Les Lavoie et la mer





Les marins

Plusieurs Lavoie ont vécu sur le bord du fleuve. On ne s'étonne pas d'en retrouver parmi les équipages des navires en partance pour de longs voyages. Chose étonnante, les Lavoie aiment sans doute beaucoup la mer et en retour elle le leur rend bien. Cest à cette condusion qu'il faut en venir à la lecture des événements suivants.
Le journal La Gazette de Québec rapportait en ces termes un malheur survenu le 27 juin 1820.
« Le 27 juin dernier, Amable Lavoie, pilote, avec son apprenti nommé Saint-Laurent, et William Ross, autre pilote, qu'il avait pris sur le navire Camillus, descendait le fleuve dans sa chaloupe et était vis-à-vis l'île Barnabé, quand le vent, changeant tout à coup, ramena les voiles sur les mâts et fit chavirer la chaloupe. Ils réussirent tous trois à monter dessus, mais la chaloupe ayant viré les mâts au vent, il se prit dans le hunier, releva la chaloupe et la ramena de l'autre côté, jetant encore à l'eau les trois hommes. Ils remontèrent encore une fois dessus. La hache étant restée par bonheur là où l'on a coutume de la mettre, Lavoie coupa les mâts, et la chaloupe se redressa sur son fond et continua à nager à dix-huit pouces environ sous l'eau, sans jamais enfoncer plus, excepté quand il venait de grosses lames. Ross paraissait très fatigué. Lavoie l'exhorta à prendre courage. I1 répondit qu'il avait avalé beaucoup d'eau. Continuant de succomber à ses fatigues, il mourut vers quatre heures et fut emporté vers la mer. L'apprenti Saint-aurent était fort épuisé, et Lavoie, pour l'empêcher d'être emporté par la mer, l'attacha à la chaloupe; mais il ne survécut à Ross qu'environ une heure et demie. Il mourut vers six heures du soir. Lavoie supposa alors qu'il était éloigné de terre d'environ une demi-lieue, et il eut assez de force pour se tenir à la chaloupe, quoique avec beaucoup de difficulté, la mer se brisant fréquemment trois pieds au-dessus de sa tête. À sept heures, le vent tomba, et la mer se calma en très peu de temps. À dix, elle fut complètement tranquille... À l'approche du jour, il fut assez près pour entendre chanter un coq à la Pointe-au-Père, où il vit trois hommes qui paraissaient le regarder, mais qui s'en allèrent à leur ouvrage, l'ayant apparemment pris pour une pièce de bois. Il vit aussi passer une chaloupe à la voile et crut qu'il en avait été vu. Heureusement pour lui, un bric qui descendait la rivière, ayant débarqué son pilote à la Pointe-au-Père, vint assez près pour apercevoir la situation critique où il était, et l'en délivra.
Il était devant le Grand Métis, quand il fut ramassé; il avait été vingt-sept heures dans l'eau et avait été entraîné la distance d'environ six lieues. Lorsqu'il vint à bord du vaisseau, il était incapable ni de voir ni de se tenir debout. Cependant, le traitement qu'il y reçut à propos le rétablit bientôt au point qu'il crut pouvoir se charger de piloter un navire qui montait (le Lark, capitaine Clut); mais en arrivant devant chez lui, il était si faible que l'on jugea à propos de le débarquer, à la grande joie de sa famille, qui le croyait péri. »

Voilà donc un Lavoie pour qui la mer fut bonne malgré tout. Il n'est pas le seul de la famille qui a joué avec la mer et a gagné.

Le Bahama était un vapeur renommé pour sa vitesse. C'était un plaisir de faire partie de son équipage. À la fin de janvier 1882, il partait à destination de Porto-Rico pour aller y prendre un chargement de mélasse. Le 4 février, il revenait vers New-York et filait à vive allure aider par les courants du Gulf Stream. Parmi les matelots, plusieurs jeunes Québécois se réjouissaient de pouvoir profiter d'une si belle température alors qu'au pays à pareille époque il fait si froid. Une tempête tropicale malheureusement vint troubler la fête. Malgré tous les efforts, le navire creva et sombra entraînant avec lui une bonne partie de l'équipage. On avait eu juste le temps de mettre deux chaloupes à la mer. L'une d'elle coula emportant le capitaine et les officiers du navire. L'autre chaloupe resta à flot, jusqu'à ce que le brick Glenmoray qui était dans les parages recueille les treize survivants de ce cauchemar. Parmi eux se trouvait Edmond Lavoie, garçon de table. (Cf. Montpetit, Napoléon, Nos hommes forts, Québec 1884.)

Favorable à ces deux Lavoie, la mer le fut également au capitaine Lavoie de l'Ile-aux-Grues. On sait que le navire l'Éléphant s'échoua sur les battures du Cap Brûlé vis-a-vis l'île-aux-Grues, le 1er septembre 1729. Cent trente années plus tard, en 1859, le capitaine Lavoie, vieux loup de mer de l'île-aux-Grues découvrit un canon qui avait appartenu à l'Éléphant. Cette pièce d'artillerie de fort calibre mesurait cinq pieds huit pouces de longueur et 13 pouces de diamètre. Généreux, le capitaine en fit don au Séminaire de Québec. (Cf. B.RH. No. 11 p. 121).
(texte: auteur inconnu)

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