Il est 22h10
dans la chaleur moite du Stade Olympique de Munich, et on ne rêve
pas : c'est bien Didier Deschamps, et non Franco Baresi, qui monte le premier
les marches du podium installé à la hâte sur la pelouse
et vient chercher cette Coupe des champions que le football français
attend depuis 37 ans. L'OM, vainqueur à la régulière
du Milan AC 1-0 grâce à une tête de Boli en fin de première
mi-temps, peut maintenant faire son tour d'honneur tandis que la sono crache
«We are the champions» et que les Milanais, Papin le premier,
baissent la tête.
Son approche de la finale, contrairement
à il y a deux ans contre l'Etoile Rouge, a été parfaite,
sa gestion du match exemplaire et son plan de route respecté jusqu'au
bout. Il voulait n'avoir cette fois aucun regret, il ne se faisait surtout
pas une montagne de Milan : autant dire qu'il n'a pas raté son coup
et que tout a fonctionné comme prévu.
Une fois mis en confiance par la réussite
de Barthez et la maladresse de Massaro, puis par ce but tombé à
pic, Marseille aura ainsi réussi à étouffer progressivement
un rival trahi par ses stars et à lui clouer le bec pour de bon.
A l'arrivée, sa fraîcheur physique et sa formidable détermination
étaient simplement supérieures.
En attendant maintenant que son triomphe
fasse des petits, l'OM est devenu hier soir un grand d'Europe. Même
avec Milan en face, on n'avait vraiment jamais douté de lui.
Et Boli surgit...
Lorsque Pelé et Völler donnent
le coup d'envoi, l'OM fait face à ses supporters, massés
dans le virage ouest, et le plan tactique qu'il adopte est exactement celui
qui était prévu, sachant que Papin débute la partie
sur le banc de touche. Angloma et Desailly se partagent le marquage de
Van Basten et Massaro devant Boli, Eydelie et Di Meco sont chargés
de bloquer les couloirs et d'empêcher Milan d'animer son jeu dans
ce secteur ; enfin, en attaque, Boksic se tient bien dans l'axe, avec Pelé
à droite pour gêner les montées de Maldini, et Völler
à gauche.
Première impression ? Il y a beaucoup
de rythme, de prises de risque, d'engagement aussi, et les deux équipes
ne vont pas mettre longtemps pour porter le danger devant le but adverse.
C'est Milan qui s'y colle d'abord. Donadoni gagne un duel aérien
avec Di Meco, la balle file sur Van Basten, côté droit, le
Hollandais centre au deuxième poteau, mais la tête décroisée
de Massaro passe à droite (6e).
Dans la minute qui suit, c'est au tour de Marseille de passer à
l'action et de récupérer un ballon mal dégagé.Völler
en profite, il s'enfonce plein champ, Rossi repousse, Boksic suit, mais
son tir n'est pas cadré.
L'OM insiste. Sauzée, après
un coup-franc contré, remet dans le paquet, la défense milanaise
remonte mal, Boksic se retrouve a nouveau seul devant l'immense Rossi,
mais celui-ci sort vite et le lob du Croate est trop imprécis (11e).
La maîtrise des deux équipes est pourtant loin d'être
parfaite, les défenses ne semblent pas très sûres de
leur affaire et on sent bien que tout peut arriver à n'importe quel
instant.
Marseille, qui laisse souvent partir les
attaquants italiens à la limite du hors-jeu, est ainsi à
deux doigts de céder du terrain. Sur un corner bêtement concédé
par Desailly et tiré de la droite par Donadoni, Maldini place une
jolie tête, un poil au-dessus (12e).
C'est ensuite Massaro qui gâche une belle occasion en se déportant
trop sur la droite. Il peut néanmoins donner en retrait à
Van Basten, qui pivote, frappe et Barthez sort un premier arrêt-réflexe
important (17e). Enfin, c'est
encore Van Basten qui vient faire des misères aux défenseurs
marseillais, le long de la ligne de but, mais son centre-tir trouve encore
sur sa route Barthez (18e).
Malgré cette belle débauche
d'énergie et ces deux pressings qui s'affrontent, personne n'a réussi
le KO qu'il souhaitait et, par cette soirée lourde, le jeu se calme
un peu. Qui se charge alors de relancer la machine ? Milan, dont le jeu
long et la recherche d'espaces mettent souvent en difficulté la
défense de l'OM, pas toujours bien alignée lorsque la situation
le commande, et dont la récupération est supérieure
au milieu. Baresi peut ainsi alerter Massaro, côté gauche,
mais le deuxième attaquant de pointe milanais n'a pas l'air dans
un grand soir, il hésite à nouveau, et c'est Boli qui écarte
le danger (30e).
Qui aura néanmoins le dernier mot
de la mi-temps ? Qui fait un pas décisif vers la victoire ? Marseille.
Pelé prend de vitesse Maldini sur la droite et ce dernier s'en tire
avec un corner. Pelé le frappe, Boli s'élève juste
au bon moment devant Rijkaard et son ballon termine sa course dans le petit
filet gauche (44e). Tandis que
les deux équipes regagnent les vestiaires, Capello a déjà
envoyé Papin s'échauffer. Il est temps.
Et voilà Papin
JPP n'est pourtant pas convié au festin
dès la reprise et Milan réattaque donc la partie avec le
même dispositif. Si certaines de ses stars, comme Rijkaard, ont du
mal à suivre, il continue ainsi de faire confiance à son
savoir-faire quelques minutes encore, mais Marseille doit avoir à
cet instant un moral d'enfer, surtout lorsqu'il voit encore Massaro gâcher
une belle occasion de faire parler de lui (51e).
Alors que Boli reçoit un carton jaune
pour avoir frictionné les chevilles de Van Basten et que Baresi
paraît boitiller, Papin entre enfin (55e).
Mais Massaro est toujours là, puisque c'est Donadoni qui part s'asseoir
sur le banc. Que fait l'OM ? Il ne bronche pas et conserve la même
organisation. Pas pour longtemps car voilà qu'Angloma se blesse
à la cheville gauche sur un tacle défensif. Durand entre
donc à son tour pour occuper le couloir gauche devant Massaro et
Di Meco passe stoppeur dans l'axe sur Van Basten.
Marseille a pourtant toutes les raisons
d'être confiant. Il sait qu'il n'a jamais perdu un match de la saison
lorsqu'il a marqué le premier : on peut aussi lui souffler qu'à
l'exception du Bayern, en 1987 contre Porto, aucune équipe ayant
ouvert le score depuis 20 ans dans une finale de Coupe des champions ne
l'a perdue.
Un pressing de folie
Son pressing est désormais remarquable,
son occupation du terrain efficace, son jeu défensif beaucoup plus
sécurisant qu'à un moment, et sa combativité, sa faculté
de ne jamais lâcher le morceau doivent pouvoir lui permettre de tenir
encore 20 bonnes minutes comme cela. Milan, lui, ne donne pas le sentiment
d'avoir les forces, la vitesse d'exécution et les idées nécessaires
pour revenir dans la course. Méfions-nous tout de même de
ses ultimes assauts et du coup de patte de Papin, qui se jette par exemple
sur un ballon venu de la gauche et voit son tir mourir à quelques
centimètres du poteau droit de Barthez (78e).
Pour muscler encore un peu plus une équipe
qui n'en manque pourtant pas et densifier son milieu de terrain, Goethals
lance à présent Thomas à la place de Völler.
Ce à quoi Capello réplique du tac au tac en enlevant Van
Basten, bien fatigué malgré un dernier bon centre sur lequel
Massaro a été trop juste (84e),
et en misant désormais sur la fraîcheur d'Eranio. En vain.
Marseille tient sa victoire et ce n'est
pas maintenant qu'il va craquer. Il est héroïque derrière,
à l'image de Boli, qui prend tous les ballons qui viennent, il continue
de casser sérieusement les pieds à Milan grâce à
Pelé, un véritable cauchemar pour Maldini, et ses pestes
du milieu font le reste. Voilà, il est 22h15. Milan n'en peut plus,
il a rarement été à la hauteur de sa réputation
en seconde période, et les Marseillais entrent dans l'Histoire.
Deux ans après les larmes de Bari, leur joie et leur soulagement
font plaisir à voir. |