Mini-sommet de l'Organisation mondiale du commerce - Les manifestants anti-OMC seront peu nombreux mais actifs
    Sébastien Daycard-Heid
    Le Devoir
    Édition du samedi 19 et du dimanche 20 juillet 2003

    Hier après midi, le collectif organisateur de la manifestation anti-OMC ne cachait pas son plaisir, lors d'une conférence de presse improvisée. Le sommet des ministres du commerce de 25 pays, qui a lieu entre le 28 et le 30 juillet, a dû se trouver un autre hôtel que le Reine Elizabeth pour ses réunions. Ce sera le Sheraton à deux rues de là. Tout cela à cause du gigantesque dispositif nécessaire pour encadrer leur manifestation. La direction de l'hôtel, qui se plaint de ne pas avoir été mise au courant de l'ampleur du dispositif, a préféré préserver la sécurité de ses clients comme de son personnel.

    «Pour nous, qui avons pour but de perturber la tenue de la conférence, c'est une victoire», s'exclame Stefan Christoff, membre du collectif, réuni devant l'hôtel.

    Pourtant les manifestants ne seront guère nombreux : Sarita Ahooja en attend un millier en tout, venus de Toronto, Halifax, Montréal. «Il faut être réaliste, c'est les vacances. Et puis les frontières seront certainement plus difficiles à passer.» D'autant plus que Montréal n'est qu'un round de négociations. Les décisions seront prises lors du sommet de Cancun, au Mexique, en septembre, où les 140 pays membres seront représentés.

    Mais les manifestants seront déterminés. «Notre manifestation ne vise pas à influencer l'OMC mais à résister, annonce tout de suite Patrick Cadorette. Nous voulons purement et simplement la disparition totale de l'OMC, pour cela nous ne pouvons pas tous agir de la même façon.» En clair, les organisateurs laisseront le soin à chacun de «résister de la manière la plus pertinente possible». Une manière de dire qu'il n'y aura pas d'encadrement de la manifestation et donc pas de code de conduite. Même si le collectif affirme haut et fort son respect de la vie humaine et de l'auto-détermination -- sans faire mention du droit à la propriété -- sa position sur les moyens à employer pour résister est ambiguë. Tout en affirmant pour leur part «ne rien organiser de violent», ils ne condamnent pas formellement l'emploi de la violence, sous toutes ses formes. Anticapitalistes, décentralisés, inspirés par des idées qu'ils qualifient de libertaires -- un mot certainement moins connoté qu'anarchisme, vu le nombre de militants qui s'en réclament ou les macarons sur les casquettes -- ils minimisent au contraire les éventuels débordements des autres par la violence des institutions : «On ne veut pas se dissocier. Nos destructions ne sont pas comparables aux dommages causés par les institutions financières internationales.» Si la politique de l'OMC sur la propriété industrielle dans le domaine des médicaments pour lutter contre le sida en Afrique a effectivement de quoi choquer, cela impose t-il ce genre de comportement ? Marqués par l'expérience de Gênes, ou un manifestant, Carlo Giuliani, avait trouvé la mort, ils justifient aussi les réactions violentes par l'attitude de la police en général, qualifiée de «service de désordre» : «Si la police attaque, on est bien obligés de se défendre». «Si on pouvait rentrer à l'intérieur, il n'y aurait pas de confrontation avec la police», dit un autre. Et le Black Bloc ? «Ce n'est pas une organisation, mais un mode d'action. Nous ne pouvons donc pas les repérer dans la manifestation, puisque le fait de se masquer le visage et de résister activement relève en fait d'un acte individuel», explique Sarita.

    Néanmoins, les organisateurs ont voulu «créer un espace pour l'engagement de chacun». De nombreuses actions, de toutes sortes, ont donc été planifiées pour avant et pendant la conférence. Le samedi 26, un teach-in contre l'OMC aura lieu au pavillon Hubert-Aquin, à l'UQAM, pour une journée complète d'ateliers, de présentations et de discussions. Le dimanche 27 juillet se tiendra une marche avec l'association Personne n'est illégal «contre le néo-colonialisme de l'OMC». Les lundi 28 et mardi 29, des snake marches tenteront de perturber la rencontre ministérielle. Un carnaval anticapitaliste clôturera les manifestations le mercredi 30. Cela dit, ceux qui ne sont pas adeptes de la marche pourront toujours «adopter un activiste», selon la formule lancée par le collectif. Les logements manquent en effet pour accueillir des manifestants, d'ailleurs désireux de montrer qu'ils ne sont pas des terroristes.


    FAIR USE NOTICE: This page contains copyrighted material the use of which has not been specifically authorized by the copyright owner. NoNonsense English offers this material non-commercially for research and educational purposes. I believe this constitutes a fair use of any such copyrighted material as provided for in 17 U.S.C § 107. If you wish to use copyrighted material from this site for purposes of your own that go beyond fair use, you must obtain permission from the copyright owner, i.e. the media service or newspaper which first published the article online and which is indicated at the top of the article unless otherwise specified.

    Back to Resist the WTO