LE MANUSCRIT CHETWODE CRAWLEY
1700
traduit et commenté par Edmond MAZET
Ce manuscrit d'origine inconnue, fut acheté en 1904 par la Grande
Loge Unie d'Angleterre, dans la bibliothèque de laquelle il est
conservé. Les érudits anglais le datent d'environ 1700. Comme
le manuscrit des Archives d'Édimbourg de 1696, il a été
publié par Knoop, Jones et Hamer dans les Early Masonic Catechisms.
Etant très voisin du précédent il ne demande pas d'introduction
particulière, mais les deux textes doivent être lus en parallèle.
J'ai d'ailleurs déjà signalé que les deux manuscrits
dérivent certainement d'une même source.
LE MANUSCRIT
Le grand secret ou la manière de donner le mot du maçon.
Tout d'abord vous devez faire mettre à genoux la personne qui
va recevoir le mot, et après forces cérémonies destinées
à l'effrayer, vous lui faites prendre la Bible et, plaçant
sa main droite dessus, vous devez l'exhorter au secret, en le menaçant
de ce que, s'il vient à violer son serment, le soleil dans le firmament
et toute la compagnie témoigneront contre lui, ce qui sera cause
de sa damnation, et qu'aussi bien ils (1) ne manqueront pas de le tuer.
Puis, après qu'il a promis le secret, ils lui font prêter
serment comme suit :
Les mots J et B (2).
Par Dieu lui-même, puisque vous aurez à répondre
à Dieu quand vous vous tiendrez nu devant lui au jour suprême,
vous ne révélerez aucune partie de ce que vous allez entendre
ou voir à présent, ni oralement, ni par écrit; vous
ne le mettrez jamais par écrit, ni ne le tracerez avec la pointe
d'une épée, ni avec aucun instrument, sur la neige ou le
sable, et vous n'en parlerez pas, si ce n'est avec un maçon entré
; ainsi que Dieu (vous) soit en aide.
Après qu'il a prêté ce serment, on l'emmène
hors de la compagnie avec le plus jeune maçon, et quand il est suffisamment
effrayé par mille postures et grimaces ridicules, il doit apprendre
dudit maçon la manière de se tenir à l'ordre. ce qui
est le signe. les paroles et postures de son entrée et c'est comme
suit :
Me voici, moi le plus jeune et le dernier apprenti entré, qui
viens de jurer par Dieu et saint Jean, par l'équerre, le compas
et la jauge commune, d'être au service de mon maître à
l'honorable loge, du lundi matin au samedi soir, et d'en garder les clés,
sous une peine qui ne saurait être moindre que d'avoir la langue
coupée sous le menton, et d'être enterré sous la limite
des hautes marées, où nul ne saura (qu'est ma tombe).
Alors, il fait à nouveau le signe, en retirant la m..n sous le
m....n devant la g...e, ce qui signifie qu'on l. l.. c...a au cas qu'il
manque à sa parole.
Ensuite tous les maçons présents se murmurent l'un à
l'autre le mot, en commençant par le plus jeune, jusqu'à
ce qu'il arrive au maître-maçon, qui donne le mot à
l'apprenti entré.
Maintenant, il faut remarquer que tous les signes et mots dont on a
parlé jusqu'ici appartiennent à l'apprenti entré.
Mais pour (être) (3) un maître-maçon ou compagnon du
métier. il y a plus à faire, comme il suit.
Tout d'abord tous les apprentis doivent être conduits hors de
la compagnie, et il ne doit rester que des maîtres.
Alors, on fait de nouveau agenouiller celui qui doit être reçu
membre du compagnonnage, et il prête le serment qui lui est présenté
de nouveau. Ensuite il doit sortir de la compagnie avec le plus jeune maître
pour apprendre les paroles et signes du compagnonnage, puis en rentrant,
il fait le signe de maître et dit les mêmes paroles d'entrée
que l'apprenti, en omettant seulement la jauge commune. Alors, les maçons
se murmurent l'un à l'autre le mot en commençant par le plus
jeune comme précédemment, après quoi le jeune maître
doit avancer et prendre la posture dans laquelle il doit recevoir le mot,
et il murmure (au plus ancien maçon) (4): les dignes maçons
et l'honorable compagnie d'où je viens (5) vous saluent bien, vous
saluent bien, (vous saluent bien) (3).
Alors, le maître-maçon lui donne le mot et lui serre la
main et après lui tous les maçons font de même (5),
et c'est tout ce qu'il y a à faire pour faire de lui un parfait
maçon.
Quelques questions que les maçons ont coutume de poser à
ceux qui disent avoir (5) le mot, avant de les reconnaître.
Question 1: Etes-vous maçon.
Réponse: Oui, en effet, je le suis.
Question 2 : Comment le connaîtrai-je ?
Réponse: Vous le connaîtrez en temps et lieu convenable.
NOTA : La dernière réponse ne doit être faite qu'en
présence de gens qui ne sont pas maçons. Mais en l'absence
de telles gens vous devrez répondre : par signes et autres conventions
d'entrée.
Q. 3 : Quel est le premier point ?
R. : Dites-moi le premier et je vous dirai le second.
Le premier est de céler et cacher ; le second : sous une peine
qui ne saurait être moindre que d'avoir la gorge coupée. Mais
vous devez faire le signe quand vous dites cela.
Q. 4 : Où avez-vous été entré ?
R. : A l'honorable loge.
Q. 5 : Ou'est-ce qui fait une vraie loge parfaite ?
R. : Sept maîtres, cinq apprentis, à un jour de marche
d'un bourg, là où on n'entend ni un chien aboyer, ni un coq
chanter.
Q. 6 : Ne peut-on pas former à moins une vraie loge parfaite
?
R. : Quatre maîtres, trois apprentis entrés, et le reste
comme précédemment.
Q. 7 : Et à moins (encore) ?
R. : Plus on est, plus on rit, et moins on est, meilleure est la chère.
Q. 8 : Quel est le nom de votre loge ?
R. : La loge de Kilwinning.
Q. 9 : Comment se tient votre loge ?
R. : Est et ouest, comme le temple de Jérusalem.
Q. l0 : Où se tient la première loge ?
R. : Dans le porche du temple de Salomon.
Q. 11 : Y a-t-il des lumières dans votre loge ?
R. : Trois, le nord-est, le sud-ouest, et le passage de l'est. La première
désigne le maître maçon, la seconde [le surveillant]
(6), et la troisième le compagnon du métier.
Q. 12 : Y a-t-il des bijoux dans votre Loge ?
R. : Trois, (un) parpaing, un pavé d'équerre, et un marteau
bretté (7)
Q. 13 : Où trouverai-je la clé de votre loge ?
R. : A trois pieds et demi de la (porte de la) (3) loge, sous le parpaing
et une motte verte.
Q. 14 : Qu'entendez-vous par un parpaing et (une) motte verte ?
R. : J'entends non seulement sous un parpaing et (une) motte verte,
mais sous le replis de mon foie là où gisent cachés
tous les secrets de mon cœur.
Q. 15 : Qu'est la clé de votre loge ?
R. : Une langue bien pendue.
Q. 16 : Où se trouve la clé de votre loge ?
R. : Dans la boîte d'os.
Après que les maçons vous ont examiné par toutes
ces questions ou par quelques-uns d'entre elles, et que vous y avez répondu
avec exactitude et fait le signe, ils vous reconnaîtront, non pour
un maître- maçon ou compagnon du métier, mais seulement
pour un apprenti, c'est pourquoi ils ajouteront :
Q. 17 : Je vois que vous avez été dans la cuisine, mais
je ne sais pas si vous avez été dans la salle.
R. : J'ai été dans la salle aussi bien que dans la cuisine.
Q. l 8 : Etes-vous compagnon du métier ?
R. : Oui.
Q. 19 : Combien y a-t-il de points du compagnonnage ?
R. : Cinq, à savoir 1°) pied à pied, 2°) genou
à genou 3°) cœur à cœur, 4°) main à main,
5°) oreille à oreille.
Ce sont là les points du compagnonnage (8). Et, par une poignée
de mains, vous serez reconnu pour un vrai maçon.
Q. 20 : Où trouve-t-on les mots ?
R. : En I Rois, chap. 7e, verset 21, et II Chron. 3e chap. dernier verset.
NOTES
(I) Le manuscrit des Archives d'Edimbourg précise ici : «les
maçons».
(2) Les mots sont en toutes lettres dans le manuscrit. Cela doit être
une note postérieure au reste du texte.
(3) Restituée d'après le manuscrit des Archives d'Edimbourg.
(4) Corrigé d'après le manuscrit des Archives d'Edimbourg.
Le Chetwode Crawley a ici « à l'honorable compagnie»,
mais il s'agit certainement d'une erreur de copiste, dont l'œil a été
attiré par l' «honorable compagnie» de la ligne suivante.
(5) Cette précision intéressante a disparu dans le manuscrit
des Archives d'Edimbourg.
(6) Corrigé d'après le manuscrit des Archives d'Edimbourg.
Le Chetwode Crawley a : «the words», les mots, mais il s'agit
certainement d'une faute de copie : «warden», mal écrit
dans la source, aura été lu «words» par le copiste.
(7) Broked-mall. Le manuscrit des Archives d'Edimbourg a ici «broad
ovall», qui est absurde.
(8) Si on lit then au lieu de these, on doit traduire presque comme
dans le manuscrit des Archives d'Edimbourg : «Faites alors les signes
du compagnonnage» (cependant signes est ici au pluriel et non au
singulier).