
Street but sweet ...
De la home-girl adolescente et précoce à la super star en devenir , sexy et sophistiquée , du R&B classique de R. Kelly aux sons futuristes de la paire Timbaland/Missy Elliott , le destin aura accordé à la princesse Aaliyah sept ans de carrière musicale , sept ans bien remplis . Certains diront que cela aide d'avoir un oncle dans le music-business , qui plus est un oncle marié à la célèbre Gladys Knight . Certes . Mais cela n'explique pas tout . Car si Barry Hankerson , fondateur et patron du label Blackground Entreprises , n'avait pas détecté chez sa nièce le talent d'une graine de star , il ne l'aurait probablement pas signée alors qu'elle n'était âgée que de 14 ans . A cette époque Blackground étant en partenariat avec la major Jive , c'est le roi de Chicago R. Kelly qui va s'occuper de propulser la mystérieuse adolescente ( femme-enfant ? ) sur le devant de la scène : l'album Age Ain't Nothing But A Number sort en mai 1994 , Aaliyah a 15 ans . Il est entièrement écrit et produit par R. Kelly qu'on voit en arrière-plan sur la pochette et qui lui offre quelques-unes de ses meilleures productions , telles que les tubes Back & Forth , Age Ain't Nothing But A Number ( un clin d'œil prémonitoire à tous les « haters » ... ) , At Your Best You Are Love et le moins connu mais groovy Young Nation . Pour partie ambiance douce et romantisme du ghetto , pour partie morceaux festifs avec rap obligatoire , en bref du pur R. Kelly dans la lignée de ses deux premiers albums : « street but sweet » dit-on d'Aaliyah à l'époque aux Etats-Unis , expression restée juste jusqu'à la fin . Le succès venant , les controverses suivent sur sa relation amoureuse supposée avec son producteur-star , relation qui si elle s'était révélée vraie aurait relevé du « détournement de mineur » de la part de ce dernier ( nous n'y étions pas , mais on peut raisonnablement penser que la précoce Aaliyah était parfaitement consentante ! Cela dit la loi est la loi ... ) . La première concernée n'a jamais fait aucun commentaire à ce sujet comme sur le reste de sa vie-privée d'ailleurs . Toujours est-il que malgré le succès de ce premier album , Blackground se sépare de Jive et Aaliyah se sépare ( artistiquement parlant ) de R. Kelly . Barry Hankerson se tourne alors vers Atlantic chez qui s'active la paire qui monte à l'époque , Timbaland et Missy Elliott . Leur association avec Aaliyah va permettre à cette dernière de franchir un pas de plus dans la popularité . Notamment ( mais pas seulement ) parce que l'album One In A Million ( septembre 1996 ) , sans doute son meilleur , contient les morceaux fondateurs du style caractéristique de Timbaland et Missy Elliott , en gros les battements hip-hop saccadés et les « cassures » répétées dans le rythme , un style ( vaguement réminiscent de la drum & bass anglaise ) qui allait faire leur gloire durant les quelques années suivantes : citons One In A Million , Heartbroken , Came To Give Love et le tube dévastateur If Your Girl Only Knew . Alliance parfaite de sons « urbains » dérivés du hip-hop et de la douce sensualité et sophistication de la belle Aaliyah , pas très éloignée d'une Diana Ross ( la « bitchyness » en moins ! ) . Le reste de l'album est constitué de productions de Vincent Herbert ( Choosey Lover , reprise des Isley brothers , Got To Give It Up , reprise de Marvin Gaye , et la belle balade soulful Never Givin'Up ) , de Rodney Jerkins à la recherche de son style ( Everything's Gonna Be Alright ) et de Jermaine « business as usual » Dupri ( I Gotcha'Back ) ... A partir de là , Aaliyah va commencer son ascension vers le statut de vedette internationale , statut qu'elle n'a hélas pas eu le temps d'atteindre tout à fait : elle va durant les années suivantes participer à des nombreuses B.O. ( en particulier Dr Doolittle en juin 1998 avec le morceau Are You That Somebody ? ) et plusieurs albums d'autres artistes notamment toute la bande des « Supa » , Magoo , Playa , Ginuwine et bien sur Missy Elliott et Timbaland ( sur l'album de ce dernier sorti fin 1998 , elle figure sur John Blaze avec Missy , rarement l'association des trois ayant été aussi réussie ) . C'est aussi durant cette période qu'elle commence sa carrière cinématographique . Elle va opportunément combiner les deux activités avec le film Romeo Must Die ( printemps-été 2000 ) dont le B.O. inclut quatre morceaux signés Aaliyah dont le tube Try Again avec Timbaland aux manettes , titre-symbole du R&B urbain-electro-futuriste ( aux cotés de TLC , Kelis , Neptunes , etc. ) . En termes d'image , Aaliyah s'affirme de plus en plus comme la reine du glamour classieux et plutôt discret ( tout est relatif ... ) , comme le montrent les photos de son dernier opus simplement intitulé Aaliyah paradoxalement et tristement son album le plus faible ou disons plus gentiment le moins réussi . Légèrement décevant donc , par rapport aux attentes des fans , bien qu'elle ait dit dans ses dernières interviews que les paroles ( dues en grande partie à Static du groupe Playa ) étaient plus proches de sa vraie personnalité que ses œuvres antérieures . Les réticences concernant cette ultime « livraison » ( enregistrée en Australie où Aaliyah tournait le film Queen Of The Damned ) concernent surtout les titres uptempos , car il n'y a pas vraiment de morceaux aussi forts que If Your Girl Only Knew et Try Again . Peut-être est-ce parce que Timbaland ne contribue qu'à trois nouveaux titres ( outre Try Again également inclus ) et que le reste des morceaux rapides est un peu du sous-Timbaland justement ... Cela dit , il y a quand même quelques bonnes choses signées par les plutôt doués Rapture & E. Seats alias les Keybeats ( notamment la délicieuse balade Rock The Boat , tube aux E.U. ) et par Bud'da ( Never No More ) . Comme vous le savez , la belle histoire s'arrête là . Malgré sa considérable contribution à la bouillonnante industrie américaine du rêve et du divertissement , Aaliyah a disparu sans avoir pu donner la pleine mesure de sa puissance , sans avoir atteint son apogée . Elle serait sans nul doute montée très haut . Source : Soul R&B ( numéro 1 ) .