Mort d’un détenu d’opinion

Tunis le 25 Mars 2002

Aujourd’hui 25 mars Abdelwahab Boussaa, prisonnier politique, a été enterré au cimetière du Djellaz au milieu d’un déploiement impressionnant des agents de la police politique.

Abdelwahab Boussaa vient de décéder le 23 mars à l’âge de 34 ans, au pénitencier de Borj Erroumi, des suites de la grève de la faim qu’il avait entamée il y a plus de deux mois et demi pour protester contre ses conditions de détention.Arrêté en février 1991 alors qu’il était étudiant en deuxième année à la faculté de théologie de Tunis, il a passé plus du tiers de sa jeune existence en détention à la suite de sa condamnation à seize années de prison ferme pour appartenance au mouvement islamiste « Ennahdha ».

En butte à des brimades permanentes, Abdelwaheb Boussaa avait été privé de la visite familiale depuis le début de son jeûne, fin décembre 2001. Les responsables qui l’ont privé de soins ont fait le choix délibéré de le laisser mourir.

Le CNLT considère que ce drame illustre tragiquement la mort lente qui décime depuis plus d’une décade les détenus islamistes. Ce sont des centaines de Tunisiens, victimes de procès inéquitables et coupables d’avoir exercé des droits constitutionnellement reconnus. Le nom de Abdelwahab Boussaa, s’ajoute malheureusement à des dizaines de morts en détention qui ont jalonné l’histoire répressive de la dictature policière. Des dizaines d’autres victimes traînent dans l’isolement le plus total, en contravention avec les normes de traitement des détenus. De graves atteintes à leur intégrité physique et psychique, conséquentes à la torture et à l’isolement ont été constatées.

Le CNLT considère tous ces détenus d’opinion comme des otages politiques servant à légitimer une dérive policière.

Le CNLT tient les autorités publiques pour responsables de ce crime.

Le CNLT rappelle, en accord avec toutes les forces démocratiques en Tunisie, l’urgence d’une loi d’amnistie générale, englobant tous ces prisonniers, seule mesure à même de constituer un début de réparation de cette grande injustice.

Pour le Conseil,

La porte-parole

Sihem Bensedrine