Au terme des discussions de trois jours de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), à Montréal, alors que divers groupes comme Oxfam et la Mobilisation populaire contre l'OMC faisaient le bilan, mercredi, une échauffourée s'est produite, en fin de journée, devant le palais de justice de Montréal motivée par le traitement réservé à l'activiste Jaggi Singh.
Au moment où un juge de la Cour du Québec émettait ses conditions de remise en liberté à l'endroit de Singh, dont celle de s'abstenir d'utiliser un porte-voix, et que ce dernier faisait valoir qu'une telle condition brimait sa liberté d'expression, dans la salle bondée de militants un individu a lancé: "Shame on you" (Honte à vous) à l'intention du juge.
Celui-ci a suspendu la séance, le temps que les esprits se calment. En sortant de la salle, l'individu en question aurait alors renversé une poubelle ce qui a amené les gardiens à intervenir. Une mêlée générale s'en est suivie.
L'homme a été placé en cellule au sous-sol du palais de justice.
De son côté une des porte-parole de la Mobilisation populaire contre l'OMC, Mélanie Sylvestre, a fait valoir mercredi que les policiers de Montréal avaient, par leur façon de faire, rejoint leurs collègues de Toronto pour ce qui est de la répression.
"Les policiers ont commis une grosse erreur en arrêtant les gens dans un endroit défini par nous comme un endroit de repos. Il était clair que la marche était finie. Ils ont fait semblant qu'ils ignoraient cela", a-t-elle commenté.
Autre apprentissage de son groupe: les policiers ont versé dans l'intimidation en arrêtant 340 personnes.
Mais Mme Sylvestre assure qu'il n'est pas question pour les antimondialistes de désarmer.
"Ce n'est pas à coups de matraque qu'ils vont nous faire changer d'idée. Ce que nous avons dans la tête est plus fort que ce qu'ils ont dans les mains", a-t-elle dit.
Au sujet des bris de vitres de commerces survenus rue Peel, Mme Sylvestre a rappelé que son groupe tenait "au respect de la dignité et de la vie humaine" et que le combat mené contre le système en général ne prévoit pas le respect des lois.
"Les principes de base ont été respectés et on n'a pas à dénoncer des actions".
Pour payer les cautions des gens qui ont été libérés et leurs avocats, ceux qui ont avancé des fonds seront remboursés au fur et à mesure des collectes de fonds.
Selon Pierre-Louis Fortin, du groupe de la mobilisation, les policiers ont poussé leur stratégie répressive en portant une accusation non couverte par l'Aide juridique, celle d'avoir participé à un attroupement illégal.
Pour sa part, le porte-parole de Plaidoyer Oxfam-Québec, Mohammed Chikhaoui a déploré qu'au terme des travaux de l'OMC les pays pauvres demeurent en plan, les Etats-Unis et l'Union européenne ayant refusé de donner du lest en matière de subventions agricoles.
"Les pays en développement sont en train de faire les frais d'un antagonisme entre les Etats-Unis et l'Union européenne en ce qui a trait aux subventions agricoles et c'est vraiment dommage", a-t-il déclaré.
"A court terme, l'objectif que s'est fixé l'OMC pour 2006, d'arriver à éliminer en grande partie les subventions, ne sera pas atteint. La réunion a été présentée comme celle de la dernière chance pour réconcilier les points de vue et il se trouve que les points de vue semblent irréconciliables", a ajouté le porte-parole.
Pour ce qui est du rôle joué par le Canada, M. Chikhaoui juge qu'il "a essayé de réconcilier les points de vue des pays du Sud et de certains pays du Nord mais n'a pas réussi à arracher le consensus entre les Etats-Unis et l'Union européenne qu'il souhaitait obtenir".
Il n'est cependant pas question pour Oxfam de baisser les bras.
"Nous nous sommes engagés il y a bientôt deux ans dans une vaste campagne pour réformer les règles du commerce international. Nous allons poursuivre la publication de nos rapports - d'ici peu il y en aura un sur le maïs subventionné - et nous serons à Cancun (au Mexique, où se tiendra le prochain sommet de l'OMC en septembre) pour continuer à faire des pressions et à dialoguer pour que l'OMC aboutisse à des résultats concrets."
Même s'il n'est pas question pour Oxfam de descendre dans la rue pour exercer des pressions, M. Chikhaoui estime que ceux qui le font ont de bonnes raisons d'agir ainsi.
"Quand on voit les blocages et l'incohérence qui existent dans les institutions internationales et qu'on voit les gens, les jeunes dans la rue qui ont des attentes face à l'avenir qui voient que l'avenir ne leur réserve rien de bon... Si j'avais eu leur âge, peut-être que j'aurais agi de la même façon", a-t-il commenté.
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