OMC: Espoir déblocage en agriculture
    Hélène Baril
    La Presse
    26 juillet, 2003

    Malgré les quelques progrès enregistrés à l'Organisation mondiale du commerce du côté des services et sur l'accès aux médicaments, les négociations n'ont guère progressé sur la question des subventions à l'agriculture.

    Tout est au point mort depuis que le président de ce comité à l'OMC, Stuart Harbinson, a déposé un rapport préliminaire proposant une baisse généralisée de 60 % des tarifs sur les produits agricoles.

    La plupart des pays appliquent de lourds tarifs pour protéger leur production intérieure. Au Canada, par exemple, le beurre étranger est frappé d'un tarif de 235 % et au Japon, le riz étranger est taxé à près de 500 % de sa valeur. Le rapport Harbinson, qui devait être discuté et adopté par les pays membres le 31 mars, a finalement été laissé en plan.

    L'accès au marché, les politiques de soutien interne et les subventions à l'exportation sont les trois fronts de la bataille agricole mondiale, dont les États-Unis et l'Union européenne sont les principaux combattants. Le mini-sommet de l'OMC à Montréal, de lundi à mercredi prochains, ramènera le sujet sur le tapis.

    Il y a quelques semaines, l'adoption par les 15 pays de Union européenne d'une nouvelle politique agricole commune (PAC) plus souple et plus ouverte aux règles du marché a laissé entrevoir un déblocage des discussions agricoles à l'OMC.

    La balle est maintenant dans le camp américain, qui juge insuffisantes les mesures de la PAC mais qui n'a pas encore annoncé d'intention de corriger le tir du «Farm bill» adopté par l'administration Bush pour contrer les subventions européennes.

    L'Europe dépense l'équivalent de 360 $ par habitant pour protéger ses agriculteurs et les États-Unis, 350 $ par habitant.

    Le Canada, qui dépense l'équivalent de 160 $ par habitant pour protéger son agriculture, n'a pas les moyens de soutenir cette guerre ruineuse. «C'est inacceptable pour des pays comme le Canada mais bien davantage pour les pays en développement», souligne le ministre Pierre Pettigrew, en précisant que chacun des 25 000 producteurs de coton américains reçoit l'équivalent de 160 000 $US par année de l'État.

    Devant l'OMC, le Canada entend faire valoir les avantages de son modèle d'intervention, basé sur le contingentement des productions (les quotas) et la centralisation des activités de commercialisation, comme la Commission canadienne du blé. Il propose un élargissement de l'accès au marché plutôt qu'une réduction des tarifs, qui ferait plus mal aux producteurs canadiens.

    Ceux-ci s'inquiètent beaucoup de l'issue des négociations en cours, même si le ministre Pettigrew les a assurés que son mandat est de protéger les productions sous gestion de l'offre, comme le lait, le poulet ou les oeufs. C'est que le Canada ne pèse pas bien lourd dans la balance internationale, et que tout consensus en matière agricole dépendra finalement de la décision des Européens et des Américains. Et surtout, pour l'instant, les propositions de réductions des tarifs qui sont sur la table de l'OMC feraient très mal aux agriculteurs du Canada, estime Serge Lebeau, l'expert de l'Union des producteurs agricoles (UPA) en matière de commerce international.

    Le ministre Pettigrew, pour sa part, reste confiant. Il estime que la position canadienne est un compromis «qui trouve des appuis aux deux extrêmes» parmi les forces en présence. «C'est possible d'améliorer l'accès au marché canadien dans le respect de nos producteurs», affirme-t-il.


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