RITUELS DE BERNE
Merci à "Jonas" pour ces rituels et son introduction.
[J'ai trouvé ce document dans un livre d'Alain BERNHEIM, Les
débuts de la Franc-Maçonnerie à Genève et en
Suisse, Genève, Slatkine, 1994, pp. 471-498. J'ai respecté
l'orthographe d'époque, et le style parfois lourd et confus. En
saisissant ce texte, je me suis aperçu de ses nombreuses fautes
de français, et de ses germanismes fréquents. Il semble bien
qu'il s'agisse de l'oeuvre d'un germanophone qui pratiquait le français
alors en usage dans la bonne société de la plupart des pays
d'Europe.
Je n'ai bien sûr jamais vu l'original lui-même, mais
je pense qu'il s'agit d'un manuscrit incomplet. En effet, il parle constamment
de trois grades, mais ne présente les cérémonies de
réception que pour les deux premiers. Et le contenu des catéchismes
laisse entendre que le Maître est bien un grade, et non seulement
la fonction du président de la loge. Par ailleurs, au début
du grade d'Apprenti, ce document parle de Règlements qui seraient
censés suivre le rituel. Or il n'est rien. Il est donc vraisemblable
que la fin de ce document manque, et qu'elle contenait le troisième
grade et les Règlements.
Ci-dessous, je reproduis la brève introduction qu'Alain Bernheim
donne de ce texte à la p. 471 de son ouvrage.]
Ces rituels ont été publiés par Karl. J. Lüthi-Tschanz
dans un article intitulé «Die Freimaurerei im Freistaat Bern»,
paru en 1918 dans les Blätter für bernische Geschichte, Kunst
und Altertumskunde. Il les transcrivit d'après un cahier manuscrit
et estime qu'ils remontent aux années 1740-1744. Aucun historien
de la Franc-Maçonnerie ne semble avoir remarqué cette découverte
et l'importance de sa publication.
En effet, ces rituels des grades d'Aprentif et de Compagnon ne constituent
pas seulement les plus anciens que je connaisse pour la Suisse. Avec les
instructions qui les accompagnent, ils constituent sans doute le plus ancien
rituel manuscrit connu de langue française.
* * *
Principes Generaux
De la Conduite d'un Franc Maçon, tels qu'on
doit en faire la Lecture à un Recipiendaire Avant de l'Introduire
dans la Loge.
[1.]
L'Ordre de la Maçonnerie n'impose point d'obligations contraires
à la Religion à L'Etat n'y aux bonnes Moeurs, il ne faut
pas concevoir de cette Société aucune autre Idée que
celle qu'on peût prendre naturellement d'une Assemblee d'Honnettes
Gens qui vivent sous les Loix auxqu'elles ils se sont soumis après
les avoir adoptées, et qui pour leur Satisfaction particuliere se
sont formé un Sisteme, qui ne touche en aucune Façon, le
Culte, les Princes n'y l'Honneur.
2.
L'objection qu'on fait ordinairement aux Francs Maçons consiste
a dire qu'une bonne Chose ne Doit pas rester dans le Secret, et que l'Interet
General exigé qu'on la publie, d'ou il s'ensuit que les francs Maçons
ne seroient pas si obstinés à taire leurs practiques, si
elles n'avoient, sinon un Bût mauvais, du moins une Dangereuse Consequence,
à cela Nous repondons que le principe qui oblige tous les Hommes
à communiquer ce qu'ils savent etre utile, pour le Bien de tous,
renferme des Exceptions particulieres, l'Exemple à souvent apris
qu'une chose qui avoit été excellente, tant qu'elle etoit
restée entre un petit Nombre de Personnes, avoit beaucoup perdû
de sa valeur, lors qu'on l'avoit divulguée, tel est le Cas ou les
Francs Maçons se trouvent, le Secret qu'ils conservent si precieusement
seroit avili si tout public en seroit le Depositaire, et les hommes n'en
deviendroient pas meilleurs; Car de même qu'il est certain que l'homme
ne peut etre bon Franc Maçon sans etre parfaitement honnette homme
de même on peût être fort honnette homme sans être
franc Maçon, ainsi donc Utilité de la Maçonnerie est
seulement pour Ceux qui la Connoissent, on ne peût y parvenir que
par la Voie du Mistere, et c'est une Double Satisfaction pour nous d'exiter
la Curiosité et la Jalousie du public. Nous nous ammusont de ses
propos, ils nous apprenent à Connoitre toutte sa malignité
et à Nous en preserver.
3.
[NB cet Article ne doit etre lû qu'aux Catholiques Romains]
A l'Egard du scrupule que bien des gens ont conçû au sujet
des Censures Ecclesiastiques, que l'on pretend étre lancées
contre Nous, cet Objet ne doit pas inquieter lorsqu'on veût y reflechir,
sans vouloir se soustraire à l'Obéissance du St-Siege, il
est permis de Connoitre jusques ou vâ son pouvoir sur tout, lorsque
l'on puise la Regle de son Jugement dans les Sts-Canons, qui font eux memes
toutte l'Authorité du Souverain Pontife; Or nous apprenons par ces
Canons qu'une Excommunication ne peût etre valable qu'autant qu'elle
a été portée en Connoissance de Cause, attendû
que le Mal ne se suppose point, etant surs comme Nous Sommes que le Pape
n'a pas crû etre instruit de ce qui se passe parmi Nous, Nous sommes
deja convenûs que l'Excommunication est nulle de plein Droit, puis
qu'elle à manqué du Moyen necessaire pr. la fonder, mais
à supposer que sous le Titre de Censure Conditionnelle elle puisse
avoir quelque force, notre Conscience dans ce Cas est notre veritable Refuge,
et puis qu'elle ne nous reproche rien, nous devons en etre parfaitement
tranquilles.
4.
L'on est etonné que dans la Societé des Francs Maçons
on admette indistinctement Gens de Differente Religion, il faut observer
1. que l'on ne peût y reçevoir que Ceux qui portent le nom
de Chretiens, et que s'il s'y rencontre des Infideles, tels que Juifs,
Turcs ou autres, ils y sont entrés par Abus, faute d'avoir été
bien connus. 2. A l'Egard de ce Melange de Chrétiens qui ont une
Difference de Croyance, est une Raison politique que l'on developera par
la Suite, quant à présent il suffit de dire, qu'à
Ceux qui reconnoissent le même Créateur, et qui ne sont en
Controverse que sur quelques points de Doctrine, plus ou moins bien entendues,
peuvent d'ailleurs penser juste, et etre d'accord sur les points essentiels
qui Nous reunissent, c'est encore une Enigme, qui n'est permis d'expliquer
qu'avec le Tems; Au Reste la Vertû et L'Honneur se rencontrent dans
touttes le[s] Sectes, et par la même nous ferions Grace aux Hebreux
et aux Mahometans, si nous n'avions des Motifs independants de cet Objet
qui nous forcent de les exclure.
5.
De même que la Vertû et l'honneur se rencontrent dans touttes
les Sectes, ils sont aussy dans tous les Etats, c'est pourquoi nous reçevons
dans la Maçonnerie, touttes Sortes de Personnes, sans Distinction
de Qualite n'y de Rang, nous pensons avec Justice que tous les Hommes etant
d'une Branche, sortie de la meme Tige, ils sont egaux et nous concluons
avec fondement, que l'Harmonie Generale se maintient bien plus Seulement
par cette parfaitte egalité, quand la Vertû seule procure
des Distinctions et des Egards, d'ailleurs les Tallents se trouvent souvent
plutot dans des Gens d'une basse naissance, que chez Ceux d'une Extraction
plus relevée, et les Talents, Philosophie, Eloquence, Geometrie,
Peintuire et autres, nous devons nous y appliquer ils sont necessaires
à notre Bût, ainsi nous devons en faire notre Etude particuliere,
chacun suivant le Genre qui luy est propre, car nous naissons tous avec
des Despositions à quelque chose, il ne faut que les connoitre pour
les mettre à Profit.
6.
Tout Homme qui se propose d'entrer dans l'Ordre Royal de la Maçonnerie
doit se souvenir que la Paix, l'union, la Charité, sont les principaux
Devoirs vis à vis de ses Freres, que le ferme Attachement à
la Loy de l'Evangile, et la scrupuleuse Observance des preceptes du Christianisme,
sont ses Obligations essentielles vis à vis de Dieu, et enfin que
la Droiture la probité et la Verite doivent étre ses Regles
en Qualite d'honnette homme; La premiere Notion se subdivise en plusieurs
parties, et ainsy de suite.
7.
Pour maintenir cette bonne Union, l'on de doit jamais parler en loge
de Matiere de Religion ou de politique, il est difficile que l'on puisse
discuter sans aigreur sur ces sujets, ainsy l'on doit laisser à
chacun cette Especes de sentiment etranger à notre Ordre, l'on evitera
donc tout ce qui peût occasionner des Querelles et l'on laissera
à la porte, toutte Idée de Vengeance, bien resolû de
se reconcilier de bonne foy en entrant avec tous Ceux qui sont Freres et
d'oublier tout ce qu'on peût avoir Contre Eux.
8.
S'il arrive quelque Dispute entre Francs Maçons, il n'est pas
permis de la terminer par les Voies sanglantes que le Monde authorise,
mais tout doit se passer à l'amiable; la Loge doit juger souverainement
de la Discution fut elle même en matiere d'Interet.
Le Libertinage est expressement deffendû et parmi les différentes
Classes de Debauche l'Adultere est surtout condamné, par la Consequence
qui en Resulte, à plus forte Raison est il interdit à un
Frere, et l'on ne peût plus se faire un Jeû de tous les petits
soins que l'on peût rendre imprudemment à la Femme de son
Frere, parce que, quand même on ne le trahiroit pas, il suffit qu'il
puisse en conçevoir de l'Inquiétude.
Instructions Necessaires pour tenir une Loge de Francs
Maçons, et recevoir dans les trois premiers Grades, comme il se
pratique dans touttes les Loges.
Grade d'Aprentif.
On apprendra par les Reglements qui seront à la fin, qu'elles
sont les Choses necessaires pour former une Loge, et qu'elles sont les
Membres qui les composent, en supposant donc qu'elle soit reguliere voicy
comme on doit y travailler.
Le Venerable pour ouvrir la Loge, c'est à dire pour commencer
l'ouvrage, s'adresse au premier Surveillant et Luy dit.
Q. Quel est le Devoir d'un Maitre.
R. C'est devoir si la Loge est bien couverte.
Q. Sommes Nous à Couvert Frère.
Allors le 1er Surveillant envoie le second faire la Revue des Portes,
celuy c'y retourne et dit, J'ay visité la Loge et nous sommes à
Couvert, ce que le 1er Surveillant repete au Venerable.
Le V. Ou est placé le Venerable dans Votre Loge.
R. A l'Orient.
Le V. Pourquoi à l'Orient.
R. A l'exemple du Soleil qui ouvre sa Carriere à l'Orient, de
même le Venerable y est placé pour ouvrir la Loge, l'eclaires
et mettre les Ouvriers à l'Oeuvre.
Le V. Quel Heure est il.
R. Il est Midi Très Venerable; NB Il est toujours Midi lorsqu'il
s'agit d'ouvrir la Loge et Minuit lorsqu'il s'agit de la fermer.
Après cela le Venerable frappe trois Coups de son Marteau, à
quoi le premier et second Surveillant repondent de même, et le Venerable
dit au 1er Surveillant, Frere avertissez les freres que la Loge d'Apprentis
est ouverte, le 1er Surveillant le dit au 2d. qui le dit à tous
les Freres. Ceci se fait etant deboût, et cela fini le Venerable
s'assied, et dit aux Freres, asseyes Vous Freres, ce qu'ils font, et allors
la Loge est ouverte.
La loge etant ainsy ouverte, [l'on sait par les Reglements la façon
dont on doit s'y comporter:] le Venerable commence par expliquer aux Freres,
le Motif de l'assemblee; et s'il y à un sujet à recevoir,
supposant qu'il ait été proposé auparavant dans les
formes prescrites dans les Reglements, on procede à la reception
de la Maniere Suivante.
Le Venerable envoie le Frere Introducteur pour preparer le Recipiendaire;
L'Introducteur Luy dit les Statuts Pag 1, pour Luy donner une Idée
des Loix et des Obligations qu'il vâ contracter, cette Lecture finie,
on le laisse seul dans la Chambre de preparation, pour reflechir à
ce qu'il vient d'entendre, et aux Engagements qu'on Luy propose; Environ
un quart d'heure après le Frere Introducteur vâ le retrouver,
et s'il est bien resolû de passer outre, il le Conduit allors dans
une Chambre Destinée pour la suite de la Preparation ce qu'on appelle
la Chambre obscure, ou est le frere terrible l'Epee nue à la Main;
l'on peut mettre dans cette Chambre differentes Choses pr. intimider, comme
Tête de Mort, bassin rempli de sang avec Coutteaux et Lancettes &.
La Chambre n'est éclairée que par une Seule Lumière
sombre, le Frere Introducteur qui conduit le recipiendaire, luy fait frapper
trois Grands Coups à la Porte de cette Chambre, le Frere terrible
Demande vivement: qui Vâ la; L'Introducteur repond, c'est un homme
qui desire d'être reçu Maçon; Le Frere terrible ouvre
la Porte avec Force presentant la pointe de son Epée sur l'Estomac
du Recipiendaire; Lorsqu'il est entre l'Introducteur apres Luy avoir represente
la Consequence du Secret avec des termes intimidants Luy demande, s'il
est bien décidé et resolû de soutenir les Epreuves,
auxqu'elles on voudra mettre sa constance, s'il repond que ouy, l'Introducteur
Luy propose de se depouiller de touttes armes Offensives et Deffensives,
de tout Metaux, Or, Argent, montre Tabatiere, Boucles, Boutons etc. Cela
fait il Luy decouvre le sein gauche et le Genouïl Droit et Luy fait
mettre son souiller gauche en Pantouffle, enfin il luy bande les Yeux,
luy faisant declarer sur son honneur s'il ne voit Goutte, Luy declarant
qu'il ne les rouvrira jamais à la Lumière, au Cäs, que
par quelque Indiscretion, il vint à troubler les Misteres de l'Ordre,
et Luy recommande que quoique on puisse dire ou faire, de ne point parler
qu'on ne l'interroge.
Cela fait il Luy met la pointe de l'Epée sur l'Estomac, et Luy
fait faire plusieurs Tours pr. Le derouter, et arrive enfin à la
Porte de la Loge, et l'Introducteur frappe trois Coups selon l'Usage, les
deux premiers courts et le dernier long, le Venerable en dedans repond
de trois coups de marteau; à quoi les Deux Surveillants repondent,
après cela le 2d. s'adressant au premier Luy dit Frere on frappe
en Maçon, le 1er en avertit le Venerable qui Luy ordonne de voir
qui s'est, le 2d. Surveillant vâ à la Porte, frape trois Coups
auxquels l'Introducteur repond de même et demande qui c'est en ouvrant
tant soit peû la Porte; L'Introducteur repond.
R. C'est un homme qui desire d'être reçu Maçon.
Le V. Demandes Luy son Nom, son Surnom, son Age et le Lieu de sa Naissance.
Le V. Demandes Luy s'il n'a point promis de revêler nos Secrets.
Le V. Demandes Luy si c'est de sa Pure Volonte, sans Sollicitation n'y
contrainte qu'il desire d'être reçu Maçon.
Le V. Demandes Luy s'il est duëment Preparé.
A touttes ces Questions repetées par le 1er Surveillant et faittes
au Recipiendaire par le 2d, Celuy c'y raporte au 1er St. les Reponses du
Recipiendaire et le premier Surveillant les raporte de même au Maitre.
Après cela le Venerable dit, Frere faittes l'Entrer Ce que l'on
fait après Luy avoir fait boire une demi verre de Vin dans lequel
on à mis quelques Chose de Desagreable, mais qui ne puisse point
faire de mal, c'est ce qu'on appelle Calice d'Amertume, qui doit purifier
de touttes Souillures; Et qui est une forte Epreuve.
En entrant il est remis violement au 2d St. par l'Introducteur, qui
Luy dit en le poussant &endash; Frere je Vous le Livre, Allors le Venerable
dit au 2d St. Frere faittes votre Devoir; Le 2d St. Luy apuyant la point
de son Epée sur le Coeur Luy fait faire trois tours autour de la
Loge l'arretant à chaque tour en face du Venerable pour le saluér;
Et le 2d St. frape trois Coups sur l'Epaule du 1er, qui demande qui Vâ
la. Le 2d St. repond, c'est un Homme qui essaye de marcher dans le Chemin
de la Vertû. Allors le Venerable dit il n'est pas dans le bon Chemin
faittes le retourner sur ses Pas; La seconde fois qu'il salue il frape
de nouveau sur l'Epaule du 1er St. et Luy dit C'est un Homme qui continue
à marcher Dans le Chemin de la Vertû. Le Venerable alors dit,
il est encore bien foible, faites le encore retourner une fois; à
la troisieme fois le 2d St. dit, c'est un Homme qui Continue et persevere
à marcher dans le Chemin de la Vertû; le Venerable dit, il
à marché dans le bon Chemin, j'espere qu'il arrivera. Allors
le 2d St. frappe de nouveau sur l'Epaule du premier qui Luy dit, que Souhaites
Vous, le 2d dit, C'est un homme qui persevere d'etre reçu Maçon,
et duquel je ne repons plus. Il dit ces dernieres paroles, en poussant
rudement le Recipiendaire entre les Brâs du premr. Surveillant.
Le 1er Surveillant s'adressant au Venerable Luy dit, Très Venerable,
c'est un Gentilhomme qui continue à désirer d'etre reçû
Maçon, le Venerable fait les memes Question qui Luy à deja
fait faire à la Porte et ordonne aux Surveillants d'examiner s'il
est duëment preparé et dans un Etat Convenable, Les Sts. le
Visitent et Luy otent tous ce qui pouroit Luy avoir été laissé
de Metail. Le Venerable Luy addresse ensuite le Discours suivant.
Monsieur.
Le Frere Introducteur Nous à dit que Vous Désiriez ardamment
d'etre reçu parmi nous, et que Vous aviez une Veritable Vocation,
il a dû Vous avertir aussy Monsieur, que l'Ordre dans lequel Vous
Vous proposez d'entrer, n'avoit rien de Contraire à l'honnette homme,
à Dieu à Votre Prince, au Gouvernement en particulier n'y
à la Relligion en General, et considere touttes ses faces, mais
il a dû Vous dire aussy, et c'est ce dont je Vous avertis, que cet
Ordre exige de Vous un Secret inviolable, une Obeissance aveugle et une
grande Constance, Il a dû Vous dire que Vous alliez Vous lier avec
Nous par un Engagement indissoluble, que la Mort seul pouroit rompre que
l'on Vous mettroit à de dures et de fortes Epreuves pour s'assurer
de Votre Fermeté, de Votre Fidelité et de Votre Vocation,
il a dû Vous dire que cet ordre exige de Vous, de bannir tout Sentiment
d'Envie, de Haine, de Jalousie entre les Freres, de revetir une fidelite
inviolable a Dieu à Votre Prince et à la Religion, une Amitie
Sincere pour Vos Freres, que Vous devez manifester en Leur donnant tout
les Secours qui dependront de Vous Et Dont vous serez, et en contribuant
autant qu'en Vous sera, a avancer le bien de l'ordre en general, &
de tous les freres qui le composent, a ces Conditions Mr. persistés
vous? et je vous recevray au nombre des Freres; Voies il n'y a rien encore
de Commencé, Vous pouvés Vous retirer, si Vous le Voules,
je Vous exhorte encore une fois a ne rien faire a la legere, & sans
y avoir meurement reflechi, pour cet effet je Vous laisse en pleine liberté,
pensés y donc c'est pour la dernière fois que je Vous avertis,
profités de ce dernier moment, c'est le seul qui Vous reste si Vous
Voulés vous retirer, il en est encore tems, au lieu que dans un
autre moment je ne repondray plus de Vous, Consultés, Voiés,
& reflechissés pendant l'horreur des tenebres & de l'affreux
silence qui Va regner dans ces lieux, Je Vous promets au reste sureté
pour Vôtre personne;
On laisse pendant un bon moment le Recipiendaire a luy meme, après
quoy le Venerable dit au 1er Surveillant.
Demandés luy s'il a bien reflechi, & s'il est ferme dans
sa resolution; Le Recipiendaire repond, s'il dit Oui; le Venerable continue.
Tres Cher frere, puisque Monsieur Continue dans son dessin, & que
rien n'est capable de l'en detourner, je Vous declare ici que s'il etoit
jamais Capable de trahir notre ordre auguste et de manquer à ses
engagemens, ce que je ne presume pas, je m'en lave les mains avec Vous.
Tout le blame & toutes les peines en retomberont sur luy, & nous
en sommes des apresent absolument déchargés.
Après cela le Venerable dit: faittes le Avancer a moy par trois
grands pas d'aprentif Maçon; & lorsque le Recipiendaire est
parvenu au pied du Trone, on luy fait mettre le Genoux droit nud, sur un
Coussin qui est a terre, & dans l'enceinte d'une Equerre, le Pied gauche
un peu Ecarté, sa main droite posée sur la Bible ouverte.
Il s'appuie luy même la pointe d'un compas sur la mamelle gauche;
le Venerable dit, Vous avés la Main sur la Bible Vous allés
preter une Obligation solennelle, redoutable & affreuse pour ceux qui
seroient tentés de fausser leur Promesse, mais qui ne renferme rien
dont un honnête homme doive se faire de la peine; repetés
après moy ce que je vais dire.
Obligation.
Je promets foy d'honnête homme, de ne jamais reveler les secrets
des Maçons & de la Maçonnerie, qui vont m'etre communiqués
sous le sceau de l'art, de ne jamais les ecrire, graver, peindre, buriner
sur aucune Chose que ce soit, Je promets de plus de ne jamais rien entreprendre
contre la Religion ny contre l'Etat, d'aider de secourir mes freres dans
leur besoin & selon tout mon pouvoir, si je manque a ma promesse, je
consens d'avoir la Langue arrachée, la Gorge coupée, le Coeur
persé de part en part, mon Corps brulé, & mes Cendres
jettées au Vent pour qu'il ne reste plus rien de moy sur la terre
que l'horreur de mon Crime qui serve a intimider les traitres qui seroient
tentés de m'imiter.
Ainsi Dieu me soit en Aide.
Ensuite le Venerable dit, Mes freres vous Venés d'entendre l'obligation
que Mons. Vient de preter, jugés Vous apropos que je le reçoive
Aprentif; Ils donnent tous leur Consentement en laissant tomber la Main
droite sur leur tablier & faisant un petit Cliquetis avec ce meme tablier
(ce qui est la façon d'applaudir quelque chose). Alors le Venerable
prend son Marteau & en donne trois petits coups sur le Compas que le
Nouveau Reçeu tient sur son Coeur, en luy disant, Votre Vocation,
Vôtre Obligation, & le Consentement de toute la Loge Vous font
Aprentif. Il le releve après cela, & le fait reconduire entre
les deux surveillans; Alors le Venerable dit a la Loge, Mes freres il a
cherché la Lumiere avec Constance, j'espere que Vous ne la luy refuserés
pas; Ils repondent tous par le même signe d'applaudissement, &
le Venerable ordonne aux surveillans de luy debander les yeux, pendant
ce tems il dit à l'ordre freres & tous les freres tirent leurs
Epées, de façon qu'au premier Coup-d'Oeil, le nouveau reçeu
Voit toutes les Epées pointées contre luy, sur quoi le Venerable
luy dit; Mon Frere car a present je dois Vous nommer de ce nom; ces Epées
que Vous Voiés sont pour Vous deffendre, dans tous les cas, ou Vous
aurés besoin de nous, pourvu que les Causes en soient justes, mais
elles sont aussi pour Vous punir si jamais vous manqués a ce que
Vous avés promis, nous esperons que Vous tiendrés parole;
Allés Vous habiller, apres quoy je vous apprendray ce qu'il Vous
Convient de scavoir. S'il y a quelqu'autre reception à faire, on
y travaille toujours pendant qu'il s'habille, afin que la même instruction
puisse servoir à tous a la fois; lorsque le Nouveau reçeu
est rentré, le Venerable met le Tablier en luy disant; Je vous revets
d'un Tablier dont la Blancheur marque l'innocence des Moeurs dont un Maçon
doit être revetu, Il represente de plus un Ordre plus Ancien que
celuy de la Toison d'Or, plus grand que Celuy de la Jarretiere, & plus
noble que Celuy du St-Esprit, que les Rois & les Princes se sont toujours
fait un'honneur de porter. J'espere que Vous en ferés de même,
Il luy remets ensuite un pair de Gand d'homme luy disant qu'il doit toujours
en apporter un Semblables touttes les fois qu'il Viendras en Loge, Il luy
remets de même un pair de Gands pour femmes, pour luy marquer que
nous n'oublions pas le beau sexe, & que Vous donnerés, ajoute
t'il, a la personne du sexe que Vous Aimés le Mieux. Le Venerable
donne ensuite au Nouveau reçeu, les Signes, Mots, & Marques
d'Aprentifs, qu'il Va repeter avec les Surveillans, & revient de rechef
les rapporter au Venerable qu'il ny dit alors quelque Chose d'obligeant
sur se reception, & luy raconte la partie de l'histoire de la Maçonnerie
qu'il convient aux Aprentifs de scavoir, qui est elle de Notre Etablissement
telle que la tradition fidele & non Interrompue Nous la transmise de
bouche en bouche.
Histoire de la Maçonnerie pour les Aprentifs.
Au tems des premieres Croisades, plusieurs Chevaillers s'etant ligués
sous la direction du pieux General qui les Conduisoit pour conquerir sur
les Sarazins la Palestine & les lieux Saints dans le dessin de reconstruire
le temple du Seigneur, Ils formerent une Association sous le nom de Maçons
libres, & sous la Vocation de St-Jean de Jerusalem, Conjointement avec
les Chevaillers hospitaliers, Connus aujourdhuy sous le nom de Chevaillers
de Malthe, Comme la quantité de Ceux qui Venoient s'enroler, croissoit
chaque jour, Nos sages fondateurs resolurent de n'admettre plus personne,
qu'après un Choix scrupuleux, un examen des Sujets, une preuve de
leur Constance, & de leur Vocation, enfin qu'après des initiations
Simboliques dont nous Conservons encore le Ceremonial; Ces Conditions loin
d'amortir le Zele, ne firent qu'augmenter le Nombre, alors pour que les
freres entr'eux puissent se Connoitre dans la foule, & se distinguer
parmi les Sarazins, & les Infideles avec lesquels ils etoient journellement
confondus, Ils imaginerent des Signes & des Mots, dont nous Conservons
l'usage; Nos freres se sont repandus dans differens Roiaumes, Ils y ont
fait des progrès Considerables, & particulierement en Angleterre
ou ils ont joui de très grands Privileges sous Guillaume trois,
& les Rois ses predecesseurs, Ainsi qu'en font foy les Chartes des
Parlements; Nôtre science Arcane de la est passée en France,
& a Berlin, ou elle a fleuri & fleurit encore sous la plus douce
Domination et a l'ombre des brillantes Couronnes des plus puissans Monarques;
Un Secret inviolable pourra seul Conserver nos misteres dans leur Pureté.
Je vous y invite frere nouveau reçeu, comme au plus essentiel de
Vos devoirs. Voila pour le present ce qu'il m'est permis de Vous dire sur
Nôtre Origine, & sur nôtre institution; le frere Orateur
Va Vous instruire de nos pratiques en vous faisant l'explication du Tableau
que Vous avés devant les yeux.
Discours de l'Orateur Contenant l'Explication du Tableau
& de la Preparation., avec des Exhortations & des Conseils.
Mon frere. Tout a du Vous surprendre en abordant ce lieu, mais tous
y caracterise le Franc Maçon, soit par rapport a luy même,
soit par rapport à sa Reception, l'on Vous a laissé dans
un Endroit Obscur, livré a Vos Reflexions, pour Vous engager à
penser à l'Etat que Vous alliés embrasser, d'autant plus
serieux pour Vous, que Vous n'en connoissés pas les Pratiques; On
Vous a depouillés de touts Metaux & Mineraux, & cette Ceremonie
se prend en trois Sens. Le premier a rapport a la Construction du Temple
de Jerusalem par le Roi Salomon, lors de laquelle, tous les Materiaux etoient
tellement preparés que l'on entendit aucun Instrument de fer, &
c'est le sens allegorique; Le second c'est que Comme nous cherchons a faire
revivre l'Age d'Or, & que dans ce tems la, on ignoroit l'usage de ces
pernicieux Metaux, qui font aujourdhuy l'objet de la Cupidite des hommes,
nous Voulons ecarter tout ce qui peut en Alterer la pureté, &
c'est le sens moral, le troisieme enfin c'etait pour Vous preparer a un
total depouillement de Vous même, a un abandon de tout prejugé
en un Mot aprendre une Nouvelle Nature, pour revetir le Caractere de Maçon,
& c'est le sens Spirituel.
On Vous a fait marcher longtems, la Pointe d'une Epée sur le
Coeur, pour Vous montrer combien il est difficile de se Conduire dans le
Chemin de la Vertu; Enfin lorsqu'on Vous a desillé les yeux, plusieurs
Epées Nues ont etés les Objets qui Vous ont frappés,
Mais ces Epées n'etoient point pour vous intimider seulement, mais
pour eprouver Vôtre Constance, que rien ne doit ebranler comme Franc
Maçon; Enfin ces figures Vous occupent, elles excitent Votre Curiosité,
il est juste que qui Vous donne de Loix, Vous en démontre l'utilité.
Nous avons trois grandes lumieres dans nôtre Loge, le Soleil,
la Lune, & le très Véné: le Soleil, cet Astre
lumineux qui eclaire le Monde, Vous marque, que nos Actions doivent toujours
etre assés justes, pour ne pas craindre de se montrer au grand jour.
La Lune, cet Astre qui sert a nous Conduire parmi les tenebres, & les
Ombres de la Nuit, marque qu'il n'est point d'ombres n'y de tenebres assés
epaisses; pour derober le Crime au yeux d'un juste vengeur, sans Cesse
occupé a Veiller et a punir.
Le Venerable est l'embleme de ces deux Astres, car Comme l'un eclaire
de jour, & l'autre la Nuit, Ils nous marquent que le Venerable eclaire
sa Loge en tout tems, ou doit le faire. L'Etoile flamboiante, la houppe
dentelee, & le Pavé a la Mosaique font les Ornenems de nôtre
Loge; l'Etoile flamboiante qui fait l'ornement du milieu de la Loge, en
nous representant le feu, qui brilloit sans cesse devant le Saint des Saints,
est une embleme de la Pieté, qui doit embrazer sans interruption
nos ames & nos coeurs pour le souverain Architecte de l'univers.
La Houppe dentelée qui regne autour du tableau, est le Simbole
du Secret qui doit renfermer nos Misteres; le Pavé a la Mosaique
qui fait l'ornement du seuil de la Loge par sa propreté, nous marque
la Pureté des Moeurs qu'un Maçon doit Aporter en Loge.
Toutes ces differents figures que Vous Voiés repandues sur le
surplus du tableau, on une signification misterieuse, la Pierre Brute par
exemple, represente l'Etat d'Aprentif, parceque de même que l'on
ne peut emploier cette pierre telle quelle est de même aussi un Aprentif,
a besoin de travailler son caractere, avant d'etre Veritablement digne
du titre de Maçon; la pierre Cubique a pointe, marque l'etat des
Compagnons, plus Polie que la Pierre Brute, elle est aussi plus travaillée,
un Compagnon acquiert plus de Connoissance qu'un Aprentif, & est monté
a ce grade par son travail;
La Planche a tracer sert aux Maitres à craionner leurs desseins,
elle nous montre que plus l'on travaille, plus l'on acquiert de Connoissance,
& que sans l'application Il est impossible de parvenir aux grades supérieurs.
Enfin la Bible, le Compas, le Niveau, l'Equerre, la Perpendiculaire,
nous enseignent a marcher dans le droit Chemins a compasser & regler
nos Actions de façon qu'elles n'ayent rien de Contraire a la Loy
de Dieu, a la regle de la Charite, a l'egard de nos freres & de nous
meme; Elles nous marquent de plus la simplicite de notre Etat.
Cette Image Imparfaite du temple de Salomon n'en retrace point les beautés,
ce n'est point dans cette Vuë non plus qu'on l'emploie dans Nôtre
Ordre, mais seulement pour nous marquer que Comme il fait un Chef d'Oeuvre
dans son espece, le temple spirituel que nous elevons dans nos Coeurs a
la Vertu doit aussi atteindre au plus haut degre de Perfection;
Voila qu'elle est l'explication de nos Ceremonies & du tableau que
Vous avés devant les yeux, Il s'agit Maintenant d'y ajouter quelques
Conseils que je Vous prie d'ecouter favorablement, comme venant d'un Amy,
d'un frere qui Vous aime.
Loin de Vous prescrire des Regles opposées à la Religion,
à l'honnête homme, à l'Etat, tout ce que je Viens de
Vous detailler, justifie je m'assure les Assurances que le Venerable Maitre
Vous a plusieurs fois reiterée du Contraire, les Maximes de nôtre
Ordre sont bien faittes pour former l'homme Religieux, le sujet fidele,
le bon Citoien, tout y annonce les grandeurs de l'Etre supreme, et le temple
spirituel que nous luy elevons, est sans doute le Culte le plus epuré,
que l'on puisse luy rendre, le Parfait maçon est donc homme Religieux,
puisque rend a la Divinite, les hommages d'un Coeur qu'il luy Consacre,
Il est fidele au Prince, Il est bon Citoien, ces deux qualités sont
une Suite necessaire de son ouvrage, il appuie ce temple Moral sur deux
Colonnes qui le rendent innebranlable, & invinciblement attaché
a ses devoirs; La Vertu, la Prudence, Voila les Bazes de son Edifice, la
Prudence le garantit & de la Seduction, & de l'infidelité,
la Vertu l'unit intimement a ses freres, Vertu qu'il scait faire eclater
sous mille formes differentes, Vertu de Coeur. Il est bon, Il est genereux,
Il est Compatissant, Il est Charitable, vertu de Caractere il est doux,
Affable, prevenant, gracieux Complaisant, Il excuses les foiblesses d'autruy,
Il se prete a leurs Idées, s'accomode a leur Gout, il oublie en
entrant en Loge son rang, ses Prerogatives, son Poste, la Noblesse d'un
sang, que la hasard a fait Couler plus pur dans ses Veines, Il ne connoit
que les Loix de l'egalité, Il se depouille des plus legers Sentimens
de l'orgueil, de ce ver qui ronge le merite des plus belles Vertus, &
ote tout l'agrement des plus belles perfections; de ce deffaut qui fait
paroitre la liberalité Suspecte, le desinteressement Ambiteux, la
Prudence malintentionnée, l'Amitié incommode, la Pieté
deguisée; sourd au moindres inspirations qui le rendroient trop
presomptueux, Il se met au Niveau de tous ses freres, douceur, Complaisance,
Cordialité, Confiance reciproque, Voila ces Moyens inconnus aux
profanes, Voila les Sources de Notre Union, & de Nôtre felicité,
la Maçonnerie remplit tous nos loisirs, le Sentiment germe pour
ainsi dire dans le Sein des plaisirs; Les Nôtres ont Ces Avantages,
goutés sans amertume ils ne nous laissent jamais de regret; Voila
mes freres les Biens que le Venerable Vient de vous departir, Vous etes
maintenant Maitre de Vôtre Sort, Vous etes a meme d'y puise les Satisfactions
que notre Ordre Vous assure, un Etat plus parfait mettra le Comble a Vôtre
joie, nous esperons vous y voir parvenir, la frequentation de Nos Misteres,
un Zele assidus a nos Assemblées, les Vertus dont nous voions deja
briller sur Vôtre front le Sacré Caractere, Vous en rendront
dignes, & nous nous louons d'avance, d'avoir ajouté au nombre
de nos freres des Sujets comme Vous.
*
Les Explications & le discours ainsi finis, le Venerable dit.
Y a til quelqu'un qui aie quelque Chose a proposer pour le bien de la
Loge.
Si personne ne demande la Parole, il repond; Mes Freres puisque notre
Ouvrage est finis, aidés Moy a fermer cette Loge. Tout le monde
se leve en ordre & le Venerable fait aux Surveillans les questions
Suivantes.
D. Frere Ainé quelle heure est il?
R. Il est minuit très Venerable.
D. Il est donc tems de fermer la Loge, Ou sont placés les Surveillans
dans Vôtre Loge?
R A L'Occident.
D: Pourquoy a l'occident, frere Jeune?
R. A l'Exemple du Soleil, qui termine Sa Course a l'occident de meme
les Surveillans y sont placés, pour fermer la Loge, payer les ouvriers,
& les Congedier.
Le Venerable dit faittes Votre Devoir, Frere.
Alors le frere Jeune frappe trois Coups a la Maçonne avec son
Marteau, le 1er Surveillant en fait autant; et ensuite le Venerable, qui
aiant fini dit, Très Chers freres je vous declare cette Loge fermée
et Chacun est libre.
Remarqués cependant que tant que le Venerable est revetu de son
Cordon S'il arrivoit quelque desordre après la Loge fermée,
trois Coups de Marteau que le Venerable frappe, Suffisent pour rouvrir
de nouveau la Loge, & faire mettre tous les freres a l'ordre, pour
Vuider le different, ou punir le desordre.
*
Catechisme
D. Etes Vous Maçon?
R. Mes freres & Compagnons me reconnoissent pour tel.
D. A quoy Connoitray je que Vous etes Maçon?
R. Aux signes, mot & marque, & au point parfait de mon Entrée.
D. Donnés moy le point parfait de Vôtre Entrée?
R. Je le garde, je le Cele.
D. Que gardés Vous?
R. Le Secret des Maçons & de la Maçonnerie.
D. Ou le gardés Vous?
R. Dans le Coeur ou sous la Mamelle gauche.
D. En avés Vous la Clef, & ou la gardés Vous?
R. Ouï, Et je la garde dans une Boëte faitte en forme d'arche
& Soutenuë par deux rangées de Colonnes d'yvoire.
D. Dequoi est cette Clef?
R. Elle n'est d'aucun Metal, mais c'est une Langue de bon rapport, qui
ne dit rien en l'absence du frere, qu'elle ne puisse luy Soutenir avec
honneur en sa presence.
D. Quels sont les signes des Maçons?
R. Tout Compas, Equerre, quaré, Niveau, & perpendiculaire,
sont signes de Maçon.
D. Pourquoi dittes Vous que Tout Compas, quaré &cc. sont
signes de Maçon?
R. Parceque tout Maçon doit regles ses moeurs & sa Conduite
sur la justice & léquité, dont Ils sont l'embleme.
D. Donnés moy le Signe d'Aprentif?
R. Celuy qui doit repondre Se leve & donne le Signe.
D. Donnés moy le mot d'Aprentif?
R. Je l'epelleray avec Vous; Donnés moy la premiere lettre je
vous donneray la Seconde.
J: A : K : J : N. on l'Epelle.
D. Qu'entendés Vous par la Marque?
R. Certains Attouchements dont les freres sont Convenus entr'eux pour
se reconnoitre en tous tems.
D. Donnés la Marque au frere Jeune ou a son plus proche Voisin?
R. Celuy qui repond touche Son Voisin en Aprentif, & celuy ci dit
au Vene., très juste très Venerable.
D. Par qui avés Vous éte introduit en Loge?
R. Par un Amy, que j ay ensuite reconnu pour Frere.
D. Comment a t'il disposé de Vous?
R. Il m'a depourvu de tout metaux, & ma mis dans un Etat convenable.
D. Pourquoy Vous a t'il depourvu de tous Metaux?
R. Parcequ'a la Construction du temple de Salomon, l'on entendit le
bruit d'aucun Outil fait de Metal.
D. Coment cela putil se faire?
R. Parce que les Pierre[s] se trouvent si bien taillées dans
les Carrieres & les bois dans les Forets, qu'il ne fut besoin que d'une
force Majeure pour elever ce superbe Edifice sur sa baze.
D. Comment avés Vous etés introduits dans la Loge?
R. Par Trois Grands Coups.
D. A quoy font allusion ces trois Grands Coups?
R. A un Passage de l'Ecriture Sainte, qui dit Cherchés &
Vous trouverés, demandés & Vous recevrés, frapés
a la Porte & on Vous ouvrira.
D. Expliqués moy ce Passage?
R. J'ay Cherché un Amy, & je l'ay trouvé, J'ay frappé
a la Porte de la Loge, on me l'a ouverte; J'ay demandé à
etre receu Maçon, on me l'a accordé.
D. A qui futes Vous remis en entrant dans la Loge?
R. Au frere Jeune des Surveillans.
D. Que fit de Vous le frere Jeune?
R. Il me fit voiager par trois fois de l'Occident a l'orient par le
Nord, & me remit au frere ainé.
D. Que fit de Vous le frere Aine?
R. Il me fit Avancer par trois Grands pas d'Aprentif, & me remit
au Venerable.
D. Que vites Vous en Entrant en Loge?
R. Rien.
D. Comment avés Vous été reçeu Maçon?
R. En bonne & Duë forme.
D. Quelle est cette forme?
R. Mon Genouil Droit Nud, dans l'enceinte de l'Equerre, le Compas sur
ma Mamelle gauche, Mon pied Gauche hors de la Loge & ma Main droite
sur la Bible, ou je pretay la Solennelle Obligation.
D. Recités la Solennelle Obligation.
R. ------------------------------------
A quoy ajoute le Venerable --------------------------------
D. Dequoy Vous revetit le Venerable après que Vous futes reçeu
Maçon?
R. Il me revetit d'un Tablier Blanc.
D. Que represente ce tablier Blanc?
R. Sa Blancheur represente l'innocence des Moeurs dont un Maçon
doit être revetu; il represente de plus un ordre plus grand que celuy
de la Jarretiere, plus Ancien que celuy de la Toison d'Or; & plus Noble
que celuy du St-Esprit que les Rois & les Princes se sont fait un honneur
de porter.
Le Venerable s'adressant ici a toute la Loge dit.
Jespere très Chers freres que Vous en ferés toujours de
meme.
D. Que Vous delivra ensuite le Venerable?
R. Les Signes, Mots, & Marque d'Aprentif.
D. Quest ce que le Mot?
R. Ce sont certaines Paroles, dont nos Illustres fondateurs etoient
Convenus entre'eux pour se reconnaître de Nuit.
D: Donnés Moy les Signes?
D. Donnés Moy la Marque?
D. Donnés l'Attouchement au frere.....?
R. ---------------
D. Qu'aperçutes Vous après qu'on Vous eut ouvert les yeux?
R. Trois grandes Lumieres.
D. Quelles sont elles?
R. Le Soleil, la Lune, & le très Venerable.
D. Quelles ressemblances on entr'elles ces trois grandes Lumieres?
R. De même que le Soleil eclaire de jour, la Lune de Nuit, de
même le très Venerable eclaire sa Loge en tout tems ou doit
le faire.
D. Combien avés Vous d'Ornements dans Votre Loge?
R. Trois, l'Etoile Flamboiante qui fait l'ornement du milieu de la Loge,
le Pavé a la Mosaique qui fait l'ornement du Seuil, & la Houppe
dentelée qui fait l'ornement des bords.
D. Combien avés Vous de meubles?
R. Trois, La Bible, le Compas, & l'Equerre.
D. A qui appartiennent ces Choses?
R. La Bible appartient a Dieu, & sert au Très Venerable pour
faire preter la Solennelle Obligation, le Compas & l'Equerre appartiennent
aux Maitres pour Compasser leurs Ouvrages.
D. Combien avés Vous de Joyaux?
R. Six, Trois Mobiles, & trois Immobiles.
D. Quels sont les trois Mobiles?
R. L'Equerre, le Niveau, & la Perpendiculaire.
D. A qui appartiennent ils?
R. L'Equerre appartient au Venerable, le Niveau au 1er Surveillant,
& la perpendiculaire au 2d. Surveillant.
D. Quels sont les Trois Joyaux Immobiles?
R. La Planche a tracer, la Pierre Cube, & la Pierre Brute.
D. A qui appartiennent ils?
R. La Planche a tracer appartient aux Maitres pour dessiner leurs Ouvrages,
la Pierre Cube appartient aux Compagnons pour aiguiser leurs Outils, &
la Pierre Brute appartient aux Aprentifs pour apprendre à travailler.
D. Ou êtoit place le Venerable lorsque Vous avés été
reçeu Maçon?
R. A l'orient.
D. Pourquoy a l'orient?
R. A l'exemple du Soleil qui ouvre sa Carriere a l'orient, de même
le Venerable y est placé pour ouvrir la Loge, & mettre les Ouvriers
à l'Oeuvre.
D. Ou doivent être placés les Surveillans?
R. A l'Occident.
D. Pour[quoy] à l'occident?
R. A l'Exemple du Soleil qui termine sa Course a l'Occident, de même
les Surveillans y sont placés, pour fermer la Loge, payer les Ouvriers
& les Congédier.
D. Ou sont les Maitres?
R. Au Midi.
D. Pourquoy au Midi?
R. Parce que le Soleil est dans sa plus grande force a Midi, de meme
les Maitres sont placés au Midi, pour renforcer l'ouvrage &
Eclairer les Ouvriers.
D. Ou sont placés les Compagnons?
R. Par toute la Loge.
D. Et pourquoy?
R. Parce que Comme l'ouvrage est partout, Il faut partout des Compagnons
pour travailler.
D. On sont places les Aprentifs?
R. Au Nord.
D. Pourquoy cela?
r. Parceque comme ils sont encore ignorants, il faut qu'ils soient placés
au Nord, ou le Soleil ne donne pas, afin, de mieux Veoir de la les Maitres
& Compagnons qui travaillent, pour s'instruire & apprendre eux
memes a travailler. Ils sont moins distraits, & peuvent s'appliquer
avec plus d'attention.
D. Quest ce qu'une Loge?
R. C'est une Assemblee de freres liés entr'eux, pour travailler
Conjointement à l'avancement de nôtre grand ouvrage.
D. Qu'est-ce qu'un Maçon?
R. Un bon Maçon, est un homme de bonnes moeurs, de plus un parfait
Amis, egal a un Empereur, & et plus qu'un Roy qui n'est pas Maçon.
D. Comment appelés Vous un bon Maçon?
R. Giblin.
D. Que signifie Giblin?
R, Prudence est sa Signification.
D. Comment appelés Vous le fils d'un Maçon?
R. Loufton.
D. Que signifie Loufton?
R. Il signifie force.
D. Quel est le Devoir d'un Loufton envers son Pere?
R. C'est de laider dans sa Vieillesse, & de le secourir dans ses
penible travaux.
D. Ou est située Vôtre Loge?
R. Dans la Vallée de Josaphat, au Pied d'une haute Montagne,
dans un lieu Secret & Caché, comme pourrait être celuy
cy.
D Quelle est la forme de Votre Loge?
R. Un quarré long.
D. Quelle est sa Longueur?
R. De l'Orient a l'Occident.
D. Quelle est sa largeur?
R. Du Midy au Septentrion.
D. Quelle est sa hauteur?
R. De la surface de la terre aux Nuës.
D. Quelles est sa profondeur?
R. De la surface de la terre au Centre.
D. Pourquoy dittes Vous tout cela?
R. Parce que tous les Maçons repandus sur la surface de toute
la terre, ne forment entr'eux qu'une seule & même Loge.
D. Dequoy est Couverte Vôtre Loge?
R. D'un Dais bleu Celeste, parsemés d'Etoiles d'Or.
D. Surquoy est elle soutenue?
R. Par trois grandes Colonnes.
D. Quelles sont ces Colonnes?
R. La Sagesse, la force, & la beauté, la Sagesse pour entreprendre,
la force pour executer, & la beauté pour l'ornement.
D. Dequoy sont elles l'Embleme?
R. La Sagesse est l'Embleme de Salomon, la force d'Hiram roy de Tyr,
& la beauté d'Iramabif.
D. Pourquoy dittes Vous cela?
R. La Sagesse est l'embleme de Salomon, parceque c'est luy le premier,
qui executee le dessein de batir un temple a l'Eternel, Et parceque la
Sagesse luy fut donnée en partage après qu'il l'eut demandée,
La force est l'embleme d'Hiram Roy de Tyr, parceque ce fut luy qui fournit
des Materiaux pour batir le temple; La beauté est l'embleme d'Iramabif,
parceque ce fut cet habile Architecte et Ouvrier qui orna le temple par
ses ouvrages.
D. Dans quelle Loge avés Vous été reçeu
Maçon?
R. Dans une Loge Juste & Parfaitte.
D. Pourquoy dittes Vous cela?
R. Parceque trois la forment, Cinq la Composent & sept la rendent
juste & parfaitte.
D. A quy est elle dediée?
R. A Salomon Comme Loge Generale, & a St-Jean Baptiste, Comme Loge
Chretienne.
D. Si vôtre Loge est dediée, elle a été consacrée.
Comment à telle ette Consacrée?
R. Par trois grandes Offrandes.
D. Quelles sont elles?
R. Le Sacrifice d'Abraham, lorsqu'il immola son fils Unique, sur le
Mont Morija, par l'Ordre de Dieu; Les Prieres de David, lorsqu'il appaisa
Dieu du tems de la Peste, & la Dedicace du Temple de Salomon, lorsque
Salomon Dedia son temple à l'Eternel.
D. A quoy Vous occupés Vous dans Votre Loge?
R. A Elever dans nos Ames, un temple Spirituel a la Vertu.
D. Avés Vous travaillés, & combien de tems?
R. Ouï, depuis le Lundy matin; jusqu'au Samedi soir.
D. Vôtre maitre est il Content de Vous?
R. Oui, que je sache, il m'a bien payé, je suis content.
D. Quel Age Avés Vous?
R. Moins de sept An.
D. Que porte un Maçon avec luy, lorsqu'il va voiager?
R. Un Vase, de l'Eau, & du Charbon; le Vase pour contenir l'Eau,
le Charbon pour tracer sa Loge, & l'Eau pour l'efacer.
D. Quelle seroit la peine d'un profane qui s'introduiroit dans nôtre
Loge?
R. Je le prendray avec force, je le serreray avec violence, &
je
l'emporteray sous une goutiere, jusques aces que l'Eau l'eut percé
de part en part.
D. Si un Maçon etoit perdu ou le Chercheriés Vous?
R. Entre le Compas & l'Equerre.
D. Pourquoi?
R. Parceque tout Maçon doit regler sa Conduite, sur la Justice
& l'Equitté dont le Compas & l'Equerre sont l'Embleme.
D. Comment feriés Vous pour appeller du secours dans une detresse?
R. Je mettray mes mains jointes renversées sur ma tête
& je Crieray, A moy les Enfants de la Veuve.
D. Frere d'ou venés Vous?
R. De la Loge de St-Jean.
D. Qu'apportés Vous de nouveau?
R. Que le Grand Maitre saluë le Venerable par trois fois, &
fait bon Accueil aux freres Maitres, Compagnons, Aprentifs & Visiteurs
de cette Loge.
Fin du Catechisme & du Grade d'Aprentif.
*
Grade de Compagnon
Le Loge est disposée pour la Reception d'un Compagnon, tout comme
pour celle d'un Aprentif. Le tableau est le même on y ajoute seulement
la lettre G. Au milieu de l'Etoile Flamboiante; I. sur la Colonne à
Gauche, B sur la Colonne a droite; Il y a peu de difference pour les Ceremonies
de la Reception; on ne fait point deshabiller le Recipiendaire. Le Venerable
ouvre la Loge de meme que celle d'Aprentif, après cela il envoie
le frere-Introducteur, qui prepare le Recipiendaire par de belles Paroles,
& qui Vient ensuite frapper a la porte de la Loge par trois Coups,
qui sont repétés au dedans par le Venerable & les Surveillans,
le frere Jeune Voit qui frappe, & Vient dire au Venerable;
R. C'est un Aprentif Maçon qui desire d'étre receu Compagnon.
Le Ven. Demandés luy son Age?
R. Plus de sept Ans.
Le V. Son Maitre est-il Content de Luy?
R. Ouï.
Le V. Ou atil travaillé?
R. Au temple de Salomon, & a plusieurs autres Edifices.
Le V. Demandés luy les Signes, Mot, & Marque d'Aprentif.
R. Très juste, (on les luy fait faire en dehors)
Le V. Faittes le Entrer.
Il Entre, le 2d. Surveillant luy fait faire trois tours de la Loge Comme
aux Aprentifs, et le remet ensuite au premier; Alors le Venerable luy fait
encore une fois les Questions cy dessus: Et ordonne qu'on le fasse Avancer
a luy. par trois pas de Compagnon; Arrivé qu'il est au pied du Throne,
On luy fait mettre le geneouil droit en terre, pour renouveler ses Obligations.
Ensuite le Venerable luy donne les Signes, Mot & Marque, & le Mot
de passe des Compagnons.
*
Catechisme
De. Etes Vous Compagnon?
R. Ouï. Je le suis.
D. A quoy Connaitray je que Vous etes Compagnon?
R. Au redoublement de mes Signes.
D. Pourquoy Vous etes Vous fait recevoir Compagnon?
R. Pour l'Amour de la grande Lettre G.
D. Que signifie la Grande Lettre G?
R. Trois Choses, Gloire, Grandeur, & Géométrie, ou
Cinquieme des Sciences.
D. Ou avés Vous étés receus Compagnon?
R. Dans la Chambre du Milieu.
D. Comment etes Vous entré dans le Temple?
R. Par les Sept Escaliers en Contour.
D. Coment se montent ils?
R. Par, 3. 5. & 7.
D. Pourquoy cela?
R. Parceque 3. forment une Loge, 5 la Compos. & 7. la rendent juste
& parfaitte.
D. Combien faut il de Maçon pour Composer une Loge de Compagnon?
R. Cinq au Moins, savoir 3 Maitres, & 2 Compagnons.
D. Que signifient les 7 Marches du Temples?
R. Les sept pechés Capitaux que tout Maçon doit fouler
au Pieds.
D. Qu'avés Vous Vus en entrant dans le temple?
R. Deux Grandes Colonnes.
D. Dequoy etoient ces deux Colonnes?
R. D'Airain.
D. Coment s'appelloient elles?
R. Celle qui etoit a Gauche sappelloit J. & celle qui etoit a la
Droite s'appelloit la Colonne B.
D. Qu'est ce que la Colonne J.?
R. C'est ou s'assembloient les Aprentifs pour recevoir leur Salaire.
D. Qu'est ce que le Colonne B.?
R. C'est ou s'assembloient les Compagnons pour recevoir leur Salaire.
D. Quelle etoit la hauteur de ses Colonnes?
R. Dixhuict Coudées.
D. Leur Circonference?
R. Douze Coudées.
D. Leur Epaisseur?
R. Cinq Doits.
D. Quelle hauteur avoient les Corniches?
R. Cinq Coudées & demy.
D. Quelle etoit la Pesanteur de ces Colonnes?
R. -----------------
D. Ces Colonnes etoient elles Solides?
R. Elles etoient Solides, mais Vuides.
D. Qu'est ce qui ornoit le haut de ces Colonnes?
R. Des Pommes de Grenade au nombre de 200 pour Chacune des Colonnes.
D. Ou avés Vous travaillés?
R. Au temple de Salomon, & a plusieurs autres Edifices.
D. Vôtre Maitre est il Content de Vous?
R. Ouï.
D. Vous atil payé?
R. Je suis content.
D. Quel Age avés Vous?
R. Plus de Sept An.
D. Donnés Moy le Signe de Compagnon, le Mot et la Marque?
R. -----------------------------------
Le Catechisme des Compagnons & fort court, il n'y a que les questions
precedentes qui le differencie de celuy des Aprentifs.
le Venerable avant de fermer la Loge ordonne au frere Ainé de
luy faire passer le Mot de passe a droite & a Gauche, ce que Celuy
cy fait en le passant premierement au frere jeune, & ensuite au frere
qui est a sa droite & ceux cy a leurs Voisins et ainsi de Suite, jusqua
ce qu'il Vienne au Venerable, le Mot de Passe est Chi-bo-let, qui se prononce
ainsi en trois tems. S'il est bien rapporté au Venerable il dit
très Juste freres, Sinon il indique de quel Cote il luy a mal eté
rapporté, & alors il faut recommencer, jusqua ce quil aille
bien; Après quoy il ferme la Loge.
Fin du Grade de Compagnon.