Les représentants de la société civile québécoise n'attendront pas le gouvernement du Québec pour organiser un référendum sur l'éventuelle Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).
Dénonçant le secret qui entoure les négociations en cours, une coalition de syndicats, d'associations étudiantes, d'organismes de coopération et de groupes populaires mènera une «Consulta» qui culminera, l'automne prochain, avec la tenue d'un vote auquel ils espèrent voir 100 000 personnes participer.
«Les questions débattues dans ces négociations nous concernent directement», a clamé la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Monique Richard. «Comment se fait-il que tous les autres enjeux puissent être débattus par les élus à la Chambre des communes et dans la société civile mais que, pour cette question-là, nos gouvernements négocient derrière des portes closes ?»
Les membres du Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC), réunis hier pour le lancement officiel de cette campagne de sensibilisation et de mobilisation, ont dit accueillir avec satisfaction le projet du Parti québécois, rappelé ces jours-ci par la presse, de tenir éventuellement un référendum sur le sujet. Ils estiment toutefois qu'il ne pourra vraisemblablement pas, compte tenu des contraintes partisanes et juridiques, se réaliser avant la toute fin des négociations de la ZLEA, en janvier 2005.
«Sur le fond, les deux démarches visent à redonner de l'importance au débat démocratique», a expliqué la présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Claudette Carbonneau. «On a décidé, de notre côté, d'agir tout de suite dans la mesure de nos moyens.»
Sensibilisation, consultation
L'exercice, a dit Vivian Barbot, présidente de la Fédération des femmes du Québec, consistera dans un premier temps à sensibiliser le plus de citoyens possible aux méfaits de l'actuel processus d'intégration commerciale, au sud comme au nord, du point de vue tant des droits socioéconomiques et de l'égalité entre les sexes que de la capacité des peuples à se gouverner.
Il mènera ensuite à la consultation proprement dite, qui pourra prendre la forme d'un scrutin secret en assemblée syndicale, de l'envoi de cartes-réponses, de sondages ou d'un vote électronique par Internet. Une première question portera sur l'appui ou le rejet que le gouvernement canadien devrait accorder à l'actuel projet de ZLEA. Une deuxième question portera sur l'intérêt d'un projet alternatif tenant compte d'impératifs démocratiques, de justice sociale, d'égalité et de primauté des droits sur les lois du marché.
Rappelant que 50 000 personnes s'étaient jointes à la marche contre la ZLEA du Sommet des peuples, au printemps 2001 à Québec, les organisateurs de la Consulta comptent cette fois-ci rejoindre le double de participants, soit 100 000 personnes, tout en se disant convaincus de toucher, à travers eux, bien plus de gens.
Lancée au Sommet des peuples de Québec, l'idée de tenir une telle consultation a été appliquée pour la première fois au Brésil l'automne dernier -- d'où l'appellation portugaise (et espagnole) Consulta -- et a mené la quasi-totalité de ses dix millions de participants à interdire à leur gouvernement de signer une éventuelle ZLEA. En plus du Québec, on prévoit qu'elle soit prochainement mise en pratique au Mexique, au Chili, au Venezuela et en Équateur, les militants des États-Unis et du reste du Canada privilégiant d'autres formes d'action, tout comme, d'ailleurs, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), qui s'avère la seule grande centrale syndicale à se dissocier du projet québécois, estimant que l'exercice tombe dans un rejet simpliste de toute forme d'intégration.
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