Les groupes d'opposants préparent une campagne de mobilisation - La ZLEA ne perd rien pour attendre
    Éric Desrosiers
    Le Devoir
    Édition du jeudi 22 mai 2003

    Les organisateurs de la manifestation contre le Sommet des Amériques, à Québec, au printemps 2001, s'accordent deux ans pour faire renaître dans la population le même mouvement d'opposition à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).

    S'appuyant sur le bilan «désastreux» de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), dix ans après son entrée en vigueur, la vingtaine de groupes sociaux membres de la Convergence pour l'avenir des peuples du monde (CAP-monde) se promettent de faire augmenter la pression populaire sur les gouvernements et les élus engagés dans le processus de négociation en cours.

    Le mouvement, qui rassemble des groupes tels que la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), les fédérations étudiantes collégiale et universitaire du Québec, la Fédération des femmes du Québec (FFQ), le Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MEPACQ) et l'Opération SalAMI !, annonce d'ores et déjà la création prochaine de «brigades d'information citoyennes» (BIC) qui viseront à présenter une autre vision de la mondialisation que celle habituellement présentée par les pouvoirs publics et les médias. Elles prépareront le terrain à d'éventuelles «brigades d'action citoyennes» (BAC) dont la mission sera de défendre cette vision par des manifestations ou des coups d'éclat respectant les principes de non-violence mais pouvant aller jusqu'à la désobéissance civile.

    En creusant

    «Je suis certaine que, si on demandait aujourd'hui aux gens ce qu'ils pensent de la ZLEA, ils se diraient probablement en faveur, constate Lorraine Guay, de la Fédération des femmes du Québec. C'était la même chose avant la tenue du Sommet des Amériques. Puis les groupes sociaux et les médias se sont mis à creuser la question, ils sont allés voir ce qui se passait en Amérique latine et l'on a assisté à un renversement dans l'opinion publique. Depuis deux ans, on ne parle presque plus de ces questions. Mais on sent que les gens veulent comprendre.»

    Ce qu'il faut leur expliquer, dit Robert Jasmin d'ATTAC-Québec, c'est comment la dégradation des programmes sociaux, la stagnation des salaires, l'écart grandissant entre les riches et les pauvres, et l'exploitation des travailleurs des pays du Sud découlent tous de la mondialisation néolibérale à laquelle participent l'ALENA et la ZLEA. «Nous sommes à un moment important de notre histoire, poursuit-il, où pour l'une des dernières fois on peut refuser de n'être que des consommateurs et redevenir des citoyens.»

    Nouvelle forme de lutte

    On promet, pour ce faire, «une campagne de mobilisation comme on n'a pas l'habitude d'en voir». Il se déroule déjà, présentement, un référendum populaire sur la ZLEA inspiré d'une expérience brésilienne et auquel participent d'autres acteurs de la société civile.

    Quant aux fameuses BIC et BAC, elles s'inspireront des «groupes d'affinité» des réseaux anarchistes et communautaires. On les invitera à se constituer entre amis, collègues de travail ou camarades d'études. Elles compteront dix ou douze membres qui discuteront des enjeux qui les touchent et qui se donneront des modes d'action à leur convenance. Chaque individu aura la responsabilité de diffuser, de la même manière, l'information au plus grand nombre, à la façon d'une grande pyramide inversée.

    Ce projet de deux ans, qui doit encore être adopté en assemblée générale le mois prochain, se démarque complètement du fonctionnement hiérarchisé auquel nous ont habitués les syndicats, remarque Lorraine Guay. C'est très exactement ce que cherchait à faire la FIIQ, ajoute sa porte-parole, Chantal Boivin. «On voulait se rapprocher des mouvements sociaux», dit-elle. Elle est bien forcée de constater que les trois grandes centrales québécoises que sont la FTQ, la CSN et la CSQ n'ont pas fait le même choix.

    Les membres du CAP-monde se disent confiants de pouvoir faire pencher la balance en défaveur de la ZLEA dont les négociations doivent prendre fin le 1er janvier 2005. La pression populaire a bien fait dérailler le projet d'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI) dans les années 90, rappelle-t-on. Puis le contexte international pourrait être favorable, pense-t-on, avec l'arrogance croissante des Américains, l'élection de Lula da Silva à la tête du Brésil et le vent de mécontentement à l'égard du libre-échange dans le reste de l'Amérique latine.


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