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Pelletage de nuages Depuis ses tout premiers balbutiements, Fiat+/-Lux s'est toujours articulé autour d'une exigence de liberté. Sans néanmoins prétendre devenir le porte flambeau de la liberté, celle-ci trouvait en celui-là sa concrétion pure et simple. Le temps a passé et Fiat+/-Lux a connu, à diverses époques, selon les acteurs présents sur sa scène, différentes tensions et distensions. Pourtant, après chacune de ses plus grandes crises, sans passer sous silence toute critique du contenu et de la forme du fanzine, la liberté a toujours réussi à garder sa place primordiale dans la pratique. Fiat+/-Lux ne s'est jamais à ce jour affublé d'une ligne de pensée officielle. Ainsi, dans le chemin toujours inachevé de la définition de ses motifs, Fiat+/-Lux s'est affiché d'abord comme un mode d'expression libre de contraintes extérieures. Je me permets ici de faire une parenthèse. L'idée ne serait pas dépourvue d'une certaine vérité celle qui exprimerait la relative insignifiance d'un projet comme Fiat+/-Lux dans l'immensité du monde. L'acceptation de cet a priori raisonnable rendrait du coup tout à fait futile l'analyse que je tente de faire de cet épiphénomène isolé. Aussi est-il nécessaire de comprendre que la pratique de Fiat+/-Lux cadre pour moi dans une recherche personnelle de la liberté - plus qu'en simple exutoire - j'entends: Fiat+/-Lux est pour moi un sujet d'étude sur la pratique de la liberté en société. Il n'y aurait, il faut en convenir, rien de plus facile que de faire des Fiat+/-Lux tout seul, quoique l'expérience prouve qu'il y a dans cette avenue beaucoup de découvertes à faire - aussi j'encourage quiconque à s'y essayer. Or, dans mon optique d'une recherche de modes d'organisation autonomes et libres, Fiat+/-Lux peut certes se targer d'une vocation expérimentale. D'où la présente analyse, qui pourra paraître, à plus d'un parmi ceux qui se contentent de consommer et de jeter, comme du pelletage de nuages. Le succès de la diffusion du fanzine au fil des ans peut donc s'expliquer par cet engoûment populaire pour cette saveur libertaire qui se cantonne entre ses pages, et ce malgré une évolution constante du modèle, une formule en changement perpétuel. Les dernières parutions (numéros 20 et 21) témoignent à cet effet de grands changements, qui laissent néanmoins place à une critique drastique. En effet, l'introduction de techniques de mise en page numérique afin de développer un format économique permettant l'extension du tirage ont entraîné avec elles une forme plus rigide, appelant à un contenu lui aussi plus rigide. Outre les avantages immédiats qu'elles apportent (plus grande lisibilité, meilleur contrôle de la qualité), ces techniques, couplées à d'autres facteurs, menaçent dangereusement l'intégrité de la publication. Entre autres, arrivé à un point critique de croissance, Fiat+/-Lux doit maintenant faire face à des aliénations nouvelles, qu'il faudra résoudre [avant de poursuivre/tout en poursuivant]. Le financement de la production en est l'exemple le plus frappant. Autrefois entièrement financé de bon coeur par ses producteurs et ses lecteurs (par le biais des cacannes disséminées un peu partout), le fanzine a, pour la première fois au numéro 21, été l'objet de pressions extérieures liées à des contributions monétaires. Cette introduction de l'intérêt financier dans le schéma de production d'un média libre est à mettre en doute de toute urgence. [conclusion]
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