1964 - Le Sacre d'un motard


[...] La saison 1964 a comblé les amateurs de suspense. A la veille du dernier Grand Prix disputé à Mexico, trois pilotes peuvent encore prétendre être sacrés Champion du Monde. Le britannique Graham Hill est le mieux placé, en tête de ce trio. Il sait qu'une troisième place peut suffire à faire son bonheur, à condition que l'autre protagoniste le mieux placé, à savoir John Surtees, ne se classe pas deuxième en cas de victoire de Jim Clark, le troisième interessé.
C'est presque lui le favori. Le pilote Lotus n'a pas grand'chose à perdre dans cette affaire, et a tout à gagner. Comme toujours, il va prendre le départ de la course avec dans l'idée de la gagner. Du 1er au 63e des 65 tours de ce Grand Prix du Mexique, Clark se montre irrésistible. Tandis qu'il filait bon train, Hill et Surtees ont connu leur lot de mésaventures. Au départ, le flegmatique anglais a perdu un temps précieux à ajuster ses lunettes de protection. Son compatriote, qui, lui, pilote une Ferrari, a été retardé par une carburation capricieuse. Apres quelques tours, tout est rentré dans l'ordre, mais l'homme de tête est déjà loin et Hill comme Surtees sont obligés de cravacher pour se rapprocher du leader.

Sa dernière victoire, en Autriche
Le seul pilote titre en moto et en F1 - ©grandprix.com
Sans vraiment le vouloir, Lorenzo Bandini - lui aussi sur Ferrari - va faire le jeu de son équipier Surtees. Lors d'un tête-à-queue, il expédie la BRM de Graham Hill dans le décor. Même s'il peut continuer la course apres un passage au stand pour y faire réparer l'échappement de sa monoplace, Hill a subi une perte de temps irrémédiable. Une couronne de lauriers que Jim Clark va s'empresser de cueillir.
C'est compter sans le mauvais sort. A moins de trois tours de l'arrivée, Clark sent le moteur Climax de sa Lotus faiblir, son manomètre d'huile lui indique d'ailleurs une inquiétante chute de pression. Apres avoir modifié sa trajectoire dans un virage bien précis, il comprend que cette sinistre traînée noire sur la piste provient de son propre moteur. Une durite l'a lâché.
Il lui suffit pourtant de ménager sa mécanique pendant quelques kilomètres encore pour remporter la course et le titre. Mais, dans cette atmosphère surchauffée de Mexico, le miracle n'a pas lieu. La Lotus rétrograde inéxorablement. L'américain Dan Gurney, pilotant la Porsche 804 est le mieux placé pour décrocher la victoire. Surtees, lui, n'est sûr de rien jusqu'au moment où le directeur de la Scudéria Ferrari intime l'ordre à Lorenzo Bandini de s'éffacer devant l'ancien motard, dont la reconversion sur quatre roues atteint ce jour-là son apogée. Et c'est de cette façon que John Surtees est entré dans l'Histoire comme l'unique pilote à avoir remporté des titres mondiaux au guidon d'une moto (sept titres) avant d'être sacré derrière le volant d'une Formule 1. [...]

Aux couleurs du NART
Superbe dessin de © Michael Turner (genesisautosales.com)
[...] A propos de l'étrange couleur de la Ferrari 158 : En 1964, la Scudéria Ferrari voit la Fédération Italienne refuser d'homologuer la nouvelle 250 LM dans la catégorie Sport. Le Commendatore va piquer une de ses monumentales colères dont il a le secret et menacer de se retirer de la compétition. Emoi dans la péninsule! Comme à chaque fois qu'il a proféré dans le passé la menace de tout lâcher,  Enzo Ferrari va revenir sur ses déclarations, mais en partie seulement. Cette fois, il va mettre à éxécution le fait de ne plus engager ses voitures sous son nom propre et confiera au North American Racing Team de son vieil ami Luigi Chinetti, le soin de faire courir ses monoplaces dans les deux dernières épreuves, aux Etats Unis et au Mexique. C'est pourquoi, pour la deuxième fois dans l'histoire officielle de l'écurie, les voitures ne seront plus rouges mais bleues et blanches aux couleurs de l'équipe italo-américaine (la première fois se situe en janvier 1953, en Argentine exactement, lorsque Enzo Ferrari accorda à Mike Hawthorn le privilège de faire peindre en vert sa 500 F2 pour la course). [...]



John Surtees a débuté au GP de Monaco 1960, et a pris part à 113 Grand-Prix.
Il a signé 6 victoires, et 8 pole position.
Il a terminé 40 fois dans les points, dont 24 fois sur le podium.

Champion du Monde en 1964.


Sources : Lionel Froissart (Reader's Digest) et La Grands Encyclopedie de la F1 (Ed. Chronosports)
Photos : www.clicweb.fr.fm, www.grandprix.com et genesisautosales.com