Le Canada et les provinces comptent sur la flexibilité des États-Unis pour arriver à une entente dans le conflit du bois d'oeuvre. Disant détecter, depuis quelques semaines, un changement d'attitude de la part de Washington et de l'industrie américaine, ils se disent prêts à faire quelques concessions pour obtenir l'abolition des sanctions commerciales américaines et l'établissement d'un véritable libre-échange dans le secteur.
«Nous savons que nous n'aurons pas l'entente parfaite, mais nous savons que ça va dans la direction que l'on souhaite», a déclaré hier à Montréal le ministre fédéral du Commerce international, Pierre Pettigrew, au terme d'une rencontre avec ses homologues des provinces au cours de laquelle on a fait le point sur différents enjeux liés également aux négociations en cours à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et dans le cadre d'une éventuelle Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).
Il s'est dit particulièrement impressionné par le degré d'engagement personnel du sous-secrétaire américain au Commerce, Grant Aldonas, dans les négociations. Bien que ce dernier soit l'auteur, le mois dernier, d'une proposition rejetée catégoriquement par toutes les provinces à l'exception de la Colombie-Britannique, Pierre Pettigrew s'est dit confiant que des améliorations significatives pouvaient être obtenues.
«La proposition qu'il a mise sur la table est des plus intéressantes. Nous avons besoin d'un peu plus de flexibilité. M. Aldonas nous dit qu'au-delà de ce qu'il a mis sur la table, il avait plus de flexibilité. Alors, nous considérons qu'il y a un rapprochement des positions.»
Il dit constater d'autre part un changement d'attitude de la part de l'industrie américaine, bien forcée, selon lui, de reconnaître l'échec de son approche et ouverte désormais à une vision nord-américaine plutôt qu'étroitement nationale de leur secteur.
Le ministre canadien estime que la plus grande transparence que les Américains réclament des provinces dans la fixation des droits de coupe dans les forêts publiques pourrait être obtenue autrement qu'en recourant seulement, comme ils l'ont proposé, à un système de vente aux enchères. Il ajoute que les provinces sont conscientes qu'elles auront à mettre un peu d'eau dans leur vin pour contenter les États-Unis.
Il a répété qu'il était disposé, d'ici là, à étudier l'idée que le Canada impose une taxe à ses propres exportations de bois d'oeuvre aux États-Unis en remplacement des droits compensatoires et antidumping de 27 % imposés par les Américains depuis le mois de mai, à condition que cette mesure ne soit que transitoire et mène, à terme, à l'établissement entre les deux pays d'un véritable libre-échange dans le secteur.
«Petites concessions» du Québec
Représentant le Québec à la réunion d'hier, la ministre déléguée à l'Industrie et au Commerce, Lucie Papineau, a déclaré à son tour que le Québec pourrait accepter de faire encore de «petites concessions» et de se soumettre à une taxe canadienne à l'exportation en échange de l'engagement des Américains de cesser un jour de faire obstacle au libre commerce du bois.
Elle a toutefois formellement exclu, comme l'avait fait le mois dernier son collègue aux Ressources naturelles, François Gendron, que le régime forestier québécois abandonne ses mécanismes de fixation des prix, basés sur une comparaison entre forêts publiques et forêts privées, et permettant d'imposer des obligations de transformation aux entreprises, pour les remplacer par un système de vente aux enchères comme l'ont réclamé jusqu'à présent les Américains. «Mais je crois que les États-Unis sauront montrer de la flexibilité lorsque viendra le temps de négocier avec chacune des provinces», a-t-elle avancé.
Pierre Pettigrew ne s'est pas montré, d'autre part, disposé à laisser tomber les plaintes déposées devant les instances d'arbitrage de l'OMC et de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). «Nos recours devant l'OMC et l'ALENA nous ont été très utiles, a-t-il déclaré. C'est parce que nous y marquons des points que les négociations avancent.»
Conscient que les sanctions commerciales américaines et la durée du conflit frappent durement les entreprises et les travailleurs canadiens, il a avoué ne pas savoir quand un accord pourrait être conclu. «Le plus tôt sera le mieux. Mais pour moi, il est plus important d'avoir une bonne entente qu'une entente rapide.»
Contre le ministre et les journalistes
Pendant que les ministres discutaient à l'intérieur, une cinquantaine de manifestants opposés à la ZLEA ont tenté de bloquer les portes de l'hôtel. S'opposant même au passage des journalistes, les protestataires ont dénoncé le manque de transparence et l'absence de consultation démocratique des négociations commerciales.
Interrogé par les journalistes, le ministre Pierre Pettigrew a répondu que les manifestants s'en prenaient au mauvais politicien, ayant été personnellement à l'origine de la divulgation officielle du texte des négociations de la ZLEA -- une première dans l'histoire selon lui -- ainsi que des améliorations récemment apportées au controversé chapitre 11 de l'ALENA.
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