Les États-Unis entrouvrent la porte aux génériques
    (Le Monde)
    Le Devoir
    Édition du samedi 19 et du dimanche 20 juillet 2003

    Paris - Les États-Unis ne se disent plus hostiles à l'utilisation des médicaments génériques par les pays en développement touchés par le sida. Lors d'une conférence de presse, tenue dans la plus grande discrétion, cette semaine, en marge de la conférence internationale sur le sida, Tommy Thompson, secrétaire d'État américain à la santé, et Anthony Fauci, directeur de l'Institut national de l'allergie et des maladies infectieuses, ont affirmé que, désormais, les États-Unis reprenaient les critères du Fonds global: «Les médicaments de la meilleure qualité au prix le plus bas. Cela n'exclut donc pas les génériques.»

    Anthony Fauci, l'un des spécialistes américains du sida les plus en vue, a rappelé que les États-Unis s'étaient engagés à ne poursuivre aucun État devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) s'il recourait à des génériques en cas d'urgence sanitaire. Le sommet de l'OMC à Cancun (Mexique), en septembre, sera l'occasion de concrétiser ce discours. Il s'agira de traduire dans les faits les engagements de la déclaration de Doha de novembre 2001 faisant de la santé un droit prioritaire.

    Tommy Thompson et Anthony Fauci ont été les chevilles ouvrières du programme d'urgence américain contre le sida en Afrique et dans les Caraïbes. Voulu par George W. Bush et adopté en mai par le Congrès, ce programme prévoit une aide de 15 milliards de dollars sur cinq ans à partir de 2004. L'étape suivante, baptisée «appropriation» dans la procédure parlementaire américaine, consiste en l'examen successif à la Chambre des représentants et au Sénat par un comité qui décidera des sommes disponibles.

    Sur ce plan de 15 milliards de dollars sur cinq ans, George W. Bush souhaite qu'un milliard soit versé au Fonds global de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Les 14 autres milliards seront, eux, distribués dans le cadre d'accords bilatéraux. Le président américain a donc demandé aux comités d'appropriation de l'autoriser à débloquer une première contribution de 200 millions de dollars au Fonds pour la première des cinq années.

    À la Chambre des représentants, le démocrate Jim Kolbe a souhaité qu'elle soit doublée et le comité du Sénat envisagerait qu'elle soit portée à 500 millions. Le montant définitif sera connu au mois d'octobre et le processus achevé fin 2003.

    Tommy Thompson a justifié ce choix très critiqué de la répartition entre aide bilatérale et Fonds global. «Le problème est si énorme qu'il faut l'attaquer de plusieurs façons. Nous ne voulons pas mettre tous nos oeufs dans le même panier ni remettre en cause nos programmes bilatéraux», a expliqué le secrétaire d'État.

    «Malgré plusieurs années d'aide bilatérale, les États-Unis n'ont toujours pas financé la mise sous traitement de malades du sida en Afrique», fait remarquer un responsable du Fonds global, sous le couvert de l'anonymat. De plus, l'aide bilatérale est utilisée par Washington comme un puissant moyen de pression politique.

    Anthony Fauci a volé au secours de Tommy Thompson en indiquant que l'estimation de 10 milliards de dollars annuels nécessaires à la lutte antisida dans le monde englobait les deux types d'aide. «Les experts indiquaient que les États-Unis devaient en assumer 30 %. Nous y sommes avec les trois milliards annuels de notre programme d'urgence», a calculé le docteur Fauci.


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