Les balbutiements de la course de montagne à la Réunion n'ont pas laissé des traces indélébiles...

Dix ans, ça passe si vite !

De la Grèce antique, berceau des joutes pédestres, à l'Entre-Deux, les Trophées Mondiaux 98 marquent le dixième anniversaire de la course de montagne à la Réunion. C'est aussi la suprême récompense pour les passionnés de l'effort et de la nature. A travers cet événement, la promotion de la montagne réunionnaise gagne le label d'or, indispensable à sa bonne renommée.

Une photo jaunie. Un attroupement de 87 sportifs. La place de la première Maison de la Montagne, créée en 1987 à Cilaos, est noire de monde. Baskets, tee-shirts et shorts bercés par la brise glacée, ils trottinent face au majestueux sommet du Piton-des-Neiges. Au son du coq lointain, l'horloge de l'église affiche 6h45. En tenue sportive, le directeur de la Maison de la Montagne, tout sourire, contemple son uvre. "Le cross du Piton-de-Neiges, premier du nom. Cette course de montagne est à mettre l'initiative du défunt Jean-Jacques Mollaret. Gendarme de haute-montagne à Chamonix en retraite, il s'était inspiré du Cross du Mont-Blanc pour mettre en valeur les merveilles des hauts de la Réunion. Il faut associer à cette première Jean-Jacques Berthola et Roger Fagonde qui ont contribué à la réussite de la manifestation", précise l'actuel directeur, Axel Hoareau.
Coup d'il plus appuyé sur la photo jaunie, on y aperçoit Alain Dijoux, gardien du gîte du Piton-des-Neiges. Mais c'est vous ? "Eh oui, j'ai fait le premier cross du Piton-des-Neiges. Comme je connaissais parfaitement les sentiers, je me suis inscrit sans entraînement spécifique. Le jour J, j'étais perdu parmi la foule des anonymes par 7-8 degrés. Le départ donné à 7 heures du matin, j'ai suivi la longue file indienne en prenant les premiers lacets par Bras Sec. Des sentiers chaotiques et rocailleux à souhaits, où seul une âne s'y mouvait sans déraper. J'ai mis 2h30 pour atteindre le sommet du Piton-des-Neiges". Y avait-il des engagés métropolitains ? "Je ne m'en souviens pas. Certainement des touristes de passage". Qui a gagné ? "Je ne sais plus, la mémoire me fait défaut".
La reconnaissance des gens des hauts assurée, la course de montagne va prendre de l'ampleur sous forme de randonnée sportive, la Grande Traversée (1989), la Passe-Montagne et le Grand Raid qui refuse aujourd'hui du monde. Et Olivette Hoareau, native de l'Entre-Deux, championne de la Trans-Dimitile et de course de montagne, s'est laissée séduire comme beaucoup d'autres : "Je n'étais pas une athlète avant. Je faisais un peu de footing pour ma ligne. La médiatisation des courses de montagne et le fait d'habiter dans les hauts m'ont entraînée, en 1995, au Piton-des-Neiges, épreuve que j'ai gagnée en tant que première féminine locale. Mais comme, je n'étais pas licenciée, on ne m'a pas décerné le trophée".

LES PREMIERS PAS DE LA TRANS-DIMITILE

Elle note au passage que 25 féminines avaient pris le départ de cette épreuve. Mais la Trans-Dimitile ? "J'y n'étais pas en 1991. En revanche, je sais que c'est à l'initiative de la présidente Liliane Barbeur et Albert Ivert du Syndicat d'Initiative en collaboration de la Maison de la Montagne que la première édition s'est courue en 1991". Aucun habitant de l'Entre-Deux inscrit à l'époque sur la distance, cela se fera l'année suivante avec la participation de Martel Rivière. De 292 participants en 1991, la Trans-Dimitile enregistre 500 engagés trois plus tard. Un record qu'explique Olivette Hoareau : "L'organisation qui s'est améliorée chaque année et les sentiers toilettés à merveille ont favorisé la popularité. Il est vrai aussi que la répétition des courses et randonnées de montagne ont poussé les Réunionnais à découvrir leur propre île". La Trans-Dimitile va ainsi redynamiser l'athlétisme à l'Entre-deux. La "Jeunesse club athélic" en sommeil retrouvera sa flamme, alimentée par les victoires d'Olivette Hoareau.
Ce week-end à l'Open des Trophées Mondiaux, il y aura trois sportives de l'Entre-Deux sur la ligne de départ, Olivette Hoareau, Annie Clain et Régine Fontaine. Mais comment Olivette Hoareau a-t-elle fait pour devenir, championne de la Réunion de course de montagne ? "Les échanges aidant, j'ai appris au fur et à mesure les éléments indispensables à une bonne préparation physique et psychologique. Les conseils des anciens ont été aussi précieux". Le "bouche à oreille", voilà le secret de Dame Hoareau.
Des battants des lames aux sommets des montagnes, la Réunion vend mieux ses merveilles, par le biais des activités sportives pleine nature. En accueillant les 14es Trophées Mondiaux, prévus ce week-end à l'Entre-Deux, elle marque un bel essai, en matière d'organisation et de site favorisant la pratique de la course de montagne. L'aboutissement d'un travail de longue haleine de la direction de la Maison de la Montagne.
"Nous avons toujours recherché à nous positionner sur le plan national et international. C'est ainsi qu'en collaboration avec la ligue réunionnaise d'athlétisme et les collectivités locales soutenues par la Fédération française, nous avons défendu les couleurs de la Réunion en Autriche (1996) et en République Tchèque (1997)", précise Axel Hoarau. Une récompense à partager avec tous ceux à qui les cirques réunionnais ont donné des idées.

* Le pionnier

Le directeur de la Maison de la montagne, Jean-Jacques Mollaret, qui avait lancé la première course de Montagne à Cilaos en 1988, est décédé sous une avalanche à Foux d'Allos.

Extrait du Journal de l'Ile de la Réunion