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[L'Equipe]
Fangio s'étant retiré, l'Argentine renonça
à son Grand prix en 1959, si bien que l'ouverture du Championnat eu lieu à Monaco le 10 mai. Au départ de cette course, on ne dénombrait pas moins de six Cooper (cinq à moteur Coventry-Climax et une à moteur Maserati pour Salvadori) face à neuf Formule 1 à moteur avant : trois Ferrari (Behra, Brooks, Phill Hill), trois BRM (Bonnier, Schell, Flockhart), deux Lotus-Climax (dont une Formule 2, laquelle était en concurrence avec une Porsche à moteur arrière (von Trips) et une
Ferrari à moteur avant (Allison).
Malgré la furia des pilotes Ferrari, les Cooper se
taillèrent la part du lion dans ce grand prix de Monaco du
renouveau, Brooks n'ayant pu faire mieux que d'intercaler sa Ferrari
entre les Cooper de Brabham et Trintignant.
Superbes, avec leur carrosserie fuselée à la Vanwall, les
Ferrari 256, malgré leur moteur Dino V6 affûté
à 290 Ch par l'ingénieur Carlo Chiti, et malgré un
rajeunissement dû à des freins à disques et une
boîte à cinq vitesses, durent se contenter de rares coups
d'éclats (victoires à Reims et à l'Avus de
Berlin). La seule autre victoire d'une Formule 1 à moteur avant
intervenait à Zandvoort grâce à la BRM menée
de main de maître par le Suédois Joachim Bonnier. Les
Cooper s'imposaient à Monaco et Aintree (Brabham), Lisbonne et
Monza (Moss) et enfin Sebring (Bruce McLaren) dans ce qui devait
être le tout premier Grand Prix des Etats Unis.
La firme Climax avait fourni l'effort nécéssaire à
leur succès cette année-là, en développant
un moteur disposant de la pleine capacité autorisée par
le règlement de la Formule 1 : 2500 cm3. En 1958, Moss et
Trintignant avaient gagné avec des 2L, puis Brabham avait
disposé d'un 2,2L. Avec un moteur Climax 2,5L, les Cooper
disposaient en 1959 de 240 Ch. C'était moins que les Ferrari
(290 Ch) ou que les BRM (280 Ch), mais ce handicap était
nettement compensé par leur poids inférieur et surtout
une tenue de route inégalable du fait du meilleur centrage de
leur masse dû à la position centrale arrière de
leur moteur. Les Ferrari, avec leur long et élégant capot
moteur à l'avant, n'exploitèrent leur puissance que sur
les tracés ultra-rapides de Reims et de Berlin. Mais le 13
septembre 1959, Stirling Moss porta une estocade fatale à
l'architecture des Formule 1 à moteur avant.

Brabham en lutte avec Bonnier (Zandvoort'59) ©Cahier Archive
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Ce jour-là, Moss réussit à mettre en
déroute les Ferrari sur leur circuit de prédilection,
Monza. La Scudéria avait une énorme expérience de
ce tracé rapide, et apres ses succès à Reims (205 kmh de moyenne), puis à l'Avus (à 230kmh), on guettait une troisième victoire des Ferrari sur les 414 km du Grand Prix d'Italie qui devait être avalé en tout juste deux heures. Mais Brooks grilla son embrayage au départ. apres quoi, malgré les généreux efforts de Phill Hill, la meilleure Ferrari concéda 47 secondes à la "petite" Cooper de Moss.
Les monoplaces à l'architecture traditionnelle venaient
d'être frappées d'un irréversible arrêt de mort. La défaite qui leur avait été imposée par les Cooper sur un circuit comme Monza, indiquait bien qu'elles n'étaient plus dans la course. D'un seul coup, leur fascinante silhouette prit un cruel coup de vieux : elles apparurent comme de lourds dinosaures appartenant à une ère révolue.
Sur son agile Cooper, Jack Brabham roulait irrésistiblement vers le titre mondial. Il s'était emparé de la première place du championnat du monde dès le Grand Prix de Monaco pour ne plus la lâcher. C'était un champion de qualité.
Or cette reconnaissance ne lui fut accordée que plus tard. Il ne s'en fallut pourtant que de quelques gouttes d'essence qu'il n'achève triomphalement son irréprochable parcours : il dominait le premier Grand Prix des Etats Unis de F1, le 12 décembre 1959 à Sebring (Floride), quand sa Cooper tomba en panne sèche à quelques hectomètres de la ligne. Cela ne l'empêcha pas d'être champion. [...]
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