1990. The Canadian Modern Language Review/La revue canadienne des langues vivantes, 46, 3 (Mars).
L'article présente un modèle théorique du développement bilingue qui est qualifié de "macroscopique". Ce modèle est suivi d'une vérification empirique.
Le modèle considère le développement bilingue dans deux communautés, l'une majoritaire, l'autre minoritaire. Il veut établir simultanément les relations entre les aspects sociologiques et psychologiques du bilinguisme. Il définit des variables selon quatre dimensions: sociologique, socio-psychologique, psychologique et comportement langagier. La dimension sociologique comprend la vitalité ethnolinguistique, mesurée par le capital démographique, économique, politique et culturel. La dimension socio-psychologique comprend la mesure d'un "réseau individuel de contacts linguistiques" (RICL) pour chacune des langues, des mesures de "soutien éducatif" et d'"accès aux médias" également pour chaque langue. La dimension psychologique comprend des mesures d'aptitude, des scores de perception de la vitalité ethno-linguistique et, pour chaque langue des mesures de compétences orales (auto-évaluées) et de compétences socio-académiques. Le comportement langagier est le degré d'utilisation d'une des deux langues dans différentes situations.
La population étudiée consiste en un ensemble de finissants de huit écoles secondaires acadiennes. Les finissants de trois écoles secondaires de la région de Rivière-du-Loup servent de groupe-témoin unilingue francophone, et le groupe témoin anglophone est constitué par les finissants de quatre écoles secondaires anglophones de Moncton. Les résultats sont présentés sous forme de corrélations canoniques entre certains ensembles de variables.
Cette recherche est motivée par une réaction à ce les auteurs qualifient de "réductionisme analytique". Cependant, à vouloir ratisser trop large, la démarche ne peux guère produire plus que l'établissement de relations triviales entre concepts plus ou moins flous. De plus, en cherchant les variables aptes à mesurer ces concepts, les auteurs ne peuvent eux-même éviter le "réductionisme analytique". Finalement, et c'est là la critique la plus importante de cette démarche qui se veut être une "représentation globale": celle-ci ignore totalement la dimension historique qui, dans le cas présent (l'Acadie), infirme complètement au moins une des hypothèses du modèle. En effet, la renaissance de la communauté francophone en Acadie suite à la déportation témoigne d'une vitalité ethnolinguistique tout à fait exceptionnelle dans l'histoire et ne peux certainement pas s'expliquer, du moins au début, par le "capital économique", encore moins par le "capital politique".