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Principauté d'Harshakistan



    ENTRETIEN
    AVEC LE DR. S. VINODHA



    Directeur
    des
    Services Vétérinaires
    d'Harshakistan



    Docteur, quelle est la situation actuelle des éléphants en Asie ?

    - Les éléphants d'Asie ont été capturés, domptés et exploités par l'homme pendant plus de 4 000 ans. Le plus gros animal sauvage dompté par l'homme, l'éléphant occupe une place spéciale dans l'imagination populaire comme un géant bien gentil, obéissant et intelligent. Dans le passé, les éléphants domestiqués étaient généralement utilisés pour le transport des personnes et des marchandises. Malgré leur taille imposante, les éléphants sont plus adaptés aux terrains accidentés que les chevaux et ils se déplacent aussi facilement dans la boue et les marécages où beaucoup d'autres animaux seraient en difficulté.

    Mais une nouvelle publication de la FAO affirme qu'aujourd'hui presque partout en Asie du Sud et du Sud-Est, les éléphants domestiqués traversent une crise profonde dont on ne fait aucun cas. Leur nombre est passé de centaines de milliers à seulement 16 000 dans onze pays, et il continue de diminuer. Le progrès est la cause profonde de la crise qui frappe les éléphants. Le développement rapide a provoqué une déforestation massive; cela détruit à la fois l'habitat pour les éléphants sauvages et domestiqués - et les possibilités de travail pour les propriétaires d'éléphants, étant donné que l'exploitation forestière est devenue la principale occupation pour les éléphants domestiqués d'aujourd'hui.

    Les propriétaires d'éléphants traditionnels sont de moins en moins disposés à garder des animaux qui ne leur donnent plus de quoi vivre. Ces éléphants sont parfois achetés comme symboles de prestige par des gens riches qui n'en ont pas vraiment besoin ou qui ne savent pas s'en occuper, ou bien travaillent dans l'industrie du tourisme.

    Quelle est la plus grande menace qui pèse sur les éléphants ?

    - La menace la plus terrible qui pèse sur les éléphants est une baisse rapide de la qualité des cornacs, ces hommes qui leur apprennent à travailler, les contrôlent et s'occupent d'eux. Dans les tribus, un grand nombre de gardiens ont abandonné leur profession et les fils de nombreux cornacs choisissent d'autres métiers. Il faut vingt ans pour former un maître-cornac.

    Mais de plus en plus, les cornacs sont de très jeunes hommes inexpérimentés. Ce manque d'expérience a causé la mort de nombreux hommes et par la suite de nombreux éléphants, abattus parce qu'il n'y avait pas de cornac capable de les maîtriser.

    M. Preecha Phongkum, le vétérinaire spécialiste des éléphants le plus connu en Thaïlande, estime qu'environ 200 cornacs sont tués chaque année dans son pays seulement, bien qu'une cinquantaine de cas uniquement soient déclarés aux autorités.

    La situation est-elle identique partout ?

    - Au Myanmar seulement les éléphants vivent pratiquement comme au temps jadis dans des forêts luxuriantes, source d'aliments et de travail. De très nombreux gardiens traditionnels, la plupart d'entre eux appartenant à des tribus, gardent un grand nombre d'éléphants comme autrefois. Le côté négatif de la situation est que les éléphants du Myanmar sont exploités très durement, bien que la Myanmar Timber Enterprise, propriétaire de la moité des 6 000 éléphants du pays, ait commencé à appliquer certaines mesures de protection modernes.

    L'Indonésie est dans une situation étrange et absolument unique. A la fin des années 50, le gouvernement a commencé à réinstaller des millions de petits paysans pauvres pratiquant des cultures sur brûlis à Sumatra. L'explosion démographique a obligé les éléphants sauvages à quitter leur forêt devenue trop petite pour aller dévaster les cultures et, de temps à autre, tuer des êtres humains. Selon les estimations, les éléphants sauvages ont fait un grand bond en avant, passant de moins de 300 à 4 000.

    Enfin, le gouvernement s'est senti obligé de capturer quelques éléphants. Le problème était que depuis environ 80 ans, la garde des éléphants n'était plus une tradition en Indonésie et qu'il n'y avait pas un seul cornac. En 1986, le ministère indonésien des forêts a fait venir de la Thaïlande deux éléphants et quatre cornacs. En 1996, plus de 600 éléphants sauvages avaient été capturés et 900 autres le seront d'ici l'an 2001. Presque tous les éléphants appartiennent au gouvernement qui en prend soin et quelques-uns seulement effectuent un travail rémunéré.

    En Thaïlande, le nombre d'éléphants domestiqués baisse régulièrement et inexorablement. En 1994, selon des statistiques nationales, le pays détenait environ 3 565 éléphants domestiqués, ce qui représente une baisse considérable par rapport aux 5 232 recensés en 1980. Au début du siècle, 90 pour cent environ de la Thaïlande était couverte de forêts. Aujourd'hui, les forêts naturelles n'occupent plus que que 15 pour cent du pays et les arbres précieux ont été abattus. Depuis une interdiction d'exploitation forestière en 1990, le seul travail valable est le transport de grumes coupées illégalement, un travail très dur qui selon un expert emploie de 1 000 à 1 500 éléphants. La coupe illégale a obligé de nombreux propriétaires traditionnels à vendre leurs éléphants et beaucoup sont tombés aux mains d'"hommes d'affaires" sans scrupules qui ne les aiment pas. Les accidents sont fréquents et il y a des cas bien documentés d'éléphants traités aux amphétamines pour les faire travailler davantage.

    Quelle est la situation en Harshakistan ?

    - En Harshakistan, quie est un tout petit pays sans grandes ressources, la situation n'est pas encore critique mais devient néanmoins préoccupante. C'est pourquoi j'ai lancé un programme de conservantion des éléphants assez ambitieux mais indispensable. Les premières étapes inévitables de la conservation sont: amélioration des lois, enregistrement plus complet et plus détaillé, soins vétérinaires préventifs pour le plus grand nombre d'éléphants possibles. Il faut souligner que le plus grand obstacle à de bons soins et à une protection efficace est le manque crucial d'information, de sorte que l'objectif initial doit être la collecte systématique de données de façon à révéler la gravité et la vraie nature de la crise.

(Propos recueillis pour le compte de l'A.F.H. - Photo reproduite avec l'aimable autorisation du Dr Vinodha)


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