REGLES COMMUNES DE 1947

 

1. Le but des Petits Frères de Marie est: 1º de travailler à la plus grande gloire de Dieu, à l'honneur de la Très Sainte Vierge Marie et à leur propre sanctification; 2º de procurer le salut des âmes en instruisant les enfants des vérités de notre sainte religion et en les formant aux vertus chrétiennes. A cette fin, ils tiendront des écoles où ils donneront avant tout à leurs élèves l'instruction et l'éducation chrétiennes, et aussi les connaissances qui pourront leur être nécessaires plus tard

 

2. Les membres de cet Institut porteront le nom de Frères, afin de se rappeler sans cesse qu'ils ne forment tous qu'une même famille, qu'ils doivent s'aimer, s'édifier et s'aider mutuellement à parvenir à la sainteté

 

3. La perfection d'un Frère dépendant principalement de sa régularité et de sa manière de vivre selon l'esprit propre de sa vocation, les Petits Frères de Marie s'appliqueront par dessus tout à acquérir et à conserver l'esprit de leur Institut, à en étudier d'abord les Constitutions et ensuite les Règles; et ils travailleront de toutes leurs forces à s'y conformer le plus parfaitement possible

 

4. Par amour pour Notre Seigneur, ils se détacheront de toutes les choses de la terre, et en particulier de leurs parents et de tout ce qu'ils ont laissé dans le monde, se rappelant que c'est à eux surtout que s'adressent ces paroles de Jésus-Christ: Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple (Luc,XIV,33). Et ces autres: Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi (Matth.,X,37)   5. La vocation à la vie religieuse étant une des plus grandes grâces que Dieu puisse faire à une âme, ceux que la divine bonté a retirés du monde pour les faire entrer dans l'Institut des Petits Frères de Marie, doivent lui en rendre de continuelles actions de grâces, et prendre tous les moyens pour persévérer dans leur saint état, malgré les difficultés qu'ils pourront éprouver; car abandonner sa vocation, c'est risquer de se perdre

 

6. Les Frères se proposeront d'acquérir les vertus solides et parfaites, telles qu'une humilité profonde, une obéissance entière, une abnégation continuelle d'eux-mêmes, un amour tendre et généreux pour Jésus-Christ et pour sa divine Mère, et un zèle ardent pour les salut des âmes. Ils s'efforceront de se tenir dans la voie de l'humilité, de la simplicité et de la modestie qui forment le caractère propre de cet Institut. C'est par la pratique constante de ces vertus qu'ils travailleront efficacement à leur perfection et qu'ils se rendront véritablement utiles au prochain

 

7. Le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, qui doit être une des principales vertus des Frères, doit les porter à acquérir les vertus et les connaissances nécessaires pour instruire solidement les enfants des mystères de notre sainte foi et des vérités du salut, pour conserver leur innocence, pour former leur coeur à la vertu et pour leur faire aimer et pratiquer la religion; en un mot, le zèle demande s'eux qu'ils prennent tous les moyens que leur fournit leur Institut pour faire connaître Jésus-Christ, et qu'ils consacrent leurs travaux, leurs forces, leur santé, leur vie entière à la sanctification des enfants

 

8. Les Frères regarderont les exercices de piété comme le moyen le plus propre et le plus efficace pour éviter le péché, pour corriger leurs défauts, et pour bien faire toutes choses, suivant ce mot de l'Apôtre: La piété est utile à tout (I Tim., IV, 8)

 

9. Ils ne doivent rien tant désirer que l'esprit de prière et le don d'oraison; car qui sait bien prier, sait bien vivre, dit saint Augustin. De ce point important dépend la conduite de leur vie: elle sera bien ou mal réglée selon qu'ils s'acquitteront bien ou mal de leurs exercices de piété

 

10. Tous les jours ils feront une demi-heure d'oraison mentale. Si quelqu'un ne pouvait faire l'oraison ou tout autre exercice de piété avec la communauté, le Frère Directeur lui indiquerait un temps dans la journée pour s'en acquitter

 

11. Le sujet de méditation se lira en abrégé seulement, après la prière du soir; et en entier, le matin, au commencement de l'oraison

 

12. Les Frères ne doivent pas se contenter de cette courte méditation du matin; mais ils tâcheront de la continuer dans les différentes actions de la journée par le souvenir de la présence de Dieu et par la pratique des oraisons jaculatoires

 

13. Afin d'acquérir la pureté de l'âme et cette solide connaissance de soi-même qui est si nécessaire pour corriger ses défauts et travailler à sa perfection, ils feront tous les jours dix minutes d'examen de conscience

 

14. Ils feront tous les jours un quart d'heure de lecture spirituelle dans les ouvrages désignés par le Calendrier religieux ou approuvés par le C.F. Provincial. Cette lecture se fera en communauté

 

15. Ils réciteront tous les jours l'office de la sainte Vierge pour conjurer cette bonne Mère de bénir les écoles, de protéger et de conserver l'Institut. L'office doit se dire en communauté, autant que possible. Les Frères auront soin de le réciter posément, attentivement et dévotement, de bien prononcer tous les mots et de marquer la médiante

 

16. Le chapelet doit être la prière chérie des Petits Frères de Marie; ils le diront tous les jours et se feront un devoir d'en inspirer la dévotion à leurs enfants et de leur apprendre à le bien dire

 

17. Ils ne s'imposeront ostensiblement aucune pratique de piété extraordinaire sans la permission des Supérieurs; ils ne s'agrégeront à aucune association ou confrérie sans la même permission; mais ils mettront toute leur application à s'acquitter parfaitement des exercices de piété prescrits par leurs Règles

 

18. Dans les maisons provinciales, de retraite et de formation, on fera en communauté le Chemin de la Croix le vendredi, excepté pendant le temps pascal et depuis Noël jusqu'après l'octave de l'Epiphanie.   19. La sainte messe étant la plus précieuse et la plus avantageuse de toutes les dévotions, les Frères y assisteront chaque jour et ils se garderont bien de la manquer par leur faute. S'il peuvent l'avoir à une heure convenable, ils y conduiront leurs élèves

 

20. Pour entendre la sainte messe, ils se serviront autant que possible d'un livre de prières et de préférence du Missel Romain

 

21. La divine Eucharistie étant la source de tous les biens, le moyen le plus puissant de sanctification, les Frères auront une dévotion spéciale à Jésus dans le Sacrement de son amour, et selon le désir de l'Eglise, ils communieront autant que possible chaque jour, avec de saintes dispositions

 

22. Pour rendre leurs communions plus ferventes et pour en retirer plus de fruits, ils s'y proposeront une intention particulière, comme de demander une grâce spéciale pour eux, pour l'Institut, pour les enfants qui leur sont confiés, etc. Le dimanche, ils offriront leur communion pour les besoins de l'Institut, afin d'obtenir que Dieu le bénisse et le conserve

 

23. Le temps qui suit la sainte communion étant le plus propice pour traiter avec Dieu et pour s'enflammer de son divin amour, les Frères s'entretiendront le plus longtemps possible avec Jésus-Christ, et ils feront une action de grâces convenable

 

24. Les Frères se confesseront chaque semaine; ils s'adresseront autant que possible au confesseur ordinaire. Les postulants, avant la vêture, feront tous une confession générale de toute leur vie, à moins que le confesseur ne le juge pas à propos. Quatre fois par an, on donnera aux Novices un confesseur extraordinaire auquel tous devront se présenter, ne serait-ce que pour recevoir sa bénédiction. Tous les ans, à la retraite, les Frères feront une revue de l'année, s'attachant surtout à connaître le principe de leurs fautes et les moyens de s'en corriger

 

25. Le Frère Provincial étant chargé de gouverner les Frères de sa province, et devant les corriger de leurs défauts, les former à la vertu et leur confier des emplois convenables dans les divers postes ou ils seront placés , il est nécessaire que chacun lui fasse bien connaître ses aptitudes et ses besoins

 

26. C'est donc une obligation pour les Frères de la province de le tenir au courant, en toute confiance et humilité, de ce qui regarde leur santé, leur travail, leurs fonctions, la manière dont ils observent extérieurement les Constitutions et les Règles communes, les difficultés qu'ils rencontrent, etc

 

27. Ils doivent regarder ces communications et les avis qui en seront la suite comme un moyen très efficace d'amender leur caractère, de sanctifier leur vie, de conserver leur vocation, et de se perfectionner dans la connaissance et l'accomplissement de leurs devoirs d'état

 

28. Les Frères rendront compte de leur conduite, ainsi qu'il vient d'être dit, avec un grand esprit de foi, se persuadant que c'est à Dieu même qu'ils parlent en la personne du Frère Provincial, et que c'est Dieu aussi qui leur parle, les instruit et les corrige par son intermédiaire

 

29. Ils ne s'entretiendront pas entre eux des réponses faites par écrit ou de vive voix à leurs communications, ne parleront à personne des réprimandes et des avis reçus, et s'efforceront de conformer leur conduite à ce qui leur sera prescrit ou conseillé

 

30. Les Frères correspondront avec leur Frère Provincial comme il est dit à l'art. 303 et suivants

 

31. Dans les visites aux maisons de sa province, le Frère Provincial recevra aussi le compte de conduite de chacun des Frères

 

32. Les Maîtres des novices auront grand soin de former les postulants et les novices à cette pratique; ils les verront en particulier, tous les huit jours, autant que possible

 

33. Dans toutes les maisons de l'Institut, les Frères rendront compte de leur conduite chaque semaine, au Frère Directeur

 

34. La coulpe est une satisfaction publique pour les fautes extérieures, particulièrement pour toutes celles qui sont commises contre l'observance régulière; le but de cet exercice est donc de maintenir l'ordre et la régularité, la pratique de l'humilité et de la correction fraternelle

 

35. La coulpe se fera à voix haute et distincte, de manière que tous ceux qui sont présents puissent entendre. Avant l'accusation des fautes et après l'imposition de la pénitence, les Frères baiseront la terre

 

36. L'avertissement fraternel se fait en même temps que la coulpe. Il consiste à faire remarquer à celui qui vient de s'accuser, les fautes qu'il aurait omis de dire ou les défauts auxquels il serait sujet

 

37. L'avertissement n'a lieu que pour les choses extérieures et connues; il doit se faire en peu de mots, avec un grand esprit de charité et de manière à ne blesser personne. Celui qui le fait ne doit avoir en vue que l'avantage de l'Institut, le bien de celui qu'il avertit; celui-ci doit s'humilier, remercier et s'interdire toute excuse, quand même le reproche ne serait point fondé

 

38. Les pénitences qui seront imposées aux Frères à la coulpe, seront de réciter quelque prière, de lire attentivement le chapitre des constitutions ou des Règles communes qu'on a transgressées, ou un chapitre d'un autre livre de piété; de baiser la terre une ou plusieurs fois, de se tenir à genoux pendant un exercice de piété, ou au réfectoire pendant le repas, de demander pardon à la communauté en général ou à quelqu'un en particulier, de se servir quelque temps des objets qu'on a gâtés ou pour lesquels on a témoigné du dégoût, de se rendre des premiers à un exercice de piété ou de communauté ou l'on a accoutumé de venir tard; de se tenir à genoux à la porte du réfectoire ou de la salle de communauté, pendant que les Frères y entrent ou en sortent, d'être occupé à la cuisine ou à balayer les appartements, de faire un quart d'heure ou quelques minutes de réflexion sur un point déterminé, ou une visite au Saint-Sacrement

 

39. Les Frères ne parleront à personne ni même entre eux de ce qui s'est passé à la coulpe, soit des fautes dont on s'est accusé, soit des corrections qui ont été faites, soit des pénitences qui ont été imposées

 

40. Les Frères s'estimeront infiniment heureux de porter le nom de Marie, et considéreront le bonheur d'être agrégés dans sa famille comme une des plus grandes grâces qu'ils aient reçues de Dieu

 

41. Ils regarderont et aimeront Marie comme leur mère, comme leur patronne, comme leur modèle et comme leur première supérieure. Tout dans cet Institut lui appartient: les biens et les personnes; tout doit être employé à sa gloire. L'aimer, la servir, répandre son culte et inspirer sa dévotion aux enfants selon l'esprit de l'Eglise, comme moyen d'aimer et de servir plus parfaitement et plus facilement Jésus-Christ: tel est l'esprit de cet Institut

 

42. Les Frères seront pénétrés d'un profond respect pour leur auguste et bonne Mère; tout ce qui la regarde, tout ce qui se rapporte à elle, mérite leur vénération: ses images, ses sanctuaires, le chapelet, les livres qui traitent de ses grandeurs, et tout objet qui rappelle son souvenir, doivent leur être chers et précieux. Ils se découvriront et feront une inclination toutes les fois qu'ils passeront devant ses statues

 

43. Toutes ses fêtes seront pour eux des fêtes de famille, c'est-à-dire, qu'elles seront célébrées par tous les membres de l'Institut avec une sainte joie, un respect, un amour et une reconnaissance toute filiale. Tout le jour sera spécialement consacré à Marie, et on lira quelque livre ou on fera quelque instruction aux enfants sur le sujet de la fête et sur les avantages de la dévotion à la sainte Vierge

 

44. Les Frères honoreront, d'une manière spéciale, le glorieux privilège de son Immaculée Conception, ils en instruiront bien les enfants et d'en célébrer la fête avec beaucoup de ferveur et de solennité. Pour obtenir la sainte vertu de pureté, et la grâce de ne jamais offenser Dieu mortellement, ils auront une grande dévotion à Marie conçue sans péché; ils l'invoqueront souvent sous ce titre, particulièrement dans les dangers et dans les tentations contre la sainte vertu et contre la vocation.

 

45. La confiance toute filiale et sans bornes qu'ils auront en Marie, les portera à recourir à sa protection dans tous leurs besoins tant spirituels que temporels comme à leur RESSOURCE ORDINAIRE; à lui confier toutes leurs peines, leurs craintes et leurs joies; à mettre sous sa protection leurs maisons, leurs élèves, leurs entreprises et, en général, toutes leurs actions. Enfin, ils iront à elle comme un enfant va à sa mère, attendant de sa bonté le succès des écoles, et toutes les grâces qui sont nécessaires pour vivre saintement et mourir en prédestinés

 

46. L'amour qu'ils auront pour Marie les portera à s'appliquer sans cesse à l'imiter et à prendre son esprit; elle est leur modèle et ils doivent tellement s'efforcer de lui ressembler, que tout dans leur personne, dans leur conduite, dans leurs paroles et dans leurs actions rappelle la vie de Marie, retrace l'esprit et les vertus de Marie

 

47. Les Frères s'efforceront d'imiter particulièrement l'humilité, la pureté de Marie et son tendre amour pour Jésus-Christ. A son exemple, ils auront une prédilection particulière pour la vie humble et cachée, pour les emplois les plus ordinaires et les plus bas. Comme elle, ils chériront par-dessus toutes choses l'aimable vertu et prendront tous les moyens pour la conserver. Comme elle, ils fuiront jusqu'à l'ombre du péché; et, vidant leur coeur de toute affection aux créatures, ils n'aimeront que Jésus-Christ et emploieront toutes leurs forces et toute leur vie à le faire aimer

 

48. Dans l'instruction et l'éducation des enfants, ils se proposeront l'exemple de la sainte Vierge, élevant et servant le saint Enfant Jésus; ils se rappelleront que c'est sous sa conduite et sous ses yeux que cet adorable Enfant a crû en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes, et s'appliqueront à imiter l'humilité, la douceur, la charité, le dévouement et les saintes dispositions avec lesquelles la divine Mère a pris soin du divin Enfant, afin de mériter que leurs élèves se forment aussi à la vertu sous leur conduite, et qu'en croissant en âge, ils croissent en même temps en grâce et en piété

 

49. Les Frères ne se contenteront pas d'aimer et d'honorer Marie, ils  se regarderont encore comme spécialement obligés de la faire aimer, servir et honorer par tous leurs enfants. L'esprit de l'Institut est de conduire les âmes à Jésus par Marie: ils doivent donc s'efforcer de propager partout la dévotion à cette divine Mère et prendre tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour inspirer à leurs élèves une confiance sans bornes en sa protection

 

50. Dans leurs catéchismes, ils saisiront avec empressement toutes les occasions qui se présenteront de parler de la sainte Vierge; en outre, ils feront chaque semaine, et le samedi, autant que possible, un catéchisme spécial sur ce sujet. Ils s'attacheront surtout: 1º à inculquer aux enfants cette consolante vérité, que la dévotion à Marie est une source de grâces et une marque de prédestination; 2º à les former aux pratiques de piété établies dans l'Eglise pour l'honorer; 3º à les faire agréger à quelqu'une de ses confréries, telle que celle du scapulaire ou du saint Rosaire; 4º à leur faire prendre l'heureuse habitude de lui adresser tous les jours quelques prières et de recourir à elle comme à leur Mère

 

51. Tous les Frères auront à coeur de faire pieusement le mois de Marie, et ils engageront leurs élèves à le faire chaque jour avec dévotion. Pour cela, ils ne se borneront pas à faire la petite lecture propre à chaque jour; mais ils l'accompagneront de solides et pieuses réflexions à la portée des enfants, et confirmeront toujours leurs instructions par quelques traits d'histoire bien choisis, et surtout par l'exemple et la pratique des saints

 

52. Ils s'acquitteront avec ferveur et exactitude de toutes les pratiques de piété qui leur sont prescrites pour l'honorer. Ils porteront toujours sur eux leur scapulaire et leur chapelet. L'image ou la statue de Marie sera dans tous les lieux réguliers de la maison. Enfin la vie de la sainte Vierge et les exemples de vertu qu'elle nous a donnés seront la règle de toute leur conduite. C'est dans ce parfait modèle, comme dans un miroir, qu'ils verront ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils doivent éviter pour plaire à leur divine Mère, pour lui ressembler et pour être ses véritables enfants.   53. Les Frères de cet Institut s'engagent par voeu à garder la pauvreté, la chasteté et l'obéissance d'abord parce que la vie religieuse consiste essentiellement dans les voeux, et que sans les voeux, elle ne serait pas un état de perfection et ensuite parce que les voeux leur assurent de précieux avantages dont les principaux sont: 1º de détruire en eux les trois grand obstacles qui s'opposent à la perfection, c'est-à-dire, l'amour des biens temporels, l'amour des plaisirs charnels et le dérèglement de la volonté; 2º d'augmenter le mérite de leurs actes de vertu et de toutes leurs oeuvres; 3º de les appliquer tout entiers et pour toujours au service de Dieu

 

54. Il est donc très important que les Frères fassent leurs voeux dans de saintes dispositions, qu'ils les regardent comme des préceptes qu'ils se sont imposés et auxquels ils ne peuvent manquer sans offenser Dieu, et qu'ils s'efforcent de les observer avec la plus grande fidélité

 

55. Les Frères se souviendront toujours qu'ils ne sont pas libres de limiter ou d'étendre les obligations de leurs voeux. Ces obligations sont déterminées par l'Eglise et les Constitutions de leur Institut

 

56. Les Frères sont obligés en conscience d'accomplir leurs voeux, à moins qu'ils n'en soient légitimement dispensés; mais qu'ils se rappellent que cette dispense serait sans valeur, s'ils n'ont de justes motifs pour la demander car, puisqu'il s'agit d'un engagement pris avec Dieu, N. T. S. Père le Pape ne peut détruire cet engagement sans que des raisons véritables et suffisantes l'y autorisent

 

57. Les Frères doivent être bien convaincus que ce serait une grave erreur de douter de l'obligation de leurs voeux, sous prétexte qu'ils étaient jeunes et qu'ils ne connaissaient pas toutes les difficultés de la vie religieuse quand ils les ont faits; puisque la Sainte Eglise n'exige, pour la validité des voeux, que seize ans accomplis et une année entière de noviciat, pendant laquelle les novices sont instruits des obligations de leurs voeux

 

58. Avant de faire profession, les Frères étudieront avec soin les avantages et des obligations des voeux; pour cela, ils liront et méditeront attentivement tout ce qui est contenu dans ce chapitre et dans les chapitres des Constitutions qui traitent des voeux

 

59. Pour s'affermir dans leur vocation, pour ranimer leur ferveur et leur dévotion, pour se renouveler dans l'esprit de leur état, et pour augmenter en eux l'amour de la régularité et de l'obéissance, ils renouvelleront souvent leurs voeux. Le temps le plus convenable pour cela est celui qui suit la sainte communion. De plus, chaque année, à la fin de la retraite, ils feront cette rénovation publiquement et avec solennité.

 

60. A la mort d'un Frère, il doit régner dans toute la maison un profond silence, une retenue, une modestie, un esprit de piété qui édifie tous ceux qui en seront témoins et leur soient une preuve de l'affection et de l'attachement que les Frères se portent mutuellement et l'on fera exactement et le plus tôt possible pour le repos de son âme ce qui est prescrit au chapitre XVIII de la 1re. partie des Constitutions. Une lettre mortuaire, du modèle ci-après, sera envoyée par les soins du secrétariat provincial, pour annoncer le décès de chaque Frère aux communautés de la Province. "Le C.F. Provincial des Frères Maristes, et la communauté de..... ont le regret de vous faire part de la mort de notre cher Frère... né (nom de famille)... décédé le .... dans la ....année de son âge, et la .... année de sa profession religieuse. Ils vous prient d'offrir vos pieux suffrages pour l'éternel repos de l'âme du cher défunt. Les funérailles auront lieu à ...le ..... "   R.I.P

 

61. Pour l'enterrement d'un Frère à la maison-mère et dans les maisons provinciales et les maisons de formation, on se conformera à ce qui est prescrit et réglé par le coutumier de ces maisons. Il est nécessaire que les Frères pratiquent en toute chose la sainte vertu de pauvreté dont ils font profession, et qu'ils fassent paraître en toute circonstance la modestie convenable à leur état; ainsi, pour les Frères qui mourront dans les maisons particulières, on se réglera, pour la sonnerie des cloches, les cierges et tout le service funèbre, sur ce qui est usité dans ces paroisses pour les obsèques des personnes de condition moyenne

 

62. Les Frères accompagneront le corps avec leurs enfants; on pourra inviter les Frères de deux ou trois maisons, s'il y en a de très rapprochées

 

63. Les messes prescrites par les Constitutions pour les défunts, sont des messes basses, sauf la messe d'enterrement, qui est néanmoins comprise dans le nombre indiqué pour chaque Frère

 

64. Afin de rappeler à tous le souvenir de nos Frères défunts, et de provoquer en leur faveur des suffrages et des actes satisfactoires, un tableau portant le nom des défunts de la Province sera placé à l'entrée de la Chapelle ou de l'Oratoire, dans chaque maison

 

65. Les Frères se lèveront en tout temps à 4h

 

1/2. Au premier coup de cloche, celui qui est désigné dira à haute voix: Laudetur Jesus Christus, et les autres répondront: Et Maria, Mater ejus. Amen. C'est le signal de la communauté

 

66. Les Frères auront vingt minutes pour faire leur lit et pour se mettre en état de propreté; ils garderont, pendant ce temps, un grand silence, une grande modestie, et ils éviteront tout ce qui serait de nature à troubler le recueillement   67. A 4 h. 50, le Salve Regina, la prière du matin suivie de la méditation d'une demi-heure qui doit toujours se faire en communauté

 

68. Après la méditation ou après la sainte Messe, on dira les Petites Heures de l'Office de la sainte Vierge, qu'on fera suivre d'une courte lecture dans le Nouveau Testament

 

69. En dehors des exercices de piété, les Frères s'occuperont à l'étude ou selon les intentions du Frère Directeur

 

70. A 7 heures, le déjeuner, puis temps libre

 

71. A cause des différences de climat et de latitude, et des coutumes locales de chaque pays, il n'est pas possible de fixer un horaire uniforme pour l'ordre de la classe. Les Frères se conformeront au tableau de l'emploi du temps approuvé par le Frère Provincial et son Conseil

 

72. Après la classe du matin, temps libre jusqu'à dîner

 

73. A 11 h. 45, le dîner

 

74. La lecture continue, pendant les repas, n'est de règle que dans les maisons de formation, les pensionnats et les communautés nombreuses. Dans les autres maisons, on lira, avant et après le dîner et le souper, un nombre ou deux de l'Imitation de JésusChrist. Pendant le déjeuner, on gardera le silence et on lira autant que possible, la Vie des Saints. Durant les autres repas, on pourra s'entretenir doucement, si la lecture ne se fait pas

 

75. Après le dîner, récréation. Les Frères la prendront ensemble, sauf ceux qui sont empêchés par leur emploi

 

76. La classe de l'après-midi sera suivie d'une récréation, comme après le dîner

 

77. A 5 h. 15, vêpres et complies, matines et laudes de l'Office de la sainte Vierge, puis lecture spirituelle d'un quart d'heure

 

78. Après la lecture spirituelle, les Frères feront une heure d'étude religieuse. Le Frère Directeur se fera un devoir de la présider

 

79. A 7 heures, le souper, pendant lequel on lira, comme il a été dit pour le dîner. Après le souper, récréation

 

80. A 8 heures, examen de conscience et prière du soir, suivie du Salve Regina, de la lecture du calendrier religieux et du sommaire du sujet de méditation pour le lendemain

 

81. Les Frères se rendront ensuite au dortoir pour le coucher, qui aura lieu immédiatement. Si quelqu'un a besoin de veiller, il ne le fera qu'avec permission, à la salle commune et pour un temps déterminé

 

82. Pendant la partie de l'année où les jours sont plus longs, on pourra prolonger la récréation jusqu'à 8 h. 30. Si, dans le pays où le gouvernement décrète des changements d'heures, on retarde le lever, il faut retarder d'une façon identique les autres exercices de communauté, afin qu'aucun ne soit, pour ce motif, ni abrégé, ni supprimé

 

83. Si, pour de sérieux motifs, il n'était pas possible de se conformer à l'horaire fixé par les articles ci-dessus, il faudrait soumettre les modifications jugées nécessaires au Frère Supérieur Général et à son Conseil, et les insérer dans le coutumier de la maison, après approbation

 

84. Pour la confession hebdomadaire, les Frères prendront le jour et l'heure du confesseur, autant que possible. Ils iront ensemble se confesser, et ne manqueront pas de s'y rendre au moment qui leur aura été désigné

 

85. Ils profiteront du jour de congé pour passer en revue leurs effets, pour les raccommoder, les mettre en ordre et en état de propreté

 

86. Le Frère Sous-Directeur prendra aussi un moment le même jour, pour visiter la maison, comme il est marqué dans la règle des Frères Sous-Directeurs

 

87. Dans la soirée, après le chapelet et à l'heure marquée par le coutumier approuvé, ils feront une sortie ou promenade de trois heures environ, et visiteront le Saint-Sacrement en partant ou en revenant, autant que possible. Pendant la saison des chaleurs, on pourra dire l'office en promenade et prolonger celle-ci d'une heure. Lorsque le temps ne permet pas de sortir, la récréation se prend à la maison

 

88. Le jeudi soir, à l'examen de conscience, la coulpe précédée du Veni Creator, des commandements religieux et des moyens de perfection, la prière du soir et la lecture du sujet de méditation, comme à l'ordinaire

 

89. Les dimanches et les fêtes d'obligation, les Frères assisteront à deux messes, autant que possible, et conduiront les enfants à l'une d'elles. La seconde messe pourra tenir lieu des Petites Heures, et le chant des Vêpres, de l'office du soir. Avant ou après la grand'messe, récréation de trois quarts d'heure le dimanche, et d'une heure les jours de fête

 

90. A ces mêmes jours, les Frères réuniront les élèves pour leur expliquer l'Evangile, leur indiquer de quelle manière ils doivent assister aux offices, leur rappelant en même temps les fêtes de la semaine et le profit spirituel qu'ils peuvent en retirer

 

91. Après dîner, récréation pendant une heure et demie, puis chapelet, à moins qu'on ne le dise avec les enfants; pour le reste de la soirée, on se conformera à ce qui est réglé par le coutumier approuvé pour la province ou la maison

 

92. Les mercredis et dimanches, les Frères réciteront les litanies de saint Joseph après le chapelet, pour demander le don d'oraison et une bonne mort

 

93. Dans les maisons où il y a un conseil, il se tiendra le dimanche avant ou après la lecture du chapitre de la Règle

 

94. Les dimanches et les jours de congé, les Frères, s'ils n'en sont pas empêchés par le soin des élèves pensionnaires, donneront plus de temps à la prière que les jours ordinaires; ils liront quelques ouvrages ascétiques propres à les former à la vertu et à les maintenir dans l'esprit de leur vocation, et ils visiteront le Saint-Sacrement, surtout s'ils sont près de l'église

 

95. L'heure des exercices de communauté ne sera pas dérangée par l'assistance aux offices de l'église non prévus par le règlement ordinaire. Les Frères qui seront obligés d'y assister suivront, en arrivant à la maison, l'exercice qui se fait actuellement. Si tous y vont, l'office de l'église tiendra lieu d'un exercice équivalent. Afin de ne pas sacrifier les exercices de piété et l'étude religieuse, les Frères sont dispensés d'assister aux offices de l'église, le soir, en semaine, à moins d'une permission spéciale du Frère Provincial

 

96. Il arrivera quelquefois que MM. les Ecclésiastiques prient les Frères d'assister au catéchisme, le dimanche, afin de maintenir la discipline parmi les enfants, les Frères se feront un plaisir de leur rendre ce petit service, et de contribuer ainsi, par leur présence, au succès des catéchismes et à l'édification publique

 

97. Le jeudi-saint, au lieu de dire l'office de la sainte Vierge, les Frères feront une heure d'adoration devant le Saint-Sacrement. Le vendredi-Saint, ils remplaceront l'office par un Chemin de Croix ou une heure de méditation sur les souffrances de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le samedi-saint, ils remplaceront aussi les Petites Heures par un chapelet, qu'ils réciteront en méditant sur les douleurs de la sainte Vierge. En outre, pendant ces saints jours, ils assisteront à tous les offices de l'église

 

98. Les Frères passeront la semaine sainte, et surtout les trois derniers jours, dans le plus grand recueillement. Ces saints jours seront pour eux des jours de retraite, de silence, de prière et de méditation; ils s'occuperont particulièrement à réfléchir sur les grands mystères que l'Eglise célèbre dans ce saint temps, faisant quelques lectures sur ce sujet, et s'efforçant de témoigner à Jésus-Christ tout l'amour et toute la reconnaissance dont ils sont capables. Pendant cette semaine, ils éviteront de faire des voyages ou toute autre chose qui pourrait les dissiper; ils ne s'occuperont même qu'avec réserve d'étude et d'affaires temporelles

 

99. Au commencement de chaque mois, on choisira un saint patron. Les Frères tâcheront d'en faire entrer l'histoire dans le catéchisme de la classe suivante, et l'on invoquera ce saint tout le mois. Les mois de mai, d'août, d'octobre et de décembre étant spécialement consacrés à la sainte Vierge , on la prendra pour patronne particulière pendant ces quatre mois. De même, on prendra saint Joseph pour patron pendant le mois de mars, et saint Louis de Gonzague, pendant le mois de juin

 

100. Chaque année,pendant les vacances, les Frères consacreront huit jours aux exercices spirituels de la retraite. Cette retraite se fera en communauté, autant que possible, à la date et dans une maison désignée par le Frère Provincial et son Conseil

 

101. Les Frères se disposeront à la retraite annuelle par une neuvaine, en communauté, en récitant le Veni Creator et l'Ave maris Stella au début de la prière du soir

 

102. Ils se proposeront pour fins dans cette retraite: 1º De se pénétrer et de se convaincre de plus en plus de l'importance de la fin de l'homme, de la nécessité du salut, du malheur infini de perdre son Dieu et son âme; 2º De rentrer en eux-mêmes et de descendre dans le fond de leur conscience, afin de voir devant Dieu et en face de l'éternité en quel état elle est: si elle est bonne, droite, éclairée, si elle craint le péché, si elle n'est troublée par aucun doute fondé, si elle n'est coupable d'aucun péché mortel et s'il n'y a aucune mauvaise habitude conduisant à des fautes graves; 3º De comprendre l'obligation où ils sont d'éviter le péché véniel et de travailler à leur perfection; 4º De se renouveler dans l'esprit de leur état, dans l'esprit de leur Institut et dans leur première ferveur; 5º D'apprendre à se connaître eux-mêmes, c'est-à-dire, leurs bonnes, leurs mauvaises inclinations et leur caractère, à discerner l'attrait de la grâce soit pour la pratique des vertus, soit pour l'oraison, à découvrir le principe de leurs tentations, leur passion dominante, la partie faible de leur âme, ce qui les fait tomber ou les arrête dans la voie de la perfection; 6º De faire un examen sérieux sur la manière dont ils les remplissent les obligations de leur état et de leur emploi; pour voir les fautes qu'ils y commettent, et prendre les moyens de les éviter; 7º De se renouveler dans l'esprit de zèle propre à leur vocation; d'étudier les meilleurs procédés pour gagner les enfants à Dieu et pour étendre le royaume de Jésus-Christ; 8º D'examiner quels fruits ils retirent des sacrements, des exercices de piété et des autres moyens de salut et de perfection que leur offre leur sainte vocation; de voir ce qu'ils doivent faire pour en profiter, et se rendre fidèles aux grâces abondantes que Dieu leur fait chaque jour

 

103. Les Frères regarderont la retraite comme une grande grâce et se livreront tout entiers à ces saints exercices et, pour ne rien perdre d'un temps si précieux, comme aussi pour éviter tout ce qui pourrait contrarier l'opération de la grâce, ils se tiendront dans un profond recueillement; ils garderont le grand silence, même pendant les récréations, et mettront de côté toute occupation et même toute pensée contraire à la retraite

 

104. Pendant la retraite, on fera, en communauté, la lecture des Constitutions et des Règles communes; de plus, chacun lira les règles qui lui sont particulières, à raison de son emploi et de ses fonctions

 

105. Pendant ce même temps, les Frères verront en particulier le Frère Supérieur Général ou le Frère qui le remplace, et lui rendront compte de leur conduite, de la manière indiquée plus haut au chapitre IV

 

106. Chacun prendra, de concert avec le Frère Provincial, les résolutions et les moyens propres pour conserver, pendant l'année, les fruits de la retraite et pour se maintenir dans la piété, la régularité, la ferveur, la générosité et les autres saintes dispositions qu'il aura puisées dans ces saints exercices

 

107. Si quelque Frère ne peut assister à la retraite générale, le Frère Provincial lui désignera un temps pour la faire en son particulier

 

108. Pour se maintenir dans la ferveur, les Frères feront chaque mois une récollection spirituelle suivant les instructions que donnera le Frère Provincial. De même ils se prépareront à la profession perpétuelle par les Grands Exercices de Saint Ignace. Si les Frères admis, chaque année, à la dite retraite, sont trop peu nombreux pour constituer un groupe convenable, on peut réunir ceux de plusieurs années consécutives

 

109. Les principales fêtes de l'année seront pour les Frères des époques de renouvellement dans les saintes dispositions de la retraite et dans l'amour de Notre Seigneur. A cette fin: 1º ils se prépareront à ces fêtes par une neuvaine ou par quelque autre pratique de piété et de vertu; 2º ils prendront pour sujet d'oraison, les jours qui précèdent la fête, ou pendant l'octave, les mystères et les vérités que la solennité offre à leurs méditations; 3º ils redoubleront de vigilance sur eux-mêmes, afin d'éviter les moindres fautes; 4º ils s'efforcer de mieux faire leurs exercices de piété et d'apporter plus de ferveur à leurs communions; 5º ils demanderont à Dieu quelques grâces ou quelques vertus particulières; 6º ils instruiront solidement les enfants du mystère et des vérités que la solennité leur rappelle, et les prépareront à sanctifier ces saints jours par la réception des sacrements et par l'assistance aux offices de l'église

 

110. Tous les ans, les classes cesseront pendant un mois au moins, afin de donner aux Frères le temps de faire leur retraite, de fortifier leur santé et de procéder aux réparations nécessaires à leurs maisons

 

111. Le Frère Provincial fixera l'époque la date de la cessation des classes et celle de leur rentrée. On ne pourra, sans la permission du Frère Provincial, donner vacances plus tôt ni retarder la rentrée des classes

 

112. Les Frères profiteront du temps de vacances pour passer en revue les effets qui sont à leur usage, les réparer, s'il en est besoin, et les mettre en état de propreté. Le Frère Directeur en fera autant pour le matériel et le mobilier de la maison

 

113. Chaque jour après le déjeuner, récréation de trois quarts d'heure, puis lecture spirituelle d'un quart d'heure; après quoi étude selon le besoin. Avant le dîner, temps libre pendant une demi-heure

 

114. Le soir, après le chapelet, les lundi, mercredi et vendredi, promenade ou récréation si l'on ne peut sortir. Les mardi, jeudi et samedi, après dîner, récréation pendant une heure et demie, ensuite chapelet, étude ou travail manuel. Une heure avant l'office, visite au Saint-Sacrement et récréation

 

115. Pour conserver les fruits de la retraite, pour attirer les bénédictions de Dieu sur leurs travaux et sur les enfants qui vont leur être confiés, les Frères devront, pendant les vacances: 1º se tenir dans un grand recueillement; 2º s'efforcer de mieux faire leurs exercices de piété; 3º se rendre plus fidèles à observer les Constitutions et les Règles communes et plus ponctuels aux divers exercices de communauté; 4º éviter les voyages et les visites inutiles; 5º employer chaque jour quelque temps à la réflexion, afin de voir devant Dieu quels moyens ils devront prendre pour se conserver dans la piété et pour faire le bien parmi les enfants

 

116. L'esprit de foi consiste à juger de toutes choses d'après les principes de la foi, et non d'après l'opinion du monde ou les sentiments de la nature; à régler sa conduite d'après ces principes; à n'estimer, à ne rechercher les créatures que selon qu'elles peuvent nous porter à Dieu et servir à notre salut; à voir Dieu en toutes choses, et sa divine Providence dirigeant tous les événements à sa gloire et au bien de ses élus

 

117. L'esprit de foi est absolument nécessaire pour comprendre l'excellence, les avantages et les obligations de la vie religieuse. Les Frères qui en seront animés, aimeront leur état et s'efforceront d'en acquérir les vertus; ils trouveront tout leur bonheur à se renoncer eux-mêmes et à s'immoler à Dieu. Ceux qui ne l'auront pas, seront des religieux sans vertu et persévéreront difficilement dans leur vocation

 

118. La vie des Frères doit donc être une vie de foi, c'est-à-dire , une application continuelle à Dieu, une mort perpétuelle à eux-mêmes, aux inclinations de la nature, au monde et à tous les biens de la terre

 

119. L'esprit de foi leur fera aimer la vie cachée, les emplois humbles, la dépendance, la pauvreté, les souffrances, les humiliations, les mépris du monde, afin d'être plus semblables à Jésus et à Marie

 

120. Il leur apprendra à trouver Dieu partout, à s'élever à lui, à le voir, à l'aimer et à le bénir dans toutes les créatures; il les portera à se soumettre à sa volonté dans les divers accidents et afflictions de la vie, tels que les maladies, les persécutions, les tentations, les événements fâcheux et autres difficultés; à adorer alors la main de Dieu qui les frappe et les humilie, et à ne compter que sur sa bonté pour être secourus dans les maux qui les affligent ou pour en être délivrés

 

121. Par esprit de foi, ils ne verront que Jésus-Christ dans la personne de leurs Supérieurs et regarderont leurs ordres comme ceux de Dieu même; ils s'efforceront de les accomplir avec joie, quelque difficiles qu'ils leur paraissent

 

122. Pareillement, ils regarderont leurs Constitutions et leurs Règles comme l'expression de la volonté de Dieu sur eux, comme le moyen par lequel il veut leur communiquer ses grâces et les sanctifier. Ces vues de foi les rempliront d'un saint zèle pour toutes les observances régulières et les porteront à y être fidèles jusque dans les moindres choses

 

123. L'esprit de foi leur fera regarder les enfants confiés à leurs soins comme les membres de Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit, comme des dépôts sacrés que Dieu leur a donnés à garder, et dont il leur demandera compte. Ces principes les dirigeront toujours dans le détail de leur conduite à l'égard des enfants, et les porteront à les aimer tous également, à donner des soins plus assidus aux plus ignorants et à avoir une prédilection particulière pour les pauvres, comme leur représentant, d'une manière plus sensible, Jésus-Christ anéanti et fait pauvre pour nous

 

124. Cet esprit de foi leur apprendra que la fin de leur apostolat étant une fin surnaturelle, savoir, le salut des âmes, ce n'est que par des moyens surnaturelles qu'ils peuvent l'obtenir; conséquemment, que c'est par la pratique de la vertu, par le bon exemple et par la prière qu'ils gagneront les enfants à Dieu, plutôt que par les talents, la science et les autres moyens humains dont l'efficacité dépend surtout de la grâce de Dieu et de la sainteté des maîtres

 

125. L'esprit de foi doit être le mobile de toute leur conduite et sanctifier toutes leurs actions. Pour cela les Frères auront soin: 1º de ne jamais agir par des motifs humains, par coutume et par esprit propre; 2º de faire toutes choses par des motifs surnaturels, c'est-à-dire, pour plaire à Dieu, pour glorifier et imiter Notre-Seigneur, pour obtenir son amour et lui gagner des coeurs

 

126. Comme c'est par la lecture et la méditation assidues de la parole de Dieu que l'esprit de foi s'acquiert, se conserve et se fortifie, les Frères liront, tous les jours, quelques versets de l'Ecriture Sainte avec un profond respect, regardant les saints préceptes et les conseils de perfection qu'elle contient comme leur première et principale règle de conduite

 

127. L'oraison, l'étude religieuse, la fréquente communion, la visite au Saint Sacrement, le saint exercice de la présence de Dieu sont aussi des moyens très efficaces pour acquérir et conserver l'esprit de foi. Les Frères ne manqueront pas de les mettre en pratique

 

128. Les Frères regarderont l'obéissance comme une vertu fondamentale de la vie religieuse; et, à l'exemple de Jésus-Christ qui a été obéissant jusqu'à la mort de la croix, ils s'efforceront d'exceller dans cette vertu et d'y être fidèles jusque dans les plus petites choses

 

129. Ils doivent l'obéissance non seulement au Révérend Frère Supérieur Général, mais encore à tous ceux qui sont préposé pour les conduire et les diriger, quels que soient leur âge, leurs vertus et leurs autres qualités personnelles

 

130. Dans quelque maison ou dans quelque emploi qu'ils se trouvent , ils doivent donc être entièrement soumis au Frère Directeur

 

131. Ils ne sortiront jamais de la maison, ils ne quitteront pas un exercice de communauté ou le lieu de réunion, sans la permission du Frère Directeur

 

132. Ils demanderont au Frère Directeur tout ce dont ils auront besoin, tels que livres, fournitures classiques, etc., et ils ne prendront rien dans la maison sans le lui demander et sans avoir obtenu son consentement

 

133. Pareillement, pour ce qui concerne la nourriture et l'habillement, s'ils ont besoin de quoi que ce soit, ils ne le prendront jamais d'eux-mêmes; mais ils exposeront leurs besoins au Frère Directeur et se contenteront de ce qu'il leur donnera ou leur fera donner

 

134. Ils ne se livreront à aucune occupation extraordinaire, et ne liront aucun ouvrage, en dehors de ceux qui sont dans la bibliothèque commune, sans la permission du Frère Directeur

 

135. Ils ne se borneront pas à bien faire extérieurement ce qui leur est commandé; mais, afin de rendre leur obéissance parfaite, ils s'appliqueront à soumettre leur volonté et leur jugement à la volonté et au jugement du leurs Supérieurs, renonçant à leurs inclinations et à leurs idées personnelles, se persuadant que ce qui leur est commandé est toujours ce qu'il y a de mieux pour eux

 

136. Les Frères doivent aimer la pauvreté comme leur mère, et faire en sorte d'en porter les marques dans leurs habits, dans leur nourriture et dans tout ce qui est à leur usage

 

137. Tout dans l'Institut sera en commun, excepté les habillements et le linge de corps dont l'usage sera personnel. Le Frère Directeur pourra changer ou faire changer les objets à l'usage des Frères: tels que bureau, livres, etc

 

138. Les Frères pourront encore avoir à leur usage, outre un exemplaire des Constitutions, une croix en cuivre, un chapelet, un Nouveau Testament avec l'Imitation de Jésus-Christ, un Manuel de piété, un Missel romain, un canif, un porte-feuille, un rasoir, les objets de toilette indispensables et une valise. Avec leurs habillements et le linge de corps, ces objets sont les seuls qu'ils puissent emporter, quand ils quittent une maison pour aller dans une autre

 

139. Considérant que ces objets appartiennent à l'Institut, ils en useront, en bons pères de famille, et les conserveront avec soin, de manière qu'aucun ne s'use sans nécessité, ne dépérisse et ne se détériore par leur faute ou leur négligence

 

140. Ils n'auront rien en leur particulier qui ferme à clef. Pourtant, le Frère Directeur et le Frère Econome auront un bureau ou un secrétaire où seront l'argent de la maison et les autres objets qui doivent être retirés

 

141. Les Frères ne garderont jamais de l'argent en leur particulier, de quelque part qu'il vienne. L'argent reçu pour les jeux et les oeuvres, par ceux qui sont chargés sera remis au Frère Directeur ou au Frère Econome. Quand ils arriveront de voyage, ils leur remettront aussi fidèlement ce qu'ils auraient de reste

 

142. Ils n'échangeront pas entre eux, sans permission, les objets qui sont à leur usage; ils se garderont bien aussi de prendre quoi que ce soit appartenant à la maison ou à quelque autre Frère, pour l'appliquer à leur usage, ou pour le porter dans une autre maison

 

143. Ils ne recevront jamais rien pour leur usage particulier, soit de leurs élèves, soit de toute autre personne, pas même de leurs propres parents; mais si quelqu'un, par un sentiment de charité, leur fait un don quelconque, ils le recevront au nom de la communauté et le remettront au Frère Directeur qui en disposera comme des biens de la maison. En outre, à l'occasion de la retraite, ils feront une revue de tous les objets à leur usage pour se dépouiller de ceux qui ne leur sont pas nécessaires

 

144. Ils vivront dans un entier esprit de communauté, se contentant toujours d'être traités comme les autres, soit pour la nourriture, soit pour l'habillement, soit pour toute autre chose; ils se garderont bien de se distinguer en rien, de se permettre quoi que ce soit de contraire aux usages et à la manière de vivre de l'Institut

 

145. Enfin, les Frères auront toujours devant les yeux l'exemple de Jésus-Christ qui, de riche s'est fait pauvre pour l'amour de nous, jusqu'à n'avoir pas où reposer sa tête, et l'obligation qu'ils ont contractée de le suivre dans cet entier dépouillement de toutes choses. L'exemple du Sauveur et le désir de l'imiter dans la pratique de la pauvreté doivent les porter: 1º à se détacher de leurs parents et à ne pas s'occuper de leurs affaires temporelles; 2º à se dépouiller de toute affection pour les biens de ce monde et pour tout ce qui flatte la sensualité, à aimer réellement la pauvreté et avoir une prédilection particulière pour les lieux, les maisons et les classes pauvres ; 3º à se préserver de toute affection, de toute attache pour les objets qui sont à leur usage, et à ne retenir que ce qui leur est absolument nécessaire; 4º à prendre pour eux les choses les plus communes, les plus incommodes et tout ce qu'il y a de moindre dans la communauté; 5º à supporter avec joie les effets de la pauvreté, étant bien aises d'avoir une nourriture pauvre, des habits grossiers et usés, pourvu qu'ils ne soient ni sales ni déchirés; d'être privés de ce qui pourrait leur apporter du soulagement dans les souffrances et les maladies, de manquer des commodités de la vie, et quelquefois même de ce qui serait nécessaire

 

146. La chasteté est une vertu angélique et toute céleste qui rend l'homme semblable aux anges. Une couronne et une gloire particulières sont réservées à ceux qui auront gardé cette admirable vertu. Rien n'est plus propre à gagner le coeur de Dieu que la pureté, car c'est la vertu qui nous approche le plus de lui, dit le Sage   147. Les Frères, à l'exemple de leur divine Mère, aimeront la pureté de toute l'affection de leur âme. Tout en eux doit être chaste: l'âme et le corps, l'esprit et le coeur, les paroles et les actions. Leur vie entière doit être un travail et un combat continuels pour perfectionner en eux la vertu de chasteté, et pour la défendre contre les attaques de la concupiscence et du démon

 

148. Ils garderont en tout les règles de la plus sévère modestie. Ils s'habilleront et se déshabilleront avec toute la décence convenable, et ils ne sortiront pas du dortoir ou de leur chambre à coucher sans être convenablement vêtus

 

149. Ils auront une souveraine horreur de toute parole, de toute chanson, de tout geste ou attitude qui blesserait la modestie ou qui serait trop libre

 

150. Ils se garderont bien de lire des journaux, des revues, ou des ouvrages dangereux. S'il leur en tombe entre les mains, ils les brûleront. Ils s'interdiront aussi toute lecture qui, sans être mauvaise en elle-même, ne leur convient pas et serait propre à réveiller leurs passions

 

151. Ils se garderont de toute amitié particulière, car, outre que ces sortes d'amitiés sont nuisibles à la charité commune, les plus innocentes d'abord dégénèrent souvent en amitiés sensuelles et criminelles; ils doivent aimer également tous leurs Frères, mais d'un amour saint et qui n'ait que Dieu pour objet

 

152. Avec les enfants, ils seront toujours graves et retenus; ils éviteront de les prendre par la main, de les toucher au visage et autre chose semblable. Ils ne toléreront jamais que les enfants manquent au respect qu'ils leur doivent ou se permettent à leur égard quoi que ce soit qui ressente la familiarité

 

153. Ils veilleront sur les affections de leur coeur, afin de le conserver libre de toute amitié et de toute inclination particulière pour certains élèves; car ces sortes d'affections sont un des pièges les plus dangereux du démon et ont des suites très funestes

 

154. Ils n'auront de rapport avec les séculiers, que par nécessité, et, dans les visites qu'ils seront obligés de faire ou de recevoir, ils seront courts et se tiendront dans la réserve, la prudence et la gravité que demande leur profession, ayant soin cependant de se montrer polis et affables

 

155. Les personnes du sexe n'entreront pas dans l'intérieur de la maison, à moins qu'elles ne soient accompagnées quelque personne d'autorité; elles ne seront reçues qu'au parloir, qui doit rester ouvert tout le temps qu'on aura à leur parler, si la porte n'est pas vitrée

 

156. Comme la fuite des occasions est le plus sûr moyen de conserver sans tache la pureté, s'il arrivait qu'un Frère se trouvât dans un danger prochain de pécher, soit à raison de son emploi, du lieu où il serait placé, de certaines liaisons qu'il aurait eu l'imprudence de former, soit de toute autre manière, il devrait faire connaître, avec humilité et simplicité, son état au Frère Provincial, qui ne manquera pas de lui fournir les moyens convenables pour sortir de cette position

 

157. Tous les Frères auront essentiellement à coeur, non seulement de garder eux-mêmes inviolablement le précieux trésor de la chasteté, mais encore de maintenir intact l'honneur de la Congrégation sous ce rapport. On ne souffrira donc jamais qu'un sujet, quel qu'il soit, s'écarte des règles ci-dessus, et on éloignera de l'Institut quiconque se rendrait ostensiblement et gravement coupable contre la sainte vertu

 

158. Le voeu de Stabilité est, dans notre Congrégation, un quatrième voeu que le Saint-Siège per-met d'ajouter aux trois voeux ordinaires de pau-vreté, de chasteté et d'obéissance

 

159.  Les Frères le regarderont comme une suprême marque d'amour qu'ils donnent à Jésus et à Marie. Cela ressort de la formule prononcée avant de re-cevoir Notre-Seigneur: "O Jésus, désirant m'attacher plus parfaitement à votre service, vous procurer une plus grande gloire, me rendre plus agréable à votre divine Mère, et plus utile à l'Institut.."

 

160. Ce serait une grande erreur de ne voir dans le voeu de stabilité qu'une pieuse cérémonie conférant aux Frères un titre honorifique, un droit de préséance, une condition d'accession aux premières charges de l'Institut

 

161. Ce voeu est un acte de la vertu de religion indépendant des circonstances extérieures. Il a un objet propre et une portée réelle, c'est-à-dire qu'il impose des obligations et procure des avantages spirituels en revêtant d'un mérite particulier l'observance des Constitutions

 

162. L'objet du voeu de stabilité est déterminé par les Constitutions. C'est la promesse: 1º de maintenir le but, l'esprit de l'Institut et ses Constitutions approuvées par le Saint-Siège; 2º de perpétuer l'Institut et de ne pas en sortir même quand on viendrait à manquer de tout

 

163. Les Frères stables s'efforceront de tendre sans cesse au but principal de la Congrégation qui est la sanctification de ses membres. Ils s'opposeront de tout leur pouvoir au péril appelé l'hérésie des oeuvres qui menace particulièrement les Ordres actifs et qui consiste à faire passer le travail apostolique avant la sanctification personnelle

 

164. Pour éviter toute déviation dans la poursuite du but secondaire qui est l'éducation chrétienne des enfants, principalement ceux des campagnes, les Frères stables se mettront en garde contre un double écueil. Le premier serait de montrer plus de zèle pour l'instruction profane de élèves que pour leur éducation chrétienne. Le deuxième serait de trop négliger les pauvres pour ne s'occuper que des enfants plus favorisés de la fortune

 

165. Le Vénérable Fondateur veut que ses disciples se distinguent par l'amour de la Très Sainte Vierge et le zèle à répandre son culte, ainsi que par la pratique de l'humilité, de la simplicité et de la modestie. Les Frères stables s'efforceront d'exceller dans ces vertus qui forment l'esprit particulier de leur Institut

 

166. Les Frères stables s'engagent aussi à maintenir les Constitutions. A cet effet, ils les observeront d'abord eux-mêmes, pus ils s'appliqueront, selon leur rang dans l'Institut, à en promouvoir l'observance parmi leurs confrères

 

167. Les Constitutions, par elles-mêmes, n'obligent pas sous peine de péché. Mais les Frères stables se rappelleront qu'ayant promis par voeu le maintien des Constitutions, l'inobservance habituelle serait une véritable infidélité à leurs devoirs spéciaux

 

168. Les Frères stables s'acquitteront de l'obligation de perpétuer l'Institut par leur zèle pour le recrutement et la conservation des vocations

 

Ils seront pleins de sollicitude pour assurer la persévérance de jeunes Frères

 

169. Perpétuer l'Institut, c'est aussi et avant tout, persévérer jusqu'à la mort. Cette obligation résulte déjà de la profession perpétuelle, mais le propre du quatrième voeu est d'en faire un engagement public et un acte de la vertu de religion. Le Frère stable qui sortirait de l'Institut se rendrait donc coupable d'une plus grande infidélité et d'un grave scandale

 

170. Tout Frère, après dix ans de profession perpétuelle, peut être admis au voeu de stabilité, à condition: 1º d'être non seulement régulier, mais zélé pour la parfaite observance; 2º d'exceller dans l'esprit et les vertus caractéristiques de l'Institut; 3º d'être exempt de tout défaut ou mauvaise habitude capable de conduire au relâchement

 

171. En outre les Frères stables s'efforceront de développer toujours davantage en eux un dévouement sans réserve pour la Congrégation et une grande générosité pour accepter et remplir avec soin les emplois qu'on voudra leur confier

 

172. Le voeu de stabilité étant considéré comme l'expression la plus parfaite du don de soi dans l'Institut des Petits Frères de Marie, il est permis d'y aspirer et même d'en faire la demande en toute simplicité

 

173. Un Frère admis par le Conseil Général au voeu de stabilité n'est pas tenu de l'émettre; mais il fera bien de compter sur le secours de Dieu et d'accepter la proposition des Supérieurs qui lui trouvent les aptitudes suffisantes

 

174. Les obligations du voeu de stabilité ne doivent pas faire perdre de vue les grands avantages spirituels qu'il procure, c'est-à-dire la plus grande gloire de Dieu, l'édification du prochain, l'appel du religieux à une plus haute perfection et une source de précieux mérites

 

175. Tous les Frères auront donc pour idéal de devenir complètement maristes par l'émission du voeu de stabilité, s'appliquant à mériter par leur ferveur d'y être appelés

 

176. L'humilité, la simplicité et la modestie doivent être l'esprit propre de cet Institut: les Frères auront une prédilection particulière pour ces vertus, et ils feront en sorte que toutes leurs actions et tout ce qui leur appartient en portent le cachet

 

177. Ils regarderont l'humilité comme la vertu particulière de leur vocation; en effet, c'est par la voie de l'humilité que les Petits Frères de Marie doivent se sanctifier, c'est par la pratique constante de cette vertu qu'ils acquerront toutes les autres, qu'ils attireront sur eux et sur leurs travaux les bénédictions de Dieu et qu'ils se rendront propres à faire le bien

 

178. Les Frères n'ont pas tous les mêmes talents, ni la même aptitude pour les sciences; ils n'ont pas tous le même degré de force et de santé, ni le même savoir-faire pour remplir les emplois; ils ne sont pas tous également aptes à l'instruction des enfants ou aux divers offices de l'Institut; mais tous peuvent et doivent être humbles. Il doit y avoir entre eux une sainte émulation à qui s'abaissera le plus, à qui exercera les offices les plus pénibles et les plus humbles; en un mot, tous doivent mettre leur principal soin à exceller dans l'humilité, à devenir profondément humbles

 

179. L'esprit d'humilité leur fera aimer la vie cachée, le mépris du monde, les avertissements, les réprimandes, les pénitences publiques; il les portera à avouer ingénument leur fautes, à en demander pardon, à témoigner leur reconnaissance à ceux qui ont la charité de les reprendre, à ne pas s'excuser, à ne pas se plaindre, quand ils sont repris, lors même qu'ils n'auraient pas tort

 

180. S'ils ont véritablement l'esprit de leur état, ils saisiront volontiers les occasions de s'humilier. Ainsi, dans les sécheresses, dans les dégoûts, dans les tentations et dans les chutes mêmes, au lieu de se décourager, ils s'humilieront à la vue de leurs faiblesses et de leurs défauts

 

181. De même, s'ils ne réussissent pas dans leurs études ou dans leur emplois; si on les blâme, si on les méprise, ils s'humilieront aussi, bien convaincus de leur incapacité et de leur néant. Si, au contraire, ils obtiennent des succès, si Dieu bénit leurs travaux, si on les approuve, si on les loue, c'est alors surtout qu'ils doivent s'humilier et dire: Nous sommes des serviteurs inutiles (Luc, XVII, 10)

 

182. Si M. le Curé croyait devoir leur faire des observations ou même des reproches, ils devraient d'abord s'humilier et montrer le plus vif désir de profiter de ses avis, sauf à faire connaître ensuite les raisons à leur décharge, s'ils le croyaient utile à la gloire de Dieu et au bien de l'école; mais, en ce cas même, ils ne devraient le faire qu'avec réserve et modestie, et se bien garder de témoigner de l'humeur, de soutenir leur cause avec opiniâtreté, avec passion et de ne vouloir pas avoir tort. Un Frère qui s'offenserait d'un mot de blâme, d'un reproche adressé même en public, soit aux Frères, soit à leurs enfants, sous le spécieux prétexte que cela compromet l'école et ôte aux Frères la confiance publique, montrerait qu'il n'a pas l'esprit de son état, qu'il est encore plein d'orgueil et qu'il ne connaît pas la sainte voie de l'humilité

 

183. Les Frères s'estimeront heureux d'être occupés à des fonctions qui, n'ayant rien d'éclatant selon le monde, les mettent davantage à l'abri de la vaine gloire et de l'orgueil; car ils doivent se défier des louanges et les applaudissements des hommes. Quand il sont bien vus dans une paroisse, quand les enfants les aiment et les respectent, quand les autorités ou le public les louent et les approuvent, qu'ils se tiennent en garde contre la complaisance, qu'ils méprisent les éloges, les compliments et les flatteries du monde

 

184. Ils se garderont bien de chercher à se faire remarquer, par ce qu'ils auraient d'avantageux du côté de l'esprit, de la science, des succès, ou par toute autre chose que le monde estime, et qui ne serait propre qu'à nourrir l'orgueil. Il n'oublieront jamais qu'ils ne doivent chercher que la gloire de Dieu, et que l'esprit de l'Institut est de faire le bien sans bruit et en s'effaçant, que les Petits Frères de Marie doivent ambitionner de vivre inconnus et oubliés du monde dans leurs maisons

 

185. Dans leur enseignement, tout en suivant les programmes officiels, ils s'attacheront principalement aux matières essentielles et à celles qui sont plus en rapport avec les besoins de la région, réservant la première place à l'enseignement de la religion. Fidèles à l'esprit de modestie et d'humilité qui convient à l'Institut, ils rendront rares les séances publiques et en écarteront, quand elles seront nécessaires, tout ce qui serait contraire à l'esprit religieux et à la simplicité chrétienne

 

186. Ils doivent être bien convaincus que c'est à eux surtout que s'adressent ces paroles de Jésus-Christ:" Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux" (Matth., XVIII, 3) et afin d'acquérir l'humilité, la simplicité de cette sainte enfance, ils s'attacheront continuellement à renoncer à leur volonté, à leurs idées personnelles, et se laisseront conduire et diriger en toute chose avec une docilité parfaite

 

187. Chacun doit bien se persuader que tous les autres Frères, sont plus vertueux que lui et, dans ce sentiment, il doit porter un grand respect à tous ses Frères, leur parler avec humilité, être toujours prêt à leur à leur céder, à les obliger et à leur rendre service

 

188. Les mêmes sentiments d'humilité les porteront à ne parler jamais avantageusement d'eux-mêmes, à se préserver d'un certain esprit d'orgueil qui fait que l'on n'aime et que l'on n'estime que ce que l'on a fait ou approuvé. Ils fuiront aussi toute singularité, et mettront toute leur application à ne rien faire que de conforme aux Constitutions et aux Règles de leur Institut, ou aux exemples des Frères les plus pieux et les plus édifiants

 

189. Les Supérieurs veilleront à maintenir parmi les Frères les pratiques d'humilité, telles que les pénitences publiques. Les Frères anciens, ceux qui remplissent les emplois les plus élevés, doivent se faire un devoir de s'y soumettre et d'en donner l'exemple. Il convient aussi d'occuper de temps en temps aux travaux manuels et même aux emplois les plus humbles, tels que balayer, laver la vaisselle, servir au réfectoire, etc..., les Frères qui sont les plus estimés, ceux qui ont obtenu des succès, ceux qui ont le plus de talents pour la classe ou la direction des affaires

 

190. Enfin, les Frères doivent s'humilier devant Dieu et devant les hommes, extérieurement et surtout intérieurement; mais l'humilité doit leur être tellement naturelle, et ils doivent la pratiquer avec tant de simplicité et de sincérité qu'elle ne se fasse jamais remarquer, s'il est possible

 

191. La simplicité chrétienne consiste dans une parfaite droiture d'esprit et de coeur qui porte à agir uniquement en vue de plaire à Dieu

 

192. En élevant l'âme au-dessus des considérations humaines, elle devient une source constante de liberté pour l'esprit, ainsi que pour la volonté et elle inspire une douceur et une égalité de caractère qui charment et attirent

 

193. Celui qui en est animé accomplit son devoir, observe la Règle et se soumet à l'obéissance, sans se mettre en peine de ce que l'on pensera ou de ce que l'on dira

 

194. Il n'y a pas de simplicité véritable sans humilité sincère, sans pureté de coeur, sans abnégation entière de soi-même. Ennemie de toute duplicité et de toute malice, elle met en parfaite harmonie, les sentiments, les paroles et les actes

 

195. Suivant le conseil de Jésus-Christ, les Frères joindront la simplicité de la colombe à la prudence du serpent, c'est-à-dire qu'ils doivent allier la franchise qui gagne les coeurs à la réserve qui écarte le danger

 

196. Ils seront simples d'esprit comme des enfants, évitant de se comparer aux autres, de se prévaloir d'aucun avantage, de rechercher l'estime des hommes

 

197. Ils seront simple de coeur: envers Dieu, évitant la présomption, le scrupule; envers les Supérieurs, les honorant sans les flatter et agissant avec eux sans contrainte ni déguisement; envers leurs confrères para une affection sincère et cordiale, et des rapports empreints du laisser-aller de la famille

 

198. La simplicité de caractère demande qu'ils évitent également l'humeur et le caprice, et qu'ils cèdent volontiers, sacrifiant leur sentiment pour le bien de la paix

 

199. L'esprit de simplicité doit paraître extérieurement dans l'habillement qui doit être convenable sans être recherché ni négligé; dans les manières qui doivent être naturelles, dans le parler sans malice ni finesse, dans toute la conduite par une grand fidélité à la vie commune

 

200. Il doit se manifester jusque dans la piété. Ainsi, les Frères se garderont de la singularité, car une âme simple craint ce qui pourrait la faire remarquer

 

201. Pour s'exercer à la pratique de la simplicité, les Frères se rappelleront la présence de Dieu et les exemples de la sainte Famille à Nazareth; ils s'appliqueront à agir avec cette pureté d'intention qui ne cherche que la gloire de Dieu dans l'accomplissement de sa sainte volonté et ils méditeront ces paroles de l'Ecriture: "Le Seigneur a en horreur les hommes pervers, mais son intimité est avec les coeurs droits" (Prov., III, 32). "Soyez donc des enfants de Dieu, simples et irrépréhensibles" (Philippiens, II, 15)   202. La modestie est intérieure et extérieure. La modestie intérieure est un discernement du juste milieu à tenir dans les sentiments, les paroles, les regards, les actions, l'attitude et toutes les démarches. La modestie extérieure es la manifestation dans les rapports avec le prochain de la modestie intérieure, dont elle est l'effet. La modestie chrétienne, par respect pour la présence de Dieu et afin d'édifier le prochain, règle avec bienséance tout notre extérieur

 

203. Pour pratiquer la modestie d'une manière convenable à leur état, les Frères observeront les règles suivantes: 1º Ils tiendront la tête droite, un peu inclinée sur le devant, surtout pendant les exercices de piété évitant de la pencher d'un côté ou de l'autre, de la tourner légèrement et sans raison. 2º Ils auront pour l'ordinaire les yeux modestement baissés, surtout dans les rues, les places publiques et dans les assemblées où ils seront obligés de se trouver; ils éviteront de les porter sur quelque objet dangereux et de les arrêter fixement sur les personnes. 3º Le visage étant la partie du corps où se peignent plus parfaitement les passions de l'âme, ils devront le composer avec soin et faire en sorte qu'il soit ouvert et qu'il ait un air de bonté, de douceur et de piété qui annonce la paix et le bon état de l'âme

 

204. Ils se garderont de toute démonstration de joie trop vive et trop empressée, qui annonce un esprit léger et peu réfléchi; comme aussi, de tout air triste, inquiet ou chagrin, qui est ordinairement une marque que l'âme est dominée par quelque passion

 

205. Etant debout, ils tiendront le corps droit, sans gêne ni affectation, sans le pencher sur un côté, mais le tenant également posé sur les deux pieds, qui ordinairement doivent être presque joints

 

206. Ils ne tiendront pas les mains dans les poches de leur habit, mais ils pourront les laisser pendre modestement ou avoir les bras croisés

 

207. Ils prendront l'habitude de marcher posément et naturellement, ayant soin pour cela de tenir le corps droit sans le balancer d'un côté ni de l'autre; d'éviter de traîner les pieds, d'aller trop vite ou trop lentement, de gesticuler ou de faire quoi que ce soit qui ressente l'affectation ou les manières du monde

 

208. Quand ils sont assis, ils doivent tenir le corps droit, les pieds presque joints, et éviter de mettre les jambes l'une sur l'autre, de se renverser sur le dossier de la chaise ou sur quelque table, de changer à tout moment de situation, et de faire toute extension de jambes ou de bras qui dénote l'ennui ou la paresse

 

209. En parlant, leur ton de voix doit être modéré, mais soutenu, c'est-à-dire qu'il doit être ni trop haut, ni trop bas, ni trop lent, ni trop précipité, et n'avoir rien de dur ni d'efféminé

 

210. Ils s'abstiendront de bâiller en compagnie, de faire des mouvements précipités et de porter les mains à la tête ou au visage sans nécessité

 

211. Ils feront en sorte qu'il n'y ait rien dans leur personne, dans leur manière de tousser, de cracher et de se moucher qui puisse faire de la peine aux autres; ils se surveilleront avec attention, surtout en compagnie, afin d'éviter tout ce qui pourrait choquer ou incommoder ceux avec qui ils se trouvent

 

212. Enfin, ils se conduiront en toutes choses avec tant de bienséance et de modestie, que tout en eux édifie le prochain et se ressente de la sainteté de leur état

 

213. Le but secondaire de cet Institut étant de travailler, sous la protection de Marie, au salut des enfants en les élevant chrétiennement, une des vertus les plus nécessaires aux Frères pour atteindre ce but, c'est le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes

 

214. Par leur vocation, les Frères sont les aides et les coopérateurs des Pasteurs de l'Eglise, les représentants et les suppléants des parents. Leurs fonctions sont une participation du ministère apostolique: la plus belle portion du troupeau de Jésus-Christ leur est confiée, car ils sont chargés d'élever les enfants, c'est-à-dire de les instruire de la foi chrétienne , de conserver leur innocence, de les former à la piété et à la vertu; en un mot , d'en faire de bon chrétiens et de vertueux citoyens

 

215. Les Frères doivent beaucoup estimer leur vocation et s'appliquer sans relâche à acquérir les vertus et les connaissances qui leur sont nécessaires pour remplir la sainte mission que l'Eglise leur confie

 

216. Le meilleur moyen de porter les hommes à la vertu et de les gagner à Dieu étant le bon exemple et la sainteté de la vie, ils se conduiront de manière à donner aux enfants l'exemple de toutes les vertus, et ils travailleront tous les jours à devenir plus parfaits, c'est-à-dire, plus humble, plus mortifiés, plus obéissants, plus charitables, plus pieux et plus unis à Dieu

 

217. Ils s'appliqueront à former leurs élèves à une solide piété, à les instruire des vérités de la foi, de commandements de Dieu et de l'Eglise, et des dispositions nécessaires pour recevoir avec fruit les sacrements; ils s'efforceront surtout de leur inspirer un grand amour pour Jésus-Christ, revenant fréquemment sur les mystères, sur les actions et sur les vertus de notre divin Sauveur, sur ce qu'il a fait et souffert pour nous, et insistant avec force et persévérance sur la nécessité où nous sommes de l'aimer et de l'imiter

 

218. Ils les formeront encore à une grande dévotion à Jésus dans l'Eucharistie et à son Sacré-Coeur. Ils leur en feront connaître l'objet, les avantages et la pratique, les engageant à s'agréger à l'Apostolat de la Prière ou à toute autre association propre à les porter à la communion fréquente. On veillera cependant à ce que les enfants ne communient pas par habitude ou par entraînement

 

219. Une bonne première communion étant de la plus grande importance, les Frères mettront tous leurs soins pour y disposer dignement les enfants le plus tôt possible. A cette fin, ils leur donneront des instructions particulières et leur feront bien comprendre que le meilleur moyen de s'y préparer c'est d'éviter le péché, de se corriger de leurs défauts et de beaucoup prier

 

220. Ils ne manqueront pas d'enseigner à leurs élèves les formules ordinaires pour prier, comment et en quel temps les chrétiens doivent remplir ce devoir important, non seulement à l'école, mais individuellement et en famille, encourageant fréquemment ces pratiques chrétiennes afin qu'elles tournent en habitudes pour les reste de la vie. Pour former les enfants à prier Dieu avec respect, ils les exerceront à bien réciter les prières ordinaires

 

221. Pareillement, pour ce qui concerne les offices de l'église, les Frères feront connaître aux enfants l'obligation où ils sont d'y assister le dimanche et les jours de fête de précepte; ils les y conduiront autant que possible. Ils leur apprendront à se tenir convenablement dans le lieu saint, à bien entendre la sainte messe et à suivre les offices avec piété et avec fruit

 

222. Ils apprendront encore aux enfants à sanctifier et à rendre méritoires toutes leurs actions, en les offrant à Dieu, en lui demandant son secours et en se soumettant avec résignation à la loi du travail. Ils ne manqueront pas non plus de leur donner les moyen de profiter des peines, des afflictions, des maladies et de tous les autres événements fâcheux de la vie, regardant en tout cela la volonté de Dieu, et en s'y soumettant sans murmurer et en esprit de pénitence

 

223. Ils ne se contenteront pas d'instruire leurs élèves des vérités de la religion, ils s'attacheront surtout à former leurs coeurs à la vertu, ce qu'ils feront en leur inspirant de l'éloignement pour les mauvaises compagnies et une grande horreur pour le péché, en les corrigeant de leurs défauts, en réformant leur caractère, en réprimant leurs mauvaises inclinations, en leur faisant contracter l'habitude des vertus contraires, et en leur donnant les moyens de les acquérir

 

224. Ils leur inspireront une solide dévotion à la sainte Vierge, leur enseignant en quoi elle consiste et ce qu'ils doivent faire pour mériter la protection de cette bonne Mère. Pareillement, ils leur apprendront à honorer saint Joseph, leur Ange gardien et leur saint Patron, et les exhorteront à prier souvent pour les âmes du purgatoire

 

225. Afin de susciter un plus grand nombre d'ouvriers apostoliques , ils se feront un devoir de parler à leurs élèves de l'importance du choix d'un état de vie, s'efforçant de faire germer et de cultiver les vocations sacerdotales et religieuses. Ils auront particulièrement à coeur de discerner les enfants pouvant convenir à notre Institut, pour les diriger, au moment propice vers le juvénat ou le noviciat

 

226. Rien ne leur coûtera, rien ne leur paraîtra difficile, lorsqu'il s'agira de donner l'instruction religieuse aux enfants et de les porter à Dieu; leur zèle ne s'arrêtera devant aucun sacrifice, et ne sera jamais rebuté par la grossièreté, l'indocilité et les autres défauts des enfants; ils se rappelleront souvent les exemples de Notre-Seigneur et des saints et ces paroles de l'évangile: "Tout ce que vous faites au moindre des miens, c'est à moi-même que vous le faites."   227. Ils doivent se regarder comme les anges gardiens de leurs élèves, et ne jamais perdre de vue que l'innocence des enfants leur est confiée et que Dieu leur en demandera compte

 

228. Comme la prière est un excellent moyen de travailler au salut des enfants, les Frères les recommanderont souvent à Dieu, lui offrant à cette intention leurs exercices de piété, leurs communions et tous les autres actes de vertu qu'ils pratiquent

 

229. Ils saisiront adroitement toutes les occasions d'édifier les enfants, de les former à la vertu et de les gagner à Dieu. Pour cela, au milieu d'une leçon profane, d'une conversation, et en mille autres circonstances, ils sauront placer à propos une sage réflexion, quelques paroles d'édification, qui, n'étant pas attendues ne seront que mieux reçues, et ne feront que plus d'impression sur l'esprit des enfants. Enfin, ils se feront tout à tous, à l'exemple de l'Apôtre, et ils ne craindront pas de s'abaisser jusqu'aux plus petits, se conformant à leur manière d'entendre les choses et de les goûter, et proportionnant leur instruction à leur faiblesse et au peu d'intelligence de plus bornés

 

230. Un religieux éducateur doit attacher la plus grande importance aux directives pontificales concernant l'Action Catholique. Les Frères en étudieront avec soin l'esprit, l'organisation, les méthodes et le fonctionnement pour les appliquer, dès les classes élémentaires à leur enseignement catéchistique et former leurs élèves à ce genre d'apostolat. Ils s'emploieront, avec le même zèle, au développement et à la bonne marche des Associations d'anciens élèves et autres oeuvres de persévérance, complément nécessaire de l'école chrétienne

 

231. Mais le zèle des Frères, pour être agréable à Dieu, avantageux au prochain et à la religion, doit être circonscrit dans les oeuvres de leur vocation et réglé par l'obéissance

 

232. La vie du chrétien, et plus encore celle du religieux, doit être une mortification continuelle. C'est aux religieux surtout que s'adressent ces paroles de l'Apôtre: Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés» (Galat., 5, 24); et ces autres de notre Sauveur: Si quelqu'un veut venir à ma suite " (Luc, 9, 23); car, ajoutet-il, le royaume du ciel souffre violence, et il n'y a que ceux qui se font violence qui le ravissent» (Matth., 11, 12)

 

233. Les Frères ne seront tenus à aucune pénitence extraordinaire; mais ils s'efforceront d'exceller dans la mortification des passions et la garde des sens. La pratique de cette pénitence doit leur être tellement familière que toutes les puissances de leur âme et tous les sens de leur corps soient immolés à Dieu par le glaive de cette sorte de mortification

 

234. Ils s'appliqueront donc avant tout à la mortification intérieure, c'est-à-dire, à combattre leurs passions, particulièrement l'orgueil, le désir de paraître et d'être estimés, l'amour propre, la sensualité, l'affection déréglée aux créatures, l'envie, la colère, la curiosité et l'attachement à leur volonté propre

 

235. L'esprit de mortification les portera à vider leur imagination des idées et des vanités du siècle, à arrêter la légèreté de leur esprit, à mépriser et à chasser mille pensées vagabondes et chimériques qui ne peuvent que faire perdre le recueillement, porter à la dissipation et distraire pendant les prières, et à éviter soigneusement d'interroger les séculiers, les enfants ou les séculiers pour s'informer de ce qui se fait dans le monde

 

236. Chacun trouvera dans son caractère un sujet bien vaste de mortification. Combattre sa passion dominante, fixer son inconstance, arrêter les saillies de son humeur, supporter une imagination vive et fougueuse, un fonds d'impatience que l'on a peine à réprimer, tant de moments de tristesse et d'ennui dont on ne sait la cause, les craintes, les scrupules et une foule de perplexités souvent si fatigantes: tous ces combats, toutes ces peines seront un riche trésor d'abnégation, de pénitence, et conséquemment de mérite pour un Frère pieux qui en saura faire bon usage

 

237. Un autre sujet de mortification, bien méritoire pour les Frères, sera de souffrir avec patience et charité tout ce qui pourra leur faire de la peine dans la personne et la conduite des Frères avec lesquels ils auront à vivre; ainsi, l'esprit de mortification leur fera supporter sans se plaindre les défauts de caractère et d'éducation, les préventions, les importunités, les indiscrétions, les railleries, les paroles et les procédés inconvenants, en un mot, tout ce qu'ils trouveront de pénible dans la personne ou la manière de faire de leurs confrères

 

238. Il y a une foule d'autres pénitences qu'un religieux trouvera l'occasion de pratiquer tous les jours sans que personne s'en aperçoive. Tantôt il se privera d'entendre une conversation qui lui plaît, de dire un mot qui attirerait l'attention et les éloges d'une compagnie, de lire un livre ou de faire toute autre chose qui lui serait fort agréable, de cueillir une fleur et de la flairer; tantôt il se trouvera dans l'occasion de se gêner, de se faire violence pour rendre à un confrère, à un enfant, à un malade, un service pénible , de recevoir un reproche qu'il n'a pas mérité, ou une injure et un outrage au lieu de la reconnaissance qu'on lui devait, de faire une chose qui lui déplaît, de ne pouvoir obtenir ce qu'il désire ou ce qui lui serait nécessaire. En profitant ainsi de toutes les occasions qu'il a de se mortifier, un Frère s'assure un trésor de mérites et de gloire pour l'éternité

 

239. Un autre genre de pénitence qui doit être familier aux Frères , c'est la garde des sens et surtout des yeux: ils les tiendront modestement baissés, particulièrement dans l'église, dans les rues et autres lieux publics. Par esprit de mortification, ils se priveront de regarder par les fenêtres, de voir les choses mêmes indifférentes, mais qui ne sont propres qu'à dissiper et à faire perdre le recueillement

 

240. Ils regarderont leur corps comme leur plus grand ennemi, et ne cesseront de lui faire la guerre et de le mortifier. Cependant, ils ne doivent jamais faire de pénitence qui nuise à leur santé, ils n'en feront même aucune extraordinaire sans permission, ce qui n'empêche pas qu'ils ne puissent et qu'ils ne doivent s'imposer des privations et des sacrifices, de manière à dompter leur corps, à l'assujettir à l'esprit, afin d'accomplir en leur chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ selon l'expression de l'Apôtre (Coloss., 1, 24)

 

241. Ils seront sobres dans les repas et ils auront soin de pratiquer à table quelque acte de mortification, comme de se priver ou de prendre peu de quelque mets qu'ils aiment beaucoup, de ne pas se plaindre de la mauvaise qualité ou du défaut d'apprêt des aliments, de se priver d'un fruit ou de toute autre chose qui flatte le goût et dont on peut se passer sans inconvénient

 

242. Les Frères regarderont comme un sujet de pénitence très méritoire, les maladies, les infirmité et les afflictions qu'ils auront à supporter. Dans cet esprit, ils les recevront avec résignation et avec joie comme une portion de la croix de Jésus-Christ, et s'en serviront comme d'un excellent moyen de satisfaire à la justice de Dieu. Ils ne se plaindront jamais de la violence et de la durée du mal, de l'amertume des remèdes, des oublis de ceux qui les servent, du bruit qu'on fait autour d'eux et de beaucoup d'autres choses

 

243. L'amour de la mortification et de la pénitence les portera encore à faire un saint usage de toutes les occasions de souffrir que leur fourniront les lieux qu'ils habitent, les climats, les saisons, s'estimant heureux d'être mal logés, mal nourris, de souffrir le froid, la chaleur, les intempéries de l'air, et d'autres incommodités

 

244. Une autre pénitence très agréable a Dieu, c'est tout ce qu'ils auront à souffrir dans l'exercice de leurs fonctions. La réserve, la gravité et la modestie qu'ils devront avoir pour contenir et pour édifier leurs élèves, les obligeront à s'observer sans cesse et à se faire une continuelle violence. Que d'actes de mortification n'auront-ils pas l'occasion de pratiquer, étant toute la journée au milieu d'une foule d'enfants légers et paresseux. Que d'actes de patience, d'humilité, de charité et de zèle ne faudra-t-il pas faire pour se mettre à la portée de tous et pour répéter sans cesse les mêmes choses! Et après tant de peines, d'abnégation et de dévouement, ils devront s'attendre et se préparer tous les jours à supporter l'ignorance, la grossièreté et l'indocilité des enfants; les plaintes et l'ingratitude des parents, les mépris et les contradictions du public

 

245. Mais la pénitence qui plaira le plus à Dieu, qui leur attirera le plus de grâces, celle qui comprend pour ainsi dire toutes les autres, c'est l'exacte observance de leurs Constitutions et de leurs Règles. En effet, être fidèle à garder toujours le silence, à répondre en peu de mots, à tout quitter au premier coup de cloche, à laisser une occupation qui plaît pour faire toute outre chose, quelque opposée qu'elle soit aux inclinations de la nature, dès que l'obéissance le veut, à se respecter mutuellement; être fidèle, en un mot, à observer tous le points des Constitutions et de Règles dans le temps, dans le lieu et de la manière prescrite, c'est renoncer sans cesse à sa volonté, pour faire celle de Dieu, c'est se faire violence et se mortifier continuellement. Les Frères s'appliqueront surtout à cet exercice de mortification et le préféreront à tous les autres

 

246. Pendant le temps du silence, s'il y a nécessité de parler, on le fera en peu de mots et à voix basse, autant que possible. On évitera aussi de faire du bruit en marchant, en ouvrant ou en fermant les portes, et généralement tout ce qui pourrait dissiper ou déranger les Frères. Les temps libres sont des temps de silence

 

247. Pour favoriser le bon emploi du temps, les études sérieuses et s'édifier mutuellement, on veillera particulièrement à l'observation du silence dans a salle d'étude

 

248. En faisant la classe les Frères doivent être très exacts à garder le silence, afin de conserver leur santé et de maintenir la discipline parmi leurs élèves

 

249. Dans les rapports avec les étrangers, c'est particulièrement le Frère Directeur qui entretient la conversation; les autres Frères écoutent avec modestie, ou interviennent seulement quand la bienséance le demande. En ce cas, ils répondront en peu de mots et seulement sur ce qui leur a été demandé

 

250. C'est surtout dans les voyages que le Frères doivent être retenus et circonspects dans leurs paroles. Ils ne parleront pas de politique, ni d'autres nouvelles ou affaires du monde; ils éviteront même de lier conversation avec qui que ce soit et de prendre part aux discours qui se tiendront, se contentant d'édifier le prochain par leur gravité, leur réserve et leur modestie

 

251. Bien convaincus de cette parole de saint Grégoire: , les Frères ne se contenteront pas de garder le silence extérieur ou de paroles, ils s'attacheront surtout à la pratique du silence intérieur, qui consiste à réprimer ses passions, à oublier le monde, à chasser les pensées, les affections et le souvenir des choses de la terre et à ne s'occuper que de Dieu

 

252. Enfin, pour s'animer à la pratique du silence, pour en comprendre toute l'importance et la nécessité, les Frères méditeront souvent ces paroles de la Sainte Ecriture:  (Prov., 10, 19);  (Eccles., 20, 8) ; (Jacq., 3, 6); (Jacq., 1, 26);  (Jacq., II, 2)

 

253. Le respect mutuel conserve la paix, la charité et l'union si nécessaires dans une communauté

 

254. Les Frères, selon le conseil de l'Apôtre, (Rom., 12, 10) , c'est-à-dire, qu'ils seront exacts à observer entre eux les règles de la civilité et de la bienséance, qu'ils se traiteront avec estime et respect, qu'ils se rendront les devoirs qu'ils se doivent selon le rang et la place qu'ils tiennent dans l'Institut; et qu'ils se conduiront toujours, dans leurs rapports mutuels, par le principe de l'humilité et de la charité chrétiennes

 

255. Ils ne se tutoieront jamais entre eux; en se dénommant, ils feront toujours précéder le nom de religion ou le titre, du mot Frère

 

256. Ils ne se permettront aucune familiarité, aucuns jeux de mains: tels que se pousser, se frapper ou autre chose semblable. Ils se récréeront avec beaucoup de réserve et de dignité, évitant toute espèce de facéties, tout geste, toute action ridicule, en un mot, tout ce qui est contraire à la modestie et à la gravité religieuses

 

257. Quand ils se rencontreront, s'ils ont le chapeau sur la tête, ils se découvriront; s'ils passent devant le Frère Supérieur ou devant les Frères anciens, ils les salueront de plus par une légère inclination

 

258. Ils auront des attentions et de égards particuliers pour les Frères anciens, quand même ils ne seraient pas en charge. Tous, et particulièrement les jeunes, s'efforceront de leur rendre honneur, c'est-à-dire, d'avoir pour eux une grande déférence, de les écouter quand ils parlent, et de leur rendre tous les services dont ils auront besoin

 

259. Les Frères anciens, à leur tour, se montreront bons et affables à l'égard des jeunes, supportant leurs défauts, excusant les fautes que l'inexpérience leur fait commettre, les reprenant, s'il y a lieu, mais avec douceur, évitant soigneusement de dire ou de faire quoi que ce soit qui puisse les scandaliser, leur faire de la peine ou les décourager, leur parlant toujours avec bonté, avec retenue et d'une manière sensée

 

260. Les Frères formeront leur enfants à la civilité par leurs leurs instructions et surtout par leurs exemples, réglant leur maintien, leurs paroles et leurs actions, de manière que tout, dans leur conduite, soit pour les enfants une leçon de vertu et de politesse

 

261. Ils doivent s'instruire de tout ce qui tient aux usages et au cérémonial des lettres et s'y conformer dans l'occasion. En écrivant au Frère Supérieur Général, ils commenceront leurs lettres par cette formule: , et la termineront de cette manière: un profond respect et une entière soumission, Mon Très Révérend Frère Supérieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.» Ils mettront l'adresse de cette manière: , etc

 

262. Les Frères aimeront beaucoup l'ordre et la propreté. Dans chaque maison, un Frère sera spécialement chargé de veiller à la propreté et à la bonne tenue des appartements, du mobilier et du vestiaire

 

263. Chacun fera son lit et aura soin de mettre en ordre et de tenir en état de propreté tout ce qui est à son usage

 

264. On veillera à tenir les appartements bien aérés, surtout les classes et ceux qui sont les plus fréquentés; à remettre toujours les choses à leur place, après s'en être servi, et de n'en laisser égarer ni dépérir aucune par sa faute

 

265. Les Frères s'appliqueront à donner à leurs élèves des habitudes d'ordre et de propreté, les obligeant à se laver et à se peigner tous les jours, à prendre soin de leurs objets classiques et de tous leurs effets, et à les ménager

 

266. Les Frères, même dans les écoles les écoles les plus pauvres, veilleront à la tenue des classes. Elles seront balayées à temps, époussetées avec soin et ornées discrètement, mais avec goût pour en rendre le séjour agréable. Ils apporteront une attention particulière au choix des objets religieux et à leur bonne disposition

 

267. La vie religieuse étant par sa nature une vie de pénitence, de mortification et de travail, rien ne lui est plus opposé que l'oisiveté, qui enseigne tous les vices, combat et détruit toutes les vertus. Les Frères regarderont donc la vice de paresse comme un de leurs plus dangereux ennemis, et ils s'en préserveront avec le plus grand soin

 

268. L'amour du travail est une disposition requise pour être reçu dans l'Institut; on ne manquera pas d'en instruire les postulants, de les éprouver sur ce point et de renvoyer ceux qui manqueraient de goût et d'aptitude pour l'étude et pour le travail manuel

 

269. Les Frères auront tous une occupation déterminée et ils devront rendre compte au Frère Provincial, tous les quatre mois, et au Frère Directeur, toutes les semaines, de leur travail et de l'emploi de leur temps

 

270. Le savoir étant un auxiliaire précieux de la vertu et du dévouement dans l'apostolat de l'éducation, les Frères s'efforceront d'acquérir toutes les connaissances utiles à leur profession. L'étude est un devoir pour ceux qui sont employés dans l'enseignement; ils s'y livreront avec constance, car la négliger serait porter préjudice à leur Institut et à leurs élèves. Ils aspireront même aux titres professionnels nécessaires au succès de leur mission. Mais tant pour leurs études que pour les examens à subir, ils se conformeront exactement aux programmes arrêtés par le Conseil Provincial, et approuvés par le Conseil Général

 

271. Les matières d'étude pour les Frères sont tout d'abord la religion, puis les connaissances qui font partie des programmes de leur enseignement. Les Frères ne pourront se livrer à aucune étude spéciale sans la permission du Frère Provincial

 

272. Les Frères garderont cet ordre dans leurs études: 1º ils étudieront les matières de leurs classes respectives et auront soin chaque jour de préparer les leçons qu'ils sont obligés de donner; 2º ils travailleront ensuite aux autres parties de l'enseignement de manière à donner toujours la primauté à celles qui sont le plus utiles ou qui leur seraient la plus nécessaires

 

273. L'étude religieuse étant d'une importance capitale tant pour le profit spirituel des Frères que pour la formation chrétienne des élèves, on emploiera soigneusement l'heure qui lui est consacrée, à la préparation du catéchisme, à une étude ascétique personnelle, ou selon les indications des Supérieurs

 

274. Les Frères profès de voeux temporaires réciteront tous les jours une leçon de catéchisme au Frère Directeur ou à celui qu'il aura désigné. Le Frère Directeur devra aussi, de temps en temps, leur faire réciter la Méthode d'oraison, au jour qu'il indiquera, et ce sera ordinairement le jeudi.

 

275. Les Frères ne se contenteront pas d'apprendre ce qu'ils doivent enseigner; ils étudieront, de plus, avec soin, dans de bons traités de pédagogie, les meilleurs méthodes d'instruire les élèves, de les discipliner et de leur donner le goût de l'étude et l'amour du travail

 

276. Ils se garderont bien, néanmoins, de se passionner pour l'étude, et de s'y adonner dans des vues humaines et de manière à préjudicier à leurs exercices de piété et à leur avancement dans la vertu; ils s'y appliqueront surtout pour plaire à Dieu et procurer sa gloire, pour servir plus utilement l'Institut, et pour obéir aux Constitutions et aux Règles communes, pour édifier les Frères, et pour s'occuper selon leur état

 

277. Chacun s'efforcera, selon sa capacité, de s'acquitter exactement et dans des vues surnaturelles, de l'emploi qui lui aura été confié

 

278. Le Frère Directeur ne souffrira jamais que les Frères restent dans l'oisiveté, surtout les jeunes; mais il les tiendra constamment et utilement occupés, et leur demandera compte de leur travail et de l'emploi de leur temps

 

279. En communauté, le principal moyen de sanctification est l'observance des Constitutions et des Règles, et un religieux ne reçoit de grâces et ne fait de progrès dans la vertu qu'a proportion qu'il est fidèle à les observer

 

280. Les Frères regarderont donc les observances régulières, même les plus petites, comme très importantes: 1º parce qu'elles sont pour eux un moyen de perfection; 2º parce que Dieu a attaché la persévérance dans la bien à la fidélité aux petites choses: , dit Jésus-Christ,  (Luc., 16, 10); 3º parce que la violation d'une seule, quelque petite qu'elle soit, nuit au bon ordre et à la discipline de la communauté; 4º parce que la paix, l'union et la ferveur ne règnent parfaitement que dans les maisons où l'on est fidèle à tous les points de Constitutions et de Règles.

 

281. Chacun doit bien se persuader que Dieu veut le sauver et le conduire à la perfection par l'exacte observance des Constitutions et des Règles de son Institut; conséquemment qu'il ne peut les négliger sans exposer sa perfection et même son salut, car, dit saint François de Sales, la prédestination des religieux dépend de cette observance

 

282. Un des premiers devoirs de Frères Directeurs et de tous ceux qui sont en charge, c'est d'obtenir cette observance le plus parfaitement possible. C'est pourquoi les Frères Directeurs doivent: 1º habituer les Frères à la ponctualité, c'est-à-dire, à tout quitter au premier signal pour se rendre aux exercices de la communauté ou à ce que demande l'obéissance; 2º faire toujours commencer les exercices à l'heure; 3º faire cas des plus petites règles et avertir les Frères quand ils y manquent

 

283. Les Frères en charge, ceux du voeu de stabilité, de même que les plus âgés et les plus instruits s'efforceront de se montrer les plus exacts à observer les Constitutions et toutes les Règles, se rappelant qu'ils sont tenus plus que les autres à donner l'exemple de la régularité

 

284. Dans le cas même de maladie ou d'infirmité, les Frères s'y rendront fidèles autant qu'il dépendra d'eux, s'efforçant pour cela de pratiquer les points qui ne sont pas incompatibles avec l'état où ils se trouvent et de demander dispense de ceux qu'ils ne peuvent pas observer

 

285. Quand les Frères auront manqué à quelque point important des Constitutions ou des Règles, ils déclareront leur faute au Frère Directeur et lui en demanderont pénitence

 

286. Ils doivent être bien aises aussi que le Frère Directeur les avertisse de leur manquements, et ils le prieront même en particulier, de temps en temps, de leur rendre ce bon office

 

287. Les Frères liront leurs Constitutions et leurs Règles communes en entier au moins deux fois l'an, dans les premiers jours de janvier et de juillet; cette lecture tiendra lieu de la lecture spirituelle. Chacun devra lire aux mêmes époques, et plus souvent s'il est nécessaire, les règles qui lui sont particulières à raison de son emploi

 

288. En outre, tous les dimanches, on lira en communauté un chapitre des Constitutions ou des Règles communes, sur lequel le Frère Directeur fera une instruction, ou au moins quelques réflexions

 

289. Chacun devra faire souvent son examen sur la manière dont il observe les Constitutions et les Règles, s'arrêtant surtout aux points qu'il a plus de peine à observer et qu'il néglige plus souvent, et s'appliquant à découvrir le principe de ses fautes, afin de s'en corriger

 

290. Enfin, les Frères observeront les Constitution et des Règles par amour et non par crainte; le désir de plaire à Dieu, de la glorifier, d'imiter Notre-Seigneur, de mériter la protection de la Sainte Vierge, de travailler à leur perfection et de conserver l'Institut, tels sont les motifs qui doivent les porter à y être constamment fidèles

 

291. Les Frères auront une religieuse vénération et un profond respect pour le Frère Supérieur Général, et, en toute chose, ils lui obéiront comme à Dieu même dont il tient la place

 

292. En s'adressant à lui ils ne l'appelleront jamais autrement que "Mon Révérend Frère Supérieur"; et en parlant de lui ils diront: "Le Révérend Frère Supérieur"

 

293. Lorsqu'ils lui parleront, ils se tiendront debout et découverts tout le temps, à moins qu'il ne leur fasse signe ou ne leur dise de s'asseoir et de se couvrir

 

294. Ils lui feront une légère inclination, chaque fois qu'ils passeront devant lui; et, s'ils se croisent avec lui à un escalier ou ailleurs, ils ne manqueront pas de s'arrêter, de lui céder le pas et de s'écarter pour le laisser passer

 

295. Quand le Frère Supérieur Général entre dans un appartement quelconque, tous doivent se lever et rester debout jusqu'à ce qu'il dise de s'asseoir ou qu'il se soit assis lui-même. On se tiendra également debout à sa sortie

 

296. Ils le regarderont comme leur père, et ils auront pour lui un attachement, un amour et une confiance filiale. Ces sentiments, d'autant plus sincères qu'ils sont dictés par l'esprit de foi, les porteront à s'adresser à lui, dans tous leurs besoins, avec la simplicité d'un enfant

 

297. Lorsqu'un Frère est repris par le Frère Supérieur Général, il doit l'écouter avec un profond respect, avec humilité et en silence. Si le Frère croit devoir s'excuser, ce qu'il ne doit faire que lorsqu'il juge que la plus grande gloire de Dieu le demande, il ne le fera qu'avec modestie, en peu de mots et sans contester avec lui

 

298. Les Frères doivent recourir au Frères Supérieur Général en toute confiance, mais ils éviteront de lui faire perdre le temps par des visites importunes ou trop prolongées. Ils doivent dire sans gêne, mais avec le moins de paroles possible, ce pourquoi ils viennent le trouver, et se retirer dès qu'ils ont terminé

 

299. Les Frères en charge se souviendront qu'ils n'ont qu'une autorité relative et dépendante, et qu'ils lui doivent compte de leur gestion selon les Constitutions. Ils se borneront donc, en tout ce qui concerne leur emploi, à ce qui est déterminé par les Constitutions et les Règles, ou qui est d'un usage constant et reconnu dans l'Institut

 

300. Dans la direction de leur maison et dans tout ce qu'ils entreprendront pour le bien de la religion et celui de l'Institut, les Frères Directeurs suivront exactement les instructions qu'ils auront reçues du Frère Supérieur Général et jusqu'a ses moindre intentions

 

301. Les Frères ne parleront du Frère Supérieur Général qu'avec estime et respect; jamais ils ne se permettront un mot de blâme, ni quoi que ce soit qui puisse affaiblir la vénération profonde, l'amour et la haute estime que tous les Frères doivent avoir pour lui; moins encore se permettront-ils de censurer sa conduite, son administration, ou de trouver à redire ce qu'il a fait ou ordonné. L'esprit de foi, qui leur fera voir Jésus-Christ en sa personne, les portera à trouver bon tout ce qui vient de lui, à recevoir comme de Dieu même, avec une parfaite soumission de volonté et de jugement, ses ordres, ses avis, ses conseils et la moindre de ses paroles

 

302. Les Frères ne se contenteront pas d'aimer et de vénérer leur Frère Supérieur Général, de lui obéir en toute chose et d'avoir en lui une entière confiance; de plus, ils prieront tous les jours pour lui, en leur particulier et en communauté, demandant à Dieu qu'il le remplisse de son esprit de lumière et de force, et lui donne toutes les grâces qui lui sont nécessaires pour conduire avec sagesse l'Institut, et pour faire les Frères dans la voie de la sainteté

 

303. Les Frères Directeurs écriront deux fois par an au Frère Supérieur Général ou à ses Assistants; les autres Frères une fois, aux époques qui auront été fixées. Tous les Frères écriront deux fois au Frère Provincial, aux époques déterminées. La visite du Supérieur tient lieu de correspondance

 

304. Dans leur correspondance, les Frères rendront compte de leur conduite, de la manière dont ils observent les Constitutions et les Règles, et remplissent leur emploi. Les Frères Directeur rendront aussi compte de leur conduite comme directeurs, de celle des Frères de leur communauté, de la régularité de la maison et de l'état des classes

 

305. Pour rendre compte de leur conduite aux époques fixées, les Frères écriront tous en même temps et remettront leurs lettres cachetées au Frère Directeur, qui les joindra à la sienne dans une même enveloppe qu'il cachettera en présence des Frères. Afin de diminuer les frais de correspondance, les Frères se serviront d'un papier léger

 

306. Les lettres d'affaires, les commissions ou les demandes d'objets doivent être à part, sur de feuilles volantes, afin qu'on puisse les remettre à celui qu'elles concernent

 

307. Les Frères Directeurs, en rendant compte de leur conduite personnelle au Frère Provincial, lui feront connaître les lettres de quelque importance qu'ils auraient écrites aux étrangers

 

308. Du reste, les Frères ne doivent écrire aux étrangers et même à leurs confrères que par nécessité, et rarement à leurs parents. Dans toute leur correspondance, ils feront en sorte qu'il y ait toujours quelque chose d'édifiant et qui puisse porter à Dieu

 

309. Les Frères ne liront ni ne communiqueront à personne les lettres qu'ils écriront à leurs Supérieurs quand même elles ne contiendraient rien de confidentiel. Le Frère Directeur ne prendra jamais connaissance des lettres écrites aux Supérieurs par ses Frères, quand même ceux-ci le voudraient. Pareillement, les Frères ne peuvent communiquer à personne les lettres qu'ils reçoivent des Supérieurs, à moins qu'elles ne contiennent des choses qui regardent tous les Frères de la maison, ou que celui qui écrit n'ait manifesté l'intention qu'elles soient communiquées

 

310. Les lettres des Supérieurs ne seront donc décachetées et lues que par ceux à qui elles sont adressées, et pour que ces sortes de lettres puissent être facilement reconnues par le Frère Directeur, celui qui écrit mettra sur l'enveloppe les initiales de son nom

 

311. Quiconque aura lu une lettre, cachetée ou non, adressée aux Supérieurs ou envoyée par eux à un Frère, sera sévèrement repris et le Frère Supérieur Général devra être informé de cette faute

 

312. Les Frères sont subordonnés au Frère Directeur en toutes choses et lui doivent obéissance comme à Jésus-Christ dont il tient la place

 

313. Ils auront pour lui un grand respect, lui parlant toujours en termes pleins de soumission et de déférence; toutes les fois qu'ils passeront devant lui, ils se découvriront et le salueront, et, en toute occasion, ils se montreront pour lui pleins d'égards et de prévenances

 

314. Le Frère Directeur est chargé d'administrer de la manière prescrite par les Constitutions; c'est lui qui répond de tout et qui, par conséquent, doit tout ordonner, tout diriger et contrôler; les autres Frères ne peuvent rien faire, rien permettre en dehors du règlement, ni rien changer dans leurs classes ou ailleurs sans sa permission

 

315. Les Frères lui témoigneront leur respect, leur obéissance, et leur attachement de toutes les manières, chacun s'empressant de l'aider, de le soulager, et de lui rendre service autant qu'il en est capable; et cela, non seulement en contribuant de tout leur pouvoir à maintenir la régularité, l'ordre et la bonne tenue de la maison, et en le remplaçant dans sa classe ou ailleurs, pour la surveillance des élèves ou pour toute autre chose; mais surtout en maintenant, par leur exemple et leur bon esprit, la soumission et le respect qui lui sont dus

 

316. Il est important que tous lui soient très unis et ne fassent qu'un avec lui; il est même nécessaire que cette union paraisse extérieurement, quand il en est besoin. Ainsi, tous doivent le soutenir auprès des enfants, des parents ou de toute autre personne qui serait dans le cas de le blâmer ou de trouver à redire à sa conduite

 

317. Ils auront en lui une grande confiance, lui demanderont conseil dans leurs doutes, lui feront part de leurs peines, des difficultés qu'ils éprouvent dans leur emploi et suivront en toutes choses la ligne de conduite qu'il leur aura tracée.

 

318. Dans leurs études, dans leurs classes ou dans leur emploi, ils se conformeront à la direction et au règlement qui leur seront donnés par le Frère Directeur

 

319. Ils s'appliqueront à prendre sa méthode pour la classe et la direction des enfants, employant les mêmes moyens d'émulation et d'encouragement, les mêmes récompenses, les mêmes manières d'attirer les enfants à l'école, de les former à la vertu et de les discipliner, et, comme le Frère Directeur doit suivre en tout la méthode développée par le Guide des Ecoles, chacun se formera ainsi aux usages de l'Institut

 

320. Ils se garderont bien de le gêner dans son administration, de s'immiscer dans ce qui ne les regarde pas, de se donner de l'autorité ou de se mêler du gouvernement de la maison; ils ne doivent pas non plus le circonvenir, l'influencer, de quelque manière que ce soit, pour le porter à faire ce qu'ils désirent ou pour se faire permettre ou commander ce qu'ils souhaitent

 

321. Le respect et l'obéissance qu'ils lui doivent, leur feront éviter avec soin de critiquer sa conduite ou son administration, de s'entretenir entre eux de ses défauts et de ses fautes, de se plaindre et de murmurer en secret ou en public, de répliquer quand il commande ou qu'il reprend, de témoigner de la peine ou du ressentiment pour un avertissement ou pour une réprimande qu'il leur aura donnée, de recevoir ses ordres avec froideur ou d'un air mécontent, et de n'obéir qu'avec peine

 

322. S'il leur arrive d'être mécontents de la conduite que le Frère Directeur aura tenue à leur égard en quoi que ce soit, ou d'éprouver quelque antipathie contre lui, au lieu de murmurer et de se plaindre devant les autres, ils iront le trouver et lui feront connaître, avec simplicité et franchise, leur sujet de mécontentement et tout ce qui les peine. C'est là le vrai moyen de faire tomber toutes les préventions qui pourraient exister de part et d'autre, de rétablir ou de maintenir la paix, l'union qui doit régner dans la maison, et de conserver l'amour, le respect et l'obéissance qu'ils doivent à leur Frère Directeur

 

323. S'il s'élevait quelques difficultés entre le Frère Directeur et ses Frères (ce qu'à Dieu ne plaise), on aura, sans contester, recours au Frère Provincial, afin qu'il concilie tout par ses avis; cependant l'inférieur se soumettra, en attendant que le Frère Provincial réponde, à moins que la chose ne soit évidemment mauvaise

 

324. Si le Frère Directeur tombait dans quelque faute grave, s'il laissait introduire des abus dans la maison, s'il négligeait la régularité ou le soin du temporel, s'il avait des rapports avec les séculiers ou avec les enfants, des rapports contraires aux Constitutions et aux Règles communes, les Frères, et particulièrement le Frère Sous-Directeur, devraient l'en avertir avec respect et le prier humblement de corriger dans sa conduite ou dans son administration ce qui serait répréhensible et, s'il ne s'amendait pas, il faudrait en prévenir le Frère Provincial

 

325. Le premier devoir des Frères à l'égard de leurs élèves est de les édifier, de les porter à Dieu par leurs actions et la sainteté de leur vie, et de leur donner l'exemple de toutes les vertus

 

326. Ils aimeront chrétiennement tous leurs élèves, leur parleront avec bonté, les traiteront avec douceur, et ils se montreront leurs pères plutôt que leurs maîtres particulièrement dans les corrections

 

327. Ils ne doivent rien négliger pour mériter l'estime, le respect et l'affection des élèves, afin de les gagner plus facilement à Jésus-Christ. Les moyen pour y parvenir sont: 1º d'être d'humeur égale, d'avoir un air gai, bon et grave tout ensemble; 2º de rendre la classe et le travail agréables aux enfants par l'émulation, les récompenses et les louanges données à propos; 3º de n'être pas trop sévères dans les punitions, ni trop difficiles à contenter pour les devoirs ou les leçons; 4º de témoigner aux enfants la bonté d'un père, prenant part à leurs peines, les aidant, les encourageant, leur montrant, par son zèle et son dévouement à les former et à les instruire, qu'on ne cherche que leurs intérêts

 

328. Ils éviteront avec le plus grand soin de s'attacher aux élèves d'une manière trop humaine, ils n'auront aucune familiarité avec eux, et bien qu'ils donnent à tous un libre accès auprès d'eux, ils les tiendront toujours dans les bornes du respect et de la réserve qui conviennent à des élèves à l'égard de leurs maîtres

 

329. Ils auront pour tous leurs élèves la même affection, les mêmes attentions et les mêmes soins. Libres de tout préjugé, de tout vue humaine , ils n'auront aucun égard à la fortune ni aux dons de la nature, tels que les talents, les qualités extérieures, etc., et ils ne verront dans tous les enfants que des membres de Jésus-Christ et des âmes rachetées au prix de son sang

 

330. Ils seront toujours polis avec les enfants, et se garderont bien de leur donner des sobriquets, de se servir en leur parlant ou en les reprenant de termes durs et offensants, comme aussi de les humilier, de les mortifier, de leur faire de la peine sans raison

 

331. En classe, les élèves ne sortiront pas de leur place sans permission, et les Frères ne permettront à aucun de se placer ou de rester à côté d'eux près de la chaire

 

332. Ils ne souffriront pas non plus que les élèves se rendent trop familiers dans la maison, qu'ils entrent dans les appartements des Frères et même dans la cuisine sans frapper et sans permission, qu'ils prennent quoi que ce soit et s'en servent sans le demander, qu'ils courent, qu'ils agissent dans la maison sans retenue et se donnent trop de liberté

 

333. Même pendant les récréations, les Frères ne doivent pas se rendre familiers avec les enfants, ni jouer avec eux, à moins que ce ne soit pour mettre le jeu en train. Ils éviteront aussi de causer à part avec quelquesuns, de crainte qu'ils ne soient distraits et que la surveillance générale n'en souffre

 

334. Ils se garderont bien de perdre leur temps à parler avec un ou plusieurs élèves dans la classe, et même dans la cour, ou de s'informer auprès d'eux des nouvelles et de ce qui se passe dans la localité; ils ne permettront pas aux enfants de les entretenir de choses semblables

 

335. Ils ne parleront pas en particulier aux enfants, à moins d'une grande nécessité, et, en ce cas même, ils le feront en peu de mots et ordinairement dans la classe

 

336. Les Frères ne se feront pas accompagner par les enfants dans les voyages, les sorties ou les visites

 

337. Les Frères ne pendront rien aux élèves, excepté les livres suspects et les mauvaises publications. Si un élève s'amuse avec un objet quelconque, le Frère se contentera de lui faire signe de le retirer; et, s'il était obligé de le lui prendre, il aurait soin de le lui rendre après la classe. Les Frères ne se feront prêter par les élèves aucun livre, journal, revue ou objet quelconque sans autorisation du Frère Directeur

 

338. Un bon moyen pour maintenir la discipline parmi les élèves, pour s'en faire aimer et pour les corriger de leurs défauts, c'est de leur parler toujours raison, de les traiter avec estime et respect, et d'observer toujours à leur égard les règles de la civilité et de la bienséance

 

339. Pour mieux garder leur dignité et leur indépendance, les Frères éviteront d'accepter des compliments et des présents à l'occasion de leur fête. Là où ces fêtes sont d'usage, on les célébrera en même temps pour tout le corps professoral, le jour de la fête du Frère Directeur ou de l'école

 

340. On tâchera de faire régner dans les pensionnats un grand esprit de famille, mais sans se départir des règles de prudence qui sont la sauvegarde de la vertu

 

341. Les exercices de piété, la lecture pendant les repas, la fréquentation des sacrements, la lecture spirituelle, les avis charitables et opportuns, la formation à la politesse, l'organisation des jeux, une sage modération dans les punitions, ainsi que la bonne nourriture sont autant de moyens de maintenir le bon esprit parmi les pensionnaires et de les porter au bien

 

342. La surveillance, sans être inquiète, ne doit jamais être en défaut. On défendra l'accès aux appartements où elle ne pourrait s'exercer, et au besoin on les tiendra fermés. Là où les externes sont mêlés aux pensionnaires, on ne tolérera pas qu'ils servent d'intermédiaires pour la correspondance clandestine ni pour l'introduction d'imprimés n'ayant pas le visa du Frère Directeur

 

343. La surveillance sera particulièrement attentive au dortoir et pendant les promenades. A cet effet, deux Frères coucheront dans chacun des dortoirs des pensionnaires, et deux Frères au moins, accompagneront chaque division en promenade

 

344. Les classes des Frères devront être contiguës et séparées par une cloison ou par une porte vitrées. Les sièges seront placés de façon que les Frères puissent se voir; on ne les changera pas de place sans la permission du Frère Provincial

 

345. Pendant les classes, on n'admettra personne dans l'école, excepté les ecclésiastiques, les bienfaiteurs et les autorités

 

346. Le Frère Directeur seul, ou son remplaçant en cas d'absence, rend raison aux parents des élèves et aux autres personnes qui se présentent à l'école

 

347. La classes s'ouvrira à l'heure approuvée par le Frère Provincial et elle commencera, le matin, par la prière, et le soir, par le chapelet. Là, où en semaine, l'on ne peut conduire les enfants à la messe, on les exhortera à y assister le plus souvent possible

 

348. Pour la bonne marche de l'école, les Frères seront eux-mêmes très exacts à entrer en classe à l'heure fixée le matin et le soir et, sauf motif grave, ils ne donneront d'autres congés que ceux qui sont prévus par les règlements scolaires

 

349. Les Frères resteront à leur siège, autant que possible, pendant toute la classe. Pendant les prières, ils se tiendront debout, dans un maintien grave et modeste. Ils répondront aux prières d'un ton modérément élevé, mais soutenu et pieux, comme il convient que les enfants répondent

 

350. Les Frères doivent à leur élèves cinq choses: 1º le bon exemple et le secours de leurs prières; 2º l'instruction religieuse et l'instruction profane; 3º l'éducation chrétienne; 4º la surveillance, afin de les préserver du mal et de conserver leur innocence; 5º la correction

 

351. Tous les enfants catholiques admis dans l'école, quel que soit leur âge, apprendront et réciteront le catéchisme

 

352. Chaque jour d'école, dans les classes inférieures, les Frères emploieront une demi-heure le matin et une demi-heure le soir au catéchisme, soit pour le faire réciter, soit pour développer ou expliquer une leçon par sous-demandes. Dans les classes supérieures, le catéchisme sera d'une demi-heure, non compris la récitation

 

353. Les dimanches et les fêtes, ils emploieront, autant que possible, une demi-heure pour expliquer l'Evangile, les mystères que l'on célèbre ou quelques détails de la liturgie

 

354. Les Frères exerceront une grande surveillance sur les élèves, particulièrement sur leurs gestes et leur tenue, exigeant que tous aient les bras sur la table, et que tout leur corps soit toujours dans une posture convenable

 

355. Ils ne doivent jamais perdre de vue les élèves qui sont en groupe ou en cercle devant les tableaux, les cartes géographiques ou qui récitent leurs leçons

 

356. Les Frères ne sortiront pas de la classe sans nécessité et sans sa faire remplacer; ils ne doivent pas s'y promener ni tourner le dos aux élèves

 

357. Pour obtenir le silence, les Frères: 1º se serviront habituellement du signal; 2º parleront, quand il y a nécessité de le faire, d'un ton de voix modéré et seront courts, clairs et précis dans les avis ou explications qu'ils donnent; 3º éviteront de crier, de parler trop haut ou avec trop de chaleur

 

358. Les Frères doivent tout le temps de la classe à leurs élèves, et ils ne peuvent en employer aucune partie à l'étude ou à toute autre chose; c'est pourquoi ils n'auront en classe d'autres livres que les livres nécessaires à leur enseignement, et ils ne s'en serviront que pour suivre la leçon ou la faire réciter. Ils n'écriront pas non plus en classe, à moins que ce ne soit pour prendre quelques noms de leurs élèves ou pour marquer quelques notes ou bons points

 

359. Le Frère Directeur doit avoir l'oeil sur toutes les classes, afin de voir de quelle manière les Frères se conduisent à l'égard de leurs élèves et comment ils s'acquittent de leur emploi. Il est nécessaire, en outre, qu'il visite souvent les classes pour encourager les enfants et se tenir au courant de leurs progrès, pour faire les changements de division et pour former et diriger les Frères

 

360. Le Frères ne donneront jamais de leçons á domicile; après les heures réglementaires, ils ne retiendront pas le élèves en étude ou pour des leçons particulières sans la permission du Frère Provincial, lequel s'assurera que les exercices de piété et l'étude religieuse n'en souffrent pas

 

361. On ne recevra pas les élèves dans la classe avant l'heure fixée, excepté lorsqu'ils viennent de loin par un mauvais temps. S'il y a nécessité d'en retenir quelquesuns après la classe par pénitence, on les réunira dans une même salle

 

362. Ils regarderont la pratique du Guide des Ecoles comme un des plus sûrs moyens de réussir dans leur emploi; ils le liront souvent, afin de le posséder parfaitement et de l'observer avec fidélité

 

363. Enfin, les Frères s'efforceront de se tenir unis à Dieu pendant la classe, d'élever leur coeur à lui et de lui demander son secours, toutes les fois qu'ils rencontreront quelques difficultés, soit pour contenir les enfants, soit pour les corriger, soit pour leur expliquer quelques leçons

 

Ils s'adresseront spécialement à la très sainte Vierge, la priant de bénir l'école et de conserver l'innocence des enfants

 

364. La correction des enfants est, parmi les devoirs des Frères, un des plus difficiles à remplir et celui qui demande de leur part le plus de réflexion, de prudence, de charité, de calme et de patience

 

365. Les Frères doivent exercer sur eux-mêmes et sur leurs élèves une vigilance continuelle, afin de maintenir l'ordre et de prévenir les fautes. Pour cela, ils prendront et conserveront un maintien grave et toujours égal, qui contienne les enfants dans le devoir; ils ne perdront jamais de vue les élèves et les avertiront à propos, quand ils les verront sur le point de s'écarter du règlement

 

366. Ils s'appliqueront à conserver leur âme en paix et libre de toute influence de passion, se gardant bien de corriger les élèves dans un moment de vivacité, de punir jamais par humeur, par caprice, par vengeance. Le bien de l'élève qui s'est écarté de son devoir, ou l'avantage des autres que l'impunité porterait à commettre la même faute, sont les seuls motifs qui doivent guider un Frère dans la correction de ses élèves

 

367. Avant d'infliger une pénitence, les Frères élèveront leur coeur à Dieu pour le consulter et le prier de bénir la correction

 

368. Ils ne puniront les manquements graves qu'au commencement de la classe suivante; en général, toutes les fois qu'ils se sentiront émus ou portés à agir par quelque passion, ils remettront la correction à un autre moment

 

369. De même, ils éviteront de punir un élève, lorsqu'il n'est pas disposé à recevoir la punition d'une manière convenable, pour ne pas l'exposer à de nouveaux écarts et rendre la correction inutile; l'enfant n'ayant pas l'esprit assez libre pour reconnaître ses torts, pour vaincre la passion qui le domine, pour sentir l'importance des avis qu'on lui donne, et pour comprendre la justice et la nécessité de la correction qu'il mérite

 

370. On ne doit jamais réprimander un élève ni le punir publiquement pour une faute secrète, surtout si elle était de nature à scandaliser les autres élèves

 

371. Il est absolument défendu aux Frères de frapper les élèves, de les pousser rudement, de leur tirer les oreilles ou les cheveux, car les punitions afflictives dénotent la passion, sont opposées au respect dû à l'enfant, à la charité chrétienne, à la dignité du religieux éducateur et au sentiments des familles

 

372. On ne mettra pas les enfants à genoux par pénitence; on évitera aussi de les laisser longtemps dans toute autre posture qui pourrait les fatiguer de manière à les indisposer. S'ils prennent leurs repas à l'école, on ne les privera pas de nourriture

 

373. Les Frères ne corrigeront pas les élèves dans la rue, à l'église ou dans tout autre lieu public; ils se contenteront de noter leurs manquements, afin de les corriger à l'école

 

374. Ils feront en sorte de ne point punir les enfants pendant le catéchisme et les prières, à moins d'une grande nécessité

 

375. Ils ne puniront les enfants que pour des fautes certaines, et ne refuseront pas d'écouter les raisons que les élèves pourraient présenter à leur décharge, s'ils le font en temps opportun et d'une façon convenable. La punition sera toujours proportionnée à la gravité de la faute

 

376. Ils ne donneront pas de pénitences générales, c'est-à-dire qui atteignent toute une classe ou toute une division, á moins que ce ne soit une simple retenue

 

377. La pénitence la plus ordinaire doit être le pensum, qui consiste à apprendre une leçon ou à écrire un devoir. Les pénitences courtes mais bien faites sont généralement les plus efficaces

 

378. En punissant les élèves, il faut les traiter avec bonté, estime et respect et éviter soigneusement toute parole, toute expression injurieuse, méprisante ou propre à mortifier, à faire de la peine sans juste raison, à aliéner l'esprit des coupables

 

379. Les jeunes Frères prendront souvent l'avis du Frère Directeur au sujet des pénitences qu'ils seront dans le cas d'infliger; ils n'en donneront aucune un peu grave sans le prévenir et sans la lui faire approuver

 

380. On ne pourra, dans aucun cas, renvoyer un enfant de l'école; cette pénitence, à laquelle on ne doit avoir recours que pour des motifs très graves, est exclusivement réservée au Frère Directeur

 

381. Les Frères feront en sorte de n'infliger aucune pénitence qui en elle-même ou dans ses circonstances, puisse être désavouée par la raison. Pour cela ils ont besoin de l'esprit de prudence, de sagesse et de réflexion qui leur apprendra: 1º à avoir égard à l'âge, au caractère, à l'intelligence de l'enfant et aux dispositions de ses parents; 2º à apprécier la nature de la faute, c'est-à-dire, si elle a été faite par malice ou par légèreté, s'il y a habitude, obstination ou surprise ou désir de mieux faire de la part des coupables; 3º à tenir compte de ces diverses circonstances aggravantes ou atténuantes

 

382. Enfin, pour tout ce qui concerne la correction, comme pour tout le reste, les Frères se conformeront à ce qui leur est prescrit dans le Guide des Ecoles

 

383. Les entretiens avec les séculiers sont un des grand écueil de la vie religieuse; c'est par les rapports trop fréquents avec eux que l'esprit religieux sort des communautés, que celui du monde y pénètre et y introduit les abus, le relâchement et les vices. Les Frères n'auront avec les personnes du dehors que les rapports indispensables

 

384. Ils seront polis envers tout le monde, et se montreront respectueux et prévenants pour toutes les personnes avec lesquelles ils auront à traiter; mais ils ne se lieront d'intimité et n'auront de familiarité avec aucune

 

385. Ils ne communiqueront pas sans nécessité aux personnes du dehors ce qui se fait dans l'Institut, tels que les ordres ou les défenses des Supérieurs, les défauts ou les fautes de leurs confrères, le renvoi d'un sujet, etc

 

386. Pareillement, ils ne communiqueront à personne les Constitutions et les Règles ni les lettres qu'ils recevront des Supérieurs, à moins qu'ils n'y soient autorisés. Quand ils auront des doutes ou des peines de conscience, autres que celles dont ils doivent entretenir leur confesseur, sur les Constitutions ou les Règles, sur les ordres reçus des Supérieurs, ou sur toute autre chose de ce genre, ils ne prendront pas conseil des personnes étrangères à l'Institut, mais ils s'adresseront au Frère Directeur ou aux Supérieurs

 

387. Leur état les dispense des visites de bienséance; ils se borneront à celles qui sont nécessaires, et se contenteront de voir de temps en temps, et quand les intérêts de l'école le demanderont, les autorités et les bienfaiteurs

 

388. Les Frères ne feront pas de visite la nuit, excepté aux autorités, et dans le cas seulement d'une grande nécessité. Ils devront toujours être deux dans ces visites et rester le moins de temps possible

 

389. Les Frères recevront toujours avec politesse et affabilité les parents des élèves; et, quelle que soit la conduite de leurs enfants, ils ne doivent pas leur faire des réprimandes, de menaces déplacées et moins encore leur dire des choses humiliantes. Sans leur cacher les défauts et les fautes de leurs enfants, ils leur en parleront toujours de manière à ne pas les froisser, leur faisant entendre que leurs enfants, malgré leurs défauts, donnent à espérer, et qu'avec des soins assidus, en agissant de concert, ils parviendront à les corriger et à les former

 

390. Les Frères feront connaître aux parents qu'on ne peut les recevoir pendant les classes, les repas, les exercices de piété; pour cela on affichera, au besoin, au parloir, les heures de visite

 

391. Les personnes qui auront à parler aux Frères seront introduites au parloir par le portier qui en avisera d'abord le Frère Directeur; on ne permettra pas qu'elles pénètrent dans l'intérieur de la maison ni dans les classes

 

392. L'attachement immodéré pour les parents étant un obstacle à la perfection et à l'esprit de communauté, les Frères s'efforceront de se dépouiller de toute affection trop humaine pour leurs proches, n'ayant avec eux que les rapports indispensables

 

393. Dans le même esprit, ils ne leur feront aucune visite sans la permission du Frère Provincial et ne les inviteront pas à venir les voir, soit à la maison du noviciat, soit dans les autres maisons, sans la même permission

 

394. Les Frères n'entretiendront aucun rapport, même par lettres, avec ceux qui sont sortis de l'Institut; mais ils se montreront toujours polis à à leur égard et se conduiront avec eux comme avec les autres personnes du dehors, mais ils ne les emploieront jamais dans les établissements

 

395. Les Frères se doivent tout entiers à leurs devoirs de religieux et d'éducateurs; ils ne se chargeront donc d'aucune autre affaire et ne prendront part à aucune oeuvre de piété et de charité, étrangère aux obligations de leur état

 

396. Les visites actives ou passives, ainsi que tous les autres rapports des Frères avec les séculiers, sont un des points sur lesquels ils doivent se garder en Jésus-Christ les uns les autres avec le plus de soin; si l'un d'eux s'écartait de son devoir sur ce sujet, ceux qui en auraient connaissance seraient tenus de l'en avertir charitablement, et, s'il ne s'amendait pas, d'en informer les Supérieurs

 

397. Les Frères donneront au clergé, en toute occasion, des preuves de leur soumission, de leur respect et de leur attachement, et ils s'efforceront d'inspirer ces mêmes sentiments à leurs élèves

 

398. Ils regarderont M. le Curé comme leur père, et, à ce titre, ils recevront toujours, avec un profond respect, ses avis et ses avertissements; ils le seconderont de tout leur pouvoir dans tout ce qui a rapport à la bonne éducation des enfants et dans toutes les oeuvres qui sont selon l'esprit de l'Institut; en un mot, ils ne doivent faire qu'un avec M. le Curé, se comportant de telle manière que leur école et leur conduite personnelle soient sa consolation

 

399. Ce n'est pas assez pour eux de ne jamais critiquer ou blâmer ni censurer sa conduite ou sa manière d'administrer la paroisse, ils doivent encore le soutenir auprès de ceux qui se permettraient d'en parler désavantageusement en leur présence

 

400. Du reste, les Frères ne doivent s'immiscer en aucune manière dans les affaires d'administration ecclésiastique ou civile, sous quelque prétexte que ce soit; ils se garderont bien aussi de parler, surtout avec les séculiers, des dissentiments et des différends qu'il y aurait dans la paroisse ou de critiquer la conduite des autorités, se souvenant toujours qu'ils sont appelés uniquement pour l'instruction et l'édification de la jeunesse

 

401. Dans le même esprit, ils éviteront de perdre du temps à lire les journaux. On ne s'abonnera à aucun périodique sans la permission du Frère Provincial

 

402. Ils se montreront respectueux à l'égard des personnes d'autorité, et feront tout ce qui dépendra d'eux pour les intéresser à l'école

 

403. Il est important aussi qu'ils s'entendent bien avec le clergé de la paroisse ou l'aumônier de la maison. C'est en agissant de concert qu'ils feront le bien aux enfants et édifieront les fidèles.

 

404. Si quelque autorité ecclésiastique ou civile demandait aux Frères des services opposés aux Constitutions ou aux Règles si elle leur proposait quelques changements dans la manière de tenir l'école, ou si elle voulait leur donner quelque permission extraordinaire, ils devraient lui faire connaître respectueusement ce qui leur est permis de faire et la prier de trouver bon qu'ils y conforment leur conduite. Si elle insiste, ils la supplieront d'agréer qu'avant d'agir, ils aient recours au Frère Provincial, pour en obtenir la permission

 

405. S'il arrivait, que les Frères eussent quelques difficultés avec les autorités, ils se garderont bien d'écrire pour se justifier, et encore moins pour faire des reproches. D'abord, ils ne doivent pas se servir de cette voie pour s'expliquer avec ces personnes, sans la permission du Frère Provincial et sans lui avoir soumis préalablement leurs lettres; ensuite ce n'est pas dans un moment d'irritation, ou sous l'influence d'une passion quelconque, qu'il convient de le faire, de crainte de manquer de respect à des personnes que l'on a tant de raisons d'honorer et de ménager

 

406. Il n'est pas permis aux Frères de manger chez M. le Curé, ni, à plus forte raison, chez aucun séculier, sans une grande nécessité

 

407. Les Frères,en règle générale, n'exerceront à l'église aucune fonction; cependant ils pourront servir la messe ou chanter pendant les offices, pourvu que la surveillance des enfants soit assurée

 

408. Quand un évêque visite une maison de l'Institut, on lui fait une réception en rapport avec les circonstances et avant son départ, on lui demande sa bénédiction que l'on reçoit à genoux

 

409. Les Frères formeront les enfants, par leurs exemples et par leurs leçons, à aimer et à respecter l'autorité civile et à obéir aux magistrats dont le pouvoir émane de Dieu lui-même

 

410. Les Frères ne feront aucun voyage, ni même aucune visite dans les maisons de leur province respective, sans une autorisation régulière du Frère Provincial. Pour tout voyage extraordinaire, ils devront être munis d'une permission du Frère Supérieur Général

 

411. Dans les voyages et en se rendant dans les maisons où ils sont envoyés, les Frères ne s'écarteront pas de l'itinéraire tracé, à moins que quelques circonstances imprévues ne les y obligent

 

412. On ne recevra pas dans la communauté un Frère que l'on ne connaît pas et qui n'aurait pas de lettre d'obédience

 

413. On voyagera seul le moins possible, et jamais sans permission. Les Frères qui voyageront ensemble auront soin de ne pas se quitter

 

414. Par esprit de mortification et de pénitence et pour imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ, les Frères, dans les voyages, seront fidèles à l'esprit de pauvreté de leur état

 

415. En voyage, les Frères prendront les précautions convenables pour ne pas compromettre leur santé

 

416. Dans les voyages, les Frères se conformeront autant qu'il dépendra d'eux pour les repas à la manière de vivre pratiquée dans l'Institut, surtout pour la boisson. Ils se feront servir à part, si cela est possible, évitant de se joindre aux séculiers, de lier conversation avec eux ou de se rendre trop libres avec qui que ce soit, particulièrement avec les personnes du sexe

 

417. Dans les voyages, il faut, autant qu'on le peut, entendre la sainte Messe, faire la communion et ne point omettre les autres exercices de piété. Si l'on ne peut entendre la sainte messe, il convient d'y suppléer en consacrant quelque temps de plus à la méditation ou à la prière vocale

 

418. En voyage et toutes les fois que les frères se trouveront avec les séculiers, ils veilleront à leur donner bon exemple en tout. Pour cela, ils doivent: 1º prendre et conserver un maintien grave, doux et modeste qui annonce un coeur content et heureux de servir Dieu; 2º parler peu et éviter de prendre part aux conversations mondaines et aux discussions politiques ou autres; 3º être polis avec tout le monde sans pourtant se rendre familiers avec personne; 4º savoir se gêner pour rendre service et accommoder les autres, toutes les fois qu'ils en auront l'occasion; 5º saisir à propos les moments les plus convenables pour s'acquitter de leurs exercices de piété, les faisant sans bruit, sans affectation; mais aussi avec une sainte liberté, n'en laissant jamais aucun par respect humain; 6º exercer sur eux-mêmes une continuelle vigilance, particulièrement sur leurs regards, de manière que tout en eux soit digne, édifiant et puisse porter le prochain à Dieu

 

419. En partant, ils ne manqueront pas de dire les prières de l'itinéraire ou quelque autre pour se recommander à Dieu. De plus, ils se mettront, d'une manière particulière, sous la protection de la sainte Vierge et de leur ange gardien

 

420. Partout où il y a une maison de l'Institut, ils s'y retireront pour prendre leur repas et pour coucher, et ils ne pourront aller chez les étrangers sans la permission du Frère Provincial

 

421. Dans les voyages, les Frères seront soumis en tout à celui qui sera désigné pour avoir autorité sur eux. Lorsqu'ils logeront dans les maisons de l'Institut, ils seront subordonnés au Frère Directeur et lui demanderont les permissions d'usage. En outre, ils feront en sorte d'édifier les Frères par leur modestie, par leur exactitude aux exercices de communauté, et par leur retenue dans les paroles

 

422. Ils éviteront avec soin, dans les voyages, parler trop fort, de rire aux éclats, de discuter avec qui que ce soit, de courir, de regarder sans retenue çà et là pour satisfaire leur curiosité, particulièrement en passant dans les villes; en un mot, ils ne se permettront aucune action ni aucune parole qui puisse blesser la modestie convenable à leur état

 

423. A leur retour, les Frères rendront compte au Frère Directeur, de la manière dont ils se sont comportés pendant le voyage

 

424. Pour les longs voyages, particulièrement sur mer, les Frères se traceront un horaire quotidien se rapprochant autant que possible, de celui de la communauté. Ils éviteront de prendre part aux distractions et aux réjouissances mondaines où leur présence pourrait scandaliser. Ils noteront toutes leurs dépenses et en feront connaître le détail au Frère Provincial

 

425. La charité est le précepte de Jésus-Christ et la marque de ses vrais disciples; c'est elle qui unit les coeurs et fait le bonheur de la vie religieuse; sans elle, il n'est pas possible que la paix et l'union règnent dans les communautés,  dit Notre-Seigneur, (Matth., 12, 25)

 

426. Les Frères seront donc tous unis par une sincère affection en Jésus-Christ; ils n'auront qu'un coeur et qu'une âme comme les enfants d'une même famille, se rappelant que c'est pour s'aimer, s'édifier et s'aider à parvenir à la sainteté qu'ils se sont réunis en communauté

 

427. Ils fuiront avec soin tout genre de contestation et de dispute, surtout en matière politique et de nationalisme, se souvenant que la politesse, l'humilité et la charité chrétiennes exigent qu'ils cèdent à leurs Frères et se rangent à leur avis en tout ce qui n'est pas contraire au devoir. Cependant, si un Frère tenait quelque propos contraire à la vérité, à la charité, ils devraient l'avertir avec modestie ou marquer leur désapprobation par leur silence

 

428. Dans leurs rapports avec les étrangers et surtout avec les élèves, ils ne manqueront pas de faire paraître l'estime, le respect et l'affection qu'ils se portent mutuellement, de même que l'union et le parfait accord qui règnent entre eux. Si quelqu'un blâmait un Frère ou critiquait sa conduite, en leur présence, ils prendront son parti, donnant adroitement à ce qu'on lui reproche la tournure la plus favorable sans blesser la vérité

 

429. Ils éviteront soigneusement de se reprendre ou de s'avertir devant les élèves, et devant les personnes du dehors; jamais ils ne feront ni ne diront rien qui puisse faire deviner les petites difficultés et les petites misères qu'ils pourront éprouver entre eux, ou diminuer l'estime de ces personnes pour la Congrégation

 

430. Ils aimeront également tous leurs Frères, et n'auront pour aucun de ces amitiés particulières qui sont la ruine de la charité commune

 

431. C'est en se rendant service en toute occasion, en s'aidant et en se supportant mutuellement que les Frères se témoigneront l'affection qu'ils se portent; rien ne doit leur coûter lorsqu'il s'agit d'assister ceux qui sont dans le besoin, en particulier les Frères âgés, malades ou infirmes. Les jeunes Frères doivent être aussi l'objet d'attentions spéciales; on s'empressera de les aider et de les encourager dans leur emploi, et on aura pour eux, particulièrement devant les élèves, toutes sortes d'égards et de prévenances

 

432. Ils s'efforceront de s'édifier et de se porter au bien par leurs discours, par leur application au travail, par leur dévouement, par leur régularité, par la pratique continuelle de l'humilité, du recueillement et de la charité fraternelle

 

433. Ils se parleront toujours d'une manière respectueuse, mais avec simplicité et sans affectation; ils traiteront entre eux comme en famille, évitant tout ce qui pourrait choquer ou offenser quelqu'un de leurs Frères et diminuer le respect qu'ils se doivent

 

434. Si un Frère venait à manquer de respect ou faire de la peine à un autre en quoi que ce soit, celui-ci ne cherchera pas à s'en plaindre et moins encore à s'en venger; mais, oubliant tout, il agira toujours à son égard avec humilité, avec charité et sans lui témoigner la moindre froideur

 

435. Ils s'avertiront charitablement de leurs défauts, et se feront remarquer avec simplicité tout ce qui, dans leur conduite ou dans leur dans leur emploi, aurait besoin d'être réformé, et généralement tout ce qui serait contraire à la régularité et à l'édification du prochain

 

436. De plus, ils se regarderont comme obligés de faire connaître aux Supérieurs les défauts ou les fautes de leurs Frères qui seraient de nature à scandaliser le public ou à compromettre l'Institut.

 

437. S'il arrivait qu'un Frère eût avec les séculiers ou avec les enfants des rapports dangereux, s'il tenait des discours capables de scandaliser, s'il transgressait les Constitutions ou les Règles en matière grave, s'il introduisait quelque abus dans la maison, ceux qui seraient témoins de sa conduite devraient d'abord l'en avertir, et s'il ne s'amendait pas, en donner avis aux Supérieurs

 

438. Les Frères ne communiqueront qu'aux Supérieurs de l'Institut ce qu'ils auraient aperçu de contraire aux Constitutions ou aux Règles dans les maisons et dans la conduite des Frères. Ils veilleront aussi de ne jamais se communiquer les petites antipathies qu'ils auraient pu éprouver contre certains Frères et les difficultés qu'ils auraient eues avec eux

 

439. Toutes les fois qu'ils se trouveront dans le cas de porter un jugement sur un de leurs Frères et de faire connaître sa conduite aux Supérieurs, ils devront: 1º implorer les lumières du Saint-Esprit et examiner devant Dieu avec calme, ce qu'ils devront dire; 2º se dépouiller de toute prévention et de tout motif d'intérêt propre; 3º prendre pour règle dans cet examen la charité qui, dans le doute, est toujours portée à interpréter en bien plutôt qu'en mal et qui est indulgente, même s'il s'agit des choses certaines; 4º dire ensuite aux Supérieurs avec simplicité et sincérité, les faits tels qu'ils se sont passés sans rien exagérer

 

440. La fin de la récréation est: 1º de reposer et de délasser l'esprit et le corps; 2º d'entretenir parmi les Frères l'esprit de société, d'union et de charité; de leur fournir l'occasion de s'édifier, de s'encourager et de se donner, comme dit saint Paul, une mutuelle consolation dans la foi et la vocation qui leur sont communes. Mais, pour que la récréation serve aux fins pour lesquelles elle a été établie, il est nécessaire que les Frères soient très exacts à observer ce qui leur est prescrit dans ce chapitre

 

441. La récréation est un exercice de communauté, tous les Frères s'efforceront donc de s'y trouver, à moins que l'obéissance ne les retienne ailleurs; encore doivent-ils s'y rendre dès qu'ils ont terminé ce dont ils étaient chargés

 

442. Aucun ne quittera la récréation sans permission, ni ne s'écartera pour être seul, ou pour parler ou se promener en particulier avec un autre Frère

 

443. Les Frères ne prendront pas leur récréation avec les séculiers et ne permettront pas que ceux-ci la prennent dans la maison ou ses dépendances

 

444. En récréation, ils ne s'appliqueront pas à l'étude ni à aucun travail sérieux ou qui empêche d'être avec les autres et de prendre part aux entretiens; ils pourront seulement se livrer ensemble à la culture ou à quelque autre occupation de ce genre

 

445. Les Frères se joindront sans affectation aux premiers qu'ils rencontreront, et ils se récréeront avec tous indifféremment, de manière à ne laisser apercevoir aucun germe de sympathie ou d'antipathie pour ou contre quelqu'un

 

446. En récréation, il faut être gai, doux, franc et cordial; chacun se fera un devoir de faire passer le temps saintement et agréablement, de contribuer à la conversation ou aux amusements innocents, selon qu'il le peut, et d'être pour ses Frères un modèle de vertus religieuses et sociales

 

447. Les Frères y garderont fidèlement les règles de la civilité et traiteront tout le monde avec déférence; ils supporteront les défauts de leurs confrères, souffriront avec joie ou au moins dissimuleront tout ce qui pourrait leur faire de la peine, comme les manques d'égards, les railleries, etc., et prendront en bonne part tout ce qui n'est dit ou fait que pour passer le temps

 

448. Les Frères s'entretiendront ordinairement de sujets édifiants, des matières d'étude, de ce qui concerne les classes ou autres choses semblables

 

Du moins, on ne manquera pas de faire entrer quelques mots d'édification dans les entretiens, afin de ne pas perdre le souvenir de la présence de Dieu, et de faire toutes ses actions pour sa gloire

 

449. Les Frères ne parleront pas, dans les récréations, des vanités et des divertissements du monde, des différends qui pourraient exister entre les autorités locales

 

450. Ils se garderont de toute médisance et ne parleront jamais, même entre eux, des défauts et des fautes de leurs confrères ou de leurs élèves, se rappelant que la médisance est en horreur à Dieu et que selon l'Ecriture la mauvaise langue est digne de malédiction (Ecc., XXVIII, 13-15)

 

451. Ils éviteront aussi les paroles de duplicité, de raillerie, de bouffonnerie, de mépris, de vanité, et toutes celles qui tendraient à blesser la bienséance, la modestie, ou qui pourraient faire de la peine à quelqu'un

 

452. Ils ne s'entretiendront pas sans nécessité des besoins du corps, tels que le boire, le manger, etc. Les entretiens de cette nature ne conviennent pas à des religieux et peuvent porter atteinte au bon esprit

 

453. Pareillement, ils éviteront de parler plusieurs ensemble, c'est-à-dire, de se couper la parole comme aussi de parler trop fort ou trop vite, de rire aux éclats, de crier ou de chanter de manière à être entendus des voisins et à les scandaliser

 

454. Les Frères pourront se livrer à des jeux qui n'ont rien de contraire à la gravité et à la modestie religieuse, mais ils ne joueront à aucun jeu lucratif

 

455. Ils veilleront à ne pas trop se dissiper ni s'échauffer au jeu, de ne pas ouvrir leur habit, ni le relever au-dessus des genoux pour être plus à l'aise

 

456. Un Frère doit éviter toute attache immodérée au jeu et toute contestation irritante; il doit savoir céder à propos, et ne rien dire ni ne rien faire qui puisse blesser les convenances religieuses

 

457. Dans leurs conversations et dans toutes leurs manières, les Frères doivent joindre la simplicité à la dignité; ils se souviendront qu'ils sont Frères, et conséquemment que leurs récréations et leurs rapports entre eux doivent avoir le laisser-aller, le ton et les charmes de la famille

 

458. En récréation, les Frères doivent éviter: 1º de se rendre incommodes aux autres par un air triste et mélancolique ou par un sérieux affecté; 2º de parler trop souvent d'eux-mêmes, de leurs actions, de leurs parents et de leur pays; 3º de se moquer de qui que ce soit, de tourner quelqu'un en ridicule ou de lui reprocher ses défauts; 4º de parler trop de chaleur et de soutenir leurs idées avec opiniâtreté; 5º de faire des jeux de mains, des légèretés, des badineries contraires à la gravité religieuse; 6º de toucher aux fruits et aux arbres, de gâter ou de détériorer les objets de jeux et autres

 

459. Dès que la cloche sonne la fin de la récréation, on cesse les jeux et les conversations, et l'on se rend promptement à l'exercice qui doit suivre

 

460. Un Frère ne sortira pas seul sans la permission du Frères Directeur; il devra être accompagné par un confrère

 

461. Si le Frère Directeur est obligé de sortir, il désignera au Frère Sous-Directeur ou à celui qui préside en son absence le lieu où il va et le Frère qu'il prend pour l'accompagner

 

462. Toutes les fois qu'ils sortiront de la maison, ils porteront le costume religieux complet

 

463. Les jours de congé hebdomadaire, si le temps le permet, après le chapelet, les Frères feront une promenade, étant toujours ensemble, ou divisés par groupes, si la communauté est nombreuse

 

464. Dans les sorties, les Frères éviteront, autant que possible, de passer par les places ou les promenades publiques et de s'arrêter dans les rues

 

465. Quand les Frères conduiront des enfants en promenade, ils les surveilleront exactement, et ils exigeront qu'ils restent sous leurs yeux, ne leur permettant pas de s'écarter, de se cacher, de se contrarier, de faire de dégâts à quoi que ce soit, et, si on les autorise à jouer, on veillera à ce qu'ils ne disent et ne fassent rien de contraire à l'honnêteté et à la décence

 

466. Les Frères choisiront de préférence pour leurs promenades les lieux les moins fréquentés, et n'iront pas chez les particuliers sans une véritable nécessité, et sans permission du Frère Directeur. Celui-ci ne peut organiser d'excursions ou de promenades extraordinaires, qu'il s'agisse des Frères ou des élèves, qu'avec la permission du Frère Provincial

 

467. Dans les visites, les Frères en se salueront en disant: . C'est le Frère Directeur ou le plus ancien de profession qui commence ce salut

 

468. Dans ces visites, les Frères s'efforceront de s'édifier mutuellement par leur retenue, leur modestie, leur affabilité, leur charité, et leur empressement à se rendre service, et à se communiquer les moyens qu'ils emploient pour bien faire la classe

 

469. Ils n'omettront aucun de leurs exercices de piété et les feront tous en commun, comme à l'ordinaire. La régularité ne doit pas souffrir de ces visites et notamment le lever et le coucher. Il n'y aura d'extraordinaire, dans les repas, que ce qui est prévu par la règle

 

470. On n'accordera aux Frères, qu'avec réserve et pour des raisons sérieuses, la permission de visiter leurs parents, surtout avant la profession perpétuelle

 

471. Si c'est une chose blâmable dans un religieux de prendre un soin trop grand et trop inquiet de son corps et de sa santé, c'en est une louable, juste et nécessaire d'en prendre un soin raisonnable et de veiller avec prudence et discrétion à la conservation de ses forces; c'est même un devoir pour des personnes vouées par état à l'enseignement

 

472. L'esprit de pénitence et de mortification, l'exemple de Jésus-Christ et des saints doivent inspirer aux Frères une sainte haine pour leur corps et les porter à lui refuser tout ce qui n'est propre qu'à satisfaire la sensualité. Cette conduite, sans nuire à leur santé et sans affaiblir leurs forces, leur donnera une grande vigueur dans d'âme et leur facilitera la vertu

 

473. D'un autre côté, comme la santé leur est indispensable pour tendre au but secondaire de leur vocation, c'est pour eux un devoir d'éviter tout ce qui pourrait l'altérer: comme toute imprudence dans le travail et dans l'étude, toute pénitence extraordinaire sans permission. Ils doivent se nourrir selon l'usage de l'Institut, avoir pour le linge et les habits tout ce que demandent la nécessité et la propreté, avertir le Frère Directeur ou le Frère Provincial quand ils sont fatigués ou qu'ils manquent du nécessaire

 

474. Pareillement, si dans l'emploi qui leur est confié, il y a des choses qui nuisent gravement à leur santé, si le climat des lieux où ils sont placés est contraire à leur tempérament, si leur classe ou le logement n'est pas sain, ils en préviendront le Frère Provincial. Toutefois, avant d'en venir là, ils devront: 1º consulter Dieu dans la prière, et examiner si les choses sont telles qu'elles leur paraissent, si elles sont assez importantes pour être exposées au Frère Provincial, s'ils ne se recherchent pas eux-mêmes et s'ils n'ont en vue que la gloire de Dieu et le désir de se conformer aux Constitutions et aux Règles; 2º exposer leur état et leur besoin avec simplicité, sans insister, sans presser ni faire presser par d'autres, être également contents, soit qu'on leur refuse, soit qu'on leur accorde, se persuadant que ce que le Frère Provincial fera, étant informé, sera toujours le plus agréable à Dieu et le plus utile pour eux

 

475. Le Frère Directeur doit être attentif pour que chacun prenne la nourriture qui lui est nécessaire et les aliments qui conviennent à son état; que les Frères âgés ou infirmes ne soient pas surchargés de travail, qu'ils prennent le repos convenable et s'il sont malades, qu'ils emploient les remèdes qui leur sont prescrits

 

476. Quand un Frère est malade, quelle que soit son indisposition, il doit la faire connaître. Le Frère Directeur fera appeler le médecin, s'il y a lieu, ou lui conduira le malade. Si, d'après l'avis du médecin, il y a du danger, ou si la maladie semble devoir être longue, il faudra en prévenir le Frère Provincial

 

477. Pour se conformer aux exemples du Vénérable Fondateur, on ne calculera pas sur les dépenses que peuvent occasionner les malades et les infirmes. On doit les regarder comme les membres crucifiés de Jésus-Christ, comme un trésor et un sujet de bénédiction pour l'Institut, et, dans ces sentiments, leur prodiguer tous les soins que réclame leur état

 

478. D'un autre côté, les Frères ne doivent jamais, en maladie comme en santé, se départir de l'esprit de pauvreté et de pénitence dont ils ont fait profession. Ainsi, on évitera de porter les malades à des sensualités et à des délicatesses qui, sans soulager leur corps, nuiraient á leur âme et les priveraient du mérite de la maladie. Dans le choix des remèdes qui ont à peu près la même efficacité, on donnera la préférence à ceux qui sont les plus communs et les moins dispendieux

 

479. On devra se montrer très difficile pour permettre aux Frères de faire des séjours dans les stations balnéaires, à cause des dangers qu'y rencontreront la vertu et l'esprit religieux

 

480. Le Frère infirmier sera plein de bonté et de charité pour les Frères malades. Quelle que soit la nature de la maladie ou les défauts du Frère malade, il se gardera bien de laisser paraître de la répugnance et du dégoût; de même, il saura dissimuler et supporter, sans aucun reproche les fantaisies, la mauvaise humeur et les plaintes que le mal pourrait occasionner aux Frères malades. Il leur donnera exactement et dans le temps marqué les remèdes et la nourriture qui leur conviennent, suivant en tout les prescriptions du médecin ou du Frère Directeur

 

481. Il ne fatiguera pas les malades par des interrogations hors de propos sur leur état, sur l'effet des remèdes et sur leurs souffrances, et il fera en sorte que tous ceux qui les visitent se conduisent de même

 

482. Il faut parler peu aux malades et d'un ton très modéré. Il vaut mieux parfois converser auprès d'eux avec un autre Frère sur des choses qui leur sont agréables et qui les édifient plutôt que de les faire parler eux-mêmes

 

483. Il faut bien se garder de jeter le trouble dans l'esprit et dans l'âme des malades par des avis ou des représentation sur leur peu de vertu, à l'occasion de leur répugnance pour certains remèdes ou des faiblesses qui pourraient leur échapper. Si un avis paraissait quelquefois nécessaire, il faudrait le donner avec tout le ménagement et toute la douceur possibles

 

484. Les Frères malades, de leur côté, observeront ce qui suit, autant que leur état le leur permettra: 1º ils s'efforceront de sanctifier leurs souffrances par la patience, la résignation et l'humilité, par la force et le courage avec lesquels ils tâcheront de supporter leurs maux, diminuant, autant qu'il dépend d'eux, la peine de ceux qui les servent; 2º ils éviteront de rechercher les soulagements superflus, de porter une attention trop grande sur leur mal et de s'occuper trop des remèdes et de leur efficacité; 3º ils demanderont avec confiance et simplicité tout ce dont ils auront besoin ou qui pourrait les soulager; 4º ils se montreront pleins de respect et de reconnaissance pour ceux qui les servent ou qui leur rendent visite; 5º ils uniront souvent leur souffrances à celles de Jésus-Christ, faisant de temps en temps des actes d'amour, de contrition, de confiance, de résignation, ou, s'ils ne peuvent les proférer de bouche, regardant du moins l'image du divin Sauveur ou celle de son auguste Mère, et se jetant affectueusement entre leurs bras; 6º enfin, ils obéiront au Frère infirmier et au médecin comme aux Supérieurs, ne faisant rien, ni ne prenant rien sans avoir obtenu préalablement leur permission

 

485. Le Frère infirmier et tous ceux qui rendent visite aux Frères malades, ne manqueront pas de leur suggérer de saintes pensées, de sentiments pieux, et de leur faire produire des actes de vertu en rapport avec leur état

 

486. Les Frères anciens ont aussi droit à des attentions spéciales en raison des services qu'ils ont rendus à l'Institut ou de leurs infirmités. On les entourera de tous les soins et prévenances qu'inspirent la charité religieuse et l'esprit de famille

 

487. Dans les maisons où il y a des Frères occupés à des travaux manuels: cuisiniers, tailleurs, jardiniers, etc., il leur sera donné par le Frère Directeur, un règlement approprié à leur genre de travail. Ce règlement sera communiqué au Frère Provincial

 

488. Ils ne forment pas une catégorie distincte, ils ont les mêmes obligations religieuses que leurs confrères et ont droit aux mêmes égards. Ils participent à tout le bien qui se fait dans l'Institut, puisqu'ils aident à sa bonne marche

 

489. On ne les dispensera pas, sans raisons sérieuses, de faire avec la communauté tous les exercices de piété, et si parfois ils en sont empêchés, ils ne manqueront pas de s'en acquitter en leur particulier, afin de ne pas se priver d'un des principaux bienfaits de la vie religieuse

 

490. Pour ne pas s'exposer à vivre dans une certaine ignorance des vérités religieuses ou à n'avoir qu'une connaissance imparfaite de leurs devoirs et des mérites qu'ils peuvent acquérir, ils s'efforceront de bien profiter, non seulement de l'étude religieuse et de la lecture spirituelle de Règle, mais d'y ajouter autant qu'ils le pourront, quelques études catéchistiques ou des lectures ascétiques personnelles choisies d'accord avec le Frère Directeur

 

491. Suivant le conseil du Vén. P. Champagnat, ils pratiqueront avec grand soin l'exercice de la présence de Dieu, non seulement par la prière de l'heure, mais par de fréquentes oraisons jaculatoires

 

492. Ils s'appliqueront à imiter dans leurs travaux l'humilité, le recueillement, la modestie, l'esprit de pénitence et de prière de Jésus, de Marie et de Joseph travaillant dans la maison de Nazareth

 

493.  Ils se dédommageront de ne pouvoir faire le catéchisme en donnant un but apostolique à leurs travaux, les offrant souvent à Dieu pour l'Eglise, la Congrégation, la Communauté ou tout autre intention pieuse, en particulier celles de l'Apostolat de la Prière. De plus, s'ils ont sous leur direction des séculiers employés comme domestiques, ils seront avec eux, dignes, charitables, édifiants et les porteront à l'accomplissement de leurs devoirs religieux

 

494. Ils seront exacts et ponctuels pour commencer leur travail à l'heure fixée par le règlement et ils le poursuivront avec application

 

495. Ils veilleront à l'ordre et à la propreté sur leur personne, sur leurs habits, ainsi que dans leur atelier ou le secteur qui leur est confié. Ils prendront un grand soin des instruments de travail, des outils et machines, les faisant réparer à temps et les tenant nettoyés et rangés à leur place

 

496. L'ordre et la propreté sont particulièrement nécessaires aux Frères chargés de la cuisine, de la dépense et des provisions en général, tant pour ne rien laisser perdre que pour ne pas s'exposer à servir des denrées avariées qui pourraient nuire à la santé

 

497. Ils seront pleins de charité pour les Frères, ils les serviront avec joie et avec respect, se rappelant que c'est à Jésus-Christ qu'ils rendent service en leur personne

 

498. Si les Frères en second leur donnaient des conseils ou voulaient indiquer ce qu'ils doivent faire, ils l'exposeraient au besoin au Frère Directeur et s'en rapporteraient absolument à son avis

 

499. Ils seront très soumis au Frère Directeur

 

Ils n'entreprendront rien d'important, n'achèteront, ne vendront, ne donneront rien sans sa permission et le tiendront au courant de tout ce qui concerne leur emploi

 

500. Par esprit de famille, ils s'efforceront de contribuer au bon ordre et à l'édification de la communauté et ils prendront soin des biens de la maison comme de biens personnels

 

501. Ils garderont le silence en s'occupant à leur travail, et ils veilleront à ne pas se dissiper ni à perdre leur temps avec qui que ce soit

 

502. Ils éviteront soigneusement de se rendre familiers avec les séculiers. Ils ne sortiront de la maison qu'avec la permission du Frère Directeur et dans les commissions qu'ils auront à faire, ils seront modestes, polis, mais réservés

 

503. Les Frères occupés à un travail manuel, doivent fuir l'oisiveté. Dans les temps libres laissés par leur emploi, ils s'occuperont selon les intentions du Frère Directeur

 

504. Les Frères chargés de la cuisine feront en sorte que les repas soient toujours prêts à l'heure. S'ils sont chargés de préparer la table, ils veilleront à ce que tout soit arrangé avec goût, ordre et symétrie

 

505. Ils doivent être attentifs pour bien assaisonner les mets, et quoiqu'il ne faille pas rechercher ce qui peut flatter le goût, il est pourtant nécessaire que les Frères aient une bonne nourriture et qu'elle soit convenablement préparée

 

506. Un Frère pieux, humble et animé de l'esprit de son état ne craindra jamais d'être chargé d'un emploi manuel; au contraire, il s'en réjouira, parce qu'il trouvera dans cet office de fréquentes occasions d'être utile à ses Frères, de pratiquer l'humilité, la mortification, et d'imiter Jésus-Christ, qui est venu sur terre, non pour être servi, mais pour servir les autres, et qui disait à ses Apôtres:  (Luc, 22, 27)

 

507. Pour se conformer au canon 596, ainsi conçu: "Tous les religieux porteront l'habit de leur religion, soit dans la maison soit au dehors, à moins qu'une grave raison n'en excuse, au jugement du Supérieur majeur, ou, s'il y a urgence, du Supérieur local", les Frères employés aux travaux manuels ne quitteront pas leur costume religieux sans nécessité, ni sans permission, et le reprendront toujours pour assister aux exercices de communauté