La ZLÉA en difficulté à la réunion de Quito
    Phil Stewart
    Reuters
    Quito, Équateur
    30 octobre, 2002

    Les représentants du commerce des États-Unis, du Canada et de l'Amérique latine devront surmonter plusieurs obstacles de taille cette semaine à Quito, où ils devront en arriver à un accord technique afin de sauver le projet de Zone de libre-échange des Amériques dont l'entrée en vigueur est prévue pour 2005.

    Washington a indiqué d'ores et déjà que la rencontre ministérielle de vendredi devait marquer le début de la «phase finale» des négociations qui s'étendront sur trois ans et qui seront présidées conjointement par les États-Unis et le Brésil, les deux principales économies des Amériques.

    Mais la route pour la concrétisation du libre-échange qui s'étendra de l'Alaska à la Terre de feu risque d'être parsemée d'embûches commerciales.

    Le Brésil ne partage pas tout à fait la même vision que les États-Unis sur l'éventuelle Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), exhortant les pays d'Amérique du Sud d'éviter ce que le nouveau président brésilien qualifie d«'annexation» à un libre-échange souhaité par Washington.

    Le Brésil n'a toujours pas digéré la récente hausse des droits de douane imposés sur l'acier, qui viennent s'ajouter aux frustrations entraînées par les subventions de Washington à ses agriculteurs, subventions qui nuisent aux exportations brésiliennes.

    D'autres leaders latino-américains ont exprimé les scepticisme sur le calendrier de l'accord prévoyant la fin des barrières commerciales entre les 34 États des Amériques, soit l'ensemble de l'hémisphère à l'exception de Cuba.

    L'Argentine, l'un des poids lourds commerciaux du cône sud-américain, est pour sa part toujours aux prises avec une dette abyssale qu'elle n'arrive pas à rembourser, tandis que le président vénézuélien Hugo Chavez, farouchement opposé à la ZLÉA, s'accroche péniblement au pouvoir depuis une tentative de renversement en avril.

    Un responsable américain requérant l'anonymat a expliqué que les discussions porteraient essentiellement sur les points cruciaux des procédures «qui n'ont pas de portée politique significative».

    En vue de la rencontre, les États-Unis ont présenté un calendrier comprenant sept points, incluant en outre l'élaboration d'un échéancier strict pour encadrer les négociations commerciales, laissant toutefois les analystes sceptiques.

    «L'administration américaine tente clairement de donner une impulsion positive à ces négociations. Mais il reste toutefois plusieurs questions fondamentales qui ne sont toujours pas résolues», estime Michael Shifter, du groupe de recherche Inter-American Dialogue, de Washington.

    «L'idée d'en arriver à un accord commercial de base semble très incertaine», a-t-il indiqué, soulignant que le point central des discordes restaient les divergences entre le Brésil et les États-Unis.

    Commercer avec des pingouins

    Les Brésiliens se sont donnés dimanche un nouveau président en élisant Luiz Inacio Lula da Silva, du Parti des Travailleurs, à la tête de la neuvième économie mondiale.

    Le leader de la gauche, qui s'est empressé d'indiqué qu'il n'allait pas modifier en profondeur les orientations économiques pris par l'actuel gouvernement brésilien, a fait savoir qu'il n'enverrait aucune délégation à Quito, laissant cette tâche à l'équipe présidentielle sortante.

    Tandis que les analystes s'entendent pour dire que sans le Brésil, point de ZLÉA, le poids lourd sud-américain exige des États-Unis l'ouverture à la compétition de ses marchés du sucre, de l'acier et du citron, farouchement protégés par Washington.

    En soi, la ZLÉA serait une extension de l'actuel Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui regroupera l'ensemble des pays des trois continents à l'exception de Cuba, devenant ainsi le plus important bloc d'échanges commerciaux au monde.

    Lula et le représentant américain au commerce, Robert Zoellick, semble à couteaux tirés sur la question du libre-échange des Amériques.

    Zoellick a récemment déclaré que si le Brésil ne souhaitait pas commercer avec les États-Unis, il devra se tourner vers «une autre direction... l'Antarctique», tandis que les États-Unis pourraient se tourner vers l'Asie.

    Ces commentaires ont provoqué un tollé au Brésil, un éditorial d'un quotidien brésilien concluant que les États-Unis suggéraient: «soit vous faites affaire avec nous, soit avec les pingouins.»

    Faisant référence aux commentaires de Zoellick, Lula a déclaré qu'il ne répondrait pas à l»'adjoint de l'adjoint de l'adjoint du secrétaire américain au Commerce».

    Afin de se prémunir contre un blocage des négociations provoqué par le Brésil, et afin de faire avancer les négociations, Washington souhaite fortement signer des ententes bilatérales de libre-échange avec des pays plus ouverts au projet de ZLÉA, notamment la Bolivie, le Pérou, le Chili et plusieurs pays d'Amérique centrale et des Caraïbes, qui profitent déjà d'avantages découlant du libre-échange avec les États-Unis.

    Le Mexique, qui a vu ses exportations augmenter de 200% depuis l'entrée en vigueur de l'ALENA, est, selon les termes d'un analyste, «pas contre le projet de ZLÉA, mais pas tout à fait enthousiaste» de partager avec d'autres pays les bénéfices du libre-échange avec les États-Unis et le Canada.


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