TACTIQUE
L'OM a tout piégé...
Comme il y a deux ans, Marseille a surpris Milan tactiquement. Cette fois c'est le piège du hors-jeu qui a fonctionné. La solidarité marseillaise a fait le reste, et peu à peu découragé les Italiens.
Il est 20h05 à la pendule du stade Olympique. L'échauffement des Marseillais tire à sa fin. Au milieu d'eux, un homme en complet-cravate glisse une parole par-ci, un geste d'encouragement par-là. C'est Bernard Tapie. Le président de l'OM attend le tout dernier moment pour rejoindre la tribune d'honneur. Président ? Oui, mais aussi entraîneur, ou tout au moins stratège en chef.
Ce n'est plus un secret pour personne. La tactique de l'OM hier soir, c'était du Tapie avec l'aimable collaboration de Tomislav Ivic, et la participation de Raymond Goethals. Deux jours avant la rencontre, le boss évoquait d'ailleurs à la première personne du singulier, l'équation de cette finale. «Si Gullit joue, j'ai un gros problème. Si c'est Donadoni, ça m'arrange sacrement». Papin ? La parade était prévue, avec Di Meco dans le rôle du garde-chiourne.
Finalement, Capello a fait confiance aux hommes en forme, en l'occurrence Donadoni et Massaro. L'OM, qui attendait de connaître les intentions rossoneri, a opté pour la combinaison suivante : Eydelie et Di Meco sur les côtés, face à Donadoni et Lentini; la garde noire dans l'axe, Desailly se chargeant de Van Basten et Angloma de Massaro ; au milieu, le duo Deschamps-Sauzée est chargée de ratisser tout ce qui se présente ; alors qu'en attaque, Pelé tient la droite, Boksic le centre et Völler la gauche.
Le plan marseillais réside autour de deux idées-forces : l'alignement quasi systématique en défense et la mise sous pression de la paire Costacurta-Baresi, dont la relative lenteur peut être exploitée par Boksic.
S'agissant de la deuxième partie, l'OM va rapidement comprendre qu'il est préférable de jouer sur la diversification plutôt que de s'entêter à forcer le passage.

Tout change grâce à Basile

Quant à la première partie, elle ne sera pas loin de déboucher sur une véritable faillite. Pour jouer le hors-jeu de manière efficace, deux conditions sont indispensables : une coordination de tous les instants et des juges de touche à la hauteur. Or, ni l'une ni l'autre n'allaient être réunies. A de multiples reprises, les Milanais faussent compagnie aux défenseurs olympiens. Massaro, en particulier, trouve par trois fois des boulevards devant lui. Mais son manque de vélocité et la classe de Barthez viennent à la rescousse de l'OM. On se dit qu'avec Papin à la place de Massaro, il y aurait sans doute eu de la casse.
Toutefois, les Marseillais peuvent légitimement invoquer les réflexes parfois grotesques de MM. Popovic et Krieg, les deux juges de touche suisses, à qui l'on a visiblement oublié de signaler qu'un hors-jeu se déterminait au départ du ballon et non pas à l'arrivée.
Résultat de tout ca : d'énormes frayeurs pour les Marseillais. Rudi Völler, qui a compris le danger, ne se gênera pas pour engueuler ses coéquipiers et leur demander de revoir leurs manoeuvres.
On en est là de cet inquiétant constat lorsque Basile Boli, une minute avant la pause, d'une tête gigantesque, donne l'avantage à l'OM. Les Marseillais ne s'étaient plus créés la moindre occasion depuis la dixième minute, la ligne milanaise ayant elle plutôt bien fonctionné. L'essentiel, cependant, est sur le tableau d'affichage : l'OM mène 1-0.
Dix minutes après la reprise, Papin remplace Donadoni, qui a été dominé par Di Meco. Six minutes plus tard, Angloma, blessé, sort au profit de Durand. Ce dernier se cale sur le côté gauche, pendant que Di Meco glisse dans l'axe où il se retrouve nez-à-nez avec Papin.
Cette fois, ce n'est plus la même musique. Milan monopolise le ballon, mais l'OM a fermé la boutique à double tour. L'alignement est plus précis, la cohésion renforcée et les interventions défensives sans bavure. Milan a abandonné l'aile droite, Lentini est bloqué à gauche et les efforts de Van Basten et Papin ne débouchent sur rien. Barthez n'est que très peu sollicité.
On sent que les Marseillais, admirables de solidarité, ne lâcheront plus le morceau. Milan, bien peu inspiré, s'empêtre à tous les coups dans le filet tendu par l'OM, où plus une maille ne fait défaut. A dix minutes de la fin, Goethals lance un arrière supplémentaire, Thomas, à la place de Völler. Les espaces sont inexistants, les Marseillais survoltés. Les Italiens sont hors-jeu, hors du jeu et hors du coup. C'est fini !
Après avoir frôlé la catastrophe, l'OM a magnifiquement su rectifier le tir. Il a suffit d'un but de Boli pour que le match change d'âme. Boli, le martyr de Bari devenu le héros de Munich.