Entre 5000 et 10 000 étudiants sont descendus dans les rues du centre-ville de Montréal hier pour dénoncer le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). La manifestation, qui s'est déroulée de façon relativement pacifique, s'inscrivait dans le cadre d'une journée continentale de grève et d'actions organisée en réaction à la tenue, aujourd'hui, d'une réunion des ministres du Commerce des 34 pays concernés à Quito, en Équateur.
Une trentaine d'associations étudiantes de cégeps et d'universités de Montréal ainsi que de nombreuses régions du Québec se sont jointes au mouvement de protestation. Des manifestations semblables ont également eu lieu dans plusieurs autres villes canadiennes, de même que dans plusieurs pays des trois Amériques, notamment aux États-Unis, au Mexique, en Argentine, au Brésil et sur les lieux de la réunion, à Quito.
À Montréal, les protestataires ont clamé leur rejet du projet d'accord de libre-échange, qui menace selon eux la capacité des États de maintenir leurs programmes publics d'éducation, de santé et de services sociaux. Ils ont également condamné, entre autres, sa négociation derrière des portes closes, l'exploitation qu'il permettra des pays pauvres et la dégradation de l'environnement qui en résultera. Citant l'exemple de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui lui sert de modèle, ils en concluent que seuls les grandes entreprises privées en sortiront gagnantes. «La vie n'est pas une marchandise, à bas la ZLEA !», a-t-on scandé.
Partis en fin d'après-midi des campus de Concordia et McGill en deux cohortes qui se sont finalement fondues à mi-chemin en une seule et même foule, les manifestants ont zigzagué pendant deux heures et demie dans les rues du centre-ville en dépit du froid et au grand dam des automobilistes pressés d'aller passer l'Halloween avec leurs petits. Évalués à 5000 personnes par des sources policières et à 10 000 participants par les organisateurs, les protestataires ont joyeusement défilé devant la tour de l'ancienne Bourse de Montréal, les banques de la rue Saint-Jacques et les bureaux du premier ministre chez Hydro-Québec avant de terminer leur marche, vers 17h30, à la place Émilie-Gamelin, coin Sainte-Catherine et Berri, où devait avoir lieu un bal costumé.
À 19h, les policiers n'avaient toujours pas fait d'arrestation et ne rapportaient que trois voitures vandalisées et deux vitrines endommagées. «Lorsqu'il n'y a pas de provocation policière, il n'y a habituellement pas de geste de violence», a commenté l'un des organisateurs de la manifestation.
À Quito, les choses se sont malheureusement moins bien passées. On y rapportait huit blessés hier, dont deux par des impacts de chevrotine, ainsi que 50 personnes incommodées par les gaz lacrymogènes lancés par la police contre les manifestants.
La septième réunion ministérielle de Quito est le premier rendez-vous d'importance dans le cadre des négociations de la ZLEA depuis le Sommet des Amériques de Québec, au printemps 2001. La rencontre d'un jour se veut une occasion de relancer un processus qui avance au ralenti depuis les événements du 11 septembre 2001 et l'éclatement d'une série de crises économiques qui ont mené de nombreux pays d'Amérique latine, dont le Brésil et l'Argentine, à remettre sérieusement en doute l'intérêt de cet accord qui doit en principe être signé d'ici janvier 2005.
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