Donington 1993 - Un tour de Magie...
C'est un drôle de début de saison 1993 que vit Ayrton
Senna. Il dispute les Grands Prix au coup par coup. Les
négociations avec Ron Dennis, le patron de l'écurie
McLaren, s'éternisent. Avec sa monoplace motorisée par un
modeste Ford V8 pour contrer les puissantes Williams à moteur
Renault V10, le Brésilien sait que ses chances de succès
sont plutôt faibles. Alors il fixe son tarif : un million de
dollars par course! Mais, une fois au volant, Ayrton Senna ne vole pas
son salaire, loin de là. Le premier tour du Grand Prix d'Europe,
disputé sur une piste froide et détrempée du
circuit de Donington, en est la démonstration :
Le Brésilien s'est qualifié en deuxième ligne
derrière les Williams de Prost et Hill et la Benetton de
Schumacher. A quelques minutes du départ, il sait qu'il doit
faire la différence dès le coup d'envoi pour
préserver ses chances de briller. Concentré comme jamais,
Ayrton se prépare à la bagarre
Pourtant, tout commence mal pour Senna, qui fait trop patiner ses roues
arrières au démarrage. Schumacher, à la corde,
prend l'avantage et le bloque à l'entrée du premier
virage abordé en tête par Prost devant Hill. Karl
Wendlinger, sur une Sauber, en profite pour le doubler et même
surprendre Schumacher. Senna est cinquième. Le Brésilien
s'attaque aussitôt à l'Allemand. Schumacher résiste
et contraint Senna à mettre deux roues dans l'herbe à la
sortie du virage. Le Brésilien n'est pas d'humeur à
céder et c'est Schumacher qui s'incline.
Quand le peloton aborde la courbe qui plonge à droite de
Hollywood, Senna se rapproche de Wendlinger. Il décide de porter
son attaque en abordant les courbes de Craners Curves. Il plonge
à l'intérieur pour se mettre au niveau de l'Autrichien,
qui garde l'avantage et se trouve sur la trajectoire idéale.
Wendlinger résiste, mais il sait que tout va se compliquer pour
le freinage d'Old Airpin que la Sauber et la McLaren abordent de front.
Senna reste à l'intérieur et Wendlinger ne résiste
pas... Senna renifle déjà sa proie suivante... Et c'est
Damon Hill, le chouchou du public britannique.

Senna, loin devant les Williams - ©f1-grandprix.com
Damon Hill a bien resisté à la sortie de Starkey's
Bridge, mais ça devient plus compliqué dans le virage
suivant. Pourtant, à la sortie de McLeans, le Britanique, qui
n'a pas pris un bon départ, protège toujours la fuite
d'Alain Prost... Plus pour longtemps. Senna exploite la courte ligne
droite suivante pour soigner son accélération et porter
son attaque. Imparable! Déjà, il s'occupe d'Alain Prost,
son 'ennemi préféré'. Pour tester son adversaire,
il tente une première manœuvre d'intimidation à
l'approche de la chicane. Prost ne bronche pas. Mais à
l'approche de l'épingle de Melbourne, le Français ouvre
un peu trop la porte. Le temps de se raviser et d'essayer de replonger
à la corde, Senna est déjà là. Impuissant,
Prost regarde la McLaren le doubler. A L'accéleration, Senna
garde l'avantage et franchit l'épingle de Goddarts avec une
petite avance. Ainsi, Ayrton Senna boucle ce premier tour d'anthologie
en tête. Une telle bravoure méritait d'être
récompensée. Malgré de multiples
péripéties , la morale est sauve. Ayrton Senna impose sa
McLaren-Ford dans des conditions dantesques devant les Williams-Renault
de Damon Hill (à 1'23"199) et Alain Prost (à 1 tour). Un
authentique exploit.
"[...] You think you have a limit, and you go for this limit. And you touch this limit, and you can use this limit... And so, you touch this limit, something happens in you, somebody can you go a little bit harder, ...with your mindpower, your determination, your intinct... And the experience is well... You can fly very high! [...]" A. Senna da Silva