PRESENTATION D'UNE NOUVELLE REVUE: LANTERN WASTE

 

Les deux textes suivants ont été traduits d'une nouvelle revue publiée en Australie. Correspondance: Lantern Waste

Post Office Box 346

Petersham NSW 2049

Australie

 

A titre d'introduction

 

            Le monde n'est pas comme il pourrait être, et ma vie n'est pas ce que j'aimerais qu'elle soit. C'est le point de départ et il se suffit à lui-même: malgré les discours creux des introvertis du New Age, il ne suffit pas de se "retrouver" en soi-même, et par là même d'ignorer sa place dans la société, en tant que c'est la société qui oriente directement l'individu et dicte le champ de l'activité personnelle. Aussi, les adeptes d'un style de vie anarchiste se sont trompés ; la façon dont vit un individu ne peut pas réellement influencer l'orientation de l'histoire, et à partir de là de la société.

            Le communisme est un mouvement existentiel. Nous ne sommes pas intéressés à modifier en aucune façon la société telle qu'elle est aujourd'hui ; l'existence humaine nécessite un changement radical et ceci ne peut pas être obtenu au travers de la politique, de réforme sociale, ou d'une révolution "ouvrière". De telles propositions, impliquant simplement la ré-organisation de la société, sont pathétiquement limitées dans leur

perspective. Je ne veux pas travailler pour un communiste à la place d'un capitaliste, je veux danser, et chanter, et...

            Je suis anti-capitalisme, anti-socialisme, anti-travail, anti-technologie, anti-production, anti-progrès, anti-individu,... ou, peut être plus justement, ces choses sont anti-moi. Comment peuvent-elles être détruites ? Je crois que la défense par Marx, en 1843, d'une "critique impitoyable de tout ce qui existe" est toujours le programmes révolutionnaire. La révolution n'est pas une possibilité d'actualité ; tout ce que nous pouvons faire est de rappeler -et de nous rappeler- que cette société n'est en rien inévitable, qu'elle éclatera un jour en morceaux. Et en même temps, pourquoi ne pas faire de notre mieux pour la faire éclater d'une manière quelconque. LW est pour moi une possibilité de dire ce que j'ai sur le cœur, d'inviter (avec confiance) au dialogue, et de clarifier ma propre pensée. Nous n'érigeons aucun monument idéologique, pas plus que nous ne tentons de fournir un plan pour une société future. Notre activité critique est simplement une tentative de rejeter et d'assigner une limite, à un niveau personnel, à une société méritant notre mépris. Le reste, quelque forme que cela puisse prendre, sera de l'histoire.

John Bailey

 

            Lantern Waste ne doit pas être compris comme un moyen de dissémination d'une perspective particulière. Car, alors que sans aucun doute nous avons une telle perspective -que je vais commenter rapidement- ce n'est pas avec le colportage de ce point de vue à l'esprit que nous nous sommes embarqués dans ce projet. LW doit plutôt être vu comme une série de notes et commentaires -un carnet de notes publique, si vous voulez- d'un groupe de gens essayant de comprendre le monde dans lequel ils vivent en s'armant d'un outil spécifique: la critique. La critique: qu'est ce que cela signifie ? Pour nous cela signifie l'examen rigoureux de tout phénomène social sans essayer de parvenir à une conclusion. On peut bien sûr douter de la possibilité d'une telle critique "pure" ne débouchant pas sur des conclusions. Notre attachement évident (au travers de LW) à une sorte de communisme pourra lui-même paraître immédiatement une telle conclusion.

            Pour nous, LW constitue une sorte d'intermédiaire entre la politique, pure et simple, et ce que nous croyons être une honnête tentative pour comprendre le monde, plutôt qu'une lutte pour lui imposer une perspective. Pour l'instant, nous n'avons pas abandonné notre passion pour quelque chose de plus que ceci ; et c'est cette passion elle-même qui nous conduit à rechercher son expression la plus générale, sociale. Où je veux en venir est qu'en tentant de comprendre le monde, nous en venons à voir qu'il existe une tendance très réelle dans la société - que nous sommes conduits à appeler comme d'autres la tendance communiste - et qui est produite par cette société et qui pourrait bien la transformer. Mais cela bien sûr reste à voir.

            Donc ce communisme, cette perspective particulière qui est la  notre: qu'est-ce qu'il implique? A partir des travaux réunis ici, quelques unes de ses caractéristiques peuvent être identifiées: abolition du salariat et de l'état, suppression des relations d'échange, abandon de la "technologie" et ainsi de suite.

            Mais ceci n'est que l'aspect programmatique du communisme, la forme brute, et en tant que telle peut uniquement montrer la voie à ce qui serait ultimement un nouveau mode d'être de l'espèce, une nouvelle existence. Ainsi nous avons adopté le mot d'ordre des situationnistes d'une "révolution de la vie quotidienne" en opposition au transfert du pouvoir social et productif aliéné à une quelconque abstraction ("classe", "le parti", etc...).

            Sans doute il y a de nombreuses erreurs et inconsistances dans nos tentatives. Il nous arrive souvent de le constater par nous-mêmes dans le cadre de notre activité. La critique, si elle veut être effective, doit finalement être une auto-critique, mais ce n'est pas toujours possible (ou facile) de voir ses propres erreurs. Aussi avons nous rendue notre activité publique, l'offrant ainsi à un examen minutieux et au commentaire. Car à moins de tout soumettre, et pas moins que le reste nos propres conclusions, à une évaluation critique, nous n'avons aucune chance de jamais aller au fond des choses: le pourquoi et le comment de notre étrange existence.

            Une note finale: plusieurs de mes contributions à ce numéro sont seulement partielles et sont suivies d'une liste des "points à être considérés à une date ultérieure", ou d'une déclaration d'intention de revenir plus tard plus complètement sur le sujet. Je n'ai pas simplement fait cela à cause d'une paresse ou incapacité à faire le boulot "sérieusement", mais pour mettre l'accent sur certains développements futurs (quand le temps et l'énergie le permettront) et honnêtement peut être pour montrer que ce sujet n'est pas du tout tiré au clair dans mon esprit. C'est aussi une façon d'initier un dialogue par rapport à une perspective qui n'est qu'en formation, et de capter quelque chose de ce processus de formation.

Trevor Carles

 

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