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De chez eux où ils s'étaient massés devant leur poste de télévision ou dans les restaurants équipés d'écrans géants pour une clientèle privilégiée, tous se retrouvèrent dans la rue afin de libérer le trop plein de cette énergie et de cette passion qu'ils avaient trop longtemps contenues. L'OM menant 1 à 0 devant le Milan de JPP. Quoi de plus normal après tout. «De toute façon, que ce soit en match officiel ou amical, nous n'avons jamais perdu contre ces «putaing» d'italiens.» Le crâne enroulé dans un maillot bleu et blanc., les joues dessinées de la même couleur, les inconditionnels de l'Olympique de Marseille, ceux qui ne purent cependant pas débourser les deux, trois ou quatre milles francs afin d'obtenir le fameux sésame pour Munich annonçaient là, sur le quai des Belges, que désormais plus rien ne pouvait leur arriver. «On n'a jamais perdu contre eux, je te dis !» On conjure le mauvais sort comme on peut... La deuxième mi-temps va commencer. Comme ce fut le cas une bonne heure plus tôt, les rues vont se vider en plus de temps qu'il n'en faut pour le dire. Comme par enchantement, la vie semble s'être évanouie. Marseille redevient ville-morte. Seuls quelques gardes mobiles, en faction sur les points stratégiques de la cité, font contre mauvaise fortune bon coeur et surveillent d'un oeil inquiet cette armée de l'ombre qui ne va pas tarder à resurgir. Le pouce coincé dans le ceinturon en cuir de son pantalon, René avoue, quelque peu désabusé : «Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, c'est mon boulot. Je suis obligé d'être dans la rue. Vous y êtes bien vous !» Des sifflets se font alors entendre dans la ville. Une voix métallique sortie tout droit de son talkie-walkie prévient René : «Papin vient d'entrer.» Un peu plus loin, il suffit de descendre quelques marches pour se retrouver devant l'employé de la RATP. Celui qui est de garde précisément ce soir-là, le mercredi 26 mai 1993 au métro Vieux Port - Hôtel de Ville. Le son du transistor filtre de la cabine. Ca grésille dur. «Moi je me fous de la télé. La radio cela me permet de faire travailler mon imagination». Etre bloqué dans son aquarium alors que près d'un milliard de téléspectateurs sont rivés devant leur petit écran n'émeut pas plus que ça notre bonhomme. «Un milliard ? Vous n'êtes pas de Marseille, vous ?» L'explosion ! Devant l'église qui fait l'angle du
quai des Belges et de la rue du Beausset, nous avons trouvé, en
début de soirée, le seul Marseillais mécontent de
la ville. Un pauvre diable, qui tend du bout des doigts sa casquette désespérément
vide aux passants. «Moi, je m'en fous de l'OM. Personne ne passe.
T'as pas cent balles ?» Devant ses yeux ébahis passera
alors une Renault 18 bleue ensevelie sous le poids de 18 supporters (nous
les avons comptés). Il faudra l'intervention des forces de Police
pour que les amortisseurs, qui hurlaient de douleur, soient enfin soulagés.
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