Un contre-la-montre à Montréal pour l'OMC
    Hélène Baril
    La Presse
    26 juillet, 2003

    Le marathon entrepris par l'Organisation mondiale du commerce pour pousser plus loin la libéralisation des échanges s'est essoufflé dangereusement depuis son lancement en 2001 à Doha, au Qatar. C'est donc à une séance intensive de rattrapage que sont conviés 40 des 146 membres de l'OMC la semaine prochaine à Montréal.

    Les ministres du Commerce extérieur qui ont répondu à l'invitation de leur homologue canadien Pierre Pettigrew ont un horaire chargé qui se résume simplement: démontrer suffisamment de bonne volonté pour que le sommet ministériel prévu du 10 au 14 septembre à Cancun au Mexique ait lieu comme prévu.

    Le cycle de négociations entrepris à Doha a pris tellement de retard qu'il est question de repousser l'échéance de Cancun et d'oublier l'objectif de départ, qui est de conclure la ronde de négociations avant le 1er janvier 2005.

    C'est à l'humeur des participants que l'hôte de la rencontre jugera du succès de son initiative. «Il faut arrêter de se lire nos textes et engager la discussion», a dit le ministre canadien du Commerce extérieur, Pierre Pettigrew, lors d'un entretien avec La Presse.

    Pour l'OMC, le succès de l'actuelle ronde de négociations est crucial. Avec le cycle de Doha, organisé de peine et de misère après l'échec de Seattle en 1999, l'OMC veut démontrer à tous les opposants que la libéralisation des échanges ne bénéficie pas seulement aux pays les plus riches de la planète, mais également et même surtout aux plus pauvres.

    Comme ce fut le cas lors de l'Uruguay Round (la dernière ronde de négociations multilatérales qui s'est déroulée de 1987 à 1994), les pays membres de l'OMC remettent sur la table tous les sujets sensibles: le commerce des produits agricoles et des service, l'investissement, les règles antidumping et l'environnement.

    Mais les deux principaux dossiers à l'ordre du jour à Montréal, de lundi à mercredi prochains, illustrent bien que l'objectif de l'OMC est de satisfaire les pays en développement. Les 146 pays membres doivent tenter de s'entendre sur l'accès aux médicaments pour les pays les plus pauvres qui n'ont pas les moyens de respecter les règles sur les brevets. Le cycle de Doha s'attaque aussi de front aux politiques agricoles des pays riches, qui bloquent l'accès à leur marché et empêchent les pays les plus pauvres d'y exporter leurs produits.

    Même si le sujet est toujours sur le tapis, c'est la première fois qu'on discute sérieusement d'agriculture à l'OMC, souligne le ministre Pettigrew.

    Les trois quarts des pays membres de l'OMC sont des pays pauvres pour lesquels l'agriculture est le seul outil de développement et la seule source de devises étrangères. Pour la plupart d'entre eux, les vrais avantages de la mondialisation des échanges dépendent d'un changement aux règles du jeu du monde agricole, outrageusement dominé par l'Europe et les États-Unis. Sans un progrès notable sur le commerce des produits agricoles, le cycle de Doha sera un échec, prédisent déjà plusieurs observateurs.

    C'est plutôt mal parti. Depuis 2001, les négociations n'ont guère avancé et la guerre en Irak a relégué au second plan les efforts de libéralisation du commerce. La plupart des échéances qui avaient été fixées pour s'assurer que les positions évoluent vers un consensus n'ont pas été respectées.

    C'est la raison pour laquelle le Canada a pris l'initiative de convoquer la réunion informelle de l'OMC à Montréal, à laquelle participeront 40 des 146 pays membres. Ce n'est pas la première. Un groupe restreint de pays s'est déjà réuni en juin à Charm-El-Sheik en Égypte, en mai à Paris et en mars à Tokyo pour tenter de faire avancer les discussions.

    La rencontre de Montréal est la dernière avant le sommet officiel de Cancun, qui se tiendra à mi-chemin du cycle de Doha, dont la conclusion est prévue en décembre 2004.


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