1998 - Mika, L'étoile du Nord.


Suzuka, 01 Novembre 1998. Mika Hakkinen est si discret, presque inexistant, que certains membres de son écurie le surnommaient "empty helmet", le casque vide. D'autant qu'au palmarès de la F1 il est longtemps resté aux abonnés absents. Il est le pilote qui aura attendu le plus longtemps sa première victoire en Formule 1 : 96 Grands Prix. C'était au GP d'Europe, à Jerez, qui concluait la saison 1997.
Hakkinen, qui a débuté en 1991 sur une modeste Lotus, ne sait donc que trop combien la voie de la F1, et surtout celle du succès, peut se révéler tortueuse. Il sait bien que, parfois, on dispose de toutes les cartes, de la bonne voiture, du réglage optimal, de pneumatiques performants, mais que cela n'est pas une garantie. C'est nécéssaire mais pas toujours suffisant.
Pourtant, jamais le finlandais n'offrira à son équipe - sa troisième famille apres ses parents et le clan Rosberg, véritable cocon protecteur - le visage d'un homme abattu qui perd confiance. Il présentera plutôt celui d'un jeune homme volontaire qui décida à 14 ans, après plusieurs années de karting, de faire carrière en F1 et qui s'y tiendra

Cet optimisme permanent qu'il affiche, parfois surréaliste, le faisant passer pour une sorte d'extraterrestre, il le doit à l'éducation apportée par son père : "Je lui ai toujours appris à positiver, à ne pas baisser les bras, même si le matériel de ses adversaires en karting était meilleur. Plutôt que de se plaindre, il devait agir."
Ce que Mika fit courageusement après son terrible accident, le 10 novembre 1995, lors des essais du GP d'Australie de F1, à Adélaïde. Victime d'un grave traumatisme crânien, il reste entre la vie et la mort, plongé dans le coma, durant deux jours. Ses médecins ne l'autoriseront à quitter l'Australie pour l'Europe que le 2 décembre. Mais deux mois plus tard, le 5 février 1996, il remonte dans une monoplace. Une McLaren F1, directement. La volonté de se battre est intacte. Mika est au départ du premier GP de la saison 1996, qu'il termine cinquième. A la lumière des projecteurs, il préfère l'ombre protectrice du stand McLaren, style forteresse. Là, il peut se concentrer sereinement, sans trouble venu de l'extérieur. Il multiplie les journées d'essais, s'applique consciencieusement au développement de la machine de course avant de poursuivre par de l'entraînement physique, complété d'une alimentation tres équilibrée.

Si la Finlande compte des générations fournies de pilotes de Rallye, Hakkinen a, lui, pris l'option circuit, à l'instar de son modèle et compatriote Keke Rosberg. Le Champion 1982, aujourd'hui devenu son ami et agent, pensait depuis de nombreuses années que Mika était le meilleur pilote du monde. Pour sa première qualification en Formule 1 à Phoenix 1991, il figure en milieu de grille. A Estoril, en 1993, pour sa première course chez McLaren, où il remplace Michael Andretti reparti aux Etats-Unis avant la fin de saison, il se hisse en première ligne (2e chrono), devant son équipier Ayrton Senna! Il se serait néanmoins taillé la réputation de pilote malchanceux passant toujours à côté d'une occasion - une sorte de Chris Amon des années '90 - s'il n'y avait eu Jerez, le 26 octobre 1997. Dernier Grand Prix de l'année, ultime chance de ne pas finir la saison, sa septième en F1, avec un palmarès encore vierge de première place.

Victoire à Hockenheim
Sa 7e victoire, à Hockenheim98 - ©hakkinen.net
Le déclic de ce GP d'Europe 1997 allait enclencher la "machine à gagner". Victoire de Hakkinen à Melbourne, dès la première course 1998, en Argentine, en Espagne, à Monaco, en Autriche, en Allemagne, au Luxembourg et au Japon... Plus la bagatelle de neuf Pôle Positions cette année...
Une situation que l'intéressé lui-même ne réalisait pas forcément : "Il m'est difficile d'appréhender la réalité. Je ne me rends toujours pas compte pour le moment. Mais je sais que mon meilleur souvenir est sans conteste ma victoire à Monaco. En quelque sorte mon Grand Prix national, puisque j'y vis, mais surtout une référence pour les qualités de pilotage, de résistance physique que nécéssite cette épreuve dans les rues de la ville."
Une façon pour Mika de persuader les sceptiques, convaincus du potentiel de la MP4/13, la meilleure voiture du moment, mais qui doutaient du pilote. L'ascendant qu'il prit sur son coéquipier David Coulthard et sa victoire au Nürburgring, "à la Schumacher", achevèrent de prouver que, dans le baquet de cette monoplace formidable, se trouvait également un grand pilote. Oublié le "empty helmet"! Hakkinen avait enfin trouvé la formule gagnante. Peut-être avait il découvert la solution de son énigme dans l'un de ces romans policiers qu'il affectionne tant...
Il était écrit que 1998 serait une année exceptionnelle pour Mika : trentenaire, jeune marié et sous les feux des projecteurs, à la lutte avec le puissant Michael Schumacher. Ce dernier est rompu aux médias, à la pression, alors que, pour Hakkinen, c'était une grande première.

Si l'homme est capable de coups d'éclat en piste, dans le paddock, ce garçon bon chic bon genre, au teint pâle, semblait bien frêle pour résister à la machine de guerre Schumi-Ferrari. Mais derrière la mèche blonde bien policée, aucune tempête dans le front de Hakkinen. Plutôt un horizon serein. D'une extraordinaire et sincère décontraction, Hakkinen laisse apercevoir un Mika insoupçonné : déterminé en piste mais toujours avec sportivité ; un adversaire qui a réussi à neutraliser la bataille psychologique avec Schumacher. A 30 ans, il a pris de l'étoffe, celle d'un Champion du Monde et d'un héros discret.



Mika Hakkinen a débuté au GP de Phoenix, Usa 1991, et a pris part à 162 Grand-Prix.
Il est monté 51 fois sur le podium dont 20 sur la plus haute marche
Il a signé 26 Pôle Positions et 25 Meilleurs Tours.

2 titres de Champion du Monde : 1998 et 1999.



Sources: L'equipe - Photos: hakkinen.net & clicweb.fr.fm





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