Après la mort d'un manifestant - L'OMC se met au travail à Cancún
    AFP
    Le Devoir
    Édition du vendredi 12 septembre 2003

    Cancún - La conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est entrée hier à Cancún dans le vif du sujet avec les difficiles négociations sur l'agriculture, au lendemain du suicide d'un manifestant sud-coréen.

    Le calme est revenu dans les rues de Cancún où des échauffourées entre la police et 5000 à 6000 manifestants antimondialisation ont fait six blessés légers mercredi à l'ouverture de la conférence. La manifestation a été endeuillée par le suicide d'un paysan sud-coréen qui s'est poignardé pour protester contre l'ouverture du marché agricole de son pays.

    Quelque 150 contestataires sud-coréens étaient rassemblés à proximité de l'endroit où Lee Kyang Hae, 55 ans, a mis fin à ses jours, promettant de poursuivre la protestation. L'homme avait déjà tenté le même geste au siège de l'organisation à Genève il y a dix ans. Au même moment, les délégués observaient une minute de silence en mémoire des victimes des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, avant de reprendre leurs négociations en groupes de travail autour des cinq «facilitateurs» nommés pour coordonner les discussions par thème. Le ministre singapourien George Yeo a été chargé de celles sur l'agriculture qui devaient débuter dans la soirée.

    D'autres groupes de travail devaient se pencher sur les dossiers pour lesquels les pays développés demandent des avancées en échange de concessions en matière agricole, comme les produits industriels, l'investissement, la concurrence, les services ou les marchés publics.

    L'agriculture

    Les pays occidentaux sont sous la pression des grands pays exportateurs agricoles comme l'Australie et le Brésil, réunis au sein du groupe de Cairns, qui exigent la disparition de leurs subventions aux exportations agricoles.

    Le Brésil s'est également allié à d'autres pays en développement comme l'Inde et la Chine au sein du G21 pour réclamer un accord sur l'agriculture comme préalable à tout accord sur l'ensemble des sujets à l'ordre du jour. Le Brésil a revendiqué une première victoire en affirmant qu'un texte déposé par le G21 sera considéré comme une base de négociation aux côtés du projet de déclaration finale préparé par le conseil général de l'OMC. Ce dernier document, qui découle en large partie de l'accord signé mi-août par l'Union européenne et les États-Unis, prévoit la fin des subventions aux exportations seulement pour des produits qui intéressent directement les pays pauvres.

    Les Européens estiment qu'une libéralisation radicale du commerce agricole ne bénéficierait qu'à une poignée de grands exportateurs comme le Brésil ou l'Argentine.

    Le représentant américain pour le Commerce, Robert Zoellick, a appelé les pays en développement à faire preuve de flexibilité s'ils ne veulent pas porter la responsabilité d'un échec de la conférence. «Je dois pouvoir présenter quelque chose. Donnez-moi quelque chose à montrer», a-t-il dit, selon des propos rapportés par des participants à une réunion.

    Neuf pays importateurs nets de produits agricoles comme la Suisse, le Japon ou la Corée du Sud ont présenté des amendements pour défendre leurs aides à l'agriculture. «Nous ne pouvons simplement pas accepter que soit décidée à Cancún la disparition de l'agriculture suisse», a déclaré Joseph Deiss, ministre suisse de l'Économie.

    Autre pomme de discorde : le coton. Quatre pays africains exigent l'élimination des subventions des pays du Nord, qui leur font perdre selon eux chaque année 250 millions $US d'exportations. Ils s'opposent aux États-Unis, plus gros pourvoyeurs mondiaux de subventions cotonnières.

    Le directeur général de l'OMC, Supachai Panitchpakdi, a pris directement en mains la question et tiendra des consultations dès hier avec les intéressés.


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