Montréal attend plusieurs milliers de manifestants antimondialisation
    Alec Castonguay
    Le Devoir
    Édition du vendredi 27 juin 2003

    Alors que les grandes rencontres du G8 et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont pris l'habitude de se tenir loin des regards et des manifestations, le centre-ville de Montréal fera figure d'exception en juillet et risque de ressembler à un véritable champ de bataille.

    En effet, l'hôtel Reine-Élizabeth recevra le minisommet ministériel de l'OMC du 28 au 30 juillet. Les opposants à la libéralisation des marchés promettent «de faire annuler la rencontre par tous les moyens possibles» alors que la police de Montréal se prépare «à toute éventualité».

    L'hôtel du boulevard René-Lévesque sera le théâtre d'une réunion préparatoire à la grande rencontre de l'OMC qui aura lieu en septembre prochain à Cancún, au Mexique, et qui rassemblera les 146 pays membres. Une vingtaine de ministres du Commerce international sont attendus à Montréal pour discuter du cycle de Doha actuellement en cours, question de faire progresser les divers dossiers.

    Les opposants à la mondialisation, qui préfèrent aujourd'hui se décrire comme des altermondialistes, en référence à une mondialisation alternative, n'entendent toutefois pas laisser les dirigeants discuter en paix. «Ces rencontres à huit clos ne sont pas légitimes», soutient Mélanie Sylvestre, porte-parole de la mobilisation de la fin juillet et membre de la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC). «La réunion met en scène quelques pays importants qui vont discuter de ce qu'ils vont faire adopter par les autres ensuite. Il n'y a rien de démocratique là-dedans.»

    Les détails de la mobilisation seront annoncés aujourd'hui lors d'une conférence de presse à l'université Concordia. Les organisateurs des manifestations affirment déjà que «ça va brasser pas mal» pendant les trois jours de ce minisommet. «On attend plusieurs milliers de personnes, et certains parlent de plus de

    10 000 manifestants, explique Mélanie Sylvestre. Déjà, on a pas mal de monde qui devrait venir de Toronto et des Maritimes, et la semaine dernière, on a eu une rencontre avec des organisations du nord-est des États-Unis qui voulaient s'impliquer.» Les altermondialistes se sont dits «surpris mais heureux» de voir qu'un tel événement aura lieu dans le centre d'une grande ville. «Toutes les dernières rencontres [G8] ont eu lieu dans des endroits reculés comme Kananaskis ou Évian, rendant les mobilisations difficiles, souligne Mélanie Sylvestre. On va en profiter pour se faire entendre.»

    Du côté de la police, on ne veut évidemment rien révéler des tactiques qui seront employées pour contrer les manifestants mais on prend les menaces très au sérieux. Le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) se dit «prêt à toute éventualité». «Il y aura un périmètre bloqué pour "sécuriser" le lieu du sommet et plusieurs rues seront également fermées pour nous permettre de circuler plus librement», explique Yannick Ouimet, agent de communication au SPVM.

    Des sources policières ont confirmé au Devoir que plusieurs réunions ont déjà eu lieu pour préparer l'événement et que des heures supplémentaires ont été nécessaires à la préparation du plan d'action. «Les informations que nous avons font état de la présence probable de plusieurs manifestants qui viendraient de l'extérieur de Montréal, il faut donc être prêt», commente Yannick Ouimet.

    Le SPVM sera appelé sur les lieux dès le 27 juillet, la veille de la rencontre, alors qu'une grande marche familiale sous le thème «Personne n'est illégal» prendra forme. À cette occasion, aucun affrontement avec la police n'est à l'ordre du jour. «On espère qu'il y aura beaucoup de monde, c'est le gros rassemblement populaire des trois jours», affirme Mélanie Sylvestre, porte-parole de la mobilisation.

    Le lendemain, ce sera une autre histoire. Deux marches commenceront le matin dès 6h30 et convergeront vers le Reine-Élizabeth avec l'objectif de «créer le plus de perturbation possible et même de faire annuler le sommet», explique Mélanie Sylvestre. Les deux points de rencontre sont au carré Phillips, coin Sainte-Catherine et Union, et à la station de métro Guy-Concordia. «Nous ne condamnons aucun geste, dit-elle. Il n'y aura pas de mot d'ordre, mais toutes les actions seront menées par de petits groupes dans le but de faire déraper l'événement.»

    Le 29 juillet, les organisateurs prévoient «une grande manifestation de perturbation» où on promet une «résistance massive». La dernière journée, une «zone verte» sera créée loin du périmètre des affrontements pour renseigner les gens sur «les dangers du capitalisme et de l'impérialisme».


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