Voici donc l'histoire de mon premier ancêtre à avoir foulé le sol de la Nouvelle-France au XVII siècle. Il s'appelait Jean......



Première génération



Jean Daigle était natif de Vienne en Basse-Allemagne, aujourd'hui capitale de l'Autriche, vers les années 1650. Selon le généalogiste Archange Godbout o.f.m., on n'a jamais pu prouver sans l'ombre d'un doute que celui-ci était le même Jean Daigre, luthérien de Spire en Basse-Allemagne qui avait fait abjuration à Québec le 6 décembre 1668. Mais c'est probablement le même, car ce que l'on sait, c'est que Jean ne savait pas écrire, et son nom variait sur les documents de l'époque selon la personne qui l'écrivait. Ainsi, selon L'abbé Nicholas Du Bos qui a célébré son mariage, c'était Jean D'Eyme; selon le notaire Duquet, c'était Jean D'Aigue; selon le notaire Vachon, c'était tantôt Jean Daigne, tantôt Jean Deigne.

Ainsi Jean, jeune homme de 18 ans environ, émigrant en quête de travail, arriva en Nouvelle-France vers 1668 et se convertit à la foi catholique. Et comme le voulaient la coutume et la loi de l'époque, il dut faire ses trois années comme engagé au service d'un habitant du pays. Et ce n'est que le 2 avril 1674 que le nom de Jean refait surface alors qu'il achète la terre de Pierre Ledoux à Bourg-Royal (aujourd'hui Charlesbourg), au coût de 80 livres tournois. Cette terre était la septième en remontant du côté est du grand quadrilatère de Bourg-Royal. Des quarante arpents qui constituaient cette propriété, il n'y en avait que deux qui avaient alors été défrichés. Sept ans plus tard, en 1681, eut lieu le recensement officiel de la Nouvelle-France et dans ce recensement, voilà ce qu'on y apprend:
Jean Daigle est un célibataire âgé de 32 ans. Il a dix arpents de terre en valeur, et en plus, il possède un fusil de chasse. Il demeure dans une maison contiguë à une étable, le tout d'une longueur de 30 pieds par 12 pieds de largeur, le plancher du haut étant embouveté, et celui du bas non embouveté. À un bout de la maison se dresse une cheminée de terre, un peu plus loin se voit un hangar fait de pieux et couvert de paille.

On est rendu en 1682, et Jean n'a même pas pu acquitter sa dette de 80 livres qu'il avait contactée huit ans auparavant. Le goût de l'aventure aidant, il décide de s'engager comme matelot pour pêcher sur le fleuve. C'est à cette période que les aventuriers Radisson et Des Groseillers, sur le Saint-Jean et le Saint-Pierre, engagent des matelots pour aller pêcher en Gaspésie. Mais en réalité, c'était pour aller faire la traite des fourrures à la Baie d'Hudson. On ne sait si Jean était au courant de cela. Toujours est-il que le 24 juin 1682, Jean va faire son testament devant le notaire Duquet où il est écrit que, vu les grands dangers qui le guettent dans son long voyage au nord, il recommande son âme à Dieu et dispose de ses maigres biens: 100 sols aux pauvres de sa paroisse et la moitié de la balance de ses biens aux Pères Récollets de Québec, et l'autre moitié à ses troix filleuls, Jean-François Allard, Marie Menier et Jeanne Derry. Ces trois enfants étaient des fils et des filles de ses voisins, qui, comme Jean, n'avaient ni frère ni soeur dans la région.

Pendant 2 ans, Jean fait partie de l'aventure de Radisson et Des Groseillers et si on ne voit pas son nom dans les livres d'histoire, c'est que comme des centaines d'autres, il n'était qu'un simple matelot et comme tel, il ne faisait que contribuer aux besognes qu'on lui imposait. Mais un certain jour, Jean en a assez de cette vie d'aventures et le 20 octobre 1684, il accoste avec Radisson et ses hommes à Québec sur le Garçon, un autre bateau appartenant à Radisson.

Jean a probablement aimé son expérience, car il restera marin de coeur comme on le verra plus tard. Pour le moment, après s'être rétabli sur sa terre à Charlesbourg, il se décide enfin à fonder un foyer. Et l'élue de son coeur est une fille de la paroisse, Marie-Anne Perroteau (Proteau). Elle est la fille d'Étienne Proteau et de Marguerite Séguin. Le dimanche 4 novembre 1685, un contrat de mariage est passé chez les parents de Marie-Anne devant de nombreux invités. Jean apporte à la communauté une concession sise à Bourg-Royal et dote sa future épouse de 150 livres de douaire préfix. Le lendemain 5 novembre, leur union est bénie devant Dieu en la chapelle de la paroisse de Charlesbourg. Jean est âgé de 34 ans, et Marie-Anne en a 19.

Pendant 4 ans, Jean parvient tant bien que mal à faire vivre sa famille. Durant ce temps, son épouse Marie-Anne lui a donné deux fils, dont le premier n'a survécu que 8 mois. Mais le 19 mai 1689, Jean Daigle dit Lallemand s'engage devant le notaire Genaple à mener et conduire la barque d'un dénommé Étienne Landron jusqu'à la fin de l'automne. On peut donc dire que jusqu'à sa mort, Jean fut plus matelot qu'habitant. De l'union de Jean et Marie-Anne, sept enfants naîtront:
1.- Jean, né le 9 mars 1686, décédé le 24 novembre de la même année.
2.- André, l'ancêtre, né le mardi 2 novembre 1688.
3.- Jacques, né le 9 mars 1691. Il s'est marié en Martinique en 1717 avec Catherine Aubier et il est revenu au pays vers 1725, car le 12 mars 1726 il est parrain au baptême de Jacques, fils d'André, son frère.
4.- Étienne dit Malborouk, né le 7 février 1693. Il s'est marié en Louisiane vers 1722 avec Susanne D'Espéron et y est décédé en 1733.
5.- Jean, né le 3 novembre 1694.
6.- Marie, née le 4 juillet 1696. Elle a épousé Louis Richard, fils de Pierre Richard et Geneviève Chrétien, le 13 juillet 1716 à Québec.
7.- Jean-Baptiste, né le 19 mai 1698, décédé après 1708.

Après avoir été hospitalisé en 1697 et 1698, Jean est décédé à l'Hôtel-Dieu de Québec le 26 août 1699. Il était âgé de 49 ans. Marie-Anne est devenue veuve avec un bébé âgé d'un an à peine, mais en femme courageuse elle va demeurer sur la terre familiale. Le 14 mars 1700, Marie-Anne signe un contrat devant le notaire Rageot engageant son fils Étienne, âgé de 7 ans, à un dénommé Charles Marette.

Le 15 juillet 1703, Marie-Anne, signe un contrat de mariage avec Pierre Vilday dit Laviolette, veuf de Charlotte Voisin, et fils de Pierre Vilday et Catherine Celes, originaires d'Espagne. Le contrat est passé dans la maison de Marie-Anne, et Pierre Vilday accordait à sa femme une douaire de 500 livres. Comme Marie-Anne avait hérité de la moitié des biens lors du décès de Jean, il fallait qu'un inventaire délémitât l'héritage des enfants. Ce qui fut fait devant le notaire Duprac le 25 septembre 1703.

Lors de cette prise d'inventaire, on s'aperçoit qu'il ne reste plus de meubles dans la maison, mais on peut penser que les Vilday étaient, à ce moment-là, probablement rendus dans leur nouvelle maison à Québec. Le fonds de terre à Bourg-Royal est évalué à 50 livres. Les animaux, une vache, un veau et trois cochons sont évalués à 67 livres. Et la dette de la concession de 80 livres n'est pas encore acquittée.

Marie-Anne aura trois autres enfants avec Pierre Vilday. Et ce n'est que le 20 décembre 1708, soit après que les Pères Jésuites eurent menacé une saisie de la ferme de Marie-Anne, que celle-ci la vendit à Jacques Huppé dit Lagrois, pour la somme de 120 livres. Les Jésuites reçurent leur dû et Marie-Anne resta avec 67 livres en tout.

Le couple Vilday était établi sur la rue Sault-au-Matelot depuis dix ans environ, lorsque Pierre disparut, on ne sait en quelles circonstances. Et un mois à peine après le mariage de sa fille Marie, qui à l'âge de 20 ans, épouse Louis-Philippe Richard, qui est alors âgé de 41 ans, Marie-Anne, qui est alors âgée de 54 ans, épouse le 17 août 1716, Nicolas Cornière, un homme originaire du Poitou.

Marie-Anne, qui est devenue veuve une troisième fois, s'est éteinte le 17 septembre 1742. Elle était âgée de 76 ans.

la ville de Québec vers 1700



Deuxième génération

retour à la page de bienvenue