Selon le ministre Pierre Pettigrew - L'Europe a tort de bloquer le commerce des OGM
    PC
    Le Devoir
    Édition du vendredi 16 mai 2003

    L'Europe a renié ses propres idéaux scientifiques et politiques en interdisant l'importation de produits alimentaires contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM), a estimé hier le ministre canadien du Commerce international, Pierre Pettigrew.

    «Je ne peux pas comprendre que l'Europe, qui a donné la modernité à l'humanité il y a 400 ans, puisse tasser la science de côté et dire ce n'est plus la science qui doit mener, mais ce seront les préjugés de l'un ou l'autre ou la sensibilité de l'un ou l'autre, a-t-il déclaré à une centaine de manufacturiers québécois réunis en congrès à Montréal. Je crois que la modernité a fait le choix de la science et nous allons certainement insister dans ce sens là.»

    À l'instar des États-Unis, le Canada juge que la décision européenne ne repose sur aucune preuve scientifique et constitue donc un «obstacle injustifié» au commerce international. En conséquence -- et même si les OGM sont loin de faire l'unanimité au pays -- le gouvernement fédéral a annoncé mardi qu'il s'alliait aux États-Unis pour contester le moratoire européen devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

    Cette décision a toutefois été vertement critiquée par les groupes environnementaux et de consommateurs qui réclament depuis longtemps un étiquetage obligatoire des OGM au pays.

    Évaluation scientifique

    En portant plainte devant l'OMC, le Canada souhaite amener les autorités européennes à appliquer leurs propres lois. «Nous voulons que les produits canadiens soient acceptés -- ou rejetés -- mais sur la base d'une évaluation scientifique qui tient compte de la sécurité du produit pour les humains, pour les animaux et pour l'environnement», a expliqué M. Pettigrew.

    Aux exportateurs inquiets de la dépendance commerciale du Canada envers les États-Unis, le ministre a rappelé l'importance, pour un pays de taille intermédiaire comme le Canada, de participer aux négociations multilatérales et d'avoir recours aux organisations internationales telles que l'OMC.

    Le Canada a fait le pari d'être un pays ouvert au commerce et nous sommes solidaires des pays plus pauvres qui demandent la fin des subventions aux producteurs des économies industrialisées, a-t-il dit en substance. «Mais en l'absence d'un organisme de réglementation ou d'un mécanisme de règlement des différents correspondant, nous n'aurions aucun moyen de nous défendre contre des mesures protectionnistes», a-t-il insisté.


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