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Grand d'Europe
Et la septième
finale française en compétition européenne de clubs
fut la bonne !
Enfin !
Trente-sept ans après que notre journal, L'Equipe,
eut inventé et créé cette épreuve monumentale,
un club français a enfin touché au but !
Rendez-vous compte: de 1956 à ce mercredi 26 mai
1993, cent cinq Coupes d'Europe avaient été mises en jeu
sans que la France, cancre du Vieux Continent, ait pu une seule fois monter
dans le train des vainqueurs.
Tour à tour, Reims (1956, 1959), Saint-Etienne
(1976), Bastia (1978), Marseille (1991) et Monaco (1992) avaient trébuché
sur la dernière marche, comme une incroyable malédiction
qui semblait s'abattre sur le football français.
Et puis, en ce joli moi de mai 1993, l'Olympique de Marseille
n'a pas flanché, comme il l'avait fait deux ans plus tôt à
Bari, alors qu'on le croyait capable de dépuceler notre pays.
Souvenez-vous: Bari et sa cruelle séance de tirs
au but. Bari et ce Boli en larmes qui, vingt-quatre mois après,
à Munich, est celui par lequel le bonheur surgit.
Que l'Olympique de Marseille soit le premier club français
à inscrire son nom au palmarès de la Coupe des champions
ne relève pas d'un déni de justice. C'est même tout
le contraire.
Depuis que Bernard Tapie a «repris» la maison,
en avril 1986, il lui a donné quatre titres consécutifs de
champion (cinq samedi?) Et une Coupe de France sur le plan national et
l'a amené au plus haut sommet international, avec deux demi-finales
européennes, une finale et, depuis hier soir, une victoire.
Dans le genre, on ne peut vraiment pas faire beaucoup
mieux. Devant le travail accompli, on s'incline.
Paradoxalement, c'est l'année où l'on s'y
attendait peut-être le moins que l'OM s'empare du précieux
trophée. On ne débute pas une saison privé de ses
trois monstres (Mozer, Waddle, Papin), en effet, sans revoir a priori ses
ambitions à la baisse. Du moins le croyait-on.
Or, dans un autre registre, avec une équipe plus
«dure», plus compacte, Marseille est reparti de plus belle.
Que ce succès ait été arraché
face au Milan AC, présenté à juste titre comme le
plus grand club du monde, ajoute évidemment à la beauté
de l'oeuvre accomplie.
On ne bat pas un club italien en Coupe d'Europe, a fortiori
en finale, si l'on n'est pas soi-même un grand d'Europe.
L'OM l'est devenu un peu plus hier, et avec lui le football
français, qui gagne avec ce titre les dernières lettres de
noblesse qui lui manquaient.
Compétitif au niveau de sa sélection nationale,
il lui restait à le démontrer au plan des compétitions
interclubs.
La démonstration impose le respect.
Avec l'OM qui tire tout le monde dans le bon sens, Paris-SG,
Auxerre, remarquables sur le front européen cette année,
et tous les autres, le football de notre pays prend une nouvelle dimension.
Justice est enfin faite. |