REGLES COMMUNES DE 1947
1. Le but des Petits Frères
de Marie est: 1º de travailler à la plus grande gloire de Dieu, à l'honneur de
la Très Sainte Vierge Marie et à leur propre sanctification; 2º de procurer le
salut des âmes en instruisant les enfants des vérités de notre sainte religion
et en les formant aux vertus chrétiennes. A cette fin, ils tiendront des écoles
où ils donneront avant tout à leurs élèves l'instruction et l'éducation
chrétiennes, et aussi les connaissances qui pourront leur être nécessaires plus
tard
2. Les membres de cet
Institut porteront le nom de Frères, afin de se rappeler sans cesse qu'ils ne
forment tous qu'une même famille, qu'ils doivent s'aimer, s'édifier et s'aider
mutuellement à parvenir à la sainteté
3. La perfection d'un Frère
dépendant principalement de sa régularité et de sa manière de vivre selon
l'esprit propre de sa vocation, les Petits Frères de Marie s'appliqueront par
dessus tout à acquérir et à conserver l'esprit de leur Institut, à en étudier
d'abord les Constitutions et ensuite les Règles; et ils travailleront de toutes
leurs forces à s'y conformer le plus parfaitement possible
4. Par amour pour Notre
Seigneur, ils se détacheront de toutes les choses de la terre, et en
particulier de leurs parents et de tout ce qu'ils ont laissé dans le monde, se
rappelant que c'est à eux surtout que s'adressent ces paroles de Jésus-Christ:
Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon
disciple (Luc,XIV,33). Et ces autres: Celui qui aime son père ou sa mère plus
que moi, n'est pas digne de moi (Matth.,X,37)
5. La vocation à la vie religieuse étant une des plus grandes grâces que
Dieu puisse faire à une âme, ceux que la divine bonté a retirés du monde pour
les faire entrer dans l'Institut des Petits Frères de Marie, doivent lui en
rendre de continuelles actions de grâces, et prendre tous les moyens pour
persévérer dans leur saint état, malgré les difficultés qu'ils pourront
éprouver; car abandonner sa vocation, c'est risquer de se perdre
6. Les Frères se
proposeront d'acquérir les vertus solides et parfaites, telles qu'une humilité
profonde, une obéissance entière, une abnégation continuelle d'eux-mêmes, un
amour tendre et généreux pour Jésus-Christ et pour sa divine Mère, et un zèle
ardent pour les salut des âmes. Ils s'efforceront de se tenir dans la voie de
l'humilité, de la simplicité et de la modestie qui forment le caractère propre
de cet Institut. C'est par la pratique constante de ces vertus qu'ils
travailleront efficacement à leur perfection et qu'ils se rendront
véritablement utiles au prochain
7. Le zèle de la gloire de
Dieu et du salut des âmes, qui doit être une des principales vertus des Frères,
doit les porter à acquérir les vertus et les connaissances nécessaires pour
instruire solidement les enfants des mystères de notre sainte foi et des
vérités du salut, pour conserver leur innocence, pour former leur coeur à la
vertu et pour leur faire aimer et pratiquer la religion; en un mot, le zèle
demande s'eux qu'ils prennent tous les moyens que leur fournit leur Institut
pour faire connaître Jésus-Christ, et qu'ils consacrent leurs travaux, leurs
forces, leur santé, leur vie entière à la sanctification des enfants
8. Les Frères regarderont
les exercices de piété comme le moyen le plus propre et le plus efficace pour
éviter le péché, pour corriger leurs défauts, et pour bien faire toutes choses,
suivant ce mot de l'Apôtre: La piété est utile à tout (I Tim., IV, 8)
9. Ils ne doivent rien tant
désirer que l'esprit de prière et le don d'oraison; car qui sait bien prier,
sait bien vivre, dit saint Augustin. De ce point important dépend la conduite
de leur vie: elle sera bien ou mal réglée selon qu'ils s'acquitteront bien ou
mal de leurs exercices de piété
10. Tous les jours ils
feront une demi-heure d'oraison mentale. Si quelqu'un ne pouvait faire
l'oraison ou tout autre exercice de piété avec la communauté, le Frère
Directeur lui indiquerait un temps dans la journée pour s'en acquitter
11. Le sujet de méditation
se lira en abrégé seulement, après la prière du soir; et en entier, le matin,
au commencement de l'oraison
12. Les Frères ne doivent
pas se contenter de cette courte méditation du matin; mais ils tâcheront de la
continuer dans les différentes actions de la journée par le souvenir de la
présence de Dieu et par la pratique des oraisons jaculatoires
13. Afin d'acquérir la
pureté de l'âme et cette solide connaissance de soi-même qui est si nécessaire
pour corriger ses défauts et travailler à sa perfection, ils feront tous les
jours dix minutes d'examen de conscience
14. Ils feront tous les
jours un quart d'heure de lecture spirituelle dans les ouvrages désignés par le
Calendrier religieux ou approuvés par le C.F. Provincial. Cette lecture se fera
en communauté
15. Ils réciteront tous les
jours l'office de la sainte Vierge pour conjurer cette bonne Mère de bénir les
écoles, de protéger et de conserver l'Institut. L'office doit se dire en
communauté, autant que possible. Les Frères auront soin de le réciter posément,
attentivement et dévotement, de bien prononcer tous les mots et de marquer la
médiante
16. Le chapelet doit être
la prière chérie des Petits Frères de Marie; ils le diront tous les jours et se
feront un devoir d'en inspirer la dévotion à leurs enfants et de leur apprendre
à le bien dire
17. Ils ne s'imposeront
ostensiblement aucune pratique de piété extraordinaire sans la permission des
Supérieurs; ils ne s'agrégeront à aucune association ou confrérie sans la même
permission; mais ils mettront toute leur application à s'acquitter parfaitement
des exercices de piété prescrits par leurs Règles
18. Dans les maisons
provinciales, de retraite et de formation, on fera en communauté le Chemin de
la Croix le vendredi, excepté pendant le temps pascal et depuis Noël
jusqu'après l'octave de l'Epiphanie.
19. La sainte messe étant la plus précieuse et la plus avantageuse de
toutes les dévotions, les Frères y assisteront chaque jour et ils se garderont
bien de la manquer par leur faute. S'il peuvent l'avoir à une heure convenable,
ils y conduiront leurs élèves
20. Pour entendre la sainte
messe, ils se serviront autant que possible d'un livre de prières et de
préférence du Missel Romain
21. La divine Eucharistie
étant la source de tous les biens, le moyen le plus puissant de sanctification,
les Frères auront une dévotion spéciale à Jésus dans le Sacrement de son amour,
et selon le désir de l'Eglise, ils communieront autant que possible chaque
jour, avec de saintes dispositions
22. Pour rendre leurs
communions plus ferventes et pour en retirer plus de fruits, ils s'y
proposeront une intention particulière, comme de demander une grâce spéciale
pour eux, pour l'Institut, pour les enfants qui leur sont confiés, etc. Le
dimanche, ils offriront leur communion pour les besoins de l'Institut, afin d'obtenir
que Dieu le bénisse et le conserve
23. Le temps qui suit la
sainte communion étant le plus propice pour traiter avec Dieu et pour
s'enflammer de son divin amour, les Frères s'entretiendront le plus longtemps
possible avec Jésus-Christ, et ils feront une action de grâces convenable
24. Les Frères se
confesseront chaque semaine; ils s'adresseront autant que possible au
confesseur ordinaire. Les postulants, avant la vêture, feront tous une
confession générale de toute leur vie, à moins que le confesseur ne le juge pas
à propos. Quatre fois par an, on donnera aux Novices un confesseur
extraordinaire auquel tous devront se présenter, ne serait-ce que pour recevoir
sa bénédiction. Tous les ans, à la retraite, les Frères feront une revue de
l'année, s'attachant surtout à connaître le principe de leurs fautes et les
moyens de s'en corriger
25. Le Frère Provincial
étant chargé de gouverner les Frères de sa province, et devant les corriger de
leurs défauts, les former à la vertu et leur confier des emplois convenables
dans les divers postes ou ils seront placés , il est nécessaire que chacun lui
fasse bien connaître ses aptitudes et ses besoins
26. C'est donc une
obligation pour les Frères de la province de le tenir au courant, en toute
confiance et humilité, de ce qui regarde leur santé, leur travail, leurs
fonctions, la manière dont ils observent extérieurement les Constitutions et
les Règles communes, les difficultés qu'ils rencontrent, etc
27. Ils doivent regarder
ces communications et les avis qui en seront la suite comme un moyen très
efficace d'amender leur caractère, de sanctifier leur vie, de conserver leur
vocation, et de se perfectionner dans la connaissance et l'accomplissement de
leurs devoirs d'état
28. Les Frères rendront
compte de leur conduite, ainsi qu'il vient d'être dit, avec un grand esprit de
foi, se persuadant que c'est à Dieu même qu'ils parlent en la personne du Frère
Provincial, et que c'est Dieu aussi qui leur parle, les instruit et les corrige
par son intermédiaire
29. Ils ne s'entretiendront
pas entre eux des réponses faites par écrit ou de vive voix à leurs
communications, ne parleront à personne des réprimandes et des avis reçus, et
s'efforceront de conformer leur conduite à ce qui leur sera prescrit ou
conseillé
30. Les Frères
correspondront avec leur Frère Provincial comme il est dit à l'art. 303 et
suivants
31. Dans les visites aux
maisons de sa province, le Frère Provincial recevra aussi le compte de conduite
de chacun des Frères
32. Les Maîtres des novices
auront grand soin de former les postulants et les novices à cette pratique; ils
les verront en particulier, tous les huit jours, autant que possible
33. Dans toutes les maisons
de l'Institut, les Frères rendront compte de leur conduite chaque semaine, au
Frère Directeur
34. La coulpe est une
satisfaction publique pour les fautes extérieures, particulièrement pour toutes
celles qui sont commises contre l'observance régulière; le but de cet exercice
est donc de maintenir l'ordre et la régularité, la pratique de l'humilité et de
la correction fraternelle
35. La coulpe se fera à
voix haute et distincte, de manière que tous ceux qui sont présents puissent
entendre. Avant l'accusation des fautes et après l'imposition de la pénitence,
les Frères baiseront la terre
36. L'avertissement
fraternel se fait en même temps que la coulpe. Il consiste à faire remarquer à
celui qui vient de s'accuser, les fautes qu'il aurait omis de dire ou les
défauts auxquels il serait sujet
37. L'avertissement n'a
lieu que pour les choses extérieures et connues; il doit se faire en peu de
mots, avec un grand esprit de charité et de manière à ne blesser personne.
Celui qui le fait ne doit avoir en vue que l'avantage de l'Institut, le bien de
celui qu'il avertit; celui-ci doit s'humilier, remercier et s'interdire toute
excuse, quand même le reproche ne serait point fondé
38. Les pénitences qui
seront imposées aux Frères à la coulpe, seront de réciter quelque prière, de
lire attentivement le chapitre des constitutions ou des Règles communes qu'on a
transgressées, ou un chapitre d'un autre livre de piété; de baiser la terre une
ou plusieurs fois, de se tenir à genoux pendant un exercice de piété, ou au
réfectoire pendant le repas, de demander pardon à la communauté en général ou à
quelqu'un en particulier, de se servir quelque temps des objets qu'on a gâtés
ou pour lesquels on a témoigné du dégoût, de se rendre des premiers à un
exercice de piété ou de communauté ou l'on a accoutumé de venir tard; de se
tenir à genoux à la porte du réfectoire ou de la salle de communauté, pendant
que les Frères y entrent ou en sortent, d'être occupé à la cuisine ou à balayer
les appartements, de faire un quart d'heure ou quelques minutes de réflexion
sur un point déterminé, ou une visite au Saint-Sacrement
39. Les Frères ne parleront
à personne ni même entre eux de ce qui s'est passé à la coulpe, soit des fautes
dont on s'est accusé, soit des corrections qui ont été faites, soit des
pénitences qui ont été imposées
40. Les Frères s'estimeront
infiniment heureux de porter le nom de Marie, et considéreront le bonheur
d'être agrégés dans sa famille comme une des plus grandes grâces qu'ils aient
reçues de Dieu
41. Ils regarderont et
aimeront Marie comme leur mère, comme leur patronne, comme leur modèle et comme
leur première supérieure. Tout dans cet Institut lui appartient: les biens et
les personnes; tout doit être employé à sa gloire. L'aimer, la servir, répandre
son culte et inspirer sa dévotion aux enfants selon l'esprit de l'Eglise, comme
moyen d'aimer et de servir plus parfaitement et plus facilement Jésus-Christ:
tel est l'esprit de cet Institut
42. Les Frères seront
pénétrés d'un profond respect pour leur auguste et bonne Mère; tout ce qui la
regarde, tout ce qui se rapporte à elle, mérite leur vénération: ses images,
ses sanctuaires, le chapelet, les livres qui traitent de ses grandeurs, et tout
objet qui rappelle son souvenir, doivent leur être chers et précieux. Ils se
découvriront et feront une inclination toutes les fois qu'ils passeront devant
ses statues
43. Toutes ses fêtes seront
pour eux des fêtes de famille, c'est-à-dire, qu'elles seront célébrées par tous
les membres de l'Institut avec une sainte joie, un respect, un amour et une
reconnaissance toute filiale. Tout le jour sera spécialement consacré à Marie, et
on lira quelque livre ou on fera quelque instruction aux enfants sur le sujet
de la fête et sur les avantages de la dévotion à la sainte Vierge
44. Les Frères honoreront,
d'une manière spéciale, le glorieux privilège de son Immaculée Conception, ils
en instruiront bien les enfants et d'en célébrer la fête avec beaucoup de
ferveur et de solennité. Pour obtenir la sainte vertu de pureté, et la grâce de
ne jamais offenser Dieu mortellement, ils auront une grande dévotion à Marie
conçue sans péché; ils l'invoqueront souvent sous ce titre, particulièrement
dans les dangers et dans les tentations contre la sainte vertu et contre la
vocation.
45. La confiance toute
filiale et sans bornes qu'ils auront en Marie, les portera à recourir à sa
protection dans tous leurs besoins tant spirituels que temporels comme à leur
RESSOURCE ORDINAIRE; à lui confier toutes leurs peines, leurs craintes et leurs
joies; à mettre sous sa protection leurs maisons, leurs élèves, leurs
entreprises et, en général, toutes leurs actions. Enfin, ils iront à elle comme
un enfant va à sa mère, attendant de sa bonté le succès des écoles, et toutes
les grâces qui sont nécessaires pour vivre saintement et mourir en prédestinés
46. L'amour qu'ils auront
pour Marie les portera à s'appliquer sans cesse à l'imiter et à prendre son
esprit; elle est leur modèle et ils doivent tellement s'efforcer de lui
ressembler, que tout dans leur personne, dans leur conduite, dans leurs paroles
et dans leurs actions rappelle la vie de Marie, retrace l'esprit et les vertus
de Marie
47. Les Frères
s'efforceront d'imiter particulièrement l'humilité, la pureté de Marie et son
tendre amour pour Jésus-Christ. A son exemple, ils auront une prédilection
particulière pour la vie humble et cachée, pour les emplois les plus ordinaires
et les plus bas. Comme elle, ils chériront par-dessus toutes choses l'aimable
vertu et prendront tous les moyens pour la conserver. Comme elle, ils fuiront
jusqu'à l'ombre du péché; et, vidant leur coeur de toute affection aux
créatures, ils n'aimeront que Jésus-Christ et emploieront toutes leurs forces
et toute leur vie à le faire aimer
48. Dans l'instruction et
l'éducation des enfants, ils se proposeront l'exemple de la sainte Vierge,
élevant et servant le saint Enfant Jésus; ils se rappelleront que c'est sous sa
conduite et sous ses yeux que cet adorable Enfant a crû en sagesse, en âge et
en grâce devant Dieu et devant les hommes, et s'appliqueront à imiter
l'humilité, la douceur, la charité, le dévouement et les saintes dispositions
avec lesquelles la divine Mère a pris soin du divin Enfant, afin de mériter que
leurs élèves se forment aussi à la vertu sous leur conduite, et qu'en croissant
en âge, ils croissent en même temps en grâce et en piété
49. Les Frères ne se
contenteront pas d'aimer et d'honorer Marie, ils se regarderont encore comme spécialement
obligés de la faire aimer, servir et honorer par tous leurs enfants. L'esprit
de l'Institut est de conduire les âmes à Jésus par Marie: ils doivent donc
s'efforcer de propager partout la dévotion à cette divine Mère et prendre tous
les moyens qui sont en leur pouvoir pour inspirer à leurs élèves une confiance
sans bornes en sa protection
50. Dans leurs catéchismes,
ils saisiront avec empressement toutes les occasions qui se présenteront de parler
de la sainte Vierge; en outre, ils feront chaque semaine, et le samedi, autant
que possible, un catéchisme spécial sur ce sujet. Ils s'attacheront surtout: 1º
à inculquer aux enfants cette consolante vérité, que la dévotion à Marie est
une source de grâces et une marque de prédestination; 2º à les former aux
pratiques de piété établies dans l'Eglise pour l'honorer; 3º à les faire
agréger à quelqu'une de ses confréries, telle que celle du scapulaire ou du
saint Rosaire; 4º à leur faire prendre l'heureuse habitude de lui adresser tous
les jours quelques prières et de recourir à elle comme à leur Mère
51. Tous les Frères auront
à coeur de faire pieusement le mois de Marie, et ils engageront leurs élèves à
le faire chaque jour avec dévotion. Pour cela, ils ne se borneront pas à faire
la petite lecture propre à chaque jour; mais ils l'accompagneront de solides et
pieuses réflexions à la portée des enfants, et confirmeront toujours leurs
instructions par quelques traits d'histoire bien choisis, et surtout par l'exemple
et la pratique des saints
52. Ils s'acquitteront avec
ferveur et exactitude de toutes les pratiques de piété qui leur sont prescrites
pour l'honorer. Ils porteront toujours sur eux leur scapulaire et leur
chapelet. L'image ou la statue de Marie sera dans tous les lieux réguliers de
la maison. Enfin la vie de la sainte Vierge et les exemples de vertu qu'elle
nous a donnés seront la règle de toute leur conduite. C'est dans ce parfait
modèle, comme dans un miroir, qu'ils verront ce qu'ils doivent faire et ce
qu'ils doivent éviter pour plaire à leur divine Mère, pour lui ressembler et
pour être ses véritables enfants. 53.
Les Frères de cet Institut s'engagent par voeu à garder la pauvreté, la
chasteté et l'obéissance d'abord parce que la vie religieuse consiste
essentiellement dans les voeux, et que sans les voeux, elle ne serait pas un
état de perfection et ensuite parce que les voeux leur assurent de précieux
avantages dont les principaux sont: 1º de détruire en eux les trois grand
obstacles qui s'opposent à la perfection, c'est-à-dire, l'amour des biens
temporels, l'amour des plaisirs charnels et le dérèglement de la volonté; 2º
d'augmenter le mérite de leurs actes de vertu et de toutes leurs oeuvres; 3º de
les appliquer tout entiers et pour toujours au service de Dieu
54. Il est donc très
important que les Frères fassent leurs voeux dans de saintes dispositions,
qu'ils les regardent comme des préceptes qu'ils se sont imposés et auxquels ils
ne peuvent manquer sans offenser Dieu, et qu'ils s'efforcent de les observer
avec la plus grande fidélité
55. Les Frères se
souviendront toujours qu'ils ne sont pas libres de limiter ou d'étendre les
obligations de leurs voeux. Ces obligations sont déterminées par l'Eglise et
les Constitutions de leur Institut
56. Les Frères sont obligés
en conscience d'accomplir leurs voeux, à moins qu'ils n'en soient légitimement
dispensés; mais qu'ils se rappellent que cette dispense serait sans valeur,
s'ils n'ont de justes motifs pour la demander car, puisqu'il s'agit d'un
engagement pris avec Dieu, N. T. S. Père le Pape ne peut détruire cet
engagement sans que des raisons véritables et suffisantes l'y autorisent
57. Les Frères doivent être
bien convaincus que ce serait une grave erreur de douter de l'obligation de
leurs voeux, sous prétexte qu'ils étaient jeunes et qu'ils ne connaissaient pas
toutes les difficultés de la vie religieuse quand ils les ont faits; puisque la
Sainte Eglise n'exige, pour la validité des voeux, que seize ans accomplis et
une année entière de noviciat, pendant laquelle les novices sont instruits des
obligations de leurs voeux
58. Avant de faire
profession, les Frères étudieront avec soin les avantages et des obligations
des voeux; pour cela, ils liront et méditeront attentivement tout ce qui est
contenu dans ce chapitre et dans les chapitres des Constitutions qui traitent
des voeux
59. Pour s'affermir dans
leur vocation, pour ranimer leur ferveur et leur dévotion, pour se renouveler
dans l'esprit de leur état, et pour augmenter en eux l'amour de la régularité
et de l'obéissance, ils renouvelleront souvent leurs voeux. Le temps le plus
convenable pour cela est celui qui suit la sainte communion. De plus, chaque
année, à la fin de la retraite, ils feront cette rénovation publiquement et
avec solennité.
60. A la mort d'un Frère,
il doit régner dans toute la maison un profond silence, une retenue, une
modestie, un esprit de piété qui édifie tous ceux qui en seront témoins et leur
soient une preuve de l'affection et de l'attachement que les Frères se portent
mutuellement et l'on fera exactement et le plus tôt possible pour le repos de
son âme ce qui est prescrit au chapitre XVIII de la 1re. partie des
Constitutions. Une lettre mortuaire, du modèle ci-après, sera envoyée par les
soins du secrétariat provincial, pour annoncer le décès de chaque Frère aux
communautés de la Province. "Le C.F. Provincial des Frères Maristes, et la
communauté de..... ont le regret de vous faire part de la mort de notre cher
Frère... né (nom de famille)... décédé le .... dans la ....année de son âge, et
la .... année de sa profession religieuse. Ils vous prient d'offrir vos pieux
suffrages pour l'éternel repos de l'âme du cher défunt. Les funérailles auront
lieu à ...le ..... " R.I.P
61. Pour l'enterrement d'un
Frère à la maison-mère et dans les maisons provinciales et les maisons de
formation, on se conformera à ce qui est prescrit et réglé par le coutumier de
ces maisons. Il est nécessaire que les Frères pratiquent en toute chose la
sainte vertu de pauvreté dont ils font profession, et qu'ils fassent paraître
en toute circonstance la modestie convenable à leur état; ainsi, pour les
Frères qui mourront dans les maisons particulières, on se réglera, pour la
sonnerie des cloches, les cierges et tout le service funèbre, sur ce qui est
usité dans ces paroisses pour les obsèques des personnes de condition moyenne
62. Les Frères
accompagneront le corps avec leurs enfants; on pourra inviter les Frères de
deux ou trois maisons, s'il y en a de très rapprochées
63. Les messes prescrites
par les Constitutions pour les défunts, sont des messes basses, sauf la messe
d'enterrement, qui est néanmoins comprise dans le nombre indiqué pour chaque
Frère
64. Afin de rappeler à tous
le souvenir de nos Frères défunts, et de provoquer en leur faveur des suffrages
et des actes satisfactoires, un tableau portant le nom des défunts de la
Province sera placé à l'entrée de la Chapelle ou de l'Oratoire, dans chaque
maison
65. Les Frères se lèveront
en tout temps à 4h
1/2. Au premier coup de
cloche, celui qui est désigné dira à haute voix: Laudetur Jesus Christus, et
les autres répondront: Et Maria, Mater ejus. Amen. C'est le signal de la
communauté
66. Les Frères auront vingt
minutes pour faire leur lit et pour se mettre en état de propreté; ils
garderont, pendant ce temps, un grand silence, une grande modestie, et ils
éviteront tout ce qui serait de nature à troubler le recueillement 67. A 4 h. 50, le Salve Regina, la prière du
matin suivie de la méditation d'une demi-heure qui doit toujours se faire en
communauté
68. Après la méditation ou
après la sainte Messe, on dira les Petites Heures de l'Office de la sainte
Vierge, qu'on fera suivre d'une courte lecture dans le Nouveau Testament
69. En dehors des exercices
de piété, les Frères s'occuperont à l'étude ou selon les intentions du Frère
Directeur
70. A 7 heures, le
déjeuner, puis temps libre
71. A cause des différences
de climat et de latitude, et des coutumes locales de chaque pays, il n'est pas
possible de fixer un horaire uniforme pour l'ordre de la classe. Les Frères se
conformeront au tableau de l'emploi du temps approuvé par le Frère Provincial
et son Conseil
72. Après la classe du
matin, temps libre jusqu'à dîner
73. A 11 h. 45, le dîner
74. La lecture continue,
pendant les repas, n'est de règle que dans les maisons de formation, les
pensionnats et les communautés nombreuses. Dans les autres maisons, on lira,
avant et après le dîner et le souper, un nombre ou deux de l'Imitation de JésusChrist.
Pendant le déjeuner, on gardera le silence et on lira autant que possible, la
Vie des Saints. Durant les autres repas, on pourra s'entretenir doucement, si
la lecture ne se fait pas
75. Après le dîner,
récréation. Les Frères la prendront ensemble, sauf ceux qui sont empêchés par
leur emploi
76. La classe de
l'après-midi sera suivie d'une récréation, comme après le dîner
77. A 5 h. 15, vêpres et
complies, matines et laudes de l'Office de la sainte Vierge, puis lecture
spirituelle d'un quart d'heure
78. Après la lecture
spirituelle, les Frères feront une heure d'étude religieuse. Le Frère Directeur
se fera un devoir de la présider
79. A 7 heures, le souper,
pendant lequel on lira, comme il a été dit pour le dîner. Après le souper,
récréation
80. A 8 heures, examen de
conscience et prière du soir, suivie du Salve Regina, de la lecture du
calendrier religieux et du sommaire du sujet de méditation pour le lendemain
81. Les Frères se rendront
ensuite au dortoir pour le coucher, qui aura lieu immédiatement. Si quelqu'un a
besoin de veiller, il ne le fera qu'avec permission, à la salle commune et pour
un temps déterminé
82. Pendant la partie de
l'année où les jours sont plus longs, on pourra prolonger la récréation jusqu'à
8 h. 30. Si, dans le pays où le gouvernement décrète des changements d'heures,
on retarde le lever, il faut retarder d'une façon identique les autres
exercices de communauté, afin qu'aucun ne soit, pour ce motif, ni abrégé, ni
supprimé
83. Si, pour de sérieux
motifs, il n'était pas possible de se conformer à l'horaire fixé par les articles
ci-dessus, il faudrait soumettre les modifications jugées nécessaires au Frère
Supérieur Général et à son Conseil, et les insérer dans le coutumier de la
maison, après approbation
84. Pour la confession
hebdomadaire, les Frères prendront le jour et l'heure du confesseur, autant que
possible. Ils iront ensemble se confesser, et ne manqueront pas de s'y rendre
au moment qui leur aura été désigné
85. Ils profiteront du jour
de congé pour passer en revue leurs effets, pour les raccommoder, les mettre en
ordre et en état de propreté
86. Le Frère Sous-Directeur
prendra aussi un moment le même jour, pour visiter la maison, comme il est
marqué dans la règle des Frères Sous-Directeurs
87. Dans la soirée, après
le chapelet et à l'heure marquée par le coutumier approuvé, ils feront une
sortie ou promenade de trois heures environ, et visiteront le Saint-Sacrement
en partant ou en revenant, autant que possible. Pendant la saison des chaleurs,
on pourra dire l'office en promenade et prolonger celle-ci d'une heure. Lorsque
le temps ne permet pas de sortir, la récréation se prend à la maison
88. Le jeudi soir, à
l'examen de conscience, la coulpe précédée du Veni Creator, des commandements
religieux et des moyens de perfection, la prière du soir et la lecture du sujet
de méditation, comme à l'ordinaire
89. Les dimanches et les
fêtes d'obligation, les Frères assisteront à deux messes, autant que possible,
et conduiront les enfants à l'une d'elles. La seconde messe pourra tenir lieu
des Petites Heures, et le chant des Vêpres, de l'office du soir. Avant ou après
la grand'messe, récréation de trois quarts d'heure le dimanche, et d'une heure
les jours de fête
90. A ces mêmes jours, les
Frères réuniront les élèves pour leur expliquer l'Evangile, leur indiquer de
quelle manière ils doivent assister aux offices, leur rappelant en même temps
les fêtes de la semaine et le profit spirituel qu'ils peuvent en retirer
91. Après dîner, récréation
pendant une heure et demie, puis chapelet, à moins qu'on ne le dise avec les
enfants; pour le reste de la soirée, on se conformera à ce qui est réglé par le
coutumier approuvé pour la province ou la maison
92. Les mercredis et
dimanches, les Frères réciteront les litanies de saint Joseph après le
chapelet, pour demander le don d'oraison et une bonne mort
93. Dans les maisons où il
y a un conseil, il se tiendra le dimanche avant ou après la lecture du chapitre
de la Règle
94. Les dimanches et les
jours de congé, les Frères, s'ils n'en sont pas empêchés par le soin des élèves
pensionnaires, donneront plus de temps à la prière que les jours ordinaires;
ils liront quelques ouvrages ascétiques propres à les former à la vertu et à
les maintenir dans l'esprit de leur vocation, et ils visiteront le
Saint-Sacrement, surtout s'ils sont près de l'église
95. L'heure des exercices
de communauté ne sera pas dérangée par l'assistance aux offices de l'église non
prévus par le règlement ordinaire. Les Frères qui seront obligés d'y assister
suivront, en arrivant à la maison, l'exercice qui se fait actuellement. Si tous
y vont, l'office de l'église tiendra lieu d'un exercice équivalent. Afin de ne
pas sacrifier les exercices de piété et l'étude religieuse, les Frères sont
dispensés d'assister aux offices de l'église, le soir, en semaine, à moins
d'une permission spéciale du Frère Provincial
96. Il arrivera quelquefois
que MM. les Ecclésiastiques prient les Frères d'assister au catéchisme, le
dimanche, afin de maintenir la discipline parmi les enfants, les Frères se
feront un plaisir de leur rendre ce petit service, et de contribuer ainsi, par
leur présence, au succès des catéchismes et à l'édification publique
97. Le jeudi-saint, au lieu
de dire l'office de la sainte Vierge, les Frères feront une heure d'adoration
devant le Saint-Sacrement. Le vendredi-Saint, ils remplaceront l'office par un
Chemin de Croix ou une heure de méditation sur les souffrances de Notre
Seigneur Jésus-Christ. Le samedi-saint, ils remplaceront aussi les Petites
Heures par un chapelet, qu'ils réciteront en méditant sur les douleurs de la
sainte Vierge. En outre, pendant ces saints jours, ils assisteront à tous les
offices de l'église
98. Les Frères passeront la
semaine sainte, et surtout les trois derniers jours, dans le plus grand
recueillement. Ces saints jours seront pour eux des jours de retraite, de
silence, de prière et de méditation; ils s'occuperont particulièrement à
réfléchir sur les grands mystères que l'Eglise célèbre dans ce saint temps,
faisant quelques lectures sur ce sujet, et s'efforçant de témoigner à
Jésus-Christ tout l'amour et toute la reconnaissance dont ils sont capables.
Pendant cette semaine, ils éviteront de faire des voyages ou toute autre chose
qui pourrait les dissiper; ils ne s'occuperont même qu'avec réserve d'étude et
d'affaires temporelles
99. Au commencement de
chaque mois, on choisira un saint patron. Les Frères tâcheront d'en faire
entrer l'histoire dans le catéchisme de la classe suivante, et l'on invoquera
ce saint tout le mois. Les mois de mai, d'août, d'octobre et de décembre étant spécialement
consacrés à la sainte Vierge , on la prendra pour patronne particulière pendant
ces quatre mois. De même, on prendra saint Joseph pour patron pendant le mois
de mars, et saint Louis de Gonzague, pendant le mois de juin
100. Chaque année,pendant
les vacances, les Frères consacreront huit jours aux exercices spirituels de la
retraite. Cette retraite se fera en communauté, autant que possible, à la date
et dans une maison désignée par le Frère Provincial et son Conseil
101. Les Frères se
disposeront à la retraite annuelle par une neuvaine, en communauté, en récitant
le Veni Creator et l'Ave maris Stella au début de la prière du soir
102. Ils se proposeront
pour fins dans cette retraite: 1º De se pénétrer et de se convaincre de plus en
plus de l'importance de la fin de l'homme, de la nécessité du salut, du malheur
infini de perdre son Dieu et son âme; 2º De rentrer en eux-mêmes et de
descendre dans le fond de leur conscience, afin de voir devant Dieu et en face
de l'éternité en quel état elle est: si elle est bonne, droite, éclairée, si
elle craint le péché, si elle n'est troublée par aucun doute fondé, si elle
n'est coupable d'aucun péché mortel et s'il n'y a aucune mauvaise habitude
conduisant à des fautes graves; 3º De comprendre l'obligation où ils sont
d'éviter le péché véniel et de travailler à leur perfection; 4º De se
renouveler dans l'esprit de leur état, dans l'esprit de leur Institut et dans
leur première ferveur; 5º D'apprendre à se connaître eux-mêmes, c'est-à-dire,
leurs bonnes, leurs mauvaises inclinations et leur caractère, à discerner
l'attrait de la grâce soit pour la pratique des vertus, soit pour l'oraison, à
découvrir le principe de leurs tentations, leur passion dominante, la partie
faible de leur âme, ce qui les fait tomber ou les arrête dans la voie de la
perfection; 6º De faire un examen sérieux sur la manière dont ils les
remplissent les obligations de leur état et de leur emploi; pour voir les
fautes qu'ils y commettent, et prendre les moyens de les éviter; 7º De se
renouveler dans l'esprit de zèle propre à leur vocation; d'étudier les
meilleurs procédés pour gagner les enfants à Dieu et pour étendre le royaume de
Jésus-Christ; 8º D'examiner quels fruits ils retirent des sacrements, des
exercices de piété et des autres moyens de salut et de perfection que leur
offre leur sainte vocation; de voir ce qu'ils doivent faire pour en profiter,
et se rendre fidèles aux grâces abondantes que Dieu leur fait chaque jour
103. Les Frères regarderont
la retraite comme une grande grâce et se livreront tout entiers à ces saints
exercices et, pour ne rien perdre d'un temps si précieux, comme aussi pour
éviter tout ce qui pourrait contrarier l'opération de la grâce, ils se
tiendront dans un profond recueillement; ils garderont le grand silence, même
pendant les récréations, et mettront de côté toute occupation et même toute
pensée contraire à la retraite
104. Pendant la retraite,
on fera, en communauté, la lecture des Constitutions et des Règles communes; de
plus, chacun lira les règles qui lui sont particulières, à raison de son emploi
et de ses fonctions
105. Pendant ce même temps,
les Frères verront en particulier le Frère Supérieur Général ou le Frère qui le
remplace, et lui rendront compte de leur conduite, de la manière indiquée plus
haut au chapitre IV
106. Chacun prendra, de
concert avec le Frère Provincial, les résolutions et les moyens propres pour
conserver, pendant l'année, les fruits de la retraite et pour se maintenir dans
la piété, la régularité, la ferveur, la générosité et les autres saintes dispositions
qu'il aura puisées dans ces saints exercices
107. Si quelque Frère ne
peut assister à la retraite générale, le Frère Provincial lui désignera un
temps pour la faire en son particulier
108. Pour se maintenir dans
la ferveur, les Frères feront chaque mois une récollection spirituelle suivant
les instructions que donnera le Frère Provincial. De même ils se prépareront à
la profession perpétuelle par les Grands Exercices de Saint Ignace. Si les
Frères admis, chaque année, à la dite retraite, sont trop peu nombreux pour
constituer un groupe convenable, on peut réunir ceux de plusieurs années
consécutives
109. Les principales fêtes
de l'année seront pour les Frères des époques de renouvellement dans les
saintes dispositions de la retraite et dans l'amour de Notre Seigneur. A cette
fin: 1º ils se prépareront à ces fêtes par une neuvaine ou par quelque autre
pratique de piété et de vertu; 2º ils prendront pour sujet d'oraison, les jours
qui précèdent la fête, ou pendant l'octave, les mystères et les vérités que la
solennité offre à leurs méditations; 3º ils redoubleront de vigilance sur
eux-mêmes, afin d'éviter les moindres fautes; 4º ils s'efforcer de mieux faire
leurs exercices de piété et d'apporter plus de ferveur à leurs communions; 5º
ils demanderont à Dieu quelques grâces ou quelques vertus particulières; 6º ils
instruiront solidement les enfants du mystère et des vérités que la solennité
leur rappelle, et les prépareront à sanctifier ces saints jours par la
réception des sacrements et par l'assistance aux offices de l'église
110. Tous les ans, les
classes cesseront pendant un mois au moins, afin de donner aux Frères le temps
de faire leur retraite, de fortifier leur santé et de procéder aux réparations
nécessaires à leurs maisons
111. Le Frère Provincial
fixera l'époque la date de la cessation des classes et celle de leur rentrée.
On ne pourra, sans la permission du Frère Provincial, donner vacances plus tôt
ni retarder la rentrée des classes
112. Les Frères profiteront
du temps de vacances pour passer en revue les effets qui sont à leur usage, les
réparer, s'il en est besoin, et les mettre en état de propreté. Le Frère
Directeur en fera autant pour le matériel et le mobilier de la maison
113. Chaque jour après le
déjeuner, récréation de trois quarts d'heure, puis lecture spirituelle d'un
quart d'heure; après quoi étude selon le besoin. Avant le dîner, temps libre
pendant une demi-heure
114. Le soir, après le
chapelet, les lundi, mercredi et vendredi, promenade ou récréation si l'on ne
peut sortir. Les mardi, jeudi et samedi, après dîner, récréation pendant une
heure et demie, ensuite chapelet, étude ou travail manuel. Une heure avant
l'office, visite au Saint-Sacrement et récréation
115. Pour conserver les
fruits de la retraite, pour attirer les bénédictions de Dieu sur leurs travaux
et sur les enfants qui vont leur être confiés, les Frères devront, pendant les
vacances: 1º se tenir dans un grand recueillement; 2º s'efforcer de mieux faire
leurs exercices de piété; 3º se rendre plus fidèles à observer les
Constitutions et les Règles communes et plus ponctuels aux divers exercices de
communauté; 4º éviter les voyages et les visites inutiles; 5º employer chaque
jour quelque temps à la réflexion, afin de voir devant Dieu quels moyens ils
devront prendre pour se conserver dans la piété et pour faire le bien parmi les
enfants
116. L'esprit de foi
consiste à juger de toutes choses d'après les principes de la foi, et non
d'après l'opinion du monde ou les sentiments de la nature; à régler sa conduite
d'après ces principes; à n'estimer, à ne rechercher les créatures que selon
qu'elles peuvent nous porter à Dieu et servir à notre salut; à voir Dieu en
toutes choses, et sa divine Providence dirigeant tous les événements à sa
gloire et au bien de ses élus
117. L'esprit de foi est
absolument nécessaire pour comprendre l'excellence, les avantages et les
obligations de la vie religieuse. Les Frères qui en seront animés, aimeront
leur état et s'efforceront d'en acquérir les vertus; ils trouveront tout leur
bonheur à se renoncer eux-mêmes et à s'immoler à Dieu. Ceux qui ne l'auront
pas, seront des religieux sans vertu et persévéreront difficilement dans leur
vocation
118. La vie des Frères doit
donc être une vie de foi, c'est-à-dire , une application continuelle à Dieu,
une mort perpétuelle à eux-mêmes, aux inclinations de la nature, au monde et à
tous les biens de la terre
119. L'esprit de foi leur
fera aimer la vie cachée, les emplois humbles, la dépendance, la pauvreté, les
souffrances, les humiliations, les mépris du monde, afin d'être plus semblables
à Jésus et à Marie
120. Il leur apprendra à
trouver Dieu partout, à s'élever à lui, à le voir, à l'aimer et à le bénir dans
toutes les créatures; il les portera à se soumettre à sa volonté dans les
divers accidents et afflictions de la vie, tels que les maladies, les persécutions,
les tentations, les événements fâcheux et autres difficultés; à adorer alors la
main de Dieu qui les frappe et les humilie, et à ne compter que sur sa bonté
pour être secourus dans les maux qui les affligent ou pour en être délivrés
121. Par esprit de foi, ils
ne verront que Jésus-Christ dans la personne de leurs Supérieurs et regarderont
leurs ordres comme ceux de Dieu même; ils s'efforceront de les accomplir avec
joie, quelque difficiles qu'ils leur paraissent
122. Pareillement, ils
regarderont leurs Constitutions et leurs Règles comme l'expression de la
volonté de Dieu sur eux, comme le moyen par lequel il veut leur communiquer ses
grâces et les sanctifier. Ces vues de foi les rempliront d'un saint zèle pour
toutes les observances régulières et les porteront à y être fidèles jusque dans
les moindres choses
123. L'esprit de foi leur
fera regarder les enfants confiés à leurs soins comme les membres de
Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit, comme des dépôts sacrés que Dieu
leur a donnés à garder, et dont il leur demandera compte. Ces principes les
dirigeront toujours dans le détail de leur conduite à l'égard des enfants, et
les porteront à les aimer tous également, à donner des soins plus assidus aux
plus ignorants et à avoir une prédilection particulière pour les pauvres, comme
leur représentant, d'une manière plus sensible, Jésus-Christ anéanti et fait
pauvre pour nous
124. Cet esprit de foi leur
apprendra que la fin de leur apostolat étant une fin surnaturelle, savoir, le
salut des âmes, ce n'est que par des moyens surnaturelles qu'ils peuvent
l'obtenir; conséquemment, que c'est par la pratique de la vertu, par le bon
exemple et par la prière qu'ils gagneront les enfants à Dieu, plutôt que par
les talents, la science et les autres moyens humains dont l'efficacité dépend
surtout de la grâce de Dieu et de la sainteté des maîtres
125. L'esprit de foi doit
être le mobile de toute leur conduite et sanctifier toutes leurs actions. Pour
cela les Frères auront soin: 1º de ne jamais agir par des motifs humains, par
coutume et par esprit propre; 2º de faire toutes choses par des motifs surnaturels,
c'est-à-dire, pour plaire à Dieu, pour glorifier et imiter Notre-Seigneur, pour
obtenir son amour et lui gagner des coeurs
126. Comme c'est par la
lecture et la méditation assidues de la parole de Dieu que l'esprit de foi
s'acquiert, se conserve et se fortifie, les Frères liront, tous les jours,
quelques versets de l'Ecriture Sainte avec un profond respect, regardant les
saints préceptes et les conseils de perfection qu'elle contient comme leur
première et principale règle de conduite
127. L'oraison, l'étude
religieuse, la fréquente communion, la visite au Saint Sacrement, le saint
exercice de la présence de Dieu sont aussi des moyens très efficaces pour
acquérir et conserver l'esprit de foi. Les Frères ne manqueront pas de les
mettre en pratique
128. Les Frères regarderont
l'obéissance comme une vertu fondamentale de la vie religieuse; et, à l'exemple
de Jésus-Christ qui a été obéissant jusqu'à la mort de la croix, ils
s'efforceront d'exceller dans cette vertu et d'y être fidèles jusque dans les
plus petites choses
129. Ils doivent
l'obéissance non seulement au Révérend Frère Supérieur Général, mais encore à
tous ceux qui sont préposé pour les conduire et les diriger, quels que soient
leur âge, leurs vertus et leurs autres qualités personnelles
130. Dans quelque maison ou
dans quelque emploi qu'ils se trouvent , ils doivent donc être entièrement
soumis au Frère Directeur
131. Ils ne sortiront
jamais de la maison, ils ne quitteront pas un exercice de communauté ou le lieu
de réunion, sans la permission du Frère Directeur
132. Ils demanderont au
Frère Directeur tout ce dont ils auront besoin, tels que livres, fournitures
classiques, etc., et ils ne prendront rien dans la maison sans le lui demander
et sans avoir obtenu son consentement
133. Pareillement, pour ce
qui concerne la nourriture et l'habillement, s'ils ont besoin de quoi que ce
soit, ils ne le prendront jamais d'eux-mêmes; mais ils exposeront leurs besoins
au Frère Directeur et se contenteront de ce qu'il leur donnera ou leur fera
donner
134. Ils ne se livreront à
aucune occupation extraordinaire, et ne liront aucun ouvrage, en dehors de ceux
qui sont dans la bibliothèque commune, sans la permission du Frère Directeur
135. Ils ne se borneront
pas à bien faire extérieurement ce qui leur est commandé; mais, afin de rendre
leur obéissance parfaite, ils s'appliqueront à soumettre leur volonté et leur
jugement à la volonté et au jugement du leurs Supérieurs, renonçant à leurs
inclinations et à leurs idées personnelles, se persuadant que ce qui leur est
commandé est toujours ce qu'il y a de mieux pour eux
136. Les Frères doivent
aimer la pauvreté comme leur mère, et faire en sorte d'en porter les marques
dans leurs habits, dans leur nourriture et dans tout ce qui est à leur usage
137. Tout dans l'Institut
sera en commun, excepté les habillements et le linge de corps dont l'usage sera
personnel. Le Frère Directeur pourra changer ou faire changer les objets à
l'usage des Frères: tels que bureau, livres, etc
138. Les Frères pourront
encore avoir à leur usage, outre un exemplaire des Constitutions, une croix en
cuivre, un chapelet, un Nouveau Testament avec l'Imitation de Jésus-Christ, un
Manuel de piété, un Missel romain, un canif, un porte-feuille, un rasoir, les
objets de toilette indispensables et une valise. Avec leurs habillements et le
linge de corps, ces objets sont les seuls qu'ils puissent emporter, quand ils
quittent une maison pour aller dans une autre
139. Considérant que ces
objets appartiennent à l'Institut, ils en useront, en bons pères de famille, et
les conserveront avec soin, de manière qu'aucun ne s'use sans nécessité, ne
dépérisse et ne se détériore par leur faute ou leur négligence
140. Ils n'auront rien en
leur particulier qui ferme à clef. Pourtant, le Frère Directeur et le Frère
Econome auront un bureau ou un secrétaire où seront l'argent de la maison et
les autres objets qui doivent être retirés
141. Les Frères ne
garderont jamais de l'argent en leur particulier, de quelque part qu'il vienne.
L'argent reçu pour les jeux et les oeuvres, par ceux qui sont chargés sera
remis au Frère Directeur ou au Frère Econome. Quand ils arriveront de voyage,
ils leur remettront aussi fidèlement ce qu'ils auraient de reste
142. Ils n'échangeront pas
entre eux, sans permission, les objets qui sont à leur usage; ils se garderont
bien aussi de prendre quoi que ce soit appartenant à la maison ou à quelque
autre Frère, pour l'appliquer à leur usage, ou pour le porter dans une autre
maison
143. Ils ne recevront
jamais rien pour leur usage particulier, soit de leurs élèves, soit de toute
autre personne, pas même de leurs propres parents; mais si quelqu'un, par un
sentiment de charité, leur fait un don quelconque, ils le recevront au nom de
la communauté et le remettront au Frère Directeur qui en disposera comme des
biens de la maison. En outre, à l'occasion de la retraite, ils feront une revue
de tous les objets à leur usage pour se dépouiller de ceux qui ne leur sont pas
nécessaires
144. Ils vivront dans un
entier esprit de communauté, se contentant toujours d'être traités comme les
autres, soit pour la nourriture, soit pour l'habillement, soit pour toute autre
chose; ils se garderont bien de se distinguer en rien, de se permettre quoi que
ce soit de contraire aux usages et à la manière de vivre de l'Institut
145. Enfin, les Frères
auront toujours devant les yeux l'exemple de Jésus-Christ qui, de riche s'est
fait pauvre pour l'amour de nous, jusqu'à n'avoir pas où reposer sa tête, et
l'obligation qu'ils ont contractée de le suivre dans cet entier dépouillement
de toutes choses. L'exemple du Sauveur et le désir de l'imiter dans la pratique
de la pauvreté doivent les porter: 1º à se détacher de leurs parents et à ne
pas s'occuper de leurs affaires temporelles; 2º à se dépouiller de toute
affection pour les biens de ce monde et pour tout ce qui flatte la sensualité,
à aimer réellement la pauvreté et avoir une prédilection particulière pour les
lieux, les maisons et les classes pauvres ; 3º à se préserver de toute
affection, de toute attache pour les objets qui sont à leur usage, et à ne
retenir que ce qui leur est absolument nécessaire; 4º à prendre pour eux les
choses les plus communes, les plus incommodes et tout ce qu'il y a de moindre
dans la communauté; 5º à supporter avec joie les effets de la pauvreté, étant
bien aises d'avoir une nourriture pauvre, des habits grossiers et usés, pourvu
qu'ils ne soient ni sales ni déchirés; d'être privés de ce qui pourrait leur
apporter du soulagement dans les souffrances et les maladies, de manquer des
commodités de la vie, et quelquefois même de ce qui serait nécessaire
146. La chasteté est une
vertu angélique et toute céleste qui rend l'homme semblable aux anges. Une
couronne et une gloire particulières sont réservées à ceux qui auront gardé
cette admirable vertu. Rien n'est plus propre à gagner le coeur de Dieu que la
pureté, car c'est la vertu qui nous approche le plus de lui, dit le Sage 147. Les Frères, à l'exemple de leur divine
Mère, aimeront la pureté de toute l'affection de leur âme. Tout en eux doit
être chaste: l'âme et le corps, l'esprit et le coeur, les paroles et les
actions. Leur vie entière doit être un travail et un combat continuels pour
perfectionner en eux la vertu de chasteté, et pour la défendre contre les
attaques de la concupiscence et du démon
148. Ils garderont en tout
les règles de la plus sévère modestie. Ils s'habilleront et se déshabilleront
avec toute la décence convenable, et ils ne sortiront pas du dortoir ou de leur
chambre à coucher sans être convenablement vêtus
149. Ils auront une
souveraine horreur de toute parole, de toute chanson, de tout geste ou attitude
qui blesserait la modestie ou qui serait trop libre
150. Ils se garderont bien
de lire des journaux, des revues, ou des ouvrages dangereux. S'il leur en tombe
entre les mains, ils les brûleront. Ils s'interdiront aussi toute lecture qui,
sans être mauvaise en elle-même, ne leur convient pas et serait propre à
réveiller leurs passions
151. Ils se garderont de
toute amitié particulière, car, outre que ces sortes d'amitiés sont nuisibles à
la charité commune, les plus innocentes d'abord dégénèrent souvent en amitiés
sensuelles et criminelles; ils doivent aimer également tous leurs Frères, mais
d'un amour saint et qui n'ait que Dieu pour objet
152. Avec les enfants, ils
seront toujours graves et retenus; ils éviteront de les prendre par la main, de
les toucher au visage et autre chose semblable. Ils ne toléreront jamais que
les enfants manquent au respect qu'ils leur doivent ou se permettent à leur
égard quoi que ce soit qui ressente la familiarité
153. Ils veilleront sur les
affections de leur coeur, afin de le conserver libre de toute amitié et de
toute inclination particulière pour certains élèves; car ces sortes
d'affections sont un des pièges les plus dangereux du démon et ont des suites
très funestes
154. Ils n'auront de
rapport avec les séculiers, que par nécessité, et, dans les visites qu'ils
seront obligés de faire ou de recevoir, ils seront courts et se tiendront dans
la réserve, la prudence et la gravité que demande leur profession, ayant soin cependant
de se montrer polis et affables
155. Les personnes du sexe
n'entreront pas dans l'intérieur de la maison, à moins qu'elles ne soient
accompagnées quelque personne d'autorité; elles ne seront reçues qu'au parloir,
qui doit rester ouvert tout le temps qu'on aura à leur parler, si la porte
n'est pas vitrée
156. Comme la fuite des
occasions est le plus sûr moyen de conserver sans tache la pureté, s'il
arrivait qu'un Frère se trouvât dans un danger prochain de pécher, soit à
raison de son emploi, du lieu où il serait placé, de certaines liaisons qu'il
aurait eu l'imprudence de former, soit de toute autre manière, il devrait faire
connaître, avec humilité et simplicité, son état au Frère Provincial, qui ne
manquera pas de lui fournir les moyens convenables pour sortir de cette
position
157. Tous les Frères auront
essentiellement à coeur, non seulement de garder eux-mêmes inviolablement le
précieux trésor de la chasteté, mais encore de maintenir intact l'honneur de la
Congrégation sous ce rapport. On ne souffrira donc jamais qu'un sujet, quel
qu'il soit, s'écarte des règles ci-dessus, et on éloignera de l'Institut
quiconque se rendrait ostensiblement et gravement coupable contre la sainte
vertu
158. Le voeu de Stabilité
est, dans notre Congrégation, un quatrième voeu que le Saint-Siège per-met
d'ajouter aux trois voeux ordinaires de pau-vreté, de chasteté et d'obéissance
159. Les Frères le regarderont comme une suprême
marque d'amour qu'ils donnent à Jésus et à Marie. Cela ressort de la formule
prononcée avant de re-cevoir Notre-Seigneur: "O Jésus, désirant m'attacher
plus parfaitement à votre service, vous procurer une plus grande gloire, me
rendre plus agréable à votre divine Mère, et plus utile à l'Institut.."
160. Ce serait une grande
erreur de ne voir dans le voeu de stabilité qu'une pieuse cérémonie conférant
aux Frères un titre honorifique, un droit de préséance, une condition
d'accession aux premières charges de l'Institut
161. Ce voeu est un acte de
la vertu de religion indépendant des circonstances extérieures. Il a un objet
propre et une portée réelle, c'est-à-dire qu'il impose des obligations et
procure des avantages spirituels en revêtant d'un mérite particulier
l'observance des Constitutions
162. L'objet du voeu de
stabilité est déterminé par les Constitutions. C'est la promesse: 1º de
maintenir le but, l'esprit de l'Institut et ses Constitutions approuvées par le
Saint-Siège; 2º de perpétuer l'Institut et de ne pas en sortir même quand on viendrait
à manquer de tout
163. Les Frères stables
s'efforceront de tendre sans cesse au but principal de la Congrégation qui est
la sanctification de ses membres. Ils s'opposeront de tout leur pouvoir au
péril appelé l'hérésie des oeuvres qui menace particulièrement les Ordres
actifs et qui consiste à faire passer le travail apostolique avant la
sanctification personnelle
164. Pour éviter toute
déviation dans la poursuite du but secondaire qui est l'éducation chrétienne
des enfants, principalement ceux des campagnes, les Frères stables se mettront
en garde contre un double écueil. Le premier serait de montrer plus de zèle pour
l'instruction profane de élèves que pour leur éducation chrétienne. Le deuxième
serait de trop négliger les pauvres pour ne s'occuper que des enfants plus
favorisés de la fortune
165. Le Vénérable Fondateur
veut que ses disciples se distinguent par l'amour de la Très Sainte Vierge et
le zèle à répandre son culte, ainsi que par la pratique de l'humilité, de la
simplicité et de la modestie. Les Frères stables s'efforceront d'exceller dans
ces vertus qui forment l'esprit particulier de leur Institut
166. Les Frères stables
s'engagent aussi à maintenir les Constitutions. A cet effet, ils les
observeront d'abord eux-mêmes, pus ils s'appliqueront, selon leur rang dans
l'Institut, à en promouvoir l'observance parmi leurs confrères
167. Les Constitutions, par
elles-mêmes, n'obligent pas sous peine de péché. Mais les Frères stables se
rappelleront qu'ayant promis par voeu le maintien des Constitutions,
l'inobservance habituelle serait une véritable infidélité à leurs devoirs
spéciaux
168. Les Frères stables
s'acquitteront de l'obligation de perpétuer l'Institut par leur zèle pour le
recrutement et la conservation des vocations
Ils seront pleins de
sollicitude pour assurer la persévérance de jeunes Frères
169. Perpétuer l'Institut,
c'est aussi et avant tout, persévérer jusqu'à la mort. Cette obligation résulte
déjà de la profession perpétuelle, mais le propre du quatrième voeu est d'en
faire un engagement public et un acte de la vertu de religion. Le Frère stable
qui sortirait de l'Institut se rendrait donc coupable d'une plus grande
infidélité et d'un grave scandale
170. Tout Frère, après dix
ans de profession perpétuelle, peut être admis au voeu de stabilité, à
condition: 1º d'être non seulement régulier, mais zélé pour la parfaite
observance; 2º d'exceller dans l'esprit et les vertus caractéristiques de
l'Institut; 3º d'être exempt de tout défaut ou mauvaise habitude capable de
conduire au relâchement
171. En outre les Frères
stables s'efforceront de développer toujours davantage en eux un dévouement
sans réserve pour la Congrégation et une grande générosité pour accepter et
remplir avec soin les emplois qu'on voudra leur confier
172. Le voeu de stabilité
étant considéré comme l'expression la plus parfaite du don de soi dans
l'Institut des Petits Frères de Marie, il est permis d'y aspirer et même d'en
faire la demande en toute simplicité
173. Un Frère admis par le
Conseil Général au voeu de stabilité n'est pas tenu de l'émettre; mais il fera
bien de compter sur le secours de Dieu et d'accepter la proposition des
Supérieurs qui lui trouvent les aptitudes suffisantes
174. Les obligations du
voeu de stabilité ne doivent pas faire perdre de vue les grands avantages
spirituels qu'il procure, c'est-à-dire la plus grande gloire de Dieu,
l'édification du prochain, l'appel du religieux à une plus haute perfection et
une source de précieux mérites
175. Tous les Frères auront
donc pour idéal de devenir complètement maristes par l'émission du voeu de
stabilité, s'appliquant à mériter par leur ferveur d'y être appelés
176. L'humilité, la
simplicité et la modestie doivent être l'esprit propre de cet Institut: les
Frères auront une prédilection particulière pour ces vertus, et ils feront en
sorte que toutes leurs actions et tout ce qui leur appartient en portent le
cachet
177. Ils regarderont
l'humilité comme la vertu particulière de leur vocation; en effet, c'est par la
voie de l'humilité que les Petits Frères de Marie doivent se sanctifier, c'est
par la pratique constante de cette vertu qu'ils acquerront toutes les autres,
qu'ils attireront sur eux et sur leurs travaux les bénédictions de Dieu et
qu'ils se rendront propres à faire le bien
178. Les Frères n'ont pas
tous les mêmes talents, ni la même aptitude pour les sciences; ils n'ont pas
tous le même degré de force et de santé, ni le même savoir-faire pour remplir
les emplois; ils ne sont pas tous également aptes à l'instruction des enfants
ou aux divers offices de l'Institut; mais tous peuvent et doivent être humbles.
Il doit y avoir entre eux une sainte émulation à qui s'abaissera le plus, à qui
exercera les offices les plus pénibles et les plus humbles; en un mot, tous
doivent mettre leur principal soin à exceller dans l'humilité, à devenir
profondément humbles
179. L'esprit d'humilité
leur fera aimer la vie cachée, le mépris du monde, les avertissements, les
réprimandes, les pénitences publiques; il les portera à avouer ingénument leur
fautes, à en demander pardon, à témoigner leur reconnaissance à ceux qui ont la
charité de les reprendre, à ne pas s'excuser, à ne pas se plaindre, quand ils
sont repris, lors même qu'ils n'auraient pas tort
180. S'ils ont
véritablement l'esprit de leur état, ils saisiront volontiers les occasions de
s'humilier. Ainsi, dans les sécheresses, dans les dégoûts, dans les tentations
et dans les chutes mêmes, au lieu de se décourager, ils s'humilieront à la vue
de leurs faiblesses et de leurs défauts
181. De même, s'ils ne
réussissent pas dans leurs études ou dans leur emplois; si on les blâme, si on
les méprise, ils s'humilieront aussi, bien convaincus de leur incapacité et de
leur néant. Si, au contraire, ils obtiennent des succès, si Dieu bénit leurs
travaux, si on les approuve, si on les loue, c'est alors surtout qu'ils doivent
s'humilier et dire: Nous sommes des serviteurs inutiles (Luc, XVII, 10)
182. Si M. le Curé croyait
devoir leur faire des observations ou même des reproches, ils devraient d'abord
s'humilier et montrer le plus vif désir de profiter de ses avis, sauf à faire
connaître ensuite les raisons à leur décharge, s'ils le croyaient utile à la
gloire de Dieu et au bien de l'école; mais, en ce cas même, ils ne devraient le
faire qu'avec réserve et modestie, et se bien garder de témoigner de l'humeur,
de soutenir leur cause avec opiniâtreté, avec passion et de ne vouloir pas avoir
tort. Un Frère qui s'offenserait d'un mot de blâme, d'un reproche adressé même
en public, soit aux Frères, soit à leurs enfants, sous le spécieux prétexte que
cela compromet l'école et ôte aux Frères la confiance publique, montrerait
qu'il n'a pas l'esprit de son état, qu'il est encore plein d'orgueil et qu'il
ne connaît pas la sainte voie de l'humilité
183. Les Frères
s'estimeront heureux d'être occupés à des fonctions qui, n'ayant rien
d'éclatant selon le monde, les mettent davantage à l'abri de la vaine gloire et
de l'orgueil; car ils doivent se défier des louanges et les applaudissements
des hommes. Quand il sont bien vus dans une paroisse, quand les enfants les
aiment et les respectent, quand les autorités ou le public les louent et les
approuvent, qu'ils se tiennent en garde contre la complaisance, qu'ils
méprisent les éloges, les compliments et les flatteries du monde
184. Ils se garderont bien
de chercher à se faire remarquer, par ce qu'ils auraient d'avantageux du côté
de l'esprit, de la science, des succès, ou par toute autre chose que le monde
estime, et qui ne serait propre qu'à nourrir l'orgueil. Il n'oublieront jamais
qu'ils ne doivent chercher que la gloire de Dieu, et que l'esprit de l'Institut
est de faire le bien sans bruit et en s'effaçant, que les Petits Frères de
Marie doivent ambitionner de vivre inconnus et oubliés du monde dans leurs
maisons
185. Dans leur
enseignement, tout en suivant les programmes officiels, ils s'attacheront
principalement aux matières essentielles et à celles qui sont plus en rapport
avec les besoins de la région, réservant la première place à l'enseignement de
la religion. Fidèles à l'esprit de modestie et d'humilité qui convient à
l'Institut, ils rendront rares les séances publiques et en écarteront, quand
elles seront nécessaires, tout ce qui serait contraire à l'esprit religieux et
à la simplicité chrétienne
186. Ils doivent être bien
convaincus que c'est à eux surtout que s'adressent ces paroles de
Jésus-Christ:" Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez
pas dans le royaume des cieux" (Matth., XVIII, 3) et afin d'acquérir
l'humilité, la simplicité de cette sainte enfance, ils s'attacheront
continuellement à renoncer à leur volonté, à leurs idées personnelles, et se
laisseront conduire et diriger en toute chose avec une docilité parfaite
187. Chacun doit bien se
persuader que tous les autres Frères, sont plus vertueux que lui et, dans ce
sentiment, il doit porter un grand respect à tous ses Frères, leur parler avec
humilité, être toujours prêt à leur à leur céder, à les obliger et à leur
rendre service
188. Les mêmes sentiments
d'humilité les porteront à ne parler jamais avantageusement d'eux-mêmes, à se
préserver d'un certain esprit d'orgueil qui fait que l'on n'aime et que l'on
n'estime que ce que l'on a fait ou approuvé. Ils fuiront aussi toute
singularité, et mettront toute leur application à ne rien faire que de conforme
aux Constitutions et aux Règles de leur Institut, ou aux exemples des Frères
les plus pieux et les plus édifiants
189. Les Supérieurs
veilleront à maintenir parmi les Frères les pratiques d'humilité, telles que
les pénitences publiques. Les Frères anciens, ceux qui remplissent les emplois
les plus élevés, doivent se faire un devoir de s'y soumettre et d'en donner l'exemple.
Il convient aussi d'occuper de temps en temps aux travaux manuels et même aux
emplois les plus humbles, tels que balayer, laver la vaisselle, servir au
réfectoire, etc..., les Frères qui sont les plus estimés, ceux qui ont obtenu
des succès, ceux qui ont le plus de talents pour la classe ou la direction des
affaires
190. Enfin, les Frères
doivent s'humilier devant Dieu et devant les hommes, extérieurement et surtout
intérieurement; mais l'humilité doit leur être tellement naturelle, et ils
doivent la pratiquer avec tant de simplicité et de sincérité qu'elle ne se
fasse jamais remarquer, s'il est possible
191. La simplicité
chrétienne consiste dans une parfaite droiture d'esprit et de coeur qui porte à
agir uniquement en vue de plaire à Dieu
192. En élevant l'âme
au-dessus des considérations humaines, elle devient une source constante de
liberté pour l'esprit, ainsi que pour la volonté et elle inspire une douceur et
une égalité de caractère qui charment et attirent
193. Celui qui en est animé
accomplit son devoir, observe la Règle et se soumet à l'obéissance, sans se
mettre en peine de ce que l'on pensera ou de ce que l'on dira
194. Il n'y a pas de
simplicité véritable sans humilité sincère, sans pureté de coeur, sans
abnégation entière de soi-même. Ennemie de toute duplicité et de toute malice,
elle met en parfaite harmonie, les sentiments, les paroles et les actes
195. Suivant le conseil de
Jésus-Christ, les Frères joindront la simplicité de la colombe à la prudence du
serpent, c'est-à-dire qu'ils doivent allier la franchise qui gagne les coeurs à
la réserve qui écarte le danger
196. Ils seront simples
d'esprit comme des enfants, évitant de se comparer aux autres, de se prévaloir
d'aucun avantage, de rechercher l'estime des hommes
197. Ils seront simple de
coeur: envers Dieu, évitant la présomption, le scrupule; envers les Supérieurs,
les honorant sans les flatter et agissant avec eux sans contrainte ni
déguisement; envers leurs confrères para une affection sincère et cordiale, et
des rapports empreints du laisser-aller de la famille
198. La simplicité de
caractère demande qu'ils évitent également l'humeur et le caprice, et qu'ils
cèdent volontiers, sacrifiant leur sentiment pour le bien de la paix
199. L'esprit de simplicité
doit paraître extérieurement dans l'habillement qui doit être convenable sans
être recherché ni négligé; dans les manières qui doivent être naturelles, dans
le parler sans malice ni finesse, dans toute la conduite par une grand fidélité
à la vie commune
200. Il doit se manifester
jusque dans la piété. Ainsi, les Frères se garderont de la singularité, car une
âme simple craint ce qui pourrait la faire remarquer
201. Pour s'exercer à la
pratique de la simplicité, les Frères se rappelleront la présence de Dieu et
les exemples de la sainte Famille à Nazareth; ils s'appliqueront à agir avec
cette pureté d'intention qui ne cherche que la gloire de Dieu dans l'accomplissement
de sa sainte volonté et ils méditeront ces paroles de l'Ecriture: "Le
Seigneur a en horreur les hommes pervers, mais son intimité est avec les coeurs
droits" (Prov., III, 32). "Soyez donc des enfants de Dieu, simples et
irrépréhensibles" (Philippiens, II, 15)
202. La modestie est intérieure et extérieure. La modestie intérieure
est un discernement du juste milieu à tenir dans les sentiments, les paroles,
les regards, les actions, l'attitude et toutes les démarches. La modestie
extérieure es la manifestation dans les rapports avec le prochain de la
modestie intérieure, dont elle est l'effet. La modestie chrétienne, par respect
pour la présence de Dieu et afin d'édifier le prochain, règle avec bienséance
tout notre extérieur
203. Pour pratiquer la
modestie d'une manière convenable à leur état, les Frères observeront les
règles suivantes: 1º Ils tiendront la tête droite, un peu inclinée sur le
devant, surtout pendant les exercices de piété évitant de la pencher d'un côté
ou de l'autre, de la tourner légèrement et sans raison. 2º Ils auront pour
l'ordinaire les yeux modestement baissés, surtout dans les rues, les places publiques
et dans les assemblées où ils seront obligés de se trouver; ils éviteront de
les porter sur quelque objet dangereux et de les arrêter fixement sur les
personnes. 3º Le visage étant la partie du corps où se peignent plus
parfaitement les passions de l'âme, ils devront le composer avec soin et faire
en sorte qu'il soit ouvert et qu'il ait un air de bonté, de douceur et de piété
qui annonce la paix et le bon état de l'âme
204. Ils se garderont de
toute démonstration de joie trop vive et trop empressée, qui annonce un esprit
léger et peu réfléchi; comme aussi, de tout air triste, inquiet ou chagrin, qui
est ordinairement une marque que l'âme est dominée par quelque passion
205. Etant debout, ils
tiendront le corps droit, sans gêne ni affectation, sans le pencher sur un
côté, mais le tenant également posé sur les deux pieds, qui ordinairement
doivent être presque joints
206. Ils ne tiendront pas
les mains dans les poches de leur habit, mais ils pourront les laisser pendre
modestement ou avoir les bras croisés
207. Ils prendront
l'habitude de marcher posément et naturellement, ayant soin pour cela de tenir
le corps droit sans le balancer d'un côté ni de l'autre; d'éviter de traîner
les pieds, d'aller trop vite ou trop lentement, de gesticuler ou de faire quoi que
ce soit qui ressente l'affectation ou les manières du monde
208. Quand ils sont assis,
ils doivent tenir le corps droit, les pieds presque joints, et éviter de mettre
les jambes l'une sur l'autre, de se renverser sur le dossier de la chaise ou
sur quelque table, de changer à tout moment de situation, et de faire toute
extension de jambes ou de bras qui dénote l'ennui ou la paresse
209. En parlant, leur ton
de voix doit être modéré, mais soutenu, c'est-à-dire qu'il doit être ni trop
haut, ni trop bas, ni trop lent, ni trop précipité, et n'avoir rien de dur ni
d'efféminé
210. Ils s'abstiendront de
bâiller en compagnie, de faire des mouvements précipités et de porter les mains
à la tête ou au visage sans nécessité
211. Ils feront en sorte
qu'il n'y ait rien dans leur personne, dans leur manière de tousser, de cracher
et de se moucher qui puisse faire de la peine aux autres; ils se surveilleront
avec attention, surtout en compagnie, afin d'éviter tout ce qui pourrait
choquer ou incommoder ceux avec qui ils se trouvent
212. Enfin, ils se
conduiront en toutes choses avec tant de bienséance et de modestie, que tout en
eux édifie le prochain et se ressente de la sainteté de leur état
213. Le but secondaire de
cet Institut étant de travailler, sous la protection de Marie, au salut des
enfants en les élevant chrétiennement, une des vertus les plus nécessaires aux
Frères pour atteindre ce but, c'est le zèle de la gloire de Dieu et du salut
des âmes
214. Par leur vocation, les
Frères sont les aides et les coopérateurs des Pasteurs de l'Eglise, les
représentants et les suppléants des parents. Leurs fonctions sont une
participation du ministère apostolique: la plus belle portion du troupeau de
Jésus-Christ leur est confiée, car ils sont chargés d'élever les enfants,
c'est-à-dire de les instruire de la foi chrétienne , de conserver leur
innocence, de les former à la piété et à la vertu; en un mot , d'en faire de
bon chrétiens et de vertueux citoyens
215. Les Frères doivent
beaucoup estimer leur vocation et s'appliquer sans relâche à acquérir les
vertus et les connaissances qui leur sont nécessaires pour remplir la sainte
mission que l'Eglise leur confie
216. Le meilleur moyen de
porter les hommes à la vertu et de les gagner à Dieu étant le bon exemple et la
sainteté de la vie, ils se conduiront de manière à donner aux enfants l'exemple
de toutes les vertus, et ils travailleront tous les jours à devenir plus
parfaits, c'est-à-dire, plus humble, plus mortifiés, plus obéissants, plus
charitables, plus pieux et plus unis à Dieu
217. Ils s'appliqueront à
former leurs élèves à une solide piété, à les instruire des vérités de la foi,
de commandements de Dieu et de l'Eglise, et des dispositions nécessaires pour
recevoir avec fruit les sacrements; ils s'efforceront surtout de leur inspirer
un grand amour pour Jésus-Christ, revenant fréquemment sur les mystères, sur
les actions et sur les vertus de notre divin Sauveur, sur ce qu'il a fait et
souffert pour nous, et insistant avec force et persévérance sur la nécessité où
nous sommes de l'aimer et de l'imiter
218. Ils les formeront
encore à une grande dévotion à Jésus dans l'Eucharistie et à son Sacré-Coeur.
Ils leur en feront connaître l'objet, les avantages et la pratique, les
engageant à s'agréger à l'Apostolat de la Prière ou à toute autre association
propre à les porter à la communion fréquente. On veillera cependant à ce que
les enfants ne communient pas par habitude ou par entraînement
219. Une bonne première
communion étant de la plus grande importance, les Frères mettront tous leurs
soins pour y disposer dignement les enfants le plus tôt possible. A cette fin,
ils leur donneront des instructions particulières et leur feront bien comprendre
que le meilleur moyen de s'y préparer c'est d'éviter le péché, de se corriger
de leurs défauts et de beaucoup prier
220. Ils ne manqueront pas
d'enseigner à leurs élèves les formules ordinaires pour prier, comment et en
quel temps les chrétiens doivent remplir ce devoir important, non seulement à
l'école, mais individuellement et en famille, encourageant fréquemment ces
pratiques chrétiennes afin qu'elles tournent en habitudes pour les reste de la
vie. Pour former les enfants à prier Dieu avec respect, ils les exerceront à
bien réciter les prières ordinaires
221. Pareillement, pour ce
qui concerne les offices de l'église, les Frères feront connaître aux enfants
l'obligation où ils sont d'y assister le dimanche et les jours de fête de
précepte; ils les y conduiront autant que possible. Ils leur apprendront à se
tenir convenablement dans le lieu saint, à bien entendre la sainte messe et à
suivre les offices avec piété et avec fruit
222. Ils apprendront encore
aux enfants à sanctifier et à rendre méritoires toutes leurs actions, en les
offrant à Dieu, en lui demandant son secours et en se soumettant avec
résignation à la loi du travail. Ils ne manqueront pas non plus de leur donner
les moyen de profiter des peines, des afflictions, des maladies et de tous les
autres événements fâcheux de la vie, regardant en tout cela la volonté de Dieu,
et en s'y soumettant sans murmurer et en esprit de pénitence
223. Ils ne se contenteront
pas d'instruire leurs élèves des vérités de la religion, ils s'attacheront
surtout à former leurs coeurs à la vertu, ce qu'ils feront en leur inspirant de
l'éloignement pour les mauvaises compagnies et une grande horreur pour le
péché, en les corrigeant de leurs défauts, en réformant leur caractère, en
réprimant leurs mauvaises inclinations, en leur faisant contracter l'habitude
des vertus contraires, et en leur donnant les moyens de les acquérir
224. Ils leur inspireront
une solide dévotion à la sainte Vierge, leur enseignant en quoi elle consiste
et ce qu'ils doivent faire pour mériter la protection de cette bonne Mère.
Pareillement, ils leur apprendront à honorer saint Joseph, leur Ange gardien et
leur saint Patron, et les exhorteront à prier souvent pour les âmes du
purgatoire
225. Afin de susciter un
plus grand nombre d'ouvriers apostoliques , ils se feront un devoir de parler à
leurs élèves de l'importance du choix d'un état de vie, s'efforçant de faire
germer et de cultiver les vocations sacerdotales et religieuses. Ils auront
particulièrement à coeur de discerner les enfants pouvant convenir à notre
Institut, pour les diriger, au moment propice vers le juvénat ou le noviciat
226. Rien ne leur coûtera,
rien ne leur paraîtra difficile, lorsqu'il s'agira de donner l'instruction
religieuse aux enfants et de les porter à Dieu; leur zèle ne s'arrêtera devant
aucun sacrifice, et ne sera jamais rebuté par la grossièreté, l'indocilité et
les autres défauts des enfants; ils se rappelleront souvent les exemples de
Notre-Seigneur et des saints et ces paroles de l'évangile: "Tout ce que
vous faites au moindre des miens, c'est à moi-même que vous le faites." 227. Ils doivent se regarder comme les anges
gardiens de leurs élèves, et ne jamais perdre de vue que l'innocence des
enfants leur est confiée et que Dieu leur en demandera compte
228. Comme la prière est un
excellent moyen de travailler au salut des enfants, les Frères les
recommanderont souvent à Dieu, lui offrant à cette intention leurs exercices de
piété, leurs communions et tous les autres actes de vertu qu'ils pratiquent
229. Ils saisiront
adroitement toutes les occasions d'édifier les enfants, de les former à la
vertu et de les gagner à Dieu. Pour cela, au milieu d'une leçon profane, d'une
conversation, et en mille autres circonstances, ils sauront placer à propos une
sage réflexion, quelques paroles d'édification, qui, n'étant pas attendues ne
seront que mieux reçues, et ne feront que plus d'impression sur l'esprit des
enfants. Enfin, ils se feront tout à tous, à l'exemple de l'Apôtre, et ils ne
craindront pas de s'abaisser jusqu'aux plus petits, se conformant à leur
manière d'entendre les choses et de les goûter, et proportionnant leur
instruction à leur faiblesse et au peu d'intelligence de plus bornés
230. Un religieux éducateur
doit attacher la plus grande importance aux directives pontificales concernant
l'Action Catholique. Les Frères en étudieront avec soin l'esprit,
l'organisation, les méthodes et le fonctionnement pour les appliquer, dès les
classes élémentaires à leur enseignement catéchistique et former leurs élèves à
ce genre d'apostolat. Ils s'emploieront, avec le même zèle, au développement et
à la bonne marche des Associations d'anciens élèves et autres oeuvres de
persévérance, complément nécessaire de l'école chrétienne
231. Mais le zèle des
Frères, pour être agréable à Dieu, avantageux au prochain et à la religion,
doit être circonscrit dans les oeuvres de leur vocation et réglé par
l'obéissance
232. La vie du chrétien, et
plus encore celle du religieux, doit être une mortification continuelle. C'est
aux religieux surtout que s'adressent ces paroles de l'Apôtre: Ceux qui sont à
Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés»
(Galat., 5, 24); et ces autres de notre Sauveur: Si quelqu'un veut venir à ma
suite " (Luc, 9, 23); car, ajoutet-il, le royaume du ciel souffre
violence, et il n'y a que ceux qui se font violence qui le ravissent» (Matth.,
11, 12)
233. Les Frères ne seront
tenus à aucune pénitence extraordinaire; mais ils s'efforceront d'exceller dans
la mortification des passions et la garde des sens. La pratique de cette
pénitence doit leur être tellement familière que toutes les puissances de leur
âme et tous les sens de leur corps soient immolés à Dieu par le glaive de cette
sorte de mortification
234. Ils s'appliqueront
donc avant tout à la mortification intérieure, c'est-à-dire, à combattre leurs
passions, particulièrement l'orgueil, le désir de paraître et d'être estimés,
l'amour propre, la sensualité, l'affection déréglée aux créatures, l'envie, la
colère, la curiosité et l'attachement à leur volonté propre
235. L'esprit de
mortification les portera à vider leur imagination des idées et des vanités du
siècle, à arrêter la légèreté de leur esprit, à mépriser et à chasser mille
pensées vagabondes et chimériques qui ne peuvent que faire perdre le
recueillement, porter à la dissipation et distraire pendant les prières, et à
éviter soigneusement d'interroger les séculiers, les enfants ou les séculiers
pour s'informer de ce qui se fait dans le monde
236. Chacun trouvera dans
son caractère un sujet bien vaste de mortification. Combattre sa passion
dominante, fixer son inconstance, arrêter les saillies de son humeur, supporter
une imagination vive et fougueuse, un fonds d'impatience que l'on a peine à
réprimer, tant de moments de tristesse et d'ennui dont on ne sait la cause, les
craintes, les scrupules et une foule de perplexités souvent si fatigantes: tous
ces combats, toutes ces peines seront un riche trésor d'abnégation, de
pénitence, et conséquemment de mérite pour un Frère pieux qui en saura faire
bon usage
237. Un autre sujet de
mortification, bien méritoire pour les Frères, sera de souffrir avec patience
et charité tout ce qui pourra leur faire de la peine dans la personne et la
conduite des Frères avec lesquels ils auront à vivre; ainsi, l'esprit de
mortification leur fera supporter sans se plaindre les défauts de caractère et
d'éducation, les préventions, les importunités, les indiscrétions, les
railleries, les paroles et les procédés inconvenants, en un mot, tout ce qu'ils
trouveront de pénible dans la personne ou la manière de faire de leurs confrères
238. Il y a une foule
d'autres pénitences qu'un religieux trouvera l'occasion de pratiquer tous les
jours sans que personne s'en aperçoive. Tantôt il se privera d'entendre une
conversation qui lui plaît, de dire un mot qui attirerait l'attention et les éloges
d'une compagnie, de lire un livre ou de faire toute autre chose qui lui serait
fort agréable, de cueillir une fleur et de la flairer; tantôt il se trouvera
dans l'occasion de se gêner, de se faire violence pour rendre à un confrère, à
un enfant, à un malade, un service pénible , de recevoir un reproche qu'il n'a
pas mérité, ou une injure et un outrage au lieu de la reconnaissance qu'on lui
devait, de faire une chose qui lui déplaît, de ne pouvoir obtenir ce qu'il
désire ou ce qui lui serait nécessaire. En profitant ainsi de toutes les
occasions qu'il a de se mortifier, un Frère s'assure un trésor de mérites et de
gloire pour l'éternité
239. Un autre genre de
pénitence qui doit être familier aux Frères , c'est la garde des sens et
surtout des yeux: ils les tiendront modestement baissés, particulièrement dans
l'église, dans les rues et autres lieux publics. Par esprit de mortification,
ils se priveront de regarder par les fenêtres, de voir les choses mêmes
indifférentes, mais qui ne sont propres qu'à dissiper et à faire perdre le
recueillement
240. Ils regarderont leur
corps comme leur plus grand ennemi, et ne cesseront de lui faire la guerre et
de le mortifier. Cependant, ils ne doivent jamais faire de pénitence qui nuise
à leur santé, ils n'en feront même aucune extraordinaire sans permission, ce
qui n'empêche pas qu'ils ne puissent et qu'ils ne doivent s'imposer des
privations et des sacrifices, de manière à dompter leur corps, à l'assujettir à
l'esprit, afin d'accomplir en leur chair ce qui manque aux souffrances de
Jésus-Christ selon l'expression de l'Apôtre (Coloss., 1, 24)
241. Ils seront sobres dans
les repas et ils auront soin de pratiquer à table quelque acte de
mortification, comme de se priver ou de prendre peu de quelque mets qu'ils
aiment beaucoup, de ne pas se plaindre de la mauvaise qualité ou du défaut
d'apprêt des aliments, de se priver d'un fruit ou de toute autre chose qui
flatte le goût et dont on peut se passer sans inconvénient
242. Les Frères regarderont
comme un sujet de pénitence très méritoire, les maladies, les infirmité et les
afflictions qu'ils auront à supporter. Dans cet esprit, ils les recevront avec
résignation et avec joie comme une portion de la croix de Jésus-Christ, et s'en
serviront comme d'un excellent moyen de satisfaire à la justice de Dieu. Ils ne
se plaindront jamais de la violence et de la durée du mal, de l'amertume des
remèdes, des oublis de ceux qui les servent, du bruit qu'on fait autour d'eux
et de beaucoup d'autres choses
243. L'amour de la
mortification et de la pénitence les portera encore à faire un saint usage de
toutes les occasions de souffrir que leur fourniront les lieux qu'ils habitent,
les climats, les saisons, s'estimant heureux d'être mal logés, mal nourris, de
souffrir le froid, la chaleur, les intempéries de l'air, et d'autres
incommodités
244. Une autre pénitence
très agréable a Dieu, c'est tout ce qu'ils auront à souffrir dans l'exercice de
leurs fonctions. La réserve, la gravité et la modestie qu'ils devront avoir
pour contenir et pour édifier leurs élèves, les obligeront à s'observer sans
cesse et à se faire une continuelle violence. Que d'actes de mortification
n'auront-ils pas l'occasion de pratiquer, étant toute la journée au milieu
d'une foule d'enfants légers et paresseux. Que d'actes de patience, d'humilité,
de charité et de zèle ne faudra-t-il pas faire pour se mettre à la portée de
tous et pour répéter sans cesse les mêmes choses! Et après tant de peines,
d'abnégation et de dévouement, ils devront s'attendre et se préparer tous les jours
à supporter l'ignorance, la grossièreté et l'indocilité des enfants; les
plaintes et l'ingratitude des parents, les mépris et les contradictions du
public
245. Mais la pénitence qui
plaira le plus à Dieu, qui leur attirera le plus de grâces, celle qui comprend
pour ainsi dire toutes les autres, c'est l'exacte observance de leurs
Constitutions et de leurs Règles. En effet, être fidèle à garder toujours le
silence, à répondre en peu de mots, à tout quitter au premier coup de cloche, à
laisser une occupation qui plaît pour faire toute outre chose, quelque opposée
qu'elle soit aux inclinations de la nature, dès que l'obéissance le veut, à se
respecter mutuellement; être fidèle, en un mot, à observer tous le points des
Constitutions et de Règles dans le temps, dans le lieu et de la manière
prescrite, c'est renoncer sans cesse à sa volonté, pour faire celle de Dieu,
c'est se faire violence et se mortifier continuellement. Les Frères
s'appliqueront surtout à cet exercice de mortification et le préféreront à tous
les autres
246. Pendant le temps du
silence, s'il y a nécessité de parler, on le fera en peu de mots et à voix
basse, autant que possible. On évitera aussi de faire du bruit en marchant, en
ouvrant ou en fermant les portes, et généralement tout ce qui pourrait dissiper
ou déranger les Frères. Les temps libres sont des temps de silence
247. Pour favoriser le bon
emploi du temps, les études sérieuses et s'édifier mutuellement, on veillera
particulièrement à l'observation du silence dans a salle d'étude
248. En faisant la classe
les Frères doivent être très exacts à garder le silence, afin de conserver leur
santé et de maintenir la discipline parmi leurs élèves
249. Dans les rapports avec
les étrangers, c'est particulièrement le Frère Directeur qui entretient la
conversation; les autres Frères écoutent avec modestie, ou interviennent
seulement quand la bienséance le demande. En ce cas, ils répondront en peu de
mots et seulement sur ce qui leur a été demandé
250. C'est surtout dans les
voyages que le Frères doivent être retenus et circonspects dans leurs paroles.
Ils ne parleront pas de politique, ni d'autres nouvelles ou affaires du monde;
ils éviteront même de lier conversation avec qui que ce soit et de prendre part
aux discours qui se tiendront, se contentant d'édifier le prochain par leur
gravité, leur réserve et leur modestie
251. Bien convaincus de
cette parole de saint Grégoire: , les
Frères ne se contenteront pas de garder le silence extérieur ou de paroles, ils
s'attacheront surtout à la pratique du silence intérieur, qui consiste à
réprimer ses passions, à oublier le monde, à chasser les pensées, les
affections et le souvenir des choses de la terre et à ne s'occuper que de Dieu
252. Enfin, pour s'animer à
la pratique du silence, pour en comprendre toute l'importance et la nécessité,
les Frères méditeront souvent ces paroles de la Sainte Ecriture: (Prov., 10, 19); (Eccles., 20, 8) ; (Jacq.,
3, 6); (Jacq.,
1, 26); (Jacq., II, 2)
253. Le respect mutuel
conserve la paix, la charité et l'union si nécessaires dans une communauté
254. Les Frères, selon le
conseil de l'Apôtre, (Rom.,
12, 10) , c'est-à-dire, qu'ils seront exacts à observer entre eux les règles de
la civilité et de la bienséance, qu'ils se traiteront avec estime et respect,
qu'ils se rendront les devoirs qu'ils se doivent selon le rang et la place
qu'ils tiennent dans l'Institut; et qu'ils se conduiront toujours, dans leurs
rapports mutuels, par le principe de l'humilité et de la charité chrétiennes
255. Ils ne se tutoieront
jamais entre eux; en se dénommant, ils feront toujours précéder le nom de
religion ou le titre, du mot Frère
256. Ils ne se permettront
aucune familiarité, aucuns jeux de mains: tels que se pousser, se frapper ou
autre chose semblable. Ils se récréeront avec beaucoup de réserve et de
dignité, évitant toute espèce de facéties, tout geste, toute action ridicule,
en un mot, tout ce qui est contraire à la modestie et à la gravité religieuses
257. Quand ils se
rencontreront, s'ils ont le chapeau sur la tête, ils se découvriront; s'ils
passent devant le Frère Supérieur ou devant les Frères anciens, ils les
salueront de plus par une légère inclination
258. Ils auront des
attentions et de égards particuliers pour les Frères anciens, quand même ils ne
seraient pas en charge. Tous, et particulièrement les jeunes, s'efforceront de
leur rendre honneur, c'est-à-dire, d'avoir pour eux une grande déférence, de
les écouter quand ils parlent, et de leur rendre tous les services dont ils
auront besoin
259. Les Frères anciens, à
leur tour, se montreront bons et affables à l'égard des jeunes, supportant
leurs défauts, excusant les fautes que l'inexpérience leur fait commettre, les
reprenant, s'il y a lieu, mais avec douceur, évitant soigneusement de dire ou
de faire quoi que ce soit qui puisse les scandaliser, leur faire de la peine ou
les décourager, leur parlant toujours avec bonté, avec retenue et d'une manière
sensée
260. Les Frères formeront
leur enfants à la civilité par leurs leurs instructions et surtout par leurs
exemples, réglant leur maintien, leurs paroles et leurs actions, de manière que
tout, dans leur conduite, soit pour les enfants une leçon de vertu et de
politesse
261. Ils doivent
s'instruire de tout ce qui tient aux usages et au cérémonial des lettres et s'y
conformer dans l'occasion. En écrivant au Frère Supérieur Général, ils
commenceront leurs lettres par cette formule: , et la
termineront de cette manière: un profond
respect et une entière soumission, Mon Très Révérend Frère Supérieur, Votre
très humble et très obéissant serviteur.» Ils mettront l'adresse de cette
manière: , etc
262. Les Frères aimeront
beaucoup l'ordre et la propreté. Dans chaque maison, un Frère sera spécialement
chargé de veiller à la propreté et à la bonne tenue des appartements, du
mobilier et du vestiaire
263. Chacun fera son lit et
aura soin de mettre en ordre et de tenir en état de propreté tout ce qui est à
son usage
264. On veillera à tenir
les appartements bien aérés, surtout les classes et ceux qui sont les plus
fréquentés; à remettre toujours les choses à leur place, après s'en être servi,
et de n'en laisser égarer ni dépérir aucune par sa faute
265. Les Frères
s'appliqueront à donner à leurs élèves des habitudes d'ordre et de propreté,
les obligeant à se laver et à se peigner tous les jours, à prendre soin de
leurs objets classiques et de tous leurs effets, et à les ménager
266. Les Frères, même dans
les écoles les écoles les plus pauvres, veilleront à la tenue des classes.
Elles seront balayées à temps, époussetées avec soin et ornées discrètement,
mais avec goût pour en rendre le séjour agréable. Ils apporteront une attention
particulière au choix des objets religieux et à leur bonne disposition
267. La vie religieuse
étant par sa nature une vie de pénitence, de mortification et de travail, rien
ne lui est plus opposé que l'oisiveté, qui enseigne tous les vices, combat et
détruit toutes les vertus. Les Frères regarderont donc la vice de paresse comme
un de leurs plus dangereux ennemis, et ils s'en préserveront avec le plus grand
soin
268. L'amour du travail est
une disposition requise pour être reçu dans l'Institut; on ne manquera pas d'en
instruire les postulants, de les éprouver sur ce point et de renvoyer ceux qui
manqueraient de goût et d'aptitude pour l'étude et pour le travail manuel
269. Les Frères auront tous
une occupation déterminée et ils devront rendre compte au Frère Provincial,
tous les quatre mois, et au Frère Directeur, toutes les semaines, de leur
travail et de l'emploi de leur temps
270. Le savoir étant un
auxiliaire précieux de la vertu et du dévouement dans l'apostolat de
l'éducation, les Frères s'efforceront d'acquérir toutes les connaissances
utiles à leur profession. L'étude est un devoir pour ceux qui sont employés
dans l'enseignement; ils s'y livreront avec constance, car la négliger serait
porter préjudice à leur Institut et à leurs élèves. Ils aspireront même aux
titres professionnels nécessaires au succès de leur mission. Mais tant pour
leurs études que pour les examens à subir, ils se conformeront exactement aux
programmes arrêtés par le Conseil Provincial, et approuvés par le Conseil
Général
271. Les matières d'étude
pour les Frères sont tout d'abord la religion, puis les connaissances qui font
partie des programmes de leur enseignement. Les Frères ne pourront se livrer à
aucune étude spéciale sans la permission du Frère Provincial
272. Les Frères garderont
cet ordre dans leurs études: 1º ils étudieront les matières de leurs classes
respectives et auront soin chaque jour de préparer les leçons qu'ils sont
obligés de donner; 2º ils travailleront ensuite aux autres parties de l'enseignement
de manière à donner toujours la primauté à celles qui sont le plus utiles ou
qui leur seraient la plus nécessaires
273. L'étude religieuse
étant d'une importance capitale tant pour le profit spirituel des Frères que
pour la formation chrétienne des élèves, on emploiera soigneusement l'heure qui
lui est consacrée, à la préparation du catéchisme, à une étude ascétique personnelle,
ou selon les indications des Supérieurs
274. Les Frères profès de
voeux temporaires réciteront tous les jours une leçon de catéchisme au Frère
Directeur ou à celui qu'il aura désigné. Le Frère Directeur devra aussi, de
temps en temps, leur faire réciter la Méthode d'oraison, au jour qu'il
indiquera, et ce sera ordinairement le jeudi.
275. Les Frères ne se
contenteront pas d'apprendre ce qu'ils doivent enseigner; ils étudieront, de
plus, avec soin, dans de bons traités de pédagogie, les meilleurs méthodes
d'instruire les élèves, de les discipliner et de leur donner le goût de l'étude
et l'amour du travail
276. Ils se garderont bien,
néanmoins, de se passionner pour l'étude, et de s'y adonner dans des vues
humaines et de manière à préjudicier à leurs exercices de piété et à leur
avancement dans la vertu; ils s'y appliqueront surtout pour plaire à Dieu et
procurer sa gloire, pour servir plus utilement l'Institut, et pour obéir aux
Constitutions et aux Règles communes, pour édifier les Frères, et pour
s'occuper selon leur état
277. Chacun s'efforcera,
selon sa capacité, de s'acquitter exactement et dans des vues surnaturelles, de
l'emploi qui lui aura été confié
278. Le Frère Directeur ne
souffrira jamais que les Frères restent dans l'oisiveté, surtout les jeunes;
mais il les tiendra constamment et utilement occupés, et leur demandera compte
de leur travail et de l'emploi de leur temps
279. En communauté, le
principal moyen de sanctification est l'observance des Constitutions et des
Règles, et un religieux ne reçoit de grâces et ne fait de progrès dans la vertu
qu'a proportion qu'il est fidèle à les observer
280. Les Frères regarderont
donc les observances régulières, même les plus petites, comme très importantes:
1º parce qu'elles sont pour eux un moyen de perfection; 2º parce que Dieu a
attaché la persévérance dans la bien à la fidélité aux petites choses: , dit
Jésus-Christ, (Luc., 16, 10); 3º parce que la violation
d'une seule, quelque petite qu'elle soit, nuit au bon ordre et à la discipline
de la communauté; 4º parce que la paix, l'union et la ferveur ne règnent
parfaitement que dans les maisons où l'on est fidèle à tous les points de
Constitutions et de Règles.
281. Chacun doit bien se
persuader que Dieu veut le sauver et le conduire à la perfection par l'exacte
observance des Constitutions et des Règles de son Institut; conséquemment qu'il
ne peut les négliger sans exposer sa perfection et même son salut, car, dit
saint François de Sales, la prédestination des religieux dépend de cette
observance
282. Un des premiers
devoirs de Frères Directeurs et de tous ceux qui sont en charge, c'est
d'obtenir cette observance le plus parfaitement possible. C'est pourquoi les
Frères Directeurs doivent: 1º habituer les Frères à la ponctualité,
c'est-à-dire, à tout quitter au premier signal pour se rendre aux exercices de
la communauté ou à ce que demande l'obéissance; 2º faire toujours commencer les
exercices à l'heure; 3º faire cas des plus petites règles et avertir les Frères
quand ils y manquent
283. Les Frères en charge,
ceux du voeu de stabilité, de même que les plus âgés et les plus instruits
s'efforceront de se montrer les plus exacts à observer les Constitutions et
toutes les Règles, se rappelant qu'ils sont tenus plus que les autres à donner
l'exemple de la régularité
284. Dans le cas même de
maladie ou d'infirmité, les Frères s'y rendront fidèles autant qu'il dépendra
d'eux, s'efforçant pour cela de pratiquer les points qui ne sont pas
incompatibles avec l'état où ils se trouvent et de demander dispense de ceux
qu'ils ne peuvent pas observer
285. Quand les Frères
auront manqué à quelque point important des Constitutions ou des Règles, ils
déclareront leur faute au Frère Directeur et lui en demanderont pénitence
286. Ils doivent être bien
aises aussi que le Frère Directeur les avertisse de leur manquements, et ils le
prieront même en particulier, de temps en temps, de leur rendre ce bon office
287. Les Frères liront
leurs Constitutions et leurs Règles communes en entier au moins deux fois l'an,
dans les premiers jours de janvier et de juillet; cette lecture tiendra lieu de
la lecture spirituelle. Chacun devra lire aux mêmes époques, et plus souvent
s'il est nécessaire, les règles qui lui sont particulières à raison de son
emploi
288. En outre, tous les
dimanches, on lira en communauté un chapitre des Constitutions ou des Règles
communes, sur lequel le Frère Directeur fera une instruction, ou au moins
quelques réflexions
289. Chacun devra faire
souvent son examen sur la manière dont il observe les Constitutions et les
Règles, s'arrêtant surtout aux points qu'il a plus de peine à observer et qu'il
néglige plus souvent, et s'appliquant à découvrir le principe de ses fautes,
afin de s'en corriger
290. Enfin, les Frères
observeront les Constitution et des Règles par amour et non par crainte; le
désir de plaire à Dieu, de la glorifier, d'imiter Notre-Seigneur, de mériter la
protection de la Sainte Vierge, de travailler à leur perfection et de conserver
l'Institut, tels sont les motifs qui doivent les porter à y être constamment
fidèles
291. Les Frères auront une
religieuse vénération et un profond respect pour le Frère Supérieur Général,
et, en toute chose, ils lui obéiront comme à Dieu même dont il tient la place
292. En s'adressant à lui
ils ne l'appelleront jamais autrement que "Mon Révérend Frère
Supérieur"; et en parlant de lui ils diront: "Le Révérend Frère
Supérieur"
293. Lorsqu'ils lui
parleront, ils se tiendront debout et découverts tout le temps, à moins qu'il
ne leur fasse signe ou ne leur dise de s'asseoir et de se couvrir
294. Ils lui feront une
légère inclination, chaque fois qu'ils passeront devant lui; et, s'ils se
croisent avec lui à un escalier ou ailleurs, ils ne manqueront pas de
s'arrêter, de lui céder le pas et de s'écarter pour le laisser passer
295. Quand le Frère
Supérieur Général entre dans un appartement quelconque, tous doivent se lever
et rester debout jusqu'à ce qu'il dise de s'asseoir ou qu'il se soit assis
lui-même. On se tiendra également debout à sa sortie
296. Ils le regarderont
comme leur père, et ils auront pour lui un attachement, un amour et une
confiance filiale. Ces sentiments, d'autant plus sincères qu'ils sont dictés
par l'esprit de foi, les porteront à s'adresser à lui, dans tous leurs besoins,
avec la simplicité d'un enfant
297. Lorsqu'un Frère est
repris par le Frère Supérieur Général, il doit l'écouter avec un profond
respect, avec humilité et en silence. Si le Frère croit devoir s'excuser, ce
qu'il ne doit faire que lorsqu'il juge que la plus grande gloire de Dieu le demande,
il ne le fera qu'avec modestie, en peu de mots et sans contester avec lui
298. Les Frères doivent
recourir au Frères Supérieur Général en toute confiance, mais ils éviteront de
lui faire perdre le temps par des visites importunes ou trop prolongées. Ils
doivent dire sans gêne, mais avec le moins de paroles possible, ce pourquoi ils
viennent le trouver, et se retirer dès qu'ils ont terminé
299. Les Frères en charge
se souviendront qu'ils n'ont qu'une autorité relative et dépendante, et qu'ils
lui doivent compte de leur gestion selon les Constitutions. Ils se borneront
donc, en tout ce qui concerne leur emploi, à ce qui est déterminé par les
Constitutions et les Règles, ou qui est d'un usage constant et reconnu dans
l'Institut
300. Dans la direction de
leur maison et dans tout ce qu'ils entreprendront pour le bien de la religion
et celui de l'Institut, les Frères Directeurs suivront exactement les
instructions qu'ils auront reçues du Frère Supérieur Général et jusqu'a ses
moindre intentions
301. Les Frères ne
parleront du Frère Supérieur Général qu'avec estime et respect; jamais ils ne
se permettront un mot de blâme, ni quoi que ce soit qui puisse affaiblir la
vénération profonde, l'amour et la haute estime que tous les Frères doivent
avoir pour lui; moins encore se permettront-ils de censurer sa conduite, son
administration, ou de trouver à redire ce qu'il a fait ou ordonné. L'esprit de
foi, qui leur fera voir Jésus-Christ en sa personne, les portera à trouver bon
tout ce qui vient de lui, à recevoir comme de Dieu même, avec une parfaite
soumission de volonté et de jugement, ses ordres, ses avis, ses conseils et la
moindre de ses paroles
302. Les Frères ne se
contenteront pas d'aimer et de vénérer leur Frère Supérieur Général, de lui
obéir en toute chose et d'avoir en lui une entière confiance; de plus, ils
prieront tous les jours pour lui, en leur particulier et en communauté,
demandant à Dieu qu'il le remplisse de son esprit de lumière et de force, et
lui donne toutes les grâces qui lui sont nécessaires pour conduire avec sagesse
l'Institut, et pour faire les Frères dans la voie de la sainteté
303. Les Frères Directeurs
écriront deux fois par an au Frère Supérieur Général ou à ses Assistants; les
autres Frères une fois, aux époques qui auront été fixées. Tous les Frères
écriront deux fois au Frère Provincial, aux époques déterminées. La visite du
Supérieur tient lieu de correspondance
304. Dans leur
correspondance, les Frères rendront compte de leur conduite, de la manière dont
ils observent les Constitutions et les Règles, et remplissent leur emploi. Les
Frères Directeur rendront aussi compte de leur conduite comme directeurs, de
celle des Frères de leur communauté, de la régularité de la maison et de l'état
des classes
305. Pour rendre compte de
leur conduite aux époques fixées, les Frères écriront tous en même temps et
remettront leurs lettres cachetées au Frère Directeur, qui les joindra à la
sienne dans une même enveloppe qu'il cachettera en présence des Frères. Afin de
diminuer les frais de correspondance, les Frères se serviront d'un papier léger
306. Les lettres
d'affaires, les commissions ou les demandes d'objets doivent être à part, sur
de feuilles volantes, afin qu'on puisse les remettre à celui qu'elles
concernent
307. Les Frères Directeurs,
en rendant compte de leur conduite personnelle au Frère Provincial, lui feront
connaître les lettres de quelque importance qu'ils auraient écrites aux
étrangers
308. Du reste, les Frères
ne doivent écrire aux étrangers et même à leurs confrères que par nécessité, et
rarement à leurs parents. Dans toute leur correspondance, ils feront en sorte
qu'il y ait toujours quelque chose d'édifiant et qui puisse porter à Dieu
309. Les Frères ne liront
ni ne communiqueront à personne les lettres qu'ils écriront à leurs Supérieurs
quand même elles ne contiendraient rien de confidentiel. Le Frère Directeur ne
prendra jamais connaissance des lettres écrites aux Supérieurs par ses Frères,
quand même ceux-ci le voudraient. Pareillement, les Frères ne peuvent
communiquer à personne les lettres qu'ils reçoivent des Supérieurs, à moins
qu'elles ne contiennent des choses qui regardent tous les Frères de la maison,
ou que celui qui écrit n'ait manifesté l'intention qu'elles soient communiquées
310. Les lettres des
Supérieurs ne seront donc décachetées et lues que par ceux à qui elles sont
adressées, et pour que ces sortes de lettres puissent être facilement reconnues
par le Frère Directeur, celui qui écrit mettra sur l'enveloppe les initiales de
son nom
311. Quiconque aura lu une
lettre, cachetée ou non, adressée aux Supérieurs ou envoyée par eux à un Frère,
sera sévèrement repris et le Frère Supérieur Général devra être informé de
cette faute
312. Les Frères sont
subordonnés au Frère Directeur en toutes choses et lui doivent obéissance comme
à Jésus-Christ dont il tient la place
313. Ils auront pour lui un
grand respect, lui parlant toujours en termes pleins de soumission et de
déférence; toutes les fois qu'ils passeront devant lui, ils se découvriront et
le salueront, et, en toute occasion, ils se montreront pour lui pleins d'égards
et de prévenances
314. Le Frère Directeur est
chargé d'administrer de la manière prescrite par les Constitutions; c'est lui
qui répond de tout et qui, par conséquent, doit tout ordonner, tout diriger et
contrôler; les autres Frères ne peuvent rien faire, rien permettre en dehors du
règlement, ni rien changer dans leurs classes ou ailleurs sans sa permission
315. Les Frères lui
témoigneront leur respect, leur obéissance, et leur attachement de toutes les
manières, chacun s'empressant de l'aider, de le soulager, et de lui rendre
service autant qu'il en est capable; et cela, non seulement en contribuant de
tout leur pouvoir à maintenir la régularité, l'ordre et la bonne tenue de la
maison, et en le remplaçant dans sa classe ou ailleurs, pour la surveillance
des élèves ou pour toute autre chose; mais surtout en maintenant, par leur
exemple et leur bon esprit, la soumission et le respect qui lui sont dus
316. Il est important que
tous lui soient très unis et ne fassent qu'un avec lui; il est même nécessaire
que cette union paraisse extérieurement, quand il en est besoin. Ainsi, tous
doivent le soutenir auprès des enfants, des parents ou de toute autre personne
qui serait dans le cas de le blâmer ou de trouver à redire à sa conduite
317. Ils auront en lui une
grande confiance, lui demanderont conseil dans leurs doutes, lui feront part de
leurs peines, des difficultés qu'ils éprouvent dans leur emploi et suivront en
toutes choses la ligne de conduite qu'il leur aura tracée.
318. Dans leurs études, dans
leurs classes ou dans leur emploi, ils se conformeront à la direction et au
règlement qui leur seront donnés par le Frère Directeur
319. Ils s'appliqueront à
prendre sa méthode pour la classe et la direction des enfants, employant les
mêmes moyens d'émulation et d'encouragement, les mêmes récompenses, les mêmes
manières d'attirer les enfants à l'école, de les former à la vertu et de les
discipliner, et, comme le Frère Directeur doit suivre en tout la méthode
développée par le Guide des Ecoles, chacun se formera ainsi aux usages de
l'Institut
320. Ils se garderont bien
de le gêner dans son administration, de s'immiscer dans ce qui ne les regarde
pas, de se donner de l'autorité ou de se mêler du gouvernement de la maison;
ils ne doivent pas non plus le circonvenir, l'influencer, de quelque manière
que ce soit, pour le porter à faire ce qu'ils désirent ou pour se faire
permettre ou commander ce qu'ils souhaitent
321. Le respect et
l'obéissance qu'ils lui doivent, leur feront éviter avec soin de critiquer sa
conduite ou son administration, de s'entretenir entre eux de ses défauts et de
ses fautes, de se plaindre et de murmurer en secret ou en public, de répliquer
quand il commande ou qu'il reprend, de témoigner de la peine ou du ressentiment
pour un avertissement ou pour une réprimande qu'il leur aura donnée, de
recevoir ses ordres avec froideur ou d'un air mécontent, et de n'obéir qu'avec
peine
322. S'il leur arrive
d'être mécontents de la conduite que le Frère Directeur aura tenue à leur égard
en quoi que ce soit, ou d'éprouver quelque antipathie contre lui, au lieu de
murmurer et de se plaindre devant les autres, ils iront le trouver et lui
feront connaître, avec simplicité et franchise, leur sujet de mécontentement et
tout ce qui les peine. C'est là le vrai moyen de faire tomber toutes les
préventions qui pourraient exister de part et d'autre, de rétablir ou de
maintenir la paix, l'union qui doit régner dans la maison, et de conserver
l'amour, le respect et l'obéissance qu'ils doivent à leur Frère Directeur
323. S'il s'élevait
quelques difficultés entre le Frère Directeur et ses Frères (ce qu'à Dieu ne
plaise), on aura, sans contester, recours au Frère Provincial, afin qu'il
concilie tout par ses avis; cependant l'inférieur se soumettra, en attendant
que le Frère Provincial réponde, à moins que la chose ne soit évidemment
mauvaise
324. Si le Frère Directeur
tombait dans quelque faute grave, s'il laissait introduire des abus dans la
maison, s'il négligeait la régularité ou le soin du temporel, s'il avait des
rapports avec les séculiers ou avec les enfants, des rapports contraires aux
Constitutions et aux Règles communes, les Frères, et particulièrement le Frère
Sous-Directeur, devraient l'en avertir avec respect et le prier humblement de
corriger dans sa conduite ou dans son administration ce qui serait
répréhensible et, s'il ne s'amendait pas, il faudrait en prévenir le Frère
Provincial
325. Le premier devoir des
Frères à l'égard de leurs élèves est de les édifier, de les porter à Dieu par
leurs actions et la sainteté de leur vie, et de leur donner l'exemple de toutes
les vertus
326. Ils aimeront
chrétiennement tous leurs élèves, leur parleront avec bonté, les traiteront
avec douceur, et ils se montreront leurs pères plutôt que leurs maîtres
particulièrement dans les corrections
327. Ils ne doivent rien
négliger pour mériter l'estime, le respect et l'affection des élèves, afin de
les gagner plus facilement à Jésus-Christ. Les moyen pour y parvenir sont: 1º
d'être d'humeur égale, d'avoir un air gai, bon et grave tout ensemble; 2º de
rendre la classe et le travail agréables aux enfants par l'émulation, les
récompenses et les louanges données à propos; 3º de n'être pas trop sévères
dans les punitions, ni trop difficiles à contenter pour les devoirs ou les leçons;
4º de témoigner aux enfants la bonté d'un père, prenant part à leurs peines,
les aidant, les encourageant, leur montrant, par son zèle et son dévouement à
les former et à les instruire, qu'on ne cherche que leurs intérêts
328. Ils éviteront avec le
plus grand soin de s'attacher aux élèves d'une manière trop humaine, ils
n'auront aucune familiarité avec eux, et bien qu'ils donnent à tous un libre
accès auprès d'eux, ils les tiendront toujours dans les bornes du respect et de
la réserve qui conviennent à des élèves à l'égard de leurs maîtres
329. Ils auront pour tous
leurs élèves la même affection, les mêmes attentions et les mêmes soins. Libres
de tout préjugé, de tout vue humaine , ils n'auront aucun égard à la fortune ni
aux dons de la nature, tels que les talents, les qualités extérieures, etc., et
ils ne verront dans tous les enfants que des membres de Jésus-Christ et des
âmes rachetées au prix de son sang
330. Ils seront toujours
polis avec les enfants, et se garderont bien de leur donner des sobriquets, de
se servir en leur parlant ou en les reprenant de termes durs et offensants,
comme aussi de les humilier, de les mortifier, de leur faire de la peine sans
raison
331. En classe, les élèves
ne sortiront pas de leur place sans permission, et les Frères ne permettront à
aucun de se placer ou de rester à côté d'eux près de la chaire
332. Ils ne souffriront pas
non plus que les élèves se rendent trop familiers dans la maison, qu'ils
entrent dans les appartements des Frères et même dans la cuisine sans frapper
et sans permission, qu'ils prennent quoi que ce soit et s'en servent sans le
demander, qu'ils courent, qu'ils agissent dans la maison sans retenue et se
donnent trop de liberté
333. Même pendant les
récréations, les Frères ne doivent pas se rendre familiers avec les enfants, ni
jouer avec eux, à moins que ce ne soit pour mettre le jeu en train. Ils
éviteront aussi de causer à part avec quelquesuns, de crainte qu'ils ne soient
distraits et que la surveillance générale n'en souffre
334. Ils se garderont bien
de perdre leur temps à parler avec un ou plusieurs élèves dans la classe, et
même dans la cour, ou de s'informer auprès d'eux des nouvelles et de ce qui se
passe dans la localité; ils ne permettront pas aux enfants de les entretenir de
choses semblables
335. Ils ne parleront pas
en particulier aux enfants, à moins d'une grande nécessité, et, en ce cas même,
ils le feront en peu de mots et ordinairement dans la classe
336. Les Frères ne se
feront pas accompagner par les enfants dans les voyages, les sorties ou les
visites
337. Les Frères ne pendront
rien aux élèves, excepté les livres suspects et les mauvaises publications. Si
un élève s'amuse avec un objet quelconque, le Frère se contentera de lui faire
signe de le retirer; et, s'il était obligé de le lui prendre, il aurait soin de
le lui rendre après la classe. Les Frères ne se feront prêter par les élèves
aucun livre, journal, revue ou objet quelconque sans autorisation du Frère
Directeur
338. Un bon moyen pour
maintenir la discipline parmi les élèves, pour s'en faire aimer et pour les
corriger de leurs défauts, c'est de leur parler toujours raison, de les traiter
avec estime et respect, et d'observer toujours à leur égard les règles de la
civilité et de la bienséance
339. Pour mieux garder leur
dignité et leur indépendance, les Frères éviteront d'accepter des compliments
et des présents à l'occasion de leur fête. Là où ces fêtes sont d'usage, on les
célébrera en même temps pour tout le corps professoral, le jour de la fête du
Frère Directeur ou de l'école
340. On tâchera de faire
régner dans les pensionnats un grand esprit de famille, mais sans se départir
des règles de prudence qui sont la sauvegarde de la vertu
341. Les exercices de
piété, la lecture pendant les repas, la fréquentation des sacrements, la
lecture spirituelle, les avis charitables et opportuns, la formation à la
politesse, l'organisation des jeux, une sage modération dans les punitions,
ainsi que la bonne nourriture sont autant de moyens de maintenir le bon esprit
parmi les pensionnaires et de les porter au bien
342. La surveillance, sans
être inquiète, ne doit jamais être en défaut. On défendra l'accès aux
appartements où elle ne pourrait s'exercer, et au besoin on les tiendra fermés.
Là où les externes sont mêlés aux pensionnaires, on ne tolérera pas qu'ils
servent d'intermédiaires pour la correspondance clandestine ni pour
l'introduction d'imprimés n'ayant pas le visa du Frère Directeur
343. La surveillance sera
particulièrement attentive au dortoir et pendant les promenades. A cet effet,
deux Frères coucheront dans chacun des dortoirs des pensionnaires, et deux
Frères au moins, accompagneront chaque division en promenade
344. Les classes des Frères
devront être contiguës et séparées par une cloison ou par une porte vitrées.
Les sièges seront placés de façon que les Frères puissent se voir; on ne les
changera pas de place sans la permission du Frère Provincial
345. Pendant les classes,
on n'admettra personne dans l'école, excepté les ecclésiastiques, les
bienfaiteurs et les autorités
346. Le Frère Directeur
seul, ou son remplaçant en cas d'absence, rend raison aux parents des élèves et
aux autres personnes qui se présentent à l'école
347. La classes s'ouvrira à
l'heure approuvée par le Frère Provincial et elle commencera, le matin, par la
prière, et le soir, par le chapelet. Là, où en semaine, l'on ne peut conduire
les enfants à la messe, on les exhortera à y assister le plus souvent possible
348. Pour la bonne marche
de l'école, les Frères seront eux-mêmes très exacts à entrer en classe à
l'heure fixée le matin et le soir et, sauf motif grave, ils ne donneront
d'autres congés que ceux qui sont prévus par les règlements scolaires
349. Les Frères resteront à
leur siège, autant que possible, pendant toute la classe. Pendant les prières,
ils se tiendront debout, dans un maintien grave et modeste. Ils répondront aux
prières d'un ton modérément élevé, mais soutenu et pieux, comme il convient que
les enfants répondent
350. Les Frères doivent à
leur élèves cinq choses: 1º le bon exemple et le secours de leurs prières; 2º
l'instruction religieuse et l'instruction profane; 3º l'éducation chrétienne;
4º la surveillance, afin de les préserver du mal et de conserver leur innocence;
5º la correction
351. Tous les enfants
catholiques admis dans l'école, quel que soit leur âge, apprendront et
réciteront le catéchisme
352. Chaque jour d'école,
dans les classes inférieures, les Frères emploieront une demi-heure le matin et
une demi-heure le soir au catéchisme, soit pour le faire réciter, soit pour
développer ou expliquer une leçon par sous-demandes. Dans les classes supérieures,
le catéchisme sera d'une demi-heure, non compris la récitation
353. Les dimanches et les
fêtes, ils emploieront, autant que possible, une demi-heure pour expliquer
l'Evangile, les mystères que l'on célèbre ou quelques détails de la liturgie
354. Les Frères exerceront
une grande surveillance sur les élèves, particulièrement sur leurs gestes et
leur tenue, exigeant que tous aient les bras sur la table, et que tout leur
corps soit toujours dans une posture convenable
355. Ils ne doivent jamais
perdre de vue les élèves qui sont en groupe ou en cercle devant les tableaux,
les cartes géographiques ou qui récitent leurs leçons
356. Les Frères ne
sortiront pas de la classe sans nécessité et sans sa faire remplacer; ils ne
doivent pas s'y promener ni tourner le dos aux élèves
357. Pour obtenir le
silence, les Frères: 1º se serviront habituellement du signal; 2º parleront,
quand il y a nécessité de le faire, d'un ton de voix modéré et seront courts,
clairs et précis dans les avis ou explications qu'ils donnent; 3º éviteront de
crier, de parler trop haut ou avec trop de chaleur
358. Les Frères doivent
tout le temps de la classe à leurs élèves, et ils ne peuvent en employer aucune
partie à l'étude ou à toute autre chose; c'est pourquoi ils n'auront en classe
d'autres livres que les livres nécessaires à leur enseignement, et ils ne s'en
serviront que pour suivre la leçon ou la faire réciter. Ils n'écriront pas non
plus en classe, à moins que ce ne soit pour prendre quelques noms de leurs
élèves ou pour marquer quelques notes ou bons points
359. Le Frère Directeur
doit avoir l'oeil sur toutes les classes, afin de voir de quelle manière les
Frères se conduisent à l'égard de leurs élèves et comment ils s'acquittent de
leur emploi. Il est nécessaire, en outre, qu'il visite souvent les classes pour
encourager les enfants et se tenir au courant de leurs progrès, pour faire les
changements de division et pour former et diriger les Frères
360. Le Frères ne donneront
jamais de leçons á domicile; après les heures réglementaires, ils ne
retiendront pas le élèves en étude ou pour des leçons particulières sans la
permission du Frère Provincial, lequel s'assurera que les exercices de piété et
l'étude religieuse n'en souffrent pas
361. On ne recevra pas les
élèves dans la classe avant l'heure fixée, excepté lorsqu'ils viennent de loin
par un mauvais temps. S'il y a nécessité d'en retenir quelquesuns après la
classe par pénitence, on les réunira dans une même salle
362. Ils regarderont la
pratique du Guide des Ecoles comme un des plus sûrs moyens de réussir dans leur
emploi; ils le liront souvent, afin de le posséder parfaitement et de
l'observer avec fidélité
363. Enfin, les Frères
s'efforceront de se tenir unis à Dieu pendant la classe, d'élever leur coeur à
lui et de lui demander son secours, toutes les fois qu'ils rencontreront
quelques difficultés, soit pour contenir les enfants, soit pour les corriger,
soit pour leur expliquer quelques leçons
Ils s'adresseront
spécialement à la très sainte Vierge, la priant de bénir l'école et de
conserver l'innocence des enfants
364. La correction des
enfants est, parmi les devoirs des Frères, un des plus difficiles à remplir et
celui qui demande de leur part le plus de réflexion, de prudence, de charité,
de calme et de patience
365. Les Frères doivent
exercer sur eux-mêmes et sur leurs élèves une vigilance continuelle, afin de
maintenir l'ordre et de prévenir les fautes. Pour cela, ils prendront et
conserveront un maintien grave et toujours égal, qui contienne les enfants dans
le devoir; ils ne perdront jamais de vue les élèves et les avertiront à propos,
quand ils les verront sur le point de s'écarter du règlement
366. Ils s'appliqueront à
conserver leur âme en paix et libre de toute influence de passion, se gardant
bien de corriger les élèves dans un moment de vivacité, de punir jamais par
humeur, par caprice, par vengeance. Le bien de l'élève qui s'est écarté de son
devoir, ou l'avantage des autres que l'impunité porterait à commettre la même
faute, sont les seuls motifs qui doivent guider un Frère dans la correction de
ses élèves
367. Avant d'infliger une
pénitence, les Frères élèveront leur coeur à Dieu pour le consulter et le prier
de bénir la correction
368. Ils ne puniront les
manquements graves qu'au commencement de la classe suivante; en général, toutes
les fois qu'ils se sentiront émus ou portés à agir par quelque passion, ils
remettront la correction à un autre moment
369. De même, ils éviteront
de punir un élève, lorsqu'il n'est pas disposé à recevoir la punition d'une
manière convenable, pour ne pas l'exposer à de nouveaux écarts et rendre la
correction inutile; l'enfant n'ayant pas l'esprit assez libre pour reconnaître
ses torts, pour vaincre la passion qui le domine, pour sentir l'importance des
avis qu'on lui donne, et pour comprendre la justice et la nécessité de la
correction qu'il mérite
370. On ne doit jamais
réprimander un élève ni le punir publiquement pour une faute secrète, surtout
si elle était de nature à scandaliser les autres élèves
371. Il est absolument
défendu aux Frères de frapper les élèves, de les pousser rudement, de leur
tirer les oreilles ou les cheveux, car les punitions afflictives dénotent la
passion, sont opposées au respect dû à l'enfant, à la charité chrétienne, à la
dignité du religieux éducateur et au sentiments des familles
372. On ne mettra pas les
enfants à genoux par pénitence; on évitera aussi de les laisser longtemps dans
toute autre posture qui pourrait les fatiguer de manière à les indisposer.
S'ils prennent leurs repas à l'école, on ne les privera pas de nourriture
373. Les Frères ne
corrigeront pas les élèves dans la rue, à l'église ou dans tout autre lieu
public; ils se contenteront de noter leurs manquements, afin de les corriger à
l'école
374. Ils feront en sorte de
ne point punir les enfants pendant le catéchisme et les prières, à moins d'une
grande nécessité
375. Ils ne puniront les
enfants que pour des fautes certaines, et ne refuseront pas d'écouter les
raisons que les élèves pourraient présenter à leur décharge, s'ils le font en
temps opportun et d'une façon convenable. La punition sera toujours proportionnée
à la gravité de la faute
376. Ils ne donneront pas
de pénitences générales, c'est-à-dire qui atteignent toute une classe ou toute
une division, á moins que ce ne soit une simple retenue
377. La pénitence la plus
ordinaire doit être le pensum, qui consiste à apprendre une leçon ou à écrire
un devoir. Les pénitences courtes mais bien faites sont généralement les plus
efficaces
378. En punissant les
élèves, il faut les traiter avec bonté, estime et respect et éviter
soigneusement toute parole, toute expression injurieuse, méprisante ou propre à
mortifier, à faire de la peine sans juste raison, à aliéner l'esprit des
coupables
379. Les jeunes Frères
prendront souvent l'avis du Frère Directeur au sujet des pénitences qu'ils
seront dans le cas d'infliger; ils n'en donneront aucune un peu grave sans le
prévenir et sans la lui faire approuver
380. On ne pourra, dans
aucun cas, renvoyer un enfant de l'école; cette pénitence, à laquelle on ne
doit avoir recours que pour des motifs très graves, est exclusivement réservée
au Frère Directeur
381. Les Frères feront en
sorte de n'infliger aucune pénitence qui en elle-même ou dans ses
circonstances, puisse être désavouée par la raison. Pour cela ils ont besoin de
l'esprit de prudence, de sagesse et de réflexion qui leur apprendra: 1º à avoir
égard à l'âge, au caractère, à l'intelligence de l'enfant et aux dispositions
de ses parents; 2º à apprécier la nature de la faute, c'est-à-dire, si elle a
été faite par malice ou par légèreté, s'il y a habitude, obstination ou
surprise ou désir de mieux faire de la part des coupables; 3º à tenir compte de
ces diverses circonstances aggravantes ou atténuantes
382. Enfin, pour tout ce
qui concerne la correction, comme pour tout le reste, les Frères se
conformeront à ce qui leur est prescrit dans le Guide des Ecoles
383. Les entretiens avec
les séculiers sont un des grand écueil de la vie religieuse; c'est par les
rapports trop fréquents avec eux que l'esprit religieux sort des communautés,
que celui du monde y pénètre et y introduit les abus, le relâchement et les vices.
Les Frères n'auront avec les personnes du dehors que les rapports
indispensables
384. Ils seront polis
envers tout le monde, et se montreront respectueux et prévenants pour toutes
les personnes avec lesquelles ils auront à traiter; mais ils ne se lieront
d'intimité et n'auront de familiarité avec aucune
385. Ils ne communiqueront
pas sans nécessité aux personnes du dehors ce qui se fait dans l'Institut, tels
que les ordres ou les défenses des Supérieurs, les défauts ou les fautes de
leurs confrères, le renvoi d'un sujet, etc
386. Pareillement, ils ne
communiqueront à personne les Constitutions et les Règles ni les lettres qu'ils
recevront des Supérieurs, à moins qu'ils n'y soient autorisés. Quand ils auront
des doutes ou des peines de conscience, autres que celles dont ils doivent
entretenir leur confesseur, sur les Constitutions ou les Règles, sur les ordres
reçus des Supérieurs, ou sur toute autre chose de ce genre, ils ne prendront
pas conseil des personnes étrangères à l'Institut, mais ils s'adresseront au
Frère Directeur ou aux Supérieurs
387. Leur état les dispense
des visites de bienséance; ils se borneront à celles qui sont nécessaires, et
se contenteront de voir de temps en temps, et quand les intérêts de l'école le
demanderont, les autorités et les bienfaiteurs
388. Les Frères ne feront
pas de visite la nuit, excepté aux autorités, et dans le cas seulement d'une
grande nécessité. Ils devront toujours être deux dans ces visites et rester le
moins de temps possible
389. Les Frères recevront
toujours avec politesse et affabilité les parents des élèves; et, quelle que
soit la conduite de leurs enfants, ils ne doivent pas leur faire des
réprimandes, de menaces déplacées et moins encore leur dire des choses
humiliantes. Sans leur cacher les défauts et les fautes de leurs enfants, ils
leur en parleront toujours de manière à ne pas les froisser, leur faisant
entendre que leurs enfants, malgré leurs défauts, donnent à espérer, et qu'avec
des soins assidus, en agissant de concert, ils parviendront à les corriger et à
les former
390. Les Frères feront
connaître aux parents qu'on ne peut les recevoir pendant les classes, les
repas, les exercices de piété; pour cela on affichera, au besoin, au parloir,
les heures de visite
391. Les personnes qui
auront à parler aux Frères seront introduites au parloir par le portier qui en
avisera d'abord le Frère Directeur; on ne permettra pas qu'elles pénètrent dans
l'intérieur de la maison ni dans les classes
392. L'attachement immodéré
pour les parents étant un obstacle à la perfection et à l'esprit de communauté,
les Frères s'efforceront de se dépouiller de toute affection trop humaine pour
leurs proches, n'ayant avec eux que les rapports indispensables
393. Dans le même esprit,
ils ne leur feront aucune visite sans la permission du Frère Provincial et ne
les inviteront pas à venir les voir, soit à la maison du noviciat, soit dans
les autres maisons, sans la même permission
394. Les Frères
n'entretiendront aucun rapport, même par lettres, avec ceux qui sont sortis de
l'Institut; mais ils se montreront toujours polis à à leur égard et se
conduiront avec eux comme avec les autres personnes du dehors, mais ils ne les
emploieront jamais dans les établissements
395. Les Frères se doivent
tout entiers à leurs devoirs de religieux et d'éducateurs; ils ne se chargeront
donc d'aucune autre affaire et ne prendront part à aucune oeuvre de piété et de
charité, étrangère aux obligations de leur état
396. Les visites actives ou
passives, ainsi que tous les autres rapports des Frères avec les séculiers,
sont un des points sur lesquels ils doivent se garder en Jésus-Christ les uns
les autres avec le plus de soin; si l'un d'eux s'écartait de son devoir sur ce
sujet, ceux qui en auraient connaissance seraient tenus de l'en avertir
charitablement, et, s'il ne s'amendait pas, d'en informer les Supérieurs
397. Les Frères donneront
au clergé, en toute occasion, des preuves de leur soumission, de leur respect
et de leur attachement, et ils s'efforceront d'inspirer ces mêmes sentiments à
leurs élèves
398. Ils regarderont M. le
Curé comme leur père, et, à ce titre, ils recevront toujours, avec un profond
respect, ses avis et ses avertissements; ils le seconderont de tout leur
pouvoir dans tout ce qui a rapport à la bonne éducation des enfants et dans
toutes les oeuvres qui sont selon l'esprit de l'Institut; en un mot, ils ne
doivent faire qu'un avec M. le Curé, se comportant de telle manière que leur
école et leur conduite personnelle soient sa consolation
399. Ce n'est pas assez
pour eux de ne jamais critiquer ou blâmer ni censurer sa conduite ou sa manière
d'administrer la paroisse, ils doivent encore le soutenir auprès de ceux qui se
permettraient d'en parler désavantageusement en leur présence
400. Du reste, les Frères
ne doivent s'immiscer en aucune manière dans les affaires d'administration
ecclésiastique ou civile, sous quelque prétexte que ce soit; ils se garderont
bien aussi de parler, surtout avec les séculiers, des dissentiments et des différends
qu'il y aurait dans la paroisse ou de critiquer la conduite des autorités, se
souvenant toujours qu'ils sont appelés uniquement pour l'instruction et
l'édification de la jeunesse
401. Dans le même esprit,
ils éviteront de perdre du temps à lire les journaux. On ne s'abonnera à aucun
périodique sans la permission du Frère Provincial
402. Ils se montreront
respectueux à l'égard des personnes d'autorité, et feront tout ce qui dépendra
d'eux pour les intéresser à l'école
403. Il est important aussi
qu'ils s'entendent bien avec le clergé de la paroisse ou l'aumônier de la
maison. C'est en agissant de concert qu'ils feront le bien aux enfants et
édifieront les fidèles.
404. Si quelque autorité
ecclésiastique ou civile demandait aux Frères des services opposés aux
Constitutions ou aux Règles si elle leur proposait quelques changements dans la
manière de tenir l'école, ou si elle voulait leur donner quelque permission extraordinaire,
ils devraient lui faire connaître respectueusement ce qui leur est permis de
faire et la prier de trouver bon qu'ils y conforment leur conduite. Si elle
insiste, ils la supplieront d'agréer qu'avant d'agir, ils aient recours au
Frère Provincial, pour en obtenir la permission
405. S'il arrivait, que les
Frères eussent quelques difficultés avec les autorités, ils se garderont bien
d'écrire pour se justifier, et encore moins pour faire des reproches. D'abord,
ils ne doivent pas se servir de cette voie pour s'expliquer avec ces personnes,
sans la permission du Frère Provincial et sans lui avoir soumis préalablement
leurs lettres; ensuite ce n'est pas dans un moment d'irritation, ou sous
l'influence d'une passion quelconque, qu'il convient de le faire, de crainte de
manquer de respect à des personnes que l'on a tant de raisons d'honorer et de
ménager
406. Il n'est pas permis
aux Frères de manger chez M. le Curé, ni, à plus forte raison, chez aucun
séculier, sans une grande nécessité
407. Les Frères,en règle
générale, n'exerceront à l'église aucune fonction; cependant ils pourront
servir la messe ou chanter pendant les offices, pourvu que la surveillance des
enfants soit assurée
408. Quand un évêque visite
une maison de l'Institut, on lui fait une réception en rapport avec les
circonstances et avant son départ, on lui demande sa bénédiction que l'on
reçoit à genoux
409. Les Frères formeront
les enfants, par leurs exemples et par leurs leçons, à aimer et à respecter
l'autorité civile et à obéir aux magistrats dont le pouvoir émane de Dieu
lui-même
410. Les Frères ne feront
aucun voyage, ni même aucune visite dans les maisons de leur province
respective, sans une autorisation régulière du Frère Provincial. Pour tout
voyage extraordinaire, ils devront être munis d'une permission du Frère
Supérieur Général
411. Dans les voyages et en
se rendant dans les maisons où ils sont envoyés, les Frères ne s'écarteront pas
de l'itinéraire tracé, à moins que quelques circonstances imprévues ne les y
obligent
412. On ne recevra pas dans
la communauté un Frère que l'on ne connaît pas et qui n'aurait pas de lettre
d'obédience
413. On voyagera seul le
moins possible, et jamais sans permission. Les Frères qui voyageront ensemble
auront soin de ne pas se quitter
414. Par esprit de
mortification et de pénitence et pour imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ, les
Frères, dans les voyages, seront fidèles à l'esprit de pauvreté de leur état
415. En voyage, les Frères
prendront les précautions convenables pour ne pas compromettre leur santé
416. Dans les voyages, les
Frères se conformeront autant qu'il dépendra d'eux pour les repas à la manière
de vivre pratiquée dans l'Institut, surtout pour la boisson. Ils se feront
servir à part, si cela est possible, évitant de se joindre aux séculiers, de
lier conversation avec eux ou de se rendre trop libres avec qui que ce soit,
particulièrement avec les personnes du sexe
417. Dans les voyages, il
faut, autant qu'on le peut, entendre la sainte Messe, faire la communion et ne
point omettre les autres exercices de piété. Si l'on ne peut entendre la sainte
messe, il convient d'y suppléer en consacrant quelque temps de plus à la
méditation ou à la prière vocale
418. En voyage et toutes
les fois que les frères se trouveront avec les séculiers, ils veilleront à leur
donner bon exemple en tout. Pour cela, ils doivent: 1º prendre et conserver un
maintien grave, doux et modeste qui annonce un coeur content et heureux de
servir Dieu; 2º parler peu et éviter de prendre part aux conversations
mondaines et aux discussions politiques ou autres; 3º être polis avec tout le
monde sans pourtant se rendre familiers avec personne; 4º savoir se gêner pour
rendre service et accommoder les autres, toutes les fois qu'ils en auront
l'occasion; 5º saisir à propos les moments les plus convenables pour
s'acquitter de leurs exercices de piété, les faisant sans bruit, sans
affectation; mais aussi avec une sainte liberté, n'en laissant jamais aucun par
respect humain; 6º exercer sur eux-mêmes une continuelle vigilance,
particulièrement sur leurs regards, de manière que tout en eux soit digne,
édifiant et puisse porter le prochain à Dieu
419. En partant, ils ne
manqueront pas de dire les prières de l'itinéraire ou quelque autre pour se
recommander à Dieu. De plus, ils se mettront, d'une manière particulière, sous
la protection de la sainte Vierge et de leur ange gardien
420. Partout où il y a une
maison de l'Institut, ils s'y retireront pour prendre leur repas et pour
coucher, et ils ne pourront aller chez les étrangers sans la permission du
Frère Provincial
421. Dans les voyages, les
Frères seront soumis en tout à celui qui sera désigné pour avoir autorité sur
eux. Lorsqu'ils logeront dans les maisons de l'Institut, ils seront subordonnés
au Frère Directeur et lui demanderont les permissions d'usage. En outre, ils
feront en sorte d'édifier les Frères par leur modestie, par leur exactitude aux
exercices de communauté, et par leur retenue dans les paroles
422. Ils éviteront avec
soin, dans les voyages, parler trop fort, de rire aux éclats, de discuter avec
qui que ce soit, de courir, de regarder sans retenue çà et là pour satisfaire
leur curiosité, particulièrement en passant dans les villes; en un mot, ils ne
se permettront aucune action ni aucune parole qui puisse blesser la modestie
convenable à leur état
423. A leur retour, les
Frères rendront compte au Frère Directeur, de la manière dont ils se sont
comportés pendant le voyage
424. Pour les longs
voyages, particulièrement sur mer, les Frères se traceront un horaire quotidien
se rapprochant autant que possible, de celui de la communauté. Ils éviteront de
prendre part aux distractions et aux réjouissances mondaines où leur présence
pourrait scandaliser. Ils noteront toutes leurs dépenses et en feront connaître
le détail au Frère Provincial
425. La charité est le
précepte de Jésus-Christ et la marque de ses vrais disciples; c'est elle qui
unit les coeurs et fait le bonheur de la vie religieuse; sans elle, il n'est
pas possible que la paix et l'union règnent dans les communautés, dit Notre-Seigneur, (Matth.,
12, 25)
426. Les Frères seront donc
tous unis par une sincère affection en Jésus-Christ; ils n'auront qu'un coeur
et qu'une âme comme les enfants d'une même famille, se rappelant que c'est pour
s'aimer, s'édifier et s'aider à parvenir à la sainteté qu'ils se sont réunis en
communauté
427. Ils fuiront avec soin
tout genre de contestation et de dispute, surtout en matière politique et de
nationalisme, se souvenant que la politesse, l'humilité et la charité
chrétiennes exigent qu'ils cèdent à leurs Frères et se rangent à leur avis en
tout ce qui n'est pas contraire au devoir. Cependant, si un Frère tenait
quelque propos contraire à la vérité, à la charité, ils devraient l'avertir
avec modestie ou marquer leur désapprobation par leur silence
428. Dans leurs rapports
avec les étrangers et surtout avec les élèves, ils ne manqueront pas de faire
paraître l'estime, le respect et l'affection qu'ils se portent mutuellement, de
même que l'union et le parfait accord qui règnent entre eux. Si quelqu'un
blâmait un Frère ou critiquait sa conduite, en leur présence, ils prendront son
parti, donnant adroitement à ce qu'on lui reproche la tournure la plus
favorable sans blesser la vérité
429. Ils éviteront
soigneusement de se reprendre ou de s'avertir devant les élèves, et devant les
personnes du dehors; jamais ils ne feront ni ne diront rien qui puisse faire
deviner les petites difficultés et les petites misères qu'ils pourront éprouver
entre eux, ou diminuer l'estime de ces personnes pour la Congrégation
430. Ils aimeront également
tous leurs Frères, et n'auront pour aucun de ces amitiés particulières qui sont
la ruine de la charité commune
431. C'est en se rendant
service en toute occasion, en s'aidant et en se supportant mutuellement que les
Frères se témoigneront l'affection qu'ils se portent; rien ne doit leur coûter
lorsqu'il s'agit d'assister ceux qui sont dans le besoin, en particulier les
Frères âgés, malades ou infirmes. Les jeunes Frères doivent être aussi l'objet
d'attentions spéciales; on s'empressera de les aider et de les encourager dans
leur emploi, et on aura pour eux, particulièrement devant les élèves, toutes
sortes d'égards et de prévenances
432. Ils s'efforceront de
s'édifier et de se porter au bien par leurs discours, par leur application au
travail, par leur dévouement, par leur régularité, par la pratique continuelle
de l'humilité, du recueillement et de la charité fraternelle
433. Ils se parleront
toujours d'une manière respectueuse, mais avec simplicité et sans affectation;
ils traiteront entre eux comme en famille, évitant tout ce qui pourrait choquer
ou offenser quelqu'un de leurs Frères et diminuer le respect qu'ils se doivent
434. Si un Frère venait à
manquer de respect ou faire de la peine à un autre en quoi que ce soit,
celui-ci ne cherchera pas à s'en plaindre et moins encore à s'en venger; mais,
oubliant tout, il agira toujours à son égard avec humilité, avec charité et sans
lui témoigner la moindre froideur
435. Ils s'avertiront
charitablement de leurs défauts, et se feront remarquer avec simplicité tout ce
qui, dans leur conduite ou dans leur dans leur emploi, aurait besoin d'être
réformé, et généralement tout ce qui serait contraire à la régularité et à
l'édification du prochain
436. De plus, ils se
regarderont comme obligés de faire connaître aux Supérieurs les défauts ou les
fautes de leurs Frères qui seraient de nature à scandaliser le public ou à
compromettre l'Institut.
437. S'il arrivait qu'un
Frère eût avec les séculiers ou avec les enfants des rapports dangereux, s'il
tenait des discours capables de scandaliser, s'il transgressait les Constitutions
ou les Règles en matière grave, s'il introduisait quelque abus dans la maison,
ceux qui seraient témoins de sa conduite devraient d'abord l'en avertir, et
s'il ne s'amendait pas, en donner avis aux Supérieurs
438. Les Frères ne
communiqueront qu'aux Supérieurs de l'Institut ce qu'ils auraient aperçu de
contraire aux Constitutions ou aux Règles dans les maisons et dans la conduite
des Frères. Ils veilleront aussi de ne jamais se communiquer les petites
antipathies qu'ils auraient pu éprouver contre certains Frères et les
difficultés qu'ils auraient eues avec eux
439. Toutes les fois qu'ils
se trouveront dans le cas de porter un jugement sur un de leurs Frères et de
faire connaître sa conduite aux Supérieurs, ils devront: 1º implorer les
lumières du Saint-Esprit et examiner devant Dieu avec calme, ce qu'ils devront
dire; 2º se dépouiller de toute prévention et de tout motif d'intérêt propre;
3º prendre pour règle dans cet examen la charité qui, dans le doute, est
toujours portée à interpréter en bien plutôt qu'en mal et qui est indulgente,
même s'il s'agit des choses certaines; 4º dire ensuite aux Supérieurs avec
simplicité et sincérité, les faits tels qu'ils se sont passés sans rien
exagérer
440. La fin de la
récréation est: 1º de reposer et de délasser l'esprit et le corps; 2º
d'entretenir parmi les Frères l'esprit de société, d'union et de charité; de
leur fournir l'occasion de s'édifier, de s'encourager et de se donner, comme
dit saint Paul, une mutuelle consolation dans la foi et la vocation qui leur sont
communes. Mais, pour que la récréation serve aux fins pour lesquelles elle a
été établie, il est nécessaire que les Frères soient très exacts à observer ce
qui leur est prescrit dans ce chapitre
441. La récréation est un
exercice de communauté, tous les Frères s'efforceront donc de s'y trouver, à
moins que l'obéissance ne les retienne ailleurs; encore doivent-ils s'y rendre
dès qu'ils ont terminé ce dont ils étaient chargés
442. Aucun ne quittera la
récréation sans permission, ni ne s'écartera pour être seul, ou pour parler ou
se promener en particulier avec un autre Frère
443. Les Frères ne
prendront pas leur récréation avec les séculiers et ne permettront pas que
ceux-ci la prennent dans la maison ou ses dépendances
444. En récréation, ils ne
s'appliqueront pas à l'étude ni à aucun travail sérieux ou qui empêche d'être
avec les autres et de prendre part aux entretiens; ils pourront seulement se
livrer ensemble à la culture ou à quelque autre occupation de ce genre
445. Les Frères se
joindront sans affectation aux premiers qu'ils rencontreront, et ils se
récréeront avec tous indifféremment, de manière à ne laisser apercevoir aucun
germe de sympathie ou d'antipathie pour ou contre quelqu'un
446. En récréation, il faut
être gai, doux, franc et cordial; chacun se fera un devoir de faire passer le
temps saintement et agréablement, de contribuer à la conversation ou aux
amusements innocents, selon qu'il le peut, et d'être pour ses Frères un modèle
de vertus religieuses et sociales
447. Les Frères y garderont
fidèlement les règles de la civilité et traiteront tout le monde avec
déférence; ils supporteront les défauts de leurs confrères, souffriront avec
joie ou au moins dissimuleront tout ce qui pourrait leur faire de la peine,
comme les manques d'égards, les railleries, etc., et prendront en bonne part
tout ce qui n'est dit ou fait que pour passer le temps
448. Les Frères
s'entretiendront ordinairement de sujets édifiants, des matières d'étude, de ce
qui concerne les classes ou autres choses semblables
Du moins, on ne manquera
pas de faire entrer quelques mots d'édification dans les entretiens, afin de ne
pas perdre le souvenir de la présence de Dieu, et de faire toutes ses actions
pour sa gloire
449. Les Frères ne
parleront pas, dans les récréations, des vanités et des divertissements du
monde, des différends qui pourraient exister entre les autorités locales
450. Ils se garderont de
toute médisance et ne parleront jamais, même entre eux, des défauts et des
fautes de leurs confrères ou de leurs élèves, se rappelant que la médisance est
en horreur à Dieu et que selon l'Ecriture la mauvaise langue est digne de
malédiction (Ecc., XXVIII, 13-15)
451. Ils éviteront aussi
les paroles de duplicité, de raillerie, de bouffonnerie, de mépris, de vanité,
et toutes celles qui tendraient à blesser la bienséance, la modestie, ou qui
pourraient faire de la peine à quelqu'un
452. Ils ne
s'entretiendront pas sans nécessité des besoins du corps, tels que le boire, le
manger, etc. Les entretiens de cette nature ne conviennent pas à des religieux
et peuvent porter atteinte au bon esprit
453. Pareillement, ils
éviteront de parler plusieurs ensemble, c'est-à-dire, de se couper la parole
comme aussi de parler trop fort ou trop vite, de rire aux éclats, de crier ou
de chanter de manière à être entendus des voisins et à les scandaliser
454. Les Frères pourront se
livrer à des jeux qui n'ont rien de contraire à la gravité et à la modestie
religieuse, mais ils ne joueront à aucun jeu lucratif
455. Ils veilleront à ne
pas trop se dissiper ni s'échauffer au jeu, de ne pas ouvrir leur habit, ni le
relever au-dessus des genoux pour être plus à l'aise
456. Un Frère doit éviter
toute attache immodérée au jeu et toute contestation irritante; il doit savoir
céder à propos, et ne rien dire ni ne rien faire qui puisse blesser les
convenances religieuses
457. Dans leurs
conversations et dans toutes leurs manières, les Frères doivent joindre la
simplicité à la dignité; ils se souviendront qu'ils sont Frères, et
conséquemment que leurs récréations et leurs rapports entre eux doivent avoir
le laisser-aller, le ton et les charmes de la famille
458. En récréation, les
Frères doivent éviter: 1º de se rendre incommodes aux autres par un air triste
et mélancolique ou par un sérieux affecté; 2º de parler trop souvent
d'eux-mêmes, de leurs actions, de leurs parents et de leur pays; 3º de se
moquer de qui que ce soit, de tourner quelqu'un en ridicule ou de lui reprocher
ses défauts; 4º de parler trop de chaleur et de soutenir leurs idées avec
opiniâtreté; 5º de faire des jeux de mains, des légèretés, des badineries
contraires à la gravité religieuse; 6º de toucher aux fruits et aux arbres, de
gâter ou de détériorer les objets de jeux et autres
459. Dès que la cloche
sonne la fin de la récréation, on cesse les jeux et les conversations, et l'on
se rend promptement à l'exercice qui doit suivre
460. Un Frère ne sortira
pas seul sans la permission du Frères Directeur; il devra être accompagné par
un confrère
461. Si le Frère Directeur
est obligé de sortir, il désignera au Frère Sous-Directeur ou à celui qui
préside en son absence le lieu où il va et le Frère qu'il prend pour
l'accompagner
462. Toutes les fois qu'ils
sortiront de la maison, ils porteront le costume religieux complet
463. Les jours de congé
hebdomadaire, si le temps le permet, après le chapelet, les Frères feront une
promenade, étant toujours ensemble, ou divisés par groupes, si la communauté
est nombreuse
464. Dans les sorties, les
Frères éviteront, autant que possible, de passer par les places ou les
promenades publiques et de s'arrêter dans les rues
465. Quand les Frères
conduiront des enfants en promenade, ils les surveilleront exactement, et ils
exigeront qu'ils restent sous leurs yeux, ne leur permettant pas de s'écarter,
de se cacher, de se contrarier, de faire de dégâts à quoi que ce soit, et, si
on les autorise à jouer, on veillera à ce qu'ils ne disent et ne fassent rien
de contraire à l'honnêteté et à la décence
466. Les Frères choisiront
de préférence pour leurs promenades les lieux les moins fréquentés, et n'iront
pas chez les particuliers sans une véritable nécessité, et sans permission du
Frère Directeur. Celui-ci ne peut organiser d'excursions ou de promenades
extraordinaires, qu'il s'agisse des Frères ou des élèves, qu'avec la permission
du Frère Provincial
467. Dans les visites, les
Frères en se salueront en disant: . C'est le
Frère Directeur ou le plus ancien de profession qui commence ce salut
468. Dans ces visites, les
Frères s'efforceront de s'édifier mutuellement par leur retenue, leur modestie,
leur affabilité, leur charité, et leur empressement à se rendre service, et à
se communiquer les moyens qu'ils emploient pour bien faire la classe
469. Ils n'omettront aucun
de leurs exercices de piété et les feront tous en commun, comme à l'ordinaire.
La régularité ne doit pas souffrir de ces visites et notamment le lever et le
coucher. Il n'y aura d'extraordinaire, dans les repas, que ce qui est prévu par
la règle
470. On n'accordera aux
Frères, qu'avec réserve et pour des raisons sérieuses, la permission de visiter
leurs parents, surtout avant la profession perpétuelle
471. Si c'est une chose
blâmable dans un religieux de prendre un soin trop grand et trop inquiet de son
corps et de sa santé, c'en est une louable, juste et nécessaire d'en prendre un
soin raisonnable et de veiller avec prudence et discrétion à la conservation de
ses forces; c'est même un devoir pour des personnes vouées par état à
l'enseignement
472. L'esprit de pénitence
et de mortification, l'exemple de Jésus-Christ et des saints doivent inspirer
aux Frères une sainte haine pour leur corps et les porter à lui refuser tout ce
qui n'est propre qu'à satisfaire la sensualité. Cette conduite, sans nuire à
leur santé et sans affaiblir leurs forces, leur donnera une grande vigueur dans
d'âme et leur facilitera la vertu
473. D'un autre côté, comme
la santé leur est indispensable pour tendre au but secondaire de leur vocation,
c'est pour eux un devoir d'éviter tout ce qui pourrait l'altérer: comme toute
imprudence dans le travail et dans l'étude, toute pénitence extraordinaire sans
permission. Ils doivent se nourrir selon l'usage de l'Institut, avoir pour le
linge et les habits tout ce que demandent la nécessité et la propreté, avertir
le Frère Directeur ou le Frère Provincial quand ils sont fatigués ou qu'ils
manquent du nécessaire
474. Pareillement, si dans
l'emploi qui leur est confié, il y a des choses qui nuisent gravement à leur
santé, si le climat des lieux où ils sont placés est contraire à leur
tempérament, si leur classe ou le logement n'est pas sain, ils en préviendront
le Frère Provincial. Toutefois, avant d'en venir là, ils devront: 1º consulter
Dieu dans la prière, et examiner si les choses sont telles qu'elles leur
paraissent, si elles sont assez importantes pour être exposées au Frère
Provincial, s'ils ne se recherchent pas eux-mêmes et s'ils n'ont en vue que la
gloire de Dieu et le désir de se conformer aux Constitutions et aux Règles; 2º
exposer leur état et leur besoin avec simplicité, sans insister, sans presser
ni faire presser par d'autres, être également contents, soit qu'on leur refuse,
soit qu'on leur accorde, se persuadant que ce que le Frère Provincial fera,
étant informé, sera toujours le plus agréable à Dieu et le plus utile pour eux
475. Le Frère Directeur
doit être attentif pour que chacun prenne la nourriture qui lui est nécessaire
et les aliments qui conviennent à son état; que les Frères âgés ou infirmes ne
soient pas surchargés de travail, qu'ils prennent le repos convenable et s'il
sont malades, qu'ils emploient les remèdes qui leur sont prescrits
476. Quand un Frère est
malade, quelle que soit son indisposition, il doit la faire connaître. Le Frère
Directeur fera appeler le médecin, s'il y a lieu, ou lui conduira le malade.
Si, d'après l'avis du médecin, il y a du danger, ou si la maladie semble devoir
être longue, il faudra en prévenir le Frère Provincial
477. Pour se conformer aux
exemples du Vénérable Fondateur, on ne calculera pas sur les dépenses que
peuvent occasionner les malades et les infirmes. On doit les regarder comme les
membres crucifiés de Jésus-Christ, comme un trésor et un sujet de bénédiction
pour l'Institut, et, dans ces sentiments, leur prodiguer tous les soins que
réclame leur état
478. D'un autre côté, les
Frères ne doivent jamais, en maladie comme en santé, se départir de l'esprit de
pauvreté et de pénitence dont ils ont fait profession. Ainsi, on évitera de
porter les malades à des sensualités et à des délicatesses qui, sans soulager
leur corps, nuiraient á leur âme et les priveraient du mérite de la maladie.
Dans le choix des remèdes qui ont à peu près la même efficacité, on donnera la
préférence à ceux qui sont les plus communs et les moins dispendieux
479. On devra se montrer
très difficile pour permettre aux Frères de faire des séjours dans les stations
balnéaires, à cause des dangers qu'y rencontreront la vertu et l'esprit
religieux
480. Le Frère infirmier
sera plein de bonté et de charité pour les Frères malades. Quelle que soit la
nature de la maladie ou les défauts du Frère malade, il se gardera bien de
laisser paraître de la répugnance et du dégoût; de même, il saura dissimuler et
supporter, sans aucun reproche les fantaisies, la mauvaise humeur et les
plaintes que le mal pourrait occasionner aux Frères malades. Il leur donnera
exactement et dans le temps marqué les remèdes et la nourriture qui leur
conviennent, suivant en tout les prescriptions du médecin ou du Frère Directeur
481. Il ne fatiguera pas
les malades par des interrogations hors de propos sur leur état, sur l'effet
des remèdes et sur leurs souffrances, et il fera en sorte que tous ceux qui les
visitent se conduisent de même
482. Il faut parler peu aux
malades et d'un ton très modéré. Il vaut mieux parfois converser auprès d'eux
avec un autre Frère sur des choses qui leur sont agréables et qui les édifient
plutôt que de les faire parler eux-mêmes
483. Il faut bien se garder
de jeter le trouble dans l'esprit et dans l'âme des malades par des avis ou des
représentation sur leur peu de vertu, à l'occasion de leur répugnance pour
certains remèdes ou des faiblesses qui pourraient leur échapper. Si un avis
paraissait quelquefois nécessaire, il faudrait le donner avec tout le ménagement
et toute la douceur possibles
484. Les Frères malades, de
leur côté, observeront ce qui suit, autant que leur état le leur permettra: 1º
ils s'efforceront de sanctifier leurs souffrances par la patience, la
résignation et l'humilité, par la force et le courage avec lesquels ils
tâcheront de supporter leurs maux, diminuant, autant qu'il dépend d'eux, la
peine de ceux qui les servent; 2º ils éviteront de rechercher les soulagements
superflus, de porter une attention trop grande sur leur mal et de s'occuper
trop des remèdes et de leur efficacité; 3º ils demanderont avec confiance et
simplicité tout ce dont ils auront besoin ou qui pourrait les soulager; 4º ils
se montreront pleins de respect et de reconnaissance pour ceux qui les servent
ou qui leur rendent visite; 5º ils uniront souvent leur souffrances à celles de
Jésus-Christ, faisant de temps en temps des actes d'amour, de contrition, de
confiance, de résignation, ou, s'ils ne peuvent les proférer de bouche,
regardant du moins l'image du divin Sauveur ou celle de son auguste Mère, et se
jetant affectueusement entre leurs bras; 6º enfin, ils obéiront au Frère
infirmier et au médecin comme aux Supérieurs, ne faisant rien, ni ne prenant
rien sans avoir obtenu préalablement leur permission
485. Le Frère infirmier et
tous ceux qui rendent visite aux Frères malades, ne manqueront pas de leur
suggérer de saintes pensées, de sentiments pieux, et de leur faire produire des
actes de vertu en rapport avec leur état
486. Les Frères anciens ont
aussi droit à des attentions spéciales en raison des services qu'ils ont rendus
à l'Institut ou de leurs infirmités. On les entourera de tous les soins et
prévenances qu'inspirent la charité religieuse et l'esprit de famille
487. Dans les maisons où il
y a des Frères occupés à des travaux manuels: cuisiniers, tailleurs,
jardiniers, etc., il leur sera donné par le Frère Directeur, un règlement
approprié à leur genre de travail. Ce règlement sera communiqué au Frère
Provincial
488. Ils ne forment pas une
catégorie distincte, ils ont les mêmes obligations religieuses que leurs
confrères et ont droit aux mêmes égards. Ils participent à tout le bien qui se
fait dans l'Institut, puisqu'ils aident à sa bonne marche
489. On ne les dispensera
pas, sans raisons sérieuses, de faire avec la communauté tous les exercices de
piété, et si parfois ils en sont empêchés, ils ne manqueront pas de s'en
acquitter en leur particulier, afin de ne pas se priver d'un des principaux
bienfaits de la vie religieuse
490. Pour ne pas s'exposer
à vivre dans une certaine ignorance des vérités religieuses ou à n'avoir qu'une
connaissance imparfaite de leurs devoirs et des mérites qu'ils peuvent
acquérir, ils s'efforceront de bien profiter, non seulement de l'étude religieuse
et de la lecture spirituelle de Règle, mais d'y ajouter autant qu'ils le
pourront, quelques études catéchistiques ou des lectures ascétiques
personnelles choisies d'accord avec le Frère Directeur
491. Suivant le conseil du
Vén. P. Champagnat, ils pratiqueront avec grand soin l'exercice de la présence
de Dieu, non seulement par la prière de l'heure, mais par de fréquentes
oraisons jaculatoires
492. Ils s'appliqueront à
imiter dans leurs travaux l'humilité, le recueillement, la modestie, l'esprit
de pénitence et de prière de Jésus, de Marie et de Joseph travaillant dans la
maison de Nazareth
493. Ils se dédommageront de ne pouvoir faire le
catéchisme en donnant un but apostolique à leurs travaux, les offrant souvent à
Dieu pour l'Eglise, la Congrégation, la Communauté ou tout autre intention
pieuse, en particulier celles de l'Apostolat de la Prière. De plus, s'ils ont
sous leur direction des séculiers employés comme domestiques, ils seront avec
eux, dignes, charitables, édifiants et les porteront à l'accomplissement de
leurs devoirs religieux
494. Ils seront exacts et
ponctuels pour commencer leur travail à l'heure fixée par le règlement et ils
le poursuivront avec application
495. Ils veilleront à
l'ordre et à la propreté sur leur personne, sur leurs habits, ainsi que dans
leur atelier ou le secteur qui leur est confié. Ils prendront un grand soin des
instruments de travail, des outils et machines, les faisant réparer à temps et
les tenant nettoyés et rangés à leur place
496. L'ordre et la propreté
sont particulièrement nécessaires aux Frères chargés de la cuisine, de la
dépense et des provisions en général, tant pour ne rien laisser perdre que pour
ne pas s'exposer à servir des denrées avariées qui pourraient nuire à la santé
497. Ils seront pleins de
charité pour les Frères, ils les serviront avec joie et avec respect, se
rappelant que c'est à Jésus-Christ qu'ils rendent service en leur personne
498. Si les Frères en
second leur donnaient des conseils ou voulaient indiquer ce qu'ils doivent
faire, ils l'exposeraient au besoin au Frère Directeur et s'en rapporteraient
absolument à son avis
499. Ils seront très soumis
au Frère Directeur
Ils n'entreprendront rien
d'important, n'achèteront, ne vendront, ne donneront rien sans sa permission et
le tiendront au courant de tout ce qui concerne leur emploi
500. Par esprit de famille,
ils s'efforceront de contribuer au bon ordre et à l'édification de la
communauté et ils prendront soin des biens de la maison comme de biens
personnels
501. Ils garderont le
silence en s'occupant à leur travail, et ils veilleront à ne pas se dissiper ni
à perdre leur temps avec qui que ce soit
502. Ils éviteront
soigneusement de se rendre familiers avec les séculiers. Ils ne sortiront de la
maison qu'avec la permission du Frère Directeur et dans les commissions qu'ils
auront à faire, ils seront modestes, polis, mais réservés
503. Les Frères occupés à
un travail manuel, doivent fuir l'oisiveté. Dans les temps libres laissés par
leur emploi, ils s'occuperont selon les intentions du Frère Directeur
504. Les Frères chargés de
la cuisine feront en sorte que les repas soient toujours prêts à l'heure. S'ils
sont chargés de préparer la table, ils veilleront à ce que tout soit arrangé
avec goût, ordre et symétrie
505. Ils doivent être
attentifs pour bien assaisonner les mets, et quoiqu'il ne faille pas rechercher
ce qui peut flatter le goût, il est pourtant nécessaire que les Frères aient
une bonne nourriture et qu'elle soit convenablement préparée
506. Un Frère pieux, humble
et animé de l'esprit de son état ne craindra jamais d'être chargé d'un emploi
manuel; au contraire, il s'en réjouira, parce qu'il trouvera dans cet office de
fréquentes occasions d'être utile à ses Frères, de pratiquer l'humilité, la
mortification, et d'imiter Jésus-Christ, qui est venu sur terre, non pour être
servi, mais pour servir les autres, et qui disait à ses Apôtres: (Luc, 22, 27)
507. Pour se conformer au
canon 596, ainsi conçu: "Tous les religieux porteront l'habit de leur
religion, soit dans la maison soit au dehors, à moins qu'une grave raison n'en
excuse, au jugement du Supérieur majeur, ou, s'il y a urgence, du Supérieur
local", les Frères employés aux travaux manuels ne quitteront pas leur
costume religieux sans nécessité, ni sans permission, et le reprendront
toujours pour assister aux exercices de communauté