Un Viking vice-champion du monde.

[...] March est une écurie anglaise née en 1969 de l'imagination de Max Mosley en association avec Robin Herd, un ingénieur tres en vue dans le petit monde de la F1 à la fin des années 60, Alan Rees, et Graham Coaker, deux ex-pilote de monoplaces. Ainsi, "March" est le résultat de l'association des noms composant cette joyeuse équipe (Mosley - Alan Rees - Coaker - Herd).
Malgré un superbe coup d'éclat de leur première F1 en début de saison (Chris Amon signe la pôle position dès la première sortie de la 701, en Afrique du Sud),  la March 701 s'est vite avérée lourde et pataude. Excepté quelques belles courses d'Amon (2e en Belgique et en France, 3e au Canada, 4e au Mexique, 5e en Angleterre et aux Etats Unis) la saison 1970 ne sera que déception et désillusion. Siffert le second pilote, connut, lui, une saison de cauchemar et ne signa pas le moindre point, il dut abandonner la plupart des courses sur casse et problèmes de fiabilité. Le bilan 1970 ne fut pas tres fameux pour March, mais mettons ceci sur le compte des défauts de jeunesse...

Desormais conscients que la 701 était ratée, les dirigeants de Bicester font appel à Frank Costin (auteur de la Vanwall'56 et ex-complice de Chapman chez Lotus) pour dessiner la carrosserie du nouveau modèle, la 711, sur un chassis conçu par Geoff Ferris, lui aussi ex-Lotus. Ce dernier s'inspirera d'ailleurs de la Lotus 72 en logeant les radiateurs d'huile et d'eau dans des pontons courts de chaque côté de la coque, tandis que Costin va tracer un avant tout en rondeur surmonté d'un aileron elliptique en forme de plateau. Les freins avant sont "in board" comme sur la Lotus 72.

Trois voitures seront engagées en 1971, deux à moteur Cosworth pour le jeune Ronnie Peterson qui s'est illustré en F2 sur des modèles de la marque, et pour l'espagnol Alex Soler Roig. La troisième sera propulsée par un V8 Alfa Romeo provenant de l'Alfa 33 Sport Prototype et préparée par la société Autodelta de Carlo Chiti. Elle sera confiée à Andrea de Adamich.

Monaco 71
Monaco 71, superbe dessin de Michael Turner
© genesisautosales.com
En Afrique du Sud, la 711 s'avère encore un peu lourde et Peterson ne termine que 10e. En Espagne, les freins in board n'ayant pas donné satisfaction reprennent leur place dans les roues avant, ce qui n'empêchera pas l'abandon du Suédois. Ils vont encore lui causer du tourment à Monaco en le contraignant de lever le pied en fin de parcours alors qu'il disputait la victoire à Stewart sur sa Tyrell. Ronnie termine deuxième et c'est là une belle performance pour ce pilote au talent de funambule et au physique qui ne laisse pas indifférentes les belles du paddock.

Le blond viking va progressivement améliorer sa maîtrise du pilotage tous risques et devenir ainsi le challenger inattendu du maître Stewart qui fonce sans trop d'opposition vers son second titre mondial. Par ses multiples places d'honneur, il va dépasser, puis oublier Jacky Ickx, prisonnier des problèmes insolubles de sa Ferrari.

Comme à Monaco, il aura plusieurs fois l'occasion de s'affirmer comme un sérieux prétendant à la victoire qu'il manquera d'un cheveu à chaque fois. En Angleterre, une pompe à essence capricieuse l'empêchera de venir contester la suprematie de Jackie Stewart, il terminera néanmoins 2e apres une rude bagarre avec Ickx. En Italie, il aborde la Parabolique dans le dernier tour, collé au leader François Cevert, le passe par l'intérieur mais sort un peu large et se fait passer par Peter Gethin et sa BRM. Le rush final des deux hommes restera célèbre puisque sur la ligne d'arrivée, la BRM ne possédait qu'un centième de seconde d'avance sur la March. Au Canada, sous la pluie, Peterson et Stewart se doublent et se redoublent en tête lorsque Ronnie s'accrochera avec un attardé. Son aileron avant faussé lui enlèvera toute chance de victoire, mais là encore il finira 2e. Aux Etats Unis, il conclut une magnifique première saison par une 3e place.

Il termine l'année à la 2e place du classement final, malgré tout bien loin du nouveau Champion du Monde Jackie Stewart qui a écrasé la concurrence au volant de sa Tyrell décidément bien née. Aux mains du Suédois, la March 711 a affirmé son grand potentiel, ce qui prouve une fois de plus qu'un développement correct ne peut s'effectuer qu'avec un pilote de qualité.

Car pour ce qui est de ses coéquipiers, la sentence est plutôt rude. Soler-Roig ne fut jamais dans le coup et claqua la porte à la mi-saison, son remplaçant Nanni Galli ne faisant guère plus d'étincelles. La March-Alfa ne marcha, elle, jamais correctement. Tres sous-vireuse, elle n'était guère aidée par la boîte Alfa qui assurait une transmission tres brutale, favorisant les dérobades en tout genre. De Adamich, Galli et Buttler qui la pilotèrent en firent l'amère expérience. Quant au jeune Autrichien Niki Lauda, pilote March en F2, à qui Mosley avait offert le baquet de la troisième March pour son GP national (à Zeltweg, la 711 de Lauda avait le Cosworth à la place du V8 Alfa), il fut tellement dérouté par le comportement vicieux de la voiture qu'il abandonna en cours d'épreuve. [...]


Ronnie Peterson a débuté au GP de Monaco 1970, et a pris part à 123 Grands Prix.
Il a signé 10 victoires, 14 pole positions et 9 meilleurs tours.
Il a terminé 42 fois dans les points, dont 26 sur le podium.

Comme Stirling Moss ou Jackie Ickx : un Champion sans couronne.

Né en Suede 14.02.1944 / † Monza 11.09.1978

Texte : Extrait de la 'Grande Encyclopédie de la F1'© des Editions Chronosports
Photos : © www.genesisautosales.com & clicweb.fr.fm