En Colombie, des leaders syndicaux qui se sont opposés à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) ont été assassinés, selon deux syndicalistes, Francisco Ramirez et Domingo Tovar, qui font un métier dangereux et qui sont de passage au Québec pour parler de la lutte des organisations de travailleurs.
«La ZLEA signifie la concurrence entre les pays et les plus faibles d’entre eux, dont la Colombie, ne pourront résister et passeront sous la coupe des multinationales», affirme Tomar, membre du bureau de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), qui regroupe la majorité des syndiqués (4,5% de la main-d’oeuvre) du pays et compte environ 700 000 membres. Il explique également qu’en Colombie, la ZLEA ouvrira davantage la porte à la corruption, «le secteur le plus actif de l’économie». Il rappelle que l’ancien président de Colombie - et actuel secrétaire général de l’Organisation des Étatsaméricains (OEA) - César Gaviria avait au début des années 90 pratiqué une politique d’ouverture de l’économie, ce qui s’était traduit par la disparition de 80 000 entreprises locales au profit des compagnies multinationales. Le Colombie détient le championnat mondial des assassinats de syndicalistes avec 201 des 223 meurtres commis dans 132 pays, selon le rapport 2001 de la Confédération internationale des syndicats libres. Il y en a eu plus de 120 cette année. Depuis la création de la CUT en 1986, 3800 ont péri, soit un à tous les quatre jours. Grèves et dénonciations de la corruption figurent parmi les motifs de ces assassinats, dit Ramirez, avocat de formation et président du syndicat Sintraminercol, qui groupe les travailleurs du secteur minier. Il ajoute que les multinationales sont responsables de certains de ces meurtres et qu’elles payent à cette fin les services de militaires et, surtout, de paramilitaires. Selon lui, Coca-Cola a été le commanditaire en sept occasions et la charbonnière américaine Drummond, de l’Alabama, à six reprises.
«Il y a aussi des preuves de l’implication de l’État» affirme de son côté Domingo Tovar. Un travailleur québécois d’une entreprise planétaire gagne quatre fois plus qu’un Colombien faisant un travail identique, 10 fois plus dans l’agro-industriel. Dans les Amériques, les Colombiens les Chiliens et les Brésiliens sont les plus mal payés, même lorsqu’ils sont syndiqués. Selon Ramirez, 97% des assassinats peuvent être attribués aux paramilitaires, 1,8% au gouvernement et à la criminalité «ordinaire» et 1,2% à la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Les deux visiteurs n’ont pas une très haute opinion du nouveau président, Alvaro Uribe, qui a pris ses fonctions en août en promettant de restaurer l’autorité de l’État, mater la guérilla et éradiquer l’industrie de la cocaïne. Ils rappellent que le nombre d’assassinats a grimpé en flèche lorsqu’il est devenu gouverneur d’Antioche et a diminué aussi abruptement quand il a quitté ce poste. Quand à Lula, issu des milieux ouvriers et élu dimanche président du Brésil, ils en disent prudemment qu’«on ne peut prétendre que ce sont les travailleurs qui sont arrivés au pouvoir. C’est Lula». Selon Hector Poblete du Réseau de solidarité Québec-Colombie, qui guide Tovar et Ramirez dans leur tournée ici, ces derniers vivent chez eux sous la constante protection de gardes du corps issus des rangs syndicaux, portent des gilets pare-balles et ne voient leurs familles qu’à l’occasion.
Il sont également conscients des risques supplémentaires qu’il courront dans leur pays après avoir dénoncé la situation colombienne au cours de leur tournée au Québec. Risques qu’ils sont prêts à assumer.
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