cheese !!!!

J'ai l'air bien réjoui pour faire plaisir au photographe. C'est vrai que le tournage connut aussi des moments particulièrement fendants, comme ces marches de l'hotel baignées de sang chaque matin et lavées à grande eaux par les babouchkas. Le sang coulait à flots dans les restaurants ! Nous étions dans un hotel pour soviétiques, de toutes nationalités. Qui ne s'est pas fait embrasser sur la bouche à 3 h du mat par un Tchéchène ne comprends rien à l'empire soviétique !  Tournage improvisé selon les rencontres, sans scénario et pas une journée de repos. Défilé le 1er mai sur la place Rouge en se faisant passer pour une délégation du cinéma français (on a raté Gorby sifflé). Photos de modes sur les ponts de chemin de fers. Squatts des jeunes dans les quartier pourris de Moscou (de toute façon tous les quartiers étaient pourris) , mariage réel jusqu'à la nuit de noce intégralement filmée dans ses moindres détails (le marié voulait du hard, et du vrai !) dans l'appartement collectif. Le goum et notre vendeuse qui pique les disques, pour son voyou de mec qui attaque Jouffa pour lui piquer ses $ et son jean's. (On a récupéré deux $ et pas le jean's, comme la mariée avait vendue sa robe payée par la prod le lendemain du mariage !). La traductrice qui ne sait belle Alouna !pas ce qu'enculer veut dire, mais qui trouvera bien à le traduire dans les faits. Des filles bourgeoises qui possèdent deux culottes de luxe (dim), jusqu'aux pauvres qui n'en n'ont qu'une qu'elles lavent plusieurs fois par jour (ça doit pincer à moins 40 !). La maquilleuse qui se balladait avec ses bouteilles de vodka dans sa trousse, les régisseuses qui embarquaient la bouffe du tournage pour nourrir leurs enfants le soir, la colonelle du KGB super-honnête qui nous louait le studio et exigeait la prèsence de deux officiers lorsqu'on lui payait la location, l'Aeroflot et ses avions espions prétés pour le tournage, les grands scientifiques (coupés au montage) et les créatrices de modes folles, les homos qui se cachent dans le jardin du Bolchoï (qu'on n'a pas pu filmer pour leur éviter le goulag), les "zek" anciens du goulag qui travaillent au Hammam, les filles, toujours les filles qui rêvent d'interpréter Jeanne d'Arc et qui se mettent nues rapidement avant de retrouver leur bébé. Abdrehame SISSAKO, assistant favori de l'époque (super mec qui faisait alors ses études à Moscou) qui se fait castagner le dernier jour de tournage. Et puis les sourd-muets trafiquants de cigarettes, la fille battue dans la rue par son amant jaloux et peut-être son mac. L'acteur qui ne vient pas au tournage et qu'il faut courser dans Moscou pour le payer avant de partir. Et mon "officier traitant" à qui la babouchka de l'étage de l'hotel donne la clé de ma chambre, tellement elle était habituée à le voir ! Et puis Jouffa et About ! Pas facile à gérer, les égos ! Et un film à faire, un docufiction tourné en 4 semaines de folies et de folles filles. Délires et misères. Tristesses et joies. Et finalement, un pas si mauvais film que ça, très injustement décrié... la belle et la bête !
Le seul truc, c'est que j'y jouais un role ce qui n'était pas drole. Et qu'il fallait interroger toute la journée des jeunes filles. Quelles questions poser ? Comment être original au bout de la 120em ? Jouffa avait le même problème et cela lui a valu une claque magistrale (filmée et montée). De mon côté, j'étais protégé par toute une équipe d'assistants, traductrices, traducteurs, techniciens russes et français, alors que Jouffa fonçait dans le tas. Il revenait avec des bosses !
Ce cher François J. m'en a voulu. Il détestait le film. Il se détestait dans le film ! 20 ans d'amitié envolée ? Pas si sur. Ou rendez-vous dans une vie prochaine, complice des bons et mauvais jours !

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