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[L'Equipe]
Le championnat 1958 amorça une refonte de la Formule 1. Ce fut
d'abord la décision du "maestro" Juan Manuel Fangio de
raccrocher son casque à l'issue d'ultimes prestations en guise
d'adieu en Argentine, puis à Reims où il avait
entamé dix ans plus tôt sa carrière
européenne. Le rapt, plus spectaculaire que dangereux, dont il
avait été l'objet à La Havanne par les partisans
de Fidel Castro n'y était pour rien. A 47 ans, cette retraite
sportive était simplement dans l'ordre des choses.
On guettait Moss pour lui succéder, en dépit d'une
modification au règlement technique imposant aux motoristes de
revoir leur copie, ce qui parut embarasser davantage Vanwall et BRM que
Ferrari. Au point qu'à l'exception de la petite Cooper-Climax 2
litres engagée par le "privé" Rob Walker pour Stirling
Moss, on ne comptait que des Ferrari (avec un nouveau moteur V6 Dino)
et de vieillissantes Maserati au départ du Grand Prix
d'Argentine. La CSI avait voulu en un premier temps imposer le
carburant du commerce à la Formule 1 à la place des
mélanges à base de méthanol, voire de
nitrométhane. Mais devant la levée de boucliers des
motoristes, elle s'était contentée d'un compromis en
imposant l'essence type aviation. Avec ce carburant moins volatile, le
taux de compression des moteurs dut être réduit, ce qui
entraîna une chute des puissances de quelque 20 chevaux, pour les
situer autour de 260 - 270 chevaux pour les meilleurs.

Hawthorn, Musso et Schell sur la ligne à Reims pour le GP de France ©automobileyear.net
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N'empêche, les Anglais étaient en force, comme l'indiquait
la grille de départ du premier Grand Prix européen
(Monaco) le 18 mai, avec trois Vanwall (Moss, Brooks, Lewis-Evans),
deux BRM (Behra, Schell), ainsi que trois Cooper à moteur
arrière (Brabham, Trintignant, Salvadori) et deux
étranges Lotus (Allison, G.Hill). Dans cette marée verte,
les monoplaces rouges semblaient bien perdues avec quatre Ferrari en
milieu de grille (Hawthorn, Collins, Musso et Von Trips), deux antiques
Maserati (Scarlatti, Bonnier) fermant la marche.
Le dernier mot, à l'issue d'un GP du Maroc décisif,
allait pourtant rester à Ferrari. Malgré les
épreuves qui avaient accablé la Scuderia (accidents
mortels de Musso et de Collins), un de ses pilotes, Mike Hawthorn,
s'adjugeait le titre mondial avec un minuscule point d'avance sur Moss.
Celui-ci méritait bien le titre de "champion sans couronne" que
lui décernait la presse mondiale : il avait gagné quatre
Grands Prix contre un seul à Hawthorn. Mais celui-ci avait
été récompensé de sa constance avec cinq
places de deuxième, dont trois enrichies du meilleur tour en
course lui avaient rapporté 7 points - soit presque la valeur
d'une victoire (8 pts). Cette année-là, la CSI avait
apporté une modification sensible à son règlement
sportif, les changements de pilotes entraînant la non-attribution
de points au championnant. Ce qui revenait à les condamner.
Avec le temps, Mike Hawthorn, le modeste pilote
britannique, avait perdu confiance lorsqu'il était au volant,
en ayant vu plusieurs
'grosses pointures' se tuer lors de courses (Son grand ami Peter
Collins et Musso en 58, Castellotti et de Portago en 57, Rosier et Musy
en 56, Ascari en 55, la tragédie du Mans, Marimon en 54, ...).
Ces nombreuses disparitions l'effrayaient et ont finalement eu raison
de lui; si bien qu'en fin de saison il décida d'abandonner la
compétition, estimant être chanceux d'avoir pu remporter
le titre mondial, lui qui ne se considérait que comme
étant un bon pilote amateur. Sa retraite ne fut, hélas,
pas tres longue. Il fit une violente sortie de route et se tua, en janvier 1959,
alors qu'il se rendait à Londres, à bord de sa Jaguar
flambant neuve, pour aller déjeuner en compagnie de son ami Rob
Walker. Mike Hawthorn fut le premier Anglais de l'histoire à avoir
été couronné Champion du Monde de Formule 1.
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