Luxembourg - Accusée d'inonder les marchés avec ses surplus agricoles bon marché, l'Europe est désormais en position de négocier au sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en septembre à Cancún, au Mexique. Au terme d'un an d'âpres négociations et un dernier marathon de 16 heures, les ministres de l'Agriculture des Quinze sont en effet parvenus hier matin à un accord final réformant la Politique agricole commune (PAC).
Réunis pour une troisième série de négociations, ils se sont mis d'accord tôt hier à Luxembourg sur une réforme qui prévoit notamment la réduction des subventions dans de nombreux secteurs dont celui du beurre, du lait, du boeuf et des céréales.
Une nouvelle ère
Évoquant une «nouvelle ère», le commissaire européen à l'Agriculture Franz Fischler a estimé qu'avec cet accord «nous disons adieu aux distorsions commerciales». Le programme de subventions -- d'un budget de 43 milliards d'euros (66,6 milliards $CAN) -- ne se fondera plus sur la production mais sur la taille de l'exploitation.
Les États-Unis, le Canada, l'Australie et d'autres pays accusent le système actuel -- plus on produit, plus on perçoit de subventions -- de créer des surplus. Les excédents européens sont écoulés à perte sur les marchés étrangers où les autres pays, notamment africains, subissent une concurrence déloyale.
L'accord conclu à Luxembourg est un compromis entre les pays attachés aux subventions, conduits par la France, principale bénéficiaire de la PAC, et les partisans de la réforme, menés par la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. Paris l'a accepté car il autorise les membres de l'UE à continuer à verser des primes à la production jusqu'à hauteur de 25 % de la production de céréales et 40 % de celle de boeuf.
Seul le Portugal continue de s'opposer à cet accord, également accepté par l'Italie, l'Espagne et l'Irlande, à cause des quotas de lait pour les Açores, jugés trop bas par le ministre portugais Armando Sevinate Pinto. «La PAC va être très différente», a souligné Franz Fischler, estimant que le compromis montre clairement au monde que «nous avons une politique qui respecte le commerce».
La réforme de la PAC décidée à Luxembourg devrait désormais permettre à l'Union européenne de peser de tout son poids dans les négociations de l'OMC à Cancún. C'est à présent au tour des États-Unis de mettre un terme à ses mesures agricoles «qui faussent fortement» la compétition, a déjà commencé à plaider M. Fischler. «L'UE a fait son devoir, c'est maintenant aux autres d'avancer.»
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