REGLES
COMMUNES DE 1960
1.-
Le but des Petits Frères de Marie est de travailler à la plus grande gloire de
Dieu, à l'honneur de la Très Sainte Vierge, à leur propre sanctification et au
salut des âmes.
2.-
Les membres de l'Institut s'efforceront d'atteindre cette fin: 1º par la
pratique de leurs voeux et par l'observance de leurs Constitutions et de leurs
Règles; 2º par un grand dévouement à l'instruction et à l'éducation chrétiennes
de la jeunesse ou à tout autre emploi prescrit par l'obéissance.
3.-
L'esprit de cet Institut doit être un esprit d'humilité, de simplicité et de
modestie, à l'imitation de la Sainte Famille. Les Frères se regarderont comme
spécialement obligés d'aimer personnellement et de faire aimer et servir la
Sainte Vierge, comme moyen d'aller plus sûrement à Jésus, selon leur devise
propre: "Tout à Jésus par Marie; tout à Marie pour Jésus". En tout
cela, ils prendront pour guide et pour modèle le Père Champagnat, leur
Fondateur.
4.-
Ils portent le nom de FRERES, afin de se rappeler sans cesse que, ne formant
qu'une même famille, ils doivent s'aimer, s'édifier et s'aider mutuellement à
parvenir à la sainteté et à sauver les âmes.
5.-
La vocation religieuse étant une des plus grandes grâces que Dieu puisse faire
à une âme, ceux que la divine bonté a retirés du monde pour les faire entrer
dans l'Institut des Petits Frères de Marie doivent lui en rendre de
continuelles actions de grâces et prendre tous les moyens de persévérer dans
leur saint état.
6.-
La perfection d'un Frère dépendant surtout de sa fidélité à garder exactement
ses Règles et à vivre selon l'esprit propre de sa vocation, les Petits Frères
de Marie veilleront à conserver, en toute chose, l'esprit de leur Institut et à
en méditer les Constitutions et les Règles. Ils travailleront de toutes leurs
forces à s'y conformer le plus parfaitement possible.
7.-
L'esprit de foi consiste à juger de toutes choses d'après les principes de la
foi et non d'après l'opinion du monde ou les sentiments de la nature, à régler
sa conduite d'après ces principes, voyant Dieu en toute chose et n'estimant les
créatures que selon qu'elles peuvent nous porter à Dieu.
8.-
L'esprit de foi est absolument nécessaire pour comprendre l'excellence, les
avantages et les obligations de la vie religieuse. Les Frères qui en seront
animés aimeront leur état et s'efforceront d'en acquérir les vertus. Ils
trouveront leur bonheur à renoncer à eux-mêmes et à s'immoler à Dieu. Ceux qui
ne l'auront pas seront peu vertueux et persévéreront difficilement dans leur
saint vocation.
9.-
L'esprit de foi doit être le mobile de la conduite des Frères et le moyen de
sanctifier leurs actions. Ils auront soin d'agir pour des motifs surnaturels,
c'est-à-dire pour plaire à Dieu, pour glorifier et imiter Notre Seigneur, pour
obtenir son amour et lui gagner des coeurs.
10.-
Il leur apprendra à voir la divine Providence dirigeant les événements à sa
gloire et au bien de ses élus. Il les portera à se soumettre à sa volonté dans
les maladies, les persécutions, les tentations et les difficultés. Il les
aidera à adorer alors la main de Dieu qui les éprouve et à compter sur sa bonté
pour être secourus dans les maux qui les affligent.
11.-
L'esprit de foi leur donnera le désir d'être aussi semblables que possible à
Jésus et à Marie; il leur fera comprendre l'esprit de Nazareth qui doit être
celui de l'Institut; il leur donnera le courage de rester, par amour, aux trois
premières places fixées par le Fondateur: la Crèche, la Croix et l'Autel,
acceptant, pour cela, la vie cachée, les emplois humbles, la dépendance, la
pauvreté, les souffrances, les humiliations et les mépris du monde.
12.-
Les Frères regarderont leurs Constitutions et leurs Règles comme l'expression
de la volonté de Dieu et leur observance comme le moyen par lequel il veut leur
communiquer ses grâces et les sanctifier. Ces vues de foi les rempliront d'un
saint zèle pour les observances régulières et les porteront à y être fidèles
jusque dans les moindres prescriptions.
13.-
Par esprit de foi, ils verront Jésus-Christ dans la personne de leurs
Supérieurs et regarderont leurs ordres comme ceux de Dieu même, s'efforçant de
les accomplir toujours avec fidélité et amour.
14.-
L'esprit de foi leur apprendra également à servir et à supporter le prochain,
car la charité fraternelle dépend surtout de l'habitude de voir le Christ en
tout homme.
15.-
L'esprit de foi leur fera considérer leurs élèves comme les membres de
Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit. Cette vue de foi les dirigera dans
le détail de leur conduite à l'égard des élèves; elles les portera à les aimer
tous également, à donner des soins plus assidus aux plus ignorants et à avoir
une prédilection particulière pour les pauvres, comme leur représentant, d'une
manière plus sensible, Jésus-Christ anéanti et fait pauvre pour nous.
16.-
L'esprit de foi leur apprendra que, la fin de leur apostolat étant
surnaturelle, c'est surtout par des moyens surnaturels qu'ils peuvent
l'obtenir. C'est par la pratique de la vertu, le bon exemple et la prière
qu'ils gagneront les élèves à Dieu; les talents, la science et les autres
moyens humains n'ont, en effet, d'efficacité surnaturelle que par la grâce de
Dieu et par la sainteté des maîtres.
17.-
Les principaux moyens par lesquels l'esprit de foi s'obtient, se conserve et se
fortifie, sont: l'oraison, l'étude religieuse, la sainte Messe, la Communion,
la visite au Saint-Sacrement, l'exercice de la présence de Dieu facilitée par
la fidélité à la prière de l'heure, la lecture et la méditation assidue de la
parole divine. Les Frères apporteront une grande générosité à ces exercices; en
outre, ils liront tous les jours, et avec un profond respect, quelques versets
de l'Ecriture Sainte.
18.-
La charité est la première et la plus excellente de toutes les vertus; elle les
renferme, les modèle, les unit et les perfectionne toutes; par elle nous
commençons sur terre notre vie du ciel.
19.-
La charité est l'essence de la perfection. Elle unit l'âme à Dieu et la rend
semblable à lui, car Dieu est amour; elle est la source et la mesure du mérite
des actions dont elle conditionne la valeur.
20.-
Les Frères aimeront Dieu de tout leur coeur, comme leur Père et leur Fin
suprême, faisant toutes leurs actions pour lui plaire et n'aimant les créatures
qu'en lui et pour lui.
21.-
Ils aimeront Dieu avec leur conscience, craignant et évitant tout péché, même
véniel, car le péché offense Dieu et détruit ou affaiblit l'amour dans les
coeurs.
22.-
Ils aimeront Dieu avec leur esprit, s'appliquant à méditer assidûment ses
divines perfections. Ils s'efforceront d'acquérir l'esprit de Jésus-Christ en
méditant ses mystères, ses vertus et ses souffrances, jugeant de toutes choses
comme il en a jugé et ne les estimant que selon qu'il les a estimées.
23.-
Ils aimeront Dieu avec leur volonté et de toutes leurs forces, lui offrant
leurs actions et ne les faisant que pour lui plaire et le glorifier. A
l'exemple de Jésus, leur divin Modèle, ils s'efforceront d'accomplir avec
perfection la volonté de Dieu, surtout par une fidélité généreuse à tous les
points de la Règle.
24.-
Ils aimeront Dieu avec leur langue, multipliant les actes d'amour au cours de
la journée. Ils seront remplis d'un saint zèle pour répandre l'amour de Dieu
autour d'eux, profitant des occasions de parler de sa bonté, donnant à leurs
élèves une solide formation religieuse et les habituant à tout faire par amour.
25.-
Pour progresser dans l'amour divin, ils s'appliqueront à penser souvent aux
innombrables bienfaits reçus de Dieu. Ils porteront une attention soutenue aux
trois grands prédicateurs de l'amour de Dieu: la Sainte Vierge, la Croix et
l'Autel qui rappellent sans cesse les trois grandes marques d'amour de Dieu
pour l'homme: l'Incarnation, la Rédemption et l'Eucharistie.
26.-
Dans cet Institut, les Frères s'engagent, par des voeux publics, à garder la
pauvreté, la chasteté et l'obéissance, parce que la vie religieuse consiste
essentiellement dans les voeux.
27.-
Le voeu de stabilité est, dans l'Institut, un quatrième voeu que le Saint-Siège
permet d'ajouter aux trois voeux ordinaires de pauvreté, de chasteté et
d'obéissance. Les Frères le regarderont comme une suprême marque d'amour qu'ils
donnent à Jésus et à Marie.
28.-
Les voeux leur assurent de précieux avantages dont les principaux sont: 1º de
combattre en eux les trois grands obstacles qui s'opposent à la perfection,
c'est-à-dire l'amour des biens temporels, l'amour des plaisirs charnels et le
dérèglement de la volonté; 2º de les appliquer tout entiers et pour toujours au
service de Dieu et du prochain, dans l'esprit de leur vocation; 3º d'augmenter
le mérite de leurs actions.
29.-
Les Frères s'efforceront de faire leurs voeux dans de saintes dispositions et
de les observer avec grande fidélité. Ils les regarderont comme des obligations
qu'ils se sont imposées et auxquelles ils ne peuvent manquer sans offenser
Dieu.
30.-
Ils se souviendront que les obligations des voeux sont déterminées par l'Eglise
et les Constitutions de leur Institut; ils ne sont donc pas libres d'en fixer
les limites. L'inexpérience des difficultés de la vie religieuse ne peut servir
de prétexte à douter de ces obligations car le noviciat, fait dans les
conditions requises, a permis de connaître suffisamment les exigences des voeux
et des Constitutions.
31.-
Les Frères étudieront, souvent et avec soin, les avantages et les obligations
des voeux. A cette fin, ils méditeront attentivement ce chapitre et les parties
des Constitutions qui traitent des voeux.
32.-
Les Frères renouvelleront souvent leurs voeux afin de s'affermir dans l'esprit
de leur état, de ranimer leur amour de Dieu et d'augmenter leur estime de la
régularité et de l'obéissance. Le temps le plus convenable pour cela est celui
qui suit la sainte Communion. De plus, chaque année, à la fin de la retraite,
ils feront cette rénovation publiquement et avec solennité.
33.-
L'obéissance est la vertu fondamentale de la vie religieuse. Les Frères la
considéreront comme la voie la plus sûre pour se sanctifier et s'efforceront
d'y exceller jusque dans les plus petites choses.
34.-
En soumettant à l'autorité de Dieu, dans la personne des Supérieurs, la liberté
de l'homme qui est sa suprême prérogative et sa plus haute dignité,
l'obéissance constitue le don le plus entier de soi-même au Souverain Maître.
Elle devient une grande source de mérites, transformant les occupations les
plus ordinaires de la vie en actes de la vertu de religion.
35.-
L'obéissance généreuse requiert une grande force de volonté et une parfaite
maîtrise de soi; elle contribue par là à l'épanouissement de la personnalité.
Elle ne tue pas la saine initiative, mais, en la soumettant au contrôle de
l'autorité, elle en garantit la valeur. Elle donne la certitude de faire
toujours ce qui plaît à Dieu et procure ainsi une grande sécurité.
36.-
Se rappelant que toute autorité vient de Dieu, les Frères s'appliqueront à
pratiquer l'obéissance dans de vues de foi, pour imiter Jésus-Christ qui a été
obéissant jusqu'à la mort et qui demande l'obéissance comme preuve d'amour:
"Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements" (Jean, XIV, 15).
37.-
Ils ne se borneront pas à bien obéir extérieurement aux ordres reçus, mais,
afin de rendre leur obéissance plus parfaite, ils s'appliqueront à soumettre
leur volonté et leur jugement à ceux de leurs Supérieurs, persuadés que les
choses commandées sont les meilleures pour eux.
38.-
Ils doivent obéissance non seulement au Frère Supérieur Général, mais encore à
tous ceux qui sont préposés pour les conduire et les diriger, quels que soient
leur âge et leur valeur personnelle.
39.-
Dans quelque maison ou dans quelque emploi qu'ils se trouvent, ils doivent dont
être soumis au Frère Directeur. Ils ne sortiront jamais de la maison, ils ne
quitteront pas un exercice de communauté ou le lieu de réunion sans sa
permission.
40.-
Pour se livrer à une occupation extraordinaire, pour lire un ouvrage en dehors
de ceux qui sont dans la bibliothèque commune, ils se muniront de la permission
du Frère Directeur.
41.-
La vertu de pauvreté est le détachement intérieur des biens matériels afin de
reproduire en nous la vie et le dépouillement du Christ. Les Frères auront donc
toujours devant les yeux l'exemple de Jésus-Christ et l'obligation qu'ils ont
contractée de le suivre dans son entier dépouillement.
42.-
L'esprit de pauvreté est une volonté ferme et efficace de se priver
volontairement de tout ce qui dépasse le strict nécessaire, afin de se livrer
pleinement à la vie intérieure et à l'apostolat.
43.-
Les caractéristiques de notre pauvreté sont la dépendance et la vie commune.
Par la dépendance, le religieux renonce au pouvoir d'user et de disposer à sa
guise des biens temporels. La vie commune requiert la dispensation de ces
biens, par le Supérieur, à tous les membres de la famille et à chacun selon ses
réelles nécessités.
44.-
Les Frères demanderont au Frère Directeur tout ce dont ils ont besoin. Ils se
contenteront de ce qui leur sera fourni; ils ne s'approprieront, sans
permission, rien de ce qui appartient à la maison ou à quelque Frère, pour le
garder à leur usage ou pour l'emporter dans une autre maison.
45.-
Les Frères vivront dans un grand esprit de communauté, se contentant toujours
d'être traités comme les autres pour la nourriture, l'habillement ou pour toute
autre chose. Ils ne se permettront rien de contraire aux usages et à la manière
de vivre de l'Institut. Tout sera en commun, excepté les habits et le linge de
corps dont l'usage sera personnel.
46.-
Ils pourront cependant conserver à leur usage personnel les objets approuvés
par le Coutumier de la Province. Avec leur habits et leur linge de corps, ces
objets sont les seuls qu'ils puissent emporter quand ils quittent une maison
pour aller dans une autre. Pour d'autres objets qui leur seraient nécessaires,
ils se muniront d'une permission du Frère Provincial.
47.-
A l'occasion de la retraite annuelle, ils feront une revue de tous les objets à
leur usage pour se défaire de ce qui ne leur est pas nécessaire. Le Frère
Directeur pourra faire changer les objets à l'usage des Frères; ceux-ci
n'échangeront pas ces objets entre eux sans sa permission.
48.-
Considérant que ces objets appartiennent à l'Institut, ils en useront en
enfants de la famille et en prendront soin, de manière qu'aucun ne s'use sans
nécessité et ne se détériore par leur faute ou leur négligence.
49.-
Ils ne recevront jamais rien pour leur usage particulier, soit de leurs élèves,
soit de toute autre personne, pas même de leurs parents; mais si quelqu'un leur
fait un dont, ils l'accepteront au nom de la communauté et le remettront au
Frère Directeur qui en disposera comme des biens de la maison.
50.-
Sauf permission, ils n'auront rien qui ferme à clef. Le Frère Directeur et le
Frère Econome auront un bureau ou secrétaire où seront l'argent de la maison et
les autres objets qui doivent être retirés.
51.-
Les Frères ne garderont jamais de l'argent en leur particulier de quelque part
qu'il vienne. L'argent reçu pour les jeux et les oeuvres par ceux qui en sont
chargés, sera remis au Frère Directeur ou au Frère Econome, au moins chaque
semaine. Ils remettront fidèlement tout l'argent qui reste des voyages.
52.-
L'amour des Frères pour la pauvreté doit se manifester au dehors; ils feront en
sorte d'en porter les marques dans leurs appartements, dans leurs habits, dans
leur nourriture et dans tout ce qui est à leur usage.
53.-
Le logement des Frères doit être sain, suffisamment vaste et approprié à la vie
de communauté; dans les bâtiments et dans l'ameublement, on évitera les
ornements, le superflu, le luxe et tout ce qui serait opposé à la simplicité et
à la pauvreté religieuse.
54.-
Tout ce qui ressent l'esprit du monde doit être banni des appartements des
Frères; l'ordre et la propreté doivent en être les principaux ornements.
55.-
La nourriture des Frères doit être saine, abondante, propre et convenablement
préparée mais commune et ordinaire.
56.-
L'exemple du Sauveur et le désir de l'imiter dans la pratique de la pauvreté
doivent porter les Frères: 1º A ne pas s'occuper des affaires temporelles de
leurs parents; 2º A se dépouiller de toute affection pour les biens de ce monde
et pour tout ce qui flatte la sensualité; 3º A aimer réellement les lieux, les
maisons et les classes pauvres; 4º A se contenter de ce qui leur est vraiment
nécessaire et de ce qu'il y a de moindre dans la communauté; 5º A supporter
sans se plaindre d'avoir une nourriture pauvre, des habits usés, pourvu qu'ils
ne soient ni sales ni déchirés; 6º Enfin, à accepter de manquer des commodités
de la vie, de certains soulagements dans les maladies et parfois du (056b):
56b.- nécessaire.
57.-
Par la chasteté parfaite, les Frères renoncent au mariage et aux plaisirs
charnels même simplement consentis intérieurement, afin de servir plus
librement le prochain et d'unir leur âme plus facilement à Dieu.
58.-
La chasteté religieuse a sa source et sa fin dans la charité: charité envers
Dieu qui surnaturalise la tendance à l'amour; charité envers le prochain qui
sublime les aspirations à la paternité.
59.-
A l'exemple de leur divine Mère, les Frères aimeront la chasteté de toute
l'affection de leur âme. Tout en eux doit être chaste: l'âme et le corps,
l'esprit et le coeur, les paroles et les actions. Leur vie entière doit être un
travail et un combat continuels pour perfectionner en eux la vertu de chasteté,
pour la préserver des séductions du monde et la défendre contre les attaques de
la concupiscence et du démon.
60.-
Pour s'attacher fortement à la chasteté, les Frères en méditeront souvent les
précieux avantages et s'appliqueront à l'envisager avant tout comme une
libération.
61.-
La chasteté parfaite donne au religieux la pleine liberté d'aimer Dieu et, en
tenant toutes les puissances de son âme et de son corps au service de Dieu, lui
procure le plein épanouissement de la faculté d'aimer.
62.-
En obligeant à la lutte contre les instincts déréglés, elle dégage l'âme du
sensible et contribue puissamment à lui assurer la vraie liberté et la maîtrise
de soi.
63.-
La chasteté religieuse rend plus apte à l’éducation parce qu'en dégageant des
soins de la famille et en inspirant un plus grand respect pour la dignité
humaine, elle porte à un dévouement plus surnaturel et à une plus grande
délicatesse.
64.-
Il importe pour un religieux éducateur d'être bien maître de sa sensibilité,
afin qu'elle facilite l'esprit virginal et l'apostolat assurant à Dieu la
première place et sublimant toutes les autres affections; celles-ci devront
disparaître si elles sont de nature à nuire à l'amour divin.
65.-
Les Frères veilleront sur les affections de leur coeur, afin de le conserver
libre de toute inclination particulière pour certains élèves; ces sortes
d'affections sont un des pièges les plus dangereux du démon et ont des suites
très funestes.
66.-
Il se garderont de toute amitié particulière entre eux, car, outre que ces
sortes d'amitiés sont nuisibles à la charité commune, les plus innocentes,
d'abord, dégénèrent souvent en amitiés sensuelles et coupables. Ils doivent
aimer également tous leurs Frères, d'un amour saint et qui n'ait que Dieu pour
objet.
67.-
On s'efforcera de maintenir, dans les communautés, une ambiance de joie, de
support mutuel, de compréhension et d'entraide, afin de permettre aux moroses
de s'épanouir et aux tempéraments sensibles de sublimer leur surcroît
d'affectivité.
68.-
La discipline de l'esprit et la maîtrise de l'imagination sont souvent des
facteurs essentiels dans le combat de la chasteté. On arrivera difficilement à
être chaste si l'on ne sait pas se refuser les petites curiosités qui ne
tendent qu'à dissiper et à satisfaire la sensualité.
69.-
Les Frères se garderont bien de lire des journaux, des revues ou des ouvrages
dangereux. Ils s'interdiront aussi toute lecture qui, sans être mauvaise en
elle-même, ne leur conviendrait pas et pourrait réveiller leurs passions.
70.-
La radio, la télévision et le cinéma sont des instruments de formation
culturelle et des sources de saines distractions, mais peuvent aussi présenter
de graves dangers et pour la culture et pour la vertu. Les Frères suivront
exactement les directives du Saint-Siège et des Supérieurs à ce sujet, se
montreront très sévères dans le choix de programmes et s'interdiront dans leur
usage, tout ce qui pourrait devenir pour eux une occasion de tentations ou une
concession à l'esprit du monde.
71.-
La prudence fruit de l'humilité, est une condition indispensable de la
chasteté. Les Frères garderont une sage prudence avec eux-mêmes, dans leur
emploi et dans leurs rapport avec le monde.
72.-
Ils garderont en tout les règles de la modestie religieuse. Ils s'habilleront
et se déshabilleront avec toute la décence convenable; ils ne sortiront par du
dortoir ou de leur chambre à coucher sans être convenablement vêtus.
73.-
Ils auront une souveraine horreur de toute parole, de toute chanson et de tout
geste qui blesseraient la modestie, qui seraient trop libres ou peu dignes de
leur état et de leur profession.
74.-
Ils seront toujours dignes et retenus avec les élèves; ils éviteront de les
caresser, de les toucher sans nécessité et toute autre chose qui dénote la
sensualité; ils ne les admettront jamais dans leur chambres. Ils ne toléreront
pas que les élèves leur manquent de respect et se permettent à leur égard quoi
que ce soit qui ressente la familiarité.
75.-
Ils n'auront de rapport avec les séculier que par nécessité; dans les visites
qu'ils seront obligés de faire ou de recevoir, ils seront courts, réservés et
prudents, ayant soin cependant de se montrer polis et affables.
76.-
Les femmes ne seront reçues qu'au parloir qui doit rester ouvert tout le temps
qu'on aura à leur parler, si la porte n'est pas vitrée. Là où une absolue
nécessité oblige à recourir à des femmes de service, on devra suivre les règles
canoniques quant à l'âge, à la réputation et à l'interdiction aux personnes du
sexe de pénétrer dans les parties de la maison réservées aux religieux.
77.-
Comme la fuite des occasions est le plus sûr moyen de conserver sans tache la
chasteté, s'il arrivait qu'un Frère se trouvât dans un danger prochain de
pécher, soit à raison de son emploi, du lieu où il serait placé, de certaines
liaisons qu'il aurait eu l'imprudence de former, soit de toute autre manière,
il devrait exposer, avec franchise et simplicité, son état au Frère Provincial
qui ne manquera pas de lui fournir les moyens convenables pour sortir de cette
position.
78.-
Pour obtenir et conserver la chasteté, les Frères auront soin, en outre, de la
demander souvent à Dieu par l'intercession de la Sainte Vierge, de recevoir
souvent et avec ferveur la sainte Communion, de s'exercer à l'humilité, de
s'imposer chaque jour quelques mortifications et de se tenir constamment
occupés.
79.-
Tous les Frères auront à coeur de maintenir intact l'honneur de la Congrégation
sur le point de la chasteté. On ne souffrira donc jamais qu'un sujet, quel
qu'il soit, s'écarte des règles ci-dessus et, tout en observant les
dispositions canoniques contenues dans les Constitutions, on éloignera de l'Institut
quiconque se rendrait ostensiblement et gravement coupable contre la sainte
vertu.
80.-
L'objet du voeu de stabilité est déterminé par les Constitutions. C'est
l'engagement: 1º de maintenir le but et l'esprit de l'Institut ainsi que les
Constitutions approuvées par le Saint-Siège; 2º de perpétuer l'Institut et de
ne pas en sortir, même quand on viendrait à manquer de tout.
81.-
Les Frères stables s'efforceront de tendre sans cesse au but principal de la
Congrégation qui est la sanctification de ses membres. Se rappelant qu'une vie
intérieure intense est une condition essentielle de la fécondité de l'action,
ils éviteront de se laisser absorber par les activités extérieures au détriment
de leur vie religieuse.
82.-
Pour éviter toute déviation dans la poursuite du but spécial qui est
l'éducation chrétienne des enfants et de jeunes gens, les Frères stables se
mettront en garde contre un doble écueil: 1º montrer plus de zèle pour
l'instruction profane des élèves que pour leur éducation chrétienne; 2º négliger
les pauvres pour ne s'occuper que des élèves plus favorisés de la fortune.
83.-
Les Frères stables rempliront leur engagement de maintenir les Constitutions,
en les observant d'abord eux-mêmes, puis en s'appliquant, selon leur pouvoir, à
en assurer l'observance parmi leurs confrères.
84.-
Les Constitutions, par elles-mêmes, n'obligent pas sous peine de péché; mais
les Frères stables se rappelleront qu'ayant promis par voeu le maintien des
Constitutions, l'inobservance volontaire serait une véritable infidélité à
leurs devoirs spéciaux.
85.-
Perpétuer l'Institut, c'est, avant tout y persévérer jusqu'à la mort. Cette
obligation résulte déjà de la profession perpétuelle, mais le propre du
quatrième voeu est d'en faire un engagement plus solennel qui, en certaines
circonstances, peut exiger de l'héroïsme.
86.-
Les Frères stables s'acquitteront encore de l'obligation de perpétuer
l'Institut, par leur zèle pour le recrutement et la conservation des vocations,
se montrant, notamment, pleins de sollicitude pour assurer la persévérance des
jeunes Frères.
87.-
En outre, les Frères stables s'efforceront de développer toujours davantage en
eux un dévouement sans réserve pour l'Institut et une grande générosité pour
accepter et remplir avec soin les emplois qu'on leur confiera.
88.-
Les obligations du voeu de stabilité ne doivent pas faire perdre de vue les
grands avantages spirituels qu'il procure: une plus grande gloire de Dieu,
l'édification du prochain, un appel du religieux à une plus haute perfection,
une source de précieux mérites.
89.-
Le voeu de stabilité étant l'expression la plus parfaite du don de soi dans
l'Institut, les Frères s'efforceront par leur ferveur, de mériter d'y être
appelés. Il est permis d'y aspirer et même d'en faire la demande en toute
simplicité.
90.-
Après dix ans de profession perpétuelle, tout Frère a droit d'être admis au
voeu de stabilité, à condition: 1º d'être, non seulement régulier, mais zélé
pour la parfaite observance; 2º d'exceller dans l'esprit et les vertus
caractéristiques de l'Institut; 3º d'être exempt de tout défaut ou mauvaise
habitude capable de conduire au relâchement.
91.-
Un Frère, admis par le Conseil Général au voeu de stabilité, n'est pas tenu de
l'émettre; mais il fera bien de compter sur le secours de Dieu et d'accepter la
proposition des Supérieurs qui lui trouvent les aptitudes suffisantes.
92.-
L'humilité, la simplicité et la modestie étant l'esprit propre de cet Institut,
les Frères auront une prédilection pour ces vertus; ils feront en sorte que leurs
actions et tout ce qui leur appartient, en portent le cachet.
93.-
Par la connaissance qu'elle nous donne de nous-mêmes, l'humilité incline à nous
estimer à notre juste valeur et à rechercher l'effacement. Elle nous donne la
conviction que, de nous-mêmes nous ne sommes rien, mais qu'avec Dieu nous
pouvons tout. Il en résulte une dépendance totale à l'égard de Dieu, une
confiance illimitée en sa bonté et une grande déférence envers le prochain.
94.-
C’est par la voie de l'humilité que les Petits Frères de Marie doivent se
sanctifier; c'est par la pratique constante de cette vertu qu'ils attireront
sur eux et sur leurs travaux les bénédictions de Dieu et qu'ils se rendront
capables de faire le bien.
95.-
Ils doivent être bien convaincus que c'est à eux surtout, que s'adressent ces
paroles de Jésus-Christ: "Si vous ne retournez à l'état des enfants, vous
ne pourrez entrer dans le Royaume des Cieux" (Matt. XVIII,3), et afin
d'acquérir l'humilité d'enfance, ils renonceront à leur volonté et à leurs
idées personnelles pour se laisser diriger avec une docilité parfaite.
96.-
L'humilité les portera à ne pas parler d'eux-mêmes, à éviter de critiquer la
conduite des autres et à fuir toute singularité, mettant toute leur application
à vivre la vie commune.
97.-
Ils ne chercheront pas à se faire remarquer par ce qu'ils auraient d'avantageux
du côté de l'esprit, de la science et du succès: ce qui ne sert qu'à nourrir
l'orgueil. Ils n'oublieront jamais qu'ils ne doivent travailler que pour la
gloire de Dieu, que l'esprit de l'Institut est de faire le bien sans bruit et
que les Petits Frères de Marie doivent ambitionner de vivre inconnus et oubliés
du monde.
98.-
L'humilité leur fera aimer la vie cachée, le mépris du monde, les
avertissements, les réprimandes, les pénitences publiques; elle les portera à
déclarer ingénument leurs fautes, à demander pardon, à témoigner de la
reconnaissance à ceux qui ont la charité de les reprendre, à ne pas s'excuser,
à ne pas se plaindre quand ils sont repris, lors même qu'ils n'auraient pas
tort.
99.-
Si Monsieur le curé croyait devoir leur faire des observations ou même des
reproches, ils devraient d'abord s'humilier et montrer le plus vif désir de
profiter de ses avis, sauf à exposer, avec respect et modestie, les raisons à
leur décharge, s'ils le croyaient utile à la gloire de Dieu et au bien de
l'école, mais sans témoigner ni humeur ni opiniâtreté. Un Frère qui
s'offenserait d'un blâme, adressé même en public, soit à lui, soit à ses
élèves, sous le spécieux prétexte que cela compromet l'école et diminue la
confiance publique, montrerait qu'il ne connaît pas encore la sainte voie de
l'humilité.
100.-
S'ils ont véritablement l'esprit de leur état, les Frères saisiront volontiers
les occasions de s'humilier. Ainsi, dans les sécheresses, dans les dégoûts,
dans les tentations et dans les chutes même, au lieu de se décourager, ils
s'humilieront à la vue de leur faiblesse et de leurs défauts. De même, s'ils ne
réussissent pas dans leurs études ou dans leur emploi, si on les blâme, si on les
méprise, ils s'humilieront aussi, bien convaincus de leur incapacité.
101.-
Les Frères s'estimeront heureux d'être occupés à des fonctions qui, n'ayant
rien d'éclatant selon le monde, les mettent davantage à l'abri de la vaine
gloire; car ils doivent se défier des louanges et des applaudissements des
hommes. Quand ils sont bien vus dans une localité, quand les élèves les aiment
et les respectent, quand les autorités ou les parents les louent, qu'ils se
tiennent en garde contre la complaisance et méprisent les flatteries du monde.
102.-
Dans leur enseignement, tout en suivant les programmes officiels, ils
s'attacheront principalement aux matières essentielles et à celles qui sont
plus en rapport avec les besoins des élèves, réservant la première place à
l'enseignement de la religion. Fidèles à l'esprit de modestie et d'humilité qui
convient à l'Institut, ils rendront rares les séances publiques et en
écarteront, quand elles seront nécessaires, tout ce qui serait contraire à la
simplicité et à l'esprit religieux.
103.-
Par esprit d'humilité, chacun doit porter un grand respect à tous ses Frères,
leur parler avec simplicité, être toujours prêt à leur céder, à les obliger et
à leur rendre service.
104.-
Les Supérieurs veilleront à maintenir parmi les Frères les pratiques
d'humilité: pénitences données à la coulpe, avis et même réprimandes en
particulier et parfois en public quand c'est nécessaire, travaux manuel ou
d'entretien de la maison; les Frères les plus anciens ou les plus en vue se
feront un devoir d'en donner l'exemple.
105.-
Enfin, les Frères doivent s'humilier devant Dieu et devant les hommes,
extérieurement et surtout intérieurement; mais l'humilité doit leur être si
naturelle qu'elle ne se fasse pas remarquer.
106.-
La simplicité chrétienne consiste dans une parfaite droiture d'esprit et de
coeur qui porte à agir uniquement pour plaire à Dieu.
107.-
En élevant l'âme au-dessus des considérations humaines, elle devient une source
constante de liberté pour l'esprit et la volonté; elle inspire une douceur et
une égalité de caractère qui charment et qui attirent.
108.-
Celui qui en est animé accomplit son devoir et se soumet à l'obéissance sans se
préoccuper de ce que l'on pensera ou de ce que l'on dira.
109.-
Il n'y a pas de simplicité véritable sans humilité sincère, sans pureté de
coeur, sans abnégation entière de soi-même. Ennemie de toute duplicité et de
toute malice, elle met en parfaite harmonie, les sentiments, les paroles et les
actions.
110.-
Suivant le conseil de Jésus-Christ, les Frères joindront la simplicité de la
colombe à la prudence du serpent, c'est-à-dire qu'ils doivent allier la
franchise qui gagne les coeurs à la réserve qui écarte le danger.
111.-
Ils seront simples d'esprit comme des enfants, évitant de se comparer aux autres,
de se prévaloir d'aucun avantage et de rechercher l'estime des hommes.
112.-
Ils seront simples: envers Dieu, évitant la présomption, les scrupules; envers
les Supérieurs, les honorant sans les flatter et agissant avec eux sans
contrainte ni déguisement; envers leurs confrères, par une affection sincère et
cordiale et des rapports empreints d'un véritable esprit de famille.
113.-
La simplicité de caractère demande qu'ils évitent également l'humeur et le
caprice et qu'ils cèdent volontiers, sacrifiant leur sentiment pour le bien de
la paix.
114.-
L'esprit de simplicité n'exclut pas, bien au contraire, les règles de la
bienséance et de la distinction. Il se manifeste extérieurement dans
l'habillement qui sera convenable mais sans recherche ni négligence; dans les
manières qui doivent être naturelles; dans le parler, sans malice ni
affectation; dans toute la conduite, par une grande fidélité à la vie commune.
115.-
Il doit paraître jusque dans la piété. Ainsi, les Frères se garderont de la
singularité: une âme simple craint ce qui pourrait la faire remarquer.
116.-
Pour s'exercer à la pratique de la simplicité, les Frères se rappelleront la
présence de Dieu et les exemples de la Sainte Famille à Nazareth; ils
s'appliqueront à agir avec cette pureté d'intention qui ne cherche que la
gloire de Dieu dans l'accomplissement de sa sainte volonté.
117.-
La modestie fait garder une juste mesure dans les sentiments, les paroles et
les attitudes; elle donne ainsi, à l'extérieur de la personne, une expression
de naturel et de modération qui plaît à tous. Elle est faite de dignité, de
charité et de maîtrise de soi. Elle dénote l'homme distingué et le religieux
sérieux; elle attire l'estime et le respect.
118.-
Le visage manifestant plus parfaitement les sentiments intimes, les Frères
feront en sorte qu'il soit ouvert et qu'il ait un air de bonté et de piété qui
annonce la paix et le bon état de l'âme.
119.-
Ils veilleront sur leurs regards, évitant de porter les yeux de tous côtés, de
les arrêter fixement sur les personnes ou sur les objets dangereux pour leur
vertu.
120.-
Dans leur manière de se tenir et de s’asseoir, ils éviteront tout ce qui sent
la mollesse, le sans-gêne et le manque de maîtrise de soi, comme tourner la
tête sans raison, porter les mains au visage sans nécessité, tenir les mains
dans les poches de leur habit, etc.
121.-
Ils s'interdiront toute démonstration de joie trop vive qui révèle un esprit
léger, comme aussi tout air triste, inquiet ou chagrin qui serait désagréable
au prochain.
122.-
Ils prendront l'habitude de marcher posément, ni trop vite, ni trop lentement,
sans traîner les pieds, sans gesticuler ou faire quoi que ce soit qui sente
l'affectation ou les manières du monde.
123.-
En parlant, leur ton de voix doit être modéré et n'avoir rien de dur ni
d'efféminé.
124.-
Ils feront en sorte qu'il n'y ait rien dans leur façon de faire qui puisse
incommoder les autres, observant toujours les règles d'une charité délicate et
constante.
125.-
Enfin, ils se conduiront avec tant de bienséance et de modestie que tout en eux
édifie le prochain et se ressente de la sainteté de leur état.
126.-
Les Frères s'estimeront infiniment heureux de porter le nom de Marie et
considéreront le bonheur d'être agrégés à sa famille comme une des plus grandes
grâces qu'ils aient reçues de Dieu.
127.-
Ils regarderont et aimeront Marie comme leur Mère, comme leur Patronne, comme
leur Modèle et comme leur Première Supérieure. Tout dans cet Institut lui
appartient: les biens et les personnes; tout doit être employé à sa gloire.
128.-
Les Frères seront pénétrés d'un profond respect pour leur auguste et bonne
Mère; tout ce qui la regarde mérite leur vénération et doit leur être cher.
129.-
Toutes ses fêtes seront des fêtes de famille, c'est-à-dire qu'elles seront
célébrées par tous les membres de l'Institut avec une sainte joie, un respect,
un amour et une reconnaissance toute filiale. Tout le jour sera spécialement
consacré à Marie. Ils profiteront de l'occasion pour faire quelque instruction
aux élèves sur le sujet de la fête.
130.-
Les Frères honoreront d'une manière spéciale le glorieux privilège de son
Immaculée Conception; ils en instruiront bien les élèves et en célébreront la
fête avec beaucoup de ferveur et de solennité. Pour obtenir la grâce de ne
jamais offenser Dieu mortellement, ils auront une grande dévotion à Marie
conçue sans péché; ils l'invoqueront sous ce titre, particulièrement dans les
dangers et les tentations.
131.-
La confiance toute filiale et sans bornes qu'ils auront en Marie les portera à
recourir à sa protection dans tous leurs besoins tant spirituels que temporels,
comme à leur Ressource Ordinaire; à lui confier leurs peines, leurs craintes et
leurs joies; à mettre sous sa protection leurs maisons, leurs élèves, leurs
entreprises et, en général, toutes leurs actions. Ils iront à elle comme un
enfant va à sa mère, attendant de sa bonté le succès des écoles et les grâces
nécessaires pour vivre saintement et mourir en prédestinés.
132.-
Leur amour pour Marie les portera à s'appliquer sans cesse à l'imiter et à
prendre son esprit; elle est leur Modèle, ils doivent tellement s'efforcer de
lui ressembler que tout, dans leur personne, dans leur conduite, dans leurs
paroles et dans leurs actions, rappelle la vie et les vertus de Marie.
133.-
Les Frères s'efforceront d'imiter particulièrement l'humilité de Marie, sa
pureté et son tendre amour pour Jésus-Christ. A son exemple, ils auront une
prédilection particulière pour la vie humble et cachée, pour les emplois
ordinaires et même les plus bas. Comme elle, ils chériront par-dessus tout
l'aimable vertu et prendront tous les moyens pour la conserver. Comme elle, ils
fuiront jusqu'à l'ombre du péché et, vidant leur coeur de toute affection aux
créatures, ils n'aimeront que Jésus-Christ et emploieront toutes leurs forces
et toute leur vie à le faire aimer.
134.-
Ils s'acquitteront avec ferveur et exactitude de toutes les pratiques de piété
qui leur sont prescrites pour l'honorer. Ils porteront toujours sur eux leur
scapulaire et leur chapelet. L'image ou la statue de Marie sera dans tous les
lieux réguliers de la maison.
135.-
Dans l'instruction et l'éducation de leurs élèves, ils se proposeront l'exemple
de la Sainte Vierge élevant et servant le Saint Enfant Jésus; ils se
rappelleront que c'est sous sa conduite et sous ses yeux que cet adorable
Enfant a crû en sagesse, en âge et en grâce, ils s'appliqueront à imiter
l'humilité, la douceur, la charité, le dévouement et les saintes dispositions
avec lesquelles la divine Mère a pris soin du divin Enfant, afin de mériter que
leurs élèves se forment aussi à la vertu sous leur conduite.
136.-
Les Frères ne se contenteront pas d'aimer et d'honorer Marie; ils se
regarderont comme spécialement obligés de la faire aimer, servir et honorer par
leurs élèves. L'esprit de l'Institut est de conduire les âmes à Jésus par
Marie, selon la devise: "Tout à Jésus par Marie; tout à Marie pour
Jésus". Ils doivent donc s'efforcer de répandre son culte et d'inspirer sa
dévotion aux élèves, selon l'esprit de l'Eglise, comme moyen d'aimer et de
servir plus parfaitement Jésus-Christ.
137.-
Dans leurs catéchismes, ils saisiront avec empressement toutes les occasions
qui se présenteront de parler de la Sainte Vierge. En outre, ils feront chaque
semaine, et le samedi autant que possible, un catéchisme spécial sur ce sujet.
Ils s'attacheront surtout: 1º à inspirer à leurs élèves une confiance sans
bornes en sa protection, en leur inculquant cette consolante vérité que la
dévotion à Marie est une source de grâce et une marque de prédestination; 2º à
les former aux pratiques de piété établies dans l'Eglise pour l'honorer; 3º à
leur faire prendre l'heureuse habitude de lui adresser tous les jours quelques
prières et recourir à elle comme à leur mère; 4º à les faire agréger à
quelqu'une de ses confréries, telle que celle du Scapulaire ou du Saint-Rosaire
et à les faire enrôler dans la Congrégation de la Sainte Vierge ou dans la
Légion de Marie.
138.-
Tous les Frères auront à coeur de faire pieusement le mois de Marie et ils
engageront leurs élèves à le faire chaque jour, avec dévotion. Pour cela, ils
ne se borneront pas à faire la petite lecture propre à chaque jour, mais ils
l'accompagneront de solides et pieuses réflexions à la portée des élèves et
confirmeront toujours leurs instructions par quelques traits d'histoire bien
choisis et surtout par l'exemple et la pratique des saints.
139.-
Les Frères regarderont et aimeront leur Fondateur, le Bienheureux Marcellin
Champagnat, comme leur père spirituel, leur modèle et leur protecteur. Ils
n'atteindront le plein épanouissement de leur vocation que s'ils ont pour lui
une dévotion sincère, faite d'amour et de vénération.
140.-
La piété filiale les portera à s'imprégner profondément de son esprit, par
l'étude sérieuse et la méditation fréquente de sa vie et de son oeuvre.
141.-
Cette connaissance les portera à imiter ses vertus; il est impossible
d'appartenir vraiment à sa famille sans cette parenté d'âme qu'établit
l'imitation., Ils s'efforceront d'acquérir surtout les vertus caractéristiques
de leur Institut: humilité, simplicité, modestie, ainsi que celle que leur
recommande leur Père et Fondateur dans son Testament spirituel et dont il fut
lui-même un si vivant modèle.
142.-
C'est surtout par l'observance courageuse et constante de leurs Règles que les
Frères se montreront ses véritables fils. Vivre les Règles, c'est, en effet
vivre la pensée, la volonté et l'esprit du Fondateur; c'est réaliser le but
qu'il s'est proposé: faire régner dans les communautés l'ambiance de Nazareth.
143.-
La dévotion au Fondateur doit inspirer aux Frères une confiance vraiment
filiale en son intercession. Bien convaincus de son puissant crédit auprès de
Dieu et de Marie, ils recourront à lui dans leurs besoins spirituels et
matériels. Ils luis demanderont surtout de nombreuses et solides vocations pour
l'Institut.
144.-
Pour prouver la sincérité de leur dévotion, les Frères s'efforceront, par leur
valeur personnelle et par leur zèle, de prolonger son oeuvre en travaillant
avec enthousiasme à l'honneur et à la prospérité de l'Institut; ils auront
surtout à coeur le recrutement et la conservation des vocations.
145.-
Les Frères ne se contenteront pas de vénérer leur Fondateur, mais ils voudront
encore le faire aimer et honorer; ils s'ingénieront pour répandre son culte et
pour inspirer une grande confiance en son intercession, profitant de toutes les
occasion pour le faire connaître et pour faire apprécier son oeuvre.
146.-
Son image ou sa statue sera dans la salle commune, dans les classes ou autres
endroits publics. Sa fête sera une fête de famille, célébrée avec ferveur et
reconnaissance, à laquelle on tâchera d'associer les élèves et leurs familles,
les anciens élèves ainsi que les bienfaiteurs et amis de l'Institut. Ce
jour-là, les Frères réciteront l'Office de leur Fondateur.
147.-
La vie du chrétien, et plus encore celle du religieux, doit être une
mortification continuelle. C'est au religieux surtout que s'adressent ces
paroles de notre Sauveur: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se
renie lui-même, se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive."
(Luc,IX,23) 148.- La mortification ne doit pas être recherchée pour elle-même
mais comme moyen de prouver à Dieu notre amour et comme source de précieux
avantages.
149.-
Les fruits de la mortification sont: 1º de nous unir plus intimement à Dieu en
nous détachant des créatures; 2º de nous rendre plus conformes à Jésus-Christ,
notre divin Modèle; 3º d'assujettir le corps à l'esprit: en nous sevrant des
plaisirs légitimes, elle arme notre volonté contre les plaisirs illicites, rend
la victoire plus facile et procure la paix; 4º d'expier nos fautes, de faire
croître en vertu et d'être une source de mérites; 5º de rendre notre apostolat
plus fructueux: toute rédemption, en effet, suppose le sacrifice.
150.-
Les Frères ne seront tenus .à aucune pénitence extraordinaire, mais ils
s'efforceront d'exceller dans la mortification des passions et la garde des
sens. Cette pénitence doit leur être tellement familière que toutes les
puissances de leur âme et tous les sens de leur corps soient immolés à Dieu.
151.-
Les passions qu'ils doivent combattre sont particulièrement l'orgueil, le désir
de paraître et d'être estimés, la sensualité, l'affection déréglée aux
créatures, l'envie, la colère, la curiosité et l'attachement à leur volonté
propre.
152.-
L'esprit de mortification les portera à vider leur imagination des idées et des
vanités du siècles, à arrêter la légèreté de leur esprit emporté par mille
pensées vagabondes et chimériques qui troublent le recueillement et distraient
pendant les prières.
153.-
Chacun trouvera dans son caractère un sujet bien vaste de mortification.
Combattre sa passion dominante, fixer son inconstance, arrêter les saillies de
son humeur, supporter une imagination vive et fougueuse, un fonds d'impatience
que l'on a peine à réprimer, des moments de tristesse, d'ennui, de crainte et
une foule de perplexités fatigantes: tout cela constitue un riche trésor de
pénitences et conséquemment de mérites pour un Frère qui saura en faire bon
usage.
154.-
Un autre sujet de mortification bien méritoire sera de souffrir, avec patience,
toutes les incommodités de la vie commune. Ainsi l'esprit de mortification leur
fera supporter sans se plaindre les défauts de caractère et d'éducation, les
préventions, les importunités, les indiscrétions, en un mot, toutes les peines
que peuvent causer les confrères.
155.-
Les Frères regarderont, comme un sujet de pénitence très méritoire, les
maladies et les infirmités. Dans cet esprit, ils les recevront avec
résignation, comme une partie de la croix de Jésus-Christ et un moyen de
satisfaire à la justice de Dieu. Ils ne se plaindront pas de la violence et de
la durée du mal, de l'amertume des remèdes, des oublis de ceux qui les servent,
du bruit qu'on fait autour d'eux et de toute autre chose.
156.-
L'esprit de pénitence les portera encore à faire un saint usage des occasions
de se mortifier que leur fourniront les lieux, les climats, les saison,
s'estimant heureux d'être parfois mal logés, mal nourris, de souffrir le froid,
la chaleur, les intempéries et autres incommodités.
157.-
Une autre pénitence très agréable à Dieu, c'est tout ce qu'ils auront à
souffrir dans l'exercice de leurs fonctions. La réserve, la gravité et la
modestie qu'ils devront s'imposer avec leurs élèves, les obligeront à se faire
une continuelle contrainte. Que d'actes de patience, d'humilité, de charité et
de zèle ne faudra-t-il pas pratiquer pour se mettre à la portée de tous et pour
répéter sans cesse les mêmes choses! Et, après tant de peines, d'abnégation, de
dévouement, ils devront s'attendre et se préparer à supporter souvent
l'ignorance, l'indocilité des élèves, les plaintes et les contradictions du
public.
158.-
Ils traiteront leur corps avec une sage rigueur et sauront s'imposer des
privations qui assujettissent le corps à l'esprit. Pourtant, ils ne doivent pas
faire de pénitences qui nuisent à leur santé ou à leur emploi; ils n'en feront
même aucune extraordinaire sans permission.
159.-
Ils seront sobres dans les repas et auront soin de pratiquer à table quelque
acte de mortification, comme de se priver ou de prendre peu des mets qu'ils
aiment beaucoup, de ne pas se plaindre de la mauvaise qualité ou du défaut
d'apprêt des aliments, de se priver d'un fruit ou de toute autre chose qui
flatte le goût et dont on peut se passer sans inconvénient.
160.-
Il y a une foule d'autres pénitences qu'un religieux trouvera l'occasion de
pratiquer tous les jours sans que personne s'en aperçoive. Tantôt il se privera
de choses mêmes indifférentes mais qui ne sont propres qu'à faire perdre le
recueillement comme entendre une conversation qui plaît, dire un mot qui attire
les éloges, etc. ; tantôt il se trouvera dans l'occasion de se gêner pour
rendre un service à un confrère, à un enfant, à un malade, de recevoir un
reproche immérité ou une injure au lieu de la reconnaissance qu'on lui devait,
de ne pouvoir obtenir ce qu'il désire ou ce qui lui serait nécessaire. En
profitant ainsi de toutes les occasions qu'il a de se mortifier, un Frère
pratiquera la vertu de pénitence.
161.-
Mais la pénitence qui plaira le plus à Dieu, qui leur attirera le plus de
grâces, celle qui comprend, pour ainsi dire, toutes les autres, c'est une
exacte régularité. En effet, être fidèle à garder le silence, à tout quitter au
premier coup de cloche, à laisser une occupation qui plaît pour toute autre
chose, dès que l'obéissance le veut, à se respecter mutuellement, être fidèles,
en un mot, à observer tous les points des Constitutions et des Règles, dans le
temps, dans le lieu et de la manière prescrite, c'est renoncer constamment à sa
volonté pour faire celle de Dieu; c'est se mortifier continuellement.
162.-
Le but spécial de cet Institut étant de travailler, sous la protection de
Marie, au salut des élèves en les formant chrétiennement, une des vertus les
plus nécessaires aux Frères est le z le pour la gloire de Dieu et le salut des
âmes.
163.-
Ils se regarderont comme les Anges Gardiens de leurs élèves, se rappelant que
Dieu leur demandera compte des âmes confiées à leurs soins.
164.-
Persuadés que la prière est un excellent moyen d'apostolat, les Frères
recommanderont souvent leurs élèves à Dieu, le suppliant de bénir leur travail.
165.-
Par leur vocation, les Frères sont les aides et les coopérateurs des Pasteurs
de l'Eglise, les représentants et les suppléants des parents. Leurs fonctions
sont une participation du ministère apostolique, car "la fin propre et
immédiate de l'éducation chrétienne est de coopérer à l'action de la grâce
divine dans la formation du véritable chrétien, c'est-à-dire à la formation du
Christ dans des hommes régénérés par le Baptême" (Pie XI, Divinis Illius
Magistris)
166.-
En éducation, l'exemple est de primordiale importance. Pour entraîner les
élèves à une vie chrétienne généreuse, les Frères se conduiront de manière à
leur donner l'exemple de toutes les vertus et travailleront tous les jours à
devenir plus parfaits.
167.-
Ils s'appliqueront à donner à leurs élèves une instruction religieuse adaptée à
l'âge et aux capacités des enfants ou des jeunes gens et qui leur permette de
prendre conscience des vérités religieuses. Il faut donc éclairer les
intelligences pour créer des convictions solides. Ils reviendront fréquemment
sur les vérités fondamentales pour les bien faire pénétrer dans l'esprit et le
coeur.
168.-
Aucun sacrifice leur coûtera, rien ne leur paraîtra difficile lorsqu'il s'agira
de donner l'instruction religieuse aux élèves: soin à préparer la leçon,
attention à bien comprendre les élèves pour se mettre à la portée de tous,
emploi de moyens intuitifs pour rendre la leçon active et attrayante.
169.-
Ils donneront aux élèves une doctrine claire et vivante du Corps Mystique,
s'efforçant de leur en faire comprendre la réalité et la grandeur. Ils feront
du Christ un personnage réel et actuel, vivant en chacun par la grâce et se
perpétuant dans le monde par l'Eglise. Il en résultera une grande dévotion à
l'Eucharistie, au Sacré-Coeur et un entier dévouement à l'Eglise.
170.-
Ils leur feront comprendre la nécessité, pour un chrétien, de vivre habituellement
en état de grâce et les habitueront à faire fréquemment des actes de contrition
parfaite.
171.-
Ils leur donneront le goût des choses de Dieu par des prières bien faites, même
courtes, par la fréquentation assidue des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie
et par la participation active à la liturgie. Ils leur enseigneront les prières
usuelles, les leur faisant comprendre et aimer afin qu'ils prennent l'habitude
de les réciter individuellement et en famille. Ils leur expliqueront avec soin
les dispositions requises pour recevoir les sacrements avec fruit et les
engageront à s'agréger à l'Apostolat de la Prière, à la Croisade Eucharistique
ou à toute autre organisation encourageant la communion fréquente.
172.-
Une bonne première communion étant de la plus grande importance, les Frères
mettront tous leurs soins à y disposer dignement les enfants, le plus tôt
possible.
173.-
On aura soin de bien préparer les élèves pour la célébration des dimanches et
des fêtes; les Frères leur feront connaître l'obligation qu'ils ont d'assister
aux offices de l'Eglise et les y conduiront autant que possible.
174.-
Ils leur expliqueront soigneusement la sainte Messe, les exhorteront à y
assister souvent et faciliteront cette assistance par tous les moyens
possibles.
175.-
Ils inspireront à leurs élèves une vraie dévotion à la Sainte Vierge, fondée
sur des principes sûrs, éclairée par un enseignement méthodique et coordonné.
Par la théorie, l'exemple et la pratique, ils leur apprendront à "aller à
Jésus par Marie". Ils leur enseigneront aussi à honorer saint Joseph, leur
Ange Gardien et leur saint Patron et les exhorteront à prier souvent pour les
âmes du Purgatoire.
176.-
Ils leur feront prendre l'habitude de donner une valeur surnaturelle à tous les
actes du chrétien, en les offrant à Dieu et en demandant son secours. Ils ne
manqueront pas de leur donner les moyens de profiter des peines, des
afflictions, des maladies et autres événements fâcheux de la vie, regardant en
tout cela la volonté de Dieu et s'y soumettant sans murmurer et en esprit de
pénitence.
177.-
Ils s'efforceront de faire acquérir progressivement à leurs élèves une forte
discipline morale qui les mènera à la maîtrise d'eux-mêmes et à
l'accomplissement libre et volontaire de leurs devoirs, par amour. Ils les
entraîneront à prendre conscience de leurs responsabilités de chrétiens et à
répondre généreusement à tout appel de Dieu.
178.-
L'éducation chrétienne doit être une oeuvre continue, progressive; elle doit
imprégner l'enseignement tout entier, même l'enseignement profane, et pénétrer
jusqu'au fond de l'âme. Les Frères saisiront donc adroitement, au cours des
leçons profanes ou des conversations, les occasions qui se présentent pour
placer à propos une sage réflexion, une parole vivifiante, qui, n'étant pas
attendues, produiront une plus vive impression. C'est ainsi que, par le
rayonnement de toute sa personne, un religieux éducateur crée dans son milieu
cette atmosphère chrétienne, indispensable à l'efficacité de son apostolat.
179.-
Afin de susciter un plus grand nombre d'ouvriers apostoliques, ils se feront un
devoir de parler à leurs élèves de l'importance du choix d'un état de vie,
s'efforçant de faire germer et de cultiver les vocations sacerdotales et
religieuses. Ils auront surtout à coeur de discerner les jeunes gens pouvant
convenir à notre Institut, pour les diriger au moment propice vers le juvénat
ou le noviciat.
180.-
L'éducation serait incomplète si elle se contentait d'assurer le bien personnel
des élèves; elle doit, en outre, les préparer à exercer, sur leur temps, une
influence salutaire pour le rendre meilleur. Les Frères attacheront donc une
grande importance aux directives pontificales concernant l'Action Catholique.
Ils en étudieront avec soin l'esprit, l'organisation, les méthodes et le
fonctionnement, pour les appliquer, dès les classes élémentaires, à leur
enseignement catéchistique et former ensuite leur élèves à ce genre
d'apostolat.
181.-
En maints endroits, où le besoin de la diffusion de la doctrine chrétienne se
fait sentir davantage, les Frères, accompagnés de leurs grands élèves, se
prêteront volontiers à aller faire le catéchisme aux groupes d'enfants plus ou
moins abandonnés; ils encourageront cette belle oeuvre d'apostolat partout où
elle s'avère possible.
182.-
Ils s'emploieront aussi, avec zèle, au développement et à la bonne marche des
Associations d'Anciens Elèves et autres oeuvres postscolaires. Ils y verront le
complément de leur action apostolique. Ils les considéreront comme des oeuvres
de persévérance et de collaboration et leur donneront la préférence sur toute
autre association.
183.-
Mais le zèle des Frères, pour être agréable à Dieu, avantageux au prochain et à
la religion, doit être circonscrit dans les oeuvres de leur vocation et réglé
par l'obéissance.
184.-
La vie religieuse étant par sa nature une vie de pénitence, de mortification et
de travail, rien ne lui est plus opposé que l'oisiveté qui engendre tous les
vices; c'est pourquoi les Frères auront grand soin de fuir la paresse comme un
de leurs plus dangereux ennemis.
185.-
L'amour du travail est une disposition requise pour être reçu dans l'Institut;
on ne manquera pas d'en instruire les postulants, de les éprouver sur ce point
et de renvoyer ceux qui manqueraient de goût ou d'aptitudes pour l'étude ou
pour le travail manuel.
186.-
Chacun doit se persuader que le résultat de son apostolat sera proportionné à
sa valeur religieuse et intellectuelle; que cette valeur, fût-elle très grande,
a besoin d'être constamment entretenue et développée par la culture
personnelle; qu'avec des efforts soutenus, il peut réaliser des progrès
importants dans la science aussi bien que dans la vertu.
187.-
L'étude est un devoir pour les Frères qui s'adonnent à l'enseignement; la
négliger porterait préjudice à leur Institut et à leurs élèves. Mais tant pour
les études à faire que pour les examens à préparer, ils suivront les directives
du Frère Provincial.
188.-
L'étude religieuse étant d'une importance capitale, tant pour le profit
spirituel des Frères que pour la formation chrétienne des élèves, on emploiera
soigneusement l'heure qui lui est consacrée à une étude ascétique personnelle
et à la préparation de la leçon de religion. Les Frères Directeurs feront tout
leur possible pour assurer aux Frères leur étude religieuse de chaque jour et
veilleront à ce qu'elle se fasse comme il se doit.
189.-
Les Frères suivront cet ordre dans leurs études profanes: ils étudieront
d'abord les matières qu'ils ont à enseigner dans leur classe, préparant avec
soin les leçons qu'ils ont à donner; ils travailleront ensuite aux autres
matières qui leur sont le plus nécessaires.
190.-
Ils se garderont de s'adonner à l'étude dans des vues humaines et de manière à
préjudicier à leurs exercices de piété. Ils éviteront également tout excès capable
de nuire à leur santé, comme par exemple les veilles prolongées et l'étude
immédiatement après les repas. Ils s'y appliqueront surtout pour plaire à Dieu,
procurer sa gloire et se rendre utiles à leur Institut.
191.-
Les Frères se feront un devoir de collaborer à la bonne marche des
organisations scolaires et parascolaires. La bonne répartition des charges et
la coopération de tous assureront le succès sans trop de surmenage.
192.-
Ils seront heureux de prêter leur concours pour les petits travaux qui se
présentent dans toute maison: entretien, améliorations, réparations, etc. En
plus de manifester l'esprit de famille, cela permet des économies et constitue
souvent un délassement utile.
193.-
Le Frère Directeur ne souffrira pas que les Frères, surtout les plus jeunes,
restent dans l'oisiveté; il les occupera utilement, notamment pendant les
vacances.
194.-
Certains journaux et revues peuvent être utiles en vue d'une formation adaptée,
mais on doit être prudent dans leur choix et ne pas consacrer à leur lecture un
temps trop considérable au détriment du devoir d'état ou des études sérieuses.
La liste des périodiques reçus dans la maison doit être approuvée par le Frère
Provincial.
195.-
Le silence est un des principaux traits distinctifs d'une maison religieuse;
une communauté où il n'est pas observé n'est pas un milieu favorable à
l'acquisition des vertus nécessaires aux âmes consacrées à Dieu.
196.-
Le silence favorise le recueillement, la piété et la régularité. Il permet de
vivre en la présence de Dieu et de conserver les facultés de l'âme sous le
contrôle de la volonté; il est plus facile alors de prier avec ferveur et
d'être fidèle à la Règle.
197.-
Le silence facilite la charité, la paix et l'union dans les communautés, en
faisant éviter les médisances, les critiques, les rapports oiseux ou
indiscrets. "Celui qui parle trop se fait détester et celui qui prétend
s'imposer suscite la haine" (Ecc. XX,8).
198.-
Hors le temps des récréations, les Frères garderont le silence. Ils
respecteront plus particulièrement le temps du grand silence qui s'étend de
Complies à la fin de la méditation. S'il y a nécessité de parler, on le fera en
peu de mots et à voix basse. On évitera aussi de faire du bruit en marchant, en
ouvrant et en fermant les portes, et, généralement, tout ce qui peut déranger
les Frères.
199.-
Il est impossible de faire des études sérieuses sans calme et sans silence.
Pour favoriser le bon emploi du temps, pour maintenir l'amour de l'étude et du
travail et pour s'édifier mutuellement, on veillera, avec soin à l'observance
du silence à la salle d'études.
200.-
Afin de conserver leur santé, de maintenir la discipline et d'assurer le
travail sérieux, les Frères éviteront, en classe, toute parole inutile; ils
seront clairs mais brefs et précis dans leurs explications.
201.-
Pour s'animer à la pratique du silence, pour en comprendre toute l'importance
et la nécessité, les Frères méditeront souvent ces paroles de la sainte
Ecriture: "Abondance de paroles ne a pas sans faute" (Prov. X,19).
"Si quelqu'un s'imagine être dévot sans mettre un frein à sa langue et
trompe ainsi son propre coeur, sa dévotion est vaine" (Jacq. III,6).
"Si quelqu'un ne commet pas d'écart de paroles, c'est un homme
parfait" (Jacq. III,2).
202.-
Bien convaincus de la vérité de cette parole de saint Grégoire: "La
solitude du corps sert peu si l'on n'y joint la solitude du coeur", les
Frères s'attacheront surtout à la pratique du silence intérieur qui consiste à
réprimer ses passions, à oublier le monde et tout ce qui dissipe: conditions
indispensables de la vie spirituelle.
203.-
Les Frères ne considéreront pas l'observance de leurs Règles comme une
contrainte imposée de l'extérieur, mais comme une exigence profonde de leur
vocation.
204.-
En religion, le principal moyen de sanctification est l'observance, par amour,
des Constitutions et des Règles: un religieux ne fait de progrès dans la vertu
que dans la mesure où il est fidèle à les observer.
205.-
L'observance régulière favorise l'épanouissement spirituel et rend parfaitement
libre et disponible au service de Dieu et du prochain. C'est aussi une
condition indispensable pour assurer la paix, l'union et la ferveur dans les
communautés.
206.-
Les Frères regarderont donc toutes les observances régulières comme très
importantes: 1º parce qu'elle sont pour eux un moyen de perfection; 2º parce
que Dieu a attaché la persévérance dans le bien à la fidélité aux petites
choses: "Qui est fidèle pour très peu de chose est fidèle aussi pour
beaucoup" (Luc, XVI,10); 3º parce que la violation d'une seule règle nuit
au bon ordre et à la discipline de la communauté.
207.-
Ils se porteront à l'observance régulière avec générosité et joie, comme à la
forme concrète que prend quotidiennement leur amour de Dieu. Les motifs de leur
zèle pour la régularité seront le désir de plaire à Dieu, de le glorifier,
d'imiter Notre-Seigneur, de mériter la protection de la Sainte Vierge, de
travailler à leur perfection et à la conservation de l'Institut.
208.-
Les délicatesses de la régularité se manifestent surtout par la ponctualité. Au
premier signal, les Frères quitteront donc tout pour se rendre à ce que demande
l'obéissance.
209.-
Un des premiers devoir des Frères Directeurs et de tous ceux qui sont en
charge, est d'obtenir, le plus parfaitement possible, l'observance régulière
des Constitutions et des Règles. C'est pourquoi les Frères Directeurs doivent
habituer les Frères à la ponctualité, faire toujours commencer les exercices à
l'heure, tenir compte de toutes les prescriptions régulières et avertir les
Frères quand ils y manquent.
210.-
Les Frères en charge, ceux du voeu de stabilité, de même que les plus âgés et
les plus en vue, s'efforceront de se montrer plus réguliers, se rappelant
qu'ils sont tenus, encore plus que les autres, à donner le bon exemple.
211.-
Même dans le cas de maladie et d'infirmité, les Frères pratiqueront tous les
points de Règle qui ne sont pas incompatibles avec leur état et demanderont
dispense de ceux qu'ils ne pourront pas observer.
212.-
Quand les Frères auront manqué à quelque point important des Constitutions ou
des Règles, ils déclareront leur faute au Frère Directeur et lui en demanderont
pénitence.
213.-
Ils estimeront comme un grand bienfait que le Frère Directeur les avertisse de
leurs manquements; ils le prieront même, en particulier, de temps en temps, de
leur rendre ce bon office.
214.-
Les Frères liront, en communauté, les Constitutions et les Règles Communes en
entier, au moins deux fois l'an, dans les premiers jours de janvier et de
juillet; cette lecture tiendra lieu de la lecture spirituelle. Chacun devra
lire plus souvent les Règles qui lui sont particulières à raison de son emploi.
215.-
Chaque semaine, le Frère Directeur lira, en communauté, un chapitre des
Constitutions ou des Règles Communes, sur lequel il fera une instruction ou au
moins quelques réflexions.
216.-
Chacun s'examinera souvent sur la manière dont il observe les Constitutions et
les Règles, s'arrêtant surtout aux points qu'il a plus de peine à observer et
qu'il néglige plus facilement.
217.-
A cause des différences de climat et de latitude, ainsi que des coutumes
locales de chaque pays, il n'est pas possible de fixer un horaire uniforme pour
toutes les communautés. Chaque Conseil Provincial en établira donc un et le
soumettra à l'approbation du Conseil Général.
218.-
Cet horaire sera inséré dans le Coutumier de la Province. Aucune maison ne
pourra le modifier sans autorisation écrite du Frère Provincial; celui-ci,
avant d'accorder la modification, prendra l'avis de son Conseil. L'horaire doit
tenir compte des indications suivantes: 219.- Le lever se fera à l'heure fixée
par le Coutumier, soit huit heures après le dernier exercice régulier du soir.
Le Frère qui sera chargé de donne le signal dira à haute voix: "Laudetur
Jesus Christus," et les autres répondront: "Et Maria, Mater ejus.
Amen."
220.-
Les Frères disposeront d'un temps convenable pour faire le lit et se mettre en
état de propreté. Ils garderont, pendant ce temps, un grand silence, une grande
modestie et éviteront tout ce qui serait de nature à troubler le recueillement.
221.-
Il y aura ensuite prière du matin, Matines puis méditation d'une demi-heure.
222.-
Le Coutumier fixera l'horaire pour la Messe, les diverses Heures de l'Office,
le chapelet, les études religieuse et profane, le quart d'heure de lecture
spirituelle et la visite au Saint-Sacrement.
223.-
Après déjeuner, il y aura temps libre et après dîner, récréation. La classe de
l'après-midi sera également suivie d'une récréation pendant laquelle les
Frères, qui en auront besoin, pourront prendre un goûter.
224.-
L'étude religieuse se fera en communauté; elle durera heure. Le Frère Directeur
se fera un devoir de la présider; chacun y apportera le plus grand soin, tant
pour son avantage spirituel que pour assurer un solide enseignement religieux
aux élèves.
225.-
Après souper, récréation puis prière du soir avec examen de conscience de dix
minutes, récitation de Complies, lecture du calendrier religieux et préparation
de la méditation pour le lendemain, le tout selon le Coutumier approuvé.
226.-
Les Frères se rendront ensuite dans leurs chambres pour le coucher. Si
quelqu'un a besoin de veiller, il ne le fera qu'avec permission et pour un
temps déterminé.
227.-
Pendant le déjeuner, on gardera le silence, sauf exceptions prévues par le
Coutumier approuvé, et on lira la Vie des Saints, à moins qu'on ne l'ait fait
la veille au repas du soir.
228.-
A dîner et à souper, la lecture est de règle dans les maisons de formation,
dans les autres maisons, elles est recommandée mais laissée au jugement du
Conseil Provincial. Après le repas, on lira un verset ou deux de l'Imitation de
Jésus-Christ; on fera de même avant le repas, s'il n'y a pas lecture.
229.-
Pour la confession hebdomadaire, les Frères prendront le jour et l'heure qui
auront été convenus entre le Frère Directeur et le confesseur.
230.-
Le jour de congé, il y aura promenade ou récréation de trois heures environ.
Autant que possible, les Frères feront une visite au Saint-Sacrement.
231.-
Le Coutumier indiquera le jour et l'heure de la coulpe, de la tenue du Conseil
et de l'entrevue hebdomadaire avec le Frère Directeur.
232.-
Les dimanches et fêtes d'obligation, les Frères assisteront à deux Messes,
autant que possible. La seconde Messe pourra tenir lieu de Laudes, Prime et
Tierce. Le chant des Vêpres pourra remplacer Sexte, None et Vêpres de l'Office
de la Sainte Vierge. Avant ou après la grand-Messe, récréation de trois quarts
d'heure le dimanche et d'une heure les jours de fête.
233.-
Les dimanches, les fêtes d'obligation et les jours de congé, on se conformera
pour l'emploi du temps et pour les divers exercices à ce qui est réglé par le
Coutumier approuvé pour la Province ou la maison.
234.-
Les mercredis, les Frères réciteront les litanies de saint Joseph, pour
demander le don d'oraison et une bonne mort.
235.-
Dans les communautés où les Frères doivent assister aux offices de l'église
paroissiale, le Coutumier devra tenir compte de ces exigences. On veillera
cependant à réduire le nombre de ces offices auxquels il faut assister, de
sorte que leur multiplication n'entraîne pas la suppression habituelle de la
lecture spirituelle, de l'étude religieuse ou des exercices de piété.
236.-
Les Frères passeront la Semaine Sainte dans un grand recueillement, surtout les
trois derniers jours qui seront pour eux des jours de prière et de méditation.
Ils assisteront aux offices de l'Eglise; ils méditeront sur les grands mystères
que ces jours rappellent, faisant quelques lectures sur ce sujet et s'efforçant
de témoigner à Jésus-Christ tout l'amour et toute la reconnaissance dont ils
sont capables. Pendant ce saint temps ils éviteront, autant que possible, les
voyages et tout ce qui pourrait les dissiper. Ils ne s'occuperont même qu'avec
réserve d'études et d'affaires temporelles.
237.-
Le temps qui s'écoule depuis l'office liturgique du Jeudi Saint, jusqu'à celui
du Vendredi Saint, devrait être consacré à une récollection spéciale, pendant
laquelle les Frères passeront quelque temps en adoration devant le
Saint-Sacrement. Le Vendredi Saint, il y aura Chemin de la Croix vers l'heure
de midi.
238.-
Les principales fêtes de l'année seront pour les Frères des époques de
renouvellement dans les saintes dispositions de la retraite et dans l'amour de
Notre-Seigneur. A cette fin: 1º ils se prépareront à ces fêtes par une neuvaine
ou par quelque autre pratique de piété et de vertu; 2º ils prendront pour sujet
d'oraison les jours qui précèdent la fête, les mystères et les vérités que la
solennité offre à leur méditation; 3º ils redoubleront de vigilance sur
eux-mêmes, afin d'éviter les moindres fautes; 4º ils s'efforceront de mieux
faire leurs exercices de piété et d'apporter plus de ferveur à leur communions;
5º ils demanderont à Dieu quelques grâces ou quelques vertus (238b): 238b.- particulières.
239.-
Les Frères désireront ardemment l'esprit de prière et le don d'oraison. De ce
point important dépend, en grande partie, la conduite de leur vie; elle sera
bien ou mal réglée selon qu’ils s'acquitteront bien ou mal de leurs exercices
de piété.
240.-
Les Frères regarderont les exercices de piété comme le moyen le plus propre et
le plus efficace pour obtenir la grâce d'éviter le péché, de corriger leurs
défauts, d'acquérir la vertu et la perfection de leur état et de bien faire
toutes choses.
241.-
Tous les jours, ils feront une demi-heure d'oraison mentale. Si quelqu'un ne
pouvait faire l'oraison ou tout autre exercice de piété avec la communauté, le
Frère Directeur lui indiquerait un temps dans la journée pour s'en acquitter.
242.-
Le choix du sujet de méditation sera personnel, sauf une fois ou deux par
semaine. La préparation de la méditation a lieu, le soir, après Complies.
243.-
Les Frères ne doivent se contenter de cette courte oraison du matin; mais ils
tâcheront de la continuer dans les différentes actions de la journée par le
souvenir de la présence de Dieu et par la pratique des oraisons jaculatoires.
244.-
Afin d'acquérir la pureté de l'âme et cette solide connaissance de soi-même qui
est si nécessaire pour corriger ses défauts et travailler à sa perfection, ils
feront tous les jours dix minutes d'examen de conscience.
245.-
Chaque jour, ils consacreront un quart d'heure à la lecture spirituelle. Elle
pourra être personnelle mais devra se faire en communauté. On lira publiquement
les documents tels que les Circulaires des Supérieurs, les Constitutions et les
Règles ou des textes émanés des autorités ecclésiastiques.
246.-
Tous les jours, ils réciteront l'Office de la Sainte Vierge; ils l'offriront
spécialement pour conjurer cette bonne Mère de bénir les écoles, de protéger et
de conserver l'Institut. Les Frères s'efforceront de le réciter posément,
attentivement et dévotement, de bien prononcer tous les mots et de marquer la
médiante. On le récitera en latin ou en langue vulgaire suivant l'alternance
déterminée par le Coutumier.
247.-
Le Chapelet doit être la prière chérie des Petits Frères de Marie; ils le
réciteront tous les jours, de la manière en usage dans le diocèse où ils se
trouvent.
248.-
Dans les maisons provinciales, de retraite ou de formation, on fera, en
communauté, le Chemin de la Croix, le vendredi, excepté pendant le temps pascal
et de Noël à la Purification.
249.-
Tous les jours, à l'heure prévue par le Coutumier de chaque maison, les Frères
feront en communauté une visite au Saint-Sacrement.
250.-
Ils ne s'imposeront ostensiblement aucune pratique de piété extraordinaire sans
la permission des Supérieurs; ils ne s'agrégeront à aucune association ou
confrérie sans la même permission; mais ils mettront toute leur application à
s'acquitter parfaitement des exercices de piété prescrits par leurs Règles.
251.-
La sainte Messe étant la plus précieuse de toutes les dévotions, les Frères se
garderont bien de la manquer par leur faute.
252.-
Ils y assisteront tous les jours et prendront les moyens les plus propres pour
s'unir au célébrant, de telle sorte que la liturgie nourrisse leur piété et les
fasse participer plus intimement aux intentions du Christ Rédempteur.
253.-
Ils considéreront la sainte Eucharistie comme le meilleur moyen pour les
soutenir dans les tentations, les consoler, les soulager dans leurs peines, les
faire avancer dans la vertu et les animer d'un saint z le pour le salut des
âmes.
254.-
Pour recevoir la sainte Communion avec le plus grand profit spirituel, les
Frères s'efforceront de tout leur pouvoir d'augmenter en eux le respect, la
dévotion et l'amour dus à un si grand sacrement. Ils se conformeront
soigneusement aux directives de l'Eglise concernant cette réception.
255.-
Ils s'y prépareront avec soin et la feront suivre d'une action de grâces
convenable. Le dimanche, en plus de intentions particulières de chaque jour,
ils offriront leur Communion pour les besoins de l'Institut.
256.-
Il est très important que la réception du sacrement de Pénitence soit rendue
facile par le choix judicieux du temps, du lieu et des confesseurs. les Frères
s'approcheront de ce sacrement, chaque semaine, avec de saintes dispositions,
ayant soin de s'établir dans une atmosphère de calme, de recueillement et de piété.
257.-
Il convient de faciliter, non seulement la confession, mais aussi la direction
spirituelle, si importante pour une âme désireuse de tendre à la perfection.
Les Frères Directeurs mettront tout leur soin à procurer ce service spirituel à
leurs Frères.
258.-
On veillera à fournir aux novices de bons confesseurs ordinaires et directeurs
spirituels. De plus, quatre fois par an, au minimum, on leur donnera un
confesseur extraordinaire auquel tous devront se présenter, ne serait-ce que
pour recevoir sa bénédiction.
259.-
La coulpe est une satisfaction publique pour les fautes extérieures,
particulièrement pour toutes celle qui sont commises contre l'observance
régulière; le but de cet exercice est donc de maintenir l'ordre et la
régularité, la pratique de l'humilité et la correction fraternelle.
260.-
La coulpe se fera à voix haute et distincte, de manière que tous ceux qui sont
présents puissent entendre. Avant l'accusation des fautes et après
l'impositions de la pénitence, les Frères baiseront la terre.
261.-
Après que chaque Frère aura dit sa coulpe et reçu l'avertissement de ses
défauts, le président lui donnera les avis qu'il jugera nécessaires et lui
imposera une pénitence.
262.-
En outre, le Supérieur fera connaître les principales fautes qu'il aura
observées dans la communauté, exhortera les coupables à s'en corriger et, s'il
le juge opportun, leur imposera un pénitence proportionnée aux fautes commises.
263.-
Les pénitences imposées aux Frères, à la coulpe, seront de réciter quelque
prière, de lire la chapitre des Constitutions ou des Règles qu'on a
transgressé, de faire une visite au Saint-Sacrement ou toute autre pénitence
jugée convenable.
264.-
Les Frères ne parleront à personne, ni même entre eux, de ce qui s'est passé à
la coulpe, soit des fautes accusées, soit des corrections faites, soit des
pénitences imposées.
265.-
L'avertissement fraternel, qui est un devoir de charité, consiste à faire
remarquer avec simplicité tout ce qui, dans la conduite ou l'emploi, aurait
besoin d'être réformé, et généralement, tout ce qui serait contraire à la
régularité et à l'édification du prochain. Il peut se faire à la coulpe ou en
dehors de cet exercice, selon que le conseillent la charité et la prudence.
266.-
L'avertissement fait à la coulpe n'a lieu que pour les choses extérieures et
connues; il doit se faire en peu de mots, avec un grand esprit de charité et de
manière à en blesser personne.
267.-
S'il arrivait qu'un Frère eût, avec les séculiers ou avec les élèves, des
rapports dangereux, s'il tenait des discours capables de scandaliser, s'il
transgressait les Constitutions ou les Règles en matière grave, s'il
introduisait quelque abus dans la maison, ceux qui seraient témoins de sa
conduite devraient d'abord l'en avertir, et, s'il ne s'amendait pas, en donner
avis aux Supérieurs.
268.-
De plus, ils se regarderont comme obligés de faire connaître aux Supérieurs les
défauts ou les fautes de leurs Frères qui seraient de nature à scandaliser le
public ou à compromettre l'Institut.
269.-
Avant de porter un jugement sur un de leur Frères et de faire connaître sa
conduite aux Supérieurs, ils devront: 1º implorer les lumières du Saint-Esprit
et examiner devant Dieu, avec calme, ce qu'ils devront dire; 2º se dépouiller
de toute prévention et de tout motif d'intérêt propre; 3º prendre pour règle
dans cet examen la charité qui, dans le doute, est toujours portée à
interpréter en bien plutôt qu'en mal, et qui est indulgente, même s'il s'agit
de choses certaines; 4º dire ensuite aux Supérieurs, avec simplicité et
sincérité, les faits tels qu'il se sont passés, sans rien exagérer.
270.-
Chaque année, les Frères consacreront huit jours aux exercices spirituels de la
retraite. Cette retraite se fera en communauté, autant que possible, à la date
et dans la maison désignées par le Supérieur responsable.
271.-
Comme préparation à la retraite, les Frères réciteront en communauté, pendant
neuf jours, le Veni Creator et l'Ave Maris Stella.
272.-
Les Frères regarderont la retraite comme une grande grâce. Ils se livreront
tout entiers à ces saints exercices et pour ne rien perdre d'un temps si
précieux, comme aussi pour éviter tout ce qui pourrait contrarier l'opération
de la grâce, ils se tiendront dans un grand recueillement; ils garderont
constamment le grand silence et mettront de côté toute occupation et même toute
pensée contraires à la retraite.
273.-
Ils proposeront pour fin dans cette retraite: 1º De se pénétrer et de se
convaincre de plus en plus de l'importance de la fin de l'homme, de la
nécessité du salut, du malheur infini de perdre son Dieu et son âme; 2º De voir
devant Dieu et en face de l'éternité, en quel état est leur conscience; si elle
est bonne, droite et éclairée; si elle craint le péché; si elle n'est troublée
par aucun doute fondé; s'il n'y a aucune mauvaise habitude conduisant à des
fautes graves; 3º De mieux comprendre l'obligation où ils sont d'éviter le
péché véniel et de travailler à leur perfection; 4º De se renouveler dans
l'esprit de leur état, dans l'esprit de l'Institut et dans leur première
ferveur; 5º D'apprendre à se connaître eux-mêmes, c'est-à-dire leur caractère,
leurs bonnes et leurs mauvaises inclinations; à discerner l'attrait de la
grâce, soit pour la pratique des vertus, soit pour l'oraison; à découvrir le
principe de leurs tentations, leur passion dominante, ce qui les fait tomber ou
les arrête dans la voie de la perfection; 6º De faire un examen sérieux sur la
manière dont ils remplissent les obligations de leur état et de leur emploi;
(273c): 273c.- 7º De se renouveler dans l'esprit de zèle propre à leur
vocation; d’étudier les meilleurs procédés pour gagner les élèves à Dieu et
pour étendre le royaume de Jésus-Christ; 8º D'examiner quels fruit ils retirent
des sacrements, des exercices de piété et des autres moyens de salut et de
perfection que leur offre leur sainte vocation; ce qu'ils doivent faire pour
mieux profiter et se rendre de plus en plus fidèles aux grâces abondantes que
Dieu leur fait chaque jour.
274.-
Pendant la retraite, on fera, au réfectoire, la lecture des Constitutions, des
Règles Communes et des Statuts Capitulaires; de plus, chacun lira les règles
qui lui sont particulières à raison de son emploi et de ses fonctions.
275.-
Pendant ce temps, les Frères verront en particulier le Frère Provincial et lui
rendront compte de leur conduite.
276.-
Tous les ans, à la retraite, les Frères feront une revue de l'année,
s'attachant à connaître le principe de leurs fautes et les moyens propres pour
conserver, pendant l'année, les fruits de la retraite.
277.-
Si quelque Frère ne peut assister à la retraite générale, le Frère Provincial
lui désignera un temps pour la faire en son particulier.
278.-
Aux époques fixées par le Coutumier de la Province, les Frères feront une
Récollection spirituelle, en suivant les instructions données par le Frère
Provincial.
279.-
Ils se prépareront à la profession perpétuelle, par les Grands Exercices de
saint Ignace et ces exercices devront habituellement précéder l'émission des
voeux perpétuels. Si les Frères admis chaque année, à la dite retraite, sont
trop peu nombreux pour constituer un groupe convenable, on peut réunir ceux de
plusieurs années consécutives, mais il est bien entendu que les Frères qui
auront ainsi anticipé leurs Exercices, devront terminer le temps prescrit par les
Constitutions avant de faire leur profession perpétuelle.
280.-
Là où les règlements officiels ne rendent pas obligatoires des dates précises
pour la rentrée des classes et pour leur cessation, il appartiendra au Frère
Provincial et à son Conseil de les fixer et nul ne pourra les changer sans sa
permission.
281.-
Les Frères profiteront des vacances pour faire leur retraite, fortifier leur
santé, perfectionner leur culture personnelle et procéder aux réparations et
aménagements nécessaires à leurs maisons.
282.-
Le règlement détaillé des vacances devra figurer dans le Coutumier de chaque
maison, après approbation du Frère Provincial et de son Conseil, prévoyant une
récréation le matin ainsi qu'une lecture spirituelle supplémentaire d'un quart
d'heure, trois promenades hebdomadaires, une visite au Saint-Sacrement dans la
soirée. La lecture spirituelle supplémentaire se fera de préférence dans des
traités d'éducation et de politesse religieuse. Le Coutumier pourra prévoir une
prolongation de sommeil pourvu qu'aucun exercice régulier ne soit omis.
283.-
Dans chaque Province, on prendra les dispositions voulues pour que les Frères
ne soient pas exposés à l'oisiveté, à l'isolement, aux rapports irréguliers et
à tout autre danger.
284.-
Là où les circonstances le permettront, on organisera des centres d'études ou
cours de vacances, particulièrement pour les jeunes Frères, sur des matières
religieuses, profanes ou professionnelles. On veillera à y créer une ambiance
favorable à la vie religieuse, à l'étude, au délassement et au bon esprit.
285.-
On ne pourra organiser de colonies de vacances, ou autres activités avec les
élèves, sans la permission du Conseil Provincial. Les Frères qui en auront la
charge devront offrir les garanties suffisantes d'aptitude et de sérieux. Ils
devront être assez nombreux pour que la surveillance soit bien assurée et
qu'ils puissent, à tout de rôle, vaquer aux exercices de la vie religieuse:
prières, étude religieuse, lecture spirituelle.
286.-
Pour attirer les bénédictions de Dieu sur leurs travaux et sur les élèves qui
vont leur être confiés, les Frères devront, pendant les vacances: 1º s'efforcer
de mieux faire leurs exercices de piété; 2º se rendre plus fidèles à observer
les Règles Communes et plus ponctuels aux divers exercices de communauté; 3º
bien employer leur temps; 4º éviter les voyages et les visites inutiles.
287.-
Les exigences des oeuvres et les besoins de la vie moderne requièrent que les
Frères aient une solide formation religieuse, intellectuelle, pédagogique et
professionnelle. Cette formation sera basée avant tout sur les dispositions et
instructions émanant du Saint-Siège, au sujet de la formation des jeunes
religieux.
288.-
Il convient que toute cette formation soit faite d'une façon adaptée et
continue, qu'il y ait uniformité et esprit de suite à tous les échelons, depuis
le juvénat jusque dans les communautés.
289.-
De la formation religieuse dépend en grande partie la valeur de la vie
religieuse et apostolique; elle devra donc être l'objet d'une attention éclairée
et constante. On insistera sur la vie d'oraison, le silence, l'obéissance,
l'humilité, la mortification, la modestie et la régularité.
290.-
Les jeunes doivent grandir dans un climat marial vivifiant. On leur montrera en
Marie l'étoile de leur vocation et de toute leur vie; on leur inculquera un
grand amour pour la Congrégation et un véritable esprit mariste.
291.-
On doit apporter un soin spécial à l'éducation d'une saine liberté, au
développement du sens de la responsabilité, dans le but de former la
personnalité des jeunes, d'orienter leurs initiatives, ayant soin de toujours
s'adapter aux étapes de la formation et à l'idéal religieux.
292.-
Pour que la vie extérieure intense d'étude ou d'apostolat ne nuise pas à la vie
intérieure d'oraison, on aura soin de bien harmoniser ces deux aspects de la
vie religieuse.
293.-
Il faut veiller particulièrement à l'entraînement de la volonté. Après avoir
enthousiasmé les jeunes pour un idéal noble et précis, on leur apprendra à
toujours agir par amour de Dieu, par esprit de devoir, sans crainte et sans
respect humain.
294.-
Les aspirants à la vie religieuse doivent recevoir une explication franche,
éclairée et suffisante de la question de la chasteté. On s'appliquera, avec
prudence et délicatesse, à leur donner sur ce point une formation adaptée aux
besoins de chacun; elle sera complétée par la direction spirituelle.
295.-
La direction spirituelle est un facteur indispensable dans la formation des
Frères; dans cette direction, il faut tenir compte des différences
individuelles et procéder selon les exigences de la nature et de la grâce. Dans
les maisons de formation d'abord et dans les établissements ensuite, on
facilitera ce grand moyen de perfection, tout en gardant la délicatesse et la
discrétion convenable.
296.-
Dans chaque Province, on élaborera un programme d'études religieuses bien
défini, dans lequel la théologie, la mariologie et l'ascétisme occuperont une
place de choix. Il sera adapté à la formation du religieux et à la préparation
d'excellents catéchistes, et, si possible, en conformité avec les programmes
des Instituts catéchistiques ou de sciences religieuses. On s'y conformera d s
les maisons de formation.
297.-
Dans chaque Province également, le Conseil Provincial ou une commission nommée
par lui, devra diriger, faciliter, contrôler et encourager les études tant
religieuses que profanes, par les moyens les plus opportuns, particulièrement
par des cours d'études et des examens à des époques déterminées.
298.-
La compétence professionnelle doit assurer à une congrégation enseignante une
grande efficacité dans sa mission apostolique. C'est pour les Frères un devoir
de justice, envers les élèves et envers l'Eglise, de n'être pas inférieurs à
ceux qui remplissent les mêmes fonctions qu'eux. On organisera donc le
programme d'études en vue de l'obtention des titres académiques, non pas tant
pour les titres eux-mêmes, que pour assurer une compétence professionnelle et
religieuse plus poussée.
299.-
Le scolasticat devra avoir une durée suffisante pour permettre un complément
sérieux de formation religieuse et de bonnes études pédagogiques, théologiques,
philosophiques et catéchistiques. On devra s'appliquer à y donner de bonnes
méthodes de travail et à faire acquérir une science solide, parfaitement assimilée
et adaptée aux besoins futurs. Si l'accent est mis sur une vie profondément
religieuse et mariste, le jeune Frère, après avoir vécu dans un milieu assez
proche de la vie de communauté, trouvera plus facile au sortir du scolasticat,
l'adaptation à la vie apostolique réelle.
300.-
Les Frères destinés aux travaux manuel devront aussi recevoir une formation
professionnelle qui les prépare à leur métier; quand cela est possible, ils
tâcheront d'acquérir les titres ou certificats techniques correspondants.
301.-
Les jeunes Frères sortant du scolasticat ne sont pas entièrement formés. Il est
indispensable que le Frère Directeur et même les autres Frères continuent leur
formation, non seulement professionnelle et pédagogique, mais aussi religieuse
et spirituelle.
302.-
Les Frères Directeurs s'efforceront de faire progresser chacun de leurs Frères
en science et en vertu, de les affermir dans leur vocation, de les diriger et
de les encourager dans leur emploi, leurs études et les pratiques de la vie
religieuse. A cette fin, ils seront bien fidèles à l'entrevue de règle. Ils
éviteront de surcharger les Frères ou de leur donner des tâches pour lesquelles
ils ne sont pas préparés.
303.-
Le plus grand nombre possible de Frères devraient suivre les cours d'enseignement
religieux. Il est à souhaiter aussi que les Frères destinés aux classes
supérieures suivent des cours universitaires et prennent les titres
correspondants. On devra leur accorder le temps, le lieu et les facilités
nécessaires pour travailler et les prémunir contre les dangers que peut
occasionner la fréquentation des Facultés.
304.-
Les Frères qui se livreront à des études universitaires, doivent être d'une
maturité qui garantisse le plein rendement de leur travail tout en sauvegardant
leur esprit religieux. Ils doivent se distinguer par leur esprit mariste, leur
dévouement et leur zèle apostolique, afin que leur influence dans les
communautés, soit un ferment de ferveur et de générosité.
305.-
Tous les Frères auront à coeur de continuer leurs études pédagogiques afin de
perfectionner et de renouveler leurs méthodes d'enseignement, les moyens de
discipliner les élèves et de leur donner le goût de l'étude et du travail. Dans
ce but, ils pourront prendre part à des réunions ou conférences pédagogiques ou
techniques en rapport avec leur travail d'éducateurs chrétiens.
306.-
Pour permettre un travail sérieux et le perfectionnement personnel, il faut que
les bibliothèques soient de véritables instruments de travail. Elles doivent
être enrichies régulièrement d'ouvrages sérieux, de documents pontificaux et de
revues pédagogiques et techniques en rapport avec l'importance de la maison.
307.-
Pour assurer une formation sérieuse on portera une attention spéciale au choix
du personnel des maisons de formation et particulièrement des Frères Directeurs
et des Maîtres des novices. Dans toute la mesure du possible, on leur fera
donner une préparation en rapport avec leurs fonctions; on leur fournira aussi
les moyens de se perfectionner.
308.-
Les Frères chargés des travaux manuels ne forment pas une catégorie distincte;
ils ont les mêmes obligations religieuses que leurs confrères et ont droit aux
mêmes égards. Ils participent à tout le bien qui se fait dans l'Institut
puisqu'ils aident à sa bonne marche.
309.-
Il est à souhaiter qu'en plus d'une solide formation religieuse, ils reçoivent
une sérieuse préparation à leur métier. Ils continueront à se cultiver par
l'étude religieuse et la lecture spirituelle afin de progresser dans la
connaissance des vérités religieuses et des vertus de leur état. De même ils
auront à coeur de se perfectionner dans leur métier par l'étude de quelques
bons traités et par la lecture de revues techniques.
310.-
Dans les maisons où il y a des Frères occupés à des travaux manuels: cuisiniers,
jardiniers, portiers, sacristains, etc., il leur sera donné, par le Frère
Directeur, un règlement approprié à leur genre de travail. Ce règlement sera
inscrit au Coutumier approuvé.
311.-
On le les dispensera pas, sans raisons sérieuses, de faire avec la communauté
tous les exercices de piété et, si parfois ils en sont empêchés, ils ne
manqueront pas de s'en acquitter en leur particulier, afin de ne pas se priver
d'un des principaux bienfaits de la vie religieuse.
312.-
Ils garderont le silence en s'occupant à leur travail et veilleront à ne pas se
dissiper, ni à perdre le temps. Ils s'appliqueront à imiter l'humilité, le
recueillement, la modestie, l'esprit de pénitence et de prière de Jésus, de
Marie et de Joseph travaillant dans la maison de Nazareth.
313.-
Suivant le conseil du Père Champagnat, ils pratiqueront, avec grand soin,
l'exercice de la présence de Dieu, non seulement par la prière de l'heure, mais
encore par de fréquentes oraisons jaculatoires.
314.-
Convaincus que leur travail a une portée apostolique, ils l'offriront à Dieu
pour l'Eglise, la Congrégation, la communauté ou toute autre intention pieuse,
en particulier celles de l'Apostolat de la Prière. S'ils ont sous leur
direction des séculiers employés comme domestiques, ils seront avec eux dignes,
charitables, édifiants et les porteront à l'accomplissement de leurs devoirs
religieux.
315.-
Pour contribuer au bon ordre et à l'édification de la communauté, ils seront
exacts et ponctuels à suivre l'horaire fixé par le règlement.
316.-
Ils veilleront à l'ordre et à la propreté sur leur personne, sur leurs habits,
ainsi que dans leur atelier ou le secteur qui leur est confié. Ils prendront un
grand soin des instruments de travail, des outils et de machines, les faisant
réparer à temps et les tenant nettoyés et rangés à leur place.
317.-
Ils seront pleins de charité pour les Frères, se rappelant que c'est à
Jésus-Christ qu'ils rendent service en leur personne.
318.-
Ils seront très soumis au Frère Directeur. Ils n'entreprendront rien d'importance,
n'achèteront, ne vendront, ne donneront rien sans sa permission; ils le
tiendront au courant de tout ce qui concerne leur emploi. Si d'autres Frères
leur donnaient des conseils ou voulaient leur indiquer ce qu'ils doivent faire,
ils exposeraient la situation au Frère Directeur et se rapporteraient
absolument à son avis.
319.-
Dans leurs relations avec les séculiers, ils seront polis et réservés, évitant
soigneusement de se rendre familiers avec eux.
320.-
Le Frère Sacristain doit se distinguer par son amour de la piété et du silence.
Il veillera à la propreté du lieu saint et, dans l'accomplissement de sa tâche,
se conformera aux prescriptions liturgiques.
321.-
Le Frère Portier doit être discret et circonspect dans ses paroles, gardant le
plus grand secret sur toutes les affaires de la maison; réservé dans toute sa
conduite, se montrant bon, honnête et affable envers tout le monde, mais sans
se familiariser avec aucun séculier, ni perdre le temps à parler avec qui que
ce soit.
322.-
Il remettra fidèlement toute la correspondance au Frère Directeur et ne se
permettra pas d'avertir les Frères qui auraient des lettres à leur adresse.
323.-
Il introduira au parloir les personnes qui auront à parler aux Frères et ne
permettra pas qu’elles pénètrent dans l'intérieur de la maison.
324.-
Les Frères chargés de la cuisine doivent être attentifs pour bien préparer les
mets; ils feront en sorte que les repas soient toujours prêts à l'heure.
Quoiqu'il ne faille pas rechercher ce qui peut flatter le goût, il est pourtant
nécessaire que les Frères aient une bonne nourriture, convenablement préparée.
325.-
L'ordre et la propreté sont particulièrement nécessaires aux Frères chargés de
la cuisine, de la dépense et des provisions en général, tant pour ne rien laisser
perdre que pour ne pas s'exposer à servir des denrées avariées qui pourraient
nuire à la santé. S'ils sont chargés de préparer la table, ils veilleront à ce
que tout soit arrangé avec goût, ordre et symétrie.
326.-
Un Frère pieux, humble et animé de l'esprit religieux ne craindra jamais le
travail manuel. Il y verra un excellent moyen d'aider son Institut, de se
maintenir dans l'esprit de son Fondateur et d'imiter Jésus qui a dit à ses
Apôtres: "Je suis au milieu de vous comme celui qui sert" (Luc, XXII,27)
327.-
Pour se conformer au canon 596 ainsi conçu: "Tous les religieux porteront
l'habit de leur religion, soit dans la maison, soit au dehors, à moins qu'une
grave raison n'en excuse au jugement du Supérieur majeur ou, s'il y a urgence,
du Supérieur local", les Frères employés aux travaux manuels ne quitteront
pas leur costume religieux sans nécessité ni sans permission et le reprendront
toujours pour assister aux exercices de communauté.
328.-
Les Frères doivent veiller avec prudence et discrétion à la conservation de
leurs forces, sans cependant prendre un soin trop grand et trop inquiet de leur
corps et de leur santé.
329.-
L'esprit de pénitence et de mortification, l'exemple de Jésus-Christ et des
saints doivent porter les Frères à se refuser tout ce qui n'est propre qu'à
satisfaire a sensualité. Cette conduite, sans nuire à leur santé et sans
affaiblir leurs forces, leur donnera une grande vigueur d'âme et leur
facilitera la vertu.
330.-
Les Frères éviteront tout ce qui pourrait altérer leur santé, comme toute
imprudence dans le travail et dans l'étude, toute pénitence extraordinaire sans
permission. Ils doivent se nourrir selon l'usage de l'Institut, avoir pour le
linge et les habits tout ce que demandent la nécessité et la propreté, avertir le
Frère Directeur ou le Frère Provincial quand ils sont fatigués ou qu'ils
manquent du nécessaire.
331.-
Si, dans l'emploi qui leur est confié, il y a des choses qui nuisent gravement
à leur santé, ils en préviendront le Frère Provincial. Toutefois, avant d'en
venir là, ils doivent: 1º consulter Dieu dans la prière et examiner si les
choses sont assez importantes pour être exposées au Frère Provincial; 2º
exposer leur état et leurs besoins avec simplicité, sans insister, sans presser
ni faire presser par d'autres.
332.-
La charité fait un devoir à tous les Frères d'être soigneux et prévenants les
uns à l'égard des autres et de faire en sorte qu'aucun ne souffre ni ne manque
des choses dont il a besoin. Les Frères préféreront toujours les besoins des
malades aux besoins de ceux qui sont en bonne santé.
333.-
Le Frère Directeur a un devoir particulier de veiller sur la santé de ses
Frères. Il sera attentif à ce que nul ne soit surchargé au-delà de ses forces,
spécialement les jeunes et les Frères âgés ou infirmes, que tous aient la
nourriture qui convient à leur état, et, si quelqu'un est malade, qu'il prenne
le repos convenable et emploie les rem des prescrits.
334.-
Quand un Frère est malade, quelle que soit son indisposition, il doit la faire
connaître. Si, d'après l'avis du médecin qu'on ne tardera pas à consulter, la
maladie est dangereuse ou semble devoir être longue, il faudra prévenir le
Frère Provincial.
335.-
En maladie comme en santé, les Frères ne doivent jamais se départir de l'esprit
de pauvreté et de pénitence dont ils on fait profession. Ainsi, on éviter de
porter les malades à des sensualités et à des délicatesses qui, sans soulager
leur corps, nuiraient à leur âme et les priveraient du mérite de la maladie.
Dans le choix des remèdes qui ont à peu près la même efficacité, on donnera la
préférence à ceux qui sont les plus communs.
336.-
On devra se montrer très difficile pour permettre aux Frères de faire cures aux
stations thermales, à cause des dangers qu'y rencontrent la vertu et l'esprit religieux.
337.-
Pour se conformer aux exemples du Père Fondateur, on ne calculera pas sur les
dépenses que peuvent occasionner les malades et les infirmes. On doit les
regarder comme les membres crucifiés de Jésus-Christ, comme un trésor et un
sujet de bénédiction pour l'Institut, et, dans ces sentiments, leur prodiguer
les soins que réclame leur état.
338.-
Il faut veiller attentivement sur les conditions des locaux destinés à nos
Frères malades ou âgés. Qu'ils soient de facile accès, propres et bien adaptés.
Sans chercher le luxe ou le confort excessif, ils doivent être pourvus des
meubles convenables et des commodités réclamées par l'hygiène.
339.-
Le Frère Infirmier doit se distinguer par son dévouement, sa délicatesse et son
esprit sérieux. Il est nécessaire qu'il reçoive un bonne préparation à son
emploi, au moins en suivant des cours pratiques.
340.-
Le Frère Infirmier sera plein de bonté et de charité pour les Frères malades.
Il saura supporter avec patience les exigences et les plaintes que le mal
pourrait occasionner. Il leur donnera exactement, et dans le temps marqué, les
remèdes et la nourriture qui leur conviennent suivant les prescriptions du
médecin.
341.-
Il ne fatiguera pas les malades par des interrogations hors de propos sur leur
état et fera en sorte que tous ceux qui les visitent, se conduisent de même. En
général, il faut parler peu aux malades et d'un ton de voix modéré. Avec
délicatesse, on ne manquera pas de leur suggérer de saintes pensées et des
sentiments pieux en rapport avec leur état.
342.-
Il faut bien se garder de jeter le trouble dans l'esprit des malades, par des
avis ou des représentations sur leur peu de vertu, à l'occasion de leurs
répugnances pour certains remèdes ou des faiblesses qui pourraient leur
échapper. Si un avis paraissait quelquefois nécessaire, il faudrait le donner
avec tout le ménagement et toute la douceur possibles.
343.-
Les Frères malades observeront ce qui suit, autant que leur état le leur
permettra: 1º ils s'efforceront de sanctifier leurs souffrances par la patience
et le courage avec lesquels ils tâcheront de supporter leurs maux, diminuant,
autant qu'il dépend d'eux, la peine de ceux qui les servent; 2º ils demanderont
avec confiance et simplicité tout ce dont ils auront besoin ou qui pourrait les
soulager; 3º ils seront respectueux et reconnaissants pour ceux qui les servent
ou qui leur rendent visite; 4º ils uniront souvent leurs souffrances à celles
de Jésus-Christ, faisant de temps en temps des actes d'amour, de contrition, de
confiance, de résignation, ou, s'ils ne peuvent proférer de bouche, regardant
du moins l'image du divin Sauveur ou celle de sa sainte Mère; 5º enfin, ils
obéiront au Frère Infirmier et au médecin comme aux Supérieurs.
344.-
Les Frères âgés ont aussi droit à des attentions spéciales en raison des
services qu'ils ont rendus à l'Institut ou de leurs infirmités. On les
entourera de tous les soins et prévenances qu'inspireront la charité religieuse
et l'esprit de famille.
345.-
Le Frère Infirmier ne négligera rien pour que les malades reçoivent de bonne
heure les derniers sacrements et pour les aider à y apporter toutes les
dispositions nécessaires.
346.-
Quand un Frère sera à l'agonie, les Frères de la maison, s'ils ne sont pas dans
les classes, se rendront auprès du lit du malade pour réciter les prières des
agonisants, en union avec le prêtre qu'on aura soin de faire appeler, afin
qu'il aide le malade à bien mourir.
347.-
Aussitôt après la mort d'un Frère, la communauté récitera le De Profundis avec
l'oraison Inclina et les Litanies de la Sainte Vierge avec l'oraison Famulorum.
348.-
A la mort d'un Frère, il doit régner dans la maison un profond silence, une
retenue, un esprit de piété qui édifient ceux qui en seront témoins et leur
soient une preuve de l’affection que les Frères se portent mutuellement. On
fera exactement et le plus tôt possible, pour le repos de l'âme du défunt, ce
qui est prescrit par les Constitutions.
349.-
Une lettre mortuaire, du modèle ci-après, sera envoyée par les soins du
secrétariat provincial pour annoncer le décès de chaque Frère aux communautés
de la Province: " Le Frère Provincial des Frères Maristes et la communauté
de.... ont le regret de vous faire part de la mort du Cher Frère... décédé le
...., dans la....année de son âge et la .... de sa profession religieuse. Ils
vous prient d'offrir vos pieux suffrages pour l'éternel repos de l'âme du cher
défunt. Les funérailles auront lieu à... le..... RIP.
350.-
Pour l'enterrement d'un Frère, à la Maison Généralice, dans les maisons
provinciales et les maisons de formation, on se conformera à ce qui est
prescrit par le Coutumier de ces maisons. Quand un Frère mourra dans une autre
maison, on se réglera pour la sonnerie des cloches, les cierges et tout le
service funèbre, sur ce qui est d'usage dans la paroisse, aux obsèques des
personnes de condition moyenne.
351.-
Il est de convenance que les élèves assistent aux obsèques. Les Frères des
maisons rapprochées, qui pourront se libérer, se feront un devoir d'être
présents.
352.-
Afin de rappeler le souvenir de nos Frères défunts et de provoquer des prières
en leur faveur, un tableau portant le nom des défunts de la Province sera placé
à l'entrée de la chapelle ou de l'oratoire, dans chaque maison. On fera aussi
mention des défunts de la Province au jour anniversaire de leur décès; à cette
fin, on dressera le calendrier des décès par Province ou par groupe de
Provinces.
353.-
Les Frères auront un profond respect et une religieuse vénération pour le Frère
Supérieur Général; en toute chose, ils lui obéiront comme à Dieu même dont il
tient la place.
354.-
Ils lui témoigneront toutes les marques de politesse et tous les égards dus à
son rang. En s'adressant à lui, ils l’appelleront "Mon Révérend
Frère" et, en parlant de lui, ils diront: "Le Révérend Frère".
355.-
Ils le regarderont comme leur père et auront pour lui un profond attachement,
un amour sincère et une confiance filiale. Ces sentiments les porteront à
s'adresser à lui en toute simplicité dans leurs besoins; ils éviteront
cependant de lui faire perdre le temps par des visites importunes ou trop
prolongées. L'esprit de foi leur fera voir Jésus-Christ en sa personne et les
portera à recevoir comme de Dieu même, avec une parfaite soumission de volonté
et de jugement, ses ordres, ses avis et ses conseils.
356.-
Les Frères ne parleront du Frère Supérieur Général qu'avec estime et respect;
jamais ils ne se permettront un mot de blâme, ni quoi que ce soit qui puisse
affaiblir la vénération profonde, l'amour et la haute estime que tous les
Frères doivent avoir pour lui; moins encore se permettront-ils de censurer sa
conduite ou son administration.
357.-
Tous les jours, les Frères prieront pour le Frère Supérieur Général, demandant
à Dieu qu'il le remplisse de son esprit de lumière et de force et lui donne
toutes les grâces qui lui sont nécessaires pour conduire l'Institut avec
sagesse et pour faire avancer les Frères dans la voie de la sainteté.
358.-
Les Frères en charge se souviendront qu'ils n'ont qu'une autorité relative et
dépendante, et qu'ils doivent compte de leur gestion au Frère Supérieur
général, selon les Constitutions. Ils se borneront donc, en tout ce qui
concerne leur emploi, à ce qui est déterminé par les Constitutions et les
Règles ou qui est d'un usage constant et reconnu dans l'Institut.
359.-
Le Frère Provincial étant chargé de gouverner les Frères de sa Province et
devant leur confier des emplois convenables, ils est nécessaire que chacun lui
fasse connaître ses aptitudes et ses besoins.
360.-
C'est donc une obligation pour les Frères de la Province de le tenir au
courant, en toute confiance et humilité, de ce qui regarde leur santé, leur
travail, leurs fonctions, leurs difficultés et la manière dont ils observent
extérieurement les Constitutions et les Règles Communes.
361.-
Dans les visites aux maisons de sa Province, le Frère Provincial verra chaque
Frère en particulier. Tous lui rendront compte de leur conduite avec un grand
esprit de foi, se persuadant que le Supérieur tient auprès d'eux la place de
Dieu.
362.-
Ils doivent regarder ces communications et les avis qui en seront la suite,
comme un moyen très efficace d'amender leur caractère, de sanctifier leur vie,
de conserver leur vocation et de se perfectionner dans la connaissance et
l'accomplissement de leurs devoirs d'état.
363.-
Ils ne s'entretiendront pas entre eux des réponses faites par écrit ou de vive
voix à leurs communications, ne parleront à personne des réprimandes et des
avis reçus et s'efforceront de conformer leur conduite à ce qui leur sera
prescrit ou conseillé.
364.-
Les Frères Provinciaux, les Frères Conseillers et Economes provinciaux, les
Frères Directeurs, Sous-Directeurs et Economes locaux, les Frères Maîtres des
novices, les Frères Directeurs des scolastiques et des juvénistes écriront
chaque année, aux époques fixées, au Révérend Frère Supérieur Général par
l'entremise de leur Frère Assistant Général, rendant compte des Frères et de
l'oeuvre dont ils ont la charge et de l'accomplissement des tâches qui leur
sont spécialement confiées. Les Frères peuvent toujours écrire aux Supérieurs
Majeurs quand ils le jugent opportun.
365.-
Le Frère Directeur ne prendra jamais connaissance des lettres écrites aux
Supérieurs par ses Frères, quand même ceux-ci le voudraient. Pareillement, les
Frères ne communiqueront à personne les lettres écrites à leurs Supérieurs
quand même elle ne contiendraient rien de confidentiel. Ils feront de même pour
celles qu'ils recevront des Supérieurs, à moins qu'elle ne contiennent des
choses qui regardent tous les Frères de la maison ou que celui qui écrit n'ait
manifesté l'intention qu'elles soient communiquées.
366.-
Les lettres des Supérieurs ne seront donc décachetées et lues que par ceux à
qui elles sont adressées, et, pour que ces lettres puissent être facilement
reconnues par le Frère Directeur, le Supérieur qui écrit mettra sur l'enveloppe
les initiales de son nom.
367.-
Quiconque aura lu une lettre, cachetée ou non, adressée aux Supérieurs ou
envoyée par eux à un Frère, sera sévèrement repris et le Frère Supérieur
Général devra être informé de cette faute.
368.-
Les Frères doivent s'instruirent de tout ce qui tient aux usages et au
cérémonial des lettres et s'y conformer à l'occasion.
369.-
Etant donnés les grands avantages que les jeunes Frères peuvent retirer des
rapports épistolaires avec leur ancien Maître des novices et leur ancien
Directeur du scolasticat, il est à souhaiter que les Frères Directeurs leur
donnent toute facilité pour cette correspondance et, dans ces occasions,
renoncent ordinairement à leur droit de contrôle.
370.-
Les Frères sont subordonnés au Frère Directeur en toutes choses et lui doivent
obéissance comme à Jésus-Christ dont il tient la place.
371.-
Etant chargé d'administrer de la manière prescrite par les Constitutions, le
Frère Directeur a la responsabilité de la marche de la maison; les Frères
doivent donc lui être soumis dans les différentes fonctions qu'ils y exercent
et suivre fidèlement les directives qu'il donnera.
372.-
Ils auront pour lui un grand respect, lui parlant toujours avec déférence et
soumission. En toute occasion, ils seront pour lui pleins d'égards et de
prévenances. Chacun s'empressera de l'aider, de le soulager et de faciliter sa
tâche par le maintien de l'ordre, du bon esprit et de la régularité.
373.-
Tous doivent lui être très unis; il est même nécessaire que cette union
paraisse extérieurement: ainsi, tous doivent le soutenir auprès de élèves, des
parents ou de toute autre personne qui blâmerait sa conduite.
374.-
Ils rendront compte au Frère Directeur, selon les Constitutions, de la façon
dont ils observent la Règle et remplissent leur emploi. Ils auront en lui une
grande confiance, lui demanderont conseil dans leurs doutes, lui feront part de
leurs peines, des difficultés qu'ils éprouvent et suivront dans leurs études, dans
leurs classes ou dans leur emploi, la ligne de conduite qu'il leur aura tracée.
375.-
Ils se garderont bien de le gêner dans son administration, de se donner de
l'autorité ou de se mêler du gouvernement de la maison. Ils ne doivent pas non
plus le circonvenir ou l'influencer pour obtenir ce qu'ils désirent.
376.-
Le respect et l'obéissance qu'ils lui doivent leur feront éviter, avec soin, de
critique sa conduite ou son administration, de s'entretenir entre eux de ses
défauts et de ses fautes, de se plaindre et de murmurer en secret ou en public,
de répliquer quand il commande ou reprend, de témoigner de la répugnance ou du
ressentiment pour un avertissement ou pour une réprimande donnée, de recevoir
ses ordres avec froideur ou d'un air mécontent.
377.-
Si jamais la conduite du Frère Directeur à leur égard leur déplaît, au lieu de
murmurer devant les autres, ils lui feront connaître en particulier, avec
simplicité et franchise, leur sujet de mécontentement. C'est là le vrai moyen
de faire tomber les préventions, de rétablir la paix et l'union qui doivent
régner dans la maison et de conserver l'amour, le respect et l'obéissance
qu'ils doivent à leur Frère Directeur.
378.-
Si, ce qu'à Dieu ne plaise, il s'élevait entre les Frère Directeur et ses
Frères un différend auquel ils ne trouveraient pas de solution, ils auraient
sans contester recours au Frère Provincial afin qu'il concilie tout par ses
avis; cependant l'inférieur se soumettra en attendant que le Frère Provincial
réponde, à moins que la chose ne soit évidemment mauvaise.
379.-
Si le Frère Directeur tombait dans quelque faute grave, s'il laissait
introduire des abus dans la maison, s'il négligeait la régularité ou le soin du
temporel, s'il avait avec les séculiers, ou avec les élèves, des rapports
contraire aux Constitutions et aux Règles, les Frères, et en particulier le
Frère Sous-Directeur, devraient l'en avertir avec respect et le prier
humblement de corriger dans sa conduite ou dans son administration ce qui
serait répréhensible; s'il ne s'amendait pas, il faudrait prévenir le Frère
Provincial.
380.-
La charité est le précepte de Jésus-Christ et la marque de ses vrais disciples;
c'est elle qui unit les coeur et fait le bonheur de la vie religieuse; sans
elle, il est impossible que la paix et l'union règnent dans les communautés.
381.-
Les Frères seront donc unis par une sincère affection en Jésus-Christ; ils
n'auront qu'un coeur et qu'une âme, comme les enfants d'une même famille,
s'efforçant de se porter au bien par leurs paroles et par leurs exemples.
382.-
Ils aimeront également tous leurs Frères et n'auront pour aucun de ces amitiés
particulières qui sont la ruine de la charité commune.
383.-
Les Frères, selon le conseil de l'Apôtre, "se préviendront de mutuels
égards" (Rom. XII,10). Ils seront exacts à observer entre eux les règles
de la civilité; ils se traiteront avec respect; ils se rendront les égards
qu'ils se doivent selon le rang qu'ils occupent dans l'Institut et se
conduiront dans leurs rapports mutuels par le principe de l'humilité et de la
charité chrétiennes.
384.-
En se dénommant, ils feront toujours précéder le nom ou le titre, du mot Frère.
Ils se traiteront entre eux comme en famille, se parlant toujours d'une manière
respectueuse mais avec simplicité et sans affectation, évitant tout ce qui
pourrait choquer ou offenser quelqu'un de leurs Frères ou diminuer le respect
qu'ils se doivent.
385.-
Ils fuiront avec soin tout genre de contestations et de disputes, en
particulier celles qui pourraient provenir du régionalisme, de la diversité des
nationalités ou des opinions politiques. Ils se souviendront que la politesse,
l'humilité et la charité chrétiennes exigent qu'ils cèdent à leurs Frères en
tout ce qui n'est pas contraire au devoir. Cependant si un Frère tenait
quelques propos contraires à la vérité ou à la charité, ils devraient l'avertir
avec modestie ou marquer leur désapprobation par leur silence.
386.-
C'est en se rendant service en toute occasion, en s'aidant et en se supportant
mutuellement que les Frères se témoigneront l'affection qu'ils se portent. Rien
ne doit leur coûter lorsqu'il s'agit d'assister ceux qui sont dans le besoin,
en particulier les Frères malades ou infirmes. On aura des attentions
particulières pour les Frères âgés et on leur rendra avec empressement, les
services que réclame leur état.
387.-
Les jeunes Frères doivent être aussi l'objet d'attentions spéciales. Les Frères
plus anciens se montreront bons et affables envers eux, supportant leurs
défauts, excusant leurs fautes, les reprenant, s'il y a lieu, mais toujours
avec douceur et leur donnant constamment le bon exemple. On s'empressera de les
aider et de les encourager dans leur emploi; on aura pour eux, particulièrement
devant les élèves, toutes sortes d'égards et de prévenances.
388.-
Dans leurs rapports avec les étrangers et surtout avec les élèves, les Frères
ne manqueront pas de faire paraître l'estime, le respect et l'affection qu'ils
se portent mutuellement, de même que l'union et le parfait accord qui règnent
entre eux. Si quelqu'un blâmait un Frère ou critiquait sa conduite en leur
présence, ils prendraient son parti, donnant adroitement à ce qu'on lui
reproche la tournure la plus favorable sans blesser la vérité.
389.-
Ils éviteront soigneusement de se reprendre devant les élèves ou devant les
personnes du dehors; jamais ils ne diront rien qui laisse deviner les petites
difficultés qu'ils éprouvent entre eux ou qui puisse diminuer l'estime de ces
personnes pour l'Institut.
390.-
Si un Frère venait à causer de la peine à un autre, celui-ci ne chercherait pas
à s'en plaindre et moins encore à s'en venger; mais, oubliant tout, il agirait
toujours à son égard avec humilité, avec charité et sans lui témoigner la
moindre froideur.
391.-
Les Frères ne signaleront qu'aux Supérieurs de l'Institut ce qu'ils auraient
aperçu de contraire aux Constitutions ou au Règles dans les maisons ou dans la
conduite des Frères. Ils veilleront aussi à ne jamais se communiquer les
petites antipathies qu'ils auraient pu éprouver contre certains Frères et les difficultés
qu'ils auraient eues entre eux.
392.-
Les Frères aimeront beaucoup l'ordre et la propreté. Dans chaque maison, un
Frère sera spécialement chargé de veiller à la bonne tenue des appartements, du
mobilier et du vestiaire.
393.-
Chacun fera son lit et aura soin de mettre en ordre et de tenir en état de
propreté tout ce qui est à son usage.
394.-
On tiendra les appartements bien aérés, surtout les classes et ceux qui sont le
plus fréquentés. On remettra toujours les choses en place après s'en être servi,
afin de n'en laisser égarer ni détériorer aucune par sa faute 395.- Les Frères
donneront à leurs élèves des habitudes d'ordre et de propreté et les formeront
à prendre soin de leurs effets, classiques ou autres.
396.-
Même dans les écoles les plus pauvres, les Frères veilleront à la bonne tenue
des classes. Elles seront balayées à temps, époussetées avec soin et ornées
discrètement mais avec goût, pour en rendre le séjour agréable. Ils apporteront
une attention particulière au choix judicieux des objets religieux et à leur
bonne disposition.
397.-
Le but de la récréation est: 1º de reposer et de délasser l'esprit et le corps;
2º d'entretenir parmi les Frères l'esprit de famille, d'union et de charité; 3º
de leur fournir l'occasion de s'édifier et de s'encourager.
398.-
La récréation est un exercice de communauté. Tous les Frères s'efforceront donc
de s'y trouver. Si l'obéissance les retient ailleurs, ils devront rejoindre
leurs confrères dès qu'ils auront terminé ce dont ils étaient chargés.
399.-
Les Frères ne prendront pas leur récréation avec les séculiers et ne
permettront pas que ceux-ci la prennent dans la maison ou ses dépendances.
400.-
Ils se récréeront avec tous indifféremment de manière à ne laisser voir ni
sympathie ni antipathie pour personne.
401.-
En récréation, il faut être gai, franc et cordial; chacun se fera un devoir de
faire passer le temps saintement et agréablement, de contribuer à la
conversation ou aux amusements, selon qu'il le peut, et d'être pour ses Frères
un modèle de vertus religieuses et sociales.
402.-
Ils garderont fidèlement les règles de la civilité et se traiteront
mutuellement avec déférence. Ils éviteront de se couper la parole, de parler
trop fort, de rire aux éclats, et, d'une façon générale, tout ce qui serait
opposé à la gravité religieuse, à la modestie et à la charité. Un Frère doit
savoir céder à propos et éviter toute attache immodérée au jeu et toute
contestation irritante.
403.-
Ils supporteront les défauts de leurs confrères, dissimulant ce qui pourrait
leur faire de la peine; ils prendront en bonne part ce qui n'est dit ou fait
que pour passer le temps.
404.-
Ils s'efforceront de maintenir leurs conversations à un niveau digne de leur
état et de leur profession. Ils ne parleront pas des vanités et des
divertissements du monde, ni des différends qui pourraient exister entre les
autorités locales.
405.-
Ils ne parleront jamais, même entre eux, des défauts et des fautes de leurs
confrères, de leurs élèves ou d'autres personnes, se rappelant que la médisance
est en horreur à Dieu.
406.-
Si les coutumes locales demandent que, pour certains jeux ou travaux, l'on
quitte l'habit religieux, les Frères se conformeront exactement, pour la tenue
vestimentaire, aux directives données par le Frère Provincial et son Conseil.
407.-
Dès que le signal indique la fin de la récréation, on cesse les jeux et l'on se
rend promptement à l'exercice qui doit suivre.
408.-
Un Frère ne sortira pas sans la permission du Frère Directeur, et, sauf
empêchement sérieux, il devra être accompagné par un confrère; ils auront soin
d'avoir le costume approuvé par le Coutumier.
409.-
Si le Frère Directeur est obligé de sortir, il désignera au Frère
Sous-Directeur ou à celui qui préside, en son absence, le lieu où il va et le
Frère qu'il prend pour l'accompagner.
410.-
Les Frères choisiront de préférence, pour la promenade, les lieux les moins
fréquentés. Ils n'iront pas chez les particuliers sans la permission du Frère
Directeur. Celui-ci ne peut organiser d'excursions ou de promenades extraordinaires,
soit pour les Frères, soit pour les élèves, sans la permission du Frère
Provincial.
411.-
Pour permettre au Frères qui habitent les grands centres de prendre le
délassement nécessaire dans les meilleures conditions, il convient de leur fournir,
pour sortir de la ville, les moyens les mieux adaptés aux lieux et les plus
conformes à notre esprit.
412.-
Si certaines fonctions comportent l'usage habituel d'un véhicule, le Frère qui
en dispose s'en tiendra exactement aux normes prescrites par le Frère
Provincial et son Conseil.
413.-
Dans les visites qu'ils se feront entre eux, les Frères s'efforceront de
s'édifier mutuellement par leur retenue, leur modestie, leur affabilité, leur
charité et leur empressement à se rendre service.
414.-
La régularité ne devra pas souffrir de ces visites: ils n’omettront aucun de
leurs exercices de piété; il n'y aura d'extraordinaire dans les repas que ce
qui est prévu par le Coutumier.
415.-
Les Frères doivent à leurs élèves l'amour, le bon exemple et le secours de
leurs prières, l'instruction religieuse et l'instruction profane, l'éducation
chrétienne, la surveillance et la correction. Ces devoirs imposent aux Frères
l'obligation d'acquérir une grande compétence professionnelle.
416.-
Ils aimeront chrétiennement tous leurs élèves, leur parleront avec bonté et les
traiteront avec douceur. Ils éviteront cependant de s'attacher à eux d'une
manière trop humaine; ils n'auront aucune familiarité avec eux, et, bien qu'ils
donnent à tous libre accès auprès d'eux, ils les tiendront toujours dans les
bornes du respect et de la réserve qui conviennent à des élèves à l'égard de
leurs maîtres.
417.-
Ils auront pour tous leurs élèves la même affection, les mêmes attentions et
les mêmes soins. Libres de tout préjugé, de toute vue humaine, ils n'auront
aucun égard à la fortune ni aux dons de la nature, tels que les talents, les
qualités extérieures, etc.; ils ne verront dans tous les élèves que les membres
de Jésus-Christ et des âmes rachetées au prix de son sang.
418.-
Ils ne doivent rien négliger pour mériter l'estime, le respect et l'affection
des élèves afin de les gagner plus facilement à Jésus-Christ. Les moyens pour y
parvenir sont: 1º d'être toujours d'humeur égale; d'avoir un air gai, bon et
grave tout ensemble; 2º de s'efforcer, par de bonnes méthodes, de rendre la
classe et le travail agréables aux élèves; 3º de n'être pas trop difficiles à
contenter pour les devoirs ou les leçons; 4º de témoigner aux élèves la bonté
d'un père, les aidant, les encourageant, leur montrant, par le dévouement à les
former et à les instruire, qu'on ne cherche que leur intérêt.
419.-
Les Frères s'appliqueront avant tout à prévenir les fautes; à cet effet, ils
exerceront sur eux-mêmes et sur les élèves une vigilance continuelle; ils prendront
et conserveront un maintien grave et toujours égal qui contienne les élèves
dans le devoir; ils encourageront ceux qui sont fidèles au règlement et
avertiront à propos ceux qu'ils verront sur le point de s'en écarter.
420.-
Un bon moyen pour maintenir la discipline parmi les élèves et pour les corriger
de leurs défauts, c'est de leur parler toujours raison, de les traiter avec
estime et respect et d'observer toujours à leur égard les règles de la civilité
et de la bienséance.
421.-
Les Frères ne permettront pas que les élèves pénètrent dans les appartements
réservés à la communauté, se rendent trop familiers dans l'école et prennent
quoi que ce soit sans permission.
422.-
Même pendant les récréations, les Frères ne doivent pas se rendre trop familiers
avec les élèves. Les Frères chargés de la surveillance s'abstiendront de causer
à part et de jouer avec les élèves, à moins que ce ne soit que pour mettre le
jeu en train.
423.-
Quoiqu'ils doivent être accueillants pour les élèves, les Frères se garderont
bien de perdre leur temps en conversations inutiles et prolongées et de
s'informer auprès d'eux de ce qui se passe dans la localité. Certains contacts
peuvent être nécessaires, spécialement avec les grands élèves, en vue de
faciliter leur formation religieuse, mais ces conversations ne doivent jamais
avoir lieu dans les chambres.
424.-
Quand ils auront à sévir, ils élèveront leur coeur à Dieu pour le consulter et
le prier de bénir la correction; ensuite, ils s'appliqueront à garder leur âme
en paix pour éviter de punir par humeur, caprice ou vengeance. Le bien de
l'élève qui s'est écarté du devoir et l'avantage des autres que l'impunité
porterait aux mêmes fautes, tels sont les motifs qui doivent, avant tout,
guider un Frère.
425.-
En punissant les élèves, il faut les traiter avec bonté, estime et respect, et
éviter soigneusement toute action ridicule, toute parole injurieuse ou
méprisante propres à aliéner l'esprit des coupables.
426.-
Les Frères feront en sorte de n'infliger aucune pénitence qui, en elle-même ou
dans ses circonstances, puisse être désavouée par la raison. Pour cela, ils ont
besoin de l'esprit de prudence, de sagesse et de réflexion qui leur apprendra:
1º à avoir égard à l'âge, au caractère, à l'intelligence de l'élève et aux
dispositions de ses parents; 2º à apprécier la gravité des fautes, se montrant
moins sévères quand il y a simple légèreté ou irréflexion que lorsqu'il y a
malice ou obstination; 3º à tenir compte également du désir de mieux faire que
témoignent les coupables.
427.-
Les Frères ne puniront les élèves que pour des fautes certaines et ne
refuseront pas d'écouter les raisons que ceux-ci pourraient présenter à leur
décharge s'ils le font en temps opportun et d'une façon convenable. La punition
sera toujours proportionnée à la gravité de la faute.
428.-
Pour que la sanction produise ses fruits, il faut choisir le moment propice où
les élèves sont dans les dispositions requises pour en comprendre la justice et
la nécessité et pour la recevoir d'une façon convenable.
429.-
Toutes les fois qu'ils se sentiront émus ou portés à agir avec précipitation,
de même lorsqu'il s'agira de punir un manquement grave, ils remettront la
correction à un autre moment.
430.-
On ne doit pas jamais réprimander un élève ni le punir publiquement pour une
faute secrète, surtout si elle était de nature à scandaliser les autres élèves.
431.-
Il est absolument défendu aux Frères de frapper les élèves, car les punitions
afflictives dénotent la passion, sont opposées au respect dû à l'élève, à la
charité chrétienne, à la dignité du religieux éducateur et au sentiment des
familles.
432.-
On évitera de mettre un élève hors de la classe, comme aussi de le laisser trop
longtemps dans une posture qui pourrait nuire à sa santé. Si es élèves prennent
leurs repas à l'école, on ne les privera pas de nourriture.
433.-
Dans aucun cas, un Frère ne pourra renvoyer un élève de l'école; cette
décision, que l'on ne doit prendre que pour des motifs très graves, est
exclusivement réservée au Frère Directeur.
434.-
Les Frères ne corrigeront pas les élèves dans la rue ou dans un autre lieu
public. Si quelque sanction s'impose, ils l'appliqueront au retour à l'école.
Ils éviteront, autant que possible, de punir pendant le catéchisme et les
prières.
435.-
Les pénitences courtes, mais bien faites, sont ordinairement les plus
efficaces. Les Frères ne donneront pas de pénitences générales, c'est-à-dire
qui atteignent toute une classe ou toute une division, à moins que ce ne soit
une simple retenue.
436.-
Les jeunes Frères prendront souvent l'avis du Frère Directeur au sujet des
pénitences qu'ils seront dans le cas d'infliger; ils n'en donneront aucune un
peu grave sans le prévenir et sans la lui faire approuver.
437.-
Les Frères ne se feront pas accompagner par les élèves dans les voyages, les
sorties ou les visites.
438.-
Les Frères ne prendront rien aux élèves, excepté les livres suspects et les
mauvaises publications. Ils ne se feront prêter par les élèves aucun livre,
aucun journal, revue ou objet quelconque sans autorisation du Frère Directeur.
439.-
Pour mieux garder leur dignité et leur indépendance, les Frères éviteront
d'accepter et, à plus forte raison, de provoquer des compliments et des
présents à l'occasion de leur fête. Là où ces fêtes sont d'usage, on les célébrera
en même temps pour tout le corps professoral, le jour de la fête du Frère
Directeur ou de l'école.
440.-
On tâchera de faire régner dans les pensionnats un grand esprit de famille,
mais sans se départir des règles de prudence qui sont la sauvegarde de la
vertu.
441.-
Les exercices de piété, la fréquentation des sacrements, la lecture
spirituelle, les avis charitables et opportuns, la formation à la politesse,
l'organisation de jeux, une sage modération dans les punitions ainsi que la
bonne nourriture sont autant de moyens de maintenir le bon esprit parmi les
pensionnaires et de les porter au bien.
442.-
La surveillance, sans être inquiète, ne doit jamais être en défaut. On défendra
l'accès aux appartements où elle ne pourrait s'exercer, et, au besoin, on les
tiendra fermés. Là où les externes sont mêlés aux pensionnaires, on ne tolérera
pas qu'ils servent d'intermédiaires pour des correspondances clandestines ni
pour l'introduction d'imprimés n'ayant pas le visa du Frère Directeur.
443.-
La surveillance sera particulièrement attentive au dortoir et pendant les
promenades. A cet effet, deux Frères coucheront dans chacun des dortoirs des
pensionnaires et deux Frères au moins accompagneront chaque division en
promenade. Si les coutumes locales demandent que l'on agisse autrement, on aura
soin de se conformer au Coutumier approuvé.
444.-
Un des premiers devoirs des Frères à l'égard de leurs élèves est de les édifier
par la dignité et la sainteté de leur vie.
445.-
Les Frères formeront leurs élèves à la civilité par leurs instructions et
surtout par leurs exemples, réglant leur maintien, leurs paroles et leurs
actions, de manière que, tout dans leur conduite, soit pour les élèves ne leçon
de vertu et de politesse.
446.-
Ils seront toujours polis avec les élèves et se garderont bien de leur donner
des sobriquets, de se servir en leur parlant ou en les reprenant de termes durs
et offensants comme aussi de les humilier ou de leur faire de la peine sans
raison.
447.-
Les Frères auront à coeur d'établir en classe une atmosphère favorable au
travail et à l'ordre. Ils s'efforceront d'atteindre cette fin par la bonne
organisation des classes, par la préparation sérieuse des leçons et la façon de
les rendre intéressantes, par la création de l'enthousiasme et surtout par le
soin de tenir les élèves constamment occupés.
448.-
Les Frères n'entreront jamais en classe sans une préparation immédiate
convenable. Ils se rappelleront, en outre, qu'ils doivent le temps de la classe
à leurs élèves et qu'ils ne peuvent en employer une partie à l'étude ou à toute
autre chose. Ils tiendront un journal de classe soumis au contrôle du Frère
Directeur et du Frère Provincial.
449.-
Les classes des Frères doivent être contiguës. Les cloisons ou les portes
seront vitrées de sorte que l'on puisse avoir vue sur la classe.
450.-
Les règlements scolaires officiels, ou le Coutumier approuvé par le Frère
Provincial, fixeront les heures de classe. Les Frères seront très exacts à
entrer en classe à l'heure indiquée. Sauf motif grave, ils ne donneront
d'autres congés que ceux qui sont prévus par les règlements scolaires.
451.-
Les Frères exerceront sur leurs élèves une surveillance constante et paternelle
mais non inquiète et tatillonne., Ils éviteront de sortit de classe sans
nécessité. Ils veilleront à ce que es élèves aient toujours une posture
convenable et soient toujours bien occupés.
452.-
Pour obtenir le silence, les Frères parleront d'un ton de voix modéré; ils
seront courts, clairs et précis dans leurs avis ou explications.
453.-
En classe, les élèves ne sortiront pas de leur place sans permission; ils ne
seront pas autorisés à rester à côté du maître, près de la chaire.
454.-
Le chapelet se récitera tous les jours; les Frères se feront un devoir d'en
inspirer la dévotion aux élèves en leur apprenant à le bien dire. Les autres
prières à faire en classe seront fixées par le Frère Provincial; les Frères
feront tout leur possible pour que les élèves prient avec dignité, attention et
piété.
455.-
Pendant les prières, les Frères auront un maintien grave et modeste. Ils
répondront d'un ton modérément élevé mais soutenu et pieux et entraîneront
leurs élèves à faire de même.
456.-
Tous les élèves catholiques admis à l'école, quel que soit leur âge, devront
suivre les leçons de religion.
457.-
Dans les classes primaires, la durée du catéchisme sera d'une demi-heure par
jour non compris la récitation. Dans les classes secondaires, les périodes
peuvent être plus longues et moins fréquentes, mais on doit maintenir un
minimum de trois périodes d'une heure chaque semaine. Les jours où il n'y a pas
de catéchisme, le titulaire consacrera au moins cinq minutes à quelques
réflexions pratiques bien choisies et bien préparées afin de donne l'atmosphère
religieuse à la journée.
458.-
Le Frère Directeur a la responsabilité de la marche générale de l'école. Il
doit donc, par lui-même ou par le Directeur des études, coordonner les efforts
et veiller sur toutes les classes, afin de voir de quelle manière les Frères se
conduisent à l'égard de leurs élèves et comment ils s'acquittent de leur
emploi. Il est nécessaire, en outre, qu'on visite souvent les classes pour
encourager les élèves, se tenir au courant de leurs progrès et pour former et
diriger les Frères.
459.-
Le Frère Directeur, ou celui qu'il aura désigné, rend raison aux parents des
élèves et aux autres personnes qui se présentent à l'école. Des rencontres
entre parents et maîtres peuvent être organisées en se conformant au Coutumier
approuvé.
460.-
Quand ils recevront la visite de parents d'élèves dont la conduite laisse à
désirer, les Frères ne leur diront pas de choses humiliantes. Sans vouloir leur
cacher la vérité sur leurs enfants, ils leur en parleront toujours cependant de
manière à ne pas les froisser. Ils leur feront comprendre qu'avec des soins
assidus et en agissant d'un commun accord, parents et maîtres arriveront à
corriger et à former ces natures difficiles.
461.-
On ne recevra pas les élèves dans la classe avant l'heure fixée, excepté
lorsqu'ils viennent de loin, par mauvais temps. S'il y a nécessité d'en retenir
quelques-uns après la classe, par pénitence, on les réunira dans une même
salle.
462.-
Les Frères ne donneront jamais de leçons à domicile. Après les heures
réglementaires, ils ne retiendront pas les élèves en étude ou pour des leçons
particulières sans la permission du Frère Provincial, lequel s'assurera que les
exercices de piété et l'étude religieuse n'en souffrent pas.
463.-
Enfin, les Frères s'efforceront de se tenir unis à Dieu pendant la classe et de
lui demander son secours toutes les fois qu'ils rencontreront quelque
difficulté. Ils s'adresseront spécialement à la Très Sainte
464.-
En toute occasion, les Frères donneront au clergé des preuves de leur
soumission, de leur respect et de leur attachement; c'est en agissant de
concert qu'ils feront le bien et édifieront les fidèles. Ils s'efforceront
d'inspirer les mêmes sentiments à leurs élèves.
465.-
Ils recevront toujours, avec un profond respect, les avis et les avertissements
de Monsieur le Curé; ils le seconderont de tout leur pouvoir dans tout ce qui a
rapport à la bonne éducation des élèves et dans les oeuvres qui sont selon
l'esprit de l'Institut.
466.-
Ils ne critiqueront jamais la conduite de Monsieur le Curé, ni ne blâmeront sa
manière d'administrer la paroisse; ils doivent de plus soutenir auprès de ceux
qui se permettraient de parler désavantageusement de lui en leur présence.
467.-
Les Frères se doivent tout entiers à leurs devoirs de religieux et
d'éducateurs; ils ne se chargeront d'aucune oeuvre, même de piété et de
charité, étrangère aux obligations de leur état. Ils n'exerceront à l'église
aucune fonction; cependant ils pourront servir la messe ou chanter pendant les
offices, pourvu que la surveillance des élèves soit assurée.
468.-
Ils se montreront respectueux à l'égard des personnes d'autorité et feront tout
ce qui dépendra d'eux pour les intéresser à l'école.
469.-
Ils formeront leurs élèves, par leurs exemples et par leurs leçons, à respecter
les autorités religieuses et civiles et à leur obéir, se rappelant que tout
pouvoir émane de Dieu.
470.-
Les Frères ne doivent, en aucune manière et sous aucun prétexte, s'immiscer
dans les affaires d'administration ecclésiastique ou civile. Ils se garderont
bien aussi de parler, surtout avec les séculiers, des différends qu'il y aurait
dans la localité ou de critiquer la conduite des autorités, se souvenant
toujours qu'ils sont appelés uniquement pour l'instruction et l'éducation
chrétiennes de la jeunesse.
471.-
Si quelque autorité ecclésiastique ou civile demandait aux Frères des services
opposés aux Constitutions ou aux Règles, si elle leur proposait quelques
changements dans la manière de tenir l'école, ou si elle voulait leur donner
quelque permission extraordinaire, ils devraient lui faire connaître respectueusement
ce qui leur est permis et la prier de trouver bon qu'ils y conforment leur
conduite. Si elle insiste, ils la supplieront d'agréer qu'avant d'agir, ils
aient recours au Frère Provincial, pour en obtenir la permission.
472.-
S'il arrivait que les Frères eussent quelques difficultés avec les autorités,
ils se garderaient bien d'écrire pour se justifier et encore moins pour faire
des reproches. Ils ne doivent pas se servir de cette voie pour s'expliquer avec
ces personnes, sans la permission du Frère Provincial et sans lui avoir soumis
préalablement leurs lettres; ce n'est pas dans un moment d'irritation qu'il
convient de le faire, de crainte de manquer de respect à des personnes que l'on
a tant de raisons d'honorer et de ménager.
473.-
Il n'est pas permis aux Frères de manger chez Monsieur le Curé, ni à plus forte
raison chez aucun séculier, sans motif évident de nécessité ou de convenance.
474.-
Les entretiens avec les séculiers sont un grand écueil de la vie religieuse;
c'est par ces rapports trop fréquents que l'esprit religieux sort des
communautés, que celui du monde y pénètre et y introduit les abus et le
relâchement.
475.-
Les Frères n'auront avec les personnes du dehors que les rapports exigés par
l'oeuvre ou l'emploi dont ils ont la charge. Ils se contenteront de voir, quand
ce sera nécessaire ou convenable, les autorités et les bienfaiteurs.
476.-
Ils seront polis envers tout le monde et se montreront respectueux et
prévenants pour toutes les personnes avec lesquelles ils auront à traiter; mais
ils ne se lieront d'intimité et n'auront de familiarité avec aucune.
477.-
Ils seront très discrets avec les personnes du dehors. Ils ne doivent rien dire
ni rien faire qui puisse nuire à la réputation de l'Institut ou de leurs
Frères.
478.-
Ils ne communiqueront pas aux personnes du dehors les Constitutions et les
Règles de l'Institut. Quand ils auront des doutes, autres que ceux dont ils
doivent entretenir leur confesseur ou leur directeur spirituel, sur les
Constitutions et les Règles, sur les ordres reçus ou sur toute chose de ce
genre, ils s'adresseront à leurs Supérieurs et non à des personnes étrangères à
l'Institut.
479.-
Les Frères ne feront pas de visite la nuit sans une grande nécessité. Ils
devront être dans ces visites et rester le moins de temps possible.
480.-
Les personnes qui auront à parler aux Frères devront le faire aux heures
prévues par le règlement. Elles seront introduites au parloir par le portier
qui en avisera d'abord le Frère Directeur; on ne permettra pas qu'elles pénètrent
dans les classes ni dans les appartements réservés aux Frères.
481.-
L'attachement immodéré pour les parents étant un obstacle à la perfection
religieuse et à l'esprit de communauté, les Frères s'efforceront de
surnaturaliser leur affection pour leurs proches. Ils ne leur feront aucune
visite et ne les inviteront pas non plus à venir les voir, sans la permission
du Frère Provincial.
482.-
Les Frères se conduiront avec ceux qui sont sortis de l'Institut comme à
l'égard des autres personnes du dehors; ils n'entretiendront pas de relations
particulières avec eux et ne les emploieront pas dans leurs établissements.
483.-
Les rapports des Frères avec les séculiers sont un des points sur lesquels ils
doivent, avec grand soin, se garder les uns les autres en Jésus-Christ. Si l'un
d'eux s'écartait de son devoir sur ce sujet, ceux qui en auraient connaissance
seraient tenus de l'en avertir charitablement; s'il ne s'amendait pas, ils
devraient en avertir les Supérieurs.
484.-
Les Frères ne feront aucun voyage sans une autorisation régulière du Frère
Provincial. Pour tout voyage extraordinaire, ils devront se munir d'une
permission du Frère Supérieur Général, par l'intermédiaire de leur Frère
Assistant Général.
485.-
En partant, ils feront, si possible, une visite au Saint-Sacrement ou quelque
prière spéciale pour se recommander à Dieu et se mettre sous a protection de
Notre Seigneur, de la Sainte Vierge et de leur Ange Gardien.
486.-
Les Frères ne s'écarteront pas de l'itinéraire tracé, sauf circonstances imprévues.
Si plusieurs voyagent ensemble, ils auront soin de ne pas se quitter; ils
seront soumis à celui qui sera désigné pour avoir autorité sur eux.
487.-
Partout où il y a une maison de l'Institut, ils s'y retireront pour prendre les
repas et pour coucher. Ils ne pourront aller chez les étrangers sans la
permission du Frère Provincial. Lorsqu'ils logeront dans les maisons de
l'Institut, ils seront subordonnées au Frère Directeur et lui demanderont les
permissions d'usage. Ils feront en sorte d'édifier les Frères par leur
modestie, leur exactitude aux exercices de piété et leur retenue dans leurs
paroles.
488.-
On ne recevra pas dans la communauté un Frère qui, n'étant pas connu, ne
pourrait justifier de son identité.
489.-
En voyage, les Frères veilleront à donner le bon exemple en tout. Pour cela,
ils doivent: 1º conserver un maintien digne et modeste qui annonce un coeur
content et heureux de servir Dieu; 2º exercer sur eux-mêmes une continuelle
vigilance, particulièrement sur leurs regards, de manière que tout en eux soit
digne et édifiant; 3º parler peu et éviter de prendre part aux conversations
mondaines et aux discussions politiques ou autres; 4º être plis avec tout le
monde sans pourtant se rendre familiers avec personne; 5º savoir se gêner pour
rendre service et accommoder les autres; 6º saisir à propos les moments les
plus convenables pour s'acquitter de leur exercices de piété, les faisant sans
affectation, mais aussi avec une sainte liberté.
490.-
Il faut, autant qu'on le peut, entendre la sainte Messe et faire la Communion.
Si l'on ne peut avoir la sainte Messe, il convient d'y suppléer en consacrant
quelque temps de plus à la méditation ou à la prière vocale.
491.-
Par esprit de pénitence et pour imiter Jésus-Christ, ils seront fidèles à la
pauvreté de leur état, tant pour les moyens de transport que pour le logement
et les autres frais nécessaires. Ils se conformeront, autant qu'il dépendra
d'eux, surtout pour les repas et la boisson, à la manière de vivre pratiquée
dans l'Institut.
492.-
De retour d'un voyage, les Frères en rendront compte au Frère Directeur; ils
lui remettront la liste des dépenses et le reste de l'argent.