Elle attend là comme d'habitude
tous les matins à huit heures
les trains passent
et repassent
son corps amaigri se perd
dans son manteau vert pâle
ses yeux fenêtre sans vitres
suivent les passants d'un œil vide
40 ans
le corps est las
le cœur est meurtri
est-ce moi sur cette photo
est-ce à moi ce sourire indécis
je riais aux éclats hier dans mon rêve
comme si je devinais ce qui m'attendait
j'ai cru un instant qu'il neigeait
avec ces feuilles tourbillonnantes
au-dessus de ma tête
que tu es dur et sans pitié
tu vois tout le mal que tu m'as fait
Saint Michel Odéon Saint Germain
les bouquinistes le long de la Seine
des allées et venues sur le trottoir
femmes hommes enfants jeunes et vieillards
de toutes les races blanches jaunes noires
sans se soucier de tout le monde
un jeune un peu ivre joue du violon
ne te cache pas derrière la lune
Cendrillon
ton regard est triste même dans la demi- obscurité
il a plu depuis sous cet arbre
tu ne peux plus t'y reposer
vingt ans déjà sont passés
tu ne peux plus flâner
sur ces rives-là
avec les regrets
demain je serai partie
ils sont prêts mes bagages
Ô bateaux Ô trains soyez mon chez-moi
la mer est froide à Oostende
mais les bistrots sont animés
ainsi mon cœur se débarrassera de cet ennui
dans la douceur de tes cheveux dorés