Jaggi Singh et deux autres militants en procès pour avoir participé à une émeute
    Brian Myles
    Le Devoir
    Édition du mercredi 9 avril 2003

    L'émeute. Jonathan Aspireault-Masse a barbouillé une voiture banalisée de la GRC. Christina Xydous conduisait un camion à travers la foule massée sur le boulevard René-Lévesque avec Jaggi Singh à son bord. Armé d'un mégaphone, le militant antimondialisation a invité la foule à converger vers le Centre Sheraton, où se déroulait la réunion du G20. Sa vie allait changer.

    Dès que Singh a pris la parole, en ce 23 octobre 2000, des manifestants ont commencé à lancer des pierres et des morceaux d'asphalte en direction des policiers et des agents de sécurité qui bloquaient l'accès au Sheraton. D'autres ont fait des graffitis ou allumé un feu. Un cocktail Molotov a même été lancé.

    «Cette manifestation, qui était paisible au début, a dégénéré», a simplement raconté la procureure de la Couronne, Kathleen Caron, dans son exposé d'ouverture. Singh, Aspireault-Masse et Xydous subissent depuis hier un procès devant jury pour avoir participé à une émeute, un crime punissable par une peine maximale de deux ans de prison. Il s'agit des plus sérieuses accusations portées en marge de la manifestation du 23 octobre 2000.

    Selon la théorie de la poursuite, qui se résume à un exposé de cinq minutes, les manifestants ont commis des méfaits à la suite du discours de Jaggi Singh. «Cette manifestation était organisée», a dit Me Caron.

    Le procès, d'une durée prévue de trois semaines, nécessitera l'audition d'une vingtaine de témoins (civils et policiers). Jonathan Aspireault-Masse et Christina Xydous sont représentés par Pascal Lescarbeau tandis que Jaggi Singh assume seul sa défense. Une vingtaine de leurs camarades ont pris part hier, sur l'heure du midi, à un rassemblement tranquille sur les marches du palais de justice. «C'est un procès politique», a lancé Jaggi Singh. Les trois accusés sont ciblés «non pas pour leurs actes, mais pour avoir exprimé leur dissidence».

    «C'est pas Jonathan, Christina et moi qui sommes en procès, c'est notre résistance. Nous sommes des boucs émissaires. Tous ceux qui luttent chaque jour pour la dignité et la justice sociale sont ciblés», a ajouté Singh sous les applaudissements.


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