L'article fait un survol des méthodologies et problèmes associées aux mesures des différences entres étudiants d'une langue seconde. Dans son introduction, l'auteur soulève deux approches à l'étude du fonctionnement humain: l'approche expérimentale et l'approche différentielle. Comme exemple de la première approche, Skehan mentionne la linguistique et la pédagogie. Il plaide pour une étude des variations inter-individuelles dans l'apprentissage d'une langue seconde.
On examine quatre caractéristiques principales influençant le succès de l'apprentissage d'une langue seconde. Ce sont l'aptitude et la motiviation, qui, par la médiation des stratégies d'apprentissages et des styles d'apprentissage détermineront les résultats en terme linguistiques (degré de compétence) ou non-linguistiques (affect).
Parler d'aptitude présuppose que l'on conçoit une telle caractéristique comme étant indépendante de l'intelligence et de l'expérience linguistique antérieure d'un individu. Or, on va beaucoup plus loin: on scinde cette caractéristique en quatre composantes indépendantes, soient la capacité de codage phonémique, la mémoire associative, la sensibilité grammaticale et la capacité d'apprentissage inductif d'une langue. On peut ainsi comparer et isoler les sous-caractéristiques qui font problème dans un contexte donné. On a aussi examiné la corrélation entre l'apprentissage d'une langue première et l'apprentissage d'une langue seconde en regard de ces sous-caractéristiques. En outre, on suggère que les mesures traditionnelles de l'aptitude mesuraient, en fait, une seule des caractéristiques de l'aptitude, soit la capacité de "décontextualisation".
La manière dont ces différentes composantes influencent les résultats n'est pas nécessairement additive. L'analyse des variations inter-individus permet d'établir des profils d'aptitudes linguistiques, soient des individus préférant une approche analytique à leur apprentissage, et d'autres privilégiant la mémoire. L'orientation de la méthode d'enseignement avantagera un groupe d'individu par rapport à l'autre, d'où la nécessité de regrouper les profils et de proposer une méthode d'enseignement appropriée.
Comme l'aptitude, la motivation est subdivisée en composantes. Elle comporte deux dimensions: ce qui est interne ou externe à l'individu, et ce qui est interne ou externe au contexte d'apprentissage. Par exemple, le matériel d'apprentissage est externe à l'individu et interne au contexte d'apprentissage. Cette grille permet d'attirer l'attention de la recherche sur d'autres facteurs déterminant la motivation que les seuls objectifs individuels. On fait aussi une distinction entre une motivation intégratrice (volonté de s'intégrer à la communauté) et une motivation instrumentale (langue vue comme un outil). Le problème demeure cependant toujours le même: celui de la clarté des concepts utilisés, de leur observation et de leur mesure. De plus, on remet en question l'indépendance entre aptitude et motivation.
Les stratégies d'apprentissages peuvent être définies en terme de positionnement (approche par tâche, langue vue comme système de communication, etc.) ou en terme de processus (inférentiel, déductif). On a essayé, sans succès, d'observer des stratégies d'apprentissages et de les lier aux résultats d'apprentissage. Si on postule que l'apprentissage des langues n'est pas différent de l'apprentissage d'autres contenus, on peut appliquer les théories cognitives développées en psychologie.
Le style d'apprentissage procède, selon les mots de l'auteur, d'une prédisposition générale envers le traitement de l'information d'une façon donnée. Encore une fois, on distingue entre individus "field-dependant", orientés vers l'interaction personnelle, et individus "field-independant", orientés vers l'analyse et la matière. Les "field-independents" tendent à avoir de meilleurs résultats mais on s'est rendu compte que cette caractéristique était très correlée au quotient intellectuel. On a aussi ajouté une deuxième dimension au style d'apprentissage, soit la caractéristique actif-passif.
Finalement, l'auteur souligne quatre conséquences de l'étude des variations individuelles: la quantification des relations entre caractéristiques et succès, l'observation des liens de ces caractéristiques entre elles ou avec des concepts externes, le développement de la formalisation, et enfin, la mise en perspective de la complexité du phénomène de l'apprentissage des langues.