Acte I scène2

Kenillian et Balsemil progressaient rapidement à travers les docks. Ken s'assura qu'ils n'étaient pas suivis. Sait-on jamais les marins pouvaient revenir avec du renfort et il ne pouvait se permettre de se risquer dans une deuxième escarmouche contre des gens plus motivés et surtout mieux armés. De plus une chose le choquait. Il n'avait pour l'instant vu aucun garde depuis leur arrivée. Mais quelle était donc cette ville? Il se demanda s'il n'eut pas dû continuer le voyage plutôt que de débarquer dans un endroit qui semblait être un véritable coupe-gorge. Il jeta un coup d'oeil à Balsemil. Il la tenait toujours par la main. "Elle doit aller à son Temple. Mais où l'on-t-il donc foutu?" pensa-t-il. "Non! Prenons plutôt à droite puis toujours tout droit". "Hein! Quoi! Par-là! Ca me semble dangereux! Continuons dans cette direction et demandons à ces gens là-bas, prés des entrepôts, où se trouve votre temple." "NON! Je vous dis que le Temple se trouve par là! La Déesse me guide et ces gens sont dangereux!" Kenillian s'arrêta et la dévisagea. Qu'elle était belle! Ses yeux gris n'avaient pas une forme habituelle. D'où pouvait-elle bien venir? De Kardesh? Ou de Vallora où les femmes sont si jolies dit-on. Il s'humecta rapidement les lèvres. "Bien alors allons-y!" Puis il reprit sa course rapide, l'entraînant avec lui. Il ne savait décidément pas résister à une jolie femme.

Rapidement l'environnement changea. Les entrepôts firent place à des manufactures puis à des boutiques et à des étals. Le quartier devint plus vivant alors que le crépuscule approchait. Plus sécurisant aussi. Ils ralentirent l'allure. Ils se promenaient maintenant, main dans la main, parmi les échoppes et les vendeurs ambulants. L'un proposait des soieries provenant du lointain empire de Dalhomée, un autre des épices de Polmarie. Et toujours pour des prix défiants toutes concurrences bien évidemment. Ils refusèrent les offres poliment. Mais plus ils avançaient plus les vendeurs devenaient insistants ce qui finit par exaspérer Kenillian. Il faillit en venir aux mains avec un négociant de Kror qui voulait lui vendre une robe courte qui d'après lui se marier si bien avec son allure martiale. "Vous seriez si beau mon ami" dit Balsemil en retenant un petit rire. Kenillian n'apprécia pas trop la plaisanterie mais la voir sourire lui donna de l'entrain. Il l'a pris par le bras et alors qu'il allait expliquer la mode vestimentaire de son pays quelqu'un l'interrompit dans son élan. "Balsemil c'est toi! Par la Déesse! Que je sois damné si c'est le fruit du hasard!"

Kenillian boudait dans son coin. Il était dans une taverne de Freeport avec Balsemil et Frère Egil, un prêtre et ami de cette dernière, qu'il venait de rencontrer dans le quartier des Marchands. Il apprit ainsi la raison de sa venue : lui remettre des documents ou quelque chose dans ce genre mais qui n'intéressait pas Ken de toute façon. Et ils papotaient depuis deux heures... Mais il y avait une consolation à cela : la bière était bonne malgré le caractère insalubre du lieu. Donc il tuait le temps en buvant. "Ca me fait vraiment plaisir de te voir ton fiancé et toi!" Kenillian éclata de rire. Au moins le moine avait de l'humour. "Kenillian n'est pas mon "fiancé". C'est juste un ami qui m'a protégé car à peine avions-nous débarqué que des brigands nous attaqué. Mais je trouve qu'il boit BEAUCOUP trop!" Kenillian lui fit une grimace. Il décida de se venger en jouant avec Spook, le familier de Balsemil, afin d'énerver l'animal. "Voui je comprends!" acquiesça Egil en regardant Spook tournait et tournait. "Freeport n'est plus la même depuis quelques temps. Les pirates s'affichent au grand jour et il paraîtrait que même les orcs accostent ici! Seule la Vieille Cité, le vieux quartier au centre de la ville, est maintenant patrouillée par la Garde. Le reste est aux mains des truands et des voleurs. Mais... euh... qu'allez-vous faire ton ami et toi maintenant?" "Hum! Je ne sais pas! Je dois continuer ma route comme me l'a ordonné la Déesse. Pourquoi? Qu'as-tu à nous proposer?" "Bin voilà j'ai une petite faveur à vous demander à tous les deux. Si Monsieur Kenillian est d'accord?" "Proposes toujours mon grand!" lança le duelliste.

Le moine s'agita sur son siège. "Il y a deux jours un bibliothécaire du Temple a disparu. Pour des raisons un peu compliquées, le Grand Prêtre n'a pas décidé de s'occuper de l'affaire. L'homme qui a disparu, Lucius, est un de mes bons amis et je m'inquiète car le mal l'a peut être de nouveau gagné. J'aimerai que vous vous mettiez à sa recherche afin de le ramener au Temple. Je vous donnerai tous les renseignements que je possède et je financerai votre logis et vos repas". Balsemil allait poser une question mais Kenillian fut plus rapide. "C'est à dire : le mal l'a peut être de nouveau gagné!" Egil avala une gorgée de bière et reposa sa chope violemment sur la table. "Excusez-moi mais cette histoire me touche beaucoup. Je vais tout vous expliquer! Je connais Lucius depuis presque toute ma vie. Nous avons été admis ensemble au Temple. Il devint bibliothécaire et moi je devins prêtre. Il y a six ans une étrange chose se passa. En l'espace d'une nuit il avait changé du tout au tout. La veille il était mon ami de toujours et le lendemain j'étais un parfait étranger pour lui. Il me posait des questions bizarres, semblant ne pas se souvenir de notre amitié et il considéra le Temple comme sa bibliothèque personnelle. Quelques mois plus tard il fut attrapé alors qu'il violait le Sanctum et fut rejeté de l'ordre. Peu de temps après il quitta Freeport et disparut pendant quatre ans. Quand Lucius réapparut, il était redevenu lui-même. Il revint au Temple et supplia sa réintégration annonçant qu'il n'avait plus aucun souvenirs des cinq dernières années. Thuron, le Grand Prêtre, semblait hésitant mais changea d'avis après une entrevue privée avec lui. Lucius reprit son travail d'autrefois. Mais cela ne dura que huit ou neuf mois. Puis il devint hagard et m'avoua qu'il dormait mal. Quelque chose le gênait mais il ne me dit pas quoi. Il commença à poser beaucoup de questions sur les événements d'avant son renvoi. Il put rencontrer le Grand Prêtre mais cela n'aboutit à rien. Je devins de plus en plus inquiet pour mon ami. Il semblait au bord de la folie, comme si quelque chose l'y poussait petit à petit. Il y a deux jours il ne s'est pas présenté au Temple. Je suis allé chez lui mais j'ai trouvé sa demeure vide. Je l'ai cherché partout mais impossible de le retrouver. Les prêtres du Temple s'en inquiètent pas mais je sais qu'il lui est arrivé quelque chose. C'est pour cela que je vous demande de le retrouver..." " Hum j'avoue que je ne suis pas contre un hébergement gracieux de quelques jours... Toutefois, si l'affaire se complique, il me faudra un peu plus qu'un hébergement aussi amical soit-il ! En attendant, te souviens-tu des circonstances de sa première disparition ? Et peux-tu être plus précis sur ses dernières mésaventures... sur quoi travaillait-il ? Avait-il des ennemis ? Peut-on jeter un oeil chez lui ? " Kenillian vida sa chope d'un trait avant de s'étirer. L'appel de l'aventure avait toujours été irrésistible pour ce facétieux duelliste !

"Un oeil !" répondit Egil. "Oh oui bien sur je peux vous y mener! Mais je ne peux guère vous en dire davantage. Il ne travaillait sur rien de bien secret. C'est un simple copiste et au Temple nous n'avons pas d'ouvrages impies ou maudits si c'est à ça dont vous faites allusion!" Egil et Balsemil s'échangèrent un regard amusé. "Enfin pas à ma connaissance! Quant à sa première "disparition"... attendez que je réfléchisse... il s'est fait renvoyer puis il a embarqué sur un quelconque navire pour quitter l'île car il m'avait confié qu'il avait sûrement dû beaucoup voyager même s'il ne se souvenait pas où. En tout cas ce n'était pas aussi mystérieux que dernièrement! Et si vous me demandez comment je le sais, apprenez tout simplement qu'il n'était pas le même homme il y a 5 ou 6 ans alors que récemment je certifie que c'était bien Lucius, le vrai! Ensuite quant aux ennemis s'il s'en est crée ce fut peut-être lors de ses voyages. Mais je le répète à l'origine il ne s'agit que d'un simple copiste sans aucune importance pour qui que ce soit". Kenillian savait qu'Egil ne mentait pas. A voir l'allure du moine il se demandait qui pouvait bien en vouloir à des gens du commun. "Quant à mes finances je ne possède qu'une cinquantaine de pièces d'or. J'espère que cela vous suffira". Egil regarda Balsemil suppliant. Kenillian esquissa un sourire à cette dernière remarque. Le moine lui plaisait, il avait toujours aimé les hommes simples, parce qu'ils lui servaient de garde fou avec une vie qu'il ne voulait pas subir...

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