Les Payet en couple aux Trophées mondiaux

L'amour au sommet

Martine et Jean-Paul ne pourront pas dissocier leurs vies, leur rencontre, leur avenir, de cette montagne qu'ils adorent. Amoureux et passionnés, ils ont lié leurs destins au-delà du regard des hommes. C'est tout là-haut, qu'ensemble, ils atteignent la plénitude. Dans un Monde où les sentiments sont trop souvent terre-à-terre, les époux Payet ont décidé de prendre de la hauteur. Pour s'aimer et pour courir...

Quand on est coureur et qu'on veut dompter les hauts sommets, la montagne est parfois impitoyable. Solide comme un roc, elle ne se laisse pas faire. Pour l'apprivoiser, il faut être infaillible. La moindre faute, le moindre moment d'égarement, la plus petite foulée de travers, peuvent changer votre destin. C'est ce qui est arrivé aux (désormais) époux Payet.
En 1992, Martine honore sa première sélection de course en montagne ("presque par hasard", avoue-t-elle). Sur les pentes italiennes, elle tombe et va garder longtemps en mémoire de "mauvais souvenirs". Quelques mois plus tard, elle est à nouveau sélectionnée pour disputer les Jeux pyrénéens de l'aventure. Le destin frappe encore à la porte. Jean-Paul est à son tour victime d'une chute, quasiment sous les yeux de sa future. "Personne ne voulait l'accompagner à l'hôpital, se désole-t-elle encore aujourd'hui. D'instinct, j'y suis allée. Ça lui a fait plaisir et voilà..."
La suite, ce sont des stages, des voyages, des sélections qui s'enchaînent. Toujours ensemble pour cimenter définitivement les bases de leur avenir. Parce que, dit Martine, "Un déplacement à deux vaut mieux que deux tout seul".

"UNE VIE NORMALE"

Après avoir appris à se connaître, à s'aimer, les Payet estiment qu'ils vivent une existence "normale". Jean-Paul explique qu'ils arrivent à "dissocier" les vies sportive et familiale, qu'ils sont "bien organisés" pour éviter de mélanger les deux, et s'offrir quelques moments de détente, sans parler de course à pied à tout bout de champ. C'est simple, "On vit normalement, analyse Jean-Paul. On pense à autre chose, on ne parle pas uniquement de course et on s'offre parfois des petits extras, tout en faisant attention". Même si leur colonne "nombre de jours à la maison" est largement déficitaire, Martine et Jean-Paul n'échangeraient pas leur destin. "Quand on voit la vie que mènent certaines personnes autour de nous, on préfère la nôtre. Même si, entre le boulot et les compétitions, on ne passe pas beaucoup de temps à la maison, nous ne sommes pas malheureux". De toute façon, Martine est claire quand elle dit : "Notre priorité, c'est la course".
Reste que, comme dans tous les couples de la planète, les Payet n'échappent pas aux problèmes. Les leurs sont souvent liés à des états de fatigue physique, de méforme ou de blessures qu'il faut gérer. Pas évident de trouver les mots justes quand l'être aîmé est au bord du gouffre et qu'on pète la santé... "Tout dépend du point de vue personnel, analyse Martine. Je suis passée avant lui au niveau de la blessure. En 1995, j'ai complètement raté ma saison à cause d'une tendinite. Arrêtée deux mois et écartée de toutes les sélections, de tous les stages. Je n'allais pas le voir parce qu'il valait mieux le laisser dans un contexte favorable. Cette année c'est lui qui a connu la blessure et qui a souffert. Mais, on n'est pas jaloux dans un couple. Même si on n'a pas les mêmes qualités, nous faisons du haut niveau tous les deux. Nous sommes ensemble et ça suffit à notre bonheur."
Jean-Paul, de son côté, écarte la notion de frustration dûe à l'immobilité ou à une méforme persistante. "Dans ces moments-là, je ne pense qu'à me préparer au mieux pour les échéances suivantes. C'est ma ligne de conduite. Mais c'est vrai que la blessure, ça travaille dans la tête... On ne sait jamais si on va revenir à son meilleur niveau, si on va être prêt à temps. Cette année, blessé et arrêté deux mois (tendinite au deux tendons d'achille), j'étais tout prêt de déclarer forfait pour ces Mondiaux."

"BESOIN DE LA PRÉSENCE DE L'AUTRE"

Pourtant, samedi matin, Jean-Paul sera frustré. Les responsables de la sélection française lui ont fortement déconseillé de se rendre sur le parcours pour suivre la course féminine. Martine sans Jean-Paul. "J'aurais bien aimé y aller mais ça va être impossible. Le parcours est fermé, il faut s'y rendre à pied et les entraîneurs ne veulent pas qu'on aille se fatiguer avant de courir dimanche. Ça m'embête un peu mais c'est comme ça. Ce sera peut-être la première fois que je ne vais pas la voir courir." Martine aussi fait la moue. Une course sans son binôme, ça n'a pas la même saveur. "Ça va être frustrant, c'est sûr", lâche-t-elle. "C'est important que Jean-Paul soit là. Parfois, même à l'entraînement, on a besoin de la présence de l'autre. Samedi, ce sera un peu difficile parce qu'on est toujours ensemble sur les compétitions. Je crois qu'il n'est pas bon de changer les habitudes mais on essaiera de faire avec..."
Un contretemps qu'ils auront l'occasion d'effacer. A 38 ans, Jean-Paul estime qu'il peut encore courir au plus haut niveau "entre deux et quatre ans". "Si on est raisonnable, qu'on court sans brûler les étapes, c'est jouable. Mais attention, trop de courses, ça use. La montagne ça abîme la santé." Martine, quant à elle, évoque "la passion" qui la lie à la montagne. Les yeux brillants, perdus dans leurs souvenirs, elle dit qu'il lui est arrivé "une chose extraordinaire" il y a quelques mois. "Je passais un week-end en toute décontraction avec mes parents dans la montagne et j'ai trouvé un bébé chevreuil. On l'a sauvé et il se porte maintenant très bien. Cet épisode a réellement été un déclic. Après ça, je me suis dit que j'étais vraiment réconciliée avec la montagne, que ma chute de 1992 était définitivement effacée."
Pour que le chapitre émotion ne se referme pas, il suffit d'évoquer l'avenir du couple Payet. De parler d'enfants. "Il faut plutôt poser la question à mon mari", s'esquive, rieuse, Martine. "On en a déjà parlé et je suis entièrement d'accord. Mais c'est une décision qu'on doit prendre à deux parce qu'il a déjà deux enfants et je ne veux pas le forcer à en avoir d'autres. Moi, c'est mon désir le plus cher. Je ne vois pas un couple sans une famille. Et puis, ça peut aller de pair avec une carrière sportive. A Budapest, aux derniers championnats d'Europe d'athlétisme, j'ai vu une jeune maman allaiter son enfant sur la piste d'entraînement...". Jean-Paul, de son coté, s'échappe par un "On verra en fin de saison, on en rediscutera".
Il serait toutefois étonnant que d'ici un an ou deux, du coté de Piton Saint-Leu où Jean-Paul possède une maison, on ne voit pas les deux fous de montagne accoucher d'une petite souris Payet...

Extrait du Journal de l'Ile de la Réunion