Trophées Mondiaux : Il figure parmi les favoris en junior

Raymond Fontaine : "Je suis prêt"

Le jeune athlète de Petite-île courra les Trophées Mondiaux demain matin sous le maillot de l'équipe de France. Sur un parcours qu'il connaît bien, il peut décrocher le titre.

Depuis trois, quatre semaines, Raymond Fontaine est entièrement tourné vers le Dimitile. Chaque jour (ou presque) ses pensées se sont envolées vers ce sommet de l'Entre-Deux qu'il devra vaincre demain matin. Vers ce titre mondial qui semble à sa portée. Vers ce morceau d'éternité qui peut s'offrir à lui. D'ailleurs, le junior prodige ne s'en cache pas. S'il s'est entraîné en secret, refusant que des yeux indiscrets suivent ses foulées d'entraînement, s'il a même parfois surpris Jean-Jacques Prianon, son entraîneur, s'il a choisi la discrétion avant l'apothéose, c'est qu'il a son idée sur la question. "Je me suis entraîné très dur sur le parcours et je me sens bien. Au début, j'ai trouvé que c'était très dur mais je me sentais de mieux en mieux au fil des entraînements. Mon organisme a bien assimilé les difficultés. Je respire bien et je me sens de plus en plus facile. Je suis prêt pour la belle bagarre qui aura lieu samedi".
Il n'y a aucune forfanterie dans les propos de Raymond. Juste cette grande assurance d'avoir tout fait pour être au top le jour-J. Même mentalement, il a veillé à ne pas s'engorger l'esprit, avouant même, quelques heures avant le départ, "ne pas avoir trop pensé au film de la course". Il estime avoir le temps de sentir grandir la pression.
"J'attendrais le dernier moment pour y penser. Pour éviter le stress. Mais j'ai quand même une petite idée sur la tactique. Je crois qu'il faudra laisser mener les autres sur les trois premiers kilomètres, là où ça monte peu. Ensuite, il y a un kilomètre de descente avant de grimper dur dans le sentier. L'essentiel sera de ne pas partir trop vite afin de ne pas s'asphyxier. Par rapport aux championnats du Monde de cross de Marrakech (Maroc) en mars, ça va être moins dur. Ici, nous sommes entre coureurs de montagne, le départ sera plus lent. Le plus important sera de savoir gérer sa course, là où il faut, quand il le faut. Si je suis bien, je pense faire la différence dans les sentiers".

"JE PEUX FAIRE QUELQUE CHOSE"

La différence, ça veut dire ce que ça veut dire. Serait-ce donc que Raymond Fontaine affiche clairement des ambitions de victoire ? Qu'il se considère comme un très sérieux postulant au titre ? "Je ne sais pas si je peux gagner, s'empresse-t-il de tempérer. Les Italiens sont forts mais je crois que je peux faire quelque chose. Je me vois bien dans les cinq premiers, voire mieux, si ça se passe bien."
Il est forcément un facteur qui sera peut-être déterminant, demain matin. Celui de courir sur ses terres, devant son public, soutenu par ses amis, sa famille, être le chouchou des foules. Ce détail (énorme) peut aider Raymond Fontaine à renverser des montagnes. "Le fait de courir ici est vraiment très important pour moi, confirme-t-il. C'est très motivant d'évoluer devant des gens qui vont m'encourager. C'est sûr que j'ai des responsabilités supplémentaires mais d'un coté, ça me rassure. C'est plus facile d'aborder une épreuve comme ça en étant bien entouré."
Et puis, dans l'esprit du jeune athlète du Cospi, trotte aussi l'idée qu'il va disputer sa dernière course à la Réunion avant bien longtemps. Fin octobre, il s'envolera pour la métropole. Destination les Sapeurs-pompiers et une nouvelle aventure. Pour devenir un autre, tout en restant le même. "Si je veux réussir, tant au plan sportif que professionnel, il faut que je parte. Pour progresser et monter plus haut, c'est indispensable."
C'est en pensant à tout cela qu'il affirme qu'il "va tout donner", qu'il va aller voir jusqu'où son corps peut le soutenir, pour "ne rien regretter et partir en beauté". "J'ai envie de voir de quoi je suis capable. Même si connais à peu près mes limites, je ne sais rien de celles des autres".

IL EST LA RELÈVE

André Bertero, l'entraîneur des équipes de France, fonde de gros espoirs sur Raymond Fontaine. Pour le technicien, le Réunionnais que l'on annonce déjà comme le grand successeur de Jean-Louis Prianon, représente "la relève" de l'équipe de France. "Il a un grand avenir sur la piste mais il doit garder un oeil et un pied sur la montagne. D'ailleurs, il va le prouver demain." Des éloges qui ne laisseront pas insensible le jeune surdoué. Forcément. Mais qui ne lui boucheront pas la vue non plus. Raymond est lucide et ne tient pas à perdre son âme pour répondre à un quelconque chant de sirènes. "Il est certain qu'au niveau ambiance, je préfère la montagne. Sur la piste, c'est plus reservé, moins chaleureux. En montagne, on se sent plus libre. Mais je vais continuer sur piste et en cross. Je cours les Tropées mondiaux parce que c'est chez moi mais je ne veux pas encore me spécialiser. Je suis trop jeune pour ne faire que de la montagne. Si je ne fais que ça, ça risque de craquer."
De toute façon, dans la région parisienne qu'il va rejoindre, Raymond n'aura que peu d'occasions de prendre de l'altitude. C'est pour ça aussi qu'il va tenter de "faire plaisir aux gens" demain matin. Parce qu'il sait que partir avec un titre mondial en poche, un titre acquis sur les sentiers qu'il affectionne, ce "serait fantastique".

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GROS PLAN

Martine après Isabelle ?

La course féminine va-t-elle sacrer une Française pour la deuxième année consécutive ? Réponse demain matin après une lutte qui s'annonce acharnée.

En dehors de Raymond Fontaine chez les juniors, la grande chance française de la journée de demain sera la présence de Martine Payet dans la course féminine.


Après les deux médailles d'argent (95-96) et le titre mondial décroché l'an dernier par Isabelle Guillot (absente pour cause de blessure), Martine Payet, la championne de France en titre, pourrait reprendre le flambeau, même si elle se refuse à émettre le moindre pronostic. "Quand je cours, je pars et j'envisage quelque chose en fonction des conditions et des adversaires. Il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu pour déterminer ma tactique. Ma force, c'est que je suis capable d'analyser rapidement tout en courant."
La Française devra compter sur toute sa science pour grimper sur la plus haute marche du podium. En effet, les deux dauphines de l'an dernier, la Slovaque Jaroslava Bukvajova et le Néo-Zélandaise Melissa Moon, sont de nouveau présentes et bien décidées à s'imposer.
Chez les juniors, Raymond Fontaine devra se méfier des coureurs italiens qui sont, comme leurs aînés, de grands spécialistes. Lors des trois dernières années, ils ont décroché quatre médailles : deux d'or et deux d'argent. Roberto Del Soglio, deuxième l'an passé, est encore junior, tout comme le Tchèque Petr Losman, premier. Deux sacrés clients pour le Réunionnais.
Plus d'incertitudes coté féminin puisque les filles ne disputent que la deuxième édition de leur championnat mondial et que les valeurs ne sont pas encore réellement établies.
Contrairement aux hommes qui partiront dimanche matin du stade de l'Entre-Deux, les juniors et les féminines s'élanceront quasiment à mi-parcours pour effectuer leurs 5 kilomètres (juniors filles) ou leurs 8,270 km (juniors garçons et seniors femmes) avant de rejoindre le sommet du Dimitile.

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Une discipline en plein boom !

L'organisation des Trophées mondiaux de courses en montagne à la Réunion, permet d'effectuer une analyse sur une discipline qui "marche" bien entre Cilaos, Salazie, Mafate et les différents points montagneux de l'île.

* Quelle histoire ?

La course de montagne est une discipline jeune qui n'a (officiellement) qu'une dizaine d'années d'existence au niveau fédéral, même si, un peu partout et notamment à la Réunion, on retrouve trace de courses organisées il y a près de vingt ans. Elle est même la toute dernière à avoir intégré le giron de la fédération française et compte actuellement environ 5000 licenciés. Selon André Bertero, l'entraîneur national de la spécialité, cette "discipline nouvelle prend actuellement un essor de plus en plus important, tant au niveau de l'augmentation des organisations de courses que du nombre de participants".
Si la France a réussi à tirer son épingle du jeu ces dernières années (titre mondial pour Isabelle Guillot et médaille de bronze pour Thierry Breuil l'an dernier), elle est pourtant la dernière à s'être inscrite à l'ICMR (le comité international des courses de montagne), et compte hélàs, un retard par rapport aux autres nations européennes. "Dans les pays du Royaume-Uni, en Allemagne, en Suisse, en Autriche, les courses de Montagne ont pratiquement 100 ans d'histoire. C'est une véritable institution. A l'origine, la course de montagne était plutôt une course à défis, organisée par les paysans lors des fêtes de village. Ils voulaient savoir qui était celui qui allait grimper et redescendre la colline voisine le plus rapidement possible."

Extrait du Journal de l'Ile de la Réunion