DECEPTION
Hier matin, il a appris qu'il était remplaçant. Le soir, il a joué trente-cinq minutes, mais sans marquer le but décisif dont il rêvait...
Papin est le seul Français triste
Les remplaçants milanais regardent à gauche, Papin à droite...
MUNICH. - Les remplaçants milanais regardent à gauche, Papin à droite. Peut-être vers le camps marseillais...
...Boksic (à gauche) salue Papin avant la rencontre.
MUNICH. - L'idole du Vélodrome et celui qui l'a remplacé dans le coeur des Marseillais. Boksic (à gauche) salue Papin avant la rencontre.
BIZARRE. Mardi à midi, en dévoilant son équipe, Fabio Capello a souligné qu?il attendrait l?ultime entraînement du mercredi matin pour décider de la composition exacte du banc des remplaçants. Certes, le second gardien Cudicini, Nava et Eranio étaient d?ores et déjà assurés de s?asseoir «sulla panchina» comme disent les italiens, mais il restait quatre noms pour les maillots 15 et 16 : Simone, Evani, Gullit et Papin.
Gullit ou Papin, cela faisait plus d?une semaine que le balancier de l?incertitude oscillait entre le Néerlandais et le Français. C?est une place de titulaire qui avait d?abord été en jeu, puis un strapontin de remplaçant seulement, Fabio Capello ayant décidé d?opter pour «l?homme en forme du moment», Daniele Massaro.
Toutefois, dès mardi soir, des informations concordantes laissaient à penser que JPP partait favori face à «Tresses noires». Sur les coups de 23 heures, un journaliste italien de la Finivest, la holding Berlusconienne, affirmait, sûr de lui : «J?ai rencontré un haut dirigeant du Milan AC. Evani et Papin seront sur le banc.»
Hier, l?information était très rapidement confirmée. Le Milan AC, comme avant chaque match disputé en nocturne, effectue dans la matinée un entraînement léger, baptisé «rifinitura», un travail de finition à base d?étirements et de jeux. Bref, un anti-stress qui occupe la matinée.
Là, au Hans-Bayer Stadion, petite enceinte sportive perdue dans la verdure Bavaroise, Jean-Pierre Papin est radieux. Son Visage vaut tous les tuyaux. Il sourit, plaisante avec le préparateur physique, Vincenzo Pincolini. Aucun doute, il va s?asseoir sur le banc et non pas en tribune.

Le même numéro... qu?Olmeta

Fin d?entraînement. «Bonne nouvelle, Jean-Pierre
«Oui, répond-il avec un sourire large comme un croissant. Capello me l?a dit, il y a dix minutes à peine. C?est super...» Un journaliste lui tend un téléphone portable. JPP essaie de joindre Florence, son épouse, pour lui faire part sans plus attendre de la bonne nouvelle. En vain.
Lorsque l?OM avait gagné sa place en finale, fin avril, l?ancien Marseillais avait aussitôt affirmé : «Il faudrait me couper la jambe pour que je rate ce rendez-vous
Il a bien failli le rater. Mais cette fois-ci, ça y est. Il la tient, sa soirée de gala, sorte de jubilé officiel entre son club actuel et celui qui l?a rendu célèbre.
Il est 18h50 et dans un Olympiastadion où les écrans géants annoncent une température tropicale (28,6°) les Milanais, en survêtement, viennent de tâter la pelouse du bout de leurs baskets. Ils regagnent les vestiaires lorsque les Marseillais, eux, sortent du souterrain. Papin croise Pelé. Petite tape amicale sur le crâne du Ghanéen.
Une heure plus tard, le Français vient rejoindre ses coéquipiers qui s?échauffent. Echanges de passes avec Baresi. Puis étirements le long de la ligne centrale et petite conversation avec Olmeta. Pour la première fois de leur carrière, sans doute, les deux anciens coéquipiers portent ce soir le même numéro : le 16.

Un pied un peu haut

Coup d?envoi. Assis entre Nava et Evani, Jean-Pierre Papin est tendu. Occasion Van Basten - Massaro. JPP est debout, comme tous les remplaçants. Il se rassoit en croisant les mains au-dessus de sa tête, comme il fait si souvent.
Völler - Boksic répliquent immédiatement. Le Français du Milan AC s?est levé de nouveau...
En revanche, lorsque Boli ouvre la marque en fin de première mi-temps, JPP ne bronche pas, les jambes repliées devant lui, la tête dans les genoux.
A la pause, il s?apprête à regagner les vestiaires lorsque Capello lui demande d?aller s?échauffer.
Pendant un quart d?heure, il a la pelouse pour lui tout seul. Comme l?an passé, lorsqu?il était venu effectuer quelques bicyclettes pour une émission de télé allemande.
Le match reprend et le numéro 16 milanais continue de trottiner sur un carré de pelouse, le long de la piste d?élan du saut en longueur.
21h27 : il enlève sa veste de survêtement. Deux minutes plus tard, il remplace Donadoni. Il reste alors trente-cinq minutes à jouer.
Sera-t-il inhibé ? Sera-t-il survolté ? Cent mille fois, ces questions ont été posées depuis un mois. On va enfin savoir.
Premier appel de balle : c?est Van Basten qui reçoit la balle à gauche.
Second départ : surveillé par Desailly, JPP perd le ballon qui lui heurte le talon.
Et puis c?est une tête de Rijkaard sur laquelle Fabien Barthez s?y reprend à deux fois. L?ex-Marseillais s?est précipité et lève le pied un peu haut devant le gardien de son ancien club. Attroupement avec Jean-Jacques Eydelie en tête qui s?en prennent à Papin. Basile retient l?ancien Nantais, Maldini écarte son avant-centre français. L?incident est clos mais l?ambiance est montée d?un cran.
Devant lui, le capitaine de l?équipe de France voit ces milliers de supporters marseillais, tout de blanc vêtus, qui ont sifflé son entrée sur le terrain avec la même force qu?ils acclamèrent son prénom pendant six ans.
Centre de Van Basten : reprise de Papin qui frôle le montant. Unique action d?un Milan AC fatigué qui sèche devant le problème marseillais.
Nouveau centre de Van Basten : JPP est trop court pour reprendre de la tête.
Le protocole prépare déjà la remise de la Coupe pendant que les tifosi milanais quittent le stade par centaines.
Marco Van Basten sort. Lentini, Massaro, Eranio tentent de prêter main forte à Papin. Sans y parvenir. C?est fini.
A trente mètres de ses anciens coéquipiers, JPP, encore dans le camp des perdants, observe, bras croisés, la remise du trophée.
La France tient enfin sa première Coupe d?Europe. Et le capitaine de la sélection, lui, la perd pour la deuxième fois.

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