pensionnats et les communautés nombreuses. Dans les autres
maisons, on lira, à déjeuner, avant et après le dîner et le souper, un nombre
ou deux de l'Imitation de Jésus-Christ. Pendant le déjeuner, on gardera le
silence et on lira autant que possible, la Vie des Saints. Durant les autres
repas, on pourra s'entretenir doucement, si la lecture ne se fait pas
75.
Après le dîner, récréation. Les Frères la prendront ensemble, sauf ceux qui
sont chargés de la surveillance des enfants
76. La
classe de l'après-midi sera suivie d'une récréation, comme après le dîner
77. A
cinq heures et quart, vêpres et complies, matines et laudes de l'office de la
sainte Vierge, puis lecture spirituelle d'un quart d'heure
78.
Après la lecture spirituelle, les Frères feront une heure d'étude religieuse. Le
Frère Directeur se fera un devoir de la présider
79. A
sept heures, le souper, pendant lequel on lira, comme il a été dit pour le
dîner. Après le souper, récréation
80. A
huit heures et demie, examen de conscience et prière du soir, suivie du
Miserere mei, de la lecture du calendrier religieux et du sommaire du sujet de
méditation pour le lendemain
81.
Les Frères se rendront ensuite au dortoir pour le coucher, qui aura lieu
immédiatement
82.
Pendant la partie de l'année où les jours sont plus courts, on pourra terminer
la récréation à huit heures
83. Si
pour de sérieux motifs, il n'était pas possible de se conformer à l'horaire
fixé par les articles ci-dessus, il faudrait soumettre les modifications jugées
nécessaires au Frère Supérieur Général et à son Conseil et les insérer dans le
coutumier de la maison après approbation
84.
Pour la confession, les Frères prendront le jour et l'heure du confesseur,
autant que possible
Ils
iront ensemble se confesser, et ne manqueront pas de s'y rendre au moment qui
leur aura été désigné
85.
Ils profiteront du jour de congé pour passer en revue leurs effets, pour les
raccommoder, les mettre en ordre et en état de propreté
86. Le
Frère Sous-Directeur prendra aussi un mo ment le même jour, pour visiter la
maison, comme il est marqué dans la règle des Frères Sous-Directeurs
87.
Dans la soirée, après le chapelet et à l'heure marquée par le coutumier
approuvé, ils feront une sortie ou promenade de trois heures environ, ayant
soin de faire une visite au Saint-Sacrement en partant ou en revenant, autant
que possible. Pendant la saison des chaleurs, on pourra dire l'office en
promenade et prolonger celle-ci d'une heure. Lorsque le temps ne permet pas de
sortir, la récréation se prend à la maison
88. Le
jeudi, a huit heures et demie, l'examen de conscience, la coulpe précédée du
Veni Creator, des commandements religieux et des moyens de perfection, la
prière du soir et la lecture du sujet de méditation, comme à l'ordinaire
89.
Les dimanches et les fêtes commandées, les Frères assisteront à deux messes,
autant que possible, et conduiront les enfants à l'une d'elles. La seconde
messe pourra tenir lieu des petites heures, et le chant des Vêpres, de l'office
du soir. Avant ou après la grand'messe, récréation de trois quarts d'heure le
dimanche, et d'une heure les jours de fête
90. A
ces mêmes jours, les Frères auront soin de réunir les élèves pour leur
expliquer l'Evangile, leur indiquer de quelle manière ils doivent assister aux
offices, leur rappelant en même temps les fêtes de la semaine et le profit
spirituel qu'ils peuvent en retirer
91.
Après dîner, récréation pendant une heure et demie, puis chapelet, à moins
qu'on ne le dise avec les enfants; pour le reste de la soirée, on se conformera
à ce qui est réglé par le coutumier approuvé pour la province ou la maison
92.
Les mercredis et dimanches, les Frères réciteront les litanies de saint Joseph
après le chapelet, pour demander le don d'oraison et une bonne mort
93.
Dans les maisons où il y a un conseil, il se tiendra le dimanche avant ou après
la lecture du chapitre de la Règle
94.
Les dimanches et les jours de congé, les Frères, s'ils n'en sont pas empêchés
par le soin des élèves pensionnaires, donneront plus de temps à la prière que
les jours ordinaires; ils liront quelques ouvrages ascétiques propres à les
former à la vertu et à les maintenir dans l'esprit de leur vocation, et ils
auront soin de visiter le Saint-Sacrement, surtout s'ils sont près de l'église
95.
L'heure des exercices de communauté ne sera jamais dérangée par l'assistance au
salut, aux prières et aux autres exercices de l'église. Les Frères, qui seront
obligés d'y assister, suivront, en arrivant à la maison, l'exercice qui se fait
actuellement. Si tous y vont, l'office de l'église tiendra lieu de l'exercice
qui doit se faire pendant ce temps
96. Il
arrivera quelquefois que MM. les Ecclésiastiques prieront les Frères d'assister
au catéchisme, le dimanche, afin de maintenir la discipline parmi les enfants:
les Frères se feront un plaisir de leur rendre ce petit service, et de
contribuer ainsi, par leur présence, au succès des catéchismes et à
l'édification publique
97. Le
jeudi-saint, au lieu de dire l'office de la sainte Vierge, les Frères feront
une heure d'adoration devant le Saint-Sacrement. Le vendredi-saint, ils remplaceront
l'office par un Chemin de Croix ou une heure de méditation sur les souffrances
de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le samedi-saint, ils remplaceront aussi les
petites heures par un chapelet, qu'ils réciteront en méditant sur les douleurs
de la sainte Vierge. En outre pendant ces saints jours, ils assisteront à tous
les offices de l'église
98.
Les Frères passeront la semaine sainte, et surtout les trois derniers jours,
dans le plus grand recueillement. Ces saints jours seront pour eux des jours de
retraite, de silence, de prière et de méditation; ils s'occuperont
particulièrement à réfléchir sur les grands mystères que l'Eglise célèbre dans
ce saint temps, faisant quelques lectures sur ce sujet, et s'efforçant de
témoigner à Jésus-Christ tout l'amour et toute la reconnaissance dont ils sont
capables. Pendant cette semaine, ils éviteront de faire des voyages ou toute
autre chose qui pourrait les dissiper; ils ne s'occuperont même qu'avec réserve
d'étude et d'affaires temporelles
99. Au
commencement de chaque mois, on choisira un saint patron. Les Frères tâcheront
d'en faire entrer l'histoire dans le catéchisme de la classe suivante, et l'on
invoquera ce saint tout le mois
Les
mois de mai, d'août, d'octobre et de décembre étant spécialement consacrés à la
sainte Vierge, on la prendra pour patronne particulière pendant ces quatre
mois. De même, on prendra saint Joseph pour patron pendant le mois de mars, et
saint Louis de Gonzague, pendant le mois de juin
100.
Chaque année, pendant les vacances, les Frères consacreront huit jours aux
exercices spirituels de la retraite. Cette retraite se fera en communauté,
autant que possible, à la date et dans une maison désignée par le Frère
Provincial et son Conseil
101.
Les Frères se disposeront à la retraite annuelle par une neuvaine à la sainte
Vierge. Cette neuvaine se fera en communauté
102.
Ils se proposeront pour fins dans cette retraite: 1º De se pénétrer et de se
convaincre de plus en plus de l'importance de la fin de l'homme, de la
nécessité du salut, du malheur infini de perdre son Dieu et son âme; 2º De
rentrer en eux-mêmes et de descendre dans le fond de leur conscience, afin de
voir devant Dieu et en face de l'éternité en quel état elle est: si elle est
bonne, droite, éclairée, si elle craint le péché, si elle n'est troublée par
aucun doute fondé, si elle n'est coupable d'aucun péché mortel et s'il n'y a
aucune mauvaise habitude conduisant à des fautes graves; 3º De comprendre
l'obligation où ils sont d'éviter le péché véniel et de travailler à leur perfection;
4º De se renouveler dans l'esprit de leur état, dans l'esprit de leur Institut
et dans leur première ferveur; 5º D'apprendre à se connaître eux-mêmes,
c'est-à-dire, leurs bonnes, leurs mauvaises inclinations et leur caractère, à
discerner l'attrait de la grâce soit pour la pratique des vertus, soit pour
l'oraison, à découvrir le principe de leurs tentations, leur passion dominante,
la partie faible de leur âme, ce qui les fait tomber ou les arrête dans la voie
de la perfection; 6º De faire un examen sérieux sur la manière dont ils les
remplissent les obligations de leur état et de leur emploi; pour voir les
fautes qu'ils y commettent, et prendre les moyens de les éviter; 7º De se
renouveler dans l'esprit de zèle propre à leur vocation; d'étudier les
meilleurs procédés pour gagner les enfants à Dieu et pour étendre le royaume de
Jésus-Christ; 8º D'examiner quels fruits ils retirent des sacrements, des
exercices de piété et des autres moyens de salut et de perfection que leur
offre leur sainte vocation; de voir ce qu'ils doivent faire pour en profiter,
et se rendre fidèles aux grâces abondantes que Dieu leur fait chaque jour
103.
Les Frères regarderont la retraite comme une grande grâce et se livreront tout
entiers à ces saints exercices; et, pour ne rien perdre d'un temps si précieux,
comme aussi pour éviter tout ce qui pourrait contrarier l'opération de la
grâce, ils se tiendront dans un profond recueillement; ils garderont le grand
silence, même pendant les récréations, et mettront de côté toute occupation et
même toute pensée contraire à la retraite
104.
Pendant la retraite, on fera, en communauté, la lecture des Constitutions et
des Règles communes; de plus, chacun lira les règles qui lui sont
particulières, à raison de son emploi et de ses fonctions
105.
Pendant ce même temps, les Frères verront en particulier le Frère Supérieur
Général ou le Frère qui le remplace, et lui rendront compte de leur conduite,
de la manière indiquée plus haut au chapitre IV
106.
Chacun prendra, de concert avec le Frère Provincial, les résolutions et les
moyens propres pour conserver, pendant l'année, les fruits de la retraite et
pour se maintenir dans la piété, la régularité, la ferveur, la générosité et
les autres saintes dispositions qu'il aura puisées dans ces saints exercices
107.
Si quelque Frère ne peut assister à la retraite générale, le Frère Provincial
lui désignera un temps pour la faire en son particulier
108.
En outre de cette retraite, pour se maintenir dans la ferveur, les Frères
feront chaque mois une récollection spirituelle suivant les instructions que
donnera le Frère Provincial
109.
Les principales fêtes de l'année seront pour les Frères des époques de
renouvellement dans les saintes dispositions de la retraite et dans l'amour de
Notre Seigneur. A cette fin, ils auront soin: 1º de se préparer à ces fêtes par
une neuvaine ou par quelque autre pratique de piété et de vertu; 2º de prendre
pour sujet d'oraison, les jours qui précèdent la fête, ou pendant l'octave, les
mystères et les vérités que la solennité offre à leurs méditations; 3º de
redoubler de vigilance sur eux-mêmes, afin d'éviter les moindres fautes; 4º de
s'efforcer de mieux faire leurs exercices de piété, d'apporter plus de
préparation à leurs communions; 5º de demander à Dieu quelques grâces ou
quelques vertus particulières, à l'occasion de ces fêtes; 6º d'instruire
solidement les enfants du mystère et des vérités que la fête les rappelle, de
les préparer à sanctifier ces saints jours par la réception des sacrements et
par l'assistance aux offices de l'église
110.
Tous les ans, les classes cesseront pendant un mois au moins, afin de donner
aux Frères le temps de faire leur retraite, de fortifier leur santé et de faire
à leurs maisons les réparations nécessaires
111.
Le Frère Provincial fixera l'époque de la cessation des classes et celle de
leur rentrée. Aucun Frère ne pourra, sans la permission du Frère Provincial,
donner vacances plus tôt ni retarder la rentrée des classes
112.
Les Frères profiteront du temps de vacances pour passer en revue les effets qui
sont à leur usage, les réparer, s'il en est besoin, et les mettre en état de
propreté. Le Frère Directeur en fera autant pour le mobilier de la maison
113.
Chaque jour après le déjeuner, récréation de trois quarts d'heure, puis lecture
spirituelle d'un quart d'heure; après quoi étude selon le besoin
Avant
le dîner, temps libre pendant une demi-heure
114.
Le soir, après le chapelet, les lundi, mercredi et vendredi, promenade ou
récréation si l'on ne peut sortir. Les mardi, jeudi et samedi, après dîner,
récréation pendant une heure et demie, ensuite chapelet, étude ou travail
manuel. Une heure avant l'office, visite au Saint-Sacrement et récréation
115.
Pour conserver les fruits de la retraite, pour attirer les bénédictions de Dieu
sur leurs travaux et sur les enfants qui vont leur être confiés, les Frères
devront, pendant les vacances: 1º se tenir dans un grand recueillement; 2º
s'efforcer de mieux faire leurs exercices de piété; 3º se rendre plus fidèles à
observer les Constitutions et les Règles communes et plus ponctuels aux divers
exercices de communauté; 4º éviter les voyages et les visites inutiles; 5º
employer chaque jour quelque temps à la réflexion, afin de voir devant Dieu
quels moyens ils devront prendre pour se conserver dans la piété et pour faire
le bien parmi les enfants
116.
L'esprit de foi consiste à juger de toutes choses d'après les principes de la
foi, et non d'après l'opinion du monde ou les sentiments de la nature; à régler
sa conduite d'après ces principes; à n'estimer, à ne rechercher les créatures
que selon qu'elles peuvent nous porter à Dieu et servir à notre salut; à voir
Dieu en toutes choses, et sa divine Providence dirigeant tous les événements à
sa gloire et au bien de ses élus
117.
L'esprit de foi est absolument nécessaire pour comprendre l'excellence, les
avantages et les obligations de la vie religieuse. Les Frères qui en seront
animés, aimeront leur état et s'efforceront d'en acquérir les vertus; ils
trouveront tout leur bonheur à se renoncer eux-mêmes et à s'immoler à Dieu. Ceux
qui ne l'auront pas, seront des religieux sans vertu et persévéreront
difficilement dans leur vocation
118.
La vie des Frères doit donc être une vie de foi, c'est-à-dire , une application
continuelle à Dieu, une mort perpétuelle à eux-mêmes, aux inclinations de la
nature, au monde et à tous les biens de la terre
119.
L'esprit de foi leur fera aimer la vie cachée, les emplois humbles, la
dépendance, la pauvreté, les souffrances, les humiliations, les mépris du
monde, afin d'être plus semblables à Jésus et à Marie
120.
Il leur apprendra à trouver Dieu partout, à s'élever à lui, à le voir, à
l'aimer et à le bénir dans toutes les créatures; il les portera à se soumettre
à sa volonté dans les divers accidents et afflictions de la vie, tels que les
maladies, les persécutions, les tentations, les événements fâcheux et les
besoins pressants, de quelque nature qu'ils soient; à adorer alors la main de
Dieu qui les frappe et les humilie, et à ne compter que sur sa bonté pour être
secourus dans les maux qui les affligent ou pour en être délivrés
121.
Par esprit de foi, ils ne verront que Jésus-Christ dans la personne de leurs
Supérieurs et regarderont leurs ordres comme ceux de Dieu même; ils
s'efforceront de les accomplir avec joie, quelque difficiles qu'ils leur
paraissent
122.
Pareillement, ils regarderont leurs Constitutions et leurs Règles comme
l'expression de la volonté de Dieu sur eux, comme le moyen par lequel il veut
leur communiquer ses grâces et les sanctifier; ces vues de foi les rempliront
d'un saint zèle pour toutes les observances régulières et les porteront à y
être fidèles jusque dans les moindres choses
123.
L'esprit de foi leur fera regarder les enfants confiés à leurs soins comme les
membres de Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit, comme des dépôts sacrés
que Dieu leur a donnés à garder, et dont il leur demandera compte. Ces
principes les dirigeront toujours dans le détail de leur conduite à l'égard des
enfants, et les porteront à les aimer tous également, à donner des soins plus
assidus aux plus ignorants et à avoir une prédilection particulière pour les
pauvres, comme leur représentant, d'une manière plus sensible, Jésus-Christ
anéanti et fait pauvre pour nous
124.
Cet esprit de foi leur apprendra que la fin de leur ministère étant une fin
surnaturelle, savoir, le salut des âmes, ce n'est que par des moyens
surnaturelles qu'ils peuvent l'obtenir: conséquemment, que c'est par la
pratique de la vertu, par le bon exemple et par la prière qu'ils gagneront les
enfants à Dieu, plutôt que par les talents, la science et les autres moyens
humains, qui n'y peuvent servir qu'autant qu'ils sont joints à la grâce et à la
sainteté
125.
L'esprit de foi doit être le mobile de toute leur conduite et sanctifier toutes
leurs actions; pour cela les Frères auront soin: 1º de ne jamais agir par des
motifs humains, par coutume et par esprit propre; 2º de faire toutes choses par
des motifs de foi, c'est-à-dire, pour plaire à Dieu, pour glorifier et imiter
Notre Seigneur, pour obtenir son amour et lui gagner des coeurs
126.
Comme c'est par la lecture et la méditation assidues de la parole de Dieu que
l'esprit de foi s'acquiert, se conserve et se fortifie, les Frères liront, tous
les jours, quelques versets de l'Ecriture Sainte avec un profond respect,
regardant les saints préceptes et les conseils de perfection qu'elle contient
comme leur première et principale règle de conduite
127.
L'esprit d'oraison, la fréquente communion, le saint exercice de la présence de
Dieu sont aussi des moyens très efficaces pour acquérir et conserver l'esprit
de foi. Les Frères ne manqueront pas de les mettre en pratique
128.
Les Frères regarderont l'obéissance comme la principale des vertus qu'ils
doivent pratiquer; et, à l'exemple de Jésus-Christ qui a été obéissant jusqu'à
la mort de la croix, ils s'efforceront d'exceller dans cette vertu et d'y être
fidèles jusque dans les plus petites choses
129.
Ils doivent l'obéissance non seulement au Frère Supérieur Général de
l'Institut, mais encore à tous ceux qui sont préposé pour les conduire et les
diriger, quels que soient leur âge, leurs vertus et leurs autres qualités
personnelles
130.
Dans quelque maison ou dans quelque emploi qu'ils se trouvent , ils doivent
donc être entièrement soumis au Frère Directeur
131.
Ils ne sortiront jamais de la maison, ils ne quitteront pas un exercice de
communauté ou le lieu de réunion, sans la permission du Frère Directeur
132.
Ils demanderont au Frère Directeur tout ce dont ils auront besoin, tels que
papier, plumes, livres, etc., et ils ne prendront rien dans la maison sans le
lui demander et sans avoir obtenu son consentement
133.
Pareillement, pour ce qui concerne la nourriture et l'habillement, s'ils ont
besoin de quoi que ce soit, ils ne le prendront jamais d'eux-mêmes; mais ils
exposeront leurs besoins au Frère Directeur et se contenteront de ce qu'il leur
donnera ou leur fera donner
134.
Ils ne se livreront à aucune occupation extraordinaire, à aucune étude
spéciale, et ne liront aucun ouvrage, en dehors de ceux mêmes qui sont dans la
bibliothèque commune, sans la permission du Frère Directeur
135.
Ils ne se borneront pas à bien faire extérieurement ce qui leur est commandé;
mais, afin de rendre leur obéissance parfaite, ils s'appliqueront à soumettre
leur volonté et leur jugement à la volonté et au jugement du leurs Supérieurs,
renonçant à leurs inclinations, aux lumières de leur raison, se persuadant que
ce qui leur est commandé est toujours ce qu'il y a de mieux pour eux
136.
Les Frères doivent aimer la pauvreté comme leur mère, et faire en sorte d'en
porter les marques dans leurs habits, dans leur nourriture et dans tout ce qui
est à leur usage
137.
Ils n'auront rien en propre; tout dans l'Institut sera en commun, excepté les
habillements et le linge de corps dont l'usage sera personnel. Le Frère
Directeur pourra changer ou faire changer les objets à l'usage des Frères: tels
que bureau, livres, etc
138. Les
Frères pourront encore avoir à leur usage, outre un exemplaire de
Constitutions, une croix en cuivre, un chapelet, un Nouveau Testament avec
l'Imitation de Jésus-Christ, un Manuel de piété, un Paroissien romain, un
canif, un portefeuille, un rasoir, les objets de toilette indispensables et un
sac de voyage. Avec leurs habillements et le linge de corps, ces objets sont
les seuls qu'ils puissent emporter, quand ils quittent une maison pour aller
dans une autre
139.
Considérant que ces objets appartiennent à l'Institut, ils en useront, en bons
pères de famille, et les conserveront avec soin, de manière qu'aucun ne s'use
sans nécessité, ne dépérisse et ne se détériore par leur faute ou leur
négligence
140. Ils
n'auront rien en leur particulier qui ferme à clef, excepté le Frère Directeur
et le Frère Econome qui auront un bureau ou un secrétaire où seront l'argent de
la maison et les autres objets qui doivent être retirés
141. Les
Frères ne garderont jamais de l'argent en leur particulier, de quelque part
qu'il vienne. L'argent reçu pour les jeux et les oeuvres, par ceux qui sont
chargés sera remis au Frère Directeur ou au Frère Econome. Quand ils arriveront
de voyage, ils leur remettront aussi fidèlement ce qu'ils auraient de reste
142. Ils
ne changeront pas entre eux, sans permission, les objets qui sont à leur usage;
ils se garderont bien aussi de prendre la plus petite chose, appartenant à la
maison ou étant à quelque autre Frère pour l'appliquer à leur usage, ou pour la
porter dans une autre maison
143. Ils
ne recevront jamais rien pour leur usage particulier, soit de leurs élèves,
soit de toute autre personne, pas même de leurs propres parents; mais si
quelqu'un, par un sentiment de charité, leur fait un don quelconque, ils le
recevront au nom de la communauté et le remettront au Frère Directeur qui en
disposera comme des biens de la maison
144. Ils
vivront dans un entier esprit de communauté, se contentant toujours d'être
traités comme les autres, soit pour la nourriture, soit pour l'habillement,
soit pour toute autre chose; ils se garderont bien de se distinguer en rien, de
se permettre quoi que ce soit de contraire aux usages et à la manière de vivre
de l'Institut
145.
Enfin, les Frères auront toujours devant les yeux l'exemple de Jésus-Christ qui
de riche s'est fait pauvre pour l'amour de nous, jusqu'à n'avoir pas où reposer
sa tête, et l'obligation qu'ils ont contractée de le suivre dans cet entier
dépouillement de toutes choses. L'exemple du Sauveur et le désir de l'imiter
dans la pratique de la pauvreté doivent les porter: 1º à se détacher de leurs
parents et à ne pas s'occuper d'eux, si ce n'est pour les recommander à Dieu;
2º à se dépouiller de toute affection pour les biens de ce monde et pour tout
ce qui flatte la sensualité, à aimer réellement la pauvreté et avoir une
prédilection particulière pour les lieux, les maisons et les classes pauvres ;
3º à se préserver de toute affection, de toute attache pour les objets qui sont
à leur usage, et à ne retenir que ce qui leur est absolument nécessaire; 4º à
prendre pour eux les choses de moindre prix, les plus incommodes et tout ce
qu'il y a de pire dans la communauté; 5º à supporter avec joie les effets de la
pauvreté, étant bien aises d'avoir une nourriture pauvre, des habits grossiers
et usés, pourvu qu'ils ne soient ni sales ni déchirés; d'être privés de ce qui
pourrait leur apporter du soulagement dans les souffrances et les maladies, de
manquer des commodités de la vie, et quelquefois même de ce qui serait
nécessaire
146. La
chasteté est une vertu angélique et toute céleste qui rend l'homme semblable
aux anges. Une couronne et une gloire particulières sont réservées à ceux qui
auront gardé cette admirable vertu. Rien n'est plus propre à gagner le coeur de
Dieu que la pureté, car c'est la vertu qui nous approche le plus de lui, dit le
Sage 147. Les Petits Frères de Marie, à l'exemple de leur divine Mère, aimeront
la pureté de toute l'affection de leur âme. Tout en eux doit être chaste: l'âme
et le corps, l'esprit et le coeur, les paroles et les actions. Leur vie entière
doit être un travail et un combat continuels pour perfectionner en eux la vertu
de chasteté, et pour la défendre contre les attaques de la concupiscence et du
démon
148. Ils
garderont en tout les règles de la plus sévère modestie. Ils s'habilleront et
se déshabilleront avec toute la décence convenable, et ils ne sortiront pas du
dortoir ou de leur chambre à coucher sans être entièrement vêtus
149. Ils
auront une souveraine horreur de tout discours, de toute chanson, de tout geste
ou attitude qui blesserait la modestie ou qui serait trop libre
150. Ils
se garderont bien de lire des ouvrages dangereux. S'il leur en tombe entre les
mains, ils les brûleront, sans se permettre de les examiner
Ils
s'interdiront aussi toute lecture de livres qui, quoique bons en eux-mêmes, ne
leur conviendraient pas et seraient propres à réveiller leurs passions
151. Ils
se garderont de toute amitié particulière; car, outre que ces sortes d'amitiés
sont nuisibles à la charité commune, les plus innocentes d'abord dégénèrent
souvent en amitiés sensuelles et criminelles; ils doivent aimer également tous
leurs Frères, mais d'un amour saint et qui n'ait que Dieu pour objet
152. Avec
les enfants, ils seront toujours graves et retenus; ils éviteront de les
prendre par la main, de les toucher au visage et autre chose semblable. Ils ne
toléreront jamais que les enfants manquent au respect qu'ils leur doivent ou se
permettent quelque action à leur égard qui ressente la familiarité
153. Ils
auront soin de veiller sur les affections de leur coeur, afin de le conserver
libre de toute amitié et de toute inclination particulière pour certains
élèves; car ces sortes d'affections sont un des pièges les plus dangereux du
démon et ont des suites très funestes
154. Ils
n'auront de rapport avec le monde, que par nécessité; et, dans les visites
qu'ils seront obligés de faire ou de recevoir, ils seront courts et se
tiendront dans la réserve, la prudence et la gravité que demande leur
profession, ayant soin cependant de se montrer polis et affables
155. Les
personnes du sexe n'entreront pas dans l'intérieur de la maison, à moins
qu'elles ne soient accompagnées quelque personne d'autorité; elles ne seront
reçues qu'au parloir, qui doit rester ouvert tout le temps qu'on aura à leur
parler, si la porte n'est pas vitrée
156. Comme
la fuite des occasions est le plus sûr moyen de conserver sans tache la pureté,
s'il arrivait qu'un Frère se trouvât dans un danger prochain de pécher, soit à
raison de son emploi, du lieu où il serait placé, de certaines liaisons qu'il
aurait eu l'imprudence de former, soit de toute autre manière, il devrait faire
connaître, avec humilité et simplicité son état au Frère Provincial, qui ne
manquera pas de lui fournir les moyens convenables pour sortir de cette
position
157. Tous
les Petits Frères de Marie auront essentiellement à coeur, non seulement de
garder eux-mêmes inviolablement le précieux trésor de la chasteté, mais encore
de maintenir intact l'honneur de l'Institut sous ce rapport. On ne souffrira
donc jamais qu'un sujet, quel qu'il soit, s'écarte des règles ci-dessus, et on
éloignera de l'Institut quiconque se rendrait ostensiblement et gravement
coupable contre la sainte vertu
158.
L'humilité, la simplicité et la modestie doivent être l'esprit propre de cet
Institut: les Frères auront une prédilection particulière pour ces vertus, et
ils feront en sorte que toutes leurs actions et tout ce qui leur appartient en
portent le cachet
159. Ils
regarderont l'humilité comme la vertu particulière de leur vocation; en effet,
c'est par la voie de l'humilité que les Petits Frères de Marie doivent se
sanctifier, c'est par la pratique constante de cette vertu qu'ils acquerront
toutes les autres, qu'ils attireront sur eux et sur leurs travaux les
bénédictions de Dieu et qu'ils se rendront propres à faire le bien
160. Les
Frères n'ont pas tous les mêmes talents, ni la même aptitude pour les sciences;
ils n'ont pas tous le même degré de force et de santé, ni le même savoir-faire
pour remplir les emplois; ils ne sont pas tous également propres à
l'instruction des enfants ou aux divers offices de l'Institut; mais tous
peuvent et doivent être humbles. Il doit y avoir entre eux une sainte émulation
à qui s'abaissera le plus, à qui exercera les offices les plus pénibles et les
plus humbles; en un mot, tous doivent mettre leur principal soin à exceller
dans l'humilité, à devenir profondément humbles
161.
L'esprit d'humilité leur fera aimer la vie cachée, le mépris du monde, les
avertissements, les réprimandes, les pénitences publiques; il les portera à
avouer ingénument leur fautes, à en demander pardon, à témoigner leur
reconnaissance à ceux qui ont la charité de les reprendre, à ne pas s'excuser,
à ne pas se plaindre, quand ils sont repris, lors même qu'ils n'auraient pas
tort
162. S'ils
ont véritablement l'esprit de leur état, tout deviendra pour eux une occasion
de s'humilier. Ainsi, dans les sécheresses, dans les dégoûts, dans les
tentations et dans les chutes mêmes, au lieu de se décourager, ils
s'humilieront à la vue de leurs faiblesses et de leurs défauts
163. De
même, s'ils ne réussissent pas dans les emplois qui leur sont confiés et dans
les études, si on les blâme, si on les méprise, ils s'humilieront aussi, bien
convaincus de leur incapacité et de leur néant. Si, au contraire, ils
obtiennent des succès, si Dieu bénit leurs travaux, si on les approuve, si on
les loue, c'est alors surtout qu'ils doivent s'humilier et dire: Nous sommes
des serviteurs inutiles (Luc, XVII, 10)
164. Quand
M. le Curé croira devoir leur faire des observations ou même des reproches, ils
devront d'abord s'humilier et montrer le plus vif désir de profiter de ses
avis, sauf à faire connaître ensuite les raisons à leur décharge, s'ils le
croient utile à la gloire de Dieu et au bien de l'école; mais, en ce cas même,
ils ne doivent le faire qu'avec réserve et modestie, et se bien garder de
témoigner de l'humeur, de soutenir leur cause avec opiniâtreté, avec passion et
de ne vouloir pas avoir tort. Un Frère qui s'offenserait d'un mot de blâme,
d'une improbation, d'un reproche adressé même en public, soit aux Frères, soit
à leurs enfants, sous le spécieux prétexte que cela compromet l'école et ôte
aux Frères la confiance publique, montrerait qu'il n'a pas l'esprit de son
état, qu'il est encore plein d'orgueil et qu'il ne connaît pas la sainte voie
de l'humilité
165. Les
Frères s'estimeront heureux d'être occupés à des fonctions qui, n'ayant rien
d'éclatant selon le monde, les mettent davantage à l'abri de la vaine gloire et
de l'orgueil; car ils ne doivent rien tant craindre que les louanges et les
applaudissements des hommes. Quand il sont bien vus dans une paroisse, quand
les enfants les aiment et les respectent, quand les autorités ou le public les
louent et les approuvent, qu'ils se tiennent en garde contre la complaisance,
qu'ils méprisent les éloges, les compliments et les flatteries du monde
166. Ils
se garderont bien de chercher à se faire remarquer, par ce qu'ils auraient
d'avantageux du côté de l'esprit, de la science, des succès, ou par toute autre
chose que le monde estime, et qui ne serait propre qu'à nourrir l'orgueil. Il
n'oublieront jamais qu'ils ne doivent chercher que la gloire de Dieu, et que
l'esprit de l'Institut est de faire le bien sans bruit et en s'effaçant, que
les Petits Frères de Marie doivent ambitionner de vivre inconnus et oubliés du
monde dans leurs maisons
167. Ils
conserveront dans leur enseignement la modestie et l'humilité propres de leur
Institut; ainsi, ils auront soin: 1º de borner cet enseignement à l'importance
et aux besoins de la localité; 2º d'en retrancher partout, autant que possible,
les sciences qui n'ont pas une utilité réelle pour les enfants; 3º de
s'attacher particulièrement à former les enfants aux matières essentielles,
telles que la bonne lecture, la belle écriture, la grammaire, le calcul, et
avant tout la religion; 4º de ne donner jamais aux matières accessoires un
temps que l'on doit aux principales; 5º de rendre rares les séances publiques,
et d'en écarter, quand elles sont nécessaires, tout ce qui serait contraire à
l'esprit religieux et à la simplicité chrétienne
168. Ils
doivent être bien convaincus que c'est à eux que s'adressent ces paroles de
Jésus-Christ; Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez 6pas
dans le royaume des cieux (Matth., XVIII, 3); et afin d'acquérir l'humilité, la
simplicité de cette sainte enfance, ils s'attacheront continuellement à
renoncer à leur volonté, à leur esprit propre, et se laisseront conduire et
diriger en toute chose avec une docilité parfaite
169.
Chacun doit bien se persuader que tous les autres Frères, sont plus vertueux
que lui et qu'il est le dernier de la communauté; plein de ces sentiments, il
doit porter un grand respect à tous ses Frères, leur parler avec humilité, être
toujours prêt à leur céder, à les obliger et à leur rendre les services les
plus pénibles
170. Les
mêmes sentiments d'humilité les porteront à ne parler jamais avantageusement
d'eux-mêmes, à se préserver d'un certain esprit d'orgueil qui fait que l'on
n'aime et que l'on n'estime que ce que l'on a fait ou approuvé. Ils fuiront
aussi toute singularité, et mettront toute leur application à ne rien faire que
de conforme aux Constitutions et aux Règles de leur Institut, ou aux exemples
des plus anciens et des plus parfaits
171. Les
Supérieurs auront grand soin de maintenir parmi les Frères les pratiques
d'humilité, telles que les pénitences publiques, etc. Les Frères anciens, ceux
qui remplissent les emplois les plus élevés, doivent se faire un devoir de s'y
soumettre et d'en donner l'exemple. Il convient aussi d'occuper de temps en
temps aux travaux manuels et même aux emplois les plus humbles, tels que
balayer, laver la vaisselle, nettoyer les meubles, etc., les Frères qui sont
les plus estimés, ceux qui ont obtenu des succès, ceux qui ont le plus de
talents pour la classe ou la direction des affaires
172.
Enfin, les Petits Frères de Marie doivent s'humilier devant Dieu et devant les
hommes, extérieurement et surtout intérieurement; mais l'humilité doit leur
être tellement naturelle, et ils doivent la pratiquer avec tant de simplicité
et de sincérité qu'elle ne se fasse jamais remarquer, s'il est possible
173. La
simplicité chrétienne consiste dans une parfaite droiture d'esprit et de coeur
qui porte à agir uniquement en vue de plaire à Dieu. Elle est synonyme de
sincérité et de candeur, bannit toute subtilité dans les pensées et toute
perversité dans les affections
174. Celui
qui en est animé ne connaît pas les détours, la feinte, la prétention,
l'affectation ni le respect humain; il va simplement où Dieu le conduit; il dit
et fait ce qui est de son devoir, de la règle, de l'obéissance, sans se mettre
en peine de ce que l'on pensera ou de ce que l'on dira
175. En
élevant l'âme au-dessus des considérations humaines et des convoitises de la
nature, pour la remettre entre les mains paternelles de Dieu, l'humble et
innocente simplicité chrétienne devient une source constante de liberté pour
l'esprit, de force pour la volonté, de paix et de joie pour le coeur, en même
temps qu'elle communique une douceur et une égalité de caractère qui charment
et attirent
176. La
simplicité repose sur les vertus solides dont elle est le fruit et le reflet.
Il n'y a pas de simplicité véritable sans humilité sincère, sans pureté de
coeur, sans abnégation entière de soi-même. Ennemie de toute duplicité et de
toute malice, elle règle l'extérieur sur l'intérieur, se montre au dehors telle
qu'elle est au dedans, et met en parfaite harmonie, les sentiments, les paroles
et les actes
177.
Suivant le conseil de Jésus-Christ, les Frères joindront la simplicité de la
colombe à la prudence du serpent, c'est-à-dire qu'à la réserve, à la
circonspection, qui écarte le danger et prévient les fautes, ils doivent allier
a franchise et le laisser-aller qui gagnent les coeurs
178. Ils
seront simples d'esprit comme des enfants, sans prétention ni suffisance,
évitant de se comparer aux autres, de se prévaloir d'aucun avantage, de
rechercher l'estime des hommes, pour ne s'appliquer qu'a plaire à Dieu
179. Ils
seront simple de coeur: a) envers Dieu, par une crainte filiale sans trouble ni
inquiétude, par une confiance amoureuse sans présomption et une fidélité exacte
sans raffinement; b) envers les Supérieurs, les honorant sans les flatter; leur
exposant ingénument leurs besoins et leurs peines, agissant avec eux sans
contrainte ni déguisement; c) avec le prochain, par une affection sincère et
cordiale, toujours selon Dieu; une charité douce, prévenante, compatissante;
gages de paix et d'union; d) avec eux-mêmes, supportant avec patience leurs
misères et leurs défauts sans s'abattre ni se flatter; ne se laissant dominer
ni par le travail et les écarts de l'imagination, ni par les illusions de
l'amour propre
180. La
simplicité de caractère demande qu'ils évitent également l'humeur et le
caprice, l'empressement et l'indifférence; qu'ils cèdent facilement, sacrifiant
leur sentiment et leur volonté sans qu'il paraisse ni effort ni contrainte,
s'accommodant de tout sans s'attribuer aucun mérite
181.
L'esprit de simplicité doit paraître surtout: dans l'habillement qui doit être
convenable sans être recherché ni négligé; dans les manières qui doivent être
naturelles, honnêtes et sans apprêt; dans le parler sans malice ni finesse;
dans toute la conduite extérieure aimant la vie commune, fuyant la singularité
et la recherche de soi
182. Il
doit se manifester jusque dans la piété. Ainsi, les Frères se garderont de la
singularité qui la déshonore, des petitesses serviles du scrupule et de la
routine; ils se défieront d'un zèle désordonné qui aspire aux voies
extraordinaires et met la nature et l'amour propre à la place de la grâce et de
l'humilité. Une âme simple craint ce qui pourrait la faire remarquer
183. Pour
s'animer à la pratique de la simplicité, les Frères se rappelleront souvent la
présence de Dieu et les exemples de la sainte Famille à Nazareth; ils
s'appliqueront à agir avec cette pureté d'intention qui ne tend qu'à Dieu seul
et méditeront ces paroles de la Sainte Ecriture: "Le Seigneur donne la
sagesse à ceux qui ont le coeur simple et droit (Ps. XVI, 8). "Il a en
abomination tous les trompeurs et ses communications intimes sont avec les
simple" (Prov. I, 32). "Soyez donc des enfants de Dieu, simples et
irrépréhensibles" (Philip. II, 13) 184. Le propre de la modestie est de
composer avec bienséance l'extérieur de l'homme et de régler ses sens, ses
gestes, sa démarche, en un mot, toutes les actions qui ont rapport au maintien
du corps
185. Pour
pratiquer la modestie d'une manière convenable à leur état, les Frères
observeront les règles suivantes: 1º Ils tiendront la tête droite, un peu
inclinée sur le devant, surtout pendant les exercices de piété évitant de la
pencher d'un côté ou de l'autre, de la tourner légèrement et sans raison. 2º
Ils auront pour l'ordinaire les yeux modestement baissés, se gardant bien de
les tourner çà et là sans nécessité, de les porter sur quelque objet dangereux
et de les arrêter fixement sur les personnes. 3º Le visage étant la partie du
corps où se peignent plus parfaitement les passions de l'âme, ils devront le
composer avec soin et faire en sorte qu'il soit ouvert, grave et gain tout
ensemble, qu'il paraisse content et qu'il porte un air de bonté, de douceur et
de piété qui annonce la paix et le bon état de l'âme
186. Ils
se garderont de toute démonstration de joie trop vive et trop empressée, qui
annonce un esprit léger et peu réfléchi; comme aussi, de tout air triste,
morne, inquiet ou chagrin, qui est ordinairement une marque que l'âme est
dominée par quelque passion
187. Etant
debout, ils tiendront le corps droit, sans gêne ni affectation, sans le pencher
sur un côté, mais le tenant également posé sur les deux pieds, qui
ordinairement doivent être presque joints
188. Ils
ne tiendront pas les mains dans les poches de leur habit, ni ne le dégraferont
pas pour les mettre sur la poitrine; mais ils pourront les laisser pendre
modestement ou avoir les bras croisés
189. Ils
prendront l'habitude de marcher posément et naturellement, ayant soin pour cela
de tenir le corps droit sans le balancer d'un côté ni de l'autre; d'éviter de
traîner les pieds, d'aller trop vite ou trop lentement, de gesticuler ou de faire
quoi que ce soit qui ressente l'affectation ou les manières du monde
190. Quand
ils sont assis, ils doivent tenir le corps droit, les pieds presque joints, et
éviter de mettre les jambes l'une sur l'autre, de se renverser sur le dossier
de la chaise ou sur quelque table, de changer à tout moment de situation, et de
faire toute extension de jambes ou de bras qui dénote l'ennui ou la paresse
191. En
parlant, leur ton de voix doit être modéré, mais soutenu, c'est-à-dire qu'il
doit être ni trop haut, ni trop bas, ni trop lent, ni trop précipité, et
n'avoir rien de dur ni d'efféminé
192. Ils
s'abstiendront de bâiller en compagnie, de faire des mouvements précipités et
de porter les mains à la tête ou au visage sans nécessité
193. Ils
feront en sorte qu'il n'y ait rien dans leur personne, dans leur manière de
tousser, de cracher et de se moucher qui puisse faire de la peine aux autres;
ils se surveilleront avec attention, surtout en compagnie, afin d'éviter tout
ce qui pourrait choquer ou incommoder ceux avec qui ils se trouvent
194.
Enfin, ils se conduiront en toutes choses avec tant de bienséance et de
modestie, que tout en eux édifie le prochain et se ressente de la sainteté de
leur état
195. Le
but secondaire de cet Institut étant de travailler, sous la protection de
Marie, au salut des enfants en les élevant chrétiennement, une des vertus les
plus nécessaires aux Frères pour atteindre ce but, c'est le zèle de la gloire
de Dieu et du salut des âmes
196. Par
leur vocation, les Frères sont les aides et les coopérateurs des Pasteurs de
l'Eglise, les représentants et les suppléants des parents; leurs fonctions sont
une participation du ministère apostolique: la plus belle portion du troupeau
de Jésus-Christ leur est confiée, car ils sont chargés d'élever les enfants,
c'est-à-dire de les instruire de la foi chrétienne , de conserver leur
innocence, de les former à la piété et à la vertu; en un mot , d'en faire de
bon chrétiens et de vertueux citoyens
197. Les
Frères doivent beaucoup estimer, beaucoup aimer leur vocation et s'appliquer
sans relâche à acquérir les vertus et les connaissances qui leur sont
nécessaires pour remplir la sainte mission que l'Eglise leur confie
198. Le
meilleur moyen de porter les hommes à la vertu et de les gagner à Dieu étant le
bon exemple et la sainteté de la vie, ils se conduiront de manière à donner aux
enfants l'exemple de toutes les vertus, et ils travailleront tous les jours à
devenir plus parfaits, c'est-à-dire, plus humble, plus mortifiés, plus
obéissants, plus charitables, plus pieux et plus unis à Dieu
199. Ils
s'appliqueront à former leurs élèves à une véritable piété, à les instruire des
vérités de la foi, de commandements de Dieu et de l'Eglise, et des dispositions
nécessaires pour recevoir avec fruit les sacrements; ils s'efforceront surtout
de leur inspirer un grand amour pour Jésus-Christ, revenant fréquemment sur les
mystères, sur les actions et sur les vertus de notre divin Sauveur, sur ce
qu'il a fait et souffert pour nous, et insistant avec force et persévérance sur
la nécessité où nous sommes de l'aimer et de l'imiter
200. Ils
les formeront encore à la dévotion à Jésus dans l'Eucharistie et à son
Sacré-Coeur. Ils leur en feront connaître l'objet, les avantages et la
pratique, les engageant à s'agréger à l'Apostolat de la Prière ou à toute autre
association propre à les porter à la communion fréquente
201. Une
bonne première communion étant l'action la plus importante de la vie et le
moyen le plus efficace pour s'établir solidement dans la vertu, les Frères mettront
tous leurs soins pour y disposer dignement les enfants le plus tôt possible. A
cette fin, ils leur donneront des instructions particulières et leur feront
bien comprendre que le meilleur moyen de se préparer à une bonne première
communion est de se corriger de leurs défauts, d'éviter le péché, de fuir les
mauvaises compagnies, de beaucoup prier, d'être assidus aux offices de
l'église, aux catéchismes et à l'école. Enfin, ils doivent souvent leur parler
de cette grande action, et leur montrer le moment où ils s'uniront à
Jésus-Christ comme le plus heureux de toute leur vie
202. Ils
ne manqueront pas d'apprendre à leurs élèves formules ordinaires pour prier,
comment et en quel temps les chrétiens doivent remplir ce devoir important; et,
afin d'habituer les enfants à prier Dieu avec respect, attention et modestie,
ils les exerceront de temps en temps à bien réciter les prières ordinaires
203.
Pareillement, pour ce qui concerne les offices de l'église, ils feront
connaître aux enfants l'obligation où ils sont d'y assister les jours de
dimanche et de fête; ils leur apprendront à se tenir dans le lieu saint, ainsi
que la manière d'entendre la sainte messe et d'assister aux offices avec piété
et avec fruit. Pour cela, outre les instructions qu'ils leur feront à cette
fin, ils les conduiront tous les dimanches et fêtes aux offices de l'église
204. Ils
apprendront encore aux enfants à sanctifier et à rendre méritoires toutes leurs
actions, en les offrant à Dieu, en lui demandant son secours et en se
soumettant avec résignation à la peine du travail. Ils ne manqueront pas non
plus de leur donner les moyen de profiter des peines, des afflictions, des
maladies et de tous les autres événements fâcheux de la vie, regardant en tout
cela la volonté de Dieu, et en s'y soumettant sans murmurer et en esprit de
pénitence
205. Ils
ne se contenteront pas d'instruire leurs élèves des vérités de la religion, ils
s'attacheront surtout à former leurs coeurs à la vertu, ce qu'ils feront en
leur inspirant de l'éloignement pour les mauvaises compagnies et une grande
horreur pour le péché, en les corrigeant de leurs défauts, en réformant leur
caractère, en réprimant leurs mauvaises inclinations, en leur faisant
contracter l'habitude des vertus contraires, et en leur donnant les moyens de
les acquérir
206. Ils
leur inspireront une solide dévotion à la sainte Vierge, leur enseignant en
quoi elle consiste et ce qu'ils doivent faire pour mériter la protection de
cette bonne Mère. Pareillement, ils leur apprendront à honorer saint Joseph, leur
Ange gardien et leur saint Patron, et les exhorteront à prier souvent pour les
âmes du purgatoire
207. Dans
le but de rendre leur zèle plus fructueux, en multipliant les ouvriers
apostoliques, ils ne manqueront pas de parler à leurs élèves de l'importance du
choix d'un état de vie, s'efforçant de faire germer et de cultiver les
vocations sacerdotales et religieuses
208. Rien
ne leur coûtera, rien ne leur paraîtra difficile, lorsqu'il s'agira de donner
l'instruction religieuse aux enfants et de les porter à Dieu; leur zèle ne
s'arrêtera devant aucun sacrifice, et ne sera jamais rebuté par la grossièreté,
l'indocilité et les autres défauts des enfants; il les portera même à avoir une
prédilection particulière pour les plus ignorants, pour les plus pauvres et
pour ceux qui sont d'un caractère difficile ou d'un extérieur rebutant, et à
leur donner des soins plus assidus
209. Ils
doivent se regarder comme les anges gardiens de leurs élèves, et ne jamais
perdre de vue que l'innocence des enfants leur est confiée et que Dieu leur en
demandera compte
210. Comme
la prière est un excellent moyen de travailler au salut des enfants, les Frères
ne manqueront pas de les recommander souvent à Dieu, lui offrant à cette
intention leurs exercices de piété, leurs communions et tous les autres actes
de vertu qu'ils pratiquent
211. Ils
saisiront adroitement toutes les occasions d'édifier les enfants, de les former
à la vertu et de les gagner à Dieu. Pour cela, au milieu d'une leçon profane,
d'une récréation, et en mille autres circonstances, ils sauront placer à propos
une sage réflexion, quelques paroles d'édification, qui n'étant pas attendues
ne seront que mieux reçues, et ne feront que plus d'impression sur l'esprit des
enfants. Enfin, ils se feront tout à tous, à l'exemple de l'Apôtre, et ils ne
craindront pas de s'abaisser jusqu'aux plus petits, se conformant à leur
manière d'entendre les choses et de les goûter, et proportionnant leur
instruction à leur faiblesse et au peu d'intelligence de plus bornés
212. En
vue de conserver les anciens élèves dans de bons principes, on favorisera les
patronages dans les paroisses où ils peuvent être établis. Les Frères
s'emploieront avec zèle au développement et à la bonne marche des oeuvres de
persévérance, complément nécessaire à l'école chrétienne
213. Mais
le zèle des Frères, pour être agréable à Dieu, avantageux au prochain et à la
religion, doit être circonscrit dans les oeuvres de leur vocation et réglé par
l'obéissance
214. La
vie du chrétien, et plus encore celle du religieux, doit être une mortification
continuelle. C'est aux religieux surtout que s'adressent ces paroles de
l'Apôtre: Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses
passions et ses désirs déréglés» (Galat., 5, 24); et ces autres de notre Sauveur:
Si quelqu'un veut venir à ma suite qu’il prenne sa croix tous les jours et
qu'il me suive (Luc, 9, 23); car, ajoute-t-il, le royaume du ciel souffre
violence,et il n'y a que ceux qui se font violence qui le ravissent (Matth.,
11, 12)
215. Les
Frères de cet Institut ne seront obligés à aucune pénitence extraordinaire;
mais ils s'efforceront d'exceller dans la mortification des passions et la
garde des sens. La pratique de cette pénitence doit leur être tellement
familière que toutes les puissances de leur âme et tous les sens de leur corps
soient immolés à Dieu par le glaive de cette sorte de mortification
216. Ils
s'appliqueront donc avant tout à la mortification intérieure, c'est-à-dire, à
combattre leurs passions, particulièrement l'orgueil, le désir de paraître et
d'être estimés, l'amour propre, la sensualité, l'affection déréglée aux
créatures, l'envie, la colère, la curiosité et l'attachement à leur volonté
propre
217.
L'esprit de mortification les portera à vider leur imagination des idées et des
vanités du siècle, à arrêter la légèreté de leur esprit, à mépriser et à
chasser mille pensées vagabondes et chimériques qui ne peuvent que faire perdre
le recueillement, porter à la dissipation et distraire pendant les prières, à
oublier même leurs parents, leurs amis, et à éviter soigneusement d'interroger
les séculiers, les enfants ou les Frères pour s'informer de ce qui se fait dans
le monde
218.
Chacun trouvera dans son caractère un sujet bien vaste de mortification.
Combattre sa passion dominante, fixer son inconstance, arrêter les saillies de
son humeur, supporter une imagination vive et fougueuse, un fond d'impatience
que l'on a peine à réprimer, tant de moments de tristesse et d'ennui dont on ne
sait la cause, les craintes, les scrupules et une foule de perplexités souvent
si fatigantes: tous ces combats, toutes ces peines seront un riche trésor
d'abnégation, de pénitence, et conséquemment de mérite pour un Frère pieux qui
en saura faire bon usage
219. Un
autre sujet de mortification, bien méritoire pour les Frères, sera de souffrir
avec patience et charité tout ce qui pourra leur faire de la peine dans la
personne et la conduite des Frères avec lesquels ils auront à vivre; ainsi,
l'esprit de mortification leur fera supporter sans se plaindre les défauts de
caractère et d'éducation, les préventions, les importunités, les indiscrétions,
les railleries, les paroles et les procédés inconvenants, en un mot, tout ce
qu'ils trouveront de pénible dans la personne ou la manière de faire de leurs
confrères
220. Il y
a une foule d'autres pénitences qu'un bon Frère trouvera l'occasion de
pratiquer tous les jours sans que personne s'en aperçoive. Tantôt il se privera
d'entendre une conversation qui lui plaît, de dire un mot qui attirerait
l'attention et les éloges d'une compagnie, de lire un livre ou de faire toute
autre chose qui lui serait fort agréable, de cueillir une fleur et de la
flairer; tantôt il se trouvera dans l'occasion de se gêner, de se faire
violence pour rendre à un confrère, à un enfant, à un malade, un service
pénible , de recevoir un reproche qu'il n'a pas mérité, ou une injure et un
outrage au lieu de la reconnaissance qu'on lui devait, de faire une chose qui
lui déplaît, de ne pouvoir obtenir ce qu'il désire ou ce qui lui serait nécessaire.
En profitant ainsi de toutes les occasions qu'il a de se mortifier, un Frère
s'assure un trésor de mérites et de gloire pour l'éternité
221. Un
autre genre de pénitence qui doit être familier aux Frères , c'est la garde des
sens et surtout des yeux: ils les tiendront modestement baissés,
particulièrement dans l'église, dans les rues et autres lieux publics. Par
esprit de mortification, ils se priveront de regarder par les fenêtres, de voir
les choses mêmes indifférentes, mais qui ne sont propres qu'à dissiper et à
faire perdre le recueillement
222. Ils
regarderont leur corps comme leur plus grand ennemi, et ne cesseront de lui
faire la guerre et de le mortifier. Cependant, ils ne doivent jamais faire de
pénitence qui nuise à leur santé, ils n'en feront même aucune extraordinaire
sans permission, ce qui n'empêche pas qu'ils ne puissent et qu'ils ne doivent
s'imposer des privations et des sacrifices, de manière à dompter leur corps, à
l'assujettir à l'esprit, afin d'accomplir en leur chair ce qui manque aux souffrances
de Jésus-Christ, selon l'expression de l'Apôtre (Coloss., 1, 24)
223. Ils
seront sobres dans les repas et ils auront soin de pratiquer à table quelque
acte de mortification, comme de se priver ou de prendre peu de quelque mets
qu'ils aiment beaucoup, de ne jamais se plaindre de la mauvaise qualité ou du
défaut d'apprêt des aliments, de se priver d'un fruit ou de toute autre chose
qui flatte le goût et dont on peut se passer sans inconvénient
224. Les
Frères regarderont comme un sujet de pénitence très méritoire, les maladies,
les infirmité et les afflictions qu'ils auront à supporter. Dans cet esprit,
ils les recevront avec résignation et avec joie comme une portion de la croix
de Jésus-Christ, et s'en serviront comme d'un excellent moyen de satisfaire à
la justice de Dieu. Ils ne se plaindront jamais de la violence et de la durée
du mal, de l'amertume des remèdes, des oublis de ceux qui les servent, du bruit
qu'on fait autour d'eux et de beaucoup d'autres choses
225.
L'amour de la mortification et de la pénitence les portera encore à faire un
saint usage de toutes les occasions de souffrir que leur fourniront les lieux
qu'ils habitent, les climats, les saisons, s'estimant heureux d'être mal logés,
mal nourris, de souffrir le froid, la chaleur, les intempéries de l'air, et une
infinité d'autres incommodités
226. Une
autre pénitence bien pénible à la nature, mais infiniment agréable a Dieu,
c'est tout ce qu'ils auront à souffrir dans l'exercice de leurs fonctions. La
réserve, la gravité et la modestie qu'ils devront avoir pour contenir et pour
édifier leurs élèves, les obligeront à s'observer sans cesse et à se faire une
continuelle violence. Que d'actes de mortification n'auront-ils pas l'occasion
de pratiquer, étant toute la journée au milieu d'une foule d'enfants légers,
indisciplinés et souvent malpropres! Que d'actes de patience, d'humilité, de
charité et de zèle ne faudra-t-il pas faire pour se mettre à la portée de tous
et pour répéter sans cesse les mêmes choses! Et après tant de peines, d'abnégation
et de dévouement, ils devront s'attendre et se préparer tous les jours à
supporter l'ignorance, la grossièreté et l'indocilité des enfants; le plaintes,
les murmures et l'ingratitude des parents; les rebuts, les mépris et les
contradictions du public
227. Mais
la pénitence qui plaira le plus à Dieu, qui leur attirera le plus de grâces,
celle qui comprend pour ainsi dire toutes les autres, c'est l'exacte observance
de leurs Constitutions et de leurs Règles. En effet, être fidèle à garder
toujours le silence, à répondre en peu de mots, à tout quitter au premier coup
de cloche, à laisser une occupation qui plaît pour faire toute outre chose,
quelque opposée qu'elle soit aux inclinations de la nature, dès que
l'obéissance le veut, à se respecter mutuellement; être fidèle, en un mot, à
observer tous le points des Constitutions et de Règles dans le temps, dans le
lieu et de la manière prescrite, c'est renoncer sans cesse à sa volonté, pour
faire celle de Dieu, c'est se faire violence et se mortifier continuellement.
Les Frères s'appliqueront surtout à cet exercice de mortification et le
préféreront à tous les autres
228.
Pendant le temps du silence, s'il y a nécessité de parler, on le fera en peu de
mots et à voix basse, autant que possible. On évitera aussi de faire du bruit
en marchant, en ouvrant ou en fermant les portes, et généralement tout ce qui
pourrait dissiper ou déranger les Frères. Les temps libres sont des temps de
silence
229. Pour
favoriser le bon emploi du temps, les études sérieuses et s'édifier
mutuellement, on veillera particulièrement à l'observation du silence dans a
salle d'étude
230. En
faisant la classe les Frères doivent être très exacts à garder le silence, afin
de conserver leur santé et de maintenir la discipline parmi leurs élèves
231. Dans
les rapports avec les étrangers, c'est particulièrement le Frère Directeur qui
entretient la conversation; les autres Frères écoutent avec modestie, ou
interviennent seulement quand la bienséance le demande. En ce cas, ils
répondront en peu de mots et seulement sur ce qui leur a été demandé
232. C'est
surtout dans les voyages que le Frères doivent être retenus et circonspects
dans leurs paroles. Jamais ils ne parleront de politique, ni d'autres nouvelles
ou affaires du monde; ils éviteront même de lier conversation avec qui que ce
soit et de prendre part aux discours qui se tiendront, se contentant d'édifier
le prochain par leur gravité, leur réserve et leur modestie
233. Bien
convaincus de cette parole de saint Grégoire: La solitude du corps sert peu, si
l'on n'y joint la solitude du coeur les Frères ne se contenteront pas de garder
le silence extérieur ou de paroles, ils s'attacheront surtout à la pratique du
silence intérieur, qui consiste à réprimer ses passions, à oublier le monde, à
chasser les pensées, les affections et le souvenir des choses de la terre et à
ne s'occuper que de Dieu
234.
Enfin, pour s'animer à la pratique du silence, pour en comprendre toute
l'importance et la nécessité, les Frères méditeront souvent ces paroles de la
Sainte Ecriture: Le péché abonde dans la multitude des paroles (Prov., 10, 19); celui qui parlera beaucoup,
blessera son âme (Eccles., 20, 8) ; la langue mal réglée est un feu qui
enflamme tout le cours de la vie, elle est un monde d'iniquité» (Jacq., 3, 6);
celui qui ne met point un frein à sa langue, séduit lui-même son coeur et n'a
qu'une piété vaine (Jacq., 1, 26); et ces autres qui nous prouvent le grand
bien du silence: La justice et la vertu s'acquièrent par le si-lence» (Isaïe,
32, 17); tout le travail de l'homme consiste à bien régler sa langue (Eccles.,
6, 7); celui qui ne pèche pas par la langue est un homme parfait (Jacq., 3, 2)
235. Le
respect mutuel conserve la paix, la charité et l'union si nécessaires dans une
communauté
236. Les
Frères, selon le conseil de l'Apôtre, se préviendront les uns les outres par
des témoignages d'honneur et de déférence (Rom., 12, 10) , c'est-à-dire, qu'ils
seront exacts à observer entre eux les règles de la civilité et de la
bienséance, qu'ils se traiteront avec estime et respect, qu'ils se rendront les
devoirs qu'ils se doivent selon le rang et la place qu'ils tiennent dans
l'Institut; et qu'ils se conduiront toujours, dans leurs rapports mutuels, par
le principe de l'humilité et de la charité chrétiennes
237. Ils
ne tutoieront personne et, en se dénommant, ils feront toujours précéder le nom
de religion ou le titre, du mot Frère
238. Ils
ne se permettront aucune familiarité, aucun jeu de mains: tels que se pousser,
se frapper ou autre chose semblable. Ils se récréeront avec beaucoup de réserve
et de dignité, évitant toute espèce de facéties, tout geste, toute action
ridicule, en un mot, tout ce qui est contraire à la modestie et à la gravité
religieuses
239. Quand
ils se rencontreront, s'ils ont le chapeau sur la tête, ils se découvriront;
s'ils passent devant le Frère Supérieur ou devant les Frères anciens, ils les
salueront de plus par une légère inclination
240. Ils
auront des attentions et de égards particuliers pour les Frères anciens, quand
même ils ne seraient pas en charge. Tous, et particulièrement les jeunes,
s'efforceront de leur rendre honneur, c'est-à-dire, d'avoir pour eux une grande
déférence, de les écouter quand ils parlent, et de leur rendre tous les
services dont ils auront besoin
241. Les
Frères anciens, à leur tour, se montreront bons et affables à l'égard des
jeunes, supportant leurs défauts, excusant les fautes que l'inexpérience leur
fait commettre, les reprenant, s'il y a lieu, mais avec douceur, évitant
soigneusement de dire ou de faire quoi que ce soit qui puisse les scandaliser,
leur faire de la peine ou les décourager, leur parlant toujours avec bonté,
avec retenue et d'une manière sensée
242. Les
Frères formeront leur enfants à la civilité par leurs à la civilité par leurs
instructions et surtout par leurs exemples, réglant leur maintien, leurs
paroles et leurs actions, de manière que tout, dans leur conduite, soit pour
les enfants une leçon de vertu et de politesse
243. Ils
se montreront aussi très honnêtes à l'égard des personnes du dehors; mais leur
politesse doit être toute religieuse, c'est-à-dire, qu'il faut qu'elle soit
fondée sur l'humilité et la charité, qu'elle ait pour but la gloire de Dieu et
l'édification du prochain
244. Ils
doivent s'instruire de tout ce qui tient aux usages et au cérémonial des
lettres et s'y conformer dans l'occasion. En écrivant au Frère Supérieur
Général, ils commenceront leurs lettres par cette formule: Mon Très Révérend
Frère Supérieur, et la termineront de cette manière: Je suis avec un profond
respect et une entière soumission, Mon Très Révérend Frère Supérieur, Votre
très humble et très obéissant serviteur. Ils mettront l'adresse de cette
manière: Au Très Révérend Frère Supérieur Général de l'Institut des Petits
Frères de Marie, etc
245. Les
Frères aimeront beaucoup l'ordre et la propreté, et les feront régner dans tout
ce qui est à leur usage. Dans chaque maison, un Frère sera spécialement chargé
de veiller à la propreté et à la bonne tenue des appartements, du mobilier et
du vestiaire
246. On
aura soin de tenir les appartements bien aérés, surtout les classes et ceux qui
sont les plus fréquentés; de remettre toujours les choses à leur place, après
s'en être servi, et de n'en laisser égarer ni dépérir aucune par sa faute
247.
Chacun fera son lit et aura soin de mettre en ordre et de tenir en état de
propreté tout ce qui est à son usage
248. Les
Frères s'appliqueront à donner à leurs élèves des habitudes d'ordre et de
propreté, les obligeant à se laver et à se peigner tous les jours, à prendre
soin de leurs objets classiques et de tous leurs effets, et à les ménager
249. La
vie religieuse étant par sa nature une vie de pénitence, de mortification et de
travail, rien ne lui est plus opposé que l'oisiveté, qui enseigne tous les
vices, combat et détruit toutes les vertus. Les Frères regarderont donc la vice
de paresse comme un de leurs plus dangereux ennemis, et ils s'en préserveront
avec le plus grand soin
250.
L'amour du travail est une disposition requise pour être reçu dans l'Institut;
on ne manquera pas d'en instruire les postulants, de les éprouver sur ce point
et de renvoyer ceux qui manqueraient de goût et d'aptitude pour l'étude et pour
le travail manuel
251. Les
Frères auront tous une occupation déterminée et ils devront rendre compte au
Frère Provincial, tous les quatre mois, et au Frère Directeur, toutes les
semaines, de leur travail et de l'emploi de leur temps
252. Le
savoir étant un auxiliaire précieux de la vertu et du dévouement dans
l'apostolat de l'éducation, les Frères s'efforceront d'acquérir toutes les
connaissances utiles à leur profession. L'étude est un devoir pour ceux qui
sont employés dans l'enseignement; ils aspireront même aux titres
professionnels nécessaires au succès de leur mission. Mais tant pour leurs études
que pour les examens à subir, ils se conformeront exactement aux programmes
arrêtés par le Conseil Provincial, et approuvés par le Conseil Général
253. Les
matières d'étude pour les Frères sont tout d'abord la religion, puis les
connaissances qui font partie des programmes de leur enseignement. Les Frères
ne pourront se livrer à aucune étude spéciale sans la permission du Frère
Provincial
254. Les
Frères garderont cet ordre dans leurs études: 1º ils étudieront les matières de
leurs classes respectives et auront soin chaque jour de préparer les leçons
qu'ils sont obligés de donner; 2º ils travailleront ensuite aux autres parties
de l'enseignement de manière à donner toujours la primauté à celles qui sont le
plus utiles ou qui leur seraient la plus nécessaires
255.
L'étude religieuse étant d'une importance capitales tant pour le profit
spirituel des Frères que pour la formation chrétienne des élèves, on emploiera
soigneusement l'heure qui lui est consacrée, à la préparation du catéchisme, à
une étude ascétique personnelle, ou selon les indications des Supérieurs
256. Les
Frères profès de voeux temporaires réciteront tous les jours une leçon de
catéchisme au Frère Directeur ou à celui qu'il aura désigné. Le Frère Directeur
devra aussi, de temps en temps, faire réciter à tous les Frères la méthode
d'oraison, au jour qu'il indiquera, et ce sera ordinairement le jeudi
257. Les
Frères ne se contenteront pas d'apprendre ce qu'ils doivent enseigner; ils
étudieront avec soin la méthode d'enseignement, les moyens les plus propres
pour faire comprendre et pour communiquer ce qu'ils savent à leurs élèves, la
manière de discipliner une classe et de donner le goût de l'étude et l'amour du
travail aux élèves
258. Ils
se garderont bien, néanmoins, de se passionner pour l'étude, et de s'y adonner
dans des vues humaines et de manière à préjudicier à leurs exercices de piété
et à leur avancement dans la vertu; ils s'y appliqueront surtout pour plaire à
Dieu et procurer sa gloire, pour servir plus utilement l'Institut, et pour
obéir aux Constitutions et aux Règles communes, pour édifier les Frères, et
pour s'occuper selon leur état
259.
Chacun s'efforcera, selon sa capacité, de s'acquitter parfaitement de l'emploi
qui lui aura été confié
260. Le
Frère Directeur ne souffrira jamais que les Frères restent dans l'oisiveté,
surtout les jeunes; mais il les tiendra constamment et utilement occupés, et
leur demandera compte de leur travail et de l'emploi de leur temps
261. En
communauté, le principal moyen de sanctification est l'observance des
Constitutions et des Règles, et un religieux ne reçoit de grâces et ne fait de
progrès dans la vertu qu'a proportion qu'il est fidèle à les observer
262. Les
Frères regarderont donc les observances régulières, même les plus petites,
comme très importantes: 1º parce qu'elles sont pour eux un moyen de perfection;
2º parce que Dieu a attaché notre persévérance dans la bien à notre fidélité
aux petites choses: Celui, dit Jésus-Christ, qui est fidèle dans les moindres
choses, le sera aussi dans le grandes» (Luc., 16, 10); 3º parce que la
violation d'une seule, quelque petite qu'elle soit, nuit au bon ordre et à la
discipline de la communauté; 4º parce que la paix, l'union et la ferveur ne
règnent parfaitement que dans les maisons où l'on est fidèle à tous les points
de Constitutions et de Règles
263.
Chacun doit bien se persuader que Dieu veut le sauver et le conduire à la
perfection par l'exacte observance d'abord des Constitutions et ensuite des
Règles de son Institut, conséquemment qu'il ne peut les négliger sans exposer
sa perfection et même son salut; car, dit saint François de Sales, la
prédestination des religieux dépend de cette observance
264. Un
des premiers devoirs de Frères Directeurs et de tous ceux qui sont en charge,
c'est d'obtenir cette observance le plus parfaitement possible. Il est
important, il est nécessaire: 1º que les Frères Directeurs habituent les Frères
à la ponctualité, c'est-à-dire, à tout quitter au premier signal, au premier
coup de cloche pour se rendre aux exercices de la communauté ou à ce que
demande l'obéissance; 2º qu'ils fassent toujours commencer les exercices à
l'heure; 3º qu'ils fassent cas des plus petites choses et qu'ils avertissent
les Frères quand ils y manquent
265. Les
Frères anciens et les plus instruits s'efforceront de se montrer les plus
exacts à observer les Constitutions et toutes les Règles, se rappelant que plus
ils sont supérieurs aux autres par leur âge ou par leurs talents, plus ils sont
tenus d'être leurs modèles et de leur donner l'exemple de la régularité
266. Dans
le cas même de maladie ou d'infirmité, les Frères s'y rendront fidèles autant
qu'il dépendra d'eux, ayant soin pour cela de pratiquer les points qui ne sont
pas incompatibles avec l'état où ils se trouvent et de demander dispense de
ceux qu'ils ne peuvent pas observer
267. Quand
les Frères auront manqué à quelques points des Constitutions ou des Règles
communes, ils déclareront leur faute au Frère Directeur et lui en demanderont
pénitence
268. Ils
doivent être bien aises aussi que le Frère Directeur les avertisse, quand ils y
manquent, et ils le prieront même en particulier de temps en temps de leur
rendre ce bon office
269. Le
Frères liront leurs Constitutions et leurs Règles communes en entier au moins
deux fois l'an, dans les premiers jours de janvier et de juillet; cette lecture
tiendra lieu de la lecture spirituelle. Chacun devra lire aux mêmes époques, et
plus souvent s'il est nécessaire, les règles qui lui sont particulières, à
raison de son emploi
270. En
outre, tous les dimanches, on lira en communauté un chapitre des Constitutions
ou des Règles communes sur lequel le Frère Directeur fera une instruction, ou
au moins quelques réflexions
271.
Chacun aura soin de faire souvent son examen sur la manière dont il observe les
Constitutions et les Règles s'arrêtant surtout aux points auxquels il a plus de
peine à se soumettre et où il manque plus souvent, et s'appliquant à découvrir
le principe de ses fautes, afin de s'en corriger
272.
Enfin, les Frères se porteront à l'observance des Constitution et des Règles
par amour et non par crainte; le désir de plaire à Dieu, de la glorifier,
d'imiter Notre Seigneur, de mériter la protection de la sainte Vierge, de
travailler à leur perfection et de conserver l'Institut: tels sont les motifs
qui doivent les porter à y être constamment fidèles
273. Les
Frères auront une religieuse vénération et un profond respect pour le Frère
Supérieur Général, et, en toute chose, ils lui obéiront comme à Dieu même dont
il tient la place
274. En
lui parlant, ils ne l'appelleront jamais autrement que "Mon Révérend Frère
Supérieur"; et en s'entretenant de lui entre eux ou avec toute autre
personne: "Le Révérend Frère Supérieur"
275.
Lorsqu'ils lui parleront, ils se tiendront debout et découverts tout le temps,
à moins qu'il ne leur fasse signe ou ne leur dise de s'asseoir et de se couvrir
276. Ils
lui feront une profonde inclination, chaque fois qu'ils passeront devant lui;
et, s'ils se croisent avec lui à un escalier ou ailleurs, ils ne manqueront pas
de s'arrêter, de lui céder le pas et de s'écarter pour le laisser passer
277. Quand
le Frère Supérieur Général entre dans un appartement quelconque, tous doivent
se lever, se découvrir et se tenir debout jusqu'à ce qu'il dise de s'asseoir ou
qu'il se soit assis lui-même
Au
réfectoire, il suffira que le lecteur se lève et suspendre la lecture, jusqu'a
ce que le Frère Supérieur Général se soit mis à table
278. Ils
le regarderont comme leur père, et ils auront pour lui un attachement, un amour
et une confiance filiale. Ces sentiments, d'autant plus sincères qu'ils sont
formés par la foi et la religion, les porteront à s'adresser à lui, dans tous
leurs besoins, avec la simplicité d'un enfant
279.
Lorsqu'un Frère est repris par le Frère Supérieur Général, il doit l'écouter
avec un profond respect, avec humilité, en silence et les yeux baissés. Si le
Frère croit devoir s'excuser, ce qu'il ne doit faire que lorsqu'il juge que la
plus grande gloire de Dieu le demande, il ne le fera qu'avec modestie, en peu
de mots et jamais en contestant avec lui
280. Les
Frères doivent recourir au Frères Supérieur Général en toute confiance, mais
ils prendront garde de ne pas lui faire perdre le temps par des visites
importunes ou trop prolongées. Ils doivent dire sans gêne, mais avec le moins
de paroles possible, ce pourquoi ils viennent le trouver, et se retirer dès
qu'ils ont terminé
281. Les
Frères chargés du temporel ou de la direction d'une maison ou de tout autre
emploi, se souviendront qu'ils n'ont qu'une autorité relative et dépendante, et
qu'ils lui doivent compte de leur gestion selon les Constitutions. Ils se
borneront donc, en tout ce qui concerne leur emploi, à ce qui est déterminé par
les Constitutions, les Règles, ou qui est d'un usage constant et reconnu dans
l'Institut
282. Dans
la direction de leur maison et dans tout ce qu'ils entreprendront pour le bien
de la religion et celui de l'Institut, les Frères Directeurs suivront
exactement les instructions qu'ils auront reçues du Frère Supérieur Général et
jusqu'a ses moindre intentions
283. Les
Frères ne parleront du Frère Supérieur Général qu'avec estime et respect;
jamais ils ne se permettront un mot de blâme, ni quoi que ce soit qui puisse
affaiblir la vénération profonde, l'amour et la haute estime que tous les Frères
doivent avoir pour lui; moins encore se permettrontils de censurer sa conduite,
son administration, ou de trouver à redire ce qu'il a fait ou ordonné. L'esprit
de foi, qui leur fera voir Jésus-Christ en sa personne, les portera à approuver
et à trouver bon tout ce qui vient de lui, à recevoir comme de Dieu même, avec
une parfaite soumission de volonté et de jugement, ses ordres, ses avis, ses
conseils et la moindre de ses paroles
284. Les
Frères ne se contenteront pas d'aimer et de vénérer leur Frère Supérieur
Général, de lui obéir en toute chose et d'avoir en lui une entière confiance;
de plus, ils prieront tous les jours pour lui, en leur particulier et en
communauté, demandant à Dieu qu'il le remplisse de son esprit de lumière et de
force, et lui donne toutes les grâces qui lui sont nécessaires pour conduire
avec sagesse l'Institut, et pour faire avancer sans cesse les Frères dans la
voie de la perfection et de la sainteté
285. Les
Frères Directeurs écriront deux fois par au Frère Supérieur Général ou à ses
Assistants; les autres Frères une fois, aux époques qui auront été fixées. Tous
les Frères écriront deux fois au Frère Provincial, en mars et novembre, ou
autres époques déterminées. La visite du Supérieur tient lieu de correspondance
286. Dans
leur correspondance, les Frères rendront compte de leur conduite, de la manière
dont ils observent les Constitutions et les Règles, et remplissent leur emploi.
Les Frères Directeur rendront aussi compte de leur conduite comme directeurs,
de celle des Frères de leur communauté, de la régularité de la maison et de
l'état des classes
287. Pour
rendre compte de leur conduite aux époques fixées, les Frères écriront tous en
même temps et remettront leurs lettres cachetées au Frère Directeur, qui les
joindra à la sienne pour n'en faire qu'un seul paquet qu'il cachettera en
présence des Frères. Afin de diminuer les frais de correspondance, les Frères
auront soin de se servir d'un papier léger
288. Les
lettres d'affaires, les commissions ou les demandes d'objets doivent être à
part, sur de feuilles volantes, afin qu'on puisse les remettre au Frère Econome
provincial ou à celui qu'elles concernent
289. Les
Frères Directeurs, en rendant compte de leur conduite personnelle au Frère
Provincial, lui feront connaître les lettres de quelque importance qu'ils
auraient écrites aux étrangers
290. Du
reste, les Frères ne doivent écrire aux étrangers que par nécessité, rarement à
leurs parents; et dans les lettres à ces derniers, ils feront en sorte qu'il y
ait toujours quelque chose d'édifiant et qui puisse les porter à Dieu
291. Les
Frères ne liront ni ne communiqueront à personne les lettres qu'ils écriront à
leurs Supérieurs quand même elles ne contiendraient rien de particulier. Le
Frère Directeur ne prendra jamais connaissance des lettres écrites aux
Supérieurs par ses Frères quand même ceux-ci le voudraient. Pareillement, les
Frères ne peuvent communiquer à personne les lettres qu'ils reçoivent des
Supérieurs, à moins qu'elles ne contiennent des choses qui regardent tous les
Frères de la maison, ou que celui qui écrit n'ait manifesté l'intention
qu'elles soient communiquées
292. Les
lettres des Supérieurs ne seront donc décachetées et lues que par ceux à qui
elles sont adressées, et pour que ces sortes de lettres puissent être
facilement reconnues par le Frère Directeur, celui qui écrit mettra au dos de
la lettre les initiales de son nom et son paraphe
293.
Quiconque aura lu une lettre qui n'est point à son adresse, cachetée ou non
cachetée, adressée aux Supérieurs, ou écrite par eux, sera sévèrement corrigé,
et le Frère Supérieur Général devra être informé de cette faute
294. Les
Frères sont subordonnés au Frère Directeur en toutes choses et lui doivent
obéissance comme à Jésus-Christ dont il tient la place
295. Ils
auront pour lui un grand respect, lui parlant toujours en termes pleins de
soumission et de déférence; toutes les fois qu'ils passeront devant lui, ils se
découvriront et le salueront, et, en toute occasion, ils se montreront pour lui
pleins d'égards et de prévenances
296. Les
Frères Directeur est chargé d'administrer de la manière prescrite par les
Constitutions; c'est lui qui répond de tout et qui, par conséquent, doit tout
ordonner, tout conduire et tout diriger; les autres Frères ne peuvent rien
faire, rien permettre ni changer dans leurs classes ou ailleurs sans sa
permission
297. Les
Frères lui témoigneront leur obéissance, leur amour et leur attachement de
toutes les manières, chacun s'empressant de l'aider, de le soulager, et de lui
rendre service autant qu'il en est capable; et cela, non seulement en
contribuant de tout leur pouvoir à maintenir l'ordre et la bonne tenue de la
maison, et en le remplaçant dans sa classe ou ailleurs, pour la surveillance
des élèves ou pour toute autre chose; mais surtout en maintenant, par leurs
exemples et leur bon esprit, la soumission et le respect qui lui sont dus
298. Il
est important que tous lui soient très unis et ne fassent qu'un avec lui; il
est même nécessaire que cette union paraisse extérieurement, quand il en est
besoin. Ainsi, tous doivent le soutenir auprès des enfants, des parents ou de
toute autre personne qui serait dans le cas de la blâmer ou de trouver à redire
à sa conduite
299. Ils
auront en lui une grande confiance, lui demanderont conseil dans leurs doutes,
lui feront part de leurs peines, des difficultés qu'ils éprouvent dans leur
emploi, ayant soin de suivre en toutes choses la conduite qu'il leur aura
tracée
300. Dans
leurs études, dans leurs classes ou dans leur emploi, ils se conformeront à la
direction et au règlement qui leur seront donnés par le Frère Directeur
301. Ils
s'appliqueront à prendre sa méthode pour la classe et la direction des enfants,
employant les mêmes moyens d'émulation et d'encouragement , les mêmes
récompenses, les mêmes manières d'attirer les enfants à l'école, de les former
à la vertu et de les discipliner; et, comme le Frère Directeur doit suivre en
tout la méthode d'enseignement développée par le Guide des Ecoles, chacun se
formera ainsi aux usages de l'Institut
302. Ils
se garderont bien de le gêner dans son administration, de s'immiscer dans ce
qui ne les regarde pas, de se donner de l'autorité ou de se mêler du
gouvernement de la maison; ils ne doivent pas non plus le circonvenir,
l'influencer, de quelque manière que ce soit, pour le porter à faire ce qu'ils
désirent ou pour se faire permettre ou commander ce qu'ils souhaitent
303. Le
respect et l'obéissance qu'ils lui doivent, leur feront éviter avec soin de
critiquer sa conduite ou son administration, de s'entretenir entre eux de ses
défauts et de ses fautes, de se plaindre et de murmurer en secret ou en public,
de répliquer quand il commande ou qu'il reprend, de témoigner de la peine ou du
ressentiment pour un avertissement ou pour une réprimande qu'il leur aura
donnée, de recevoir ses ordres avec froideur ou d'un air mécontent, et de
n'obéir qu'avec peine
304. S'il
leur arrive d'être mécontents de la conduite que le Frère Directeur aura tenue
à leur égard en quoi que ce soit, ou d'éprouver quelque antipathie contre lui,
au lieu de murmurer et de se plaindre devant les autres, ils doivent l'aller
trouver et lui faire connaître, avec simplicité et franchise, leur sujet de
mécontentement et tout ce qui les peine. C'est là le vrai moyen de faire tomber
toutes les prévention qui pourraient exister de part et d'autre, de rétablir ou
de maintenir la paix, l'union qui doit régner dans la maison, et de conserver
l'amour, le respect et l'obéissance qu'ils doivent à leur Frère Directeur
305. S'il
s'élevait quelques difficultés entre le Frère Directeur et ses inférieurs (ce
qu'à Dieu ne plaise), on aura, sans contester, recours au Frère Provincial,
afin qu'il concilie tout par ses avis; cependant l'inférieur se soumettra, en
attendant que le Frère Provincial réponde, à moins que la chose ne soit
évidemment mauvaise
306. Si le
Frère Directeur tombait dans quelques fautes graves, s'il laissait introduire
des abus dans la maison, s'il négligeait la régularité ou le soin du temporel,
s'il avait des rapports avec les séculiers ou avec les enfants, contrairement
aux Constitutions et aux Règles communes, les Frères, et particulièrement le
Frère Sous-Directeur, devraient l'en avertir avec respect et le prier
humblement de corriger dans sa conduite ou dans son administration ce qui
serait répréhensible et, s'il ne s'amendait pas, il faudrait en prévenir le
Frère Provincial
307. Le
premier devoir des Frères à l'égard de leurs élèves est de les édifier, de les
porter à Dieu par leurs actions et la sainteté de leur vie, et de leur donner
l'exemple de toutes les vertus
308. Ils
aimeront chrétiennement tous leurs élèves, leur parleront avec bonté, les
traiteront avec douceur, et ils se montreront leurs pères plutôt que leurs
maîtres particulièrement dans les corrections
309. Ils
ne doivent rien négliger pour mériter l'estime, le respect et l'affection des
élèves, afin de les gagner plus facilement à Jésus-Christ
Les moyen
pour y parvenir sont: 1º d'être toujours égal, d'avoir un air gai, bon et grave
tout ensemble; 2º de rendre la classe et le travail agréables aux enfants par
l'émulation, les récompenses et les louanges données à propos; 3º de n'être pas
trop sévère dans les punitions, ni trop difficile à contenter pour les devoirs
ou les leçons; 4º de témoigner aux enfants la bonté d'un père, prenant part à
leurs peines, les aidant, les encourageant, leur montrant, par son zèle et son
dévouement à les instruire et à les faire avancer, qu'on ne cherche que leurs
intérêts
310. Ils
éviteront avec le plus grand soin de s'attacher aux élèves d'une manière trop
humaine, ils n'auront aucune familiarité avec eux, et bien qu'ils donnent à
tous un libre accès auprès d'eux, ils les tiendront toujours dans les bornes du
respect et de la réserve qui conviennent à des élèves à l'égard de leurs maîtres
311. Ils
auront pour tous leurs élèves la même affection, les mêmes attentions et les
mêmes soins. Libres de tout préjugé, de tout vue humaine , ils n'auront aucun
égard à la fortune ni aux dons de la nature, tels que les talents, les qualités
extérieures, etc., et ils ne verront dans tous les enfants que des membres de
Jésus-Christ et des âmes rachetées au prix de son sang
312. Ils
ne tutoieront jamais les enfants, et se garderont bien de leur donner des
sobriquets, ou de se servir de leur parlant ou en les reprenant de termes durs
et offensants, comme aussi de les humilier, de les mortifier, de leur faire de
la peine sans raison
313. En
classe, les enfants ne sortiront pas de leur place sans permission, et les
Frères ne permettront à aucun de se placer ou de rester à côté d'eux près de la
chaire
314. Ils
ne souffriront pas non plus que les élèves se rendent trop familiers dans la
maison, qu'ils entrent dans les appartements des Frères et même dans la cuisine
sans frapper et sans permission, qu'ils prennent quoi que ce soit et s'en
servent sans le demander, qu'ils courent, qu'ils agissent dans la maison sans
retenue et se donnent trop de liberté
315.
Pendant les récréations même, les Frères ne doivent pas se rendre familiers
avec les enfants, ni jouer avec eux, à moins que ce ne soit pour mettre le jeu
en train. Ils éviteront aussi de causer à part avec quelquesuns, de crainte
qu'ils ne soient distraits et que la surveillance générale n'en souffre
316. Ils
se garderont bien de perdre leur temps à parler avec un ou plusieurs élèves
dans la classe, et même dans la cour, ou de s'informer auprès d'eux des
nouvelles et de ce qui se passe dans la localité; ils ne permettront pas aux
enfants de les entretenir de choses semblables
317. Ils
ne parleront pas en particulier aux enfants, à moins d'une grande nécessité,
et, en ce cas même, ils le feront en peu de mots et ordinairement dans la
classe
318. Les
Frères ne se feront pas accompagner par les enfants dans les voyages, les
sorties ou les visites
319. Les
Frères ne pendront rien aux enfants, excepté les mauvais livres qu'ils auraient
entre les mains. Si un élève s'amuse avec un objet quelconque, le Frère se
contentera de lui faire signe de le retirer; et, s'il était obligé de le lui
prendre, il aurait soin de le lui rendre après la classe. Les Frères ne se
feront prêter par les élèves aucun livre, ni autre chose de ce genre
320. Les
livres qui sériant pris entre les mains des enfants comme suspects, seront
remis au Frère Directeur, sans qu'on se permette de les lire; et le Frère
Directeur, s'il les croit mauvais, ne doit pas les lire-même, mais, selon le
cas, les détruire ou les remettre aux familles
321. Les
Frères ne permettront pas que leurs élèves leur fassent des compliments ou leur
offrent des présents à l'occasion de leur fête
322. Un
seul Frère sera chargé de vendre aux enfants les objets classiques
323. Un
moyen très propre pour maintenir la discipline parmi les élèves, pour s'en
faire aimer et pour les corriger de leurs défauts, c'est de leur parler
toujours raison, de les traiter avec estime et respect, et d'observer
scrupuleusement à leur égard les règles de la civilité et de la bienséance
324. Les
classes des Frères devront être contiguës et séparées par une cloison vitrée.
Les sièges seront placés vis-à-vis l'un de l'autre, afin que les Frères
puissent se voir; on ne les changera pas de place sans la permission du Frère
Provincial; et, dans tous les cas, ils devront toujours être placés de manière
que les Frères soient en vue les uns des autres
325.
Pendant les classes, on n'admettra personne dans l'école, excepté les
ecclésiastiques, les bienfaiteurs et les autorités
326. Le
Frère Directeur seul, ou son remplaçant en cas d'absence, rend raison aux
parents des élèves et aux autres personnes qui se présentent à l'école
327.
L'école s'ouvrira le matin à l'heure approuvée par le Frère Provincial, et les
enfants devront tous être arrivés pour assister à la sainte messe, s'il y en a
une, ou pour faire la prière
328. Le
soir, l'école s'ouvrira également à l'heure approuvée par le Frère Provincial,
et les enfants devront tous être rendus pour réciter le chapelet
329. Les
Frères seront eux-mêmes très exacts à entrer en classe à l'heure fixée le matin
et le soir
330. Les
Frères se tiendront à leur siège pendant toute la classe, excepté pendant le
temps de l'écriture, et autres cas d'une véritable nécessité
331.
Pendant les prières, ils se tiendront debout sur leur siège, dans un maintien
grave et modeste
Ils
répondront aux prières d'un ton modérément élevé, mais soutenu et pieux, comme
il convient que les enfants répondent
332. Les
Frères doivent à leur élèves cinq choses: 1º le bon exemple et le secours de
leurs prières; 2º l'instruction religieuse et l'instruction profane; 3º
l'éducation chrétienne; 4º la surveillance, afin de les préserver du mal et de
conserver leur innocence; 5º la correction
333. Tous
les enfants catholiques admis dans l'école, quel que soit leur âge, apprendront
et réciteront le catéchisme; ceux qui n'ont pas fait leur première communion le
réciteront deux fois le jour, c'est-à-dire à la classe du matin et à celle du
soir
334.
Chaque jour d'école, les Frères emploieront une heure au catéchisme, dans les
classes élémentaires, soit pour le faire réciter, soit pour développer ou
expliquer une leçon par sous-demandes
Dans les
classes supérieures, le catéchisme sera d'une demi-heure, non compris la
récitation
335. Les
dimanches et les fêtes, ils feront de la même manière, c'est-à-dire par
sous-demandes, pendant une demi-heure, une instruction sur les principaux
mystères ou sur la manière d'assister avec fruit aux offices de l'église, ou
même sur l'évangile qu'ils auront soin de faire réciter
336. Les
Frères exerceront une grande surveillance sur les enfants, particulièrement sur
leurs gestes et leur tenue, exigeant que tous aient les bras croisés ou sur la
table, et qu'ils tiennent leurs livre à la main; que leur jambes et tout leur
corps soient toujours dans une posture convenable
337. Ils
ne doivent jamais perdre de vue les élèves qui sont en groupe ou en cercle
autour des cartes géographiques ou des tableaux d'arithmétique, ou qui récitent
leurs leçons
338. Les
Frères ne sortiront pas de la classe sans une grande nécessité et sans sa faire
remplacer; ils ne doivent pas s'y promener ni tourner le dos aux élèves
339. Pour
obtenir le silence, ils auront soin: 1º de se servir habituellement du signal;
2º de parler, quand il y nécessité de le faire, d'un ton de voix modéré, et
d'être courts, clairs et précis dans les avis ou explications qu'ils donnent;
d'éviter de crier, de parler trop haut ou avec trop de chaleur
340. Les
Frères doivent tout le temps de la classe à leurs élèves, et ils ne peuvent en
employer aucune partie à l'étude ou à toute autre chose; c'est pourquoi ils
n'auront en classe d'autres livres que les livres nécessaires à leur
enseignement, et ils ne s'en serviront que pour suivre la leçon ou la faire
réciter. Ils n'écriront pas non plus en classe, à moins que ce ne soit pour
prendre quelques noms de leurs élèves ou pour marquer quelques notes ou bons
points
341. Le
Frère Directeur doit avoir l'oeil sur toutes les classes, afin de voir de
quelle manière les Frères se conduisent à l'égard de leurs élèves et comment
ils s'acquittent de leur emploi. Il est nécessaire, en outre, qu'il visite
souvent les classes pour encourager les enfants et se tenir au courant de leurs
progrès, pour faire les changements de division et pour former et diriger les
Frères
342. Le
Frères ne donneront jamais de leçons á domicile, ils ne feront même á l'école
aucune classe particulière sans la permission du Frère Provincial
343. On ne
recevra pas les élèves dans la classe avant l'heure réglementaire, excepté
lorsqu'ils viennent de loin par un mauvais temps et on ne les gardera et on ne
les gardera pas après, soit par pénitence, soit pour les faire travailler, soit
pour tout autre motif. S'il y a nécessité d'en retenir quelquesuns, on les
réunira dans une même salle
344. Ils
regarderont l'étude et la pratique du Guide des Ecoles comme un des plus sûrs
moyens de réussir dans leur emploi; ils le liront souvent, afin de le posséder
parfaitement et de l'observer avec fidélité
345.
Enfin, les Frères se tiendront très unis à Dieu pendant toute la classe, ayant
soin d'élever leur coeur à lui, de lui demander son secours, toutes les fois
qu'ils rencontreront quelques difficultés, soit pour contenir les enfants, soit
pour les corriger, soit pour leur expliquer quelques leçons. Ils s'adresseront
spécialement à la très sainte Vierge, la priant de bénir l'école et de
conserver l'innocence des enfants
346. La
correction des enfants est de tous les devoirs des Frères le plus difficile à
remplir et celui qui demande de leur part le plus de réflexion, de prudence, de
charité, de calme et de patience
347. Les
Frères doivent exercer sur eux-mêmes et sur leurs élèves une vigilance
continuelle, afin de maintenir l'ordre et de prévenir les fautes; pour cela,
ils auront soin de prendre et de conserver un maintien grave et toujours égal,
qui contienne les enfants dans le devoir; de ne jamais perdre de vue les
élèves; de les avertir à propos, quand ils les voient sur le point de s'écarter
du règlement
348. Ils
s'appliqueront à conserver leur âme en paix et libre de toute influence de
passion, se gardant bien de corriger les élèves dans la colère ou dans un
moment de vivacité, de punir jamais par humeur, par caprice, par vengeance ou
par tout autre motif personnel. Le bien de l'élève qui s'est écarté de son
devoir, ou l'avantage des autres que l'impunité pourrait scandaliser ou porter
à faire la même faute, sont les seuls motifs qui doivent porter un Frère à
corriger ses élèves
349. Avant
d'infliger une pénitence, les Frères élèveront leur coeur à Dieu pour le
consulter et le prier de bénir la correction
350. Ils
ne puniront les fautes graves qu'au commencement de la classe suivante; en
général toutes les fois qu'ils se sentiront émus ou portés à agir par quelque
passion, ils remettront la correction à un autre moment
351. De
même, ils éviteront de punir un élève, lorsqu'il est dans son premier moment ou
qu'il n'est pas disposé à recevoir la punition d'une manière convenable, pour
ne pas l'exposer à de nouvelles fautes ou rendre la punition inutile; l'enfant
n'ayant pas l'esprit assez libre pour reconnaître ses torts, pour vaincre la
passion qui le domine, pour sentir l'importance des avis qu'on lui donne, et
pour comprendre la justice et la nécessité de la correction qu'il mérite
352. On ne
doit jamais réprimander un élève ni le punir publiquement pour une faute
secrète, surtout si elle était de nature à scandaliser les autres élèves
353. Il
est absolument défendu aux Frères de frapper les élèves avec la main, le signal
ou la baguette; de les pousser rudement, de leur donner des soufflets, de leur
tirer les oreilles ou les cheveux: toutes ces manières de corriger les enfants
son opposées à la charité et dénotent la passion
354. On ne
mettra pas les enfants à genoux par pénitence; on évitera aussi de les laisser
longtemps dans toute autre posture qui serait de nature à les fatiguer de
manière à les indisposer
355. Les
Frères ne corrigeront jamais les enfants dans la rue, à l'église ou dans tout
autre lieu public; ils se contenteront de noter ceux qui feront quelques
fautes, afin de les corriger lorsqu'ils seront à l'école
356. Ils
feront en sorte de ne point punir les enfants pendant le catéchisme et les
prières, à moins d'une grande nécessité
357. Ils
ne puniront les enfants que pour des fautes certaines, et la punition sera
toujours proportionnée à la gravité de la faute
358. Ils
ne donneront pas de pénitences générales, c'est-à-dire qui atteignent toute la
classe, á moins que ce ne soit une simple retenue
359. La
pénitence la plus ordinaire doit être le pensum, qui consiste à apprendre une
leçon ou à écrire un devoir
360. En
punissant les élèves, il faut les traiter avec bonté, est respect, et éviter
soigneusement toute parole, toute expression injurieuse, méprisante ou propre à
mortifier, à faire de la peine sans juste raison, à aliéner l'esprit des
coupables
361. Les
jeunes Frères prendront souvent l'avis du Frère Directeur au sujet des
pénitences qu'ils seront dans le cas d'infliger; ils n'en donneront aucune un
peu grave sans le prévenir et sans la lui faire approuver
362. Ils
ne pourront, dans aucun cas, renvoyer un enfant de l'école; cette pénitence,
qui est le plus grand et le dernier des châtiments, est exclusivement réservée
au Frère Directeur
363. Les
Frères feront en sorte de n'infliger aucune pénitence qui en elle-même ou dans
ses circonstances, puisse être désavouée par la raison
Pour cela
ils ont besoin de l'esprit de prudence, de sagesse et de réflexion qui leur
apprendra: 1º à avoir égard à l'âge, aux forces, au caractère, à l'intelligence
de l'enfant et aux dispositions de ses parents; 2º à apprécier la nature de la
faute, c'est-à-dire, si elle a été faite par malice ou par légèreté, s'il y a
habitude, obstination, ou surprise, ou désir de mieux faire de la part de
coupables; 3º à tenir compte de ces diverses circonstances aggravantes ou
atténuantes
364.
Enfin, pour tout ce qui concerne la correction, comme pour tout le reste, les
Frères se conformeront exactement à ce qui leur est prescrit dans le Guide des
Ecoles
365. Les
entretiens avec les séculiers sont un des grands écueils de la vie religieuse;
c'est par les rapports trop fréquents avec ces sortes de personnes que l'esprit
religieux sort des communautés, et que celui du monde y pénètre et y introduit
les abus, le relâchement et les vices. Les Frères n'auront avec les personnes
du dehors que les rapports indispensables
366. Ils
seront polis envers tout le monde, et se montreront respectueux et prévenants
pour toutes les personnes qu'ils seront obligés de voir; mais ils ne se lieront
d'intimité et n'auront de familiarité avec aucune
367. Ils
ne communiqueront pas sans nécessité aux personnes du dehors ce qui se fait
dans l'Institut, tels que les ordres ou les défenses qu'ils auront reçus des
Supérieurs, les défauts ou les fautes de leurs Frères, le renvoi d'un sujet,
etc
368.
Pareillement, ils ne communiqueront à personne les Constitutions et les Règles
non plus que les lettres qu'ils recevront des Supérieurs, à moins qu'ils n'y
soient autorisés. Quand ils auront des doutes ou des peines de conscience,
autres que celles dont ils doivent entretenir leur confesseur, sur les
Constitutions ou les Règles, sur les ordres reçus des Supérieurs, ou sur toute
autre chose de ce genre, ils ne prendront jamais conseil des personnes
étrangères à l'Institut, et ils s'adresseront au Frère Directeur ou aux Supérieurs
369. Leur
état les dispense des visites de bienséance; ils se borneront à celles qui sont
nécessaires, et se contenteront de voir de temps en temps, et quand les
intérêts de l'école le demanderont, les autorités et les bienfaiteurs
370. Les
Frères ne feront pas de visite la nuit, excepté à autorités, et dans les cas
d'une grande nécessité. Ils devront toujours être deux dans ces visites et
rester le moins de temps possible
371. Les
Frères recevront toujours avec politesse et affabilité les parents des élèves;
et, quelle que soit la conduite de leurs enfants, ils ne doivent pas leur faire
des réprimandes, de menaces déplacées, moins encore leur dire des choses
humiliantes ou injurieuses. Sans leur cacher les défauts et les fautes de leurs
enfants, ils leur en parleront toujours de manière à ne pas les irriter, leur
faisant entendre que leurs enfants, malgré leurs défauts, donnent beaucoup à
espérer, et qu'avec des soins assidus, en agissant de concert, ils parviendront
à les corriger et à les former
372. Ils
éviteront le plus possible de rendre raison aux parents pendant les classes,
ils feront dire à ceux qui les demanderaient qu'ils ne peuvent quitter les
enfants et qu'ils les prient de revenir à un autre moment
373. Les
personnes qui auront à parler aux Frères, seront introduites au parloir par le
portier qui en avisera d'abord le Frère Directeur; on ne permettra pas qu'elles
pénètrent dans l'intérieur de la maison ni dans les classes
374. Rien
n'étant plus opposé à la perfection chrétienne et à l'esprit de communauté que
l'attachement immodéré pour les parents, les Frères s'efforceront de se
dépouiller de toute affection trop humaine pour leurs proches, et se
regarderont comme étrangers à leurs affaires temporelles
375. Dans
le même esprit, ils ne leur feront aucune visite sans la permission du Frère
Provincial et ne les inviteront pas à venir les voir, soit à la maison du
noviciat, soit dans les autres maisons, sans la même permission
376. Les
Frères n'entretiendront aucun rapport, même par lettres, avec ceux qui sont
sortis de l'Institut; mais ils se montreront toujours polis à à leur égard et
se conduiront avec eux comme avec les autres personnes du dehors, pour les
offices de charité qu'ils seront dans le cas de leur rendre
377. Les
Frères se doivent tout entiers à leurs écoles, toutes leurs études, tous leurs
soins et tous leurs travaux doivent avoir pour but la bonne éducation et
l'instruction de leurs élèves; ils ne se chargeront donc d'aucune autre affaire
et ne prendront part à aucune oeuvre de piété et de charité, étrangère aux
fonctions propres de leur état
378. Les
visites actives ou passives, ainsi que tous les autres rapports des Frères avec
les séculiers, sont un des points sur lesquels ils doivent se garder en
Jésus-Christ les uns les autres avec le plus de soin; si l'un d'eux s'écartait
de son devoir sur ce sujet, ceux qui en auraient connaissance seraient tenus de
l'en avertir charitablement, et, s'il ne s'amendait pas, d'en informer le Frère
Supérieur
379. Les
Frères donneront au clergé, en toute occasion, des preuves de leur soumission,
de leur respect et de leur attachement, et ils feront tous leurs efforts pour
inspirer ces mêmes sentiments à leurs élèves
380. Ils
regarderont M. le Curé comme leur père, et, à ce titre, ils recevront toujours,
avec un profond respect, ses avis et ses avertissements; ils le seconderont de
tout leur pouvoir dans tout ce qui a rapport à la bonne éducation des enfants
et dans toutes les oeuvres qui sont selon l'esprit de l'Institut, en un mot,
ils ne doivent faire qu'un avec M. le Curé, se comportant de telle manière que
leur école et leur conduite personnelle soient sa consolation
381. Ce
n'est pas assez pour eux de ne jamais blâmer ni censurer sa conduite non plus
que sa manière de gouverner ou d'administrer la paroisse, ils doivent encore le
soutenir auprès de ceux qui se permettraient de le critiquer et d'en parler
désavantageusement en leur présence
382. Du
reste, les Frères ne doivent s'immiscer en aucune manière dans les affaires
d'administration ecclésiastique ou civile, sous quelque prétexte que ce soit;
ils se garderont bien aussi de parler, surtout avec les séculiers, des
dissentiments et des différends qu'il y aurait dans la paroisse ou de critiquer
la conduite des autorités, se souvenant toujours qu'ils sont appelés uniquement
pour l'instruction et l'édification de la jeunesse
383. Dans
le même esprit, ils s'abstiendront de lire les journaux et autres espèces de
papiers publics, sans permission des Supérieurs
384. Ils
se montreront respectueux à l'égard des personnes d'autorité, et feront tout ce
qui dépendra d'eux pour les intéresser à l'école
385. Il
est important aussi qu'ils s'entendent bien avec les prêtres chargés du service
religieux. C'est en agissant de concert qu'ils donneront une bonne éducation
aux enfants et qu'ils les formeront facilement à la piété
386. Si
quelque autorité ecclésiastique ou civile demandait aux Frères des services
opposés aux Constitutions ou aux Règles si elle leur proposait quelques
changements dans la manière de tenir l'école, ou si elle voulait leur donner
quelque permission extraordinaire, ils devraient lui faire connaître
respectueusement ce qui leur est permis de faire et la prier de trouver bon
qu'ils y conforment leur conduite. Si elle insiste, ils la supplieront d'agréer
qu'avant d'agir, ils aient recours au Frère Provincial, pour en obtenir la
permission
387. S'il
arrivait, que les Frères eussent quelques difficultés avec les autorités, ils
se garderont bien d'écrire pour se justifier, et encore moins pour faire des
reproches. D'abord, ils ne doivent pas se servir de cette voie pour s'expliquer
avec ces personnes, sans la permission du Frère Provincial et sans lui avoir
soumis préalablement leurs lettres; ensuite ce n'est pas dans un moment d'irritation,
ou sous l'influence d'une passion quelconque, qu'il convient de le faire, de
crainte de manquer de respect à des personnes que l'on a tant de raisons
d'honorer et de ménager
388. Il
n'est pas permis aux Frères de manger chez M. le Curé, ni, à plus forte raison,
chez aucun autre particulier sans une grande nécessité
389. Les
Frères ne feront à l'église aucune fonction; cependant, à défaut de clerc, ils
pourront servir et chanter la messe, ayant soin toutefois de ne pas quitter les
enfants, à moins qu'un second Frère ne suffise pour les contenir
390. Quand
un évêque visite une maison de l'Institut, le Frère Directeur fait signe aux
enfants de se mettre à genoux pour recevoir sa bénédiction
391. Les
Frères auront soin d'accoutumer les enfants, par leurs exemples et par leurs
leçons, à aimer et à respecter l'autorité civile et à obéir aux magistrats dont
le pouvoir émane de Dieu lui-même
392. Les
Frères ne feront aucun voyage, ni même aucune visite dans les maisons de leur
province respective, sans une autorisation régulière du Frère Provincial. Pour
tout voyage extraordinaire, ils devront être munis d'une permission du Frère
Supérieur Général
393. Dans
les voyages et en se rendant dans les maisons où ils sont envoyés, les Frères
ne pourront pas s'écarter de l'itinéraire tracé, à moins que quelques
circonstances imprévues ne les y obligent
394. On ne
recevra pas dans la communauté un Frère que l'on ne connaît pas et qui n'aurait
pas de lettre d'obédience
395. On
voyagera seul le moins possible, et jamais sans permission. Les Frères qui
voyageront ensemble auront soin de ne pas se quitter
396. Par
esprit de mortification et de pénitence et pour imiter Notre-Seigneur
Jésus-Christ, quand le voyage ne sera pas long, les Frères le feront à pied
397. En
voyage, les Frères auront soin de prendre les précautions convenables pour se
préserver de maladies et d'infirmités, évitant de faire quoi que ce soit qui
puisse compromettre leur santé
398. Dans
les voyages, les Frères se feront servir frugalement et se conformeront, autant
qu'il dépendra d'eux, à la manière de vivre pratiquée dans l'Institut, surtout
pour la boisson. Ils se feront servir seuls, si cela est possible, évitant de
se joindre aux séculiers, de lier conversation avec eux ou de se rendre trop
libres avec qui que ce soit, particulièrement avec les personnes du sexe
399. Dans
les voyages, il faut, autant qu'on le peut, entendre la sainte Messe, faire la
communion et ne point omettre les autres exercices de piété
Si l'on ne
peut entendre la sainte messe, il convient d'y suppléer en consacrant quelque
temps de plus à la méditation ou à la prière vocale
400. En
voyage et toutes les fois que les frères se trouveront avec les séculiers, ils
auront soin de leur donner bon exemple en tout. Pour cela, ils doivent: 1º
prendre et conserver un maintien grave, doux et modeste qui annonce un coeur
content et heureux de servir Dieu; 2º parler peu et éviter de prendre part aux
conversations mondaines des séculiers et aux récits de nouvelles politiques ou
autres; 3º être polis avec tout le monde sans pourtant se rendre familiers avec
personne; 4º savoir se gêner pour rendre service et accommoder les autres,
toutes les fois qu'ils en auront l'occasion; 5º saisir à propos les moments les
plus convenables pour s'acquitter de leurs exercices de piété, les faisant sans
bruit, sans affectation; mais aussi avec une sainte liberté, n'en laissant
jamais aucun par respect humain; 6º exercer sur eux-mêmes une continuelle
vigilance, particulièrement sur leurs regards, de manière que tout en eux soit
digne, édifiant et puisse porter le prochain à Dieu
401. En
partant, ils ne manqueront pas de dire les prières de l'itinéraire ou d'en
faire quelque autre pour se recommander à Dieu et pour lui offrir le voyage.
Ils auront soin de se mettre, d'une manière particulière, sous la protection de
la sainte Vierge et de leur ange gardien
402.
Partout où il y a une maison de l'Institut, ils s'y retireront pour prendre
leur nourriture et pour coucher, et ils ne pourront aller chez les étrangers
sans la permission du Frère Supérieur Général ou du Frère Provincial
403.
Lorsqu'ils logeront dans les maisons de l'Institut, ils seront subordonnés au
Frère Directeur et lui demanderont les permissions d'usage. En outre, ils
feront en sorte d'édifier tous les Frères par leur modestie, par leur
exactitude aux exercices de communauté, par leur retenue dans les paroles
404. Ils
éviteront avec soin, dans les voyages, de crier, de parler trop fort, de rire
aux éclats, de disputer avec qui que ce soit, de courir, de regarder sans
retenue çà et là pour satisfaire leur curiosité, particulièrement en passant
dans les villes; en un mot, ils ne se permettront aucune action ni aucune
parole qui puisse blesser la modestie convenable à leur état
405. A
leur retour, les Frères rendront compte au Frère Directeur, de la manière dont
ils se sont comportés pendant le voyage
406. Dans
les voyages, les Frères seront soumis en tout à celui qui sera désigné pour
avoir autorité sur les autres et rendre compte de leur conduite
407. La
charité est le précepte de Jésus-Christ et la marque de ses vrais disciples;
c'est elle qui unit les coeurs et fait le bonheur de la vie religieuse; sans
elle, il n'est pas possible que la paix et l'union règnent dans les
communautés, ni qu'elles se soutiennent; car dit Notre Seigneur, toute maison
divisée contre elle-même, tombera en ruine (Matth., 12, 25)
408. Les
Frères seront donc tous unis par une sincère affection en Jésus-Christ; ils
n'auront qu'un coeur et qu'une âme comme les enfants d'une même famille, se
rappelant que c'est pour s'aimer, s'édifier et s'aider à parvenir à la sainteté
qu'ils se sont réunis en communauté
409. Ils
fuiront avec soin tout genre de contestation et de dispute, se souvenant que la
politesse, l'humilité et la charité chrétiennes exigent qu'ils cèdent à leurs
Frères et se rangent à leur avis en tout ce qui n'est pas contraire au devoir.
Cependant, si un Frère tenait quelque propos contre la vérité, ou contre la
charité, ils devraient l'avertir avec modestie ou lui faire connaître sa faute
par leur silence
410. Dans
leurs rapports avec les étrangers et surtout avec les élèves, ils ne manqueront
pas de faire paraître l'estime, le respect et l'affection qu'ils se portent, et
de faire connaître l'union et le parfait accord qui règnent entre eux. Si
quelqu'un blâmait un Frère ou critiquait sa conduite, en leur présence, ils
prendront son parti, donnant adroitement à ce qu'on lui reproche la tournure la
plus favorable sans blesser la vérité
411. Ils
éviteront avec le plus grand soin de se reprendre ou de s'avertir devant les
élèves, et devant les personnes du dehors; jamais ils ne feront ni ne diront
rien qui puisse faire deviner les petites difficultés et les petites misères
qu'ils pourront éprouver entre eux, ou diminuer l'estime de ces personnes pour
la Congrégation
412. Ils
aimeront également tous leurs Frères, et n'auront pour aucun de ces amitiés
particulières qui sont la ruine de la charité commune
413. C'est
en se rendant service en toute occasion, en s'aidant et en se supportant
mutuellement que les Frères se témoigneront l'affection qu'ils se portent; rien
ne doit leur coûter lorsqu'il s'agit d'assister ceux qui sont dans le besoin,
en particulier les Frères anciens. Les jeunes Frères doivent être aussi l'objet
d'attentions spéciales; on s'empressera de les aider dans leur emploi, de les
encourager, de leur apprendre à faire la cuisine ou la classe, et on aura pour
eux, particulièrement devant les élèves, toutes sortes d'égards et de
prévenances
414. Ils
s'efforceront de s'édifier et de se porter au bien par leurs discours, par leur
application au travail, par leur dévouement à l'Institut, par leur régularité,
par la pratique continuelle de l'humilité, de la douceur, du recueillement et
de la charité fraternelle
415. Ils
se parleront toujours d'une manière respectueuse, mais avec simplicité et sans
affectation; ils traiteront entre eux comme en famille, évitant tout ce qui
pourrait choquer ou offenser quelqu'un de leurs Frères et diminuer le respect
qu'ils se doivent
416. Si un
Frère venait à manquer de respect ou faire de la peine à un autre en quoi que
ce soit; celui-ci ne cherchera pas à s'en plaindre et moins encore à s'en
venger; mais, oubliant tout, il agira toujours à son égard avec humilité, avec
charité et sans lui témoigner la moindre froideur
417. Ils
s'avertiront charitablement de leurs défauts, et se feront remarquer avec
simplicité tout ce qui, dans leur conduit, dans leur classe ou dans leur
emploi, aurait besoin d'être réformé, et généralement tout ce qui serait
contraire à la régularité et à l'édification du prochain
418. De
plus, ils se regarderont comme obligés de faire connaître aux Supérieurs les
défauts ou les fautes de leurs Frères qui seraient de nature à scandaliser le
public ou à compromettre l'Institut
419. S'il
arrivait qu'un Frère eût avec les séculiers ou avec les enfants des rapports
dangereux, s'il tenait des discours capables de scandaliser, s'il transgressait
les Constitutions ou les Règles en matière grave, s'il introduisait quelque
changements dans la tenue des classes ou quelques abus dans la maison, ceux qui
seraient témoins de sa conduite devraient d'abord l'en avertir, et s'il ne
s'amendait pas, en donner avis aux Supérieurs
420. Les
Frères ne communiqueront qu'aux Supérieurs de l'Institut ce qu'ils auraient
aperçu de contraire aux Constitutions ou aux Règles dans les maisons et dans la
conduite des Frères. Ils auront soin aussi de ne jamais se communiquer les
petites antipathies qu'ils auraient pu éprouver contre certains Frères et les
difficultés qu'ils auraient eues avec eux
421.
Toutes les fois qu'ils se trouveront dans le cas de porter un jugement sur un
de leurs Frères et de faire connaître sa conduite aux Supérieurs, ils devront:
1º implorer les lumières du Saint-Esprit et examiner devant Dieu avec calme, ce
qu'ils devront dire; 2º se dépouiller de toute prévention et de tout motif
d'intérêt propre; 3º prendre pour règle dans cet examen la charité qui, dans le
doute, est toujours portée à interpréter en bien plutôt qu'en mal et qui est
indulgente, même s'il s'agit des choses certaines; 4º dire ensuite aux
Supérieurs avec simplicité et sincérité, les faits tels qu'ils se sont passés
sans rien exagérer
422. La
fin de la récréation est: 1º de reposer et de délasser l'esprit et le corps; 2º
d'entretenir parmi les Frères l'esprit de société, d'union et de charité; de
leur fournir l'occasion de s'édifier, de s'encourager et de se donner, comme
dit saint Paul, une mutuelle consolation dans la foi et la vocation qui leur
sont communes. Mais, pour que la récréation serve aux fins pour lesquelles elle
a été établie, il est nécessaire que les Frères soient très exacts à observer
ce qui leur est prescrit dans ce chapitre
423. Ils
prendront toujours leur récréation ensemble. La récréation est un exercice de
communauté, tous les Frères sont obligés de s'y trouver, à moins que
l'obéissance ne les retienne ailleurs; encore doivent-ils s'y rendre dès qu'ils
ont terminé ce dont ils étaient chargés
424. Aucun
ne quittera la récréation sans permission, ni ne s'écartera pour être seul, ou
pour parler ou se promener en particulier avec un autre Frère
425. Les
Frères ne prendront pas leur récréation avec les séculiers et ne permettront
pas que ceux-ci la prennent dans la maison ou ses dépendances
426. En
récréation, ils ne s'appliqueront pas à l'étude ni à aucun travail sérieux ou
qui empêche d'être avec les autres et de prendre part aux entretiens; ils
pourront seulement se livrer ensemble à la culture ou à quelque autre
occupation de ce genre
427. Les
Frères se joindront sans affectation aux premiers qu'ils rencontreront, et ils
s'amuseront ou causeront avec tous indifféremment, de manière à ne laisser
apercevoir aucun germe de sympathie ou d'antipathie pour ou contre quelqu'un
428. En
récréation, il faut être gai, doux, franc et cordial; chacun se fera un devoir
de faire passer le temps saintement et agréablement, de contribuer à la
conversation ou aux amusements innocents, selon qu'il le peut, et d'être pour
ses Frères un modèle de vertus religieuses et sociales
429. Les
Frères auront soin d'y garder fidèlement les règles de la civilité et de
traiter tout le monde avec déférence, de supporter les défauts de leurs
confrères, de souffrir avec joie ou au moins de dissimuler tout ce qui pourrait
leur faire de la peine, comme les manques d'égards, les railleries, etc., et de
prendre en bonne part tout ce qui n'est dit que par jeu ou pour passer le temps
430. Les
Frères s'entretiendront ordinairement de sujets édifiants, des matières d'étude,
de ce qui concerne les classes ou autres choses semblables
Du moins,
on ne manquera pas de faire entrer quelques mots d'édification dans les
entretiens, afin de ne pas perdre le souvenir de la présence de Dieu, et de
faire toutes ses actions pour sa gloire
431. Les
Frères ne parleront pas, dans les récréations des vanités et des
divertissements du monde, des différends qui pourraient exister entre les
autorités locales, et ne permettront pas aux élèves qu'ils leur rapportent ce
qui se passe dans le pays
432. Ils
se garderont de toute médisance et ne parleront jamais, même entre eux, des
défauts et des fautes de leurs confrères ou de leurs élèves, se rappelant que
la médisance est en horreur à Dieu selon cette parole de l'Ecriture:
"Celui qui médit, est maudit de Dieu" (Ecc., XXVIII, 15) 433. Ils
éviteront aussi les paroles de duplicité, de raillerie, de bouffonnerie, de
mépris, de vanité, et toutes celles qui tendraient à blesser la bienséance, la
modestie, ou qui pourraient faire de la peine à quelqu'un
434. Ils
ne s'entretiendront pas sans nécessité des besoins du corps, tels que le boire,
le manger, etc. Les entretiens de cette nature ne conviennent pas à des
religieux et peuvent porter atteinte au bon esprit
435.
Pareillement, ils éviteront de parler plusieurs ensemble, c'est-à-dire, de se
couper la parole ou de s'interrompre, comme aussi de parler trop fort ou trop
vite, de rire aux éclats, de crier ou de chanter de manière à être entendus des
voisins et à les scandaliser; enfin, tout ce qui serait trop bruyant, trop
dissipant
436. Les
Frères pourront se livrer à des jeux innocents, pourvu qu'ils n'aient rien de
contraire à la gravité et à la modestie religieuse, mais ils ne joueront à
aucun jeu lucratif
437. Ils
auront soin de ne pas trop se dissiper ni s'échauffer au jeu, de ne pas ouvrir
leur habit, ni le relever au-dessus des genoux pour être plus à l'aise
438. Un
Frère doit éviter toute attache au jeu et toute contestation irritante; il doit
savoir céder à propos, et ne rien dire ni ne rien faire qui puisse blesser les
convenances
439. Dans
leurs conversations et dans toutes leurs manières, les Frères doivent joindre
une grande simplicité à beaucoup de dignité; ils se souviendront qu'ils sont
Frères, et conséquemment que leurs récréations et tous leurs rapport entres eux
doivent avoir le laisser-aller, le ton et les charmes de la famille
440. En
récréation, les Frères doivent éviter: 1º de se rendre incommodes aux autres
par un air triste et mélancolique ou par un sérieux affecté; 2º de parler trop
souvent d'eux-mêmes, de leurs actions, de leurs parents et de leur pays; 3º de
se moquer de qui que ce soit, de tourner quelqu'un en ridicule ou de lui
reprocher ses défauts; 4º de parler trop de chaleur et de soutenir leurs
sentiments avec opiniâtreté; 5º de faire des jeux de mains, des légèretés, des
badineries contraires à la gravité religieuse; 6º de toucher aux fruits et aux
arbres, de gâter ou de détériorer les objets de jeux et autres
441. Dès
que la cloche sonne la fin de la récréation, on cesse les jeux et les
conversations, et l'on se rend promptement à l'exercice qui doit suivre
442. Un
Frère ne sortira pas seul sans la permission des Supérieurs; il devra être
accompagné par un confrère
443. Les
Frères en second ne sortiront sans la permission du Frère Directeur; et ce
dernier, s'il est obligé de sortir, désignera au Frère Sous-Directeur ou à
celui qui préside en son absence le lieu où il va et le Frère qu'il prend pour
l'accompagner
444.
Toutes les fois qu'ils sortiront de la maison, ils auront soin de prendre le
manteau et le chapeau
445. Les
jours de congé hebdomadaire, si le temps le permet, après le chapelet, les
Frères feront une promenade, ayant soin d'être toujours ensemble
446. Dans
les sorties, les Frères éviteront, autant que possible, de passer par les
places ou les promenades publiques et de s'arrêter dans les rues
Si
quelqu'un avait à les entretenir, ils le prieront de venir les voir à la
maison, particulièrement s'ils ont avec eux des élèves à surveiller
447. Quand
les Frères conduiront des enfants en promenade, ils les surveilleront
exactement, ils exigeront qu'ils restent sous leurs yeux, ne leur permettant
pas de s'écarter, de se cacher, de se contrarier, de faire de dégâts à quoi que
ce soit, et, si on les autorise à jouer et à s'amuser, ont aura soin qu'ils ne
disent et ne fassent rien qui ne soit honnête et décent
448. Les
Frères choisiront de préférence pour leurs promenades les lieux les moins
fréquentés, et n'iront pas chez les particuliers sans une véritable nécessité,
et sans permission du Frère Directeur
449. Dans
les visites, les Frères en s'abordant et en se donnant le baiser de paix,
diront ces paroles: Laudetur Jesus Christus: R. Et Maria, Mater ejus. Amen».
C'est le Frère Directeur ou le plus ancien de profession qui commence ce salut
450. Dans
ces visites, les Frères auront soin de d'édifier mutuellement par leur retenue
et leur modestie, leur affabilité, leur charité et leur empressement á se
rendre service, et à se communiquer les moyen qu'ils emploient pour bien faire
la classe
451. Ils
auront soin de n'omettre aucun de leurs exercices de piété et de les faire tous
en commun, comme à l'ordinaire. La régularité ne doit pas souffrir de ces
visites. Le lever et le coucher ne seront jamais retardés, et il n'y aura
d'extraordinaire dans les repas, que ce qui est prévu par la règle
452. On
doit se montrer difficile pour accorder aux Frères la permission de visiter
leurs parents, surtout avant la profession perpétuelle. Les seules raisons qui
peuvent justifier ces visites sont les arrangements de famille ou l'avantage de
l'Institut
453. Si
c'est une chose blâmable dans un religieux de prendre un soin trop grand et
trop inquiet de son corps et de sa santé, c'en est une louable, juste et
nécessaire d'en prendre un soin raisonnable et de veiller avec prudence et
discrétion à la conservation de ses forces; c'est même un devoir pour des
personnes vouées par état à l'enseignement
454.
L'esprit de pénitence et de mortification, l'exemple de Jésus-Christ et des
saints doivent inspirer aux Frères une sainte haine pour leur corps et les
porter à lui refuser tout ce qui n'est propre qu'à satisfaire la sensualité.
Cette conduite, sans nuire à leur santé et sans affaiblir leurs forces, leur
donnera une grande vigueur dans d'âme et leur facilitera la vertu
455. D'un
autre côté, comme la santé leur est indispensable pour remplir le but
secondaire de leur vocation, c'est pour eux un devoir d'éviter tout ce qui
pourrait l'altérer: comme toute imprudence dans le travail et dans l'étude,
toute pénitence extraordinaire sans permission. Ils doivent se nourrir selon
l'usage de l'Institut, avoir pour le linge et les habits tout ce que demandent
la nécessité et la propreté, avertir le Frère Directeur ou le Frère Provincial
quand ils sont incommodés ou qu'ils manquent du nécessaire
456.
Pareillement, si dans l'emploi qui leur est confié, il y a des choses qui
nuisent gravement à leur santé, si le climat des lieux où ils sont placés est
contraire à leur tempérament, si leur classe ou le logement n'est pas sain, ils
en préviendront le Frère Provincial. Toutefois, avant d'en venir là, ils
devront: 1º consulter Dieu dans la prière, et examiner si les choses sont
telles qu'elles leur paraissent, si elles sont assez importantes pour être
exposées au Frère Provincial, s'ils ne se recherchent pas eux-mêmes et s'ils
n'ont en vue que la gloire de Dieu et le désir de se conformer aux
Constitutions et aux Règles; 2º exposer leur état et leur besoin avec
simplicité, sans insister, sans presser ni faire presser d'autres, être
également contents, soit qu'on leur refuse, soit qu'on leur accorde, se
persuadant que ce que le Frère Provincial fera, étant informé, sera toujours le
plus agréable à Dieu et le plus utile pour eux
457. Le
Frère Directeur doit avoir soin que chacun prenne la nourriture qui lui est
nécessaire et les aliments qui conviennent à son état; s'il est ancien ou
infirme, qu'il ne soit pas surchargé de travail, qu'il prenne le repos
convenable; et s'il est malade, qu'il use des remèdes qui lui sont prescrits
458. Quand
un Frère est malade, quelle que soit son indisposition, il doit la faire
connaître. Le Frère Directeur fera appeler le médecin, s'il y a lieu, ou lui
conduira le malade. Si, d'après l'avis du médecin, il y a du danger, ou si la
maladie semble devoir être longue, il faudra en prévenir le Frère Provincial
459. Pour
se conformer aux exemples du Vénérable Fondateur, on ne calculera pas sur les
dépenses que peuvent occasionner les malades et les infirmes. On doit les regarder
comme les membres crucifiés de Jésus-Christ, comme un trésor et un sujet de
bénédiction pour l'Institut, et, dans ces sentiments, leur prodiguer tous les
soins que réclame leur état
460. D'un
autre côté, les Frères ne doivent jamais, en maladie comme en santé, se
départir de l'esprit de pauvreté et de pénitence dont ils ont fait profession.
Ainsi, on évitera de porter les malades à des sensualités et à des délicatesses
qui, sans soulager leur corps, nuiraient á leur âme et les priveraient du
mérite de la maladie. Dans le choix des remèdes qui ont à peu près la même
vertu, on donnera la préférence à ceux qui sont les plus communs et les moins
dispendieux
461. On
devra se montrer très difficile pour permettre aux Frères d'aller aux eaux,
attendu qu'ils peuvent courir de grands dangers pour la vertu et l'esprit
religieux pendant leur séjour aux stations balnéaires
462. Le
Frère infirmier sera plein de bonté et de charité pour les Frères malades.
Quelle que soit la nature de la maladie ou les défauts du Frère malade, il se
gardera bien de laisser paraître de la répugnance et du dégoût; de même, il
saura dissimuler et supporter, sans aucun reproche les fantaisies, la mauvaise
humeur et les plaintes que le mal pourrait occasionner aux Frères malades. Il
ne manquera pas non plus de leur donner exactement et dans le temps marqué les
remèdes et la nourriture qui leur conviennent, suivant en tout les
prescriptions du médecin ou du Frère Directeur
463. Il
aura soin de ne pas fatiguer les malades par des interrogations hors de propos
sur leur état, sur l'effet des remèdes et sur leurs souffrances, et il fera en
sorte que tous ceux qui les visitent se conduisent de même
464. Il
faut parler peu aux malades et toujours à voix basse ou du moins d'un ton très
modéré. Dans le cas même où le bruit ne les importunerait pas, il vaudrait
mieux converser auprès d'eux avec un autre Frère sur des choses qui leur
seraient agréables et qui les édifieraient, que de les faire parler eux-mêmes
465. Il
faut bien se garder de jeter le trouble dans l'esprit et dans l'âme des malades
par des avis ou des représentation sur leur peu de vertu, à l'occasion de leur
répugnance pour certains remèdes ou des faiblesses qui pourraient leur
échapper. Si un avis paraissait quelquefois nécessaire, il faudrait le donner
avec tout le ménagement et toute la douceur possibles
466. Les
Frères malades, de leur côté, observeront ce qui suit, autant que leur état le
leur permettra: 1º ils s'efforceront de sanctifier leurs souffrances par la
patience, la résignation et l'humilité, par la force et le courage avec
lesquels ils tâcheront de supporter leurs maux, diminuant, autant qu'il dépend
d'eux, la peine de ceux qui les servent; 2º ils éviteront de rechercher les
soulagements superflus, de porter une attention trop grande sur leur mal et de
s'occuper trop des remèdes et de leur efficacité; 3º ils demanderont avec
confiance et simplicité tout ce dont ils auront besoin ou qui pourrait les
soulager; 4º ils se montreront pleins de respect et de reconnaissance pour ceux
qui les servent ou qui leur rendent visite; 5º ils uniront souvent leur
souffrances à celles de Jésus-Christ, faisant de temps en temps des actes
d'amour, de contrition, de confiance, de résignation, ou, s'ils ne peuvent les
proférer de bouche, regardant du moins l'image du divin Sauveur ou celle de sa
divine Mère, et se jetant affectueusement entre leurs bras; 6º enfin, ils
obéiront au Frère infirmier et au médecin comme aux Supérieurs, ne faisant
rien, ni ne prenant rien sans avoir obtenu préalablement leur permission
467. Le
Frère infirmier et tous ceux qui rendent visite aux Frères malades, ne
manqueront pas de leur suggérer de saintes pensées, de sentiments pieux, et de
leur faire produire des actes de vertu en rapport avec leur état
468.. Les
Frères anciens ont aussi droit à des attentions spéciales en raison des
services qu'ils ont rendus à l'Institut ou de leurs infirmités. On les
entourera de tous les soins et prévenances qu'inspirent la charité religieuse
et l'esprit de famille
469. Le
Frère Directeur donnera un règlement aux Frères employés leur marquant en
détail l'emploi de leur temps pendant toute la journée. Ce règlement sera
communiqué au Frère Provincial
470. Les
principales occupations des Frères chargés de la cuisine sont généralement: 1º
de préparer la nourriture des Frères; 2º de tenir la propreté et l'ordre; 3º de
prendre soin des provision, des meubles, des ustensiles qui leur sont confiés,
et de veiller à ce que rien ne se gâte et ne s'use sans nécessité; En outre,
ils doivent aider en classe ou s'occuper à l'étude, selon les indications du
Frère Directeur
471. Ils
feront en sorte que les repas soient toujours prêts à l'heure. Afin que les
mets ne se refroidissent pas, ils les laisseront près du feu, les tenant
toujours dans l'état où ils doivent être servis
472. Ils
auront soin aussi de préparer d'avance la table avec un couvert complet pour
chaque Frère, et tout ce qui est nécessaire pour le repas. Le tout doit être
placé et arrangé avec goût, ordre et symétrie
473. A
moins d'une dispense du Frère Provincial, ils prendront toujours leur repas
avec la communauté, s'arrangeant de manière à pouvoir se mettre à table avec
les autres Frères et à être dérangés le moins possible pendant le repas, afin
d'écouter la lecture
474. Ils
doivent mettre tous leurs soins pour bien assaisonner les et quoiqu'il ne
faille pas rechercher ce qui peut flatter le goût, il est pourtant nécessaire
que les Frères aient une bonne nourriture et qu'elle soit convenablement
préparée
475. Ils
doivent tenir particulièrement à la propreté; cette propreté doit régner sur
leur personne, sur leurs habits, dans les ustensiles de la cuisine, dans les
apprêts des aliments, et dans la manière de les servir
476. Ils
veilleront beaucoup à l'économie et auront soin pour cela: 1º de ménager les
choses, ne mettant que la quantité suffisante pour le nombre de personnes de la
maison, de manière qu'il y ait le moins de reste possible; 2º de le conserver
soigneusement, et de les utiliser au plus tôt; 3º de n'épargner ni peines ni
soins pour tirer parti des légumes du jardin et pour n'en point laisser perdre;
4º de ménager le bois, le charbon, l'huile, le beurre, les fruits, etc.,
évitant de rien prodiguer; 5º de tenir tous les ustensiles de cuisine et la
vaisselle en ordre, retirés et chaque chose à sa place; 6º d'avoir soin aussi
de se servir de ces objets avec prudence et précaution, afin de ne rien briser
et de ne rien laisser gâter par leur faute
477. Ils
feront un mémoire de tous les ustensiles qui sont à la cuisine et au
réfectoire, ainsi que de tous les autres objets qui leur sont confiés, et le
feront viser par le Frère Directeur, afin qu'on sache, au besoin, s'ils ont
soin de toute chose
478. Ils
seront pleins de charité pour les Frères, ils les serviront avec joie et avec
respect, dans la vue que c'est à Jésus-Christ qu'ils rendent service, dans la
personne de leurs Frères. Ils n'épargneront ni peines ni soins pour leur être
utiles, pour les aider, pour leur procurer ce dont ils auront besoin et pour
les soulager, particulièrement dans les maladies
479.
Quoiqu'ils doivent être pleins de charité pour les Frères, ils ne donneront
cependant rien à personne sans l'avis du Frère Directeur. Si les Frères en
second leur donnaient des conseils ou voulaient marquer ce qu'ils devraient
mettre aux repas, ils feront connaître le tout au Frère Directeur et s'en
rapporteront absolument à ce qu'il leur ordonnera; car lui seul doit les
diriger et régler l'ordinaire de la maison
480. Ils
balaieront la cuisine deux fois le jour, après le déjeuner et après le dîner,
et le réfectoire une fois. Les tables, les buffets et les autres meubles seront
toujours tenus en état de propreté
481. Le
linge de table doit être soigneusement retiré, tenu proprement et changé à
propos. Les nappes, si l'on s'en sert, et les serviettes, seront changées tous
les huit jours
482. Dans
les pensionnats, le service de table des élèves sera tenu dans la plus grande
propreté; la vaisselle sera lavée à chaque repas, et on exigera que leurs
serviettes soient changées à propos
483. Les
Frères employés doivent prendre leurs précautions et régler tellement leur
temps qu'ils puissent faire tous leurs exercices de piété avec la communauté
484. Ils
garderont le silence en s'occupant à la cuisine ou à tout autre travail,
excepté pendant le temps de la récréation, et ils auront soin de ne pas se
dissiper ni perdre le temps, soit avec les Frères, soit avec les enfants
485. Ils
seront très soumis au Frère Directeur, ne faisant rien sa permission,
n'achetant rien, ni ne demandant rien aux fournisseurs sans avoir pris ses
ordres. Toutes les semaines, ils lui rendront compte de la manière dont ils
remplissent leur emploi, de l'état des choses qui leur sont confiées et ils lui
feront connaître en même temps ce qui manque et les provisions qu'il y aurait à
faire
486. Ils
auront soin d'élever souvent leur coeur à Dieu, de lui offrir leurs actions,
s'appliquant à imiter dans leurs travaux l'humilité, le recueillement, la
modestie, l'esprit de pénitence et de prière de Jésus, de Marie et de Joseph
travaillant dans la maison de Nazareth
487.
Ils s'efforceront de contribuer au bon ordre et à l'édification de la
communauté, en remplissant parfaitement leur emploi et en rendant aux Frères
tous les services qui seront en leur pouvoir, et en assistant fidèlement aux
exercices de piété
488.
Ils éviteront soigneusement de se rendre familiers avec les séculiers ou de
perdre le temps à parler avec eux. Jamais ils ne sortiront de la maison sans la
permission du Frère Directeur; et, s'ils sont obligés d'aller au marché ou de
faire au dehors quelques commissions, ils seront modestes, polis, mais
réserves, terminant rapidement ce qu'ils auront à faire, ne s'arrêtant à causer
avec qui que ce soit dans les rues, dans les maisons, sans une vraie nécessité
489.
Les Frères occupés à un travail manuel, doivent fuir avec soin l'oisiveté et ne
pas rester sans rien faire. Dans les temps libres laissés par leur emploi, ils
feront quelques lectures pieuses, ou s'occuperont selon les intentions su Frère
Directeur
490.
Ils diront le chapelet en classe ou avec la communauté; pour le dire en
particulier, il faut une permission spéciale du Frère Provincial
491. Un
Frère pieux, humble et animé de l'esprit de son état ne craindra jamais d'être
chargé d'un emploi manuel; au contraire, il s'en réjouira, parce qu'il trouvera
dans cet office de fréquentes occasions d'être utile à ses Frères, de pratiquer
l'humilité, la mortification, et d'imiter Jésus-Christ, qui est venu sur la
terre, non pour être servi, mais pour servir les autres, et qui disait à ses
Apô-tres: Je suis au milieu de vous comme celui qui sert» (Luc, 22, 27)
492.. Pour
se conformer au canon 596, ainsi conçu: "Tous les religieux porteront
l'habit de leur religion, soit dans la maison soit au dehors, à moins qu'une
grave raison n'en excuse, au jugement du Supérieur majeur, ou, s'il y a
urgence, du Supérieur local", les Frères employés aux travaux manuels ne
quitteront pas leur costume religieux sans nécessité, ni sans permission, et le
reprendront toujours pour assister aux exercices de communauté